Le Blog de Aymard

La liberté d'expression dans sa quintessence

Côte d’Ivoire, pays pauvre très endeuillé

A la faveur de la guerre orchestrée par les forces de la coalition franco-onusienne, dont l’objectif  inavoué était le renversement du Président élu Laurent Gbagbo pour  imposer Alassane Ouattara aux ivoiriens, la Côte d’Ivoire, naguère vitrine de l’Afrique de l’Ouest, s’est appauvrie. Elle n’est plus ce pays riche que l’on connaissait.

Aujourd’hui méconnaissable, la terre d’Eburnie, est devenue l’ombre d’elle-même. Dans cette crise dite postélectorale, dont on dénombre plus de 3000 morts, elle n’a pas encore fini de faire son deuil. Pire, elle continue de compter ses victimes. Au moment où Ouattara annonce une croissance économique de 8% et que, euphoriques, les journaux proches du pouvoir, s’en font l’écho, et prédisent la tombée imminente d’une pluie de milliards, pour ceux qui veulent bien y croire, la Côte d’Ivoire affiche un taux de pauvreté jamais atteint de toute sa jeune histoire. Etre pauvre, c’est bien entendu, ne pas être riche, simple question de logique. Or la Côte d’Ivoire, comme on le sait, regorge de nombreuses richesses naturelles. Ici donc, la pauvreté dont nous parlons, revêt un tout autre aspect. Depuis l’arrivée du filleul de Sarkozy à la tête de ce pays, il y a en effet un indicateur de richesse qui fait cruellement défaut à la Côte d’Ivoire. De quoi s’agit-il ?

La Côte d’Ivoire est certes riche, riche de son sous-sol, de son climat, de Sa faune et sa flore…. Mais un pays n’est-il riche que par ses ressources naturelles ? Il doit être aussi riche de ses hommes. Du nombre et surtout de la qualité et la diversité de ses citoyens. Voilà ce qui caractérise aussi un pays dit riche. Tout développement a pour point focal l’homme. Comme Jean Bodin, philosophe et théoricien politique, nous pouvons affirmer: « il n’est de richesse que d’hommes ».

Si tant il est vrai qu’il n’est de richesse que d’hommes, alors la Côte d’Ivoire est pauvre. Pauvre de ses citoyens, car à peine assis dans le fauteuil présidentiel, Ouattara Alassane s’est empressé de lancer sa meutes de chiens de guerre et d’assassins aux trousses de tous ceux qui, se sont opposés à lui et qui d’une manière ou d’une autre ont soutenu ou collaboré avec le Président Laurent Gbagbo. Ce dernier, lui-même, arrêté par les forces spéciales françaises et livré à ses adversaires politiques.

La traque de ceux qu’on a appelés pro-Gbagbo fut, en effet, un véritable malheur: des milliers d’ivoiriens déplacés ou en exil. D’autres inculpés ou encore sous le coup de mandats d’arrêts. Ceux qui n’ont pas pu ou voulu s’enfuir, ont été littéralement massacrés, tels le ministre Désiré Tagro, plusieurs jeunes patriotes sortis défendre leur patrie et le génocide du peuple Guéré dans le grand ouest de la Côte d’Ivoire. Les plus ‘’chanceux’’ quant à eux, ont été jetés en prison comme des malpropres. Du coup, la Côte d’Ivoire s’est vue amputée d’une grande partie de ses fils et filles au motif que ces derniers ne sont pas du bon côté politique. Simone Ehivet, Affi N’guessan, Aké N’Gbo, Raphael Dogbo, Hermann Aboa, Michel Gbagbo, etc. Pour ne citer que ceux-là, croulent aujourd’hui dans les geôles infectes de Ouattara. Parmi eux, des éminences grises du pays, internationalement reconnus, des ivoiriens, des cadres et militants de la majorité présidentielle, qui à un moment donné, ont eu à diriger ce pays. Que dire de tous ceux qui sont hors du pays, angoissés à l’idée de rentrer ? N’ignorant pas la politique de Ouattara qui consiste à tendre un bras pour les inviter à rentrer et de l’autre les balancer en prison, aussitôt venus.

Se priver d’une partie du peuple, appauvrit le pays tout entier.

Le président Gbagbo avait en son temps si bien comprit ce principe que dès son accession au pouvoir, il a invité tous les ivoiriens, où qu’ils soient, de quel bord politique qu’ils appartiennent, à rentrer dans leur pays. Il aussi et surtout, prôné l’unité entre les fils et filles de ce pays. Signaux forts: en 2003, il signe une loi d’amnistie en faveur des rebelles, au nom de la paix. Il met ensuite en place, pour l’unité nationale, un gouvernement de large ouverture où tous les partis politiques sont représentés. Mais avant, il contribue au retour d’exil de messieurs Konan Bédié et Ouattara, aujourd’hui, ennemis déclarés de leur bienfaiteur d’hier. Abou Cissé, oncle maternel d’Alassane Ouattara affirme, sans ambages: « Aujourd’hui, partout, les gens soutiennent que le temps du Président Gbagbo était le meilleur ». Puis il poursuit : « Diriger un peuple ce n’est pas seulement avec le talent d’un économiste. Pour diriger un pays, il faut être investi d’un humanisme. Il (Laurent Gbagbo ndlr) est d’un humanisme incroyable. La politique du Président Laurent Gbagbo prenait en compte tout le monde sans distinction d’ethnie, de religion et de région. Contrairement à Alassane dont l’entourage est composé uniquement de gens de leur ethnie et leur région. Ce n’est pas construire une Nation. C’est en tenant compte de ces facteurs que Gbagbo a mené une politique de rassemblement des Ivoiriens. Pour lui, il ne faut pas juger les gens sur la base ethnique ou religieuse. Mais sur la base des valeurs et de la compétence. C’est un humain ».

Le régime de Ouattara, tue, contraint à l’exil ou emprisonne sans autre forme de procès ses opposants, et continue parler de relance économique. Qui donc bénéficierait des retombées financières des efforts entrepris, sinon lui et ses seuls alliés ? Notre cher préfet-président, Alassane Ouattara, parle de développement économique, bien sûr, signe de progrès. Mais selon les normes modernes actuelles, le développement économique à lui seul ne peut suffire à mesurer le développement d’un pays. D’autres indicateurs, tels que l’indice de développement humain (IDH), qui prend en compte la santé, l’éducation, le respect des droits de l’homme… Sont à considérer. C’est donc là que le bât blesse. En Côte d’Ivoire, des ivoiriens ne bénéficient pas tous de ce respect des droits de l’homme. Il y a une certaine catégorie de d’ivoiriens, notamment les pro-Gbagbo, qui subissent une telle exclusion. Ouattara a appauvrit la Côte d’Ivoire et en est fière. Selon lui: «La Côte d’Ivoire va mieux. Les moments difficiles sont passés. Nous avons maintenant la paix. Nous sommes en période de réconciliation et cela se passe bien ». Vous croyez halluciner ? Et bien non ! C’est ainsi que Ouattara envisage ce pays qu’il compte diriger: un pays boiteux et borgne, amputé de certains de ses fils et filles, considérés comme étant du mauvais côté politique. Dans de telles circonstances, l’on s’achemine droit vers un régime de parti et de pensée unique.

Les ivoiriens accepterons t-ils la pauvreté dans la soumission ?

Alassane et ses alliés, en leurs âmes et consciences, peuvent-ils prétendre avoir la conscience tranquille, alors que plusieurs ivoiriens ont été impunément massacrés et d’autres exclus de la vie de la nation ivoirienne à travers leur politique ethnico-régionale? Assurément non. Ils n’auront jamais la conscience tranquille, la quiétude qu’ils espèrent tant. Ils seront toujours sur le-qui-vive, se faisant peur au moindre bruit, tant que justice ne sera pas faite. C’est cela la vraie réalité. Les ivoiriens dans leur grande majorité le savent aussi. Il ne s’agit pas pour ces ivoiriens dignes de quémander une quelconque indulgence auprès de Ouattara et ses affidés, car conscients qu’ils ont avec eux la justice et la vérité. Tôt ou tard  cette justice sera rendue et la vérité éclatera au grand jour. C’est peine perdue que de courir après relances et autres développement économiques, si des ivoiriens sont tués, embastillés, leurs droits niés et bafoués. On peut donner à un peuple tout le confort matériel possible. Mais si  ce peuple n’a pas l’esprit libre, cela ne servira absolument à rien.

Mais alors cette situation, qui ne saurait d’ailleurs perdurer, ne devrait point briser le moral des ivoiriens. Bien au contraire, elle devra les galvaniser et les pousser d’avantage à croire et à continuer leur lutte, leur quête de la liberté. Abou Cissé, oncle de Ouattara, au  sujet de l’emprisonnement de Gbagbo, persiste: « Sa présence en prison va susciter, plutôt, une chaîne de mouvements au niveau de la classe sociale. On n’aura pas besoin des armes ou d’une révolution par la guérilla. C’est le peuple lui-même qui va se soulever. Parce que le pouvoir actuel ne pourra pas répondre à l’attente des préoccupations des Ivoiriens ». En effet, dès l’annonce de l’arrestation du Président Laurent Gbagbo, des milliers d’ivoiriens se sont aussitôt mobilisés pour engager la lutte. L’emprisonnement de ce dernier, loin de les décourager à bien au contraire créé un engouement sans précédent, des ivoiriens et  même de certains africains et occidentaux, qui se sont rangés du côté de la justice, autour de ce digne fils d’Afrique. Les dernières nouvelles, nous révèlent que l’homme est en « très bon état de santé morale et physique ». Selon Me Lucie Bourthoumieux, une de ses avocats venus récemment le rencontrer : « Le président Gbagbo est si fort dans la tête qu’il ne tient pas du tout à ce que l’on s’attarde sur ses conditions de détention ». Laurent Gbagbo lui-même, quelques temps auparavant, avait lancé aux ivoiriens cette mémorable phrase: « Si pendant la bataille, je tombe et que je meurs, enjambez mon corps et continuez la lutte».

A Ouattara Alassane, qu’il le sache une fois pour toute: le combat des ivoiriens se situe bien au-delà de sa modeste personne. En effet, il n’est qu’un triste pion de la nébuleuse puissance impérialiste occidentale. La bataille engagée ici, vise cet impérialisme, qui par la seule force des armes veut exproprier l’Afrique de ses richesses. Que donc, tous les africains dignes rejoignent les ivoiriens dans cette lutte, en laquelle ils doivent avoir foi. Car ces descendants d’esclavagistes, venus, des siècles auparavant et qui ont contribué à l’appauvrissement de l’Afrique, en la privant de ses valeureux fils et filles, les vendant comme de la marchandise, avec la complicité de certains africains, sont en passe réitérer en ce 21ème siècle leur forfait, en Côte d’Ivoire. Il appartient dès lors aux ivoiriens de décider s’ils souhaitent assister sans régir à l’appauvrissement de leur pays, ou si à l’inverse, ils comptent lutter pour une Côte d’Ivoire riche, riche de tous ses hommes.

Une contribution de  Marc Micael

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