Le Blog de Aymard

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Manipulations américaines à l’ONU contre la reconnaissance de l’Etat palestinien

Le courrier international

Le directeur du quotidien panarabe Asharq Al-Awsat dénonce les pressions de Washington pour inciter des Etats membres du Conseil de sécurité à se prononcer contre la reconnaissance de l’Etat palestinien.

Le siège symbolique apporté par la délégation palestinienne à l’ONU, New-York, le 15 septembre 2011.

L’Allemagne, la Colombie et les Etats-Unis, bien sûr, menacent de voter contre la reconnaissance d’un Etat palestinien à l’Assemblée générale de l’ONU. Pour le reste, c’est le flou qui domine. Le Conseil de sécurité comporte quinze membres, et si neuf d’entre eux donnent leur accord, la Palestine deviendra un Etat. A moins évidemment que la représentante américaine, Susan Rice, ne lève la main pour opposer son veto.

C’est très simple de lever la main, mais l’administration américaine aimerait quand même ne pas y être contrainte. Il lui suffit de convaincre suffisamment de pays pour faire capoter le vote sans avoir besoin de recourir à ce geste embarrassant.

Les Etats-Unis font donc pression sur trois pays au moins, à savoir la Bosnie, le Nigeria et le Gabon. En effet, la Bosnie [un Etat à majorité musulmane] refuse pour l’instant de promettre qu’elle votera pour la création de l’Etat palestinien. Choquant ! Choquant comme l’attitude du Hamas iranien – pardon, palestinien –, qui a critiqué, de concert avec Benyamin Nétanyahou, le voyage du président de l’Autorité [palestinienne Mahmoud Abbas] à New York et a mis en doute sa fonction. Heureusement que le Hamas n’a pas de droit de veto au Conseil de sécurité.

Puis il y a notre ami le Nigeria. Malgré tous les liens que nous [les musulmans] avons avec lui dans le cadre de l’Organisation de la conférence islamique (OCI) et de l’Union africaine, il n’a pas non plus décidé s’il voterait en faveur des Palestiniens ou des Israéliens.

Nous ne nous faisons pas d’illusions. Nous savons que le projet d’un Etat palestinien ne se réalisera pas. S’il ne bute pas sur le nombre de votes, il butera sur le veto américain. Il n’en reste pas moins que c’est une des batailles les plus importantes qu’ait connues l’ONU. Elle mettra tout le monde face à cette réalité : l’idée d’un Etat palestinien fait l’objet d’un quasi-consensus international. Un consensus qui ressemble à celui qui existait pour mettre un terme au régime raciste des Blancs en Afrique du Sud.

L’administration de Barack Obama sait qu’elle se retrouvera dans une situation embarrassante si elle entre dans l’Histoire comme celle qui a privé les Palestiniens de leur Etat. Un Etat qu’elle avait pourtant promis de soutenir. Tout le monde regardera la scène au Conseil de sécurité, le 23 septembre. Si les Palestiniens réussissent à rassembler les neuf voix nécessaires, mais que Washington oppose son veto, une vague de colère montera contre les Etats-Unis. Et ce au moment où ils ont précisément besoin d’avoir de bonnes relations avec les pays de la région, en pleine transition.

La bataille agite également l’Assemblée générale, où, depuis hier [20 septembre] et pendant neuf jours, les 193 Etats du monde sont réunis pour débattre. Parmi eux, 116 sont quasiment acquis au vote en faveur des Palestiniens. Pour le camp arabe, il est important de rassembler le plus grand nombre possible de pays européens. Ceux-ci se diviseront en fonction des intérêts qu’ils ont avec Washington et Tel-Aviv.

Ce sera une occasion d’étaler puissamment le soutien international aux Palestiniens. Cela augmentera l’embarras d’Israël et des Etats-Unis. Ce peuple qui jouit du soutien de la majorité des peuples, comment peut-on lui refuser un siège dans cette organisation censée représenter à égalité les nations du monde ?

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