Le Blog de Aymard

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Barbarie avec préméditation

Barbarie avec préméditation

Hier matin au lever, une envie de vomir, de hurler. La barbarie, qui sommeille en nous, bouge encore. Malgré les injections de solutions abolitionnistes. Malgré le recul inéluctable de la bête dans le monde. La France fête les trente ans de la fin de la peine de mort et la Géorgie exécute un vrai-faux coupable tout trouvé, Troy Davis.

En 1981, notre beau pays des droits de l’homme n’était que le trente-huitième dans le monde à abolir la peine capitale. Robert Badinter avait « sa cause », comme le raconte avec admiration Pierre Mauroy, le pragmatique. Trente ans après, l’ancien garde des Sceaux de François Mitterrand ne baisse toujours pas la garde.

Hier matin, il n’a pas vomi mais craché cette phrase lourde de sens sur l’antenne d’Europe 1 : « C’est une très grande défaite, bien au-delà des États-Unis, pour l’humanité. » « Un monde sans peine de mort n’est pas seulement possible mais inévitable, dit Salil Shetty, secrétaire général d’Amnesty International.

La seule question est de savoir combien de temps cela prendra. » On dénombre désormais 96 pays abolitionnistes, 8 réservant la peine de mort à la justice militaire, 34 qui ne l’appliquent pas dans les faits depuis plus de dix ans comme l’Algérie, le Maroc, la Tunisie, la Russie… Il reste 58 récalcitrants mais seulement 23 l’ont pratiquée l’an passé.

Les États-Unis se retrouvent parmi cette horde, cinquièmes d’un épatant classement sanguinaire où l’on retrouve dans l’ordre des assassinats judiciaires en 2010 : 1. Chine (527 exécutions « officielles »…) ; 2. Iran (252) 3. Corée du Nord (60) 4. Yémen (53) 5. États-Unis (46) 6.

Arabie saoudite (27) 7. Libye (18) 8. Syrie (17)… Voici une sélection de joyeuses contrées démocratiques, rendant plus désolante encore la présence américaine. Tiens, le Texas, l’incontestable champion des 34 États US appliquant la peine capitale, se hisse au niveau syrien. Bel effort.

Troy Davis est donc mort à 42 ans pour l’assassinat d’un policier blanc survenu en 1989. Condamné sans arme du crime, ni empreintes ni traces d’ADN. Sept témoins sur neuf l’accusant durant le procès se sont rétractés. Les cours suprêmes de Géorgie et en dernier recours des États-Unis sont restées inflexibles.

Comme c’est étrange, on a beaucoup moins parlé, le même jour dans la prison d’Huntsville au Texas, de l’exécution de Lawrence Brewer. Ce membre du Ku Klux Klan a torturé et tué en 1998 un Noir handicapé. « À dire vrai, je referais la même chose », déclara en son temps l’horrible type.

Son cas est-il différent de celui de Troy Davis ? Existerait-il des gentils ou des méchants condamnés à mort ? Évidemment non car la peine de mort constitue le plus horrible des meurtres avec préméditation. C’est celui d’une société tout entière.

PAR OLIVIER BERGER

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