Le Blog de Aymard

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Frci, le dilemme cornélien d’Alassane Ouattara

In Le Nouveau Courrier N°325 du 24 et 25 septembre 2011 par DINDE Fernand AGBO

Toutes les épithètes leur avaient été gracieusement décernées. Sans confession. Y compris celle – surréaliste et hallucinante – de « sauveurs » intouchables, par le Procureur de la République, Kouadio Koffi Simplice, en personne. Un moment célébré par les partisans pro-Ouattara pour avoir mené la bataille d’Abidjan aux côtés des forces spéciales françaises qui a conduit à la chute du Président ivoirien Laurent Gbagbo, l’idylle est aujourd’hui en passe de virer au désaveu complet. Les « sauveurs » du mois d’avril se sont mués, au fil du temps, en mercenaires fauchés et sans salaire, remontés contre leurs employeurs, ainsi qu’en vulgaires braqueurs de supermarchés et d’agences de transfert d’argent.

Des hommes en armes et tenue militaire se sont même payé le luxe d’accrocher à leur tableau de chasse, le vendredi 9 septembre 2011, un trophée impensable et inimaginable : la tête du Substitut du Procureur de la République, Djè Noël, porte-parole du Parquet près le Tribunal de première instance d’Abidjan Plateau, enlevé alors qu’il rentrait chez lui, « séquestré pendant trois heures, de 17h à 20h » (selon ses propres termes) et délesté de la somme de 150 mille francs CFA ainsi que de ses deux portables et de sa montre de valeur.

Comment est-ce possible ? De mémoire d’Ivoiriens, jamais pareille scène ne s’est produite contre un magistrat de ce rang, de toute la jeune histoire de la Côte d’Ivoire !

Ouattara a la pression des bailleurs de fonds : il lui faut absolument assainir la situation sécuritaire en Abidjan, ainsi que dans toutes les autres régions du pays. Et particulièrement dans celle de l’Ouest. Ce faisant, il était censé les avoir remis en caserne et disciplinés.

Que non ! Nos chers FRCI continuent de déambuler dans la capitale économique et dans nos villes avec des kalachnikovs en bandoulière, dans des tenues bigarrées. Avec en prime, la gâchette tellement facile. Au quart de tour, pourrait-on dire ! Les évènements de Blockhauss, dans la commune de Cocody, survenus dans la nuit du mardi 20 au mercredi 21 septembre 2011, entre les jeunes du quartier et quatre éléments FRCI, qui se sont soldés par un blessé par balles de kalachnikov* et plusieurs autres à l’arme blanche (couteaux et machettes), victimes des FRCI, en disent long. Entre deux patrouilles, ils se payent une virée dans des résidences privées, des commerces et structures bancaires pour faire le plein de billets de banques, dans l’impunité la plus totale.

Les «sauveurs» ne rendent aucun compte.

Personne qui puisse les inquiéter. Pas même leur hiérarchie censée observer la rigueur martiale. Ce sont tout de même nos «sauveurs» ! Et notre salut a un coût. Du reste, élevé. Pour avoir la vie sauve, nous devons nous laisser plumer sans pousser un pépiement.

Parce qu’il faut bien que les précieux «sauveurs» mangent. Or, il se trouve qu’ils ont été, en tout cas ceux qui doivent être démobilisés et qui refusent ainsi de s’exécuter, les grands oubliés des lignes budgétaires de la République version Rhdp, ne pouvant y être tous intégrés.

Ouattara a besoin des Frci. C’est grâce à eux qu’il peut maintenir cette terreur rampante entretenue dans tout le pays, indispensable à sa victoire aux prochaines élections législatives.

Vous avez dit remake de l’élection présidentielle ? Comment donc s’en défaire, sans grabuge, et donner suite aux exigences récentes des institutions de Bretton Woods (Banque Mondiale et Fonds Monétaire International) pour lesquelles il n’est pas question de les greffer aussi massivement à une masse salariale que Ouattara avait lui-même déjà jugé explosive, en son temps, pour récriminer contre Laurent Gbagbo ? Accuser Gbagbo du mal et faire pire ? Certainement pas ! Comment donc leur payer les milliards nécessaires à leur intéressement et les libérer sans mettre à mal les finances désespérément sinistrées de l’Etat, pendant que les lieutenants de Soro se la coulent douce au Nord avec une «Centrale» officiellement démantelée mais qui continue bel et bien ses activités de rançonnement des populations, des commerçants et des transporteurs ? Les derniers nommés, très amers et excédés, s’en sont d’ailleurs récemment plaints au ministre des Transports Gaoussou Touré, le mercredi 14 septembre 2011, à l’auditorium de la Caisse de stabilisation, lors du lancement officiel des activités de l’observatoire de la fluidité des transports, dirigé par l’ancien ministre Adama Coulibaly alias «Adama Champion».

Comment les démobiliser sans les avoir pour longtemps à dos voire contre soi ? Faut-il s’en remettre, pour la protection du régime, à l’armée régulière des ex-FDS réputée fidèle à Gbagbo (pour preuve, elle n’a droit à aucune arme, depuis cinq mois, à part les ex-FAFN) sachant qu’il ne serait pas recevable de les éconduire et de les faire, purement et simplement, remplacer par les ex-rebelles, résolvant ainsi l’épineux problème de leur intégration budgétaire ? Voici la position inconfortable du nouveau locataire du palais présidentiel du Plateau. Un casse-tête chinois. Un vrai dilemme cornélien.

Il faudra pourtant plancher une fois pour de bon sur ce cas de conscience que constituent les éléments incontrôlés des Frci pour le pouvoir Ouattara. Et Dieu seul sait s’ils sont nombreux, illettrés et sans formation. Les exactions n’en finissent plus de faire la Une des journaux. Ils ne se passent pas de journées que leurs dérives ne soient mises au grand jour. Plutôt que de faire la fine bouche sur une incursion de prétendus « mercenaires de Gbagbo » à Ziriglo (sous-préfecture de Taï), dans le Sud-ouest ivoirien, qui n’était rien d’autre, en fait, qu’une expédition punitive d’un cartel mafieux dans ladite zone forestière, furieux d’avoir vu sa seigneurie érodée dans ce bled par l’arrivée des FRCI qui y contrôlent désormais tous les trafics, les nouvelles autorités ivoiriennes gagneraient à désarmer leurs propres éléments et à les discipliner.

Faute de quoi, il faudra se résoudre à les traduire devant les tribunaux militaires. Tous «sauveurs» qu’ils sont. Parce que nous ne saurions les supporter indéfiniment.

Le samedi 10 septembre 2011, deux d’entre eux se sont fait refroidir par un commando marin Fumaco (l’ex-compagnie d’élite du Colonel-major Konan Boniface). Il a été retrouvé sur eux des cartes professionnelles Frci. Ces deux quidams venaient de braquer un supermarché de Yopougon Niangon Nord, carrefour Lubafrique, et espéraient s’emparer de la berline de marque Mercédès du soldat pour couvrir leur fuite. Manque de pot pour eux, ils avaient affaire à un professionnel du combat de contact. Prestement désarmés, ils furent abattus avant même de réaliser ce qui leur arrivait.

Voici donc la nouvelle armée de la Côte d’Ivoire. Celle qui est désormais en charge de la sécurité des Ivoiriens. Les « sauveurs » d’un mois se sont transmués en bourreaux impitoyables. Faut-il leur en vouloir ? Pas totalement. Leurs employeurs, ceux pour qui ils ont quitté plantations, forêts sacrées et forges, ne les rémunèrent pas. Ils constituent, pour ainsi dire, le cadet de leurs soucis.

Leur priorité étant de plaire à Nicolas Sarkozy, servir la France, indemniser les entreprises françaises et leur accorder les meilleurs marchés du moment. Que faire alors ? La chose la plus naturelle du monde, bien entendu : se payer soi-même. Au mépris de la réputation de la corporation et de l’éthique militaire. Voilà où en est la Côte d’Ivoire.

Ouattara, de notre avis, est écartelé entre la nécessité – pour lui – de garder en l’état son armée pour parer à toute éventualité, avec la peur qu’ils se sont faite, la semaine dernière (le vendredi 16 septembre 2011), de l’incursion de troupes incontrôlées à Taï, honteusement imputé, encore une fois, à un Laurent Gbagbo injustement assigné à résidence et impuissant à faire quoi que ce soit, et l’urgence de reprofiler, civiliser et professionnaliser les Frci pour répondre aux exigences de la Banque Mondiale, du Fonds Monétaire International, des investisseurs internationaux et aussi (que croit-il ?) des Ivoiriens, toutes obédiences confondues, au bord de la crise de nerfs.

Il est tout autant tenaillé par le désir de les éloigner de lui, parce que ne répondant visiblement et véritablement que du Premier ministre Guillaume Soro dont il ne peut se targuer de cerner toutes les ambitions politiques (avouées et inavouées) et celui de ne pas s’attirer leurs foudres en les sacrifiant sur l’autel des visées françaises de reconfiguration de l’armée ivoirienne qui ne leur accordent pas forcément des postes privilégiés (tous les conseillers spéciaux de Ouattara, de ce point de vue, sont français ; pas de place pour les nationaux). Ouattara redoute, pour ainsi dire, son propre ‘‘monstre’’.

Il est laminé, à son égard, par un étrange sentiment ambivalent, contrasté, alambiqué et contradictoire que dépeindrait exactement l’expression «Je t’aime moi non plus». Jusqu’à quand durera ce chassé-croisé idyllique de haine-amour entre Ouattara et son armée, pour le plus grand malheur des Ivoiriens ? Le chef de l’Etat ivoirien est aujourd’hui pris à son propre jeu et devra bien, un jour, en sortir pour permettre aux Ivoiriens de retrouver la sérénité et le plaisir de vivre dans un pays sécurisé et paisible.

Que DIEU bénisse la Côte d’Ivoire !

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Une réponse à “Frci, le dilemme cornélien d’Alassane Ouattara

  1. walidhicham septembre 27, 2011 à 8:16

    FRCI ? Les frères Cissé ?
    Walid
    http://walidhicham.wordpress.com/

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