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Archives Journalières: octobre 13, 2011

BENIN : Sous « l’arbre à palabres » avec Me Jacques Migan

Me Jacques Migan ‘’Sous l’arbre à palabres ‘’:« L’audit de la Lepi doit être la priorité de Yayi Boni et non la révision de la Constitution »

Avocat au Barreau, Ancien Bâtonnier, Ancien Conseiller technique Juridique du Chef de l’Etat Mathieu Kérékou, Maître Jacques Migan est le 51ème invité de la rubrique « Sous l’Abre à Palabres ». Nageant entre technocratie et politique, ses sorties sont souvent trop vite étiquetées. Même quand il aborde des dossiers purement techniques comme la révision de la Constitution, il est perçu d’un regard politique. « Sous l’Arbre à palabres », Me Migan passe en revue l’actualité politique, économique, sociale, juridique et même judiciaire. Beaucoup de préconçus sur l’homme tombent après la lecture de cet entretien à bâton rompu avec les journalistes de la rédaction de l’Evénement Précis au siège du Journal. Dans ces échanges, il réaffirme le sens de son combat contre une révision opportuniste de la Constitution béninoise, se démarque de certaines décisions de cette cour Constitutionnelle et la cloue au pilori…

Et si on en parlait

Me Migan, technocrate ou politicien

Est-ce que je peux dire que je suis politicien ? Non, je préfère dire que je suis un citoyen qui s’occupe des affaires de son pays, puisque nous sommes tous regardant sur l’évolution de ce qui se passe. Et c’est ce qui amène certains à dire que tel est politicien, tel ne l’est pas. Je n’appartiens à aucun bord politique. Je ne suis ni de la mouvance, ni de l’Union fait la Nation. Je suis un citoyen critique, mais mes critiques sont objectives, constructives, responsables.

Boni Yayi, notre actuel Chef de l’Etat, je l’ai accompagné dans les années 2006, jusqu’à 2008. Pour des raisons précises,en quittant mes responsabilités de Conseiller technique juridique du président Kérékou, il m’a plu de voir continuer, se réaliser ce que le Général avait laissé. Mais rapidement, j’ai commencé par constater que le Président Boni Yayi n’est pas celui en qui je croyais. C’est-à-dire, sa préoccupation, son ambition, sa volonté, n’étaient pas ce que je pensais voir en l’homme,pour le développement de mon pays en quoi je crois, le développement de la jeunesse, ce n’était pas la préoccupation du Chef de l’Etat.

 Sa préoccupation, c’est l’homme qui fonce, l’homme qui joue, l’homme qui jongle, l’homme qui jouit. Jouisseur, jongleur, joueur. Mais comme j’ai eu à le dire et comme je continue de le dire, quand on ne s’arrête pas pour faire le point, on ne se rend pas compte de ce qu’on fait. C’est l’homme qui trompe, comme vous le savez.

Yayi II et la révision de la loi fondamentale

Est-ce que j’ai eu à dire que le Chef de l’Etat a la volonté de modifier la Loi fondamentale ? Le juriste vous dira ceci : lorsque vous continuez à vous justifier, ça veut dire que vous vous reprochez quelque chose. Lorsque vous répétez tout le temps la même chose, ça veut dire qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Donc, nous essayons de creuser. A chaque sortie du Chef de l’Etat, il nous dit qu’il ne va pas toucher à l’article 42 qui limite le mandat à un mandat de cinq ans renouvelable une fois. A la fin de son deuxième quinquennat, il partira.

Il a aussi parlé de l’article 44 qui évoque l’âge au-delà duquel vous ne pourrez plus être candidat aux élections présidentielles, 70 ans. Il aura moins de 70 ans en 2016. Est-ce qu’il va le toucher, est-ce qu’il ne va pas le toucher, ce n’est pas là notre préoccupation. Il dit à qui veut l’entendre qu’il ne toucherait pas à ces deux articles, qu’il partirait à la fin de son mandat. Boni Yayi, ce n’est pas en le disant qu’il rassure. Il n’est pas le seul à le dire, Il y a également ses collaborateurs. Vous avez vu les sorties de M. Amos Elègbè, de M. Hountondji, et puis d’autres après mon intervention sur Golfe TV.

 Et quand lui-même se déplace, systématiquement il revient sur ces points et à force d’insister, de vouloir rassurer, ça commence par inquiéter, ça commence à amener les uns et les autres à se poser des questions alors que nos préoccupations ne sont pas à ce niveau. Nous, nous disons ceci : la révision de la Constitution n’est pas interdite. Rappelons que la Constitution a déjà prévu elle-même les conditions de sa révision. Et les articles pour aller à révision sont prévus dans la Constitution. Mais nous disons ceci qui est important : est-ce que cette révision est opportune aujourd’hui, avant la révision de la Lépi ?

 Si on révise aujourd’hui la Lépi et qu’on révise demain la Constitution, nous sommes partants. Nous disons et nous continuons à dire que la priorité ne doit pas d’abord être la révision de la constitution, c’est-à-dire qu’il faut qu’on audite d’abord la Lépi. Il faut qu’on la revoie, il faut qu’on la corrige, il faut qu’on l’améliore pas seulement pour les besoins électoraux. Si nous prenons aujourd’hui ce qu’on appelle la Lépi, ce n’est pas une Lépi que nous avons, nous avons plutôt une Liste électorale informatisée. C’est-à-dire pour les besoins électoraux.

Et si tel doit être le cas, faudrait-il encore que cette Lepi prenne en compte tous les citoyens à même de voter. Et nous, nous aurions souhaité qu’on ait une liste électorale informatisée permanente, qui ne serait pas seulement pour les besoins électoraux, mais qui aille au-delà. C’est-à-dire que cette Lépi serve pour la paix, qu’elle serve pour le développement, et qu’elle serve tout simplement pour la démocratie. Imaginez ce qu’on peut obtenir pour un pays comme le nôtre, à partir de cet instrument, de cet outil. Mais pourquoi aujourd’hui, ne veut-on pas faire cette révision de la Lépi ? Qu’est-ce que ça cache ?

Les soupçons de Me Migan sur la Lépi

Ce que nous soupçonnons, nous l’avions dit et nous continuons de le dire, on nous avait annoncé, avant même les résultats des dernières élections présidentielles, que c’était le K.O. Alors, si quelqu’un a pu le dire, c’est parce que la personne a compté sur un instrument. L’outil informatique lui-même n’est pas un humain, C’est un individu qui introduit les éléments. C’est un individu qui a un moment donné a permis à l’outil d’être efficace.

Et si on a pu obtenir le K.O à partir de cette LEI, imaginez ce qu’il en serait lorsqu’on ira à révision de la Constitution avec la loi référendaire qui a été votée. Ce d’autant qu’on nous dit aujourd’hui que c’est 90 jours avant le référendum que les gens s’inscriraient. Vous savez chez nous on attend la dernière minute pour faire les choses, résultat on ne fait rien ou on fait mal. Or, ce que nous vivons aujourd’hui, c’est que de manière précipitée, de manière fugitive on vote différentes lois.

Le pouvoir pressé de voir sa majorité’effilocher, peut décider que le référendum pour permettre la révision de la constitution se réalise l’année prochaine : pensez-vous que nous aurions eu le temps de revoir la Lépi ? Une proposition concrète sur la révision de la Lépi: nous demandons qu’on fasse appel aux experts internationaux et nationaux pour auditer la Lepi.Auditer pour essayer de voir les forces et les faiblesses de la Lepi et pour la corriger.

Appels de l’Avocat

A commencer par vous-mêmes. Le simple fait de prendre la parole et de s’exprimer, c’est que vous parlez à tout le monde, y compris qui de droit. Et comme j’ai eu à le dire, le Chef de l’Etat est entouré de monde. Peut-être que vous ne le savez pas. Ce que nous sommes entrain de dire à l’heure où je vous parle, s’il est un chef d’Etat bien informé, il doit le savoir. Le Chef de l’Etat est au courant de tout. Et ce que nous disons, il le sait, il l’écoute.

 Par exemple, nous étions à la Radio Bénin-Culture, nous étions à la Radio Gerdes, on a parlé au peuple, et plus précisément de l’Ouémé, de Porto-Novo, de Missérété. Mais parmi tous ceux-là, il y a aussi les services de renseignement du pouvoir pour écouter ce que nous étions entrain de dire, pour rendre compte. C’est la première mission d’un chef d’Etat. Lorsqu’il arrive à son bureau, le premier document qu’il lit : c’est le rapport des renseignements, qu’est-ce qui a été dit par rapport à la politique ? Même les mendiants aussi, si vous ne le saviez pas, sont aussi des gens qui renseignent le Chef de l’Etat.

En tout cas, du temps où j’étais aux responsabilités, les mendiants aussi renseignaient. Lorsque vous passez à un carrefour, ils rendent compte. Bref pour revenir à la Lépi, une proposition concrète, c’est faire appel à des experts indépendants pour auditer. A la différence de ce que les uns et les autres proposent, c’est-à-dire diagnostiquer, nous, nous disons qu’il faut auditer la Lepi.

Yayi bien élu avec la Lépi

Il l’a dit, mais ça n’a pas empêché, le 13 mars, au moment où il votait, une bizarrerie que je n’ai jamais comprise. Qu’il ait demandé pardon. Le seul fait même qu’il ait demandé pardon devait amener la CENA à le disqualifier. Parce que c’est tout comme s’il était encore en campagne. Or le fait de prendre la parole pour dire « pardon, je sais que tout n’est pas parfait », c’est pour émouvoir.

 Et lorsque vous parlez en ces termes, vous pouvez changer les donnes, vous pouvez amener un citoyen qui ne voulait pas voter, qui était parti pour rester chez lui et voter abstention à sortir. Vous pouvez amener quelqu’un qui était parti pour voter pour X à voter pour vous. Celui qui doit comprendre et apprécier, c’est d’une part la CENA, ensuite la Cour constitutionnelle.

Or, ce n’est pas moi qui le dis, la Cour avait aux ordres, la Cour des « miracles ». La Cour aurait dû le disqualifié. Est-ce que vous savez ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire ? Pourvu qu’on ne rencontre jamais cela au Bénin. On a fini les élections en Côte d’Ivoire et ils ont basculé dans la violence.

Me Migan face au K.o de Yayi

Le Droit dit ceci : lorsqu’il y a une petite erreur, l’erreur corrompt tout. Lorsqu’il ya une petite faute, le faux corrompt tout, ça vicie tout. Il a suffi tout simplement, je ne parle même pas de sa déclaration du 13, le fait de laisser en rade des milliers de citoyens constitue déjà une malfaçon de l’outil. Et que ce soit mal fait, entraîne déjà le vice.

La communauté internationale cautionne la Lepi

Que recherche la communauté internationale? Ce n’est pas la communauté qui doit diriger le Bénin ; nous sommes quand même un pays souverain. Il faudrait d’abord que nous croyions en nous-mêmes. Ce n’est pas parce que la communauté nous assiste que nous devons, comme des moutons, demeurer à dire « la communauté, la communauté ». Regardez ce qui se passe aujourd’hui en République démocratique du Congo. Ils organisent les élections sur fonds propres, sur leur propre budget sans l’aide de la communauté. Qu’est-ce que vous allez attendre de quelqu’un qui vous finance ?

Quand la communauté vous finance, mais c’est normal que les instructions émanent d’elle. Quand ils votent en France, est-ce qu’ils font appel à la communauté ?Lorsqu’il y avait eu cette élection entre AL Gore et Bush Junior, où il fallait reprendre les élections, pourquoi on n’a pas fait appel à la communauté ? Avec ce qui se passe en Russie, que le premier ministre devienne président, et le président premier ministre, pourquoi on ne parle pas de la communauté ?

Et c’est là où je vous demande, en tant que journalistes, de dénoncer ce genre de choses. Ou bien vous êtes souverain, ou bien vous n’êtes pas souverain. Il ne revient pas à la communauté Internationale de certifier si nos élections sont bonnes ou non. C’est fort de tout ceci que nous disons: nous pouvons réaliser une Lépi sans l’aide de la communauté pour des élections crédibles. Nous avons la logistique, nous avons le savoir-faire.

Si c’est l’argent qui nous manque, commençons par payer chacun 25 francs. Pour le séjour du Pape, il est demandé de payer 500 francs, moi je vous demande de payer 25 francs pour le Bénin. Si vous voulez même payez dix francs pourquoi pas ? Parce qu’on n’a plus besoin de grandes choses pour aller à une Lépi crédible, une Lépi porteuse dans l’intérêt du pays. Je vous dis et je vous le répète, il suffirait, à l’heure où nous sommes aujourd’hui, de mettre dans chaque commune, les 77 communes, des ordinateurs, pour recenser les uns et les autres.

 Et vous aurez les résultats escomptés. Est-ce que vous savez que ce que nous avions eu comme LEI pour aller aux élections de mars et avril derniers était moins performant que l’outil manuel qui était utilisé. Le combat que nous menons aujourd’hui, c’est un devoir, Yayi, et nous-mêmes, qu’on le veuille ou non, nous partirons en 2016. C’est notre dernière carte. Et nous ne devons pas vous laisser le pays dans cet état.

 Voulez-vous demeurer aux responsabilités et mourir avec les honneurs ? Pourquoi faire ? Il y a 9 millions de Béninois, il y a 50% de jeunes qui cherchent du travail. Faites le calcul. On sait que les jeunes sont 60 % de la population. Ça veut dire que nous avons 2,7 millions de jeunes qui sont au chômage. C’est ça qui nous inquiète. C’est pour eux que je me bats pour que les jeunes accèdent rapidement aux responsabilités et aient un emploi. Est-ce qu’on le peut ?

La jeunesse aux commandes

Je vous donne mon exemple. Je vous ai dit que je suis professeur-assistant à l’université. Après mon départ ils m’ont rappelé. J’ai accepté parce qu’il faut que je forme rapidement des jeunes qui prendront la relève, pour que je quitte complètement. Parce qu’il n’est pas normal que nous continuions à dire qu’ils ne sont pas préparés, les jeunes. Pourquoi ne pas créer les conditions pour que ces jeunes émergent.

Pourquoi ne pas les laisser faire ? Vous n’allez pas laisser ces jeunes partir à la retraite sans avoir travaillé ! Il y a quelque chose qui ne va pas. Est-ce que le pouvoir aujourd’hui s’occupe de ça ? Donc notre préoccupation c’est d’une part la Lépi crédible, mais également que le pouvoir cherche à faire face à la crise alimentaire ou si vous préférez, socioéconomique.

Parlons de la réforme

Nous sommes tous pour les réformes, mais il faut que les réformes soient bien pensées. Il faut que les réformes soient bien réfléchies. Il faut que les réformes soient consensuelles. Or, les réformes que nous avons aujourd’hui ne le sont pas, quand vous avez une épée de Damoclès le FMI, la Banque Mondiale qui vous demandent de faire ceci ou cela. Je vous donne l’exemple d’une réforme : réformer l’agriculture.

 Pour réformer l’agriculture, on avait commencé au temps du Général Mathieu Kérékou mais on a constaté qu’une seule personne voulait contrôler l’agriculture, voulait contrôler la production du coton – on a dû tout arrêter. Quand Yayi est arrivé aux affaires, il a dit « Je porterais la production à 600 000 tonnes ». On était tout heureux, ça faisait partie des raisons pour lesquelles on l’avait accompagné. Mais au finish, qu’est-ce qui s’est passé ?

 Après avoir investi plus de 90 milliards dans le coton, à la fin de son premier quinquennat, la production n’a jamais dépassé 200 000 tonnes. Alors qu’entre 2004-2005, nous savons comment nous avions fait pour porter la production sur le plan agricole à 427 000 tonnes ! Mais, qui a tué ce coton aujourd’hui? Quid de cette réforme aujourd’hui ?

L’Etat vit sur la fraude

Je prends un exemple. Qu’est-ce qui a permis au Chef de l’Etat de financer pendant un moment les microcrédits ? C’est les véhicules d’occasion. Mais, les véhicules d’occasion lui ont permis de financer les microcrédits alors que les recettes des véhicules d’occasion n’étaient pas budgétisées au début de son quinquennat. Il a fallu les journalistes et les députés qui ont insisté pour qu’il le budgétise. Mais, la fraude, c’est ahurissant.

 Je veux dire que nous prenons de l’argent pour financer l’Etat à partir d’un trafic frauduleux. C’est-à-dire quoi ? Le Nigéria dit ceci : je ne veux pas sur mon territoire des véhicules qui ont plus de cinq ans d’âge. Mais, nous, nous faisons entrer de manière frauduleuse sur le territoire nigérian des véhicules qui ont plus de cinq ans d’âge. Or, lorsque vous faites entrer de manière frauduleuse ces véhicules, on exige sur chaque véhicule une taxe qu’on appelle la taxe sur la valeur ajoutée (TVA). On nous dit que lorsque vous aurez accompli les formalités à la frontière, vous revenez et on vous rembourse la TVA.

Mais, comme le propriétaire du véhicule ne peut plus revenir pour justifier de l’entrée régulière par les frontières ; toute chose qui devait lui permettre de récupérer son argent il se voit obligé d’abandonner cet argent qui reste dans les caisses de l’Etat. Cet argent qui sert, qui a servi et qui continue de servir à financer les microcrédits. Et c’est là où nous disons qu’un Etat ne peut pas faire ça. Un Etat crée les conditions pour produire puisque l’économie, c’est produire, c’est vendre…

La Cour Constitutionnelle au banc des accusés

J’ai lu la dernière décision. Déjà, parlons du droit de grève. Ce droit est prévu par la constitution qui, en son article 31, garantit le droit de grève et renvoie à la loi pour sa réglementation. Du moment où la constitution dit que je vous garantis cela, vous ne pouvez pas, à partir d’une loi, maintenant remettre en cause ce que la loi fondamentale a dit.

C’est l’aberration totale ! Et c’est ce qui avait emmené les hauts magistrats de 2003 du temps de, paix à son âme, Mme Ouinsou à dire que les travailleurs y compris les militaires ont le droit de faire grève. Et on ne sait par quel miracle, alors qu’on s’attendait que cette jurisprudence se confirme, Dossou Robert, comme il sait le faire et en a la magie, a tout simplement dit que le texte qui a été voté et interdisant désormais en son article 9 le droit de grève aux douaniers est conforme à la Constitution. Mais allons plus loin. On nous parle de la convention de 1996 du BIT.

Soit ! Mais que dit cette convention ? Cette convention dit qu’ils ont droit. Mais les initiateurs de cette loi nous disent que pour des raisons de fait c’est-à-dire dans les mouvements sociaux, ceux-là peuvent être amenés à utiliser les armes en cas de…et pour ce faire, il faut les empêcher de faire grève. Il faut être député de la mouvance associé à la cour constitutionnelle pour aller à de tels raisonnements. Vous savez, c’est une décision abracadabrante. Je ne sais pas ce que c’est. C’est-à-dire que ça ne nous fait pas évoluer.

Des conditions pour parler de revirement jurisprudentiel

Un revirement jurisprudentiel. Soit. Mais, faudrait-il encore qu’il y ait des éléments nouveaux. Or, reprenez ce qui a été dit dans la décision de la Cour. Il n’y a pas d’éléments nouveaux. Lorsqu’il y a un élément nouveau, il remet en cause la première jurisprudence. Le juge fait le bilan des deux et on essaie de voir ce qui a changé entre temps. Mais les éléments qu’on a aujourd’hui devraient amener à confirmer la jurisprudence de Madame Ouinsou.

Kérékou et la révision de la Constitution

Fouillez et refouillez encore alors que nous étions aux responsabilités, vous ne verrez jamais de décision cassée par la Cour. Pourquoi ? On allait fouiller, on allait chercher dans l’intérêt supérieur et on demandait au Chef de l’Etat « voilà ce que nous avions trouvé, à vous maintenant de l’habiller politiquement ». Nous étions techniciens, nous suggérions. Je vous donne un exemple très simple.

Quand on disait que Kérékou voulait réviser la constitution et que c’était tel qui le conseillait. Vous savez ce qu’on avait fait ? Les documents sont là. On lui a dit ceci « monsieur le Président de la République, si vous voulez aller à la révision de la constitution, voilà les avantages et voilà les inconvénients. Vous ne pouvez pas. Mais, vous avez un élément qui vous permet de demeurer aux responsabilités. Il y avait le recensement national approfondi. Or les textes disent ceci, tant que ça n’a pas été fait six mois avant les élections, celle-ci ne peut pas avoir lieu.

 On lui a dit Monsieur le président, vous avez cette possibilité de demeurer aux responsabilités parce que tant que le recensement national approfondi ne serait pas fait, vous serez là aux responsabilités. Mais pour éviter cela, il faut faire suspendre le RENA. Kérékou qui est un homme qui aime toujours chercher, qui aime toujours comprendre, avant de faire, il a cherché à savoir. Il a demandé à certains de lui dire ce qu’ils en pensent. Au finish, qu’est-ce qui a été fait ? Le RENA a été suspendu le 20 décembre 2005. Reprenez les archives. C’est ce qui a permis d’aller aux élections.

Il fallait suspendre le RENA. Laissez-moi vous dire que quand nous étions aux responsabilités, notre préoccupation première, c’était de tout faire dans l’intérêt supérieur de la nation pas pour Kérékou. Or aujourd’hui, on conseille dans son intérêt à soi pour rester avec le Chef de l’Etat.

Pas contre la révision de la Constitution, mais…

Je vous ai dit tout à l’heure que la révision a prévu les articles pour sa révision. Donc, on ne peut pas d’entrée être contre une révision de constitution. Ça dépend des éléments qui vont vous emmener à la révision. Ce n’est pas une question de oui ou non ; la question ne se pose pas à ce niveau. Quand vous prenez le projet de révision, il contient des choses intéressantes que j’apprécie. Mais, c’est une question d’opportunité. Est-ce que le moment est propice pour qu’on aille à la révision ? Et nous réitérons qu’il y a deux éléments fondamentaux qui écartent la révision en ce moment.

D’une part, nous disons et nous crions haut et fort qu’il faut d’abord nettoyer, toiletter la LEPI. La deuxième chose, et ça vous concerne tous, quand vous avez le tiers de la population qui n’arrive plus à satisfaire ses besoins fondamentaux, se nourrir, s’habiller, boire, aller et venir tout simplement, c’est qu’il y a un problème. Ça veut dire que nous avons des gens qui ne savent plus comment gérer. Et quand vous ne savez pas gérer, vous n’avez plus votre place là. Or, ces deux points nécessitent d’être résolus avant d’aller à la révision de la constitution…

Et le projet de septennat de Me Migan

Attention, attention ! Le contexte n’est pas le même. Ce que nous disons est le suivant. Quand nous avons constaté comment les Chefs d’Etat arrivent aux responsabilités et surtout lors du premier mandat sans programme et ne font rien si non des actions électoralistes pour se faire réélire, nous avons pensé à un mandat de 7 ans non renouvelable. Avec un mandat de 5 ans renouvelable on pense tout le temps à rempiler, on évolue sans boussole, on pose des actes à des fins électoralistes.

Aujourd’hui des grèves sur des grèves, on accorde des primes à tout le monde. Pour des besoins électoralistes, on fait ce qu’il ne faut pas faire. On embauche alors qu’il ne faut pas embaucher. Alors que si vous avez un mandat de sept ans non renouvelable avec un programme, avec les moyens pour financer ce programme, avec les hommes qu’il faut pour conduire ce programme, lorsque vous faites ce mandat, vous avez des résultats qui assurent le développement.

Le combat contre les dérapages du régime entamé

Mais la bataille a commencé. Qu’est-ce que nous faisons en vous parlant aujourd’hui et je voudrais aussi que vous jouiez votre partition dans le combat ; que chacun de nous, à partir de ce qu’il entend relaie encore plus en profondeur dans les soixante-dix-sept communes. Nous avons des mouvements, des associations qui se créent de manière spontanée.

 Nous avons des gens qui nous appellent, qui nous disent avoir appris telle chose et veulent aussi contribuer…Il faut croire en la vertu de la parole. Il ne faut jamais adopter une attitude d’attendre pour voir. Ce n’est pas qu’on rejette l’homme Yayi mais c’est les actes posés que nous condamnons, les dérapages que nous condamnons.

Absence de dialogue

Déjà, il faut que Boni Yayi écoute, il faut qu’il dialogue. Vous avez un exemple vivant. Lorsqu’il a reçu les douaniers à la retraite, comment est-ce que ça s’est passé ? C’est comme vous et moi, nous dialoguons. Vous essayez d’en savoir et j’essaie de répondre. Mais, Yayi a fini de parler, Yayi s’est levé et Yayi est parti. Qui a osé parler ? «Enregistrez-vous sinon partez », a-t-il conclu. Non, il faut que nous finissions avec cela, il faut un dialogue.

Et ce dialogue peut emmener à la paix. C’est parce qu’il n’y a pas de dialogue que nous nous retrouvons dans cette situation où nous sommes. Si Yayi avait accepté, si Yayi accepte un tout petit peu le dialogue, beaucoup de choses se seraient réglées dans notre pays. Yayi endort et il faudrait que nous cessions de nous laisser endormir.

Des grèves perlées face aux caisses de l’Etat qui se vident

Les grèves perlées ont commencé quand ? En 2008. Les caisses ont commencé à se vider pourquoi ? Tout simplement parce que le président Boni Yayi, et les douaniers sont témoins et le disent. Le Chef de l’Etat Boni Yayi exonère tout. Pour un pauvre pays comme le nôtre, vous importez et on exonère les marchandises qui vont être écoulées, non pas au Bénin pour le consommateur béninois, mais dans un pays de l’hinterland, ou au nigérian.

 Et ce qu’ils ne paient pas dans les caisses de l’Etat restent dans leurs poches. Et c’est un manque à gagner pour l’Etat. Ça vient de qui ? Du Chef de l’Etat. Sur le riz, sur le sucre, vous avez connu cela. Et les affaires, machines agricoles, on exonérait tout. Et puis, parlons-en. Un pays pauvre où on dit on fête le 1er août un lundi par exemple, et où le lendemain est chômé et férié. Qui va payer cela ? Vous avez vu un 14 juillet en France où les gens viennent de partout où on dira pour qu’ils rentrent chez eux, il faut leur accorder un deuxième jour de repos.

Combien de fois n’a-t-on pas fait cela avant les élections ? Comptez ces jours que le Chef de l’Etat donnait à des fins électoralistes et ça ne dit rien à personne. Les caisses ne peuvent que se vider et une journée qui n’est pas travaillée, c’est un manque à gagner pour l’Etat. Or pour que la croissance augmente, il nous faut 370 milliards par an d’investissement. Et lorsque vous avez écouté le Chef de l’Etat le mercredi, il nous dit : maintenant, j’ai compris que les douaniers ne sont mêmes pas les seuls et c’est tout l’Etat. C’est là où je me demande « est-ce que Yayi écoute Yayi ? ».

Mais pourquoi, il s’en prend aux douaniers ? Il y a quelque chose qui ne va pas. Au contraire, demandez aux douaniers de nous faire rentrer de l’argent dans les caisses, ils savent le faire. Et c’est fort de ça que nous disons au Chef de l’Etat de mettre de l’eau dans son vin, de dialoguer avec eux.

Yayi, la cause des grèves perlées

Mais qui a institué cela ? C’est Boni Yayi. Quand vous donnez aujourd’hui à X alors que X et Y remplissent les mêmes conditions, sous le même statut, c’est normal que Y aussi demande. « Ah, vous, vous avez fait grève et vous avez obtenu, je vais aussi demander à papa bonbon de me donner aussi ». Ainsi de suite et c’est ça qu’on appelle les grèves perlées. Qui en est responsable ? C’est Boni Yayi.

Regard sur la rentrée scolaire 2011-2012

Pour cette rentrée scolaire, vous ne verrez aucun parent dire qu’il n’est pas content. Tous sont contents de même que les élèves. Tout le monde était impatient, et même l’administration qui a pris des dispositions pour que la rentrée soit effectuée. Je n’ai pas encore eu de mauvaises nouvelles. Mais il y a une préoccupation, avec quel argent va-t-on démarrer la rentrée scolaire ? Je le dis parce qu’aujourd’hui les produits coûtent chers.

 Le cahier de 125f est passé à 150f avec bien d’autres produits qui ont doublé de prix. Ensuite j’ai des dossiers à mon niveau dans mon cabinet où beaucoup de parents crient l’affaire ICC-Services où leur argent a été placé. Aujourd’hui ceux- là n’ont pas d’argent pour faire face aux difficultés de la rentrée. ICC-Services a tout pris, et c’est dommage pour la République.

Dysfonctionnement de l’année universitaire au Bénin

C’est une affaire de gestion. Quant au lieu de s’occuper des affaires académiques les gens se lancent dans les affaires politiques, on arrive à des situations du genre. Il faut des hommes qu’il faut aux places qu’il faut. Nous demandons aux étudiants de prendre leur responsabilité en mais pour se défendre car cela compromet leur avenir. D’ailleurs, quelle formation dans ces conditions ? Ce ne sera qu’une formation bâclée.

Et enfin quand la fin arrive comme vous le dites, ils vont continuer à composer. La rentrée est prévue pour novembre et ceux qui sortent ? Quel sera leur sort ? Comment se passera leur insertion ? Comme le dit le Chef de l’Etat à travers le calcul que nous avions fait, 9.000.000.000 telle est la population du Bénin, 50% de jeunes sont à la recherche d’un emploi. Est-ce que vous savez combien d’étudiants quittent les bancs chaque année et où ils vont ? Interroger un conducteurs de taxi moto, il vous parlera un français correct et n’allez pas chercher loin, c’est un étudiant ; Ils sont 2 700 000 jeunes au chômage.

Le poids de l’opposition face aux réformes

Vous savez l’opposition est sortie désarmée. Je crois qu’ils sont demeurés encore traumatisés. Mais je crois que c’est maintenant qu’ils vont essayer de revenir. J’ai apprécié récemment l’intervention de Idji Kolawolé sur la Loi référendaire. Que dit Idji Kolawolé : « pourquoi la précipitation et pourquoi cette article 10 relativement à l’inscription qui doit se faire 90 jours avant ? Il ne faut pas que l’opposition se décourage. Elle n’a pas intérêt à se décourager.

Ils peuvent être minoritaire et faire de propositions concrètes. Il faut aussi le respect de l’autre et c’est ce que je demande à la mouvance. Le respect dans l’intérêt même du pays parce que du moment où vous êtes désormais devenu député, vous n’êtes plus député de votre région. Vous l’êtes pour tout le peuple. Donc l’opposition minoritaire peut dire des choses intéressantes qui peuvent être acceptées et exploitée par la mouvance et vice-versa.

Quelques bonnes actions de Yayi Boni depuis sa prise de fonction

Je vais vous donner un exemple récent de loi votée. Il s’agit de la loi sur les violences faites aux femmes. Quand cela a été fait, j’ai applaudi et je continuerai d’applaudir. J’en suis heureux. Quand vous avez confiance en votre femme quand vous l’aimez, vous ne devez pas la violenter physiquement ou moralement.

 En dehors de cette loi, je peux parler de la loi sur la corruption. Mais il y a des choses que je n’ai pas applaudies dans cette loi. Le côté où la structure qui doit la réguler serait sous la tutelle du Chef de l’Etat. La loi sur le référendum est intéressante mais ce sont les conditions dans lesquelles cela a été fait qui ne m’ont pas plus. La précipitation ? Qui peut être contre une loi, une réforme ?

Le monde des affaires au Bénin et le sort de votre ami Rodriguez

Rodriguez lorsque Soglo était aux responsabilités, était en exil, alors que Kérékou était aux responsabilités, il était en exil, alors que Yayi est aux responsabilités, il est en exil. Il a toujours été en exil et au même endroit. Vrai il est un opérateur économique, mais quel opérateur économique est Rodriguez ?

Remettez à Rodriguez ce pays et en six jours, il vous en fera un bijou. J’y crois parce qu’il a le savoir-faire. Je vous donne un exemple très simple. Souvenez-vous dans ce pays lorsque le Présidente Boni Yayi a accédé aux responsabilités, il nous dit que nous avons une Vallée qui est la deuxième richesse dans son domaine après l’Egypte. Il parlait de la Vallée de l’Ouémé. Il dit qu’il peut faire du palmier à huile la richesse qui permettra à notre pays de sortir de cette situation difficile.

 Il a fait venir les Malais qui ont sillonné le pays. Mais les Malais se sont baladés avec des véhicules officiels avec des gardes corps, logés nourris pour être enfin décorés. Et avant de repartir, ils ont dit qu’ils ne peuvent rien faire. Les malais ont dit au Chef de l’Etat que pour qu’ils puissent réussir il faut qu’il pleuve abondamment de façon régulière sur le pays. Ceci pour leur permettre d’avoir la pluviométrie qu’il faut. Mais qu’est-ce que fait Rodriguez en Côte-d’Ivoire ?

Il exploitait le système de goutte à goutte pour mettre en valeur la culture du palmier à huile avec les Israéliens. Il est d’Agoué, partagé de père Agoué et de mère Aboméenne. Donc il est béninois et on aurait dû lui faire appel pour réussir ce que les Malais n’ont pas pu faire. Il a réussi ceci en Côte-d’Ivoire, ce qui profite à ce pays dans le problème de l’emploi. Mais comme nous le savons, la «béninoiserie» veut qu’on tue les projets comme les initiateurs.

Je laisse tombé ce côté pour parler du dragage de sable. Du jour au lendemain on a dit, plus de sable marin, mais est ce qu’on a pris les dispositions idoines pour accompagner cela pour que nous ayions du sable extrait du fleuve ? Mais Rodriguez le fait et est devenu le premier producteur de dragage de sable en Côte d’Ivoire. Et puis l’usine de Rodriguez est la deuxième après celle de l’Egypte en matière production d’égrenage de coton avec une capacité de 60.000 tonnes par jour. Il faudrait que Yayi comprenne qu’on a besoin de tous les fils pour le développement du pays.

La différence entre Kérékou et Yayi

La sagesse. Car lorsque vous devenez un Chef d’Etat, apprenez à être sage. Il faut écouter, dialoguer, accepter les propositions des autres, il faut prendre de la hauteur, il ne faut pas se précipiter. Kérékou est un homme de dialogue, il sait dialoguer avec ses compatriotes. Est-ce qu’il y a un jour où vous avez vu Kérékou s’emporter?

L’Emergence avait-elle vraiment échoué ?

Ce qui permet de dire qu’un pays est émergent, c’est l’accès aux soins à l’instruction pour la grande majorité de la population. C’est lorsque les gens vont à l’école. La gratuité de la césarienne ne détermine pas à elle seule l’émergence. L’émergence n’est pas sur trois ou cinq ans, c’est plutôt un long processus.

 C’est quelque chose qui peut se préparer sur trente ans. Cela peut déjà démarrer et c’est après 10 ans, 15 ans, 20 ans que vous commencez par voir le bout du tunnel. Plus loin il faut dépasser le point 5 pour commencer à parler de l’émergence. Yayi a compris qu’il se trompait quand il parlait d’émergence. C’est pour quoi il parle maintenant de refondation.

La justice béninoise

La justice se porte bien. Pour qu’on puisse parler d’une justice qui se porte bien, il faut qu’on ait accès à la justice entre autre. Nous remercions le MCA qui fait de grands efforts aujourd’hui en dotant des régions d’infrastructures dignes. C’est une très bonne chose et il faut l’avouer. En ce qui concerne les tribunaux, il faut faciliter son accès à chaque citoyen de faire des milliers de kilomètres pour saisir la justice.

Et la jeunesse !

Je voudrais dire que ce que je trouve de grave, c’est la condition dans laquelle se trouve la jeunesse. Je voudrais que la jeunesse se ressaisisse, et que cette jeunesse comprenne que les temps sont durs et elle ne peut rien obtenir à travers ce comportement qu’elle adopte aujourd’hui, comportement de facilité. Il faudrait que la jeunesse comprenne que son avenir lui appartient et qu’elle cesse enfin de croire tout le temps que les ainés vont lui laisser la place ou céder le chemin pour qu’elle parvienne à ce qui lui revient. Ou bien elle est prête, ou bien elle n’est pas prête.

Si elle est prête, il faut qu’elle se lève pour prendre ce qui lui revient et nous sommes partants pour l’aider. Ma préoccupation aujourd’hui, c’est certes le développement, mais le développement de la jeunesse et je ne sais comment vous le dire. Vraiment ça me préoccupe. Je vous en supplie jeunes, le monde vous appartient, le Bénin en a besoin.

Si vous ne faites rien aujourd’hui, vous allez avoir une situation difficile demain, un Bénin difficile demain, un environnement difficile demain donc, c’est aujourd’hui et ce n’est pas demain ou après-demain, c’est là, là maintenant. Malheureusement, ce n’est pas ce que nous vivons, mais nous, nous sommes prêts à vous accompagner.

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Me. Marcel Ceccaldi : Le Fonds monétaire africain est le tombeau de Kadhafi

A côté de ses autres collègues, tel Jacques Vergès, Marcel Ceccaldi est aussi au barreau de Paris l’un des avocats dont la réputation est devenue mondiale. Issu d’une célèbre famille corse dont certains ont été membres du gouvernement en France, il a choisi lui le barreau qu’il assume avec bonheur. Naturellement éloquent sur fond d’un quinquagénaire débonnaire et charmeur, Marcel Ceccaldi parle de tout avec une aisance qui laisse pantois son premier auditeur.

Défendre en même temps Daddis Camara de Guinée, Laurent Gbagbo de Côte d’Ivoire ou Mouammar Kadhafi de Libye, cela n’est pas donné à n’importe qui. C’est pourtant ce à quoi cet avocat s’adonne en ce moment. Cela a fait dire de lui qu’il défendait les causes difficiles, ou celles qui sont perdues d’avance. Lui, réplique par ailleurs qu’il est un homme de conviction, cette conviction qui le pousse à s’engager toujours plus loin, toujours en profondeur.

Du Cameroun qu’il visite pour la première fois, selon lui «invité par un client pour une affaire privée», alors qu’on le croyait en exploration, Me Ceccaldi refuse qu’on dise de ce pays qu’il est une dictature car, d’après l’avocat, «on n’organise pas des élections dans une dictature». Me Marcel Ceccaldi a accepté l’invitation à lui faite par la rédaction de Mutations.

Maître Ceccaldi où se trouve Kadhafi en ce moment ?

On me pose souvent cette question. Je donne toujours la même réponse : si je savais où se trouve le colonel Kadhafi, vous vous en doutez, je ne vous le dirais pas. Mais reportez vous seulement à la personnalité de Kadhafi. On peut lui attribuer tous les défauts de la terre, il a au moins une qualité. Il est ce qu’il est, il revendique ce qu’il est. Il a toujours dit, il l’a encore dit récemment, «Je suis né sur cette terre de Libye, et je mourrai sur cette terre de Libye». Vous savez donc où il se trouve, il est en Libye.

Comment se porte Laurent Gbagbo ?

Laurent Gbagbo vit en ce moment des conditions difficiles. Contrairement à ce qui est dit ou à ce qui a été dit, il n’set pas détenu dans la résidence présidentielle de Korhogo, mais dans une petite maison dont on nous dit qu’elle servait de résidence à Guillaume Soro. Il ne peut pas en sortir, il est en détention, la porte est fermée à clé ; il n’a que deux pièces à sa disposition. Lui qui est un homme d’action, lui qui a besoin d’avoir une activité physique, il est obligé de tourner autour de la table de la petite pièce qui lui sert de salle à manger pour pouvoir faire un peu d’exercices.
Je vais vous donner un fait précis : Laurent Gbagbo a demandé l’autorisation d’être transporté deux fois par semaine à la résidence présidentielle où il y un grand parc, afin de pouvoir marcher à l’intérieur de ce parc. Cela lui a été refusé. Alors quand on vous dit qu’il est dans la résidence présidentielle, il y a loin, la coupe aux lèvres. Vous savez, ça fait partie des mensonges et des travestissements de la vérité dont on est habitué concernant la Côte d’Ivoire depuis le second tour de l’élection présidentielle, voire depuis le coup d’Etat de 2002, et même celui de 1999.

Et Daddis Camara, avez-vous de ses nouvelles ?

Daddis Camara est à Ouagadougou actuellement. Il a pris position dans l’élection présidentielle qui s’est tenue dans son pays la Guinée ; il a, à cette occasion, fait part de son soutien au président Alpha Condé. Il va retourner en Guinée, et je crois qu’il a l’intention de créer un parti politique, car rien ne se pose objectivement, ni tant en droit que sur le plan judiciaire à son retour en Guinée Conakry. J’allais dire concernant le retour de Daddis Camara, que sa présence serait nécessaire afin de mieux stabiliser le pays. Vous avez pu voir il y a quelques semaines que le président Condé avait fait l’objet d’une tentative d’assassinat. Contrairement à ce que la presse occidentale, surtout la presse française à écrit à l’époque, cette tentative d’assassinat n’avait pas pour instigateur les partisans de Daddis Camara, mais ceux du général Konaté. Là, vous avez une nouvelle preuve du travestissement des faits auxquels se livre la presse occidentale en général et la presse française en particulier, concernant les évènements qui secouent l’Afrique.

Vous arrivez au Cameroun pour la première fois dans un contexte particulier : il y a élection présidentielle. Vous défendez des causes assez délicates ; Paul Biya est présenté comme un dictateur ; est-ce que vous vous apprêtez à le défendre?

Ecoutez, c’est quand même extraordinaire ! La prochaine fois, quand j’aurais un déplacement à titre professionnel, j’arrive pour la première fois au Cameroun, je suis ici simplement parce que j’ai un client qui est président d’une société camerounaise ; il m’a saisi du litige qui l’oppose à une société néerlandaise. Selon vous, à chaque fois que je dois regarder le calendrier électoral d’un pays, à chacun de mes déplacements en Afrique, pour pas qu’on m’accuse d’intervenir au moment où se déroule les scrutins électoraux, je vais quand même avoir quelques difficultés à me promener dans ce continent !

Vous me dites qu’on présente le président camerounais comme un dictateur. Vous remarquez quand la contradiction de votre propos : il y a une élection présidentielle en cours dans ce pays, et on présente le président de ce pays comme un dictateur ! Quand il y a un régime dictatorial, en général il n y a pas de d’élections ; moi c’est l’observation que j’ai faite. Quand vous dites cela, en réalité je vois à quoi vous faites référence. Vous faites références à ce qui s’écrit dans les journaux en France sur le Cameroun, et en particulier aux propos de Mme Hilary Clinton, qui, à mon sens, a encore perdu une bonne occasion de se taire. Parce qu’il y a des règles en matière des relations internationales entre Etats. Lorsqu’on a un message à faire passer, on s’adresse au chef de cet Etat, surtout si celui-ci à été démocratiquement élu. Personne ne peut contester que les élections présidentielles antérieures au Cameroun, n’avaient pas été des élections démocratiques, parce que cela signifierait que, chaque fois qu’il y eu une élection qui se déroule en Afrique, on considérait que prima fascié, que cette élection n’est pas démocratique.

A ce moment là, il vaut mieux ne pas organiser d’élections. Cela ne m’étonne pas d’Hilary Clinton. D’abord parce que Hilary Clinton, c’est la femme de son mari ; d’autre part, parce qu’elle est Américaine. S’il y a une nation qui ne connaît pas les règles de politesse et de courtoisie élémentaires, c’est bien les Etats-Unis. Ils considèrent qu’ils sont le centre du monde et que les autres n’existent pas. En effet, pour ce qui est du Cameroun notamment, Mme Clinton avait perdu une bonne occasion de se taire ! Pourquoi ? Parce que, cela signifie que les Etats-Unis ont décidé, depuis l’affaissement du bloc soviétique, d’être la super puissance mondiale qui a dorénavant la vocation de dicter ses règles à l’ensemble de la planète. Et bien ce n’est pas le cas. Concernant cette attitude et cette politique, il faut s’y opposer parce que les peuples ont une conscience politique ; ils ont leur culture ; ils sont issus d’une civilisation spécifique. Les modèles qu’on veut imposer d’outre Atlantique, ne correspondent pas toujours aux consciences collectives des peuples, particulièrement ceux d’Afrique. Que les Américains fassent preuve d’un peu plus de modestie, d’équité et de respect envers d’autres peuples.

J’aimerais que, les critiques que les Américains portent sur un certain nombre de pays, en particulier des pays africains, qu’ils exercent des critiques aussi acerbes à l’égard d’Israël. Si un pays africain faisait ce qu’Israël fait aux Palestiniens, en politique de colonisation forcée, en politique de transfert des populations, avec une constitution qui érige en citoyen israélien, tout Juif, cet Etat, s’il est par hasard africain, n’existerait plus sur la carte du globe. Imaginez que quelque part en Afrique, en France, en Europe ou ailleurs, un seul Etat ait une telle constitution discriminatoire comme celle d’Israël, imaginez ce qui se dirait de ce pays-là. Que les Américains, pour être respectables et respectés, et non seulement craints, fassent preuve de la même rigueur envers Israël, à ce moment-là, on pourra dialoguer d’autre manière avec eux.

Seriez-vous disposé à vous constituer un jour en faveur de Paul Biya ?

Je n’ai aucune raison de le faire ! C’est comme si vous me demandiez, «seriez-vous prêt à vous constituer pour le président Sarkozy?» Vous savez qu’en ce moment, il est dans l’oeil du cyclone. Je n’ai aucune raison. Le Cameroun est un pays qui a des institutions, vous avez des élections qui se déroulent en ce moment, avec une pluralité de candidatures. Avoir cette approche prémonitoire, c’est extrêmement dangereux, parce que cela donne du grain à moudre aux instruments de propagande et de désinformation. Vous l’avez vu, au moment de l’affaire libyenne, vous aviez en face des instruments de propagande qui sont absolument exceptionnels ; ils travestissent les faits. A partir du moment où vous posez de telles interrogations dans cette forme et de cette manière, à partir du fait que depuis 25 ans, des élections ont lieu au Cameroun, comment pensez vous que le Cameroun soit confondu à un régime dictatorial ?

Et le cas libyen ?

Mettez trois choses en parallèle : la Libye, la Syrie et le Yemen. Tous les jours, il y a des morts au Yémen. Le pays est au bord de la guerre civile. Vous avez suivi la déclaration hier (ndlr mercredi le 21 septembre) d’Obama à propos du Yémen ? Qu’a-t-il dit ? Est-ce qu’il a parlé de solution politique pour la Syrie ? Et pour la Libye ? La solution politique pour la Libye est celle qui avait été arrêtée par l’Union africaine, avec sa feuille de route qui avait été acceptée par le régime libyen lui-même. Elle n’avait pas été acceptée par les rebelles libyens. Ces derniers ne pouvaient que refuser la feuille de route de l’Union africaine, puisqu’ils avaient le soutien militaire des Etats, de la France et de la Grande Bretagne.

On réclame une solution politique au Yémen, en Syrie, mais en Lybie, on décide de la solution militaire ! Premier point, vous ne voyez pas les conséquences en Libye ? Deuxième point : refus d’une solution politique au Moyen Orient. L’exercice du droit de véto concernant le droit à l’indépendance des Palestiniens. En vertu de quoi exercez-vous un véto pour interdire à un peuple d’avoir un Etat ? Si la Palestine existe, si les Palestiniens existent, ils ont le droit à être reconnus comme un Etat. Et on exerce le droit de véto concernant les Palestiniens, on préconise une solution politique pour le Yémen, on attaque la Libye. Sans savoir d’ailleurs les conséquences de cette agression armée. Est-ce cela la démocratie pour donner des leçons aux autres ? J’en doute.

Les élections sont-elles suffisantes pour gage de démocratie ?

Vous avez raison. On peut avoir une expression démocratique, mais le mode de scrutin par exemple anti-démocratique. L’expression de la démocratie, c’est permettre l’expression de tous les courants représentatifs de l’opinion publique, qui doivent avoir la possibilité de s’exprimer à l’intérieur des assemblées élues. Prenez l’exemple de la France. Est-ce que vous croyez que c’est un pays d’expression démocratique ? D’institution démocratique ? Le mode de scrutin n’est pas démocratique, parce que d’un côté, vous avez des mouvements politiques qui représentent 6% ou 5% des suffrages exprimés, qui sont représentés à l’Assemblée nationale ou au Sénat, donc qui sont investis du pouvoir législatif.

D’un autre côté, vous avez un mouvement qui représente plus de 15% de l’électorat, qui en raison du mode de scrutin, n’a de représentation ni à l’Assemblée nationale, ni au Sénat. En matière de démocratie, je me méfie des schémas. Un modèle démocratique, on ne le met pas dans un ordinateur, on n’appuie pas sur une touche en disant : voilà ce que c’est que l’expression de la démocratie. Ce sont les peuples en définitive qui définissent quelles sont leurs règles de la démocratie. Ce n’est pas le législateur. Pour que la démocratie soit vivante, encore faut-il que les règles déterminées par le législateur soient en phase avec les aspirations du peuple. Ces aspirations sont à la fois de l’ordre de l’objectif, des conditions matérielles, votées pour le candidat qui donne le plus de garantie, qui pourra assurer la sécurité matérielle des citoyens et de l’avenir de leurs enfants. Il y a aussi des aspirations de l’ordre de l’affectif et du subjectif, en disant : c’est ce candidat qui est le plus proche des valeurs auxquelles les peuples ou certaines composantes des peuples croient.

Revenons sur les trois personnalités que vous défendez. Elles sont présentées par la communauté internationale comme des “blocages’’ pour l’avancée de la démocratie. Des dictateurs en somme.

Concernant Laurent Gbagbo, je vais vous rappeler un certain nombre de choses qui ont été oubliées. Je vous rappelle dans quelle condition cette élection présidentielle s’est déroulée. Je le ferais en me référant à un rapport des Nations unies de mars 2010, intitulé «Etat de la situation en Côte d’Ivoire.» Dans ce rapport, les Nation unies mentionnent que la Côte d’Ivoire n’est pas une pays unifiée, qu’en particulier, tout le nord du pays échappe à l’administration centrale, que celle-ci n’a pas accès aux finances publiques, que les forces de sécurité du pouvoir central n’ont pas accès aux régions du Nord, et quant elles y ont accès, elles se trouvent en position de faiblesse par rapport aux forces dites «nouvelles», à l’époque, qui, dit le rapport, sont plus entrainés et ont plus d’argent que les forces régulières.

Pour vous donner l’approche de la situation de la Côte d’Ivoire et celle du Nord par rapport au Sud, jusqu’en 2010, le Burkina-Faso depuis 2002, exportait le cacao. Or, tout le monde le sait, ce pays n’a jamais produit de cacao ! Ce cacao venait donc d’où ? Naturellement de la Côte d’Ivoire. Le produit de la vente de ce cacao a servi à financer en particulier les «Forces nouvelles». Les régions aurifères et diamantifères du pays se trouvaient sous le contrôle des «Forces nouvelles». Malgré cela, l’Onu a imposé des élections présidentielles. J’ai dit à Laurent Gabgbo à l’époque, au mois de décembre, «vous avez eu tort. Vous auriez du refuser d’aller au scrutin, vu que l’Onu n’a pas fait ce qu’elle devait faire, car la sécurisation était du ressort de l’Onuci. Et l’Onuci ne l’a pas fait».

Concernant le résultat des élections, le 29 novembre, le lendemain du deuxième tour de la présidentielle, Gérard Latortue, ancien premier ministre Haïtien, et observateur de l’élection, reconnaissait «que le scrutin s’était globalement bien déroulé, à l’exception de quelques violences dans le Nord, que le taux d’abstention était plus élevé qu’au premier tour, mais qu’ils espéraient qu’il atteindrait les 70%.» Ce même jour, la Commission électorale indépendante, dont le président était Bakayoko, proclame les résultats de la diaspora. D’autre part, il annonce aussi le taux de participation, qui officiellement, s’élevait à 70,45%. L’information est reprise par l’ensemble des médias, en particulier par France 24. Si vous vous reportez à le presse ivoirienne de ce jour-là, vous avez des gros titres comme : «Où sont passés les abstentionnistes ?».

Le mardi 30 novembre, vous avez le rapport des observateurs de l’Union africaine, qui parlent des violences exercées dans le Nord, et concluent qu’il «appartiendra aux autorités compétentes de juger si ces violences ont eu une influence sur le scrutin» ! Violences, il s’agissait des : séquestrations des personnes, homicides, bureaux fermés et empêchement des gens à voter. Le lendemain, dans le journal “Le Monde’’ que l’on peut penser être sérieux, produit un grand article du genre : «Le second tour de l’élection est marqué par un taux d’abstention plus élevé qu’au premier tour \[…] et d’ailleurs, le taux d’abstention était particulièrement élevé dans les régions où le candidat Bédié avait obtenu de meilleurs résultats.»

Jeudi matin 1er décembre, un communiqué de la Cedeao, demande à la Commission électorale indépendante de produire ses résultats ou de les renvoyer au Conseil constitutionnel qui vise les violences exercées dans le Nord. L’après midi même, Bakayoko, qui appartenait à la coalition Bédié-Ouattara, proclame les résultats, retient et affirme que le taux de participation du second tour a été de 81%. Par quelle miracle du Saint-Esprit ou par quel maraboutage est on est passé d’un taux de participation de 70,45%, chiffre prononcé officiellement le 29 novembre, à 81% pour le 1er décembre ?

Gbagbo, Kadhafi et Daddis sont-ils des obstacles à la démocratie ?

Concernant Laurent Gbagbo, lorsqu’il a été élu, vous avez eu des élections législatives qui ont été organisées. Elections au cours desquelles le parti de Bédié et celui d’Ouattara n’ont pas participé. Ensuite vous avez eu des élections municipales qui ont été remportées par l’opposition. Après cela, il y a eu des élections régionales, qui ont été remportées par le parti de Gbagbo. Il y a eu à la suite de tout cela, une conférence de réconciliation nationale. En juillet 2002, un gouvernement d’union nationale a été mis sur pied, où était représentés des membres du parti de Bédié, et des membres su Parti de Ouattara. Quand la presse internationale présente Gbagbo comme un dictateur, vous en connaissez beaucoup vous, des dictateurs de ce genre ? Pas un seul organe de presse poursuivi durant tout le mandat de Laurent Gbagbo, pas un journaliste emprisonné ou poursuivi. En réalité, quand vous avez des instruments qui se mettent en route, le premier facteur c’est la propagande et les médias. On baptise de dictateur ce qui n’est pas dictateur.

Et la France-Afrique ?

Votre question me permet de rebondir sur ce que j’ai dit sur l’intervention Onusienne et française en Côte d’Ivoire. S’il n y avait pas cette république des mallettes, est-ce qu’on n’aurait pas pu adopter une autre solution en Côte d’Ivoire ? Parce que la “république des mallettes», c’est privilégié des intérêts personnels au détriment de l’intérêt général

Un avocat français qui défend trois chefs d’Etats africains peut-il être hors de ce réseau ?
Les réseaux de la France-Afrique, moi je ne les connais pas. Je ne suis pas instrumentalisé par un grand group français, je ne suis affilié ni directement, ni indirectement à aucun groupe de pression. Si je vous disais que pas une seule fois, à l’occasion de la crise ivoirienne, j’ai été approché d’une manière directe ou indirecte, par des autorités françaises, vous me croirez ?. Si je vous disais qu’à l’occasion de l’affaire Libyenne, je n’ai pas été approché une seule fois par les autorités, je vous dirais que pour la Côte d’Ivoire comme la Libye, je n’ai jamais été accosté par un média français. Aucun média français ne m’a téléphoné. Si vous regardez ce que j’ai fait dans l’affaire libyenne, de façon volontaire, j’ai décidé de ne m’adresser qu’aux médias africains, parce que j’estimais que l’attitude des médias français n’était pas une attitude de journalistes. Le journaliste doit porter l’information au public, et les journalistes français ne l’ont pas fait.

Vous gagnez beaucoup de vos célèbres clients ?

Concernant Gbagbo, je suis allé à Abidjan, puis à Korhogo, où il se trouve, je l’ai fait à mes frais. Parce que je considère que Laurent Gbagbo doit être défendu. Lorsque j’ai défendu devant le tribunal de Luxembourg des sociétés ivoiriennes, dont les avoirs avaient fait l’objet des mesures de gèle de la part des autorités européennes, j’ai été honorée par ces sociétés. Vous savez, je ne suis pas tombé de la dernière pluie. Comme je sais comment les choses fonctionnent, dans un pays démocratiques, je prends soin concernant toute ma comptabilité, d’être tout à fait clair. Ce qui rentre est déclaré parce que je connais les méandres de la démocratie, pour vous faire taire, on vous attaque à titre personnel. Et en général, les gens prêtent le flanc sur le plan fiscal à ces attaques. Moi je fais en sorte d’être inattaquable sur ce plan là. Et je peux même vous dire concernant mes honoraires, que j’ai perçu pour la Libye, que j’ai fait une lettre à mes banques. Mais je vous rassure, mes honoraires sont inférieurs aux honoraires que perçois Tony Blair quand il tient une conférence de presse, bien moins élevés que ceux que réclame Condolessa Rice pour une conférence de presse. Et enfin, ça n’a rien à voir avec ce que reçoit Bill Clinton, quand il accepte une invitation à dîner.

Les Occidentaux ont attaqué la Libye pour faire main basse sur ses biens ?

C’est tout à fait clair. Il ya plusieurs problèmes en cascade qui se posent. Vous avez remarqué que Mouammar Kadhafi avait l’intention de créer un fonds monétaire pour l’Afrique. Pour des institutions comme le “Breton Woods’’, cela était la plus mauvaise des idées. Concernant l’aide que le régime de Kadhafi apportait à l’Afrique, c’était supérieur à celle du Fonds Monétaire International. A partir du moment où l’Afrique gérerait son fonds monétaire, ce qui lui permettait d’être maître de sa destinée économique, vous aviez à l’égard du monde un renversement. L’Afrique devenait maîtresse de ses ressources, ainsi que de l’affectation de ses ressources.

A partir du moment où vous avez créé un fond distinct avec sa propre monnaie, et bien vous avez nécessairement un affaiblissement du dollar. Qui dit affaiblissement du dollar, dit affaiblissement marquée de l’économie américaine. Je reviens sur la déclaration d’Hillary Clinton, qui n’était pas anodine. C’est le Cameroun qui avait accepté de recevoir l’institution de ce fonds. Vous comprenez mieux maintenant la déclaration d’Hilary Clinton sur ce pays. Les Américains ont la mémoire longue. En ce qui concerne les ressources énergétiques, la Libye avait une politique de diversification. L’autre point c’est la France. Le président cherche à gagner sur le plan international, la crédibilité qu’il a perdue sur le plan national. En attaquant la Libye, il s’offrait cet air de Napoléon.

Comment vous faites pour entrer dans la vie de ces trois ex-chefs d’Etat ?

Je connais l’Afrique, et Laurent Gbagbo, je le côtoie depuis 2001 ; ce sont des Sénégalais qui ont fait le pont, parlé de moi à Daddis Camara, et concernant la Libye, la aussi ce sont des Africains qui ont parlé de moi. Mais cette fois-ci, il y avait eu beaucoup de procédures. J’ai d’abord rencontré des Touaregs à Djerba, en Tunisie, ensuite je suis allé à Tripoli.

Ça je vous l’affirme. Je peux me tromper, mais J’en suis convaincu. Je suis l’une des personnes qui lui ont proposé de recompter les voix. Il aurait fallu que cette demande soit entourée de plus de vigueur diplomatique, et médiatique. Médiatiquement, c’était difficile, puisque de l’autre côté, il était littéralement bombardé. Lui-même l’a dit d’ailleurs à Tabo Mbeki, qui était le premier médiateur envoyé par l’Union africaine. Il a dit au président de la Cedeao, que dans la mesure où le recomptage donnerait la victoire à Alassane Ouattara, il en accepterait le verdict. Donc j’en suis convaincu.

Certaines puissances créent des guerres pour imposer des chefs d’Etat ?

Les interventions en Côte d’Ivoire et en Libye portent atteinte à l’ordre international public. Voilà ce que dit l’article 2 de la charte des Nations unies : «Les membres de l’organisation s’abstiennent dans leurs relations internationales de recourir à la menace ou à l’emploi de la force, soit contre l’intégrité territoriale, soit contre l’indépendance politique de tout Etat, soit à toutes autres manières incompatibles avec les buts des Nations unies».

C’est ainsi que des mesures restrictives qui pourraient être instaurées comme le fait régulièrement l’Union européenne contre un Etat, font partie de ce qui constitue une violation de la Charte. A la suite de cet article, il y a eu un certain nombre de résolutions de l’assemblée générale des Nations unies, qui rappellent des principes de non intervention et de non ingérence. Les Nations unies ont adopté une résolution en 1974, à l’unanimité qui définit ce qu’est en droit international “l’agression armée’’. Au terme de l’article 1 de cette résolution, qui est la résolution 3314, l’emploi de la force par un Etat contre la souveraineté, l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique d’un Etat ou de tout autre manière avec la charte des Nations Unies est une agression au sens de la résolution 3314. Et l’article 3 de cette résolution, énumère les actes de force. Le bombardement par des forces armées d’un Etat du territoire d’un autre Etat ou de l’emploi de toutes armes, par un Etat contre le territoire d’un autre Etat. Les blocus des ports ou des côtes d’un Etat parles forces armées d’un autre Etat. Je vous demande de vous reporter à la deuxième guerre en Irak. Souvenez-vous à l’époque, les Etats-Unis et la Grande Bretagne ont essayé d’obtenir une résolution des Nations Unies, concernant une intervention armée en Irak.

Que pensez-vous des deux leaders politiques Paul Biya et John Fru Ndi?

Je ne sais pas grand-chose du Cameroun. C’est la première fois que je vienne ici. Ne croyez pas que je fasse la gueule de bois. Toute fois il y a un fait assez insolite que j’ai remarqué. J’ai vu que la Cour suprême a permis à deux candidats de se présenter aux élections présidentielles, alors qu’ils ne payaient pas d’impôts. Cela m’a un peu frappé. Je me suis demandé comment on pouvait se présenter à une élection dans un pays sans avoir de revenus. Je suppose que ces deux candidats ont une voiture, et qu’ils y mettent du carburant.

Comment arrivez-vous à conclure que le Cameroun est une démocratie?

N’attendez pas que je mêle ma voix à ceux qui se servent comme alibi de la démocratie, pour imposer par la force leur position dans un continent dont l’Europe a besoin pour son développement, et qui a besoin de l’Europe. Parce que quand on se sert comme cheval de Troie de la démocratie, pour servir des intérêts qui ne sont ni ceux de l’Etat qu’on sert, ni ceux de l’Etat dans lequel on intervient, ne me parlez pas de démocratie. Je refuserais de hurler avec les loups.

Entretien mené par la rédaction Mutations

Côte d’Ivoire : Bédié Konan, le chef devenu un chiffon !

« Tant que tu n’es pas mort, tu ne peux pas savoir comment tu vas terminer ta vie ». Cet adage a désormais un sens chez l’homme. Konan Bédié. Le fils de Daoukro. Cet homme dont on dit qu’il a eu des rapports peu recommandables avec les caisses de l’Etat.

Imposé Chef à tour de bras par Houphouët-Boigny, l’homme donnait l’impression d’incarner quelque chose de noble que le vieux voyait en lui. Il disait de lui qu’il avait « un cerveau électronique ». C’est Bédié lui-même qui nous l’a répété. Mais Houphouët ne s’est pas trompé. L’homme avait effectivement un cerveau électronique. Car du rôle de chef qui lui avait été confié, il a décidé d’exceller dans celui de chiffon comme s’il avait subi un court-circuit.

Sur ce coup, c’est la Côte d’Ivoire tout entière qui s’est plantée. Dans ce pays, un adage argotique dit qu’ »un chef n’est pas un chiffon ». Un groupe de chanteur le dit mieux que moi ; juste pour expliquer qu’un chef, même déchu, reste un chef car il conserve sa carrure, une partie de son aura de chef et l’expérience qui donne un contenu à sa carrière passée.

Mais le cerveau électronique de Bédié semble avoir reçu la visite de virus informatiques. Il donne l’air d’avoir été formaté de sorte que même son propre passé, il l’attribue à Laurent GBAGBO : réflexe ethnique, répression des étudiants, bastonnade d’hommes politiques, chasse à l’homme contre Dramane Ouattara et ses affidés, dénonciation de l’origine voltaïque de Dramane Ouattara, détournement de deniers publics, péchés d’orgueil avec des festivités organisées pour fêter plus d’une fois les milliards pompés des caisses de l’Etat, Ivoirité, etc.

Aujourd’hui, l’homme fait figure de sage au RHDP, le projet de parti unique géré par Dramane Ouattara. Mais « il y a sage et puis sage ». Le dirait l’autre.

Car l’avantage de l’âge ne fait pas le sage. Cela se dit en pays baoulé dont il est originaire. On naît sage. Sage pour diriger. Sage pour réconcilier. Sage pour développer. Sage pour la parole dite en publique. On ne devient pas sage parce qu’on est riche, gros, grand, vieux ou vieillard.

Et le « sage » du RHDP met tout le monde mal à l’aise. Du rôle de patriarche lucide qui devait être le sien, il est devenu le valet de service des causes viles et vaines de Dramane Ouattara. De celui de Porte-parole pour tenter de clouer au pilori Laurent GBAGBO à celui du perroquet répétant les instructions du petit Sarkozy, Bédié se sent bien dans la peau de celui qui met à l’écart tous les cadres du PDCI qui n’approuvent pas la croisade haineuse de Dramane Ouattara contre leurs frères du FPI/CNRD.

Il soutient mordicus que Laurent GBAGBO doit terminer ses jours en prison après un passage à la CPI. Il pense que la justice doit punir sévèrement les crimes économiques. Lui. Bédié. Il ose dire cela !?

Puis il s’adresse au monde entier pour demander que les élans génocidaires de Ouattara soient sous bonne protection des armées étrangères.

Finalement, tout est clair que l’homme a trouvé de quoi occuper son temps entre deux verres. C’est aussi cela, les revers de l’âge et de la retraite. On s’ennuie. On est oisif. Or l’oisiveté est la mère de tous les vices. Donc il s’y adonne. Vice de la haine. Vice de l’intolérance. Vice de la calomnie. Vice de la division. Vice de l’épuration politique. Vice du tribalisme. Vice de l’arrogance.

Or, un chef, un vrai chef Akan, pour ce qu’il m’en a été dit, reste sobre, stratège et d’un charisme intelligent. Il unit. Il évite de créer des précédents fâcheux. Car il sait que la vie est une roue qui tourne. Il consulte toujours ses proches et ses notables avant de parler. Il n’est pas porté sur le gain matériel qui rend esclave. Et il évite de se faire acheter par qui que ce soit, afin de garder son autonomie de pensée et de parole. Ces traits du chef Akan, sont aussi les traits nobles de tous les vrais chefs Africains. Mais Bédié n’a plus ou peut-être n’a jamais eu un seul de ses traits.

Alors posons-nous la question. Pourquoi Houphouët l’a-t-il choisi ? Le vieux voulait-il punir son peuple après son départ ? Parce qu’en ajoutant à Bédié, Dramane Ouattara qu’houphouët a importé en Côte d’Ivoire comme une marchandise prohibée, on est tenté de s’interroger sur les intentions du vieux.

Aujourd’hui, c’est le Voltaïque qui est dans le rôle du chef. Et Bédié, s’occupe bien du côté chiffon. Nettoyer, polir, tenter de valoriser, puis nettoyer, et encore nettoyer. Car chaque instant, le voltaïque souille l’image de la Côte d’Ivoire, par la haine, l’incompétence, le faux, la confusion à tous égards, les meurtres, les sacrifices humains, qui sont autant de déchets qui demandent un service de chiffonnier 24H/24.

Mais Bédié est dans la place. Les mallettes de billets CFA soustraits des caisses perforées de l’Etat à son attention, les champagnes long cou, la calomnie contre Laurent GBAGBO, voilà autant de passe-temps qui meublent bien ses vieux jours.

Et pour les chemins tortueux de sa vie, ne vous en faites pas. Il comprendra le moment venu, qu’il crèvera sans funérailles pour le rôle de chef chiffon qu’il s’est donné désormais. Car ce rôle qu’il s’est choisi, il doit être le seul à en payer le prix.

A très bientôt.

Hassane Magued

OPA sur la Côte d’Ivoire !

Vente aux enchères de la Côte d’Ivoire : Drômè kélé-kélé (5 francs) ou drômè fla-fla (10 francs)…

Rosalie Kouamé

Mr Alassane Ouattara, depuis votre prise de pouvoir «par tous les moyens», vos hommes (loubards, sbires en treillis comme en civil et autres initiés à la violence…) ne cessent d’agresser les Ivoiriens dans les campements, les villages et les quartiers. Pire, pendant que vous vous promenez pour vouloir ramener les refugiés ivoiriens «par tous les moyens », votre solution préférée,  pendant que vous sifflez la réconciliation comme un serpent en quête de proie, vos hommes (loubards, sbires en treillis comme en civil et autres initiés à la violence…) agressent, agressent et agressent…

• Vous avez entretenu des hommes pour prendre les armes et attaquer notre chère et mère patrie, la Côte d’Ivoire, pour des raisons personnelles… Et vous le savez mieux que quiconque.

• Vous avez fait le tour du monde pour vilipender la Côte d’ivoire en vue de ternir son image…

• Vous avez profité de votre aventure voltaïque au FMI et à la BCEAO pour vous faire des amis, que vous avez réussi à liguer contre la Côte d’Ivoire…

• Vos amis qui ne sont autres que des rapaces qui lorgnaient les ressources naturelles de la Côte d’Ivoire, n’attendaient que ça pour justifier une attaque contre notre pays.

• Vous et vos amis ont mis sur pied une stratégie guerrière à laquelle vous avez donné une forme électoraliste pour distraire la grande galerie…

• Vous et vos amis, à la fois acteurs et arbitres des soi-disant élections ou de ces élections guerrières, avez  gagné la guerre, au prix de la vie de plus de 3000 âmes…

• Vous et vos amis donc pouvez maintenant vendre et racheter la Côte d’Ivoire au prix qui vous convient… drômè kélé-kélé (5 francs) ou drômè fla-fla (10 francs), c’est comme bon vous semble!

Alors je me demande encore: Pourquoi cette série de violence qui au moment où l’on s’attend à ce qu’elle prenne fin, ne fait que s’amplifier? Pourquoi tenez-vous tant à détruire notre pays?

Ce qui est curieux, c’est que vos supporteurs et partisans qui devraient attirer votre attention sur les dangers de cette attitude nauséabonde, disent plutôt que Gbagbo et son équipe ont fait la même chose. Disons que Gbagbo et son équipe ont fait la même chose… Et alors ???

Lorsque quelqu’un fait «la même chose» et qu’on a critiqué, on ne vient pas pour faire pareil ou pire… Cela est valable pour tout le monde!

Et si ceux que vous traquez dans les campements, les villages, les réunions politiques, les meetings et autres décident de s’organiser en guérilla pour contrattaquer les actes de barbarie dont ils sont victimes, n’est-ce pas alors le schéma d’une vraie guerre civile qui se dessinerait ainsi ??? On me dira que vos hommes sont tellement forts dans la violence au point où personne ne peut s’aventurer dans une contre-attaque… Qu’à cela ne tienne! Néanmoins, le danger peut se situer au niveau de vos amis du Club International Démoniaque, pardon de la soi-disant «communauté internationale.»

• Ceux-là mêmes qui font et défont les leaders du 1/3 monde ou des pays émergeants, selon leurs intérêt…

• Ceux-là mêmes qui n’ont pas d’amis mais n’ont que des intérêts!

Autant ils vous ont aidé à mettre sur pied une cellule de rebelles contre le pouvoir d’hier, autant ils vont profiter des actes de violence de vos sbires pour faire de vos victimes, des rebelles contre vous. Pas par amour pour vous, ni pour votre ennemi… Mais parce qu’ils n’ont pas d’amis, mais n’ont que des intérêts.

Et qui en souffrent? L’Afrique! Les Africains! Les Ivoiriens et même vos larbins!
Evidemment  vous qui avez l’argent comme dieu, le matériel comme ange, pardon comme démon et le matérialisme comme religion, vous n’avez rien à cirer avec les «blablabla» de ceux qui parle du Dieu d’Abraham, de Jacob, de Moise, de David…

Tout ce qui permet de piller la Côte d’Ivoire pour vous enrichir est une bonne stratégie, où une vraie guerre civile n’est pas à écarter. Et pour ne pas vous retrouver à la CPI, ces geôles de vos amis, construites que pour les Africains qui leur tiennent tête comme Gbagbo, alors vous prêcher la paix et la réconciliation pour mieux pratiquer la violence, le mensonge, la vengeance et «la justice des vainqueurs»??? Sinon, comment comprendre votre mutisme sur les agressions et les tueries à travers le pays par vos «adeptes» qui n’ont pour dieu que l’esprit sanguinaire?

En philosophie, on nous disait que «l’homme naît bon, mais c’est la société qui le rend mauvais». L’antithèse par contre est que «l’homme naît mauvais, mais c’est la société qui le rend bon»… Mais avec vous et vos amis, je ne me retrouve ni dans la thèse, ni dans l’antithèse. Pourquoi? Tout simplement parce que mon observation me fait penser que «l’homme nait mauvais et c’est la société qui le rend inhumain…» Voici ma philosophie à moi en vous observant…

Mr Alassane Dramane, dans l’opinion générale, ceux qui vous ont soutenu malgré eux-mêmes et à cause de vos canons sur leurs têtes, ont donné comme explications à leur soutien ce qui suit: «Comme c’est lui qui sait où il est allé chercher ses TUEURS pour venir les déverser dans le pays, alors surpassons-nous en lui laissant ce pouvoir qu’il cherche tant, afin qu’il ramène ses TUEURS d’où il les a pris»… A ce niveau, j’ai failli me faire convaincre, tellement je croyais que vous auriez la volonté de nous redonner notre paix et notre quiétude que vous et les vôtres, nous avez volées… C’est mal vous connaître! Ahhh! Ayahowé!

Un adage baoulé dit: «Même quand ça ne fait pas honte, ça doit au moins faire pitié!»

Mr Alassane Dramane, ayant raté l’occasion d’avoir honte en hypothéquant avec vos amis, la souveraineté de la Côte d’Ivoire, nous vous demandons maintenant de saisir l’occasion d’avoir pitié de la population ivoirienne qui ne sait que vivre en paix…
Evitez-nous Mr Dramane, une guerre civile qui tuera plusieurs milliers d’Ivoiriens pendant que vous et vos amis seriez  en train de piller le pays.

Le vol et le pillage de l’Afrique se font plus aisément pendant les guerres, certes! Néanmoins, le printemps arabe n’a pas encore révélé tous ses secrets relatifs au pétrole… Alors de grâce, épargnez à la Côte d’Ivoire un printemps du cacao, du diamant et du pétrole, au prix des âmes qui survivent déjà dans la précarité, la peur, l’angoisse et le traumatisme que seuls vos sbires savent produire. Après la guerre gagnée, pourquoi ne pas ramener les tigres, les panthères et les serpents dans leurs cages respectives pour que le peuple Ivoirien retrouve un peu sa quiétude?

NB : Libérez le Président Gbagbo pour que nous entamions la réconciliation si nécessaire pour le retour de la Côte d’Ivoire dans les normes humaines. Il ne mérite pas d’être en prison quand vous, vous êtes en liberté! De même, vous ne méritez pas d’être en liberté quand lui, Gbagbo est en prison… Alors laissons tomber les histoires de « capturation, de capturage, de capturement» et même de «transfèrement» qui ne font que compliquer de plus en plus votre équation…

Dieu bénisse la Côte d’Ivoire et l’Afrique!

13 Octobre, 2011

Une contribution de Rosalie Kouamé «Roska»

Ingénieur en Management, Leadership & Strategy Development

Activiste de la Paix, des Droits de l’Homme, de l’Education, de la Culture, de Jésus et des lois Divines

Présidente Fondatrice – Fondation Roska

roska_net@hotmail.com roska_net@yahoo.com

Bernard B. Dadié : Non Paris !

L’histoire dira un jour son mot, mais ce ne sera pas l’histoire qu’on enseignera à Bruxelles, à Paris, Washington ou aux Nations Unies, mais celle qu’on enseignera dans les pays affranchis du colonialisme et de ses fantoches. L’Afrique écrira sa propre histoire et elle sera au Nord et au Sud du Sahara, une histoire de gloire et de dignité.

Ne pleure pas, ma campagne. Moi, je sais que mon pays qui souffre tant saura défendre son indépendance et sa liberté. (Lumumba -in Hélène Tournaire livre noir du Congo).

Salut et merci à tous ces Blancs parmi lesquels les Amis des Noirs qui depuis des années ne cessent de lutter pour la liberté et le respect des Noirs. Salut à tous ces Blancs qui refusèrent d’être évacués par Paris lors du bombardement de notre pays par les Etats généraux de la Colonisation ; C’est à l’heure d’une certaine indépendance, contraire à ses intérêts que Paris brûle tout. L’aventure a commencé en 1441, avec la capture d’un homme et d’une femme, un couple par des Portugais. En 1444, 235 Noirs sont débarqués à Lagos au Portugal pour y être vendus et Louis XIII autorise la traite et l’esclavage pour permettre la culture aux Antilles.

Paris entra dans la danse par le rôle précis de certains ports, la création et la multiplication des bateaux négriers. Les boissons frelatées suscitaient des guerres qui permettaient de faire le fret aller de ces bateaux. Hommes, femmes et enfants se vendaient à la criée. Plantations et bateaux enrichissaient les maîtres. Révoltes, morts, marronnages. « L’ère de l’achat des Nègres aux côtes d’Afrique, pour les transférer et les revendre ensuite dans nos possessions de l’Amérique ». Commerce fructueux. Sir Hawkins sur son navire « Jésus » rafle un lot de nègres qu’il échange en Amérique contre du gingembre et du sucre. Des hommes contre du sucre. La mentalité a-t-elle changée ? Elias Nau, à New York ouvre une école pour les nègres. Harlem quartier des non-blancs. 18 Août. « Mon calendrier scolaire dit que c’est aujourd’hui un anniversaire. Le premier enfant blanc est né en Amérique un 18 Août.  Est-ce qu’on sait quand est né le premier enfant noir ? (Journal d’une fille de Harlem).

La politique ce n’est pas accomplir n’importe quoi pour s’enrichir et pavaner; le sang versé se paie et la voix du peuple au ventre creux dominera les hurlements du canon de tout mercenaire.

– Bernard B. Dadié

« En classe, Miss A. nous a montré une vieille image. Des immigrants entrant dans le port de New York. Le bateau passait devant la statue de la Liberté, et les immigrants s’étaient tous précipités du même côté, on aurait dit que le bateau allait se retourner. Ils venaient chercher la liberté. Ils croyaient à la liberté. Liberté un mot si beau, un mot qui n’a pas besoin d’explication  » (Journal d’une fille de Harlem). La vie s’écoulait tranquillement pour un petit nombre de privilégiés lorsqu’un matin le peuple souffrant fatigué de servir le Roi et son entourage prit la Bastille et marcha sur Versailles pour réclamer son pain. C’était le 14 Juillet et la devise Liberté, Egalité, Fraternité éclaira l’horizon de la France. La grande mission que se donnait Paris devenue capitale de la République.

Déclaration des Droits de l’Homme, suppression de l’esclavage et l’Assemblée Nationale annule les primes dont bénéficiaient les navires négriers. Les  droits de citoyens actifs reconnus à tous les noirs libres. La Révolution ne donna pas satisfaction à tout le monde et des femmes se suicidèrent. Elles n’auront le droit de vote qu’en 1936 avec l’avènement au pouvoir de la gauche. Le Congrès de Vienne ayant interdit la traite la porte se trouvait ouverte pour la conquête de l’Afrique. N’a-t-on pas déjà en 1763 créé une armée coloniale ? En recrutant comme volontaire des nègres venus en France ? Et comme à Sikasso sur 1350 combattants il y aura 95 européens. Il en sera ainsi tout au long de la conquête. On peut dire que les nègres ont donné l’Afrique à la France pour quelques centimes et quelques décorations, ils ont dépeuplé et ruiné leur pays. Ont-ils cessé de poursuivre cette mission criminelle ? « Sur le plan strictement économique, l’Afrique a cédé ce qu’elle possédait de meilleur (ses enfants, son or, son ivoire, ses épices) en échange de produits souvent dérisoires et nuisibles  » (Fluchard / Salifou).

La grande mission de civilisation avec les lettres lumineuses de liberté, égalité, fraternité qu’il faut respecter dans les colonies prenaient des couleurs sombres.

« Alors qu’ils avaient leurs champs à cultiver et leur famille à nourrir, les colonisés, un beau jour, de préférence au début de l’hivernage, ils étaient arrachés à leurs travaux champêtres et envoyés comme travailleurs sans solde dans les plantations ou sur le chantier de coupe de bois d’un Blanc. Sur dix qui partaient d’un village, souvent aucun ne revenait. Quoique très mal nourris, ils étaient utilisés à plein rendement et à la fin de la saison, épuisés, malades souvent, ils étaient libérés sur place, sans un sou pour rejoindre leur village. Abandonnés à eux-mêmes dans une région inconnue, ils essayaient de rallier à pied, à travers la forêt dense, leur village situé parfois à plus de cinq cents (500) Kilomètres. Mais sans moyens de subsistances, transformés en squelettes ambulants, la plupart mourraient en route. Dans les villages, au départ de ces travailleurs, on célébrait leurs funérailles et suivant la coutume, leurs femmes devenaient épouses de leurs petits frères. Mais l’année suivante, c’était au tour des petits frères de partir pour ce voyage sans retour » (Gaston Ouassenan-Aller-Retour) oui, Paris, le peuple africain a bonne mémoire. « Esclavage et colonisation » Le beau livre fraternel de Victor Schoelcher ! Une existence que nous ne voulons plus, quand nous feignons d’applaudir et que nous avons des chants à la bouche.

« Nous ne pouvons plus croire à la mission que l’Europe s’arroge d’éclairer les autres races du monde en les exploitant jusqu’à la mort » a dit Romain Rolland.

« La France est un Empire, si la France est perdue, l’Empire la sauvera. Elle sait que dans son Empire des forces puissantes de résistance sont débout pour sauver son honneur. Vive la France libre dans l’honneur et dans l’indépendance » A l’appel du Général De Gaulle l’Empire répondit « présent » malgré les répressions du gouvernement de Vichy.

La victoire revint à la France Libre et Paris fit sonner cloches. Les malheurs de l’Empire commençaient. Des prisonniers, de retour de l’Allemagne, furent les premières victimes.

Nous parlions d’indépendance à l’heure où la Conférence de Brazzaville rédigeait le nouveau code de l’indigénat. On a parlé des Grecs et des Romains et leur retraite dans la mission de civilisation. Que devons-nous penser des Gaulois qui se chargent de cette mission,lorsque l’un d’eux clame à tout vent « Les indigènes étant des hommes comme nous, il faut les traiter en hommes comme nous » (Albert Sarrault). Que penser de l’Europe quand on a connu l’existence d’Auschwitz, de Dachau, de Rawens- Bruch, de Mauthausen, d’Oradour / Glane et d’autres lieux, ces enfers créés par des hommes contre leurs prochains quant on voit aujourd’hui tant de conflits sur la planète régis par des intérêts immédiats que pour le triomphe du droit.

L’indépendance des Etats africains met en question le maintien de la politique de « chasse gardée qui avait été celle de la France dans ses colonies, surtout dans la période de 1946-1960, tant en matière d’investissement que de commerce » (Suret-Canales).

1960 Indépendances ! Et le 13 Janvier 1963, le premier coup d’Etat éclate au Togo où l’ambassade des USA ferme ses portes au Président Olympio, et depuis les coups d’Etats pleuvent parce que Paris entend placer ses hommes ici et là. Ainsi donc « parmi les prédateurs des économies africains se trouvent une majorité de hauts fonctionnaires Ministres et Présidents autochtones » (Jean Ziegler) aussi nombreux sont-ils qui paient leur place par des distributions de carats de diamant ou des parts à des élections ? Bob Denard et ses copains n’étaient-ils pas chargés de veiller au grain ? Opération Manta, opération Orgue, Opération Silure, Opération Licorne, Opération Barracuda. Faut-il oublier qu’en 1913 le premier journal publié en Côte d’Ivoire avait pour titre « Indépendant » Propriété de Vizioz un mot que Paris et ses amis pillards des continents ne veulent pas entendre.

Des vautours de la Seine ne sont-ils pas déjà là pour la veillée de la dépouille. Des organes de presse, nous diton, « Indépendant » ! Ainsi des colons nous indiquaient la voie et désapprouveraient déjà ces surveillances quotidiennes des avions d’occupation qui sèment la mort. « Si l’Afrique française est encore au stade où il faut envoyer traiter les arachides du Sénégal à Marseille, fabriquer le chocolat de la Côte d’Ivoire dans la métropole, si l’on nous a imposé le piétinement intellectuel qui fait les mécontentements actuels, si notre système économique est à ce point inexistant, ce n’est pas le fait d’un hasard » nous rappelle Ouezzin. Oui, quel avenir pour nos enfants ? Dans ce beau et joyeux festin pourrions-nous être des os à la gorge ? Pour notre dignité car personne ne nait avec des chaines et la Révolution française est un bel exemple.

Opération Epervier, opération Requin. Le vrai visage ? L’assaut des puissances d’argent ? Pour la « grandeur de la France » Paris ne peut se débarrasser de la fibre africaine » et « deux compagnies de parachutistes aident David Dacko à renverser le Président Empereur Bokassa. Des arbres abattus à longueur de journée, n’est-ce pas le sort futur du pays, notre pays ? OEuvre de la France qui abrite Notre Dame de Lourdes et d’autres lieux ? Un pays occupé, désarmé veillé par les forces dites révolutionnaires.

Seigneur Dieu, prière ordonner que soient libérés les assiégés prisonniers que nous sommes devenus. La Corse, la Savoie, « Les Noirs n’ontils pas formé la première phalange épique des colonnes Leclerc et d’Ornano et jalonné le chemin de la victoire de leurs tombes anonymes  » ? Chair à canon ? Eboué au Panthéon ? C’est un symbole, Paris.

– Bernard B. Dadié

Et le Président ne voulut se plier à leurs injonctions. N’est-il pas de ceux dont les parents connurent la guerre ? Koufra, Monte Cassino, Chasselay et d’autres enfers au temps de la terreur Nazie. Les morts, depuis 1946 et ils sont nombreux, ne sont pas morts pour que le pays soit la cavale d’un individu ou la rizière d’un groupe ethnique.

Opération requin. Le 11 avril à 11 heures, des avions emplissent le ciel ivoirien, un président de la république nègre doit être arrêté pour marquer la victoire du Club Massiac qui n’évolue pas, lui et tous ceux qui travaillent avac lui. Comptes bloqués, embargo sur les médicaments, le cacao, fermeture des banques. Ah Paris et ses forces révolutionnaires qui tuent, pillent et violent; Paris qui ne reconnaît ni Assemblée Nationale, ni Conseil Economique et Social parce que les membres ne seraient pas de son bord. Politique de la canonnière, rencontre, dialogue du chasseur et du gibier.

Paris de 1789, Paris de 1848, Paris de 1936, Paris aurais-tu accepté le jeu macabre de Linas Marcoussis ? Et la destruction de tes appareils au sol ? Voltaire, Condorcet, Diderot, Abbé Raynal, Grégoire, les premiers à vous insurger contre le trafic négrier, l’histoire recommence. Paris, ONUCI, l’Afrique vous réclame son honneur qui vaut plus que le pétrole et le diamant dont vous êtes si friands. « Guerre d’Afrique » et « 130 ans de guerres coloniales » pour faire de nous de vils consommateurs, clients de produits souvent frelatés.

Quel avenir nous réservaient Foccart et ses équipes qui avaient élu domicile au Palais, à la source même du PDCI tant combattu, le parti aux milliers de morts et de victimes parmi lesquels des Blancs qui avaient exécuté les ordres.

La politique ce n’est pas accomplir n’importe quoi pour s’enrichir et pavaner; le sang versé se paie et la voix du peuple au ventre creux dominera les hurlements du canon de tout mercenaire. Et plus que jamais personne ne nous parle d’un autre Assabou.

Seigneur Dieu, prière ordonner que soient libérés les assiégés prisonniers que nous sommes devenus. La Corse, la Savoie, « Les Noirs n’ont ils pas formé la première phalange épique des colonnes Leclerc et d’Ornano et jalonné le chemin de la victoire de leurs tombes anonymes  » ? Chair à canon ? Eboué au Panthéon ? C’est un symbole, Paris.

Nous ne demandons pas d’être aimés, mais de nous laisser libres dans l’espace qui nous a été attribué. Or depuis 1945, fin d’une guerre ou la France, défendant son territoire, son passé et son avenir, son prestige auquel elle tient, Paris et ses chiens de garde de toujours, nous terorisent au nom d’accords dit-on secrets.

Pourrait-on les publier ? Et que justice soit rendue.

Baisse les armes, Paris, le temps nouveau est venu, le temps de la fin des traites et des
conquêtes, le temps pour les hommes de se donner la main.

Bernard B. Dadié