Le Blog de Aymard

La liberté d'expression dans sa quintessence

Bernard B. Dadié : Non Paris !

L’histoire dira un jour son mot, mais ce ne sera pas l’histoire qu’on enseignera à Bruxelles, à Paris, Washington ou aux Nations Unies, mais celle qu’on enseignera dans les pays affranchis du colonialisme et de ses fantoches. L’Afrique écrira sa propre histoire et elle sera au Nord et au Sud du Sahara, une histoire de gloire et de dignité.

Ne pleure pas, ma campagne. Moi, je sais que mon pays qui souffre tant saura défendre son indépendance et sa liberté. (Lumumba -in Hélène Tournaire livre noir du Congo).

Salut et merci à tous ces Blancs parmi lesquels les Amis des Noirs qui depuis des années ne cessent de lutter pour la liberté et le respect des Noirs. Salut à tous ces Blancs qui refusèrent d’être évacués par Paris lors du bombardement de notre pays par les Etats généraux de la Colonisation ; C’est à l’heure d’une certaine indépendance, contraire à ses intérêts que Paris brûle tout. L’aventure a commencé en 1441, avec la capture d’un homme et d’une femme, un couple par des Portugais. En 1444, 235 Noirs sont débarqués à Lagos au Portugal pour y être vendus et Louis XIII autorise la traite et l’esclavage pour permettre la culture aux Antilles.

Paris entra dans la danse par le rôle précis de certains ports, la création et la multiplication des bateaux négriers. Les boissons frelatées suscitaient des guerres qui permettaient de faire le fret aller de ces bateaux. Hommes, femmes et enfants se vendaient à la criée. Plantations et bateaux enrichissaient les maîtres. Révoltes, morts, marronnages. « L’ère de l’achat des Nègres aux côtes d’Afrique, pour les transférer et les revendre ensuite dans nos possessions de l’Amérique ». Commerce fructueux. Sir Hawkins sur son navire « Jésus » rafle un lot de nègres qu’il échange en Amérique contre du gingembre et du sucre. Des hommes contre du sucre. La mentalité a-t-elle changée ? Elias Nau, à New York ouvre une école pour les nègres. Harlem quartier des non-blancs. 18 Août. « Mon calendrier scolaire dit que c’est aujourd’hui un anniversaire. Le premier enfant blanc est né en Amérique un 18 Août.  Est-ce qu’on sait quand est né le premier enfant noir ? (Journal d’une fille de Harlem).

La politique ce n’est pas accomplir n’importe quoi pour s’enrichir et pavaner; le sang versé se paie et la voix du peuple au ventre creux dominera les hurlements du canon de tout mercenaire.

– Bernard B. Dadié

« En classe, Miss A. nous a montré une vieille image. Des immigrants entrant dans le port de New York. Le bateau passait devant la statue de la Liberté, et les immigrants s’étaient tous précipités du même côté, on aurait dit que le bateau allait se retourner. Ils venaient chercher la liberté. Ils croyaient à la liberté. Liberté un mot si beau, un mot qui n’a pas besoin d’explication  » (Journal d’une fille de Harlem). La vie s’écoulait tranquillement pour un petit nombre de privilégiés lorsqu’un matin le peuple souffrant fatigué de servir le Roi et son entourage prit la Bastille et marcha sur Versailles pour réclamer son pain. C’était le 14 Juillet et la devise Liberté, Egalité, Fraternité éclaira l’horizon de la France. La grande mission que se donnait Paris devenue capitale de la République.

Déclaration des Droits de l’Homme, suppression de l’esclavage et l’Assemblée Nationale annule les primes dont bénéficiaient les navires négriers. Les  droits de citoyens actifs reconnus à tous les noirs libres. La Révolution ne donna pas satisfaction à tout le monde et des femmes se suicidèrent. Elles n’auront le droit de vote qu’en 1936 avec l’avènement au pouvoir de la gauche. Le Congrès de Vienne ayant interdit la traite la porte se trouvait ouverte pour la conquête de l’Afrique. N’a-t-on pas déjà en 1763 créé une armée coloniale ? En recrutant comme volontaire des nègres venus en France ? Et comme à Sikasso sur 1350 combattants il y aura 95 européens. Il en sera ainsi tout au long de la conquête. On peut dire que les nègres ont donné l’Afrique à la France pour quelques centimes et quelques décorations, ils ont dépeuplé et ruiné leur pays. Ont-ils cessé de poursuivre cette mission criminelle ? « Sur le plan strictement économique, l’Afrique a cédé ce qu’elle possédait de meilleur (ses enfants, son or, son ivoire, ses épices) en échange de produits souvent dérisoires et nuisibles  » (Fluchard / Salifou).

La grande mission de civilisation avec les lettres lumineuses de liberté, égalité, fraternité qu’il faut respecter dans les colonies prenaient des couleurs sombres.

« Alors qu’ils avaient leurs champs à cultiver et leur famille à nourrir, les colonisés, un beau jour, de préférence au début de l’hivernage, ils étaient arrachés à leurs travaux champêtres et envoyés comme travailleurs sans solde dans les plantations ou sur le chantier de coupe de bois d’un Blanc. Sur dix qui partaient d’un village, souvent aucun ne revenait. Quoique très mal nourris, ils étaient utilisés à plein rendement et à la fin de la saison, épuisés, malades souvent, ils étaient libérés sur place, sans un sou pour rejoindre leur village. Abandonnés à eux-mêmes dans une région inconnue, ils essayaient de rallier à pied, à travers la forêt dense, leur village situé parfois à plus de cinq cents (500) Kilomètres. Mais sans moyens de subsistances, transformés en squelettes ambulants, la plupart mourraient en route. Dans les villages, au départ de ces travailleurs, on célébrait leurs funérailles et suivant la coutume, leurs femmes devenaient épouses de leurs petits frères. Mais l’année suivante, c’était au tour des petits frères de partir pour ce voyage sans retour » (Gaston Ouassenan-Aller-Retour) oui, Paris, le peuple africain a bonne mémoire. « Esclavage et colonisation » Le beau livre fraternel de Victor Schoelcher ! Une existence que nous ne voulons plus, quand nous feignons d’applaudir et que nous avons des chants à la bouche.

« Nous ne pouvons plus croire à la mission que l’Europe s’arroge d’éclairer les autres races du monde en les exploitant jusqu’à la mort » a dit Romain Rolland.

« La France est un Empire, si la France est perdue, l’Empire la sauvera. Elle sait que dans son Empire des forces puissantes de résistance sont débout pour sauver son honneur. Vive la France libre dans l’honneur et dans l’indépendance » A l’appel du Général De Gaulle l’Empire répondit « présent » malgré les répressions du gouvernement de Vichy.

La victoire revint à la France Libre et Paris fit sonner cloches. Les malheurs de l’Empire commençaient. Des prisonniers, de retour de l’Allemagne, furent les premières victimes.

Nous parlions d’indépendance à l’heure où la Conférence de Brazzaville rédigeait le nouveau code de l’indigénat. On a parlé des Grecs et des Romains et leur retraite dans la mission de civilisation. Que devons-nous penser des Gaulois qui se chargent de cette mission,lorsque l’un d’eux clame à tout vent « Les indigènes étant des hommes comme nous, il faut les traiter en hommes comme nous » (Albert Sarrault). Que penser de l’Europe quand on a connu l’existence d’Auschwitz, de Dachau, de Rawens- Bruch, de Mauthausen, d’Oradour / Glane et d’autres lieux, ces enfers créés par des hommes contre leurs prochains quant on voit aujourd’hui tant de conflits sur la planète régis par des intérêts immédiats que pour le triomphe du droit.

L’indépendance des Etats africains met en question le maintien de la politique de « chasse gardée qui avait été celle de la France dans ses colonies, surtout dans la période de 1946-1960, tant en matière d’investissement que de commerce » (Suret-Canales).

1960 Indépendances ! Et le 13 Janvier 1963, le premier coup d’Etat éclate au Togo où l’ambassade des USA ferme ses portes au Président Olympio, et depuis les coups d’Etats pleuvent parce que Paris entend placer ses hommes ici et là. Ainsi donc « parmi les prédateurs des économies africains se trouvent une majorité de hauts fonctionnaires Ministres et Présidents autochtones » (Jean Ziegler) aussi nombreux sont-ils qui paient leur place par des distributions de carats de diamant ou des parts à des élections ? Bob Denard et ses copains n’étaient-ils pas chargés de veiller au grain ? Opération Manta, opération Orgue, Opération Silure, Opération Licorne, Opération Barracuda. Faut-il oublier qu’en 1913 le premier journal publié en Côte d’Ivoire avait pour titre « Indépendant » Propriété de Vizioz un mot que Paris et ses amis pillards des continents ne veulent pas entendre.

Des vautours de la Seine ne sont-ils pas déjà là pour la veillée de la dépouille. Des organes de presse, nous diton, « Indépendant » ! Ainsi des colons nous indiquaient la voie et désapprouveraient déjà ces surveillances quotidiennes des avions d’occupation qui sèment la mort. « Si l’Afrique française est encore au stade où il faut envoyer traiter les arachides du Sénégal à Marseille, fabriquer le chocolat de la Côte d’Ivoire dans la métropole, si l’on nous a imposé le piétinement intellectuel qui fait les mécontentements actuels, si notre système économique est à ce point inexistant, ce n’est pas le fait d’un hasard » nous rappelle Ouezzin. Oui, quel avenir pour nos enfants ? Dans ce beau et joyeux festin pourrions-nous être des os à la gorge ? Pour notre dignité car personne ne nait avec des chaines et la Révolution française est un bel exemple.

Opération Epervier, opération Requin. Le vrai visage ? L’assaut des puissances d’argent ? Pour la « grandeur de la France » Paris ne peut se débarrasser de la fibre africaine » et « deux compagnies de parachutistes aident David Dacko à renverser le Président Empereur Bokassa. Des arbres abattus à longueur de journée, n’est-ce pas le sort futur du pays, notre pays ? OEuvre de la France qui abrite Notre Dame de Lourdes et d’autres lieux ? Un pays occupé, désarmé veillé par les forces dites révolutionnaires.

Seigneur Dieu, prière ordonner que soient libérés les assiégés prisonniers que nous sommes devenus. La Corse, la Savoie, « Les Noirs n’ontils pas formé la première phalange épique des colonnes Leclerc et d’Ornano et jalonné le chemin de la victoire de leurs tombes anonymes  » ? Chair à canon ? Eboué au Panthéon ? C’est un symbole, Paris.

– Bernard B. Dadié

Et le Président ne voulut se plier à leurs injonctions. N’est-il pas de ceux dont les parents connurent la guerre ? Koufra, Monte Cassino, Chasselay et d’autres enfers au temps de la terreur Nazie. Les morts, depuis 1946 et ils sont nombreux, ne sont pas morts pour que le pays soit la cavale d’un individu ou la rizière d’un groupe ethnique.

Opération requin. Le 11 avril à 11 heures, des avions emplissent le ciel ivoirien, un président de la république nègre doit être arrêté pour marquer la victoire du Club Massiac qui n’évolue pas, lui et tous ceux qui travaillent avac lui. Comptes bloqués, embargo sur les médicaments, le cacao, fermeture des banques. Ah Paris et ses forces révolutionnaires qui tuent, pillent et violent; Paris qui ne reconnaît ni Assemblée Nationale, ni Conseil Economique et Social parce que les membres ne seraient pas de son bord. Politique de la canonnière, rencontre, dialogue du chasseur et du gibier.

Paris de 1789, Paris de 1848, Paris de 1936, Paris aurais-tu accepté le jeu macabre de Linas Marcoussis ? Et la destruction de tes appareils au sol ? Voltaire, Condorcet, Diderot, Abbé Raynal, Grégoire, les premiers à vous insurger contre le trafic négrier, l’histoire recommence. Paris, ONUCI, l’Afrique vous réclame son honneur qui vaut plus que le pétrole et le diamant dont vous êtes si friands. « Guerre d’Afrique » et « 130 ans de guerres coloniales » pour faire de nous de vils consommateurs, clients de produits souvent frelatés.

Quel avenir nous réservaient Foccart et ses équipes qui avaient élu domicile au Palais, à la source même du PDCI tant combattu, le parti aux milliers de morts et de victimes parmi lesquels des Blancs qui avaient exécuté les ordres.

La politique ce n’est pas accomplir n’importe quoi pour s’enrichir et pavaner; le sang versé se paie et la voix du peuple au ventre creux dominera les hurlements du canon de tout mercenaire. Et plus que jamais personne ne nous parle d’un autre Assabou.

Seigneur Dieu, prière ordonner que soient libérés les assiégés prisonniers que nous sommes devenus. La Corse, la Savoie, « Les Noirs n’ont ils pas formé la première phalange épique des colonnes Leclerc et d’Ornano et jalonné le chemin de la victoire de leurs tombes anonymes  » ? Chair à canon ? Eboué au Panthéon ? C’est un symbole, Paris.

Nous ne demandons pas d’être aimés, mais de nous laisser libres dans l’espace qui nous a été attribué. Or depuis 1945, fin d’une guerre ou la France, défendant son territoire, son passé et son avenir, son prestige auquel elle tient, Paris et ses chiens de garde de toujours, nous terorisent au nom d’accords dit-on secrets.

Pourrait-on les publier ? Et que justice soit rendue.

Baisse les armes, Paris, le temps nouveau est venu, le temps de la fin des traites et des
conquêtes, le temps pour les hommes de se donner la main.

Bernard B. Dadié

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