Le Blog de Aymard

La liberté d'expression dans sa quintessence

Nième emprunt obligataire sous Boni Yayi : Les conséquences de la mauvaise gestion des Finances Publiques au Bénin

Pour la troisième fois depuis Avril 2006, les Béninois et les citoyens des autres pays de l’UEMOA sont invités par le gouvernement du Bénin, par le biais des structures d’intermédiation financière, à souscrire à un emprunt obligataire au profit du Bénin.

Officiellement, les ressources collectées serviront à financer des projets d’infrastructures communautaires au profit des populations.  Une telle démarche, du reste normale répondrait à la nécessité de recourir à l’épargne de la sous-région au détriment des ressources purement externes.  C’est aussi un test pour les économies de l’espace UEMOA dont la capacité des populations à générer et mobiliser les ressources financières de l’intérieur serait un gage de la vitalité des économies nationales.

Seulement voilà, cet exercice serait passé inaperçu comme un simple appel à l’épargne publique si on l’isole du contexte économique et socio-politique actuel du Bénin.  Qu’il vous souvienne que depuis son accession à la magistrature suprême du Bénin, le Président de la République, Docteur es Sciences Economiques de son Etat et présenté aux béninois par ses parrains comme le Banquier du développement et celui par qui le Bénin va renouer avec une croissance économique soutenable (à 2 chiffres), s’est lancé dans une manipulation surprenante des finances publiques. Le premier acte de la descente aux enfers de l’économie béninoise a été le limogeage du Ministre des Finances d’alors, Pascal Irénée Koupaki.  A l’étonnement de tous, y compris des partenaires techniques et financiers du Bénin, le Ministre des Finances dont l’action d’assainissement des finances publiques commençait à peine à produire ses fruits, a été débarqué, au profit de Soulé Mana Lawani.  De l’avis des observateurs proches du pouvoir, ce geste répondait à la volonté du Patron de la Marina d’avoir sa main mise sur les caisses du trésor public pour faire des dépenses qu’il voulait et quand il voulait, Monsieur Koupaki étant précédé de la réputation de gestionnaire rigoureux qui souffrirait de manque de flexibilité.

La suite de l’histoire, on la connaît et le Bénin la vit jusqu’à présent. Quelle est la logique qui veut que Pascal Irenée Koupaki quitte les Finances après seize mois malgré sa compétence et ses résultats palpables à ce poste?  Et quelle est la logique qui veut que le Chef de l’Etat garde Mr Kogui N’Douro à la défense depuis 2006 pour faire la cosmétique de l’armée? Est-ce de cela que notre économie a besoin?  Question à qui de droit.  Le Chef de l’Etat s’est lancé dans des dépenses ostentatoires faites de dons, de libéralités à certaines catégories professionnelles, exonération massive notamment dans le cadre des travaux préparatoires du Sommet de la CEN-SAD, pour ne citer que celles-là, qui ont porté un coup fatal à la santé financière de notre pays qui cherchait encore ses marques.  On se souvient de la fameuse expression de “délinquance budgétaire” utilisée par un Député d’alors qui appartenait au G-13. Il ne saurait mieux dire.

Depuis, les choses ne se sont guère améliorées pour les finances publiques de notre pays.  Malgré l’hostilité des Députés de la majorité parlementaire d’alors, opposés aux frasques budgétaires et à la démesure dans les dépenses publiques, le gouvernement et son Chef, ont toujours procédé par la force, en prenant des ordonnances au lieu d’écouter les Députés dits de l’opposition et de dialoguer. Même des Députés FCBE ont participé à la fronde et ont produit des déclarations hostiles à leur partenaire politique.  Mais rien n’y fit.  Le Président de la République voulait un budget astronomique, au dessus de 1000 milliards, répondant plus ainsi à ses besoins de propagande et à sa mégalomanie qu’à la nécessité de doter notre pays d’un budget réaliste, bien élaboré au service d’un programme économique et social lui-même clair,   bien pensé et bien élaboré.  Si le Président n’a pas un programme de développement avec des objectifs clairs, précis et mesurables, comment voulez-vous qu’il fasse adopter un budget réaliste? Malgré les injonctions des institutions de Bretton Woods qui, qu’on le veuille ou non encadrent le budget des pays ancrés dans le déficit budgétaire comme le nôtre, le chiffre astronomique de 1000 milliards et au delà devrait être maintenu.

Ceci n’est pas anecdotique ! Car, en regardant au-dessus de notre tête, juste le toit de notre pays, le Niger avec ses quinze millions d’habitants traînait un budget de 500 et quelques milliards en 2008, puis 700 et quelques milliards en 2009 et affiche une prévision 2012, à plus 1.400 milliards, soit le double de celui de 2009 !

Force est de rappeler que, en dehors des parlementaires de l’opposition d’alors accusés de vouloir bloquer les actions de développement du Chef de l’Etat au profit des populations, de nombreux cadres béninois, Experts dans le domaine économique et financier  ont tiré la sonnette d’alarme pour montrer le danger à confectionner de faux budgets pour faire sensation.  Ils ne seront jamais écoutés; surtout pas par les grands Docteurs en Economie et Finances qui peuplent les couloirs du régime dit du changement.  Le Chef de l’Etat a poursuivi sa course effrénée vers l’illusion, en route disait-il vers l’émergence pour aller finalement vers un budget en decrescendo, rattrapé par l’état de santé réel de notre économie.  Dans la foulée de cette obstination et de cette boulimie des grands chiffres induits plus par le populisme que par ces réalités économiques et sociales de notre pays, l’argent du contribuable a été distrait pour financer des marches de soutien aux actions du Président-Docteur qui délivrera des ordonnances pour la survie des plus pauvres.  Des conférences de presse et des tournées ministérielles ont été aussi financées pour aller expliquer aux béninois du pays profond comment les Députés qui n’aimaient pas leur pays, avaient tenté de bloquer le Chef de l’Etat et les remèdes utilisés par lui pour satisfaire aux besoins des populations.

Comme les réalités économiques sont têtues tout comme les réalités sociales ont la vie dure, ces budgets n’ont jamais été bouclés, ni exécutés à plus de 70% de leur prévision. On se souvient encore de la décision de nos Princes de réduire considérablement le budget du programme d’investissement  public  (PIP) au cours de l’année 2010.  Pour l’année 2012, les informations rapportées par la presse et non démenties par le gouvernement indiquent une réduction de 25% sur les dépenses de chaque Ministère.  Ce qui n’est pas une mauvaise chose en soit, si les prévisions budgétaires épousent le même esprit de réalisme et de pragmatisme.  L’autre volet qui a plombé les finances publiques, c’est le recrutement massif d’agents dans la fonction publique.  Ces recrutements dont une partie importante ont été faits pour satisfaire des besoins d’ordre régionaliste constituent un poids lourd pour le budget et des bois morts pour l’administration, parce que réalisés sans aucune rationalité et contre les normes prudentielles en matière de finances publiques.  Passons sur les primes instituées et consenties aux agents de l’Etat sous la pression des syndicats, suite à des mouvements de grèves intempestifs, face à l’incapacité du gouvernement à réfléchir pour concevoir une politique salariale conséquente,  en adéquation avec les réalités économiques du pays.  Cela nécessite un dialogue permanent et surtout un dialogue de qualité dont l’absence constitue malheureusement notre péché mignon!

Le financement à pas forcés de la LEPI, malgré l’apport non négligeable des partenaires techniques et financiers dont certains sont complices de la mascarade du 13 Mars 2011, a également contribué à la déstabilisation des finances publiques étant donné que le niveau de prévision des recettes budgétaires n’a jamais été atteint et qu’on a tenu à faire des dépenses pour faire aboutir la LEPI pour s’en servir à des fins que tout le monde sait désormais.

De 2005 à 2010, le taux de croissance économique du Bénin n’a cessé de dégringoler passant de 5% à 3%, une contre performance dans un pays côtier qui n’a pas connu la guerre; bref une contre-performance largement en dessous des taux auxquels les régimes  successifs des Présidents Soglo et Kérékou ont conduit l’économie de notre pays.  Il est à noter que, même un pays confronté aux convulsions politiques et économiques avait un taux de croissance de 3,8 contre 2,7 % pour le Bénin en 2009, et 2,6 contre 2,5 en 2010 (http://www.statistiques-mondiales.com/taux_de_croissance.htm). Malgré le nombre impressionnant de banquiers anciens ou actuels fonctionnaires de la BECEAO présents à des postes stratégiques du régime, l’émergence tant prônée tarde à montrer le nez.  Pire, l’économie béninoise est entrée dans la tourmente avec l’exacerbation de la pauvreté.

Comme dans la plupart des régimes qui perdent les pédales, le Chef de l’Etat durcit le ton et s’en prend aux libertés fondamentales garanties par la constitution du 11 Décembre 1990.  Boni Yayi et ses thuriféraires cherchent des boucs émissaires pour justifier leur forfait et leur échec cuisants au plan économique.  Il s’en prend aux douaniers qu’il rend responsables de sa contre-performance et de l’incurie de son gouvernement.

Depuis Washington, le Fonds Monétaire International observe  Boni Yayi et son équipe se débattre dans leur incapacité à contenir les déséquilibres qu’ils ont créés dans les finances publiques.  Dans l’histoire du FMI, Boni Yayi est certainement l’un des Chefs d’Etat qui a le plus arpenté les murs du FMI.  Les nombreux rappels au respect des normes prudentielles en matière de gestion des finances publiques n’ayant jamais été respectées par nos dirigeants, le Fonds aurait fermé le robinet.  D’un autre coté, comme l’a dit le Ministre des finances dans son allocution à la cérémonie de lancement de l’emprunt obligataire, les ressources extérieures se raréfient. Elle ne peut pas mieux dire. Surtout lorsque les partenaires techniques et financiers observant la légèreté avec laquelle les finances publiques de notre pays sont gérées, ils ont mal pour les Béninois et pour les contribuables de leur pays.

Dès sa prise de fonction en Avril 2006, le Chef de l’Etat avait entrepris une vaste tournée en Europe, en Asie et en Amérique pour mobiliser, a-t-on dit, les ressources nécessaires à la mise en œuvre de sa politique d’émergence.  Quelques années après et en dehors des investissements de la Chine (Echangeur de Godomey), on a de la peine à appréhender les retombées de ce long périple de plus d’une année sur l’économie et sur la vie quotidienne des béninois.  C’est comme des centaines de millions dépensés et qui n’ont pas produit l’impact attendu.  Le Président et son équipe peuvent –ils avoir le courage de faire le point aux Béninois des sommes englouties dans ses voyages et des retombées engrangées par l’économie de notre pays?  C’est aussi cela l’obligation de rendre compte chantée comme incantation à longueur de discours.

Comment s’étonner que les concours extérieurs en direction du Bénin tarissent?  Aujourd’hui, les pays donateurs ont aussi leurs problèmes intérieurs auxquels ils doivent faire face.  La crise financière internationale qui s’est emparée du monde depuis Juin 2008 a contribué à un changement de paradigmes  quant à l’accès à l’aide publique au développement.  Aujourd’hui l’accès aussi bien aux concours financiers qu’à l’aide publique au développement dépend largement des pratiques de bonne gouvernance.

En réalité, le nième emprunt obligataire qui vient d’être lance à un taux de 6,5% alors que le Fonds Monétaire International et d’autres mécanismes du marché financier international offrent de meilleures conditions, est la preuve de la perte de crédibilité du régime en place dont la gestion des finances publiques est catastrophique. En cinq ans de gestion des affaires publiques, le gouvernement vient de recourir trois fois à ce mode de financement dont le produit va en réalité servir à payer les salaires et des dépenses de souveraineté.  Des sources proches des milieux financiers, des informations persistantes indiquent que depuis l’avènement du régime en place, la dette du Bénin a plus que doublé.  Sent-on l’impact sur la vie quotidienne des populations?

Au lieu de se consacrer à une gestion responsable, ordonnée et saine de l’économie, Boni Yayi, ses proches collaborateurs et des parrains abonnés à émarger aux frais des contribuables béninois, préfèrent distraire le peuple en parlant de refondation.  Un concept flou, jamais expliqué, qui cache mal l’incapacité du Prince à concevoir un programme cohérent de développement qui met au centre de sa mise en œuvre, des hommes et des femmes compétents qui savent comment faire bouger un pays vers la performance économique et le mieux être. En lieu et place, c’est des cadres médiocres qui sont nommés parce que partisans politiques, coreligionnaires et surtout des corégionnaires.  Peut-on dans ces conditions,  s’étonner de la contre-performance de notre économie et de l’amenuisement des finances publiques?

Pendant ce temps, les pays comme le Danemark réduisent leur aide publique au développement du Bénin.  D’autres pays, pas des moindres, ferment les programmes d’éducation pendant que règne dans le secteur de l’éducation, toute une confusion, ce qui n’augure rien de bon pour un pays qui aspire à la modernité et un avenir radieux pour ses filles et ses fils.

Silence!!!! On refonde!

Pierre Dagbédji Zinsou (Coll.)

Enseignant-Chercheur en Economie Appliquée

Nice, FRANCE

Publicités

Comments are closed.

%d blogueurs aiment cette page :