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Les BRICS se défilent pour aider l’Europe

La Russie est prête à donner à l’Europe jusqu’à 10 milliards de dollars pour la lutte contre la crise de la dette, a déclaré Arkady Dvorkovitch en prévision du sommet du G20 à Cannes. L’aide pourra être adressée non seulement par le biais des mécanismes du FMI, mais aussi de manière plus directe. Les partenaires de la Russie au sein du BRICS ont, plus tôt, soit refusé d’aider la zone euro, soit ne se sont pas prononcés. La taille de l’apport russe, cependant, est moindre : il s’agit d’une réponse au soutien de l’UE pour l’entrée de la Russie à l’OMC.

La Russie est prête à aider l’Union européenne dans la lutte contre la crise de la dette et à offrir jusqu’à 10 milliards de dollars, a déclaré l’assistant du président russe Arkady Dvorkovitch. « L’annonce de chiffres est préliminaire : nous prévoyons pour l’instant d’injecter notre argent par le biais des mécanismes du Fonds monétaire international », a précisé l’assistant du président. Le Fonds concourt au soutien à la Grèce (à hauteur de 30 milliards d’euros), à l’Irlande (22,5 milliards d’euros) et au Portugal (à hauteur de 26 milliards d’euros).

Une aide complémentaire directe à l’Union européenne est également envisageable, a noté Dvorkovitch.

« Formellement, il n’y a eu aucune demande de l’UE. S’ils adressent une telle demande, alors les organismes compétents -le ministère des finances, la Banque centrale et le gouvernement, l’approbation du président étant également nécessaire- étudieront sérieusement la possibilité d’accorder un soutien », a précisé l’assistant du président.

Avec cette proposition, la Russie s’apprête à siéger au sommet des « 20 », qui se tiendra à Cannes les 3 et 4 novembre. Le thème principal en sera la crise de la dette européenne, dont l’aggravation implique une menace de récession mondiale.

La Russie est la première des économies en voie de développement, faisant partie du BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), à avoir proposé son aide hors des cadres du FMI. Le Brésil a déjà opposé un refus à la proposition des leaders européens d’acquérir des obligations européennes, autant du côté des pays problématiques que du Fonds européen de stabilité financière (EFSF).

« Je pense que les pays européens n’ont pas besoin des ressources du Brésil. Le Brésil ne soutient pas  cette idée », a déclaré le ministre des finances du pays Guido Mantega, ajoutant que la solution aux problèmes européens devait être trouvée à l’intérieur même de l’Europe. Début octobre, Dvorkovitch annonçait que la Russie débattait de la question de l’achat d’obligations de la dette espagnole.

L’Inde, comme le Brésil, a refusé d’acheter des obligations de l’EFSF. Mais c’est à la Chine que L’Europe relie ses principaux espoirs de comblement du Fonds.

Le président du Fonds, Klaus Regling, se trouve actuellement à Pékin, où il tente de persuader les autorités chinoises d’investir dans l’EFSF. Il a même promis que les obligations pourraient être émises en yuans. Mais la Chine ne s’empresse pas de répondre. On considère, en Chine, que l’Union européenne est capable d’assurer elle-même son propre sauvetage : « La question du sauvetage de l’Europe par la Chine est infondée », a déclaré le ministre chinois des affaires étrangères Yang Jiechi, cité par l’agence Xinhua. « L’Europe est la première économie du monde, son potentiel est grand », a-t-il précisé.

Même certains des pays développés ont refusé leur soutien à l’Europe. La Grande-Bretagne ne fournira pas ses ressources propres, même par le biais du FMI.

« Je dis « non » à une nouvelle aide financière à la zone euro de la part de la Grande-Bretagne, et je dis « non » à une aide analogue à la zone euro de la part du FMI », soulignait en fin de semaine dernière le ministre britannique des finances George Osborne, ajoutant que « tout ce que peut faire le FMI, c’est proposer son assistance par la voie de la consultation. »

La Russie reconnaît également les difficultés que soulèvent de tels investissements. Si l’aide ne passe pas par le FMI, il faudra créer un nouveau mécanisme de monitoring de l’attribution des fonds.

D’autre part, ce fonds devra dans un premier temps être mis en place sur le compte des ressources des Européens eux-mêmes, considère-t-on au ministère russe des finances. « Il faudra qu’il se tienne debout, qu’il se transforme en une sorte d’institution : ce n’est pas une simple tirelire – c’est une institution sérieuse, un emprunteur à part entière, dont la documentation doit être au niveau « triple A » », déclarait plus tôt le vice-ministre des finances Sergueï Stortchak.

Mais à la fin de la semaine dernière, la troïka des agences internationales de classement -Standard & Poor’s, Moody’s et Fitch – ont confirmé le classement élevé de l’EFSF. Les communiqués des agences soulignent que cette décision est basée sur l’entrée en vigueur, le 18 octobre, d’un Accord sur l’élargissement de la capacité du Fonds jusqu’à 440 milliards d’euros, sous garantie à hauteur de 780 milliards d’euros. Dès la semaine dernière, en sommet d’urgence de l’Union européenne, les pays de la zone euro se sont accordés pour porter la capacité du Fonds à 1 trillion d’euros.

Une aide de 10 milliards de dollars est insignifiante pour l’Europe, au vu de ses difficultés, déclarent les experts. « C’est précisément pour cette raison que le président de l’EFSF est allé demander de l’argent en Chine et non en Russie. Ces 10 milliards de dollars font plutôt figure de soutien moral en réponse à la loyauté dont a fait preuve l’Union européenne sur la question de l’OMC », explique le directeur du département d’analyse de la société Alpari, Egor Soussine.

La semaine dernière, en grande partie sous la pression de l‘Union européenne, le dernier obstacle qui s’opposait à l’entrée de la Russie dans l’OMC -la résistance de la Géorgie- a été franchi. L’Europe a fait savoir que, si l’on n’obtenait pas l’accord de Tbilissi, la Russie pourrait être acceptée au sein de l’OMC même malgré cette opposition. Le jour suivant, la Géorgie acceptait la proposition des médiateurs suisses sur une documentation et un monitoring commercial électroniques entre les deux États sur les territoires frontaliers abkhazes et sud-ossètes, alors qu’elle exigeait auparavant la présence d’observateurs.

Pour citer Dvorkovitch, la Russie compte recevoir très prochainement des nouvelles de Tbilissi, où se déroulent les consultations finales sur les questions contestées de l’entrée de la Russie dans l’OMC. « Nous espérons obtenir les résultats de ces consultations dans les délais les plus brefs, a souligné Dvorkovitch. Si aucun changement sérieux ne survient dans ces positions, je pense qu’il y a de sérieuses chances de parvenir à la fin de ce processus très rapidement. » L’assistant du président indique que le processus d’intégration de la Russie à l’OMC pourrait s’achever dès la rencontre interministérielle du 15 décembre prochain.

http://www.gazeta.ru/financial/2011/10/31/3817822.shtml

Traduit par : Julia BREEN

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