Le Blog de Aymard

La liberté d'expression dans sa quintessence

Archives Journalières: novembre 23, 2011

Côte d’Ivoire : Les Ivoiriens veulent régler un problème de survie !

Ils sont privés de presque tout. Les Ivoiriens. Ils constatent qu’ils sont en train d’être privés de tout. Ceux qui sont les fils de la Côte d’Ivoire. Eau, électricité, produits médicaux de première nécessité, sécurité urbaine, sécurité rurale, liberté d’expression, libertés politiques. Et au-dessus de tout, du droit à l’éducation.

Le monde le sait-il ? Le Nigeria, le Burkina Faso, le Sénégal, le Togo, tous ces pays membres de la CEDEAO qui se sont déclarés ennemis du peuple de Côte d’Ivoire en organisant la razzia de ce pays le savent-ils ? Sont-ils conscients du drame dont ils ont posé les fondamentaux en recrutant, fournissant et armant des criminels pour venir attaquer les institutions légalement établies dans ce pays qui leur a pourtant fait que du bien pendant plusieurs décennies ? Bien sûr que oui. Ils le savent.

A l’époque, c’est le Président de l’Afrique du Sud, Monsieur Jacob Zuma qui l’avait révélé au Président GBAGBO. Une partie de l’argent remis à Ouattara par la mafia occidentale au Sénégal sous le parrainage du vieux Abdoulaye Wade a servi à payer le soutien de la plupart des chefs d’Etat d’Afrique de l’Ouest pour qu’ils se taisent sur la forfaiture contre Laurent GBAGBO.

Pour de l’argent, ils ont aidé un corrompu, un menteur, un voleur, un faussaire à organiser le pillage de la Côte d’Ivoire par la France et ses alliés de prédateurs racistes. C’est ce que nous avions cru.

Aujourd’hui, le pays manque de tout. Et pourtant, il regorge de tout. Infrastructures sanitaires modernes, infrastructures hydrauliques, infrastructures scolaires et universitaires, des hommes hautement qualifiés, des ressources naturelles immenses.

Alors que se passe-t-il avec celui que la France a installé dans le sang de plus de 15 mille Ivoiriens ?

Est-ce parce qu’il est incompétent que tout s’effondre ? Est-ce parce que son agenda est de disloquer l’Etat de Côte d’Ivoire, détruire les fondamentaux de la République pour créer un environnement de non droit à repeupler ?

Cette deuxième hypothèse est la plus imbattable quand bien même la première reste tout aussi avérée.

Oui, ils veulent détruire l’ancienne Côte d’Ivoire pour repeupler ce pays. Mais il s’agit d’un repeuplement agricole. Et le Burkina Faso en a la responsabilité. L’enjeu, c’est le cacao ivoirien.

En participant à la razzia de la Côte d’Ivoire, les grands groupes américains intervenant dans ce secteur ont posé comme condition, la vente par Ouattara de toutes les plantations de cacao auxdits groupes afin de donner un statut de salariés aux planteurs de cacao et café de Côte d’Ivoire.

Mais l’entreprise est trop risquée. Une insurrection paysanne pourrait voir le jour. Alors la solution détournée a été de mettre en valeur les forêts classées. Et depuis environ 7 mois, les forêts classées ivoiriennes sont envahies par des dizaines de milliers de Burkinabés.

A un moment donné, ces nouveaux immigrés agricoles, tous des Burkinabés, seront déguerpis, dédommagés par ces grands groupes américains qui proposeront à Ouattara de leur permettre de procéder à ce dédommagement. En contrepartie, ils devront exploiter eux-mêmes ces plantations en promettant à coup de mensonges, de reconstituer d’autres couverts végétaux. Et l’affaire est dans le sac. Bloc par bloc, toute la nouvelle boucle du cacao ivoirien sera vendue à ces prédateurs.

Pendant ce temps, l’école aura été démantelée, l’armée disloquée et les fondamentaux du bien être social ivoirien, totalement compromis.

L’enjeu, c’est donc la disparition de l’Ivoirien au profit d’une citoyenneté ivoiro-burkinabée par la création d’une fédération sur le modèle de la haute et basse Côte d’Ivoire coloniale.

Aisément, cela se comprend donc. Conseil des ministres ivoirien tenu à Ouagadougou. Privation d’eau et de courant, de sécurité et d’école pour que la Côte d’Ivoire devienne invivable. Après quoi, la pilule de la disparition de la Côte d’Ivoire sera facilement avalée.

C’est donc clair. Au-delà des problèmes politiques fabriqués pour faire du dilatoire, le vrai objectif poursuivi par les agresseurs de la Côte d’Ivoire, c’est la disparition de la citoyenneté ivoirienne. Une fusion absorption dans le Burkina Faso natal de Dramane Ouattara est inscrite donc au premier plan de l’agenda des prédateurs qui ont envahi ce pays.

C’est pourquoi ils détruisent tout pour faire place à autre chose, à un projet de démontage brique par brique de la Côte d’Ivoire.

Pour ceux qui ne comprennent pas pourquoi nous n’avons pas d’autres choix que d’attaquer ce régime du déni de la citoyenneté ivoirienne, je vous ai révélé l’une des causes profondes de notre engagement révolutionnaire. Nous n’avons pas d’autre choix que de nous libérer pour survivre. Et quoiqu’il advienne, nous le ferons. Au prix de notre sang.

A Très bientôt.

Hassane Magued

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Football : racisme, stop !

Chronique de Jerome Carlos

Joseph Sepp Blatter

Sepp Blatter, le Président de la FIFA, est aussi connu dans le monde que le football. Il préside aux destinées planétaires de la discipline sportive la plus populaire sur la terre des hommes. Nous avons affaire à un personnage considérable, nanti d’une stature exceptionnelle. C’est « le phénix des hôtes de ces bois », pour parler comme le fabuliste. Qui a le privilège d’atteindre, dans l’esprit de ses contemporains, un tel niveau de respectabilité et d’honorabilité ne peut plus et ne doit plus se laisser aller à dire n’importe quoi. Et Sepp Blatter a gaffé. Il a laissé entendre que le racisme n’existait pas dans le football et qu’une poignée de main suffisait à régler le problème.

Disons-le comme çà : une bêtise a toujours la taille de son auteur. Elle tend à être proportionnelle à la personnalité de celui-ci. Voilà que Sepp Blatter est au nombre des plus grands de la terre. On comprend que sa déclaration, à tout le moins regrettable, a fait le tour du monde et a bénéficié de l’effet grossissant d’un fait non ordinaire qui sort de l’ordinaire.

A la décharge du Président de la FIFA, Sepp Blatter est de nationalité suisse. Il est, par conséquent, un Blanc bon teint. Le racisme s’exerçant généralement et davantage dans un sens plutôt que dans l’autre, on peut soutenir que l’homme ne sait pas ce que racisme veut dire. Car il y a lieu de faire la démarcation entre celui n’a qu’une idée plutôt vague d’un phénomène et celui qui vit ce même phénomène. Pour que Sepp Blatter éprouve les blessures et les salissures du racisme, il lui aurait fallu changer de peau. Impossible ! Ce sont d’autres qui sont les victimes de cette abomination. Ils ne peuvent, de ce fait, en parler à la légère. Ce sont d’autres qui sont les cibles quasi naturelles des racistes. Ils ne peuvent pas ne pas tenir le racisme pour un fléau qui insulte l’intelligence et piétine notre commune humanité.

Nous n’apprendrons pas à Sepp Blatter que le football, avec tous les enjeux qu’il traine et draine à sa suite, est sorti depuis longtemps du champ du jeu. Le football moderne est une jungle « civilisée ». C’est le champ clos d’une guerre qui ne dit pas son nom. Le football est comparable à un immense chaudron constamment sous pression et chauffé à blanc. Il peut exploser à tout moment. Et il explose quelquefois.

Dans un stade qui gronde de la joie des uns ou qui bout de la colère des autres, un but marqué ou un but encaissé, peuvent faire valser, soit à la hausse, soit à la baisse, les cotations en bourse. S’il en est ainsi, on ne peut s’autoriser, comme l’a fait Sepp Blatter, de simplifier la complexe équation humaine. Dans certaines situations, les vilains sentiments tapis en nos cœurs ressurgissent. Ils ont tôt fait de prendre le dessus sur les bonnes manières que nous recommande le fairplay sportif.

Sur un terrain de football, la concurrence est féroce. Les intérêts en jeu atteignent des pics insoupçonnés. Tous les moyens semblent bons pour parvenir à ses fins. Les principaux acteurs, les joueurs notamment, les nerfs à fleur de peau, se barricadent dans la logique des gladiateurs de l’enfer : tuer pour éviter de se faire tuer. Dans ces conditions, le joueur raciste qui n’a ravalé son vice que le temps des petits sourires et courtoisies devant les photographes et les cameramen révèle sa vraie nature. C’est tout l’arrière fond d’une éducation, d’une conception des êtres et des choses qui se réveille et s’exprime, insulte et blesse.

Comme quoi le racisme n’est jamais loin. Par son environnement, le football réveille ce racisme, le fortifie et le conforte. Une fois dressé sur ses ergots et avec l’extrême rapidité du naja, ce racisme frappe, en crachant son venin mortel à la figure de sa victime.

Non, Sepp Blatter, une poignée de main ne peut suffire à gommer la faute. Non, Sepp Blatter, une poignée de main ne peut suffire à changer le raciste, à lui faire faire amende honorable, à l’amener à enterrer les démons du mépris qui le hantent. Vous avez reconnu votre erreur. Vous avez présenté des excuses. C’est tout à votre honneur. Cela vous grandit. Vous devenez un de nos meilleurs alliés contre le racisme. Vous avez fait le bon choix. Bienvenu en notre armée.

Interview de Jean Ziegler par Adrien Dentz : « L’insurrection des consciences est proche »

LALSACE – Jean Ziegler, vous avez été, de 2001 à 2008, le premier Rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l’alimentation. Depuis 30 ans vous vous battez contre la faim. Rien n’a changé ?

La mort de millions de personnes par la faim reste le scandale de notre temps. 35 millions de personnes meurent chaque année de la faim ou de ses suites immédiates.

Au moment où nous parlons, toutes les 5 secondes, un enfant âgé de moins de 10 ans meurt de faim. Près d’un milliard de personnes sont en permanence gravement sous-alimentées. Ceci sur une planète où, selon l’ONU, l’agriculture pourrait nourrir normalement 12 milliards d’êtres humains. Il n’y a aujourd’hui plus de fatalité. Un enfant qui meurt de faim est assassiné.

Pourquoi cette situation ?

En grande partie à cause de la spéculation boursière sur les aliments de base (riz, maïs, blé) qui couvrent 75 % de la consommation mondiale. Depuis le crash financier de 2008, les fonds souverains, les hedge funds et les grandes banques se rabattent sur les bourses des matières agricoles et font flamber les prix.

À Genève, si vous vous rendez à la banque UBS, on vous propose d’investir dans des certificats sur le riz garantissant 37 % de plus-value ! En 18 mois, le maïs a augmenté de 93 %. La tonne de blé meunier a doublé entre 2010 et 2011. Tout cela de manière tout à fait légale, même si c’est moralement inacceptable. Les spéculateurs sont deux fois responsables. Non seulement le Programme alimentaire mondial a perdu la moitié de son budget, mais il doit acheter 80 % de la nourriture qu’il distribue aux affamés sur le marché mondial où les prix ont explosé par suite de la spéculation. Il faudrait traduire les spéculateurs devant un tribunal de Nuremberg pour crime contre l’humanité.

Dans votre livre « Destruction massive, géopolitique de la faim », vous écrivez que « le libre-échange tue ». Que voulez-vous dire par-là ?

Une dizaine de sociétés transcontinentales privées dominent complètement le marché alimentaire. Elles fixent les prix, contrôlent les stocks. L’année dernière, Cargill a contrôlé plus de 26 % du blé commercialisé dans le monde. Selon les grands trusts, la faim ne sera vaincue qu’avec la libéralisation totale du marché et la privatisation de tous les secteurs publics. Cette théorie néolibérale est meurtrière et obscurantiste.

L’Union soviétique a implosé en 1991. Jusque-là, un homme sur trois vivait sous un régime communiste et le mode de production capitaliste était limité régionalement. Mais en 20 ans, le capitalisme financier s’est répandu comme un feu de brousse à travers le monde. Il a engendré une instance unique de régulation : le marché mondial, la soi-disant main invisible.

Les États ont perdu de leur souveraineté mais si les néolibéraux avaient raison, la libéralisation aurait dû résorber la faim. Or, c’est le contraire qui s’est produit.

La situation semble être la pire en Afrique, pourquoi ?

En chiffres absolus, c’est l’Asie qui compte le plus grand nombre d’affamés : 578 millions en 2011. Mais comparée à la population, c’est l’Afrique qui est frappée le plus durement : 35 % des Africains sont mutilés par la faim.

La corruption explique en partie la faim. Sans la complicité active du président Paul Biya, Bolloré et Vilgrain n’auraient jamais pu s’approprier des centaines de milliers d’hectares de terres fertiles, au Cameroun, dont les paysans ont été expulsés et où les cultures vivrières ont été remplacées par de la canne à sucre destinée à la production de biocarburants.

Mais, même si c’est horrible à dire, il faut admettre aussi que la corruption est secondaire. L’ennemi principal, c’est les trusts de l’agroalimentaire qui contrôlent le marché mondial.

Où est l’espoir ?

Il faut interdire la spéculation boursière sur les produits alimentaires ; faire cesser le vol de terres arables par les sociétés multinationales ; obtenir l’annulation de la dette extérieure des pays les plus pauvres pour qu’ils puissent investir dans leur agriculture vivrière ; en finir avec les agrocarburants… Tout cela peut être obtenu si nos peuples se mobilisent. Il n’y a pas d’impuissance en démocratie. L’ordre cannibale du monde peut être détruit et le bonheur matériel assuré pour tous. Je suis confiant : en Europe, l’insurrection des consciences est proche.

Boris Nemtsov : « Poutine est un ennemi du pays : il veut mourir au poste de président »

Entretien avec Boris Nemtsov, réalisé par Le Courrier de Russie

Boris Nemtsov, opposant et ancien vice-premier ministre sous Eltsine de 1997 à 1998, se dit néolibéral. Allié de Garry Kasparov au sein du parti Solidarnost, dont l’enregistrement électoral a été rejeté par le Kremlin, il fut en 2011 tour à tour emprisonné, interdit de quitter le territoire russe et surveillé par les autorités. Rencontre avec une figure de l’opposition à quelques jours des législatives.

Le Courrier de Russie : Y a-t-il une chance de voir gagner un autre parti que Russie Unie lors des prochaines législatives du 4 décembre ?

Boris Nemtsov : Non. En Russie, on n’a pas d’élections. Le choix s’est fait le 24 septembre, lorsque Vladimir Poutine s’est déclaré président éternel et Dimtry Medvedev futur premier ministre. Le reste, c’est une farce.

LCDR : Cela veut dire qu’aucun des partis enregistrés n’a de réel poids politique ?

B.N.  : Ils sont achetés par le Kremlin, financés par lui : personne ne peut critiquer Poutine, personne n’a le droit de parler ni de corruption, ni du Caucase, ni de l’argent volé par l’Etat. Il n’y a pas d’opposition.

LCDR : Et quelle est votre opinion sur le Kremlin ?

B.N.  : Poutine est un voleur, qui, entouré de ses amis, s’approprie impunément la Russie. Voilà ce que je pense. Tout est écrit dans mon livre intitulé Poutine, bilan, 10 ans.

LCDR : Ce même livre qui vous a valu une interdiction de quitter la Russie pendant 6 mois en juillet dernier ?

B.N.  : Oui, exactement. Mais le Parlement a finalement pris une résolution pour lever cette sanction…

LCDR : Vous étiez en France quand vous avez appris la nouvelle. Pourquoi être revenu quand même ?

B.N.  : C’est ma patrie ! Il ne faut pas avoir peur, il faut lutter. Protester.

LCDR : Quels moyens ont les citoyens ordinaires de protester ?

B.N.  : Le 4 décembre ne sera pas une journée d’élection, mais une journée de protestation. Nous proposons aux citoyens de ne pas voter pour tel ou tel parti, mais d’apposer une croix sur le bulletin de vote : alors, selon la loi, le gouvernement sera obligé de nous entendre. Si nous sommes plusieurs millions à faire ça, il faudra tout recommencer, car les gens auront choisi un parti sans représentants. Si nous sommes un ou deux millions, cela voudra dire qu’on a fait le premier pas et que les gens sont prêts à lutter [les bulletins invalidés ou les voix pour les partis qui ne passeront pas le seuil des 7% seront attribués au vainqueur, ndlr]. L’essentiel, c’est la mobilisation.

LCDR : Pourquoi n’y a-t-il pas d’autres moyens de se faire entendre ?

B.N.  : Les gens ont peur. Chez les Russes, la peur est ancrée dans les mentalités depuis Staline. Ils ont peur de perdre leur travail, d’aller en prison, de se faire prendre leur commerce.

LCDR : Et que leur répondez-vous ?

B.N.  : Que chacun peut trouver une niche de protestation correspondant à ses capacités : les plus braves vont sur la Place rouge, les autres peuvent s’exprimer sur internet… et tout le monde peut faire une croix sur son bulletin. Il y a deux jours, Vladimir Poutine s’est fait siffler par 22 000 personnes après un match d’arts martiaux dont il a félicité le vainqueur : les gens sont fatigués et commencent à le dire.

LCDR : Plus qu’avant ?

B.N.  : Ces dernières années, la cote de popularité du premier ministre a baissé de 15%. Les citoyens en ont assez : vous, quand vous en avez marre d’un dirigeant en Europe, vous le virez, c’est d’ailleurs ce qu’il se passe en ce moment en Italie, en Espagne, en Grèce… Ici aussi, les gens sont fatigués du « Poutine éternel ». Il n’est pas assez intelligent pour s’en rendre compte, mais on l’évincera du pouvoir, au final.

LCDR : Quand est-ce qu’il aurait dû partir, selon vous ?

B.N.  : En 2008, après deux mandats. On n’est pas au moyen-âge ! Même les Chinois, à y regardez de plus près, y arrivent mieux : ils n’ont pas de démocratie non plus, mais au moins, leurs leaders se succèdent périodiquement. Poutine est un ennemi du pays : il veut mourir au poste de président. La question est qui va mourir en premier, lui, ou la Russie ?

LCDR : A choisir, vous auriez préféré Dimtry Medvedev ?

B.N.  : Medvedev n’est personne. Un simple blogueur qui piaille sur Twitter…

LCDR : Le parti que vous dirigez avec Garry Kasparov, Solidarnost, a-t-il toujours un avenir politique ?

B.N.  : Nous songeons à nous allier avec un autre parti pour être plus forts, mais dans tous les cas, nous existons toujours.

LCDR : Sans enregistrement légal de votre parti, arrivez-vous à évaluer le soutien que la population vous porte ?

B.N.  : Nous avons 46 000 membres au sein du parti Parnas [le Parti de la liberté populaire, fondé par des opposants au pouvoir russe dont l’ex-Premier ministre Mikhaïl Kassianov et Boris Nemtsov, ndlr], et 12 000 à Solidarnost. L’an dernier, nous avons mené une étude auprès des Moscovites : selon celle-ci, ils sont 25% à vouloir nous soutenir.

LCDR : Vous travaillez avec d’autres partis, légalement enregistrés ?

B.N.  : Nous avons quelques contacts avec les députés des partis de Iabloko et Russie Juste, mais sans coopérer vraiment, car ils sont tous plus ou moins au service du gouvernement. Ils font partie du système et permettent à Poutine de continuer à gouverner.

LCDR : Quelle raison officielle vous a-t-on donnée lorsqu’on a refusé l’enregistrement de votre parti ?

B.N.  : Officiellement, de la paperasse ! Des irrégularités de forme. La vérité est celle-ci : si Poutine n’avait pas peur de moi, il y a longtemps que je serai enregistré.

LCDR : Et vous, vous n’avez pas peur ?

B.N.  : On m’a jeté de l’ammoniac au visage [lorsqu’il était candidat à la mairie de Sotchi en 2009, ndlr], on m’a mis en prison, j’ai eu des sanctions. Bien sûr que j’ai peur. J’ai des enfants. Mais je continue à lutter pour la cause commune.

LCDR : Les gens ne sont pas prêts pour une révolution.

B.N.  : Moi non plus, je ne veux pas de révolution. Mais il y a des moyens d’exprimer le fait qu’on est fatigué de Poutine pêchant des amphores, faisant du cheval, jouant au badminton…

LCDR : En quoi vous différenciez vous de la politique de Poutine sur la scène internationale ?

B.N.  : Je ne suis pas d’accord pour entrer en confrontation permanente avec l’Occident. Je ne suis pas d’accord pour soutenir des bandits tels que Mouammar Kadhafi ou Bachar Al-Assad. Je ne suis pas d’accord pour soumettre l’Europe à une dépendance énergétique, surtout que le gaz qu’on vend est beaucoup plus cher qu’ailleurs ! De manière générale, je ne suis pas d’accord pour être dans un rapport de force permanent avec le reste du monde : les pays Baltes, la Biélorussie, les Etats-Unis, etc. Le seul ami qu’on ait, c’est Nicolas Sarkozy…

LCDR : Vous êtes pour un rapprochement avec l’Europe ?

B.N.  : Poutine veut qu’on ressemble aux Chinois. Mais il se trouve qu’on ressemble d’avantage aux Européens ! Il faudra un jour qu’on devienne amis.