Le Blog de Aymard

La liberté d'expression dans sa quintessence

Archives Journalières: novembre 29, 2011

Egypte : La liberté d’expression sur l’Internet en danger selon RSF

Alors que le Rapporteur spécial des Nations unies sur la liberté d’expression, Frank La Rue, a réaffirmé, le 21 octobre 2011, l’urgence à protéger la liberté d’expression sur l’Internet, l’Egypte s’enfonce dans une politique toujours plus liberticide à l’égard du web et des blogueurs.

La liberté d’expression sur Facebook en danger

Le 22 octobre 2011, au Caire, Ayman Youssef Mansour a été condamné à trois ans de prison assortis de travaux forcés pour avoir « intentionnellement insulté, attaqué et tourné en ridicule la dignité de la religion islamique » sur Facebook. Le net-citoyen avait été arrêté en août dernier.

« Sans se prononcer sur le contenu des messages publiés par Ayman Youssef Mansour, Reporters sans frontières regrette l’usage de la loi interdisant les insultes à la religion pour sanctionner un blogueur. Cette mesure, qui reste très vague, a souvent été utilisée, sous Hosni Moubarak, pour faire taire les voix dissidentes. En 2007, le blogueur Karim Amer avait notamment été condamné à de la prison ferme pour insulte au prophète de l’islam. Les pratiques de l’ancien régime perdurent avec le Conseil suprême des forces armées« , a déclaré Reporters sans frontières.

Maikel Nabil Sanad interné pour 45 jours

L’organisation déplore également l’internement, pour 45 jours, du blogueur Maikel Nabil Sanad à l’hôpital psychiatrique d’El-Khanka (gouvernorat de Qalubiyah,nord-est du Caire), sur décision du juge, rendu le 18 octobre 2011 à l’issue de la dernière audience. La prochaine audience est prévue le 1er novembre prochain. Son avocat, Me Mahdouh Nakhla, directeur d’Al-Kalema Center for Human Rights, craint que Maikel Nabil Sanad ne soit entre-temps soumis à un traitement par éléctrochocs, qu’il qualifie de « torture légalisée ». Alors qu’il souffre de problèmes rénaux, nerveux, d’anémie, et d’autres complications dues à sa grève de la faim, un tel traitement pourrait lui être fatal.

« Le net-citoyen, souffrant de graves problèmes de santé et en grève de la faim depuis deux mois, ne recevra pas les soins nécessaires à son rétablissement dans un établissement psychiatrique », a regretté Reporters sans frontières. « Maikel Nabil Sanad doit être libéré d’urgence, et bénéficier de soins médicaux appropriés. S’il venait à décéder en détention, le Conseil suprême des forces armées serait tenu entièrement responsable de la mort du premier prisonnier de conscience post-révolution », a poursuivi l’organisation.

Convocation de deux cyber-activistes par la cour martiale

Reporters sans frontières s’inquiète de la convocation de deux cyber-activistes, le 24 octobre 2011, dans le cadre d’une enquête sur les manifestations coptes du 9 octobre au Caire. Les deux net-citoyens devaient être interrogés par la cour militaire le 25 octobre 2011, mais cette date a été repoussée car Alaa Abd El Fattah, blogueur et développeur, est actuellement à San Francisco où il participe à la Silicon Valley Human Rights Conference.

Alaa Abd El Fattah et Bahaa Saber avaient déjà été arrêtés et détenus en 2006 pour avoir exprimé leurs opinions contre Hosni Moubarak sur le Net. Bahaa Saber a été à nouveau arrêté et torturé en 2010.

Les charges retenues contre eux ne sont pas encore connues, mais ils auraient été avertis de manière informelle que leur convocation était liée à leur couverture des manifestations coptes du 9 octobre dernier. Sur son compte Twitter, Alaa Abd El Fattah a déclaré qu’il serait probablement accusé d’incitation à la violence et destruction de bien public.

Un vidéo-blogueur pro-Moubarak, surnommé Ahmed « Spider », a publié sur Youtube une vidéo intitulée « Alaa Abd El Fattah the atheist runs away to America after I submitted a case against him. » (« Alaa Abd El fattah l’athée s’enfuie en Amérique après le dépôt de ma plainte contre lui ») Les deux cyber-activistes ont activement aidé les victimes des émeutes et leur famille, en acheminant des blessés vers l’hôpital.

La contestation des mesures prises par le CSFA prend de l’ampleur au sein de la population égyptienne. L’activiste et écrivain Willima Weesa a dénoncé l’internement de Maikel Nabil Sanad : « Cette décision viole ses droits civiques. De nombreuses personnes internées par les forces de sécurité sont en fait en bonne santé en rentrant, mais dévastées en ressortant. » Yosri Foudra, animateur d’une émission d’affaires publiques sur la chaîne privée ONTV, ancien journaliste de la BBC et d’Al-Jazeera, a suspendu son programme, le 21 octobre 2011, afin de dénoncer la poursuite, après la révolution, de méthodes de censure dignes de l’ère Moubarak. Alaa El-Aswani, écrivain connu pur ses positions critiques à l’égard du régime militaire, a également partagé ses inquiétudes sur Twitter : « Est-il maintenant interdit pour quiconque de critiquer le conseil militaire ? », s’est-il interrogé. Avant d’ajouter : « La révolution a besoin d’un nouvel épisode.

Par ailleurs, Reporters sans frontières salue la condamnation à sept ans de prison, le 26 octobre 2011, de Mahmoud Salah Mahmoud et d’Awad Ismaïl Souleimane, responsables de la mort de Khaled Saïd, le 6 juin 2010 à Alexandrie. Initialement accusés d’ »arrestation injustifiée » et « d’actes de torture », les deux policiers ont finalement été reconnus coupables d’avoir frappé à mort cet internaute à sa sortie d’un cyber-café.

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Kenya : Un juge lance un mandat d’arrêt contre le président soudanais Omar el-Béchir afin de le livrer à la CPI

On aura tout vu en cette année 2011. Les Africains ont encore du chemin à parcourir. Le fait de ne pas aimer un homme ne peut pas nous amener à l’envoyer à la vindicte. Comment demander l’arrestation d’un Chef d’Etat en exercice ?

Un juge de la Haute Cour kényane a lancé lundi un mandat d’arrêt contre le président soudanais Omar el-Béchir ; ce dernier étant déjà poursuivi par la Cour pénale internationale (CPI) pour génocide et crimes contre l’humanité au Darfour.

« Le tribunal en conséquence délivre un mandat d’arrêt contre Omar el-Béchir à la demande du requérant (ICJ Kenya). Il reviendrait au Procureur général et au ministre de la Sécurité intérieure d’ordonner cette arrestation s’il devait remettre les pieds au Kenya« , a déclaré le juge de la Haute Cour du Kenya, Nicolas Ombija.

Cette décision prendrait aussitôt effet si le président soudanais entrait sur le territoire kenyan. Selon la Haute Cour, le gouvernement aurait pour obligation de l’arrêter et de le livrer à la Cour pénale internationale (CPI) devant laquelle il devrait répondre d’accusations de génocide et de crimes contre l’humanité.

Les juges de la CPI avaient délivré le 12 juillet 2010 un mandat d’arrêt contre le président Soudanais pour génocide au Darfour, après avoir lancé le 4 mars 2009 un premier mandat pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

La Cour avait demandé au Kenya « de prendre toute mesure nécessaire pour s’assurer que le président du Soudan, Omar el-Béchir, soit arrêté et remis à la Cour s’il visite le Kenya le 30 octobre (2010) à l’occasion d’un sommet régional ».

Le sommet avait ensuite été repoussé et déplacé à Addis Abeba, l’Ethiopie n’étant pas signataire du Statut de Rome, le traité fondateur de la CPI.

L’Union africaine a à plusieurs reprises appelé ses Etats membres à ne pas arrêter le président soudanais, accusant la CPI de concentrer ses poursuites contre les seuls responsables africains et estimant que l’arrestation d’Omar el-Béchir serait nuisible à la recherche de la paix entre les deux Soudan.

Côte d’Ivoire, un an déjà que dure l’imposture

Des élections législatives sont annoncées en grande pompe en Côte d’Ivoire. D’aucuns diront qu’ils ne se sentent pas concernés par cette aventure qui n’est en somme que pure distraction. Parce que, parler à nouveau, dans le contexte actuel, d’élections dans ce pays sinistré, c’est aussi soulever l’épineuse question qui divise encore bons nombre d’ivoiriens : « Qui a remporté l’élection présidentielle de 2010 en Côte d’Ivoire ? »

Pour mémoire, sachons qu’il y a bientôt un an déjà que la Côte d’Ivoire organisait des élections présidentielles. Des élections censées la sortir de la grave crise qu’elle traverse depuis plus d’une décennie. Seulement, en lieu et place, la confusion, des douleurs et des larmes ont été servies aux ivoiriens et ce, par la volonté de mains obscurs aux antipodes des aspirations véritables du peuple ivoirien. Dans le désordre surréaliste savamment orchestré, deux hommes ont prêté serment au titre de présidents élus de la république de Côte d’Ivoire. « Du jamais vu », titraient les journaux nationaux et internationaux à leur une : « un pays, deux présidents ». Mais rassurez-vous, à côté du faux, il y a toujours du vrai. Si le mensonge est là, c’est qu’il existe à côté, la vérité.

Et l’usurpateur, tout comme le légitime, avaient leurs partisans : dans chaque camp, des hommes et des femmes convaincus de la victoire de leur champion. Pourtant, l’on aurait pu régler ce contentieux, comme on aurait réglé une affaire ordinaire, mettant en jeu des hommes civilisés. Ces hommes civilisés auraient saisi la justice, et chacun, devant un jury aurait plaidé sa cause. Et le jury à son tour, après les délibérations, aurait rendu son verdict,  et le juge, sur la base des délibérations aurait désigné qui des deux protagonistes a raison ou tort. Bien entendu ce schéma, qui n’est qu’une illustration, s’applique à des gens soucieux de préserver l’intérêt national et désireux de faire triompher la justice et le droit. Mais hélas, ceux qui se sentaient morveux ne se sont pas fait prier pour se moucher, et de la plus triste des manières. De peur de voir leur forfaiture dévoilée, ces imposteurs ont cru devoir s’imposer aux ivoiriens par la seule force de leurs armes, avec une violence inouïe. Rappelons-nous, lorsque l’Union Africaine, dans sa fuite en avant sur le dossier ivoirien, recommandait à Alassane Ouattara d’aller se faire investir par le Conseil Constitutionnel de Côte d’Ivoire. Croyez-vous que ce monsieur se soit préoccupé un seul instant du bain de sang que son attitude de va-t-en guerre faisait courir à ce pays ? Au début, ce fut le commando invisible qui endeuilla la nation. Leurs cibles privilégiées : policiers et gendarmes, pris au dépourvu et sauvagement assassinés. Puis entra dans la danse, les soldats de l’onuci, à travers leur appui technique et logistique aux assaillants. L’armée française, la Licorne, quant à elle occupa les zones stratégiques de la ville d’Abidjan et fit nuitamment entrer sur le sol ivoirien, armes lourdes de tous genres et des soldats venus des autres bases militaires françaises d’Afrique. La suite tout le monde la connait.

Huit mois après, la question que nous ne cesserons de poser à Sarkozy, Alassane Ouattara, Obama et consorts, est la suivante : « Et maintenant, croyez-vous que Monsieur Alassane Ouattara soit en mesure de gouverner pacifiquement et souverainement ce pays ou voulez-vous insinuer que vous pouvez vaincre les ivoiriens sans les convaincre» ?

Dans la même veine, Alassane Ouattara aussitôt assis dans le fauteuil présidentiel s’est empressé de lancer une opération dite de : « recherche de caches d’armes », car n’ignorant certainement pas ce dicton selon lequel « celui qui règne par les armes, périra par les armes ». Il mit alors en branle toute sa bande hétéroclite qui lui sert d’armée, afin de rechercher et trouver ces fameuses armes qu’auraient dissimulées  les partisans de Gbagbo. Cette opération qui n’était rien d’autre qu’un prolongement de la traque aux pro-Gbagbo dans nos villages et hameaux, connue son corollaire de dérives tribales, de dérapages et de tueries systématiques de jeunes gens supposés avoir combattu aux côtés des forces loyalistes au président Gbagbo. Car ce qu’il faut savoir, c’est qu’en Côte d’Ivoire, la détention des armes  à feu, revient exclusivement aux ‘’vainqueurs’’ (sans gloire) de la guerre postélectorale. Les armes sont une affaire de milice Dozos (chasseurs traditionnelles) et des rebelles FRCI au grand dam des policiers, gendarmes et militaires (ex-FDS), pourtant qualifiés à porter et utiliser ces armes.

Aujourd’hui, nous sommes en effet loin des heures chaudes où des obus et des mortiers franco-rebelles pleuvaient sur Abidjan et sur la résidence du président Gbagbo. Les armes ayant finalement montré leurs limites. Le pays est toujours en crise. Les nouvelles autorités, malgré elles, doivent à présent faire face à l’aspect civil de cette crise. Celle qui préconise que les problèmes politiques soient réglés dans un cadre purement politique et démocratique.

Pour tous ceux s’insurgent contre le coup d’état qui a vu l’arrivée d’Alassane Ouattara au pouvoir en Côte d’Ivoire, c’est une nouvelle opportunité qui s’ouvre. Dans cette perspective, quelle stratégie adopter face à des hommes qui ne savent qu’utiliser la violence, les menaces et à la fourberie comme armes dans l’arène politique ? En effet, il nous faut y répondre à notre tour avec nos propres armes, étant entendu qu’une arme est un instrument d’attaque mais aussi de défense, de peur de se voir proprement « écraser » par Ouattara.

Et des armes, nous en avons, en quantité suffisante. Plus efficaces que celles des FRCI, Onuci et forces françaises Licorne réunies. Avec ces armes nous pouvons défaire ce pouvoir vacillant, jusqu’à sa chute brutale. Ouattara pense t-il avoir vaincu et désarmé les ivoiriens? Eh bien qu’il se détrompe ! Car nous avons de ces armes-là qu’on ne peut nous arracher. Des armes qui n’ont pas besoin de munitions, qui ne peuvent ni s’enrayer, ni souffrir d’aucun défaut. Les seules armes capables de convaincre le peuple ivoirien car en adéquation avec ses aspirations les plus profondes. Ce peuple qui au fil du temps a pris conscience de notre destin commun, à savoir la préservation de sa liberté et de son indépendance. Des notions qui certes semblent devenir évasifs et insaisissables pour certains de nos compatriotes perdus dans une profonde léthargie. C’est pourtant dans ces notions fortes que nous tirons nos armes. Ce sont elles qui doivent sous-tendre notre combat en tout temps. C’est bien pour ces notions d’affirmation de sa souveraineté qu’elle a voulu traduire en actes concrets que la Côte d’Ivoire s’est vue attaquée par des forces étrangères avec la complicité de certains de ses fils corrompus.

Dans cette lutte sans merci, mettant en jeu la survie même de la nation ivoirienne, le pays n’appelle que les fiers ivoiriens sur qui elle peut compter. Non pas ces félons qui, pas assez convaincus, sont mû par cette propension à fuir le bateau lorsque celui-ci semble prendre de l’eau de tous parts. C’est à cette mobilisation sans faille que nous appelons tous les ivoiriens. Une guerre sur le terrain politique, sans passion ni fuite en avant. Dans un pays qui croule sous le poids de prisonniers politiques, qui vit au rythme effréné d’arrestations arbitraires et d’emprisonnements d’hommes politiques et de journalistes, qui fait du projet de rapatriement musclé des exilés politiques son cheval de bataille, qui initie l’omerta comme principale politique interne…, il est temps de se mettre en ordre de bataille. Les uns solidement soudés aux autres pour faire échec à cette imposture qui n’a que trop durée.

Marc Micael

Le Grand bordel de Louis Michel, la double facette de l’Union Europeenne au Togo

Liberté – Louis Michel ! La seule évocation de ce nom fait remonter à la mémoire collective des souvenirs pas trop gais. C’est cet ancien Commissaire européen au développement et à l’action humanitaire, ce Blanc zélateur et démarcheur du pouvoir Rpt qui sort des insanités à chaque fois qu’il doit parler du Togo. Louis Michel, c’est ce fonctionnaire de l’Union européenne qui joue à l’avocat du pouvoir Rpt de Père en Fils, affirme avec une certaine condescendance tout le contraire de la réalité, peint le Togo comme une démocratie, défend les gouvernants auprès de Bruxelles, moyennant bien sûr… Les Togolais savaient donc à quoi s’en tenir avec sa présence annoncée dans le cadre de la 22e session parlementaire paritaire ACP/UE à Lomé. Mais quant à le voir descendre aussi bas et défendre l’indéfendable, sur un sujet aussi clair et sensible que la décision de la Cour de justice de la Cédéao et le procès Kpatcha Gnassingbé, pour un « Blanc », on ne s’y attendait pas.

Les gaucheries de « Fo Michou »

« Moi ce qui m’étonne dans ce sujet, et là je ne vais pas prendre la défense de personne en disant cela, c’est que dans le fond on rejette la responsabilité de cette situation sur soit le président, soit la majorité parlementaire. Vous m’excuserez, mais si je ne m’abuse, ces neuf députés ont eu un problème avec leur parti avec lequel ils ont été élus. Ils ont été élus sur des listes Ufc. A un moment donné, ils ont fait dissidence. L’Ufc a fait valoir des lettres de démission qu’ils avaient signées préalablement », a dardé Louis Michel, le Coprésident de l’Assemblée parlementaire, relativement à la décision de la Cour de Justice de la Cédéao dans l’affaire d’exclusion des neuf députés ANC réhabilités le 7 octobre dernier et à la polémique sur leur retour ou non à l’Assemblée nationale, avant de lâcher : «  Qu’a dit la CEDEAO ? Ils devraient être indemnisés. Elle n’a rien dit d’autre. Elle n’a pas par exemple dit qu’ils devraient être réintégrés…La Cour de justice de la CEDEAO n’a jamais exigé la réintégration des députés, elle a seulement demandé de leur payer la somme de trois (3) millions F CFA ».

Ce disque, les Togolais l’entendent depuis un mois et demi des suppôts et autres caisses de résonance du pouvoir Rpt. Mais venant de la part d’un ressortissant d’un pays où la culture démocratique est une réalité et qui pourrait se compter parmi les démocraties traditionnelles d’Europe, d’un Blanc (sic), généralement admis par les « nègres » comme intelligent, sage et surtout « civilisé », il faut avouer que cela laisse pantois. A raison, quand on sait que la décision de la Cour communautaire ne souffre d’aucune ambiguïté. L’Etat togolais a été condamné à « réparer la violation des droits de l’Homme des requérants et à payer à chacun la somme de trois millions (3 000 000) FCFA à titre de dommage et intérêt », après que la Cour a égrainé les dispositions juridiques violées dans ce dossier. On dirait que Louis Michel n’a pas lu l’arrêt. Bien avant la Cour de Justice de la Cédéao, c’est l’Union interparlementaire (Uip) qui, cinq (05) mois plus tôt, statuant sur cette affaire avait démontré que les neuf députés concernés n’ont jamais démissionné de leur propre chef comme cela se doit, mais ont été plutôt démissionnés, et enjoint à l’Etat togolais de les réintégrer à l’Assemblée nationale. C’est vraiment triste que l’ancien Commissaire européen au développement et à l’action humanitaire et aujourd’hui Eurodéputé, donc censé prôner les valeurs défendues par l’institution (démocratie, Etat de droit, bonne gouvernance, respect des droits de l’Homme) s’illustre aussi tristement. « Cette sortie de Louis Michel nous donne la preuve ultime que les Blancs ne sont pas aussi vertueux que ça… J’imagine un peu la calamité que serait ce monsieur s’il était noir. Ce serait un véritable danger public ! », glose un compatriote.

Comme s’il n’a pas assez suscité la polémique, le Belge s’aventurera aussi sur le terrain du procès Kpatcha Gnassingbé, arguant que « la justice a suivi son cours et qu’elle n’avait pas tenu compte de l’identité particulière de l’accusé ». En clair, Louis Michel est content que le député ait été jugé sans levée de son immunité parlementaire. Un véritable scandale, pour qui connaît les conditions d’arrestation et de détention de Kpatcha et les siens, les nombreux vices de procédures et violations qui ont caractérisé le procès. Et c’est à raison que les organisations de défense des droits de l’Homme soient indignées, et elles l’ont signifié à travers une déclaration datée du mardi 22 novembre. Les ODDH « prennent l’opinion nationale et internationale à témoin et feront endosser au député européen Louis Michel toutes les conséquences liées à une telle déclaration ». Et justement ces propos auront pour effet de renforcer dans sa position de force, le pouvoir togolais qui n’a d’ailleurs aucune intention de réintégrer ces députés.

Le double visage de l’UE

Que penser au juste de l’institution européenne qui se pose en civilisatrice au Togo mais dont les représentants au même moment cautionnent de façon aussi ostentatoire des forfaitures ? C’est aujourd’hui la grosse énigme à laquelle sont confrontés les Togolais. D’autant plus que la délégation de l’Union européenne au Togo a semblé prendre la voie de la raison.

On se rappelle que dans le cadre des rencontres périodiques instituées par l’accord de partenariat économique de Cotonou, des diplomates européens conduits par Patrick Spirlet ont échangé le vendredi 14 octobre dernier avec une délégation du gouvernement au ministère des Affaires étrangères. Au menu des discussions, les prochaines élections législatives et locales de 2012 et la situation des droits de l’homme au Togo, mais aussi des sujets d’actualité dont les audiences de la Commission Vérité, Justice et Réconciliation (Cvjr), les allégations de torture à l’Agence nationale de renseignement (Anr), le passage du Togo à l’Examen périodique universel devant le Conseil des droits de l’Homme, le dialogue au sein du Cadre permanent de dialogue et de concertation (Cpdc), les réformes institutionnelles et constitutionnelles et, chose inattendue, la décision de la Cour de Justice de la Cédéao. « Nous avons souligné l’importance des décisions de la Cour de justice de la CEDEAO et l’importance de les respecter, de prendre des initiatives dans ce sens pour justement favoriser cet apaisement », avait déclaré le chef de la Délégation de l’UE au Togo, estimant que le Togo est « à un moment crucial », et « un certain nombre d’événements récents méritent attention ». En clair, les diplomates européens demandaient à l’Etat togolais – à moins que nous soyons trop vite allés en besogne – de réintégrer les neuf députés abusivement exclus de l’Assemblée nationale, la réparation logique, puis payer les trois millions FCFA comme exigé par la Cour de la Cédéao. Et ce n’est d’ailleurs que le bon sens. Mais comment comprendre que les diplomates européens accrédités au Togo aient opté pour une position aussi conciliante et qu’au même moment l’un des porte-voix de l’Union Européenne, ancien Commissaire au développement et à l’action humanitaire, aujourd’hui Eurodéputé et Coprésident de l’Assemblée paritaire ACP/UE vienne prendre le contre-pied parfait de cette position?

Mais, où sont passées les bonnes vertus ?

Depuis lundi sont organisées, en marge de la 22e session parlementaire paritaire ACP/UE, des journées portes ouvertes sur la coopération Union Européenne-Togo, où sont exposés les fruits de ce partenariat. Il s’agit en réalité de célébrer cette coopération et de louer ses bienfaits. A l’occasion, l’institution européenne est peinte comme cette mère nourricière, qui ne veut que du bien des Togolais. « L’Union Européenne apporte au Togo une aide multidimensionnelle en vue de stimuler la croissance économique nécessaire à la réduction de la pauvreté et au développement durable », déclamait la ministre chargée de la Planification, du développement et de l’aménagement du territoire Dédé Ahoéfa Ekoué au lancement officiel. « Union Européenne yééé ! Hoyééé !!! », scandaient les groupes folkloriques déployés sur le site lors de la visite par le Commissaire européen au développement et à l’action humanitaire Andris Piebalgs, du chantier de construction de l’exutoire du lac ouest financé par l’UE.

L’Union européenne, c’est encore elle qui finance des programmes de renforcement de la démocratie, de modernisation de la Justice, de respect des droits de l’Homme, des œuvres inscrites au registre de la mission « civilisatrice » dont elle s’est investie. Il y a donc de quoi l’aduler pour ces actions. Mais les Togolais ont de plus en plus de la peine à croire à cette mission mise en avant depuis longtemps et à la sincérité de cette Union Européenne tant vantée au Togo. D’autant plus que Louis Michel n’est pas à son coup d’essai, c’est un récidiviste notoire ; mais jamais nous n’avons eu échos de quelque réprimande que ce soit de Bruxelles à son encontre, ce qui sonne comme de l’hypocrisie de la part de l’institution européenne. Et ses propos sur l’affaire des députés ANC auront malheureusement pour effets de renforcer le pouvoir en place dans sa position, celle de ne pas les réintégrer à l’Assemblée nationale. Ils sont de plus en plus loin, ces temps où l’UE était intransigeante et jouait au père fouettard à une violation majeure des droits de l’Homme, prenant immédiatement des sanctions. Mais aujourd’hui, ce sont ses fonctionnaires de premier plan mêmes qui adoubent ouvertement les violateurs, pour des bakchichs. Les bonnes mœurs qui caractérisaient l’homme blanc ont donc détalé. Et c’est bien dommage.