Le Blog de Aymard

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Archives Journalières: décembre 2, 2011

Laurent Gbagbo : Un homme, un parcours,…une histoire

« Laurent Gbagbo : Un homme, un parcours,…une histoire » par aymard

Un combat pour la liberté

Laurent Koudou Gbagbo est né le 31 mai 1945 à Mama, près de Gagnoa dans l’ouest de la Côte d’ivoire.

Le 16 juillet 1964, il assiste à l’arrestation de son père, Koudou Paul au motif que ce dernier voulait attaquer le convoi présidentiel avec des flèches empoisonnées. Cette humiliation des premières années d’adolescence a trempé son caractère, a forgé son destin au feu des épreuves et a été pour Laurent Gbagbo une douleur fondatrice.

Pour la lutte, il a interrompu sa carrière universitaire au grade de maître-assistant. Il a soutenu sa thèse de doctorat de 3ème cycle sur « La vie politique en Côte d’Ivoire de 1940 à 1960 », en 1979, à Paris VII. Il avait programmé sa thèse d’Etat pour être soutenue fin 1983 ou début 1984, au plus tard. Mais il est allé en exil. C’est le militantisme syndical qui a conduit Laurent Gbagbo à la politique. Il voulait accéder au pouvoir parce qu’il pensait qu’il avait les atouts pour donner à la Côte d’Ivoire un visage nouveau, celui de la démocratie.

Alors qu’en 1971, Laurent Gbagbo venait d’être arrêté et incarcéré au camp militaire d’Akouedo, sa première épouse Jacqueline Chamois a été expulsée, avec son fils aîné Michel Gbagbo âgé d’un an et six mois. Les motifs de l’expulsion ? Ecoutons le ministre M’Bahia Blé, ministre de la Défense, arrivé à Akouédo pour annoncer la nouvelle : « Monsieur Gbagbo Laurent, votre épouse est une communiste de Lyon. Nous venons de la renvoyer ». Comme si communiste de Lyon était plus dangereux que communiste de Moscou ou de Pékin ! (Laurent Gbagbo, Duparc, p. 15).

Contraint à l’exil le 25 mars 1982, Laurent Gbagbo part en France, laissant seule sa compagne Simone Ehivet qui, en juin 1981, venait d’accoucher de jumelles. En l’absence de son mari et de son apport financier, elle a assumé l’éducation de ses filles en jouant à la fois les rôles de père et de mère. Après le congrès constitutif du FPI les 19 et 20 novembre 1988, Simone Ehivet va coiffer à la fois trois casquettes qui feront d’elle « la femme à abattre » du PDCI et de son chef.

1 – Elle est la Secrétaire générale du SYNARES, c’est-à-dire du syndicat, qui aux yeux du pouvoir conduit la contestation en milieu universitaire.

2 – Elle est également la Secrétaire générale du FPI, parti quasi clandestin créé en vue de prendre le pouvoir d’Etat et l’exercer.

3 – Elle est la compagne de Laurent Gbagbo, unique opposant déclaré au régime du parti unique. ». (Intervention du ministre Tagro au baptême de la promotion 2007-2009 des élèves commissaires et officiers de police avec pour marraine Simone Gbagbo).

Il revient en Côte d’Ivoire en 1988. En février 1992, son épouse Simone, son fils aîné Michel Gbagbo et lui-même ont été arrêtés et mis en prison au cours d’une marche de protestation organisée pour réclamer justice pour les étudiants sauvagement réprimés par les forces de l’ordre, à la Cité universitaire de Yopougon, en 1991. Sa femme fût battue à sang. Elle a été battue jusqu’à ce qu’elle perde connaissance. Dans une conférence de presse, le mardi 18 février 1992, le Premier Ministre d’alors, Alassane Dramane Ouattara prétendait avoir vu Laurent Gbagbo briser les vitres avec un gourdin à la main et incendier des voitures.

En Octobre 2000, il sortit vainqueur des élections organisées par le général Robert Gueï, autoproclamé chef d’Etat suite au coup d’état du 24 décembre 1999. Le peuple, mobilisé, était dans la rue pour s’opposer à la confiscation du pouvoir et au « hold up électoral » que tentait de faire le général Gueï.

Devoir de Mémoire…l’origine des troubles

Dans la nuit du 18 au 19 septembre 2002, alors qu’il était en visite officielle en Italie où il devrait être reçu le 20 septembre 2002 par le Pape Jean-Paul II pour réclamer l’argent du pays placé à la banque du Vatican par Houphouët, un coup d’état est annoncé se produire contre lui. Il prend aussitôt l’avion et rentre à Abidjan où une horde d’assaillants venus du Burkina Faso, du Liberia et d’autres pays de la sous-région était entrée en Côte d’Ivoire dans l’ultime but de faire tomber son régime qui n’aura totalisé qu’à peine deux (02) années de gestion. Le coup d’état échoua puisque les agresseurs avaient sous estimé la capacité de défense de la garde républicaine qui a défendu la souveraineté du pays.

D’après le Dr Gary K. Busch, il y avait à peu près 650 rebelles qui avaient occupé la seconde grande ville, Bouaké. Ces rebelles étaient les recrues de Guei qui n’avaient pas été retenues dans l’armée. Ils avaient peu d’équipements et peu de munitions, car ils s’attendaient à un conflit qui durerait moins de cinq jours. Le président Gbagbo était à Rome pour rencontrer le Pape, et les rebelles, profitant de l’occasion, étaient sûrs qu’ils pouvaient réussir le coup en l’absence du Président. Mais quand l’attaque a été déclenchée, les troupes loyalistes ont répliqué. Elles avaient même réussi à encercler les rebelles en les piégeant dans toute la ville et avaient tué à peu près 320 d’entre eux. Elles s’apprêtaient à lancer l’assaut final sur les 320 rebelles restants quand elles ont été brusquement freinées dans leur élan par le commandant français qui dirigeait les troupes françaises stationnées en Côte d’Ivoire. Ce dernier a demandé 48 heures de cessez-le-feu afin d’évacuer les ressortissants français et les quelques fonctionnaires des Etats-Unis de la ville.

Les troupes loyalistes ont demandé d’attendre qu’elles reprennent d’abord Bouaké des mains des rebelles, mais les Français ont fermement insisté et obtenu le délai de 48 heures. Durant tout ce temps, des soldats français descendaient sur Bouaké à l’aide de parachutes pour prêter main forte aux rebelles. Il était alors devenu impossible pour les loyalistes d’éviter l’affrontement avec les troupes françaises s’ils devaient lancer l’assaut sur les rebelles.

Profitant de ces 48 heures, l’armée française avait commandé trois avions Antonov-12 affrétés qui se trouvaient à Franceville au Gabon. Ceux-ci contenaient tout le nécessaire militaire fourni par la France à partir de l’Afrique Centrale. Des chargements supplémentaires ont été acquis à Durban. Les avions affrétés survolaient la région du Nimba, au Liberia (vers la frontière ivoirienne) et aussi les zones assiégées par les rebelles en Côte d’Ivoire (Bouaké et Korhogo) où ils donnaient un coup de main aux rebelles. Des camions de transport de marchandises déversaient des combattants civils rebelles en provenance du Burkina Faso à destination de Korhogo. Une fois à destination, ces combattants recevaient les équipements que les français avaient fait venir d’Afrique centrale et d’Ukraine.

A partir de ce moment, il y eut 2500 soldats armés du côté des rebelles essentiellement des mercenaires venus du Liberia et de la Sierra Léone, qui étaient aussi embarqués dans les mêmes avions. Ils étaient armés de kalachnikovs et autres armements qui n’avaient jamais fait partie de l’arsenal militaire ivoirien. Par la suite, la France leur a fourni un équipement de communication très sophistiqué. (Dr Gary K. Busch sur ocnus.net le 13 mars 2003).

Après l’échec du coup d’Etat et de sa mutation en rébellion soutenue et organisée par la France, il était devenu impératif pour Paris de faire admettre à tous qu’il n’y avait pas de solutions militaires. Il y eut donc les accords de Linas-Marcoussis où Laurent Gbagbo est invité à négocier avec les agresseurs de la Côte d’Ivoire. Il lui est même demandé de céder une partie de ses pouvoirs à un nouveau Premier ministre dans le cadre de la formation d’un gouvernement d’union nationale ; ce qu’il fît pour promouvoir la paix. Article 3.c de Marcoussis : « Le gouvernement de réconciliation nationale sera dirigé par un Premier ministre de consensus qui restera en place jusqu’à la prochaine élection présidentielle à laquelle il ne pourra se présenter ».

Le 4 février 2003, les Français réussissent (comme ils l’ont fait dernièrement avec la Libye) à obtenir une résolution, par le biais du Conseil de sécurité des Nations-Unies, les autorisant à conduire les opérations pour le maintien de la paix en Côte d’Ivoire, aux côtés des troupes qui devaient être envoyées par la communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Et voilà les troupes françaises à Abidjan pour parachever l’œuvre déstabilisatrice entamée en Septembre 2002.

2004, jour de la « crise des chars » à l’Hôtel Ivoire. 35 chars de l’armée française s’étaient garés devant la résidence du Président Gbagbo. Que voulaient-ils faire ? Nul n’a la réponse. En tout cas, le bouclier humain formé par les jeunes patriotes autour de la résidence était bien expressif du sentiment qui animaient ces jeunes ivoiriens venus défendre leur leader qui pour eux étaient en danger. Pour neuf (09) soldats français qui auraient été tués à Bouaké par l’armée ivoirienne, l’armée française détruit systématiquement tous les aéronefs de l’aviation ivoirienne, boucle l’aéroport international et met les points stratégiques du pays sous contrôle au point où le cortège du Président sud-africain (alors à Abidjan) ait été soumis à certains endroits à des fouilles des militaires français. Aberrant !!!

A l’hôtel ivoire d’Abidjan, des soldats français ont fait un carnage en tirant avec des balles réelles sur une foule de jeunes aux mains nues. Bilan 50 morts et 200 blessés. Pathétique !!!

Et depuis, de négociations en négociations, d’accords en compromissions – Marcoussis 1 et 2, rencontre des Chefs d’Etat » de Kléber, Lomé, Accra, Pretoria, accords de Ouagadougou – la Côte d’Ivoire n’a pu avancer vers la stabilité. Il y eut donc les élections de Novembre 2010 qui devraient apporter la paix dans le cœur des ivoiriens, dans le pays et dans la sous région. Ces élections qui devraient apporter aux ivoiriens, un pays, une administration, une justice, une armée et une police unifiée a débouché sur 2 résultats, 2 présidents, 2 gouvernements autoproclamés ; l’un reconnu par la constitution et l’autre (le candidat de l’étranger) reconnu par la communauté internationale qui se résume à la France et aux Etats-Unis et dans une moindre mesure à leurs laquais sous régionaux.

Pour régler ce problème, le premier proposa le recomptage des voix et le second, tout ergot dressé demanda au premier de quitter le pouvoir au risque de « tomber comme un fruit pourri » (Alassane dans une conférence de presse en Janvier 2011). La solution la plus adéquate était pourtant le recomptage des voix ou alors on procède à la reprise des élections ; les fraudes ayant été légion dans les zones CNO où d’ailleurs les rebelles ont refusé de désarmer avant les élections alors que les accords de Ouagadougou stipulaient clairement le désarmement puis les élections. L’objectif  inavoué de ce refus de désarmement d’avant les élections était alors le renversement du Président Laurent Gbagbo pour  imposer Ouattara quelque ce soit le verdict des urnes.

Nous sommes en février 2011, un fameux commando dit « invisible » s’installa à Abobo où il se mit à harceler les forces de défense ivoirienne. Ce commando « invisible » a infligé de lourdes pertes aux forces de défense ivoiriennes ; des jeunes soldats de l’armée ivoirienne étaient kidnappés et égorgés en pleine journée à Abobo au nom de l’arrivée de Ouattara au pouvoir. Le chef de ce commando, c’est Ibrahim Coulibaly dit IB ; ancien garde du corps des enfants de Ouattara. Il fut mis hors d’état de nuire le 27 avril 2011 par les nouvelles forces de celui pour qui il a pris les armes en 1999, en 2002 et qu’il est revenu aider en 2011, celui qu’il appelait « papa »,  Alassane Ouattara.

Avril 2011 : après des semaines d’intenses bombardements de la résidence présidentielle par la force française Licorne, le Président Laurent Gbagbo fût arrêté et remis aux rebelles venus sur les lieux constater la chose. Sans l’Onuci, ces derniers n’auraient d’ailleurs jamais pu venir à Abidjan car la plupart d’entre eux ont été héliportés de Bouaké à Abidjan, Yamoussokro et consorts ; on ne fait pas 100 km en quelques heures alors que les forces de défense ivoirienne tenaient encore bon leurs positions dans le centre du pays.

Mai 2011 : Investiture de Ouattara lors d’une cérémonie théâtrale. Investi sur 3.000 morts comme sous préfet puisque depuis lors, il ne reçoit des ordres que de l’Elysée qui pour lui faciliter la tâche compte tenu de sa silhouette nonchalante qui supporte difficilement ses 20 années d’atrocités et de crimes, a décidé de lui coopter des conseillers français ; au moins ça fera quelques chômeurs de moins en France.

Novembre 2011 : Transfert de Laurent Gbagbo à la CPI

Comme il fallait s’y attendre, dans la nuit du 29 au 30 novembre, Laurent Gbagbo est envoyé à la CPI parcequ’accusé de crimes contre l’humanité commis lors des violences post-électorales de 2010-2011 alors qu’il est celui là même qui a demandé aux forces de défense ivoiriennes qui ripostaient aux attaques de la force française Licorne sur sa résidence et aux rebelles dans Abidjan, de ne plus livrer bataille pour ne pas se faire tuer inutilement par les rebelles et les soldats français de la Licorne qui tiraient sans vergogne sur les jeunes soldats de l’armée ivoirienne. Pour certains pyromanes qui chantent sur tous les toits « réconciliation, réconciliation », c’est une affaire de gros muscles. Elle vient carrément d’être mise sur béquilles. L’histoire est têtue et ces rancœurs ne se tairont guère.

Qui de Ouattara ou de Gbagbo devrait aller à la CPI ?

La crise post-électorale a fait 3.000 morts. Qui en porte la responsabilité ? Pourquoi a-t-il eu crise post-électorale ? Et pourquoi avoir limité la saisine de la Cour pénale internationale aux seuls crimes post électoraux ? Même limitée aux seuls crimes post électoraux, Ouattara, Soro et compagnie ne peuvent être épargnés.

Nous ne serions peut-être pas ici à conjecturer si Ouattara avait laissé Gbagbo finir tranquillement son mandat entamé le 26 Octobre 2000 au lieu de lui pourrir et de pourrir la vie aux ivoiriens par ces coups d’état répétés. Alors que les rebelles de Ouattara dans leur progression sur la capitale ont commis des exactions des plus atroces, leur mentor les a promus. Qui général, qui commandant, qui garde du corps, etc…

La plus spectaculaire de ces exactions et crimes contre l’humanité est l’exemple de Duékoué (1.200 morts). Heureusement que Gbagbo n’était pas à Duékoué sinon on le lui aurait imputé.

Il y a aussi l’exemple du Ministre Tagro, lâchement défiguré puis assassiné par les hommes de Ouattara le 11 avril 2011. Ocampo a décidé de voir ce qui arrangeait ses maîtres et lui. La guerre civile dans un pays ne dépend pas du pouvoir, elle dépend de l’opposition. C’est l’opposition qui est républicaine ou pas. Alassane dans l’opposition, c’est la guerre.

Alpha Blondy, avant qu’il ne change sa veste en 2011 le disait d’ailleurs abondamment.

Alpha Blondy à Notre voie en 2009 : « Je signe et je persiste qu’Alassane Ouattara est à l’origine du coup d’Etat de 1999 qui a entraîné la guerre. Il est à l’origine de tous les problèmes que nous vivons aujourd’hui. Depuis qu’il est venu dans ce pays, nous avons rompu avec la tranquillité et la sérénité… M. Ouattara est largement le commanditaire de la rébellion, you know… Ce que Koné Zakaria (un des chefs rebelles, ndlr) dit est clair – je comprends bien le malinké. Il a dit : «Nous avons pris les armes, pas pour IB, mais pour Alassane Ouattara». Et que c’est lui qui leur envoyait 25 millions de FCFA par mois… Dans la crise ivoirienne, M. Gbagbo, Bédié, Guéi, Soro et Wattao ne sont que des asticots. Et la mort, c’est M. Alassane Ouattara. ».

Avec Laurent Gbagbo dans l’opposition, la Côte d’Ivoire a connu 30 ans d’opposition, 30 ans de paix, 30 ans de vie politique sans prendre les armes. Il demeure que le Président Laurent Gbagbo connaît un cycle de souffrances tous les 10 ans : 1972 (internement dans les camps militaires d’Akouédo, de Séguéla, de Daloa et de l’Ecole des Forces Armées de Bouaké), 1982 (le complot des enseignants bété), 1992 (arrestation suivie de l’emprisonnement), 2002 (guerre suivie d’une crise multiple et multiforme), 2012 ??? La CPI le condamnera peut-être pour avoir défendu vaille que vaille son régime contre une agression néocoloniale. Les criminels, c’est ceux qui se défendent et les agresseurs, eux sont célébrés.

Pour ceux qui ne l’avaient pas reçu, je mets en ligne le document « Massacre de Côte d’Ivoire » afin qu’ils puissent mesurer l’ampleur de l’œuvre de destruction entreprise à Duékoué. Si la CPI était sérieuse, elle se serait occupée du cas Ouattara en premier lieu.

Télécharger MASSACRE EN CÔTE D’IVOIRE

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Michel Gbagbo : « je n’ai pas connu mon père comme je l’aurais souhaité »

Je vous propose l’une des rares interviews de Michel Gbagbo – puisqu’il ne parle presque jamais – arrêté le 11 Avril 2011 aux côtés de son père dans la résidence présidentielle et torturé par les hommes de Ouattara.

Fils du président Laurent Gbagbo, Michel Gbagbo a accordé en Juin 2010 une interview à Gbich !, le journal d’humour et de BD ivoirien.

Gbich : Comment dois-je te présenter ? Michel Gbagbo, le fils du PR… ou Michel Gbagbo tout court ?

Michel Gbagbo : Bonjour à toi et aux lecteurs de Gbich !… je suis Michel Gbagbo et je suis le fils du PR… Donc, tu fais comme tu veux, car il s’agit de la même personne.

Gbich : N’empêche que ce nom t’ouvre des portes ?

Michel Gbagbo : ça peut aussi me les fermer hein… C’est donc à double tranchant. C’est vrai que quand Michel Gbagbo appelle pour demander un RDV, que ce soit dans l’administration civile ou militaire, ou même dans l’entourage du PR, les gens ont tendance à lui donner le RDC vite.

Gbich : Que fais-tu exactement dans la vie ?

Michel Gbagbo : Je suis Directeur de la Communication et de la formation au Comité National de Pilotage du Redéploiement de l’Administration (CNPRA). C’est une structure interministérielle chapeautée par le Premier Ministre Soro qui est lui-même assisté par le ministre de l’intérieur et celui de la fonction publique. J’enseigne également à l’UFR de criminologie à l’Université de Cocody où je suis assistant en psychologie.

Gbich : Tu es un refondateur alors ?

Michel Gbagbo : Ce mot a tellement été galvaudé aujourd’hui que je prends mes distances avec ça.

La refondation c’est l’essence du programme de gouvernement proposé par le FPI. Mais, la guerre n’a pas permis sa mise en œuvre totale. Alors, vu les difficultés du pays, nos adversaires ont galvaudé ce terme « Refondateur » pour donner l’image du monsieur qui détourne l’argent, qui a de nombreuses 4×4 et beaucoup de maîtresses etc. ce qui n’est pas du tout l’image du FPI.

Gbich : C’est quoi ton parcours ?

Michel Gbagbo : J’ai eu le Bac au Lycée Technique d’Abidjan en 1990 et mon nom ayant mystérieusement disparu de tous les fichiers, je n’ai pas été orienté. Or, à l’époque une loi interdisait aux bacheliers non orientés de s’inscrire à l’Université. Et mes parents n’ayant pas les moyens, je me suis quand même débrouillé pour m’inscrire avec mon passeport français. J’ai dû payer 100.000F et en 2e année il y a eu les évènements de 92 qui m’ont conduit en prison. A ma sortie, la vie a continué et quand j’ai eu le DEA, je n’ai pu m’inscrire parce que la hiérarchie de l’Université a refusé.

Quand j’ai senti toutes ces barrières, je suis allé travailler en France. Revenu au pays, j’ai intégré le cabinet d’un parent et j’ai enseigné la géographie économique au CBCG de Cocody. Par la suite, avec des amis, j’ai ouvert un cabinet de formation et de conseil en communication. Aujourd’hui j’ai arrêté mes activités privées pour me réinscrire à l’Université où j’ai soutenu ma thèse. Et là, comme il n’y avait plus d’obstacles, j’ai pu intégrer l’Université.

Gbich : Quel genre de père était le P.R, dans ton enfance ?

Michel Gbagbo : Mon enfance s’est essentiellement passée loin de mes parents car, ils étaient séparés et lui n’avait pas le temps. Donc, j’avoue que je ne l’ai pas connu comme je l’aurais souhaité. Mais c’est un père très attentionné, qui en même temps nous a donné une certaine éducation. Un jour par exemple, on mangeait à table et ma cuillère est tombée sur la nappe. Mon père s’est levé et a ramassé les miettes sur la nappe pour les manger en me disant : « Mon petit, avec tout ce qui est tombé sur la nappe, on peut remplir une assiette… car il y a des gens qui n’ont rien à manger ». A la maison, les plats que nous n’aimions pas, il exigeait qu’ion nous les fasse jusqu’à ce qu’on finisse par les aimer. Car, dit-il un garçon doit tout manger et ne jamais avoir de totem.

Gbich : ES-tu un fils à papa ?

Michel Gbagbo : Même si je suis le fils d’un papa Chef de l’Etat, je ne me considère pas un fils à papa. Bien vrai que j’ai des avantages matériels : voiture, carburant, maison etc.

Mais j’ai acquis des choses moi-même par mon expérience professionnelle et par mon travail. Je le dis souvent à mes amis, quelle que soit la personne qui sera président, on ne peut pas m’arracher ce que je sais faire : Mon goût pour la littérature, mes diplômes, mon métier, mes connaissances etc. ce sont là des choses qui n’ont rien à voir avec la fonction du père. C’est vrai dans la vie, parfois on évolue par quelqu’un, alors je ne vais pas me plaindre d’avoir un papa président.

Gbich : Quand je dis Joseph Désiré Kabila, Faure Eyadéma, Ali Bongo…etc. à quoi penses-tu ?

Michel Gbagbo : Ce ne sont pas forcément des chemins tracés, parfois c’est le destin. Donc ils essaient de gérer la situation. Et puis, chaque pays a ses réalités. Moi me concernant, je ne serais surtout pas comme eux. Car mon principe est le suivant : « un seul par famille et par siècle c’est suffisant ». la pays regorge de beaucoup d’ivoiriens capables de diriger ce pays là plus tard. Nous les enfants de la famille du PR actuel, je pense que nous sommes un peu comme ceux des familles Houphouët et Bédié. C’est-à-dire qu’on ne court pas pour devenir Président de la République.

Gbich : Les ivoiriens connaissent très peu Mme ta mère, qui est aussi une 1ère dame ?

Michel Gbagbo : Tu parles de ma mère biologique ? C’était en effet, la première épouse légitime de l’actuel président. Mais, tu sais, je n’aime pas trop aborder ce sujet, car chaque personne a peut-être besoin qu’on ne parle pas de sa vie privée et l’expose dans les journaux. Et puis, es-ce important pour les ivoiriens de savoir qu’elle était la première femme de Gbagbo, il y a 40 ans ? Je pense que non, car ils ont d’autres soucis.

Gbich : Ta mère est étrangère, alors tu es un « ou »

Michel Gbagbo : C’est tout à fait juste. Je suis en effet, ce qu’on appelle un « ou » 100% et je l’assume. Je suis ivoirien et français. je ne suis pas Franco-Ivoirien ni Ivoiro-Français, je suis Ivoirien et Français. Mais comme de toute façon à titre privé, je n’envisage aucunement devenir Président de la République, le problème ne se pose pas à mon niveau.

Gbich : Quels sont tes rapports avec la 1ère Dame, Simone Gbagbo ?

Michel Gbagbo : Ce sont les rapports d’une mère et d’un fils, sauf qu’ici il s’agit de la Première Dame qui elle aussi est comme son mari. Car elle respire politique, elle vit politique, elle mange politique, elle dort politique etc. C’est une famille de politiques. Mais comme je l’ai dit, ça ne nous empêche pas de vivre une vie de famille. Même si on sait que c’est très souvent la politique qui prime dans nos causeries.

Gbich : Comment vit-on sa vie de fils de Président ?

Michel Gbagbo : On vit en tenant compte de beaucoup de choses. Il y a le protocole qui est nécessaire pour mettre de l’ordre comme dans toute organisation. Même chez vous à Gbich ! Vous n’arrivez pas au travail en maillot de bain ? Alors que c’est possible si je te trouve chez toi à la maison. Il s’agit là de repères moraux. Car l’objectif c’est d’abord de ne pas ternir l’image du PR, en suite de ne pas interférer dans les affaires de la République et enfin et surtout de ne jamais profiter de sa situation pour s’enrichir. Parceque être le fils du Président, ce n’est pas une fonction ; c’est un accident de l’histoire, un hasard biologique. Voilà donc, les trois (03) repères moraux qui viennent de notre éducation et qu’on s’impose de respecter. Maintenant, en dehors de ça, rien ne m’empêche d’aller à la plage avec mon épouse, au restaurant etc. Je mène vraiment une vie normale.

Gbich : On ne te voit pas en boite, avec grosses cylindrées, nanas etc. comme les enfants de Président ?

Michel Gbagbo : Ce n’est pas mon genre… mais n’oublie pas que je suis fonctionnaire et tu as vu mon véhicule de fonction (une 307). Maintenant si le fils du PR est aussi PDG d’une multinationale, pourquoi ne peut-il pas rouler dans une grosse cylindrée digne de son rang ? Cela ne veut pas dire qu’il fait le malin… mais il travaille, et ça, à chaque fois qu’il va s’amuser, les gens vont se plaindre. Mais n’a-t-il pas droit à s’amuser aussi ? Bon comme moi, je vis une vie normale de fonctionnaire, avec maa voiture de service, y a pas de soucis et je ne jugerai pas les autres. Chacun a son éducation et à l’image qu’il veut donner.

Gbich : Tu es un homme d’affaires ? C’est ton père qui t’a financé ?

Michel Gbagbo : Tu me vois ici, es-ce que je suis un homme d’affaires ? Si je l’étais, j’allais en être fier et je n’allais pas le cacher puisque c’est un travail valorisant. Mais, je ne le suis pas ;  je suis fonctionnaire. Moi ma passion ce n’est pas l’argent, ni les biens matériels… ce qui me passionne, c’est plutôt la solidarité et le travail, car pour moi aimer Dieu c’est travailler.

Gbich : Tu es marié et père de famille… alors, pour ou contre la polygamie ?

Michel Gbagbo : Je suis marié… je vis avec ma femme depuis 17 ans et nous avons 03 enfants. Dans nos traditions, la polygamie a toujours existé et c’est culturel. L aloi actuelle montre ses limites dans son application et ça fait que dans toutes les couches sociales, politiques affaires, agricoles etc. on voit des gens bafouer allègrement la loi et personne n’en dit rien. Mais je pense qu’une chose est grandement et ouvertement pratiquée qu’elle est une bonne chose ? Il faut un vrai débat pour parler de ce sujet.

Gbich : Pourquoi les Ivoiriens devraient voter Gbagbo ?

Michel Gbagbo : C’est le seul qui peut gérer ce pays pendant et après la crise. Il a maintenu l’Etat debout. Tu sais, dans les pays en guerre, la surpuissance des organismes internationaux s’explique par le fait que l’Etat a disparu. Or, ici, l’Etat n’a pas disparu et a même réussi à remplir ses fonctions. Sans rancune, le PR a réussi à dialoguer avec la rébellion. Cela est fondamental, car aujourd’hui le PR a fait que les rebelles et l’opposition sont considérés comme un élément de la solution. Or, on se souvient que dans ses premiers discours au début de la crise, ceux-là étaient vus comme des éléments à écarter et à éliminer pour avancer. Il a su développer chez nous une certaine conscience nationale sans laquelle aucun développement n’est possible. Quelqu’un qui a fait tout ça dans un pays en guerre, on imagine ce qu’il va faire dans un pays en paix.

Gbich : Parles-tu le Bété ?

Michel Gbagbo : Malheureusement non… juste quelques mots ! Quand j’étais petit, ça allait ; puisque je faisais mes 03 mois de vacances au village. Mais avec l’exil et mon départ en France, j’ai tout perdu. Il me reste juste quelques mots, mais je ne peux plus parler. J’avouer que je suis déraciné.

Interview réalisé par Bléhiri Serge-Alex

Paru dans GBICH ! N° 556 du 18 au 24 juin 2010

De Laurent Gbagbo, du droit international et de la CPI…

Si Les voies du seigneur sont impénétrables, celles de la justice pénale internationale s’apparentent à une autoroute à sens unique, reliant l’Afrique à la cour pénale de la Haye. Cette voie rapide, balisée par les puissances occidentales, Laurent Gbagbo l’a emprunté le Mardi 29 Novembre. Par voie aérienne en direction de l’aéroport de Rotterdam, à bord d’un avion “gracieusement” affrété par l’armée française, puis par voie terrestre en direction de la prison de Scheveningen.

Les mains propres…

Alassane Ouattara, le Ponce Pilate ivoirien, n’aura pas besoin de se laver les mains, le sale boulot aura été abattu par Guillaume Soro​, mais surtout par l’ami Nicolas Sarkozy​. Un homme attentionné ayant poussé la délicatesse jusqu’à déloger l’ancien chef d’état ivoirien de sa résidence abidjanaise avant de lui offrir un billet d’avion gratuit pour les Pays-Bas. L’épilogue de la crise née à la suite de la contestation des résultats du second tour de l’élection ivoirienne était prévisible et attendu. Dans un ordre juridique international où force fait droit, le transfèrement de Laurent Gbagbo vers la CPI n’était qu’une question de temps d’autant plus que le nouveau contremaitre ivoirien, le préfet-sident Alassane Ouattara​ n’a jamais brillé par sa finesse politique. Alors que les bandits en babouches du CNT, amis du comique troupier BHL, ont tenu à juger le fils Kadhafi eux-mêmes, le chef d’état ivoirien a préféré se débarrasser de l’homme ayant rassemblé il y a un an, la moitié des suffrages ivoiriens, cela deux semaines avant la tenue d’élections législatives qui seront , sans doute aucun, transparentes et démocratiques…

Temps long et perspectives…

Le renvoi de l’ex-président ivoirien dans le box des accusés de la CPI est à analyser non pas à travers le prisme de la politique interne ivoirienne mais l’aune des enjeux géopolitiques internationaux. Cette nouvelle donne ayant consacré une France bras armé des Etats-Unis en Afrique, ayant procédé, au nom de la fameuse « Communauté internationale », à la mise à jour partielle du partage berlinois de 1885. En effet il faut se replacer dans un temps long et adopter une perspective plus large pour contextualiser et redonner tout son sens à la mascarade judiciaire qui va nous être servie par la CPI. Il est également nécessaire de s’écarter de la dialectique imposée par les médias de masse occidentaux en général , français en particulier, qui ont transformé une situation politique interne complexe, modelée par la réalité souterraine des rapports de force internationaux en affrontement binaire et manichéen entre le méchant Laurent Gbagbo, «l’africain», et le gentil, car presque blanc, Alassane «voyez ma femme » Ouattara.

Il faut comprendre l’absence d’objectivité des médias français comme la manifestation involontaire des forces invisibles (non mystiques ou occultes mais œuvrant à l’abri du regard du public) qui permettent à la France et ses entreprises de maintenir une présence intéressée et spoliatrice sur le sol africain.

Par ailleurs, cette présence subie à contrecœur par les dirigeants africains ne peut être l’objet de contestation. La situation économique catastrophique du bloc occidental impose de facto la mise au pas des récalcitrants. Laurent Gbagbo qui s’était manifesté à l’ancien maitre par son insolence et une relative liberté de ton ne pouvait qu’être écarté du pouvoir. Sa volonté de ne pas respecter le diktat élyséen amenât Sarkozy à personnaliser l’affrontement. Dès lors son sort était scellé et le châtiment à venir, exemplaire. Au grand dam d’Alassane Ouattara, une sortie à la Kadhafi lui sera épargnée. Il sera à la place, exposé telle une bête de foire, dans le box d’une cour internationale, émanation d’une justice qui loin d’être aveugle est totalement instrumentalisée.

La sélection naturelle…

Alors que les plus grands criminels internationaux se recrutent majoritairement dans les pays occidentaux : M. Kissinger responsable des bombardements des populations civiles au Laos et au Cambodge, de l’installation de Pinochet et du renversement d’Allende , de la tentative d’assassinat de Mgr Makarios à Chypre entre autre méfaits, messieurs Bush, Cheney et Rumsfeld responsables au bas mot de la mort de 655 000 civils irakiens au cours de la fameuse seconde guerre d’Irak, d’un coup d’état lamentablement manqué en 2002 contre Hugo Chavez, messieurs Obama, Cameron et Sarkozy responsables de la guerre en Libye, ayant coutée la vie à plusieurs dizaines de milliers de civils libyens, Laurent Gbagbo se voit attrait devant la CPI pour les 3000 morts du conflit post-électoral ivoirien. Est-il manquer de respect aux victimes de ce conflit, attisé délibérément par la France et la «Communauté internationale» (refus du recomptage des bulletins de vote au profit d’un bain de sang), que de dire que la qualification de crime contre l’humanité chantée à tue-tête par les thuriféraires de l’ordre juridique international, ne repose sur rien d’autres que des hypothèses non vérifiées et une distorsion de la réalité ?

Honneur à l’Afrique…

Le rapport sur le massacre de Duékué, imputable aux brigands armés ouattaristes (soutenus par une France qui ne peut s’empêcher d’être partie liée aux génocidaires et criminels de tout poil opérant sur le sol africain…), rédigé par l’organisation humanitaire pourtant partisane Human Right Watch, dressait pour ce seul méfait une fourchette de 800 à 1500 civils tués. Alassane Ouattara, autorité suprême de cette soldatesque devrait, selon les règles élémentaires de l’algèbre se trouver aux cotés de Laurent Gbagbo, s’il était réellement question de rendre justice.

Il n’est pas question de deux poids deux mesures, car l’on serait encore dans le cadre d’une justice respectant des règles vérifiables car quantifiables. Non il s’agit d’une justice folle et opportuniste, contextuelle et arbitraire, que Clausewitz aurait pu qualifier de poursuite de la politique par d’autres moyens. Le chef d’état africain était déjà réputé pour sa valeur bon marché sur le plan politique : il ne coutait pas grand-chose de le porter au pouvoir et une fois installé, il n’était pas onéreux de le soudoyer. Il est aujourd’hui de notoriété public qu’il est facilement transférable devant la CPI, et est le seul type de chef d’état qu’on y juge. La CPI devrait penser à s’installer en Afrique, elle réduirait ses frais et n’ayant vocation à juger que les récalcitrants continentaux elle prendrait toute sa dimension…

Un avenir en pointillé…

Jean Ping avait gesticulé il y a quelques mois, menaçant les européens qui financent l’organisation qu’il représente, l’UA, de créer une juridiction pénale propre à l’Afrique. Force est de constater qu’il s’agissait de paroles en l’air qui ne pouvaient être suivies d’effet. L’Afrique et les africains s’apprêtent à boire une pleine coupe de potion amère lors de la tenue des audiences à venir. L’humiliation de la capture de Laurent Gbagbo par les troupes françaises, maquillée en victoire de l’armée d’Alassane Ouattara, ne sera rien face à la mise en scène racoleuse à venir.

La vérité nue et froide s’impose aux peuples africains aujourd’hui et plus que jamais, la liberté et l’indépendance n’ont toujours pas trouvé le chemin devant les mener au continent noir. La configuration des rapports de force, et les affrontements bloc à bloc à venir, incitent au pessimisme. L’Occident et plus particulièrement les Etats-Unis sur le déclin, vont chercher à garantir leurs positions et leurs intérêts, notamment en Afrique où la lutte avec la Chine fera deux victimes déjà désignées : l’Afrique et ses populations.

Le plan américain de recolonisation de l’Afrique, ébauché avec l’AFRICOM, a pris forme avec le renversement de Laurent Gbagbo et l’assassinat de Mouammar Kadhafi. Dans la foulée, le prix Nobel de la guerre, Barack Obama a annoncé le 14 octobre dernier l’envoi de troupes spéciales en Ouganda. Bien évidemment les raisons invoquées pour justifier le déploiement d’hommes et l’acheminement de drones, afin de lutter contre une LRA* qui ne compte que 400 hommes, sont d’ordre humanitaire.

Ce mensonge peu discuté dans les grands médias n’est qu’une étape qui verra le déploiement de troupes américaines en RDC et au Sud-Soudan. La lutte avec la Chine promettant d’être rude, il est impératif pour l’Oncle Sam de disposer de forces sur places. A terme les Etats-Unis prévoient d’installer plus de 120 000 hommes en Afrique, pour lutter disent-ils, contre le terrorisme…

La force ne fait ni droit ni justice…

Le contexte international indique que l’Afrique sera, pour les décennies à venir, le continent-trophée que se disputeront occidentaux et chinois. L’Afrique récoltera mécaniquement ce qu’elle sème aujourd’hui, notamment les effets secondaires du lâchage en règle de Laurent Gbagbo par ses pairs africains. Aux yeux de l’Occident, il ne s’agit aucunement de justice, mais de l’imposition d’un rapport de force et d’une mise en garde. Au-delà de la tragédie personnelle pour Laurent Gbagbo et ses proches, au-delà des troubles inter-ivoiriens que risque de déclencher cette forfaiture, c’est une certaine image de l’Afrique qui se dessine en creux. Celle d’une Afrique inféodé aux multinationales occidentales, sous tutelle et qui fait peu de cas de sa fierté. Les dégâts causés par cette énième humiliation dans l’inconscient collectif africain, ne se mesureront qu’avec le temps, mais une chose est certaine, il n’y a pas matière à se réjouir pour l’Afrique. Il faut ici le répéter, il ne s’agit pas de justice, mais de rapports de force internationaux.

Il faudrait être tombé bien bas pour reconnaitre à l’Occident la moindre parcelle d’une légitimité lui permettant d’assurer le respect de la justice et des droits humains, lui qui sait si bien les bafouer lorsqu’il est question de sa survie et de la défense ses intérêts…

Ahouansou Séyivé

Ancien militant du Parti socialiste français

Animateur du blog (Alternatives et Cohérence)

*LRA : Lord’s Resistance Army

Comment la spoliation de l’Afrique a causé le déclin de l’occident

En 22 mois, les pays de l’Union Européenne qui utilisent l’Euro ont fait 17 rencontres au sommet pour sauver la monnaie unique, l’Euro, sans y parvenir. On s’attendrait naturellement que le magot de la longue spoliation de l’Afrique par l’Occident lui permette aujourd’hui de payer ses dettes et de se mettre hors de portée des spéculations boursières. Il n’en est rien.

Il est incontestable que la déportation des Noirs d’Afrique pour aller travailler comme esclavages en Europe et en Amérique a beaucoup aidé pour l’édification de la structure économique de l’occident. Et c’est là le paradoxe.  Parce que c’est aussi cette pratique qui a contribué à miner et fragiliser son envol industriel. Si l’occident s’était développé sans recourir à cette main d’œuvre gratuite elle serait plus forte aujourd’hui. C’est justement cette pratique qui l’a fragilisé, surtout lorsqu’on sait qu’elle n’en avait pas besoin.

Avec ou sans les esclaves venus d’Afrique, les Etats-Unis d’Amérique se seraient développés de la même manière. Avec ou sans esclaves africains, l’Europe se serait développée de la même manière et peut-être même plus. Elle se serait passée du Cacao, du café etc… mais le fait de se passer d’une tablette de chocolat ou d’une tasse de café ne change rien sur le devenir d’une civilisation.

Le père de la science économique moderne, l’Ecossais  Adam Smith écrivait que « l’expérience de tous les temps et de tous les pays s’accorde, pour démontrer que l’ouvrage fait par des mains libres revient définitivement à meilleur compte que celui qui est fait par des esclaves. »

Il disait ainsi qu’au-delà de l’immoralité de l’esclavage, il y trouvait aussi une stupidité économique. En effet, à bien y regarder, on peut dire avec précision que l’esclavage et la colonisation ont fragilisé économiquement l’occident plutôt que le rendre fort ; le recours à une position de rente a faussé les règles de jeu du marché parce qu’il y avait un acteur (l’occident) qui est arrivé déjà avantagé puisqu’il pouvait recourir à une main d’œuvre gratuite.

L’esclavage et la colonisation des Africains a affaibli l’Occident

Imaginez d’avoir dans votre château, 20 employés de maison pour assurer le jardinage, la cuisine, le pressing, la vaisselle, la propreté des locaux, le repassage etc… et tout cela gratuitement, sans que vous payiez le moindre centime. Grâce à ces esclaves, vous aurez un très haut niveau de vie, mais qui au fond n’est qu’artificiel, parce qu’il vient du fait que ces esclaves ne sont pas en mesure de se rebeller et de revendiquer leurs droits, leur paie pour les services qu’ils vous rendent.

Le jour où, ils commenceront à fréquenter les voisins, à communiquer avec d’autres semblables, ils prendront conscience de leur état et lorsqu’ils auront la force et le courage de mettre fin à cet état de subordination, pour maintenir le même niveau de vie, vous serez obligé d’emprunter de l’argent pour payer les esclaves d’hier et le processus de surendettement et donc de faillite est enclenché. C’est la situation de l’Europe aujourd’hui et qui vient en partie aussi d’Afrique, au fur et à mesure que l’Afrique se libère grâce surtout aux immenses investissements des capitaux chinois, qui permettent aux Africains de prendre conscience de l’ampleur des conséquences même mentales de leur esclavage passé et présent qu’ils ont subi.

Il y a eu certes cette longue avance technologique de l’Occident sur toute la planète, avance purement virtuelle ne reposant sur aucun fondement concret solide. Et comme on pouvait s’y attendre, cette position de rente, c’est-à-dire d’avantage non mérité, a poussé leurs bénéficiaires à dormir sur leurs lauriers, convaincus que le monde était immuable, statique. Ils étaient convaincus que l’Asie serait toujours comme ils l’ont défini eux-mêmes, que ce soit la Chine ou l’Inde, un « géant endormi », que l’Afrique resterait pour toujours uniquement un réservoir de matières premières.

Grave erreur de calcul, puisque toutes les autres régions du monde qui ont été victimes de ce marché truqué d’avance par le premier arrivé, ont eu une double rage pour rivaliser en imagination afin de corriger cette distorsion. Et lorsqu’ils y parviennent, ils sont mis sur une rampe de lancement que rien ne semble arrêter.

Et c’est ce qui justifie qu’ils se développent plus vite, sur des bases plus solides que le premier arrivé qui, habitué à ne tenir debout que grâce aux artifices, est balayé très vite au premier vent contraire.  C’est ce qui explique que c’est l’économie occidentale qui a été minée depuis l’origine et pour 400 ans d’une rente qui ayant trop duré lui a fait bâtir sa fortune sur une sorte de sable mouvant. Et au premier vrai vent venu d’Asie en attendant celui qui arrivera d’Amérique du Sud et d’Afrique, c’est tout l’édifice qui est en train de basculer.

Conclusion :

L’esclavage et la colonisation de l’Afrique ont été incontestablement des éléments perturbateurs dans la vision que les occidentaux se font du monde. Ces deux faits graves ont été comme une lentille déformante qui ont privé presque tout l’occident de la  perception réelle d’un monde qui était en train de changer autour d’eux, à leur insu. Pour l’histoire, les pays Européens qui avaient bénéficié du Plan Marshall du président Américain Truman en 1948, consistant en un prêt de 100 milliards de dollars américains, n’ont jamais pu rembourser que 20 milliards, c’est-à-dire 20% seulement.

Jean-Paul Pougala

pougala@gmail.com 

www.pougala.org

(*) Jean-Paul Pougala est un Ecrivain Camerounais, Directeur de l’Institut d’Etudes Géostratégique et Professeur de Sociologie et Géopolitique à la Geneva School of Diplomacy de Genève en Suisse.

Mamadou Koulibaly : Pourquoi une nouvelle monnaie s’impose à la zone UEMOA

L’idée de la création d’une monnaie indépendante, sans lien avec le passé colonial est plus que d’actualité avec la récession économique sur le continent. Dans cet entretien datant de janvier 2008, le Pr Mamadou Koulibaly, économiste explique pourquoi une nouvelle monnaie s’impose à la zone UEMOA.

Mamadou Koulibaly, président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire et professeur d’économie, fait la lumière sur les dégâts causés dans les Etats membres de la zone franc en raison de l’indexation de leur monnaie sur le franc français, aujourd’hui, sur l’euro.

Dans cet entretien réalisé par Ruth Tete et Soh Tadhieu pour le magazine « New African », Mamadou Koulibaly ne mâche pas ses mots et appelle à la création d’une monnaie indépendante, sans lien avec le passé colonial.

Pourriez-vous expliquer à nos lecteurs quels sont les principaux mécanismes de la zone Franc ?

La zone du franc CFA est une union de coopération monétaire dont les leviers de contrôle se situent à Paris où priment les intérêts de la France. Les États satellites, membres de cette zone, sont des pays d’Afrique occidentale et centrale. La logique qui sous-tend le fonctionnement de cette zone rappelle la manière dont les Etats de l’Europe de l’Est étaient liés à l’ex-Union soviétique par le biais du Pacte de Varsovie à l`époque de la Guerre froide.

Les principes de la coopération monétaire entre la France et les Etats membres de la zone franc ont été énoncés dès les années 1960 dans le cadre d’un pacte colonial. Ce pacte a été modifié par la convention de coopération monétaire du 23 novembre 1972 entre les Etats membres de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC) et la France d’une part, et par l’accord de coopération du 4 décembre 1973 entre les pays membres de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA) et la République française d’autre part. Juste avant que la France n’accède aux demandes d’indépendance des pays africains dans les années 1960, elle a obligé ces Etats à placer 65% de leurs réserves de change sur un compte du Trésor français, après avoir défini un taux de change fixe du franc CFA. Bien que la gestion de cette monnaie ait été confiée à des banques centrales communes [BEAC et BCEAO, ndlr], ces banques n’ont d’africain que le nom. En réalité, elles n’ont aucun pouvoir et ne sont rien de plus que de gigantesques institutions bureaucratiques qui ne décident pas des politiques monétaires. Elles sont là pour faire croire aux pays de la zone franc qu’ils sont maîtres de leur destinée. Les pays de la zone franc continuent de perpétuer un système mis en place par l’ancien bourreau colonial.

Comment décririez-vous la situation financière des pays de la zone franc depuis qu’ils font partie de cette union monétaire ?

La zone franc a engendré un long débat. D’une manière générale, il ne faut pas oublier que cette union a apporté à la France d’immenses avantages en termes de marchés pour ses biens et services. La situation monétaire des pays de la zone franc est une longue histoire de secrets jalousement gardés par la France, dont la seule préoccupation est de préserver ses intérêts. Par exemple, les réserves de change des Etats de la zone franc sont placées sur un compte commun du Trésor français, mais aucun pays africain n’est capable de dire quelle partie de cet argent durement gagné lui appartient. Seule la France a le privilège d’accéder à ces informations. Et pourtant ces fonds, placés sur des « comptes d’opérations », génèrent des intérêts chaque fois que leur montant est supérieur aux besoins d’importation des pays africains concernés. Ces comptes d’opérations, en vertu des accords de coopération monétaires signés par la France et les pays de la zone franc, sont en théorie assortis du principe de découvert illimité. Cependant, les autorités françaises ont inclus, dans les statuts des banques centrales africaines, des mesures, parfois préventives, destinées à éviter que les comptes d’opérations deviennent constamment débiteurs. Les opérations liées au franc CFA sont secrètes et seul le Trésor français connaît le montant des fonds appartenant aux pays de la zone franc placés sur les comptes d’opérations. Seul le Trésor français peut indiquer le niveau de rémunération ainsi que les frais de gestion de compte. Le système est donc opaque et autoritaire.

Les économies de la zone franc sont très vulnérables. Les effets provoqués par le mécanisme de fonctionnement du franc CFA sont asymétriques. Les pays les plus dépensiers de la zone franc peuvent utiliser les réserves de change des pays qui ont une gestion plus prudente. De fait, l’Unité monétaire profite aux pays les plus riches et encourage l’exploitation des pays les plus pauvres. L’existence d’un système monétaire stable et unifié n’a pas conduit à l’émergence d’un système bancaire et financier efficace dans les pays africains de la zone franc. Sur les 107 banques que comptent ces pays, 42 avaient fait faillite en 1990.

Les réseaux bancaires, qui se sont constitués par la suite, dépendent fortement des banques françaises. La France encourage les pays de la zone franc à vivre largement au-dessus de leurs moyens. Quelle différence y a-t-il entre le Gabon dont les réserves de change sont placées en France et le Ghana, qui possède sa propre monnaie ? Ou entre le Cameroun et le Kenya ? Le Bénin et la Tunisie ? Ces questions suscitent des questions légitimes sur le bien-fondé de la zone franc.

La zone franc existe depuis plus de soixante ans. Comment expliquez-vous qu’elle perdure malgré les effets négatifs qu’elle continue de produire dans les pays africains ?

A mon avis, cela est dû à l’influence que la France exerce sur les pays d’Afrique francophone, même si les partisans utilisent les arguments suivants pour défendre leur position : garantie monétaire, qui génère un afflux de capitaux, mesures d’austérité limitant le risque d’inflation et permettant de maintenir l’équilibre de la balance extérieure, et la crédibilité de la monnaie.

Les partisans du franc CFA font semblant de ne pas voir la répression politique et financière qu’ont exercée les présidents français successifs sur les pays africains qui ont tenté de se retirer de la zone franc. Nous avons été témoins de mesures répressives visant à couper court à toute velléité d’émancipation du système : la protection des intérêts français a engendré récemment des crises au sujet de l’uranium au Niger, de l’or au Mali, du pétrole au Tchad, des matières premières et du transfert des actions d’entreprises du service public en Côte d’Ivoire, auxquelles sont à ajouter d’autres crises au Rwanda, en République démocratique du Congo et au Sénégal. Quand le Sénégal a annoncé récemment qu’il avait découvert du pétrole à Saint Louis, le pays a demandé au Vénézuela de l’aider dans son exploitation, et non à la France. Paris a perçu ce geste comme une trahison et une violation des accords de coopération liant la France aux pays de la zone franc et à leurs ressources.

Par ailleurs, les élites et la classe politique africaines n’ont fait qu’empirer la situation en prétendant qu’elles ne possédaient pas les compétences nécessaires pour gérer leur propre monnaie de manière responsable et efficace, à l’inverse des pays occidentaux ou asiatiques. Elles se satisfont de voir les Etats africains être réduits à l’état de contribuables au profit de la France, avec les 65% de réserves de change qu’ils déposent chaque année auprès du Trésor français ! Et pourtant, nos citoyens n’ont pas la nationalité française, et n’ont pas non plus accès aux services publics dont bénéficient les autres contribuables français. Cela conduit à une situation qu’on ne peut que qualifier d’asservissement volontaire, et qui a incité la population et les acteurs économiques à croire qu’ils ne pouvaient se passer de la France. C’est bien dommage car cette idée est totalement fausse. Le monde est vaste : il suffit de vouloir s’y intégrer de façon libre et responsable par le biais du commerce et non de l’aide étrangère qui réduit les gens à la situation de mendiants. Chaque jour, la mondialisation crée des milliers d’opportunités dont nous ne tirons pas profit, parce que nous sommes piégés dans un système inefficace.

Une réunion des ministres des Finances des pays de la zone franc s`est tenue à Paris le 14 octobre 2007. Cette réunion précède traditionnellement la conférence d’automne de la Banque mondiale et du FMI. Vous avez été ministre des Finances de Côte d’Ivoire, et peut-être avez-vous eu l’occasion de participer à ces réunions. Beaucoup d’Africains disent que rien de positif pour le peuple africain ne ressort de ces réunions. Est-ce vrai ?

Je n’ai jamais participé à ce type de réunion quand j’étais ministre des Finances. Mais la plupart des pays de la zone franc sont faibles. Avec des économies sous perfusion, ils n’ont aucun poids dans les décisions prises dans le cadre de ces réunions. On peut donc se demander pourquoi ils continuent de se rendre à ces réunions dans lesquelles ils n’ont aucune voix. En agissant ainsi, ces pays montrent qu`ils sont convaincus que la France peut tout faire pour eux. Nos pays préfèrent choisir la solution de la facilité même si elle met en danger l’emploi, les revenus, l`épargne et les investissements privés. Nous nous rendons complices du piège de la pauvreté dans lequel nous avons été poussés. Pourriez-vous citer au moins trois raisons pour lesquelles les Etats africains devraient se libérer du franc CFA ?

En premier lieu, le franc CFA est coercitif, injuste et moralement indéfendable. Il a favorisé la corruption de l’État. Au moment des élections françaises, les pays de la zone franc sont sans cesse sollicités pour donner des dons aux hommes politiques français, une obligation qui ne peut se justifier. Ces  » cadeaux  » ont été à l’origine de nombreux conflits et ouvrent la voie à de nombreuses autres formes de corruption. Ce sont ces relations qui perpétuent le monopole français dans les pays de la zone franc, malgré la mondialisation. Sous prétexte d’aider les pays pauvres avec l’argent du contribuable français, c’est la classe politique française et africaine qui s’enrichit de manière illicite. Cette réalité justifie à elle seule l’abandon de la zone franc. La libéralisation économique et financière ne peut se produire avec un taux de change fixe et une zone d’influence économique créée artificiellement. En fait, l’émergence de tensions apparues au sein du système monétaire international et les crises financières de ces dernières années portent à croire que le choix du régime de taux de change dépend du système d’engagements pris auprès des autorités monétaires. Et pourtant, la restriction de la liberté des pays de la zone franc dans le domaine de la politique monétaire ne protège pas du risque de dévaluation du franc CFA. Ainsi, dans les années 1990, faisant fi de la clause de découvert illimité, la France a ordonné la dévaluation du franc CFA. Avant la dévaluation, 1 franc français s’échangeait contre 50 francs CFA. En 1994, après la dévaluation, 1 FF s’échangera contre 100 FCFA. Les autorités françaises sont pourtant arrivées à faire croire que le taux de dévaluation était de 50%, alors que nous venions de subir une dévaluation de 100% !

Après l’abandon du système, quel avenir monétaire proposez-vous aux pays africains du point de vue monétaire ?

Etant donné les enjeux, il est nécessaire d’entreprendre des réformes financières et monétaires. La monnaie doit être au service de l’économie. Elle doit s’adapter au contexte économique actuel. A cet effet, il faut permettre aux pays de se prémunir contre les chocs asymétriques, d’améliorer la convergence et l`ajustement macroéconomiques et de financer le développement.

Il est vital aujourd’hui que le franc CFA acquière une autonomie, qu’il se libère du joug colonial. Il est grand temps que les pays africains assument les conséquences d’une politique macroéconomique librement choisie. Il n’y a pas de secret. Il suffit que nous décidions de nous choisir nos politiques et d’en assumer la responsabilité. La liberté n’a de sens que si elle est assortie de responsabilité. Une fois la rupture accomplie, les pays de l’ex-zone franc devront créer leur propre système basé sur des principes simples : accès direct aux marchés internationaux sans tuteur, c’est-à-dire la France, mise en place d’un système fiscal simple sans règles d`imposition incompréhensibles, taux de changes flexible par rapport aux principales monnaies. Pour atteindre cet objectif, les pays concernés ont deux possibilités. La première consisterait à créer des monnaies nationales indépendantes, avec une parité flexible comme les monnaies de l’Union européenne avant l’introduction de l’euro. Cette solution peut fonctionner uniquement si les banques sont privées et indépendantes et que les banques centrales ont la liberté de mettre en œuvre des politiques monétaires crédibles. La deuxième option, c’est que les pays africains s’unissent et créer une monnaie commune, mais cela suppose un gouvernement unique, contrôlée par une banque centrale unique et indépendante du pouvoir politique, ainsi qu’une politique économique monétaire et budgétaire uniques. Quelle que soit la solution adoptée, les États doivent être démocratiques. Ils doivent indiquer clairement à leurs citoyens leurs droits de propriété et leur accorder la liberté de décider s’ils veulent hypothéquer ces droits. Tout commence avec l`attribution du droit de propriété aux citoyens, un droit qui les fera émerger de la pauvreté. Le libre échange fera le reste.

En 2005, vous avez publié un livre intitulé  » Les servitudes du pacte colonial « . Pourriez-vous expliquer brièvement le sujet de cet ouvrage et le message qu’il transmet ?

L’objectif de ce livre était de faire connaître au public le  » pacte colonial « , fondement des accords de coopération franco-africains. Il s’agit d’un modèle institué par la France sous de Gaulle à la veille de l`indépendance des Etats d’Afrique francophones, destiné à contrôler indirectement les affaires de ces pays de manière subtile, sans apparaître en première ligne comme pendant la longue période coloniale. Le livre publie les textes utilisés pour organiser les interventions de l’Etat français, malgré la fin de l’époque coloniale dans les années 1960. Selon ce pacte colonial, les présidents des Etats d’Afrique francophone doivent diriger leurs pays en fonction des intérêts de Paris. L’indépendance s’est donc résumée au transfert de compétences de l’Elysée aux chefs d’État africains, qui doivent faire acte d’allégeance à la France, et non aux peuples qu’ils gouvernent. Paris se charge de leur dicter les politiques à adopter. Ce livre révèle comment les accords de Défense sont en réalité que des accords commerciaux obligeant les Etats d’Afrique francophone à conserver des bases militaires françaises sur leur sol, avec des soldats prêts à intervenir pour chasser les dirigeants récalcitrants afin de les remplacer par des individus plus dociles. Dans ce livre, on découvre que la France détient un monopole sur toutes les matières premières de l’Afrique francophone. On apprend comment la France a pris des mesures pour s’assurer qu’elle conserverait toutes ses prérogatives coloniales après avoir accordé « l’indépendance » aux pays africains. Par le biais de ce pacte colonial, la France est demeurée omniprésente en Afrique francophone et a conservé les avantages d’hier. Paris a confisqué la véritable indépendance des pays d`Afrique francophone.

Nous nous devons de dénoncer collectivement ce pacte colonial. Lors de sa visite au Sénégal en juillet 2007, le fraîchement élu président français Nicolas Sarkozy a reconnu que la colonisation était un crime contre l`humanité, mais a refusé de se repentir. Les Africains doivent dénoncer tous les accords et systèmes qui éloignent l’Afrique des marchés. Le pacte colonial constitue une violation du droit de propriété africain.

Etes-vous parvenu à transmettre ce message à travers ce livre ?

Je pense que oui. Je voulais partager mes convictions avec un grand nombre d’Africains. Et d’amis de l’Afrique, afin qu’ils soient dans une meilleure position pour mesurer les dangers du pacte colonial, du contrôle de l’Etat, et surtout de prendre conscience que la gestion de l’économie sous l’emprise du pacte colonial est une source de pauvreté dans nos pays. Nous ne voulons pas l’aumône ; notre problème n’est pas le manque d’argent. Je suis convaincu que nous devons avant tout revendiquer clairement nos droits de propriété sur nos terres et nos ressources, qui ont été aliénées par les colons, et dont le pacte colonial nous dépossède aujourd’hui`hui. Enfin, je voulais dire que l’Afrique a un besoin urgent de libertés individuelles, d’un contrôle de l’Etat limité, de marchés libres, d’une société ouverte et de la paix, qui ne peuvent exister que si la liberté économique et politique est respectée.

In New African Magazine, Janvier 2008

Lumière sur Madagascar : Passé et actualité de l’interventionnisme français

Mercredi 7 décembre 2011 20h30 Cinéma Action Christine, 4 Rue Christine, 6e, M° Odéon / Saint-Michel, Entrée payante 6€/4,5€, organisé par Survie Paris IdF

Après une grave répression coloniale en 1947, Madagascar a obtenu son Indépendance dans le cadre des ‘indépendances octroyées’ des années 1960, orchestrée par le général de Gaulle et Jacques Foccart. Jusqu’en 1972, le pouvoir sur l’île de Madagascar sera le pur produit de l’ancienne puissance coloniale française. Depuis le renversement du pouvoir de 1972, l’île de Madagascar a subi de nombreuses péripéties politiques dans lesquelles les grandes puissances économiques & en particulier la France n’ont jamais été loin. Et aujourd’hui une grave crise politique et sociale agite l’île depuis bientôt deux ans, crise dans laquelle les intérêts étrangers et français y jouent toujours un rôle très important…

Projection de : « Madagascar, l’insurrection de l’île rouge », documentaire de Danièle Rousselier sur les évènements de 1947 avec des interviews d’acteurs historiques aujourd’hui disparus (55 minutes, 1994).

Débat en présence de la réalisatrice Danièle Rousselier sur « Silence et négation de la domination coloniale », un membre du consortium de Solidarité avec Madagascar (sous réserve) « Présentation de la crise politique et de ces conséquences sur la vie des Malgaches », Marc Reymond de Survie Haute Savoie sur « Interrogations sur les responsabilités françaises dans la crise politique qui secoue l’île depuis presque 3 ans » .

Togo : Quand Faure Gnassingbé pousse son allié Gilchrist Olympio vers la sortie

Présidentielle 2015 / Plafonnement de l’âge des candidats à 75 ans : Quand Faure Gnassingbé pousse son allié Gilchrist Olympio vers la sortie

Gilchrist Olympio, fils du regretté Sylvanus Olympio

Le « Leader nouveau » qui courrouce l’ « Opposant historique », ce n’est plus arrivé depuis le 26 mai 2010, date de la signature de l’accord « historique » entre le Rassemblement du peuple togolais (Rpt) et l’Union des forces de changement (Ufc). Depuis lors, les désirs, et mieux, les caprices du « Leader charismatique » étaient des ordres. Ils sont satisfaits pour ne pas susciter son courroux. Mais apparemment les choses ne seront plus ainsi. Faure Gnassingbé vient de franchir le pas, et on peut oser dire qu’il s’est ou commence à s’affranchir du joug Gilchrist Olympio.

La 8e session des discussions au sein du Cadre permanent de dialogue et de concertation (Cpdc) tenue hier était consacrée au nombre de mandats du président de la République, Selon le compromis qui s’est dégagé, ce mandat, de 5 ans, ne devrait être renouvelé qu’une seule fois. Mais la précédente cession organisée le jeudi 24 novembre dernier à été consacrée aux conditions d’éligibilité à la présidence de la République. Au-delà des dispositions de nationalité, résidence et santé physique et morale, la grande « nouveauté » est relative à l’âge des candidats, et surtout au plafond. Selon la proposition qui emporte l’adhésion des parties prenantes aux discussions, pour briguer la magistrature suprême, il faut avoir au moins 40 ans, et au plus 75 ans. Avant que ces dispositions ne prennent la forme de loi, elles doivent être avalisées par l’Assemblée nationale ou par référendum, et on n’en est pas encore là. Mais ce plafonnement de l’âge pose problème. Il écarte de facto un candidat potentiel, et pas des moindres : son Excellence Gilchrist Olympio.

Comme un scandale à l’Ufc

Il y a de quoi faire couler de la bile à l’Ufc. Si ces propositions sont validées – ce qui va forcément arriver -, cela signifie que « Fo Gil » ne sera pas de la course en 2015. D’autant plus que l’homme compte déjà trois quarts de siècle derrière lui, et en 2015 aura connu 79 moussons et 79 harmattans. Il faut craindre même que le plus grand parti de l’opposition (sic) n’ait pas de représentant pour la compétition, quand on se rappelle le feuilleton de la candidature de Jean-Pierre au scrutin du 4 mars 2010. C’est un sacrilège d’oser remplacer le « vieux », même grabataire, et le président de l’Alliance nationale pour le changement (Anc) l’a appris à ses dépens. D’ailleurs au sein de ce qu’il reste de l’Ufc comme ressources humaines, on ne voit pas de présidentiable, à part le « maréchal ». Et ce n’est certainement pas le diplômé de la Fondation Konrad Adenauer qui ferait l’affaire.

Cette proposition impromptue est vécue comme un scandale et on a tenu à le signifier au travers d’un communiqué gribouillé juste au lendemain de cette séance au Cpdc, signé de son Secrétaire Général, Dr. Pierre Sambiani Jimongou. Le parti trouve inopportune une telle proposition « dans la mesure où tout candidat éligible doit présenter un état général de bien-être physique et mental, dûment constaté par trois (3) médecins assermentés désignés par la Cour Constitutionnelle comme le stipule l article 62 en son alinéa 4 ». L’Ufc « réitère, comme lors des débats, que cette proposition de plafonnement d’âge n’a donc pas sa raison d’être et invite, par conséquent, le CPDC à poursuivre la réflexion sur la question dans l’intérêt supérieur de la Nation ». Si c’était une époque, on parie que cette manœuvre d’exclusion aurait fait l’objet d’une marche suivie de meeting au cours duquel le pouvoir en place serait passé à la tronçonneuse.

Nous voyions en cette agitation une petite mise en scène, juste pour entretenir l’ambiance, mais nous avons dû déchanter au regard de tout le sérieux qui est mis dans l’entourage du grand gourou.

Des émissaires du parti sont déployés sur les médias pour fustiger la chose. Avouons qu’à la place de Gilchrist Olympio, tout homme serait courroucé, d’autant plus que les relations qui lient l’Ufc au pouvoir Rpt qui oriente les travaux au Cpdc sont privilégiés. C’est un traitement de faveur qui devrait être réservé à l’ « Opposant historique », au nom de l’accord du 26 mai 2010. On a toutes les raisons à l’Ufc de se fâcher parce qu’il y en a en Afrique qui préside aux destinées de son pays à…87 ans, et qui n’est pas repu et manœuvre pour rempiler. Allusion faite au papy momie du Sénégal, le démocrate (sic) Abdoulaye Wade. C’est d’ailleurs l’argument massue brandi à l’Ufc.

La fin d’une époque ?

Doit-on voir en cette mésentente le début de la fin de la cohabitation entre Gilchrist Olympio et Faure Gnassingbé ? La crainte est bien légitime, d’autant plus que jusqu’ici le « vieux » a été choyé. Ses caprices étaient satisfaits, car la menace était constante de le voir claquer la porte à tout moment s’il est contrarié. Un comité de suivi de l’accord a été spécialement mis en place, et la présidence confiée à son Excellence Gilchrist Olympio. Le « terroriste international » est devenu cet industriel hors pair et cet homme d’affaires international qui visitait désormais des entreprises togolaises, suivi dans tous ses mouvements par les médias d’Etat, tel une star…Il se raconte même que le refus du pouvoir en place de réintégrer à l’Assemblée nationale les neuf députés Anc serait l’effet de pressions exercées par l’ « Opposant historique », qui menacerait de quitter le foyer si Faure Gnassingbé donnait suite à cette requête de la Cour de justice de la Cédéao.

Gilchrist Olympio a toutes les raisons de se fâcher, d’autant plus qu’il a tout sacrifié pour suivre Faure Gnassingbé : ses proches collaborateurs et parents qui l’ont fait (Jean-Pierre Fabre, Patrick Lawson, Isabelle Ameganvi, Eric Amerding et autres), son aura (le mythe de l’opposant historique adulé par tout un peuple ) et sa carrière « prometteuse » qui aurait pu le propulser à la présidence de la République – hum… Mais son « époux » ne lui rend pas la pareille.

Il nous revient que l’Ufc aurait fait une proposition de 80 ans comme âge plafond, tenant donc compte de l’âge qu’aura son président national en 2015. Il fut un temps, le pouvoir Rpt se serait aligné sur cette suggestion qui passerait au Cpdc comme une lettre à la poste, même la sachant inappropriée. Mais cette fois, on a osé dire non à Gilchrist Olympio, et sur la place publique, c’est-à-dire au Cpdc. Et si cette disposition était savamment dirigée contre l’ « Opposant historique » ? La question reste posée, vu que de tous les opposants datables au carbone 14 – suivez les regards- , c’est lui seul que cette mesure met sur le carreau. Le confrère « koaci.com » y voit justement une volonté du Rpt de « pousser Gilchrist vers la retraite ». A tort ou à raison ?

Au demeurant avec cette disposition, c’est un grand pas que vient de franchir Faure Gnassingbé. Il faut croire que tous les désirs de Gilchrist Olympio ne seront plus des ordres. Apparemment il a déjà servi et le « Leader nouveau » n’a plus besoin de lui. Autant que l’accord du 26 mai 2010 scellant la cohabitation, en réalité dirigée contre Jean-Pierre Fabre et les siens. Faure aura réussi à démythifier Gilchrist Olympio et à s’en défaire, tout comme le Rpt dont il cherche à s’affranchir, avec la création de son propre parti.

(liberte-togo.com)