Le Blog de Aymard

La liberté d'expression dans sa quintessence

Archives Journalières: décembre 5, 2011

BENIN : Nouveau Programme d’Etude – L’argent est terminé

Ceux qui ont des enfants au primaire et surveillent leurs cahiers ont dû se rendre compte de profonds changements dans les leçons. Les anciennes appellations, autrefois proscrites, sont revenues en force. Morale, civisme, histoire, géographie ont été remises au goût du jour. Pourquoi ces curieux changements ? En attendant que la rédaction de votre journal n’achève une enquête qu’elle mène à cet effet, il est certain qu’il s’agit d’un revirement sémantique important au regard des options opérées par l’approche dite par compétence en usage depuis plus d’une décennie.

Pour y parvenir, les enseignants ont été recyclés aux nouvelles normes durant tout le mois de novembre. Avec interdiction formelle d’évoquer un quelconque retour à l’ancien programme. Sinon, les inspecteurs et autres conseillers pédagogiques piquent une vigoureuse colère. Pour eux effectivement, c’est une intolérable injure que de laisser supposer même qu’ils se sont fourvoyés durant une longue décennie.

Mais pour les instituteurs eux-mêmes, inutile de se voiler la face, l’argent est terminé. Quel argent ? Celui qui a servi à engraisser pendant tout ce temps les cadres de l’éducation primaire et secondaire, adeptes de ce nouveau programme devenu approche par compétence, contre l’avis de la grande majorité des enseignants. Sous cape et souvent avec une étonnante constance, ils ne manquent jamais d’attirer (en privé) l’attention des parents sur les dangers de cette approche suicidaire pour les enfants.

Chacun d’eux a peur de son CP ou de son inspecteur qui exerce ici une tutelle intellectuelle implacable, rendue possible par l’obséquiosité naturelle des personnels enseignants. Aucun d’eux ne pouvait réellement refuser d’appliquer l’hideux programme, sous peine de recevoir les notes minables que tout le monde redoute. L’administration scolaire elle-même, formatée pour défendre ses intérêts, s’était toute entière parée au profit des juteux émoluments provenant des bailleurs de fonds.

L’USAID et le FNUAP y ont investi leurs milliards, miel d’autant plus intéressant qu’il ne coûtait que le prix d’un ajustement des programmes nationaux sur les pratiques provenant des Etats-Unis ou du Canada. Exigence facile à satisfaire. Et nous voilà lancés à marche forcée dans une transformation en profondeur de la pédagogie et des contenus notionnels, avec les heurs et les malheurs que l’on sait.

Si les pratiques anciennes peuvent être critiquables, elles ne méritaient pas vraiment d’être « rasées » comme elles ont pu l’être. Conséquence, les résultats du CEP truqués au vu et au su de tout le monde, ont affiché des records de réussite tandis que parents et enseignants constatent au fil des années l’inquiétante dégradation du niveau de leurs enfants.

De grossiers montages docimologiques ont permis de gonfler les notes pour donner l’illusion que les enfants travaillent mieux qu’avant. Le temps a permis de les découvrir, même si les mécanismes de leur mise en œuvre se révèlent impossibles à enrayer d’un coup. C’est ainsi que nos enfants sont devenus des génies en classe, alors que tout le monde a pu constater la baisse généralisée des niveaux. Les plus avisés ont eu la bonne idée de solliciter les services de répétiteurs grassement rémunérés. La douce insistance des enseignants ne pouvait pas passer inaperçue non plus. Et la grande masse des parents pauvres est restée impuissante à arrêter le carrousel.

Au long de ces années d’incurie pédagogique et de démission de l’intelligence, quelques-uns ont poussé de véritables cris d’alarme. Comme toujours, ils n’ont pas été entendus, mais plutôt voués aux gémonies, ridiculisés. La CNSTB de Gaston Azoua ainsi que le parti communiste du Bénin y sont allés de leur verve et de leur énergie. Certains professeurs d’université comme le professeur Félix Iroko ont mené des travaux de terrain qui ont révélé des drames réels et le désarroi de la plupart des acteurs.

Un psychopédagogue comme le Professeur Jean-Claude Hounmènou, par ailleurs directeur adjoint de l’Ecole normale supérieure de Porto-Novo, ne rate aucune occasion pour dire sa désapprobation. Pour lui, l’APC est le résultat d’une mauvaise compréhension de la pédagogie participative.

Les corrections apportées d’année en année pour sauver les meubles ont permis d’endiguer quelque peu la descente aux enfers de l’éducation nationale. Nous nous rendons simplement compte que les fondamentaux de l’éducation se remettent en place, progressivement. Comme une parenthèse malheureuse, le « nouveau programme » rebaptisé APC a sacrifié des générations entières d’élèves, des générations entières de Béninois et finalement un pan de l’avenir de ce pays se trouve en point d’interrogation.

Olivier ALLOCHEME

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Le Cfa, plus fort que l’Euro ???

Rien de mieux qu’une bouffonnerie des Africains (une de plus) autour du Cfa, pour amuser la galerie, en pleine tempête, là-bas, chez le parrain présumé en zone Euro. Des « nés avant la honte » comme dirait l’autre ; démentant tous azimuts l’imminence d’une dévaluation du Cfa. Gouverneurs de banque régionale (Beac et Bceao), ministres, diplomates et autres officiels de la zone franc devraient savoir que, moins que la rumeur de dévaluation, c’est l’absence d’initiative africaine face à la crise des marchés qui inquiètent leurs concitoyens. Et surtout du poids de ce qui leur tient lieu de monnaie sur le marché international. L’exercice attendu des dirigeants africains n’a donc rien à voir avec des allégeances renouvelées à la monnaie empruntée à l’ancien colon. Un démenti d’un ministre ouest africain ou de l’Afrique central vis-à-vis de questions monétaires dont eux-mêmes ne comprennent pas grand-chose ? Je préfère encore la parole d’un simple ambassadeur français puisqu’il est le représentant du parrain. En la matière, la chansonnette n’a perdu le moindre refrain depuis plus d’un demi-siècle : « le Cfa se porte très bien ».

Il y a un point sur lequel on peut qu’être d’accord avec les 14 Etats sous tutelle monétaire (unique au monde) : il n’y a pas de crise de marché chez eux parce que leurs pays respectifs ne représentent presque rien (ou plutôt ne savent pas eux-mêmes ce qu’ils représentent) sur le marché international. Pour agir sur le Bénin, le Cameroun, le Gabon, la Côte d’Ivoire et compagnie, les traders ne peuvent que s’adresser directement au tuteur à Paris. Ce qui donne un aperçu sur l’approximation des informations distillées par la Bceao ou la Beac sur la santé financière et monétaire de leur propre zone. On voit d’ailleurs pourquoi leurs responsables respectifs préfèrent s’arcbouter à une rumeur (plus ou moins fondée) qu’à un discours responsable sur la crise. Car, ce dont il s’agit c’est le devenir de la monnaie unique européenne, l’Euro. Pendant que les experts se posent la question de savoir si l’Euro dispose des capacités de survivre au-delà de l’horizon 25 décembre 2011 et après, les fanfaronnades se multiplient dans la zone franc au sud du Sahara. Plutôt que de s’égosiller sur la prétendue bonne santé du Cfa, nos grands banquiers tropicaux feraient mieux de nous parler des futures conditions d’arrimage monétaire en cas d’implosion de l’Euro.

Les pathétiques rengaines des limiers du Cfa font presque penser que c’est l’Euro qui est arrimée à leur monnaie et non le contraire. On parle des menaces sur leur protecteur, l’Euro pendant qu’eux-mêmes ne pensent qu’à chanter : « tout va bien ». Comme si la décision de dévaluation pouvait venir de Dakar, Bamako, Bangui ou N’djamena. De quoi devenir dingue. L’évidence montre très clairement que la solution à la crise des marchés se trouve à Bruxelles via l’axe Berlin-Paris. A ce jeu, l’Allemagne que l’on dit être la locomotive de l’Euro-groupe se refuse à tout sacrifice en solidarité à la Grèce, l’Espagne, l’Italie ou tout autre Etat frère de l’Europe. Jusque là, personne n’a encore entendu la Chancelière allemande ou aucun autre protagoniste de la crise actuelle prononcée une seule fois le mot : « Cfa ». Le dévaluer, le surévaluer ou le dissoudre ne semblent donc n’avoir aucune espèce d’importance aux yeux des marchés mondiaux. L’évidence que cette monnaie n’existe pas par elle-même. Sa trajectoire dépend exclusivement de son véritable propriétaire, la France. S’il devrait exister une problématique pour les Africains sur le sujet, cela porterait sur les conséquences d’un retour d’arrimage sur une monnaie française et non sur des rumeurs de dévaluation d’une monnaie insignifiante à tout point de vue. Ce n’est donc pas de l’avenir du Cfa qu’il s’agit mais de celui de l’Euro, son tuteur.

Juste un changement de dénomination du tuteur…

arimi choubadé http://arimi.freehostia.com

Qatar-i aujourd’hui, demain pleurera

Qatar-i aujourd’hui, demain pleurera

Le petit Etat est devenu le bras armé de l’Occident, mais jusqu’à quand ?

«Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’oeil de ton frère et n’aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton oeil à toi?» Évangile de Luc, 6, 41, Cette parabole du Christ va nous servir pour articuler notre plaidoyer quant au comportement répréhensible, amoral d’une famille, qui a pris en otage un peuple, en l’occurrence celui du Qatar. Le monde a, assurément, le tournis et les valeurs que l’on croyait gravées dans le marbre, telles que le travail bien fait, l’abnégation, la sueur, sont battues en brèche par les richesses indûment acquises.

Elles ne sont pas le fruit de leur sueur, mais soit du loyer de l’argent et du scandale de la spéculation financière bâtie sur du vent et sur la façon de tromper l’autre, de le dévorer s’il perd pied, ce que le langage néolibéral appelle l’OPA, soit d’une rente imméritée. C’est le cas des pays arabes pétroliers, installés dans les temps morts, et qui prennent en otage leurs peuples, les condamnant à regarder filer à toute vitesse le train du progrès, tandis qu’ils ruminent sur le quai de la gare leur frustration.

On peut comprendre le mépris dans lequel sont tenus ces potentats gros, gras et bien nourris pendant que la misère s’avère être la calamité la mieux partagée pour des centaines de millions, voire des milliards de besogneux, quelles que soient leurs latitudes. Non les Arabes ne sont pas que cela! Il fut une époque où ils représentaient l’espérance de l’humanité.

Une démocratie qui tiendrait dans un studio télé

Le Qatar est un émirat du Moyen-Orient d’une superficie de 11 427 km². pour 300 000 autochtones et un million d’étrangers qui ont un statut peu enviable, surtout s’ils ne sont pas des Occidentaux. Petit producteur de pétrole, il est aussi le troisième producteur de gaz naturel du monde, après l’Iran et la Russie. Après avoir été dominé par les Perses pendant des milliers d’années, puis par le Bahreïn, les Ottomans ou encore les Britanniques, le Qatar devient un État indépendant le 3 septembre 1971.

Il est dirigé, d’une main de fer, par la famille Al Thani, depuis quarante ans; comme le règne de Kadhafi. L’émir actuel a renversé -faut il s’étonner de ces moeurs pour l’appât du pouvoir?- son père, en 1995. Le gouvernement qatari garde des restrictions sur la liberté d’expression et les mouvements pour l’égalité. La famille souveraine Al Thani continue de détenir seule le pouvoir. La nouvelle Constitution n’autorise pas, pour autan, la formation de partis politiques; ceci depuis quarante ans. Où est la liberté d’expression et l’alternance au pouvoir? La station de télévision Al Jazeera a acquis une triste réputation, en tant que source non censurée de l’information concernant les autres pays arabes, provoquant l’ire de ces derniers.

Des journalistes, tout à fait ordinaires, venant d’autres pays arabes attirés par l’appât du gain et non par la liberté d’expression, se sont érigés en censeurs agressifs, dans des émissions où ils diabolisent, à qui mieux mieux, les autres régimes arabes. A notre sens, deux tabous, la famille émiratie et les pays occidentaux, vénérés dans la plus pure tradition vassale, voire… D’ailleurs, lors de la guerre contre l’Irak, le pays a servi de base à l’état-major américain. Le 11 décembre 2002, est signé, avec les États-Unis un accord relatif à l’utilisation de la base aérienne d’Al-Eideïd.

On comprend que le Qatar soit intouchable. On estime les réserves de pétrole du pays à 26,8 milliards de barils fin 2009. Le Qatar détient actuellement les troisièmes réserves de gaz (25,37 milliards de mètres cubes en 2009) après la Russie et l’Iran. Le Qatar est, par ailleurs, le premier émetteur mondial de CO2 par habitant, avec une émission par habitant trois fois supérieure à celle des Etats-Unis, soit 60 tonnes de CO2/habitant/an. Il est heureux, pour la planète, que les Qataris ne soient pas nombreux. Pendant ce temps, un Arabe somalien «frère», une demi-tonne/an. En clair, ce dernier consomme en une année ce que gaspille un Qatari en trois jours!

Voilà le développement durable prôné par cet émirat. Le PIB du Qatar atteint le chiffre de 52,7 milliards $ en 2006. Le PIB par habitant atteint 78.260$ en 2009, dépassant celui des Européens et Américains. Ce dernier est le fruit d’une longue tradition scientifique, technologique et culturelle et non d’un gaspillage multidimensionnelle d’une rente imméritée; suscitant, par là même, des frustrations légitimes, voire un mépris de ceux qui galèrent.

Pour Hassan Moali, «le Qatar n’est évidemment pas fréquentable pour sa «démocratie» contenue dans les limites des studios d’Al Jazeera. Cet émirat détient le plus grand fonds souverain de la planète, Qatar Investment Authority, dont les avoirs sont estimés à environ 700 milliards$ ! C’est bien à ce niveau que se situe la force incroyable de ce petit… géant. Surtout que les Qataris se tiennent à la disposition des maîtres du monde pour financer et approvisionner des expéditions guerrières, comme ce fut le cas en Libye.

Il eut été plus glorifiant de voir l’émirat sur le toit du monde s’il était un modèle de démocratie. (…) Ils sont presque d’accord avec les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni s’agissant des conflits qui agitent la planète, y compris quand il s’est agi de «casser» de l’Arabe. Ils soutiennent la cause palestinienne en ne se privant pas de recevoir les dirigeants israéliens. (…) Pour ce pays, le souci existentiel autorise toutes les alliances, y compris celles contre nature. Les GI’s de la base militaire américaine veillent au grain. Jusqu’à quand encore?».

Le Quatar n’a pas beaucoup de copains arabes

Olivier da Lage qualifie la diplomatie du Qatar par l’expression «Des yeux plus gros que le ventre». «Dire, écrit il, que le Qatar agace ses voisins de la péninsule arabique relève de l’euphémisme. Jusqu’au début des années quatre-vingt-dix, le Qatar adoptait un profil bas en politique étrangère. (…) La contestation par le Qatar de la souveraineté de Bahreïn sur les îlots de Fasht al-Dibel semblait bien être sa seule priorité extérieure.(…) Lorsqu’il dépose son père, Cheikh Hamad est décidé à affirmer l’originalité du Qatar dans tous les domaines, quitte à choquer les autres monarques.

Ces derniers, comme on peut l’imaginer, n’ont guère apprécié le fâcheux précédent que pourrait représenter un prince héritier qui renverse son père. D’où vient donc cette assurance qui permet au Qatar, un petit pays de quelque 400.000 habitants dont environ 150.000 nationaux, de tenir tête à ses voisins et de se brouiller tour à tour avec la plupart des pays arabes? On ne saurait trop souligner que les Etats-Unis sont le premier pays à avoir reconnu le pouvoir de Cheikh Hamad.(…) De même, l’accord de défense mutuel qui lie Washington et Doha depuis juin 1992 est une réalité».(2)

«Aujourd’hui poursuit Da Lage, le Qatar abrite le plus grand dépôt d’armes américaines du monde hors du territoire des Etats-Unis. (…) Et pourtant, ce qui était parfois perçu comme une excentricité de la politique étrangère de l’émirat a continué de bénéficier de l’indulgence américaine. S’agissant de l’Iran, le rapprochement entre Doha et Téhéran n’a pas que des motivations politiques. La poche de gaz du North Dome, dont l’exploitation représente toute la richesse future du Qatar, s’étend sous le Golfe, au-delà de la frontière avec l’Iran. (…)

Cheikh Hamad ben Jassem a rencontré à New York Shimon Peres, puis au sommet économique d’Amman en octobre 1995, il y a eu la signature d’un mémorandum prévoyant la livraison à Israël de gaz naturel du Qatar. Un bureau commercial israélien s’est ouvert à Doha en septembre 1996. Le soutien sans faille des Etats-Unis explique largement l’assurance dont le petit émirat fait preuve face aux critiques de ses voisins. (…) Al Jazira apparaît comme le bras non officiel de la diplomatie de Doha et que la verve de sa rédaction s’exerce rarement à l’encontre de la politique officielle du Qatar».

Georges Malbrunot explique l’ambiance au Qatar et pourquoi il n’y a pas de révolte. «Le Qatar, écrit-il, ne se singularise plus seulement par l’activisme de sa diplomatie conciliatrice ou par cette richesse quasi insolente. Il est aussi le seul État de la région à avoir été épargné, jusqu’à maintenant, par la vague de contestation qui secoue le reste du Monde arabe.» «Ici la manne est bien répartie entre seulement 200.000 Qatariens qui n’ont pas vraiment de raison de se plaindre», observe un diplomate occidental. «Franchement, nous n’avions pas besoin d’organiser la Coupe du Monde», critique, à demi-mot, Hassan al-Ansari, le rédacteur en chef de Qatar Tribune.

«Pourquoi dépenser 55 milliards de dollars pour des installations qui seront démontées au bout d’un mois? », renchérit un autre officiel. Abreuvés d’informations sur les révoltes arabes par Al Jazeera, ses habitants, en revanche, n’ont rien à se mettre sous la dent quand ils regardent la chaîne qatarienne, muette sur l’actualité locale. Pourtant, «nous avons aussi des demandes politiques, affirme le professeur al-Misser. Pour l’instant, seul un Majlis al-Shoura existe, mais les membres de cette assemblée sont désignés par le pouvoir et ils n’ont qu’un rôle consultatif».(in Le Qatar, le contrepied du printemps arabe Le Figaro 04 2011)

Le Quatar directement impliqué dans les machinations occidentales

Si des personnes ont pu être dupes de la pseudo-révolution libyenne soutenue par les «révolutionnaires» bien connus que sont Nicolas Sarkozy, Bernard-Botul-Henri Lévy ou David Cameron, voilà qui pourrait leur ouvrir les yeux… Pour la première fois, le Qatar admet avoir participé aux opérations sur le terrain aux côtés des rebelles libyens. (…) Trois jours après la proclamation par le CNT de la «libération» totale de la Libye, les chefs d’état-major des pays engagés militairement en Libye se retrouvent pour une réunion à Doha, au Qatar. A cette occasion, le chef d’état-major qatari, le général Hamad ben Ali al-Attiya, a révélé que des centaines de soldats du Qatar ont participé aux opérations militaires aux côtés des rebelles en Libye. On apprend même que le président Omar el-Béchir du Soudan a fourni quantité d’armes aux prétendus «rebelles».

« Il apparaît aussi, écrit Ian Black, « que c’est le Qatar qui dirigera les efforts internationaux pour former l’armée libyenne, récupérer les armes et intégrer les unités rebelles souvent autonomes dans de nouvelles institutions militaires et de sécurité (…) Et lors de l’assaut final contre le QG de Kadhafi à Tripoli fin août, les forces spéciales qatariennes étaient en première ligne. Le Qatar a aussi accordé 400 millions de dollars aux rebelles, les a aidés à exporter le pétrole depuis Benghazi et a monté une station de télévision à Doha. (…)Pour certains, la stratégie de l’émir est de soutenir les forces démocratiques de manière sélective dans le Monde arabe, en partie pour améliorer la réputation internationale du pays tout en détournant l’attention du Golfe où les protestations anti-régime ont été écrasées à Bahreïn et achetées en Arabie Saoudite».

Expliquant la «manipulation de la Ligue arabe», Robert Kisk nous explique comment le Qatar tente de reproduire le scénario libyen: «La Ligue arabe – l’une des organisations les plus stupides, les plus impuissantes et absurdes dans l’histoire du Monde arabe – s’est soudainement transformée de souris en lion, rugissant que la Syrie sera suspendue ce mercredi à moins qu’elle ne mette fin à la violence contre les manifestants, ne retire l’armée des villes, ne libère les prisonniers politiques et ne commence à discuter avec l’opposition. Damas a rugi en retour que la Syrie avait déjà mis en oeuvre le plan de paix de la Ligue -on peut en douter- que la décision était «illégale et une violation de la Charte de la Ligue» (peut-être exact) et que la suspension possible de la Syrie était une tentative de «provoquer une intervention étrangère en Syrie, comme cela a été fait pour la Libye».

Le Qatar -qui est, avec sa chaîne Al Jazeera, l’ennemi actuel de la Syri – était à l’origine du vote, cajolant et plaidant, et, dit-on, payant largement ceux qui pouvaient avoir des doutes. La pussance du Qatar dans le Monde arabe commence à prendre une tournure nettement impériale. Avec son argent et ses propres raids aériens, elle a contribué à faire tomber le régime de Kadhafi. Maintenant, le Qatar est l’avant-garde de la Ligue arabe contre la Syrie. (…) Et pas un seul Arabe ne veut qu’une guerre civile du type de celle de la Libye, mette le feu à la Syrie. De plus, Léon Panetta, le chef de la CIA, a déjà exclu une implication militaire américaine.(Ligue arabe: comment le Qatar tire les ficelles in The Independent 17 11 2011).

Un détour par la Quatar pour la super classe

La diplomatie du dollar touche aussi la culture. L’argent n’ayant pas d’odeur, on peut, en fonction du chèque, dire tout et son contraire. Le Qatar restera dans l’histoire comme une machine à perversion, un générateur de corruption à laquelle il est apparemment difficile de résister. Lena Lutaud nous en donne un échantillon: «Son Excellence Mohamed al-Kuwari a décoré le dessinateur Jean Plantu et Amirouche Laïdi, président du club Averroes, du prix «Doha capitale culturelle arabe». Ce soir, l’ambassadeur décorera les poètes André Miquel, Bernard Noël et Adonis. De Jack Lang à Jean Daniel, en passant par Dominique Baudis, Edmonde Charles-Roux, Renaud Donnedieu de Vabres et Anne Roumanoff, un total de 66 personnalités françaises de la culture auront été décorées par le Qatar en 2010. Toutes sont reparties avec un chèque de 10.000€ ». (L’offensive culturelle du Qatar, in Le Figaro. 20 12 2010).

On le voit, que du beau monde. Cela va plus loin? Des institutions prestigieuses se décentralisent et l’aura scientifique s’exporte. C’est le cas de la Sorbonne. Robert de Sorbon se retournerait dans sa tombe! Il existe aussi un Louvre délocalisé au Moyen-Orient. Les Qataris pourront contempler, entre deux bouffées de narguilé et à demeure, les belles pièces, fruit de la rapine, qui décrivent en creux les expéditions coloniales pour amener la civilisation dans les contrées barbares. Nul doute que l’Occident mise, pour le moment, sur le Qatar, assis paresseusement sur un gisement de gaz, dont il a besoin.

Il arrivera un moment, où il sifflera la fin de la récréation pour tous ces non-Etats. Il accaparera, sans état d’âme, l’énergie qui lui est nécessaire. Pour n’avoir pas misé sur le savoir, ne pas avoir mis en pratique l’alternance, la démocratie, les Arabes deviendront une scorie de l’histoire. Dans mille ans, on se souviendra, malgré tout de Kadhafi qui avait, avec son credo «zenga, zenga», une certaine idée de la «cha’ama», la dignité qui manque aux potentats casse-croûteurs installés dans les temps morts. La parabole du Christ devrait être expliquée à l’Emir du Qatar…

Posté par : Professeur Chems Eddine Chitour sur Metamag

Maroc : Une fillette de 4 ans tuée, puis.. mangée

DHNET – Un odieux trentenaire, à Tanger, a fait cuire Oumaïma, après avoir mangé son coeur et démembré l’enfant

Nous sommes au Maroc, à Tanger, dans le quartier de Dchar Bendibane. Dimanche dernier, 10 h du matin. Lamfaddal Ouaddane est l’heureux papa d’une petite fille de quatre ans. Après supplications de sa petite Oumaïma, il décide de lui offrir deux petites bagues en plastique aperçues chez l’épicier du coin. Le genre de jouet que toutes les petites filles du monde quémandent un jour.

Fière comme un paon de ses nouveaux trophées, la petite court rejoindre ses copains, plus haut dans la ruelle. Il ne le sait pas encore, mais sa fille, de dos, le pas hâté, c’est la dernière image, presque d’Épinal, que le père aura de son enfant.

C’est l’absence d’Oumaïma à l’heure du déjeuner, inhabituelle, qui mettra la puce à l’oreille de sa famille. Les autorités locales sont alertées.

Alors que la panique croît légitimement, rebondissement chez l’épicier, vers 16 h. Un trentenaire, hagard, y passe, deux étranges bagues en plastique pour enfant aux doigts. Le commerçant, interloqué, met la famille de la petite, ainsi que la police, au courant.

Rapidement, les forces de l’ordre se rendent, avec la famille, au domicile de l’individu, qui est… mitoyen à celui de la famille Ouaddane. Aucun meuble, juste une vieille télévision, et les relents d’une odeur âcre qui flotte. Stupeur. Puis, très vite, horreur.

“La tête détachée de la fillette gît dans un coin de la pièce avec des viscères sur un sol crasseux souillé de sang , écrit Le Journal de Tanger . On remarque une arme blanche et d’autres objets. Mais une marmite posée sur un fourneau éteint attire l’attention des visiteurs. On lève le couvercle et on découvre l’abjection : des morceaux de chair flottent dans un bouillon douteux. […] Pas de doute, il s’agit de morceaux provenant du petit corps d’Oumaïma, la petite fille disparue.”

La préfecture de police dépêche la police judiciaire et la police scientifique, illico. “Les enquêteurs ont du mal à rassembler les morceaux crus et cuits du corps de la victime et reconstituer les séquences du crime, notamment parce que l’auteur présumé, Abdellatif Touil, ne les aide pas à avancer. Son attitude laisse supposer que cette histoire ne le concerne pas. Il aurait demandé plusieurs fois qu’on le “laisse aller à son travail parce qu’il était en retard”.”

Parmi les premiers éléments de l’enquête, le bouillon de cuisson découvert contiendrait de l’eau, de l’huile, des oignons et des épices. Ce qui fait dire à certains que le criminel pourrait s’être inspiré de la cérémonie du sacrifice de l’Aïd. Supputations, pour l’heure, on précise.

Le suspect, d’après les premiers éléments, ne jouirait pas de toutes ses facultés mentales, chose qu’une expertise médicale ordonnée par le parquet devra confirmer. Selon le frère du présumé auteur, l’intéressé aurait séjourné pendant six ans en Espagne, pays duquel il aurait été expulsé, fait qui l’aurait profondément perturbé. Bien piteuse excuse.

Déportation de Gbagbo à la Haye, Rawlings dénonce un « enlèvement »

John Jerry Rawlings

J‘ai appris avec consternation que le président destitué de Côte d’Ivoire, Gbagbo a été transféré à la Cour pénale internationale (CPI), le mardi 29 novembre suite à une inculpation rapide, en totale violation du code international des procédures et au mépris total des exigences de la paix en Côte d’Ivoire.

Ce transfert fait suite a une procédure tellement rapide, qu’il peut être légitimement décrit comme un enlèvement.

Mes soupçons augmentent encore plus, lorsque le procureur affirme avoir pour cibles six officiels en Côte-d’Ivoire, mais insiste indûment sur Gbagbo, celui qui est le moins susceptible d’échapper parce que déjà en détention.

Cet empressement à inculper et à faire transférer Gbagbo [qui n’a pas couru s’échapper durant le bombardement de son palais] comme un criminel de droit commun, défie la logique d’une quête de véritable réconciliation et d’une paix durable en Côte d’Ivoire.

Après cinquante ans d’indépendance, l’Afrique devrait avoir tous le savoir-faire pour apporter la justice à ses propres citoyens et faire disparaître la justice importée.

Quel genre de poursuites plutôt hâtée consiste à traduire en justice la victime d’une attaque, et à être indulgents avec l’auteur de l’attaque?

Personne ne cherche à échapper à la justice. Mais quand la justice est baignée dans une mer d’humiliation et d’abus, de façon à être régi par la haine de soi-pensants avec sa logique intenable, il sied à la conscience humaine de se lever contre cette justice, pour le bien de tous.

Nous ne resterons pas silencieux à ce sujet car nous ne devons pas rester silencieux à ce sujet parce-que tous membres actifs de ce drame humain.

John Rawlings

Source : http://www.facebook.com/pages/La-Majorit%C3%A9-Pr%C3%A9sidentielle-Officielle/139464519462900

ENGLISH VERSION


STATEMENT BY H.E. JERRY JOHN RAWLINGS ON THE TRANSFER OF PRESIDENT LAURENT GBAGBO TO THE INTERNATIONAL CRIMINAL COURT (ICC)

I have learnt with dismay reports that deposed President Gbagbo of Cote d’Ivoire has been transferred to The International Criminal Court (ICC) on Tuesday, November 29th, following a speedy indictment, in total violation of relevant international code of procedures and in total disregard for the demands of peace in Cote d’Ivoire.

This transfer followed a procedure so hasty that it could be rightfully described as abduction.

My suspicion grows even more, when the prosecuting attorney claiming to be targeting six officials in Cote d’Ivoire, unduly focuses on Gbagbo, the one who is least likely to escape due to his being already in custody.

This eagerness to indict and transfer Gbagbo, who did not run in the face of the bombing of his palace like a common criminal, defies logic and the quest for true reconciliation and sustainable peace in Cote d’Ivoire.

After fifty years of independence, Africa should have all the knowhow to bring justice to its own citizens and do away with imported justice.

What kind of prosecution would rather be in haste to bring to justice the victim of an attack, and be lenient on the perpetrator of the attack?

No one is trying to evade justice. But when such justice is drenched in a sea of humiliation and abuses, so as to be governed by self-righteous hatred with its untenable logic, it only befits human conscience to stand up against it for the good of all.

We will not be silent about this because we must not be silent about it as participating members in this human drama.

Libération de la Côte d’Ivoire : prières, lutte démocratique ou action ?

Que voulons-nous au-dessus de tout ? Que rêvons-nous par ces heures ténébreuses pour la Côte d’Ivoire ?

Pour que nous nous comprenions assez facilement, je vais utiliser une technique de communication préconisée par Dale Carnegie en matière de négociation. D’abord, relevons nos points d’accord. Ensuite, mettons en évidence nos points de désaccord. Et ensemble, faisons des concessions pour trouver un consensus.
Alors on y va. Quels sont nos points d’accord pour la Côte d’Ivoire ?

Très simple. Nous voulons que la Côte d’Ivoire soit :

– libérée du joug colonial français instauré à travers une imposture voltaïque ;

– libérée de l’insécurité endémique créée par la rébellion armée de Ouattara baptisée FRCI ;

– libérée du faux servi quotidiennement aux Ivoiriens ;

– libérée des manœuvres d’appauvrissement du pays par un surendettement pour rembourser le coût des efforts de guerre de la France et non pour financer l’Economie nationale ;

– libérée de l’insulte faite à l’intelligence des Ivoiriens avec les vieux retraités français qui pullulent dans les Administrations de la Côte d’Ivoire depuis le 11 avril 2011 ;

– libérée de l’exil forcé de centaines de milliers de cadres et jeunes de la Majorité Présidentielle ;

– et chose toute aussi fondamentale, nous voulons la libération du Président GBAGBO et de tous les cadres, sympathisants et militants du FPI (Front Populaire Ivoirien) faits prisonniers à partir d’accusations imaginaires pendant que les criminels qui devraient se trouver en prison se la coulent douce avec les avoirs de leurs victimes.

Voici ce que nous voulons. Tous, sympathisants, militants, amis de la Majorité Présidentielle.

Quels sont alors nos points de désaccord ?

Pas compliqué non plus. Le point essentiel qui donne lieu à une divergence d’opinion concerne les moyens et les méthodes pour obtenir ce que nous voulons tous.

Certains préconisent la prière de combat adressée au Dieu Tout Puissant à l’effet d’obtenir son intervention spectaculaire dans le malheur qui s’abat sur la Côte d’Ivoire pour qu’enfin ce pays soit restauré. Je ne sais pas trop en quoi consistera cette intervention spectaculaire car les voies de Dieu sont insondables. Les Serviteurs de Dieu pourraient nous éclairer davantage.

D’autres pensent qu’il faut mener la lutte sur le terrain démocratique enseigné par le Président GBAGBO. Une lutte aux mains nues comme Charles Blé Goudé en parle assez souvent. Cela passerait par des meetings, des mouvements sociaux (grèves syndicales, manifestation de colère d’étudiants et élèves, marches de protestation), actions en Justice, dénonciation des dérives auprès de la Communauté Internationale pour récolter des condamnations et des pressions diplomatiques et à la clé, un soulèvement populaire ou des élections sanction pour débarrasser le pays de la gangrène. Bien évidemment, il y a parmi ceux qui se font chantres de la Démocratie par la lutte aux mains nues, des personnes qui ont recours à la prière adressée au Dieu Tout Puissant comme source d’énergie pour atteindre les résultats recherchés.

Enfin, il y a cet autre groupe-là qui pense que les conditions ne sont pas réunies pour mener une lutte démocratique avec les mains nues. Ce groupe pense que Ouattara est un objecteur de loi et de libertés démocratiques. Chez cet homme, la fin justifie les moyens. Aussi, face à un tel individu, il faut sortir des doctrines d’écoles pour adapter la lutte aux circonstances. La Révolution Permanente fait partie de ce groupe. Elle croit ce qui suit : la prière au Dieu Tout Puissant doit être la base, le pilier qui porte le combat révolutionnaire afin que les forces occultes qui ont permis à l’imposture de s’installer soient vaincues dans le spirituel. Mais une fois ces forces occultes vaincues dans le spirituel, avec l’aide de Dieu, il faut mener l’action pour vaincre l’imposture dictatoriale par un combat physique. Ce combat physique doit être compris comme celui mené par Josué (Josué Chapitre 6) lorsqu’il prenait possession de Jéricho. Après avoir prié et fait chuter les murs de Jéricho, Dieu ordonna à Josué d’entrer dans la ville avec son armée et de tuer tout ceux qui se sont faits ennemis de Dieu y compris leurs animaux.
Peut-être que cet extrême ne sera pas forcément le cas de la Côte d’Ivoire en termes de combats et d’effets collatéraux. Mais nous restons convaincus que la prière sans l’action de terrain ou la lutte dite démocratique aux mains nues ne sont pas adaptées à la situation que nous vivons en Côte d’Ivoire.

Voici donc exposé nos points d’accords et notre divergence d’opinion sur les moyens et méthodes pour obtenir la libération de la Côte d’Ivoire.

Il nous appartient de trouver à présent un consensus et de dégager une ligne claire pour obtenir la libération de la Côte d’Ivoire.

Mais en attendant, chacun de nous se donne les moyens pour obtenir la libération du pays avec les méthodes et les moyens qui fondent sa conviction.

Après tout, l’essentiel, n’est-ce pas libérer la Côte d’Ivoire avec la volonté de Dieu ?

A Très bientôt.

Hassane Magued

Rwanda : de nouvelles victimes accusent des soldats français de viols

En 2009, trois Rwandaises accusaient des soldats français de viols pendant le génocide. Le mag Causette a recueilli de nouveaux témoignages de viols collectifs.

Tout commence à l’automne 2009  : trois Rwandaises déposent une plainte contre X pour crimes contre l’humanité. Ce X, dans leurs récits, ce sont des soldats français de l’opération Turquoise, en poste dans leur pays pendant le génocide de 1994. Elles disent avoir été violées et violentées. Les patrons de l’opération, eux, y voient un coup monté. Causette est partie sur les traces des soldats de Turquoise. De Paris à Kigali, Causette a cherché, et Causette a trouvé de nouveaux témoins… qui accusent.

(Du Rwanda) Nous sommes au sommet d’une colline dans le pays qui en a mille. Le jour est tombé brutalement dans ce village haut perché, où l’électricité n’est jamais arrivée. Il y a cette bougie collée sur la table instable d’un cabaret désert et qui éclaire doucement le visage d’Irène [les prénoms des intéressés ont été changés à leur demande, ndlr].

Paysanne timide, la Rwandaise de 54 ans n’a raconté cette histoire qu’une seule fois. Pour l’entendre, il aura fallu retrouver sa trace, l’emmener là où personne ne la connaît.

Enfin, elle se tient là, son corps frêle entouré de ses bras serrés, ses grands yeux noirs baissés. Dans un filet de voix  :

«  C’était l’été du génocide, un voisin avait dit aux militaires français du camp de Karama – à quelques kilomètres – que nous cachions des armes.  »

Trois soldats blancs entrent brutalement chez elle. Ses enfants partent en courant, son mari est absent. «  Ils avaient un appareil qui émettait de la lumière », souffle-t-elle.

« Leur machine a sonné quand ils l’ont approchée du coffre sous mon lit. C’est là que notre argent était caché. Ils ont voulu le prendre, je me suis interposée.  »

« A chaque fois que je vois un Blanc, j’y repense »

Le souffle s’accélère, la voix s’étrangle, les larmes coulent. «  Un des trois militaires me brise l’auriculaire, me jette sur le lit et me viole », raconte Irène avec la voix d’une enfant.

« Quand le premier a eu fini, l’autre m’a violée aussi. Le troisième assistait, il ne semblait pas intéressé, alors que je criais.  »

Le cauchemar dure «  moins d’une heure  ». Mais, depuis dix-sept ans, il ne se passe pas un jour sans qu’Irène ne revive ce moment. «  C’est trop, ce qu’ils m’ont fait », gémit la Rwandaise qui écrase chaque larme avec son foulard.

« A chaque fois que je vois un Blanc, j’y repense, et ça fait mal. Des fois, je me réveille la nuit, mon cœur bat très fort et je me fâche, mais je ne sais pas contre qui.  »

Irène dit-elle la vérité  ? Tout commence là. Tout commence par la volonté de donner une chance au récit de ces Rwandaises qui jurent avoir été violées par des soldats français pendant le génocide de 1994. Tout commence aussi par une plainte déposée par trois femmes, Olive, Diane et Françoise, au printemps 2004.

Irène ne les connaît pas. Irène, c’est Causette qui l’a retrouvée à l’issue de plusieurs semaines d’enquête. La paysanne ignore tout de la procédure en cours et, de toute façon, elle n’est pas prête à porter plainte et à s’afficher dans un pays où les victimes de viols sont mises au ban de la communauté.

C’est aussi pour cette raison que Marie-Jeanne ne parle pas de son histoire. A Causette, elle a accepté de livrer le récit de son viol dans le camp de réfugiés de Nyarushishi. C’est aussi là que Diane et Olive, deux des plaignantes, disent avoir été agressées par plusieurs soldats français. Une coïncidence qui vaut de remonter le temps, dix-sept ans en arrière, à l’été du génocide.

Nyarushishi : l’enfer au bout de la tente

Nous sommes en 1994, la France, sous mandat de l’ONU, vient de lancer «  Turquoise  », une opération destinée à «  contribuer, de manière impartiale, à la sécurité et à la protection des personnes déplacées, des réfugiées et des civils en danger au Rwanda  ».

Le 21 juin, une trentaine de soldats du 1er régiment de parachutistes d’infanterie de marine (RPIMA), sous le commandement du colonel Didier Tauzin, débarque dans le camp de réfugiés de Nyarushishi, à l’extrême sud-ouest du pays. Le paysage d’éden porté par les collines luxuriantes, la brume qui colle aux champs de thé à perte de vue jurent avec la misère des milliers de tentes où s’entassent les survivants.

Le 1er RPIMA est vite remplacé par une trentaine de légionnaires (1ère compagnie du 2e régiment étranger d’infanterie) commandés par Franck Nicol. Installés en retrait du camp, les soldats, dont la mission est de protéger les rescapés, patrouillent chaque jour. Pour Marie-Jeanne, réfugiée du camp, leur activité ne se limite pas à ça :

«  Ils donnaient des biscuits aux enfants réfugiés pour qu’ils leur montrent les tentes où se trouvaient les jeunes filles et pour qu’ils les entraînent à l’écart. »

Silence. Marie-Jeanne se décompose, elle déroule son foulard pour se cacher le visage. La jeune Tutsi se fait prendre au piège  :

«  Un petit garçon m’a dit qu’il y avait une distribution de riz. Quand je suis arrivée, un soldat m’a poussée dans une tranchée et il m’a violée.  »

Assommée, la jeune fille de 22 ans finit par sortir de la tranchée, mais son calvaire n’est pas terminé. Une semaine après, Marie-Jeanne va chercher du bois. Sur son chemin, deux soldats l’attendent. «  A nouveau, ils me poussent dans une tranchée  », reprend-elle. Et de décrire, la voix étranglée, un autre viol par deux militaires, puis encore un autre, par trois soldats cette fois.

«  Ils m’ont fait les pires choses, je hurlais pour que quelqu’un m’entende. Quand ils sont partis, j’étais presque morte. Je saignais beaucoup, je n’arrivais pas à refermer mes cuisses et je ne pouvais plus me lever. Je suis restée trois jours dans la tranchée, sans eau et sans nourriture. J’attendais la fin.  »

Mais la fin n’est pas venue, Marie-Jeanne a survécu. Encore. « Quand on se voit, on n’en parle pas »

Intriguée par la concordance des témoignages qui désignent ce camp comme un lieu de viols collectifs, Causette est partie sur les traces des anciens rescapés de Nyarushishi. Emmanuel, un survivant rencontré dans un petit village du Sud, se rappelle  :

«  Une fille que je connais était allée chercher du bois. Elle est revenue en larmes, son tricot déchiré. C’est mon amie et elle avait été violée. Quand on se voit, on n’en parle pas. Si cela se savait, sa vie serait ruinée.  »

Rencontré dans la même province, Casimir, devenu procureur, nuance  :

«  On voyait les militaires entrer dans les tentes et repartir avec des filles. Mais je ne crois pas qu’elles étaient forcées, car elles revenaient avec de la nourriture.  »

Le vieil homme n’est pas le seul à parler à mots couverts de prostitution. Désiré, maire de Karama en 1994 – là où Irène dit avoir été violée –, purge une peine de 24 ans pour incitation au génocide.

«  Il y avait deux jolies Tutsi, elles étaient toujours avec le capitaine dans le salon du bâtiment où l’on faisait les réunions [lieu nommé “SOS village” sur la carte, ndlr] », raconte l’ancien maire interrogé en prison. « Je ne sais pas si celles-là étaient forcées, mais il y avait une dizaine de Hutus qui se prostituaient dans les tranchées avec les soldats, à côté de la mairie.  »

« Dans l’esprit des soldats, on se sert  »

Le colonel Tauzin, qui commandait un des secteurs de la zone Turquoise, ne nie pas que ce type de commerce ait pu exister : «  On ne peut pas jeter la pierre à ces pauvres femmes. Une mère qui vend son corps pour nourrir ses enfants, ça a quelque chose de merveilleux.  »

Avant de marteler  : «  Mais cela n’a rien à voir avec du viol.  » Pourtant, selon l’historien des violences de guerre, Stéphane Audoin-Rouzeau, la frontière est parfois tenue : «  La prostitution peut faire écran, mais elle peut aussi créer une zone de porosité. Nous sommes dans une situation postcoloniale. Dans l’esprit des soldats, on se sert.  »

Certains militaires ont-ils pu franchir la limite ? «  Le Rwanda est un charnier, les gens sont dans une situation de complète anomie », rétorque l’historien.

« S’il n’y a pas de consignes extrêmement précises du commandement et qu’on laisse s’ouvrir un vide moral, des tas de comportements criminels sont possibles.  »

La suite de l’enquête est à lire dans le numéro de novembre du magazine « Causette »

Leila Minano et Julia Pascual