Le Blog de Aymard

La liberté d'expression dans sa quintessence

Dans les coulisses du Conseil de l’Entente

A un journaliste qui lui demandait à quoi sert encore le Conseil de l’entente, un ministre des affaires étrangères venu au sommet de Cotonou lundi dernier, a eu une réponse curieuse : « Sans vous mentir, c’est la question que moi-même je me pose », a-t-il confié. Dans un environnement ouest-africain déjà jonché d’institutions à visée intégrationniste, l’embarras du ministre est loin d’être un épiphénomène.

Les assises de Cotonou ont été en apparence une grand-mess pour rien, sentiment largement corroboré par le communiqué final désespérément pompeux et désespérément vide. Au total, on aura simplement retenu que Boni Yayi a été reconduit pour un autre mandat d’un an et qu’il bénéficie du soutien de ses pairs franchement ravis de voir son enthousiasme communicatif sur une institution donnée pour morte depuis plus de dix ans. Et c’est tout.

La douce mélodie écrite à la résurrection a été composée en sol majeur, éclatante de visée diplomatique, riche de lendemains qui chantent. « Much ado about nothing » (beaucoup de bruit pour rien) disait la fameuse pièce de Shakespeare. Comme toutes les assises panafricaines qui réunissent nos chefs d’Etats et de gouvernement, celles de Cotonou auront été marquées par un déploiement médiatique préfigurant de grandes résolutions sans lendemain.

Pas d’actions fortes en vue sur l’agriculture, la pêche ou l’élevage, rien sur l’industrie et l’artisanat, et rien encore sur le commerce, le transport ou le tourisme. On se dit tout au moins que les pauvres deniers de l’Etat béninois n’ont pas servi à financer du vent, et que, certainement, le Chef de l’Etat a des raisons suffisantes pour ressusciter la plus vieille institution de l’Afrique de l’Ouest enterrée depuis longtemps sous les scories du temps.

Pratiquement à l’abandon depuis une décennie, c’est dans la morosité qu’elle a célébré ses cinquante ans d’existence en 2009. Son siège situé à Cotonou a été évacué, malgré les contorsions rhétoriques employées pour montrer qu’il a été transféré ailleurs. Réellement, il y a un malaise Conseil de l’Entente. L’institution a été conçue au départ par Félix Houphouët-Boigny pour servir de creuset aux Etats en marche vers la souveraineté internationale.

 A n’en point douter, c’était le premier outil d’intégration sous-régionale, même s’il a pu être utilisé à des fins diplomatiques par le vieux sage de l’Afrique (comme on appelait Houphouët à l’époque). Dans la réalité, le seul instrument de coopération qui appelle encore son nom reste l’Organisation des loteries nationales du Conseil de l’Entente qui tient des réunions régulières. Tous les programmes de développement qui maintenaient la flamme (hydraulique villageoise, l’assistance aux entreprises, électrification rurale, etc.) sont au ralenti depuis pratiquement 1990.

Ce long sommeil provient, on s’en doute, du regain d’activité au sein des autres institutions ayant pratiquement le même objet. Que ce soit l’Union africaine, la CEDEAO ou encore et surtout l’UEMOA, elles ont réussi à éclipser le Conseil de l’Entente qui n’avait plus de rôle à jouer. Mais cela ne voudrait nullement dire que l’éveil actuel correspond à une quelconque léthargie de ces institutions. Et c’est là où la curiosité perce vers la clarté.

En réalité, le sommet de Cotonou a tout l’air d’une manœuvre diplomatique du Bénin. L’agenda de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) peut expliquer le curieux enthousiasme du gouvernement. Désireux de placer son candidat à la tête de la CEDEAO, Boni Yayi ne compte pas rester les bras croisés face au Burkina-Faso qui ne ménage pas non plus ses efforts.

Toutes les occasions sont bonnes pour rehausser l’image de marque du pays et le présenter ainsi aux yeux des autres membres de la CEDEAO comme un pays panafricaniste, rassembleur et soucieux d’intégration. D’autant d’ailleurs que le sommet devant décider (enfin !) en dernier ressort se tient samedi prochain.

Rendez-vous crucial pour le Bénin qui attend impatiemment que la CEDEAO lui fasse justice, puisque notre pays n’a jamais occupé un poste de décision au sein de la Commission depuis 36 ans. Et le Conseil pourrait apparaître comme un espace permettant aux challengers de la CEDEAO de se retrouver pour négocier avec l’intermédiation de leurs pairs.

Inutile en réalité mais utile en fin de compte, le Conseil de l’Entente est donc une ressource diplomatique dont Boni Yayi s’est habilement servi, sans y paraître. Samedi nous dira s’il a réussi son jeu ou si au contraire Blaise Compaoré était plus futé que lui.

Olivier ALLOCHEME

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