Le Blog de Aymard

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Good bye Bagdad, Un retrait sans gloire mais pas de retour à la paix

Le retrait n’a pas été une retraite. Cela suffit au président Obama pour être content. « C’est une réussite extraordinaire, qui a pris neuf ans », a-t-il dit, sans paraître en douter.

Lors d’un discours devant des soldats à Fort Bragg (Caroline du Nord, Sud-est), le président a aussi évoqué le « prix élevé » de cette guerre de près de neuf ans, à laquelle il s’était opposé quand il n’était pas encore à la tête des Etats-Unis. « Nous laissons derrière nous un Etat souverain, stable, autosuffisant, avec un gouvernement représentatif qui a été élu par son peuple. Nous bâtissons un nouveau partenariat entre nos pays. Et nous terminons une guerre non avec une bataille finale, mais avec une dernière marche du retour« , a-t-il lancé. Cela reste très optimiste.

Avec le départ des derniers soldats américains d’ici la fin de l’année, c’est une guerre injustifiée qui se termine pour les USA en Irak; mais pas pour les Irakiens. Elle avait été déclenchée, pour de très mauvaises raisons, puisque Saddam Hussein ne cachait pas d’armes de destruction massive et que son alliance avec Al-Qaïda était totalement inventée. Elle se termine sans que l’Irak détruit et divisé soit reconstitué et dispose d’une stabilité politique même relative.

On ne les pleurera pas

L’Irak reste très vulnérable au terrorisme, aux affrontements ethniques et religieux, sans parler d’une action de l’Iran. Les généraux américains auraient souhaité garder sur place un contingent de conseillers militaires, capables de préparer notamment la défense aérienne irakienne. Aujourd’hui, celle-ci est égale à zéro! Idéalement, il aurait fallu laisser de 5 000 à 10.000 hommes sur place, ainsi qu’une force antiterroriste, comme dans d’autres pays de la région, pour de nombreux spécialistes.

Les Américains ne seront pas regrettés, notamment des les Sunnites qui dominaient un Irak unifié du temps, du président Saddam Hussein. Des centaines d’habitants de Fallouja, qui fut le premier bastion du refus de la présence américaine en Irak dès le printemps 2003, ont  célébré ce départ Cette ville d’un demi-million d’âmes reste profondément marquée par la double offensive menée contre elle, en avril et novembre 2004, dont la violence inouïe lui a valu une place à part dans la saga de la guerre d’Irak.

La première attaque américaine, qui visait à mater l’insurrection sunnite, fut un échec et la ville se transforma rapidement en un fief d’Al-Qaïda et de ses alliés qui y imposèrent leur loi. La deuxième bataille fit quelque 2.000 morts civils et 140 chez les Américains. Elle impliqua 15.000 GI’s et est considérée comme la plus dure qu’ils aient eu à mener depuis la guerre du Vietnam. Rien n’est oublié.

Un retrait peut cacher une intervention

En fait, le retrait d’Irak est indispensable dans l’hypothèse d’une intervention militaire contre l’Iran. Il est de plus en plus évident qu’une guerre furtive américano-israélienne contre l’Iran a déjà commencé, soutenue par la Grande-Bretagne et par la France. Un appui clandestin aux groupes armés de l’opposition s’est développé en une campagne d’assassinat de scientifiques iraniens, d’un général iranien, en cyber-guerre, en attaques sur les installations militaires etc.

La décision du gouvernement britannique de prendre l’initiative de l’imposition de sanctions sur toutes les banques iraniennes et de faire pression pour un boycott européen du pétrole iranien a déclenché le saccage de son ambassade à Téhéran par des manifestants, la semaine dernière, et l’expulsion ultérieure des diplomates iraniens de Londres.

C’est un avant-goût de la manière dont le conflit peut rapidement s’intensifier, comme ce fut le cas à la fin de la semaine lorsqu’un drone US, qui survolait le territoire iranien, a été capturé. Ce qu’un responsable israélien a appelé un « nouveau type de guerre » peut se transformer en une beaucoup plus classique. Si l’opposition à une attaque contre l’Iran ne se renforce pas, ce pourrait devenir la guerre au Moyen-Orient la plus dévastatrice de toutes. Le retrait US d’Irak ce n’est ni la paix pour le pays ni la paix pour la région.

Jean Bonnevey sur METAMAG

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