Le Blog de Aymard

La liberté d'expression dans sa quintessence

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De la Politique Africaine de Sarkozy par Olympe BHÊLY-QUENUM

Il faut ressasser certains propos : l’exigence en est l’amnésie des gens ou leur rétivité à sous-estimer les maux et les blessures qui ne sont pas les leurs ; le 19 mai 2006, Nicolas Sarkozy se présenta à Cotonou ès qualités candidat de la « rupture » ; coutumier des idées fixes à géométrie variable, il déclarera dans son programme: « Je favoriserai le développement des pays pauvres, en cessant d’aider les gouvernements corrompus ».

La même année, il pérora à Bamako : « La France, économiquement, n’a pas besoin de l’Afrique. Les flux entre la France et l’Afrique représentent 2% de notre économie. »

Son arrogance et son dédain m’ont fait revenir à l’esprit la réflexion du grand philosophe juif Emmanuel Levinas déjà citée dans ma riposte[1] : « Revenir à soi, ce n’est pas s’installer chez soi, fût-on dépouillé de tous acquis ; c’est, comme un étranger, être pourchassé jusqu’à chez soi, contesté dans son identité et dans sa pauvreté même. »[2]

L’insulte ni l’humiliation ne l’empêchaient pas de recourir à la supercherie révélée par La Lettre du Continent : «[….] le candidat de l’UMP cloisonne ses relations avec les dirigeants africains à travers une myriade d’émissaires. C’est ainsi avec son seul directeur de campagne, Claude Guéant, qu’il voit les émirs du golfe de Guinée comme le doyen Omar Bongo ou le président Denis Sassou Nguesso. C’est l’ancien ministre Olivier Stirn qui le représentait, le 3 avril à Dakar à l’investiture du président Abdoulaye Wade. Officiellement les dossiers sont gérés par le conseiller diplomatique David Martinon avec Pierre Régent et un jeune diplomate “africain” Bons Bouton. Parmi les secrétaires nationaux de l’UMP, les ex-ministres .Jacques Godfrain et Hervé de Charrette, ne sont pas avares de notes, de même que Michel Barnier.»

On pourrait y ajouter François Jay de la SEM Coopération 92 ; à son sujet, on a pu lire : « Sarkozy a par ailleurs recruté François Jay, un ancien de Bolloré » dans Lettre du continent n°210) qui souligna : « Bunkérisés dans l’Hexagone […] les candidats à la présidence de la République française n’ont pas vraiment eu l’occasion (ou cherché) de définir ce que seront leurs rapports avec l’Afrique…L’équation Afrique/immigration a totalement pollué toute perspective de nouvelles relations avec un continent dont les extraordinaires potentialités sont aussi fortes que sa capacité de nuisance. »

Pas un journal de l’Hexagone ne faisait allusion à l’ambiguïté des méthodes du candidat ; sidéré, j’ai à maintes reprises reproduit les informations ci-dessus dans mes interventions encore présentes à la rubrique Politique de mon site : www.obhelyquenum.com

Le pire étant toujours possible quand on n’a pas la moindre idée du terrain sur lequel on s’avance, élu président de la République française, ex-Mère Patrie de l’Afrique francophone régentée par un cancer dénommé Françafrique, Monsieur Nicolas Sarkozy fit entendre à Dakar, à l’Université Cheikh Anta Diop :

« Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. »

À moins qu’il ne soit dénaturé ou un paria, quel Africain oubliera ce coup de massue, poncif hégélien crânement raciste ? Qu’à cela ne tienne, puisque « l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire », il était légitime, en 2007, de ne faire aucun cas de ce fait historique : « après les accords de Munich, la France affaiblie n’aurait jamais pu se maintenir parmi les grandes puissances, sans ses colonies en tant qu’alliées. »[3]

Depuis l’innommable discours de Dakar, il y a eu en Afrique des élections présidentielles dont certaines, sans être exemplaires, avaient le mérite d’avoir été un tant soit peu démocratiques ; mais en 2011, trucages, irrégularités, truanderies ont atteint leur apogée au Bénin par une forfaiture répréhensible dont la conséquence aurait dû être l’annulation d’une telle mascarade; dans le creuset du Vodún court maintenant le bruit que le chef d’Etat failli du pays piégé envisagerait la révision de la Constitution ; le peuple ainsi que les artistes de l’ex-colonie française dont la servilité du Premier magistrat est accablante auront-ils le courage des Sénégalais? Ils ont infligé au président Wade une défaite qu’illustre le savoureux apophtegme de Montaigne selon lequel « plus haut monte le singe, plus il montre son cul ».

La déconfiture du projet du grand juriste également homme de culture qu’est Abdoulaye Wade est due, «aussi » m’a écrit un ami, « à la mobilisation des intellectuels et des artistes parmi lesquels le rappeur Didier Awadi rejoint par Youssou N’Dour »

Ne s’étant pas compromis, ils n’en endossaient pas les boubous de compradors; que le projet  de Wade s’en soit allé en eau de boudin est une autre preuve que celui qui, depuis Paris, s’impose avec tant d’autorité aux chefs d’Etat de l’Afrique francophone, a précisément l’avantage qu’eux-mêmes lui laissent pour les ridiculiser, voire les détruire ;candidat unique de l’UMP à l’élection présidentielle de 2012, il a dû éprouver le camouflet de son soutien rapporté par Le Canard enchaîné; chercher à associer Barack Obama à la politique africaine de la France sous le règne de Nicolas Sarkozy est une démarche dont la stupidité a dû faire pouffer l’African-American de la Maison Blanche.

C’est la perspicacité de Maryvonne, ma femme, qui a attiré mon attention sur l’article du Canard enchaîné[4] dont je conseille la lecture : à visage découvert, la politique africaine de la France est régulée par le cancer Françafrique ; grâce aux compromissions des chefs d’Etat, celles aussi, hélas ! de certains intellectuels et artistes qui auraient dû se constituer en un contre- pouvoir infaillible, l’Afrique francophone demeure le sempiternel vassal de quelques coteries qui la hongrent.

La Chine s’en amuse, surfe en creusant ses sillons. Quel Africain loyal s’en plaindrait ? Çà et là en Grèce, dans une rue, au marché comme dans un grand magasin, je les ai vus s’exprimer en grec avec des Grecs. Combien de Français bon teint résidents en Afrique sauraient en faire autant ?

Olympe BHÊLY-QUENUM


[1] www.obhelyquenum.com (cf.rubrique POLITIQUE)

[2] Entre-nous. Essais sur le penser-à-l’autre.

[3] Simone Weil.cf.Œuvres, collection Quarto.édits Gallimard, Paris.

[4] N°4733 du 03/07/11.

Senegal : Intégrisme Libéral

Abdoulaye Wade ne changera jamais. Le secrétaire général du Parti démocratique sénégalais est un intégriste. Dans son genre, il s’arroge le droit inaliénable de faire de la politique à tous moments et en maints endroits. Son culte politique ne s’accommode d’aucune autre forme de croyances et ne s’embarrasse d’aucune convenance.

Le Khalife général des Mourides appelle à la cessation de toutes activités politiciennes dans la ville sainte de Touba. Wade organise des séances de tam-tam endiablées aux environs de la grande mosquée. Les intégristes libéraux poussent les frontières de la profanation plus loin. Ils embarquent maintenant leurs concitoyens dans l’univers onirique de l’interprétation des rêves. Convoquer Serigne Saliou Mbacké dans un débat purement politicien est une forme d’attaque terroriste. Mais la voiture de la candidature de Wade semble piégée pour de bon. Au-delà de l’aveu suicidaire du « wax waxeet », la crise du régime libéral est une crise de la volonté libérale, c’est-à-dire leur capacité à commencer quelque chose de nouveau. Et ce n’est écrit nulle part : le stratagème de 2007 ne sera pas forcément efficace en 2012. La vérité du mois d’août n’est pas celle de février. Car à la chandelle, même une chèvre peut sembler demoiselle.

La mobilisation libérale est suspecte. Pour les ambianceurs et autres chauffeurs de salle, Wade est le nouveau Crésus. Le souverain des bords de la Pactole est assis sur un budget colossal de guerre. Mais il faut être objectif. Personne ne peut reprocher aux libéraux de faire de la politique. Le but de tout pouvoir est de se maintenir au sommet. Cependant, aucune fin ne peut justifier tous les moyens. Wade a le droit de donner une réponse politique aux messages politiques de ses adversaires. Mais, pour les Mourides sincères, Serigne Saliou Mbacké est un saint homme. Son nom et son aura ne doivent faire l’objet d’aucune exploitation politicienne. D’autant qu’il y a quelque chose de proprement scandaleux dans les explications fournies par le secrétaire général du Pds tel que rapporté par la presse. Selon Wade, Serigne Saliou Mbacké lui avait fait cadeau d’une bague. Toutefois, si on suit ses explications, il n’avait pas jugé utile de la mettre. Dans un rêve, il aurait vu une bague. Le lendemain, il donne ordre à ses hommes d’aller lui faire le même bijou chez un bijoutier réputé de Paris. Comme par enchantement, il retrouve la même bague sur sa table de chevet un jour. Et ses proches de lui rappeler quelque chose qu’il n’aurait jamais dû oublier : le défunt Khalife général des mourides lui avait fait cadeau du même bijou. En voulant frapper les esprits, Wade fait deux aveux très graves : premièrement, aucun mouride sincère n’oublie un cadeau de cette valeur venant d’un homme de cette hauteur. Deuxièmement, c’est à travers ses propres rêves que Wade valide une recommandation du Khalife général des mourides. Un talibé de cette nature ne court pas les rues de Touba. C’est certain.

A la veille de la Présidentielle de 2007, Wade avait fait la même opération de charme en direction de Serigne Touba. Il avait promis d’investir 100 milliards de nos francs pour moderniser la ville sainte. Mieux, il avait promis de terminer les travaux au lendemain de la Présidentielle. Sa promesse reprise par Serigne Saliou Mbacké avait été perçue comme une consigne de vote par beaucoup de mourides. Non seulement, la promesse n’a pas été tenue, mais Wade a eu le courage de convoquer les difficultés économiques pour se justifier. Entre-temps, le pape du Sopi a construit un monument dit de la Renaissance africaine autour d’une opération foncière de plus de 80 milliards de nos francs. Il a même eu la fantaisie récréative d’organiser un festival des arts nègres tout aussi onéreux. Wade doit respecter les mourides. C’est le minimum. Au cours de sa visite à Touba, nous n’avons pas eu vent d’une quelconque rencontre avec des membres de la famille de Serigne Saliou Mbacké. C’est un signe. Ces derniers sont aujourd’hui engagés dans un bras de fer judiciaire pour rentrer dans leurs droits. Un terrain appartenant au défunt Khalife a été attribué à la société nigériane Dangote par l’Etat dirigé par Abdoulaye Wade. Les lobbys autour des Khalifes et des mercenaires de la foi essaieront toujours de faire dire aux Khalifes ce qu’ils n’ont jamais dit. Wade a promis à Serigne Cheikh Maty Lèye de faire de Touba, une ville plus belle que Dakar dans un an. Le Khalife de lui répondre : « On verra dans un an. » Wade et ses alliés concluent rapidement à une bénédiction du marabout pour le prochain scrutin. Le procédé est malhonnête, mais les intégristes sont toujours les grandes victimes du principe de l’exposition sélective. Ils ne voient que ce qu’ils veulent bien voir. Et ils n’entendent que ce qu’ils veulent bien attendre. Pour se faire exploser, il faut bien avoir un esprit et un cœur cadenassés, n’est-ce pas ?

Aliou Ndiaye/ Observateur

Senegal : Le Parti socialiste fustige le discours de Wade

Communiqué du Parti socialiste suite au discours de Wade

Notre pays est en crise mais Abdoulaye Wade ne se préoccupe que de la crise de son régime. L’exercice auquel il s’est livré, qui aurait du être un exercice d’humilité et de responsabilité aura été finalement une nouvelle provocation d’un homme d’un parti qui oppose le mépris au Sénégal debout. Abdoulaye Wade n’a pas parlé aux Sénégalais mais à son camp. Il est resté sourd au message que le peuple sénégalais a voulu exprimer le 23 juin 2011.

D’abord, le mépris de la démocratie est à son comble lorsqu’il qualifie la défense de la Constitution et les manifestations contre son projet de loi de tentative de déstabilisation. C’est un discours qui vise à se rétablir mais pas à rétablir le Sénégal dans la trajectoire d’une démocratie majeure qui renoue avec un système électoral transparent et crédible. Le mépris pour le peuple apparaît dans la diversion avec ses propositions hors contexte et ses manœuvres désespérées qui lui permettront de rester au pouvoir contre la volonté des Sénégalais.

Ensuite, et comme à l’accoutumée, la cécité l’a empêché de se hisser à la hauteur de ses charges républicaines et l’a conduit à opposer un puéril déni de réalité. La vraie préoccupation, c’est de voir un homme de son âge et de sa responsabilité qui continue à faire preuve d’immaturité. Aux yeux d’Abdoulaye Wade, les Sénégalais sont aveugles. Mais il se trompe ! Il se trompe énormément. Il n’a pas entendu ceux qui ont exprimé leur désarroi face aux fractures ouvertes qui accablent notre société. Les Sénégalais lui disent qu’ils ne veulent plus de sa gouvernance toxique qui a infesté tous les secteurs de la vie nationale. Ils lui disent qu’ils ne veulent plus de la vie chère. Ils lui disent qu’ils ne veulent plus du gaspillage des ressources publiques qui laisse filer les déficits. Ils lui disent qu’ils ne veulent plus de la délinquance financière. Ils lui disent qu’ils ne veulent plus de l’impunité. Ils lui disent qu’ils trouvent intolérables qu’il abandonne les paysans, les pêcheurs et les pasteurs. Ils lui disent qu’il est suicidaire pour un pays de laisser les secteurs de l’éducation et de la santé s’enliser dans une crise chronique. Ils lui disent qu’ils n’accepteront plus la violation de la Constitution, qu’ils n’accepteront plus la remise en cause des acquis démocratiques, qu’ils n’accepteront plus les atteintes aux droits et libertés.

Enfin, au lieu d’apporter des réponses aux messages que le peuple sénégalais lui a envoyés le 23 juin 2011, Abdoulaye Wade a servi une mise en scène grotesque où malgré les apparences, il a donné l’image d’un homme qui a peur et qui cherche à se rassurer en se réfugiant derrière un camp en débâcle qui ne peut plus rien pour lui. Lorsqu’il muscle son discours et brandit des menaces, il devient pathétique car il sait que les Sénégalais ne lui feront plus aucune concession et que les événements du 23 juin dernier sont le signe d’un mouvement historique irréversible qui conduira à la fin de son régime.

Au total le show médiatique auquel Abdoulaye Wade s’est livré s’apparente à un requiem pour un régime agonisant. Son discours est symptomatique de l’autisme suicidaire d’un homme qui vit dans un univers de l’enfermement en regardant du haut le Sénégal et les Sénégalais. Contre cette surdité, le peuple sénégalais se doit de réagir énergiquement pour l’amener à discerner la gravité des circonstances dans lesquelles se termine son règne et l’incliner à choisir le devenir du pays au lieu de chercher à s’accrocher désespérément au pouvoir. Dans ce sens, il faut organiser et amplifier les manifestations populaires pour l’obliger à comprendre qu’il partira, que les artifices, dont il entend user pour se maintenir au pouvoir, n’y suffiront guère et que la détermination des Sénégalais viendra à bout de sa farouche volonté d’installer notre pays dans le chaos.

Fait à Dakar, le 14 juillet 2011

Pour le Parti socialiste

Le Secrétaire national adjoint à la communication

Abdoulaye WILANE

Senegal : Panne sèche

Longtemps critiquées par Abdoulaye Wade du temps et pendant tout le temps qu’il était dans l’opposition, les institutions de la République ont permis la nouveauté d’un fait historique, l’Alternance, surgissement d’une nouvelle vision de l’Etat, traduit dans les urnes par une majorité d’électeurs sénégalais, le 19 mars 2000, qui a porté le candidat Wade, au Palais de la République. Mais l’Alternance opérée ce jour là n’était pas seulement politique. Elle a également ouvert un autre moment historique en « imposant » un aboutissement pacifique à une situation sociale et politique grosse de tous les dangers, que vivait le Sénégal à la fin des années 90.

« Ils sont bornés par manque de clôture ». René Char

Il avait été reproché à Abdou Diouf et à son régime, de mal gérer les ressources publiques, de mal investir, d’être insensibles aux questions sociales, de n’avoir pas freiné la forte augmentation du train de vie de l’Etat, de créer des institutions coûteuses pour reclasser un personnel politique (Sénat). Les politiques d’ajustement structurel des années 90 ont été le coup de massue. Retranché dans son Palais, Diouf n’avait pas vu venir la lame de fond qui allait l’emporter. C’est sur l’air de « na dem, na dema dema dem », qu’Abdou Diouf partit en mission pour Abdoulaye Wade.

Le nouveau président du Sénégal choisit un 1er avril, cette journée vouée par tradition au fameux poisson accroché dans le dos qui symbolise le rire aux dépens, pour prêter serment. La date et le lieu de la prestation occupent encore une place particulière dans notre (petite) histoire, en plus du discours et de la mise en scène, tous les deux très singuliers. L’espoir était immense, parce qu’en même temps qu’il promettait la résolution de la demande sociale par une maîtrise des coûts de la vie, Abdoulaye Wade disait être mû par la quête d’une nouvelle moralité politique. C’était son discours, sa profession de foi, tout au long de la campagne présidentielle, cette année-là.

Onze années plus tard, le régime libéral a enraciné au plus profond de la conscience populaire, la foi dans l’inégalité, la conviction que seule la faveur décide, que pour avoir ce que l’on veut il faut non le mériter, mais le « décrocher ». Recommandations, interventions, démarches, pressions « pistons », sont devenues pour nombre de Sénégalais, la loi du régime « démocratique » libéral. De là, est né, e bas en haut, le sentiment d’un louche compagnonnage de services mendiés et de services rendus, qui fait de l’intrigue, en violation du droit, la base des relations publiques. In fine le Sénégal est devenu un immense total de petits comités de patronage, qui, en s’obligeant les uns les autres, créent deux catégories de citoyens : ceux à qui ont dit oui, même quand ils ont tort, ceux à qui l’ont dit systématiquement non. Même quand ils ont raison.

Cette dérive s’est faite corrélativement à la captation du pouvoir par une minorité. Peu à peu, le pays connait non pas le gouvernement du peuple par lui-même, mais le gouvernement du plus grand nombre par le plus petit nombre : le despotisme de la minorité. Non seulement les idées de l’Alternance n’ont pas résolu les problèmes hérités du régime socialiste. Mais, celles énoncées, ont été impuissantes à régler celles du peuple.

A bien y regarder, on peut se poser la question de savoir si Maître a pu se départir de la culture politique des années 50-60 qui lui est contemporaine, tant le décalage temporel produit un effet d’anachronisme. Soupçonné de conduire un projet monarchique (un défi au patrimoine historique politique sénégalais), il doit faire face, aujourd’hui à des choix impossibles, ce qui le laisse nu. Peut-être est-ce une raison de vouloir briguer un 3ème mandat à (officiellement) 86 ans. C’est tout de même pathétique de n’avoir personne dans son entourage à la hauteur ou sûr pour assurer ses arrières.

L’arrivée au pouvoir de ceux qui se sont approprié l’Alternance, Maître et ses cadres notamment, a mis a nu leurs handicaps qui ont vite fait de plomber l’Alternance elle-même : le manque de culture étatique, traduit par un énorme cafouillage des premières années, le recyclage des éléments du régime socialiste pour la mise en discipline des partisans du Sopi qui ont été tour à tour éjectés pour ne laisser en place que les courtisans qui ont survécu à tous les régimes politiques issus d’élections. Situation aujourd’hui pathétique avec la récupération des dinosaures « socialistes » qui, quand ils entraient en politique, n’avaient pas encore mué. Nous les aurons eu de la couche-culotte à presque au linceul.

Un des grands problèmes se situe là, parce que tout a fini par fonctionner en circuit fermé et influe forcément sur la capacité d’anticipation. Cela devient comme une consanguinité. Ce n’est pas bon pour les lapins. C’est pire pour les hommes. Et cela explique peut-être en partie le court terme chaque fois qu’une crise éclate : l’école, le système de santé, les banlieues (puissante niche électorale) rendues lacustres voire amphibies par l’incurie du pouvoir, la question énergétique, la Casamance. Après avoir bricolé pendant longtemps, sur chacune de ces questions, le régime a jeté l’éponge. Aujourd’hui, il attend le miracle.

Mais au-delà des personnes il y a à s’interroger sur la capacité de l’Alternance à fabriquer une « élite ». Va-t-elle devenir caduque dans la mesure où elle n’a rien apporté de nouveau ? Les régimes de Senghor, puis de Diouf, ont été portés au pouvoir par un intellectuel collectif en charge de l’Etat et de la production idéologique mais aussi scientifique. Les faiseurs d’argent et les faiseurs d’idées, la main dans la main ont construit un Etat, une République dans la matrice d’un raffinement culturel tellement sophistiqué qu’ils pouvaient avoir la prétention à l’universel. Par contre, les hommes de l’Alternance se sont jetés immédiatement sur les ressources publiques pour se faire une base économique et d’une jouissance qui leur a tant manquée, en oubliant le sort collectif de leur pouvoir.

La course à l’enrichissement s’est engagée, et ils n’ont pas eu l’intelligence collective de nouer une alliance avec les capitaines d’industrie, et autres acteurs du monde des affaires déjà établis, capables de créer une base économique par des ressources issues non pas de rente, mais de capacité productive. La seule chose qu’ils ont su faire et bien faire, c’est d’utiliser l’argent public à d’autres fins et construire leur rêve : d’énormes bâtisses borgnes et hideuses à l’image de leurs limites.

Un pouvoir économique et financier s’est constitué en dehors des sites légitimes de l’exercice du pouvoir : l’administration et les assemblées représentatives, avec une importance accrue accordée à la Présidence de la République, au Cabinet du président, à celui de son fils et de son épouse qui est devenue Madame la présidente, soutenue dans sa tâche immense « d’éducation-santé », par un cabinet faisant partie des services de la Présidence de la République. Ils sont aujourd’hui les seuls pôles d’exercice du pouvoir et de l’autorité stables, dotés de ressources matérielles et symboliques notables.

La corruption est devenue un instrument de gouvernement dans un environnement où la presse assure, parfois très difficilement sa liberté d’expression, dans un contexte international très sensible au respect des normes démocratiques et à la bonne gouvernance. Quand un scandale est éventé, des lois de circonstance sont votées, ayant pour seul objet de mettre l’éteignoir sur des affaires qui dérangent, parce que les impliquant. La toute dernière en date est celle qui porte sur l’organisation et la saisine de la Cellule Nationale de Traitement des Informations Financières (Centif). Un bout de phrase à la fin de l’article 29. La liste noire va changer de couleur, deviendra grise avant de blanchir sur parole ( ?) ainsi que l’argent de la corruption qu’on a certainement lessivé à grandes eaux.

A cela, il faut ajouter la manipulation des religieux et des religions à leurs fins propres avec la stratégie d’afficher une soumission et en arrière plan leur manipulation. La tentation a été souvent forte de les mettre en concurrence, de les mettre en télescopage pour les affaiblir toutes et en faire des appendices du pouvoir de l’Alternance. Il faut cependant dire aussi que la course aux soutiens confrériques n’a pas été seulement l’apanage de Maître et de ses alliés. Les onze années d’Alternance ont également fait révéler l’aveuglement et le manque de confiance de la classe politique dans sa totalité, dans le formidable sursaut citoyen noté durant la décennie. Sans affronter l’aristocratie religieuse, n’est-il pas est possible de l’ignorer sans en pâtir électoralement ? Apparemment, la classe politique, dans son ensemble n’a pas fait preuve d’un évident pour d’envisager cette perspective.

Ces années d’Alternance nous ont fait aussi observer que dans les partis politiques d’opposition, les propositions d’alternatives crédibles, n’ont pas germé. Après leur victoire bien réelle (n’était-elle pas en trompe l’œil) aux élections locales de mars 2009, chacun y est allé de sa petite sécession. Ils n’ont pas pu ou su évoluer et inventer de nouvelles fonctions mais surtout, ce qui est le plus frappant, c’est qu’ils se sont laissés distancer par les populations elles-mêmes. Cette population constituée aujourd’hui d’individus beaucoup plus émancipés, beaucoup plus critiques, n’est plus disposée pour la plupart, à se mobiliser pour un seul candidat qui lui imposera un programme. Même dans l’opposition, les partis politiques, sont restés des structures oligarchiques, et si les comités de base leur permettent de ratisser large, les véritables décisions sont centralisées au sein de l’état-major sans que les militants aient leur mot à dire.

Depuis l’avènement de l’Alternance, et après la période de grâce, la population prête une oreille très attentive aux propos qui ont un rapport direct avec son quotidien : se soigner, se nourrir, se loger, s’éduquer et trouver du travail, tout en faisant montre tous les jours, de sa résolution à rendre tous les politiques comptables des actes qu’ils posent. C’est en cela que le militantisme s’est transformé et les partis politiques nécrosés leur faisant ressembler à un kyste dans un corps.

C’est dans une ambiance de réappropriation de l’Alternance que les Sénégalais marqueront son onzième anniversaire. Ils refusent d’être exclus du « peuple de l’Alternance » qu’ Iba Der Thiam avait recensé et bloqué à 2 millions de Sénégalais. C’est pourquoi, le préfet de Dakar a reçu à la date du 17 mars 2011, vingt quatre demandes de marches et manifestations, rien qu’à Dakar. Les Sénégalais ont compris que ce qui est tu un petit peu, tue à petit feu.

L’Alternance, que l’on soit d’un côté ou de l’autre, a changé le climat dans notre société. Ses dépressions quotidiennes et ses tourmentes cycliques ont instauré un temps lourd et instable dans une insécurité sociale (chômage, pauvreté dans les villes et dans les campagnes) qui s’installe comme une météo inévitable..Les Sénégalais avaient voté le changement, synonyme de l’émergence d’une nouvelle qualité, qui présuppose, et à son tour crée, un degré de responsabilité, propice à de nouvelles relations. Dans cette période de troubles, où tout s’accélère et se complexifie dans la confusion, s’adapter ne suffit plus pour survivre. Il s’agit pour le véritable peuple de l’Alternance de se projeter un futur désiré réalisable, de s’y préparer en valorisant et utilisant ses propres ressources, trop souvent ignorées par une classe politique qui ne se soucie guère que d’élections. Mais sur tout cela, Maître n’est « pas encore prêt, à organiser des élections pour son successeur » sourd qu’il est aux cris du peuple qui n’en peut plus.

Henriette Niang Kandé/sudonline.sn

Senegal : Le difficile statut de «fils du Président»

Il est quand même de chair, fait. Il souffre, et cela se sent. La lettre de Karim Wade à ses compatriotes d’abord, à l’opinion internationale ensuite, est un aveu d’une souffrance contenue. « Pendant ces dernières années », dit-il dans sa déclaration envoyée à la presse, pendant « ces derniers mois, ces dernières semaines et ces derniers jours », Karim aura « tout vu, tout lu et tout entendu ».

Les événements des 23 et 27 juin 2011 auront donc été la goutte de trop. Ils ont le mérite d’avoir pu le sortir de sa réserve. Moins que les premières phrases, c’est la conclusion de sa déclaration, qu’il serait intéressant de relever. « Chez nous, il n’y a qu’un seul et unique chemin pour accéder au pouvoir : celui des urnes. Au Sénégal, en France, en Angleterre, aux Etats-Unis et dans toutes les démocraties, le pouvoir ne s’hérite pas, il se conquiert par la voix des urnes ». Une répétition, presque mot pour mot, de ce qu’a toujours affirmé le Président de la République. Il n’est pas dit, cependant, que cela suffira à convaincre ceux qui ont fait de la lutte contre la « dévolution monarchique du Pouvoir », un thème contre le Pouvoir. Si Wade fils est aussi sincère que convaincu de ce qu’il dit dans sa déclaration, ce devrait être pris pour appel à plus d’imagination adressé à ceux qui n’auraient d’autres idées de campagne à proposer aux Sénégalais.

Karim le reconnaît implicitement ; il a beaucoup trop tardé à édifier ses compatriotes sur ses rapports à la dévolution du Pouvoir. Maintenant, il se dévoile : « l’heure est venue pour moi de m’exprimer. Le temps est venu de délivrer, du fond du cœur, un message de vérité, de fraternité et de sincérité. Je me dois d’autant plus de le faire, que tout un chacun sait que je suis la cible d’attaques profondément injustes ». « Impitoyablement, dit-il, je suis sanctionné sans être entendu, jugé dans des procès sans défense, condamné  sans recours possible. De ma présomption d’innocence, on se passe automatiquement. On me prête beaucoup trop ».

Ses détracteurs lui rétorqueront que c’est plutôt son Président de père, qui lui a « trop donné », l’exposant ainsi à la vindicte, dans un contexte de crispation politique, où il n’y a que très peu de place pour le débat d’idées et la confrontation des projets de société. Quatre ministères, considère-t-on, c’est « énorme pour un seul homme ». Cela l’est surtout lorsqu’on est le fils du Président de la République. Encore plus lorsque pour le commun des Sénégalais édifiés par l’expérience, la fonction ministérielle est davantage un moyen de se servir, que celui de se rendre utile à la collectivité nationale.

C’est donc Me Abdoulaye Wade lui-même, qui a attiré l’attention sur Karim Wade. Ce dernier n’est pas attaqué sur ses compétences personnelles. C’est l’énorme champ des attributions ministérielles qui ne passe pas. Encore que les attaques contre sa personne ne datent guère de son entrée dans le gouvernement de son père. Karim a été toujours été une cible facile. Il paie pour avoir choisi – comme il disait lui-même – « le parti de l’action », face à celui de la parole.

Il s’aménage maintenant un moment de riposte, pour s’en prendre aux  « magiciens de la désinformation, aux adeptes de la propagande politique, aux manipulateurs de l’opinion publique nationale et internationale ». C’était pour dire qu’au Sénégal, « le sentiment démocratique est très fort ». La preuve s’il lui arrivait de n’être pas lui-même convaincu de ce qu’il affirme, la manière dont ses compatriotes accueillent le moindre signe susceptible de fausser les règles du jeu démocratique.

La Lettre de Karim Wade arrive sur l’espace public en même temps qu’une déclaration des Administrateurs Civils (la énième), qui en sont encore à demander « plus de considération » pour leur corps, naguère à la pointe du suivi des grands dossiers de l’Etat.

Les causes de frustration sont légion, il faut l’avouer, en ce qui concerne Karim Wade. De n’avoir pas participé aux luttes sans merci ayant permis à son père d’accéder au pouvoir, ne lui est pas pardonné par les compagnons, militants ou alliés du Parti démocratique sénégalais (Pds). Encore que d’autres qui s’illustraient dans leurs attaques contre l’ex Opposant, sont aujourd’hui mieux servis que des « pestiférés » d’avant alternance. Il ferait par ailleurs fausse route, de prendre les journalistes pour responsables des campagnes contre lui. La Communication d’Image obéit à des critères autres, que ceux généralement mis en œuvre par le Ministre d’Etat.

Le Sénégal ne peut se permettre l’aberration d’une succession de père en fils, quelle que soit la famille. C’est en cela qu’une dévolution peut être qualifiée de « dynastique ». Quant à, la « monarchie » si souvent convoquée par les détracteurs de Karim, elle prend racine  dans l’hyper présidentialisme, tel qu’il est exercé actuellement. Certes, il ne devrait être nullement question de refuser à qui que soit, le droit d’avoir des « ambitions pour (son) pays » (sic).

C’est dans la manière de réaliser ces ambitions que résident les points de gêne. Karim Wade, « militant du Pds » (exit la Génération du Concret ?), candidat à la présidentielle de son pays, ne peut souffrir d’ostracisme, lorsque cette candidature n’est portée par aucune institution de la République.

A égalité de chances au départ, les Sénégalais décideront seuls, à l’issue d’un scrutin honnête et transparent,  celui qui aura leur confiance pour présider à aux destinées de ce qu’ils ont en partage, pour la durée constitutionnellement déterminée. Voila le meilleur moyen pour se débarrasser de l’étiquette « fils du Président ».

sudonline

Interview de Saïf Al-Islam Kadhafi : « Abdoulaye Wade a reçu 20 millions d’euros pour son fils »

Révélation du fils de Khadafi: “Abdoulaye Wade a reçu 20 millions d’euros pour son fils (Karim, son possible successeur). C’est le Qatar qui a payé, nos espions nous disent tout

Parmi les enfants de Mouammar Kadhafi, Saïf Al-Islam avait l’ambition d’être le réformateur de la Libye. Le deuxième fils du Guide libyen a vécu et étudié à l’étranger, lancé de grands travaux de transformation des villes libyennes. Lorsqu’a éclaté la contestation armée, en février, l’ingénieur de formation a sidéré la planète par une allocution télévisée où il promettait de continuer la guerre contre les rebelles de l’est libyen, le Conseil national de transition (CNT), “jusqu’au dernier homme, jusqu’à la dernière femme, jusqu’à la dernière balle.”

Quatre mois plus tard, Saïf Al-Islam Kadhafi, l’ex-”jet-setter”, joue un rôle clef à Tripoli. En raison des frappes de l’OTAN, il reste discret sur ses déplacements mais, en cet après-midi, il est allé “nager dans la mer”. Depuis le 20 juin, il fait l’objet d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI), comme son père et le chef des services de renseignements libyens.

Vous sentez-vous visé par les frappes de l’OTAN ?

L’OTAN a bombardé ma propre maison, le bureau de mon père, sa tente et d’autres endroits où ils pensent mon père pourrait se trouver. Ils essayent de le tuer de toutes leurs forces. Ce qui montre que ce sont des gangsters, un groupe de criminels. Je ne crois pas que la résolution (1973) du Conseil de sécurité dise : “Vous devez tuer Monsieur Kadhafi”, ou tuer mon frère (Saïf Al-Arab, le plus jeune des fils de Mouammar Kadhafi, tué par un bombardement de l’OTAN avec sa famille en mai), ou tuer les enfants de Libye.

Comment vivez-vous les poursuites de la CPI ?

Il y a deux mois, on nous appelait de plusieurs pays, en nous disant : “Si vous partez en exil, on fera cesser les poursuites. On réglera ça.” Ça signifie que ce n’est pas un véritable tribunal. C’est un outil pour nous mettre sous pression. Mais on pense plus à la bataille en cours, pour l’instant, qu’à la CPI. Dieu est avec nous, on va se battre, et on gagnera. Ils (le Conseil national de transition (CNT), les rebelles) sont du côté du Mal. Ils commettent des horreurs. Benghazi est comme Mogadiscio, avec des terroristes partout.

Vous dites “ils” pour qualifier le CNT. Vous ne souhaitez pas les qualifier de rebelles ?

Je les appelle plutôt des rats. Ils n’ont aucune chance de prendre le contrôle de la Libye par le biais de l’OTAN et de la France. Les rats sont très fiers d’eux-mêmes. Ils n’étaient personne. Maintenant, ils sont reçus à l’Elysée, au 10 Downing Street, chez Obama. Il y a des avions, des sous-marins qui font la guerre pour eux. C’est comme au cinéma, mais le peuple ne les soutient pas. Un jour, vous vous souviendrez de ce que je vous dis : les rats n’ont strictement aucune chance de contrôler ce pays. Ce sont des traîtres. Ils travaillent avec des Européens, des Américains, d’autres encore pour bombarder leur propre peuple.

Il y a aussi des pays africains qui soutiennent le CNT.

La France a ses valets en Afrique. Ils ne vénèrent pas Dieu, ils vénèrent l’Elysée. Certains ont leurs raisons. Abdoulaye Wade (le président sénégalais) a reçu 20 millions d’euros pour son fils (Karim, son possible successeur). C’est le Qatar qui a payé, nos espions nous disent tout. Mais nous avons de nombreux amis sur le continent.

Il y avait à l’origine de cette crise un mouvement de contestation du pouvoir en Libye.

Les véritables enjeux sont l’argent, l’argent, l’argent et le pétrole. Personne ne soutient les rebelles en Syrie, par exemple. Mais ici, il y a du pétrole. La Libye est un gigantesque gâteau que les pays (étrangers) veulent se partager. Ça suffit, on n’est pas dans un bazar. On fait couler le sang des gens pour pouvoir signer ces contrats.

Nicolas Sarkozy avait reçu Mouammar Kadhafi à Paris en 2007. A présent, la France soutient le CNT. Que s’est-il passé ?

On considérait M. Sarkozy comme notre meilleur ami en Europe. La relation qu’il avait avec mon père était tellement spéciale. Nous avions même des liens avec son ex-femme. Nous avions une sorte de relation familiale avec lui. En une nuit, il a changé d’avis. Nous avons entendu qu’il était fâché parce que nous n’avons pas signé beaucoup de contrats avec la France. On n’a pas acheté le Rafale. Le Brésil et Abou Dhabi ne l’ont pas acheté non plus. Est-ce que la France va les bombarder aussi ? Mais il reste une chance pour restaurer cette amitié. Si vous continuez à nous bombarder, vous n’obtiendrez rien. Mais les rebelles ne l’emporteront jamais. Pétrole, Rafale, contrats : fini ! Total ? Fini ! Quant à ces gens (les rebelles), bientôt ils vont disparaître. Si vous voulez faire des affaires en Libye, vous devriez venir à la bonne adresse (Tripoli). Là, vous traitez avec les mauvais interlocuteurs.

On se bat toujours sur les fronts…

Les rebelles ne sont que quelques centaines de combattants, huit cents ou mille à l’échelle du pays. Ils sont relativement forts parce qu’ils ont l’OTAN qui se bat pour eux, avec l’argent, les médias, les armes, les (hélicoptères) Apache. Les Tornado, les Rafale, le Charles-de-Gaulle. La VIe flotte(américaine), les Awacs. Ce n’est pas une plaisanterie, tout ceci. Si vous soutenez Mickey Mouse avec de tels moyens, Mickey Mouse sera quelque chose en Libye ! En dépit de cela, ils perdent du terrain tous les jours.

Que se passerait-il si l’OTAN arrêtait ses frappes ? Vous arrêteriez la guerre ?

Avec l’OTAN ou sans l’OTAN, et même si le diable vient faire la guerre avec les rebelles, ils vont perdre ! Les Américains ont soutenu le Sud Vietnam pendant longtemps, à la fin ils ont dû partir en courant. Aujourd’hui même, les Américains essayent de faire plaisir aux talibans en Afghanistan et négocier avec eux. Les Mirage 2000 sont envoyés depuis la Corse, les Tornado anglais depuis la Sicile. Ils font des missions depuis l’Europe pour bombarder un Land Cruiser (un 4×4) en Libye et ils retournent sur leur base. Vous pensez qu’ils vont contrôler la Libye en s’y prenant de cette manière ? Ce sont les gens sur le terrain qui vont l’emporter.

L’opération de l’OTAN est particulièrement stupide, mal préparée. Tout a été fait dans la hâte. Une campagne fast-food, une campagne McDonald’s. Nous, nous avons notre armée. Nous avons plus de munitions, plus d’armes. Le moral est au plus haut. Les autres sont de plus en plus faibles.

Les possibilités de négociation qui se dégagent peuvent-elles mettre fin au conflit ?

Vous voulez la paix ? On est prêts. Vous voulez la démocratie ? On est prêts. Vous voulez des élections ? On est prêts. Vous voulez que la Libye devienne comme la Suisse ? On est prêts. Vous voulez une nouvelle Constitution ? On est prêts. Vous voulez la guerre ? On est prêts aussi. On est prêts pour toutes les options.

Moi, j’aime la démocratie. Je veux que la Libye soit la Suisse ou l’Autriche du Moyen-Orient. Je veux que nous ayons une économie moderne, une démocratie moderne, avec la liberté, des élections. Mais si vous voulez la guerre, nous adorons nous battre ! Jusqu’à la mort. Laissez les Libyens décider. S’ils veulent une monarchie, une république, ou tout ce qu’on peut imaginer.

Quelles sont les chances de voir aboutir les négociations qui s’annoncent ?

Laissez-nous organiser des élections, avec des observateurs du monde entier, de manière transparente.

Des élections pour quoi exactement ? A quel niveau ?

A tous les niveaux. Il suffit de demander. On peut mettre en place un gouvernement de transition avec des technocrates de tout le pays, pour la transition, pendant trois ou quatre mois. Ensuite on établit une nouvelle Constitution. Les élections suivent tout de suite et ce sera le retour à la paix. Libye n’est pas l’Irak. Les enfants pourront retourner à l’école, on voyagera, on ira se baigner dans la mer, on fera des affaires, point final. Nous sommes cinq millions, on est riches, on peut s’entendre. Ce n’est compliqué qu’à cause des autres, de l’OTAN, de la France, Royaume-Uni, Italie, Amérique, Turquie et Qatar.

Jugera-t-on les crimes commis ?

A Benghazi, ils font des horreurs, et on les appelle “combattants de la liberté”. On a accusé Kadhafi d’avoir bombardé Tripoli. Il n’y a aucune preuve. Où sont les victimes ? Cette fois, ils viennent avec une nouvelle histoire : les viols. On viole les femmes et on prend du Viagra (distribué aux combattants). C’est un vrai film ! Et là, encore une autre histoire : nous serions prêts à attaquer avec des armes chimiques. Tout ceci pour rendre la situation “sexy”. Comme on l’avait fait pour les armes de destruction massives de Saddam Hussein.

Ce pays a-t-il besoin d’un président (il n’y en a pas dans l’état actuel) ?

Non, ce pays a besoin de pouvoirs locaux très forts, avec un système fédéral.

Quelle peut être dans ce cas la place du Guide, votre père ?

Mon père ne fait pas partie des négociations. C’est un conflit libyen, avec des Libyens et des traîtres, des milices, des terroristes. Vous pensez qu’on peut trouver une solution qui ne l’implique pas ? Non, c’est impossible.

Senegal : Karim Wade écrit aux sénégalais

Pendant ces dernières années, ces derniers mois, ces dernières semaines et ces derniers jours, notamment lors des événements des 23 et 27 juin 2011, nous avons tout vu, tout lu et tout entendu. L’heure est venue pour moi de m’exprimer. Le temps est venu de délivrer, du fond du cœur, un message de vérité, de fraternité et de sincérité.

Lettre ouverte

Je me dois d’autant plus de le faire que tout un chacun sait que je suis la cible d’attaques profondément injustes.

Depuis mon entrée dans l’espace public en qualité de Conseiller Spécial du Président de la République, puis de Président du Conseil de Surveillance de l’Agence nationale de l’Organisation de la Conférence Islamique (ANOCI) et actuellement comme Ministre d’Etat, Ministre de la Coopération internationale, des Transports aériens, des Infrastructures et de l’Energie, malgré tous les efforts que je continue de déployer pour le développement économique et social du Sénégal, des passions se déchaînent, des haines se ravivent. Pourtant rien ne m’a été donné. Avec mes collaborateurs et fort de l’expertise nationale et internationale, nous sommes toujours partis de rien, pour aboutir à ce que l’on voit.

Jamais dans l’histoire du Sénégal, un homme public n’a reçu, autant de coups, de propos diffamatoires et outrageants. Systématiquement, je suis l’objet de graves accusations, de profondes détestations, d’attaques hallucinantes de la part de ceux qui nous connaissent à peine ou pas du tout.

Impitoyablement, je suis sanctionné sans être entendu, jugé dans des procès sans défense, « condamné » sans recours possible. De ma présomption d’innocence, on s’en passe automatiquement. On me prête beaucoup trop ! Qu’on perde un marché public, une position, une faveur, un privilège, un titre, une fonction, aussitôt l’on me rend responsable. Qu’un ministre soit limogé, il prétend que son départ est la conséquence immédiate de son refus d’un prétendu projet de « dévolution monarchique du pouvoir ». Lorsqu’il pleut un peu trop à Dakar, je suis indexé ; lorsque le vent emporte le toit d’une maison à Pikine, je suis pointé du doigt ; lorsqu’un train déraille à Thiès, j’y suis pour quelque chose ; lorsqu’un accident survient sur la route, je suis vilipendé.

Conformément à nos valeurs sénégalaises, je leur accorde mon pardon.

Tout comme le Chef de l’Etat, je combats toute idée de dévolution monarchique du pouvoir.
Fort heureusement, nombreux sont nos compatriotes qui refusent de se laisser entraîner dans la campagne sur le supposé projet de dévolution du pouvoir de « père en fils » qui constitue aujourd’hui la panacée pour tout expliquer et tout comprendre.

Si cette idée a continué de prospérer au point de susciter des rancœurs et parfois même de la haine envers le modeste passant sur terre que je suis, c’est parce qu’elle est savamment entretenue par une partie des acteurs politiques aidée en cela par certains journalistes, – véritables machines de guerre contre ma petite personne. Cette confusion doit finir ! Cette intoxication doit s’arrêter ! Cette injustice doit cesser.

Je le répète et le répéterai aussi longtemps que cela est nécessaire : c’est une insulte faite aux Sénégalais que de parler d’un projet de dévolution monarchique. Un tel projet n’a été, n’est et ne sera jamais dans les intentions du Président de la République ni dans les miennes. C’est universellement connu, le Sénégal connaît une longue tradition républicaine et démocratique. La souveraineté appartient au peuple qui, au terme d’élections libres, démocratiques et transparentes, confie le pouvoir à celui en qui il a confiance.

Comme vous le savez, le Président de la République Me Abdoulaye Wade est habité par la passion du Sénégal et ne respire que pour l’Afrique et plus généralement pour la paix. Plus d’un quart de siècle de combat pour l’approfondissement de la démocratie et pour la conquête des droits individuels et collectifs. Plus d’un quart de siècle de lutte pour la liberté d’expression et pour la transparence des élections.

Comme tout être humain, je demande à être entendu, jugé sur des actes vérifiés et donc probants et non sur des rumeurs sans fondement.

Les Sénégalais exigent tout naturellement des réalisations palpables et concrètes, source d’espoir et de confiance en l’avenir. En ce qui me concerne, dans la quotidienneté des missions gratifiantes mais ô combien difficiles, je m’attèle, en permanence, à servir le Sénégal en accompagnant mes sœurs et frères vers une meilleure qualité de vie.

J’ai choisi la difficulté, en refusant le scénario de la facilité. J’ai accepté les missions qui m’ont été confiées jusque-là, pour avoir l’opportunité de mieux servir mon pays.
Le travail nous occupe nuit et jour et nous sommes conscients qu’il reste beaucoup à réaliser encore, pour la création des emplois, la réduction du coût de la vie, l’éradication de la pauvreté, l’accès aux logements sociaux, la construction d’infrastructures, un meilleur environnement pour la compétitivité de nos entreprises pour l’émergence définitive du Sénégal du futur. A côté des millions de Sénégalais, nous participons quotidiennement à relever le défi.

Je vis pleinement, tout comme l’ensemble des responsables de ce pays, la double préoccupation majeure de la solution définitive au récurrent problème de la fourniture régulière et suffisante de l’électricité dans les ménages et les entreprises ainsi que l’amélioration quantitative et qualitative du panier de la ménagère.

Lors des événements passés, il n’y a certes pas eu mort d’homme, mais il faut sincèrement déplorer, vivement regretter et fermement sanctionner les scènes de pillages, les actes de banditisme et de profanation des lieux de culte. Nous avons le droit de manifester ; mais nous n’avons pas le droit de saccager les biens d’autrui encore moins de piller.

Nous avons la profonde conviction que la démocratie sénégalaise en sortira toujours grandie et renforcée. Désormais, il y a un avant et un après 23 juin. Ce message ne peut être ignoré ni par le pouvoir, ni par l’opposition. Notre formation politique, le PDS, et nos alliés ne peuvent faire autre chose que de consolider les acquis démocratiques de Léopold Sédar Senghor, d’Abdou Diouf et de Me Abdoulaye Wade.

N’en déplaisent aux magiciens de la désinformation, aux adeptes de la propagande politique, aux manipulateurs de l’opinion publique nationale et internationale, nous disons avec force et conviction que le sentiment démocratique est très fort ici. Chez nous, il n’y a qu’un seul et unique chemin pour accéder au pouvoir : celui des urnes. Au Sénégal, en France, en Angleterre, aux Etats-Unis et dans toutes les démocraties, le pouvoir ne s’hérite pas, il se conquiert par la voix des urnes.

En conclusion, il nous faut renouveler notre ambition pour le Sénégal, en compagnie de citoyens simples et droits, courageux et travailleurs, issus des centres urbains, de la banlieue et des zones rurales et avec tous les millions d’hommes, de jeunes et de femmes qui nourrissent autant d’amour et de passion pour notre cher Sénégal.

Fait à Dakar, le 03 juillet 2011

Karim Wade

Ahmet Khalifa Niasse : « Après son voyage à Benghazi, Wade a reçu un message de Kadhafi »

A cheval entre la Libye et le Sénégal, le président du Front des Alliances Patriotiques (FAP) est à la fois l’ami de Wade et du guide libyen Mouammar Kadhafi, aujourd’hui en guerre contre l’OTAN. Alors, pour parler utile avec Ahmet Khalifa Niasse, il faut d’abord évoquer cette brûlante actualité Africaine. Dans un horizon le plus large possible. Niasse, « originaire » de ce pays, s’est donc prêté à nos questions dans un long entretien dont nous vous livrons ici la première partie. Il convoque l’histoire et fait état d’une autre conférence de Yalta pour tenter d’expliquer les fondements de la guerre en Libye. Entretien.

L’Office : M. Niasse, l’actualité africaine est marquée par la tension en libyenne. Pour qui vous connaît, vous ne manquez pas de connections avec cet Etat. Comment appréciez-vous la situation qui y prévaut ?

Ahmet Khalifa Niasse : Vous ne pourrez pas comprendre la situation qui prévaut en Libye si vous ne connaissez pas l’histoire de la conférence de Yalta au lendemain de la seconde guerre mondiale. Aujourd’hui, il y a eu un partage du monde énergétique et minier avec l’avènement des chinois, grands consommateurs, sur le marché.

Qui a initié cette conférence ?

Je ne saurais le dire ; je parle d’un postulat. Il y a eu une sorte de conférence de Yalta au cours de laquelle, le pétrole du Moyen-Orient est réservé aux Américains, avec une part laissée aux chinois et aux Japonais. Dans ce cadre toujours, le pétrole africain doit revenir aux Européens. Cela s’explique par des raisons géographiques, l’Afrique étant plus proche de l’Europe. Aussi, le pétrole africain est d’une meilleure qualité. Le pétrole libyen, nigérian, angolais ou encore congolais est meilleur sur le plan qualitatif. Il est quasiment possible de l’utiliser sans le raffiner. Donc les Européens doivent s’approprier « leur » pétrole. Les Américains leurs ont fait comprendre qu’ils ont fait la guerre en Irak pour récupérer le pétrole qu’ils ont rajouté sur ce qu’ils avaient déjà en Arabie Saoudite et au Koweït. Maintenant, parce qu’ils ont perdu celui de l’Iran qu’ils ne contrôlent plus et parce que la Chine a jeté son dévolu sur le pétrole soudanais tout en étant trop proche du pétrole libyen, il ne fallait pas la laisser arriver. Il fallait lui barrer la route et permettre aux Européens de récupérer le pétrole libyen. C’est ce qui est en train de se passer en Libye. Donc, cette guerre est menée pour la garde du pétrole et non pour l’humanité comme ils le prétendent. Si c’était une guerre pour l’humanité, pourquoi n’ont-ils pas attaqué la Syrie. Ils ne meurent pas moins de civils en Syrie qu’en Libye. L’aviation et les hélicoptères tirent sur les populations en Syrie.

Comparé à d’autres dirigeants arabes, pensez-vous que Kadhafi résistera à ces assauts ?

Dans une guerre, celui qui ne perd pas, gagne. Jusqu’à présent, Kadhafi n’a pas perdu la guerre. Il n’a pas abdiqué. Quand les gens avaient attaqué l’Irak, il y a eu des accords de cessez-le-feu à Safouane avec le général américain en son temps. Mais, jusqu’à présent, Kadhafi et ses généraux n’ont pas signé leur défaite ; ils continuent d’être là. Or, les attaques été planifiées pour durer entre deux et trois semaines. Aujourd’hui, on a bouclé les trois mois. Ils ont encore rallongé pour trois autres mois mais, c’est dans le vide. Car, l’argent ne suit pas. La guerre a un coût et l’économie de l’Europe est malade. Regardez ce qui se passe en Grèce, au Portugal, en Espagne et ce sera la même chose en Italie.

Kadhafi également ne serait pas loin de cette situation de ruine. Il aurait déjà épuisé ses fonds…

Soit ! Mais quand on vit sous les bombes, on a un alibi. Les bombardements permettent beaucoup de choses, contrairement à ce que vous croyez.

Beaucoup de choses comme quoi ?

A partir du moment où Kadhafi n’a pas perdu, il gagne. Les gens ne peuvent plus continuer la guerre. Car, ils n’en ont pas les moyens. Les Américains se sont retirés. Pour la première fois dans l’histoire, le Congrès a tancé le président, chef de l’Exécutif en lui disant : « Vous n’y allez pas ! Ce n’est pas l’affaire de l’Amérique ». Et, si le Congrès américain ne connaît pas les intérêts de l’Amérique, personne ne les connaît. Cela signifie également que cette guerre ne couvre que l’intérêt de quelques pays européens. C’est la France, l’Angleterre et plus tard, l’Italie et l’Allemagne. Et je crois que ce regroupement hétéroclite va se disloquer. Parce que les Britanniques ont ouvertement dit qu’ils n’ont plus d’argent pour continuer. Les gens de Benghazi ont également déclaré qu’ils n’ont plus d’argent.

Et l’Union Africaine dans tout cela. Elle semble traîner les pieds, non ?

L’Union Africaine est bien impliquée parce qu’elle est la plus grande perdante. Kadhafi a travaillé sur des dossiers qui font mal. N’oubliez pas que c’est grâce à lui que l’Afrique étrenne aujourd’hui son satellite. Cela signifie que les coûts des télécommunications ont été divisés par dix. Si aujourd’hui, la facture de téléphone qui devait coûter cent mille francs par mois revient à dix mille francs, c’est grâce à Kadhafi. Cela signifie également que l’utilisation de l’Internet et de son coût deviennent plus accessibles. Cela a des répercutions positives sur le développement de l’Afrique. Dans la même lancée, on allait vers une monnaie africaine. Kadhafi a poussé pendant des années pour qu’il y ait cette unité africaine, pour qu’il y ait un Etat africain, même si c’est embryonnaire. C’est la seule force pour éviter ce qui s’est passé en Libye ou ailleurs. Et, si la Libye leur réussi, l’Algérie sera le suivant et les autres Etats suivront un à un. Cette guerre n’est pas seulement destinée à la Libye.

Suivant votre logique, vous êtes visiblement pour Tripoli et non pour Benghazi…

Je suis pour la Libye, pour deux raisons. Je suis Niasse, et nous sommes originaires de la zone de Benghazi. Nos ancêtres viennent de la ville d’El Beïda qui est la deuxième ville de l’Est après Benghazi. Nous avons nos racines là-bas et nous les respectons. D’autre part, entre 1979 et 1982, nous étions réfugiés en Libye, ma famille et moi. Et, nous devons moralement quelque chose à cette Libye. C’est la raison de mon acharnement. C’est une raison morale, mais, il y a l’amitié aussi.

Vous vous acharnez pour … ?

(Il coupe) Oui je m’acharne pour la Libye, et ce n’est pas pour de l’argent. Je puis vous dire que Kadhafi et la Libye ne contribuent pas pour 1% dans ma fortune. Je l’ai bâtie pendant vingt ans, durant lesquels je n’ai pas mis les pays en Libye. Donc, je n’ai pas fait fortune dans ce pays. Je voudrais le préciser ; car, au Sénégal, quand vous parlez de pareilles choses, les gens pensent à l’argent.

S’il n’a pas contribué à votre fortune, il l’a quand même fait pour vos proches, non ?

Un de mes fils a travaillé avec la Libye. Mais l’argent de mon fils n’est pas le mien. Mes enfants sont des hommes comme moi qui ont leurs biens et ils réussissent ailleurs. Ils ne traitent pas seulement avec la Libye. Parmi eux, il y en a qui sont ministres ou conseillers spéciaux de tel ou tel autre chef d’Etat. Quelquefois même, je passe par l’un d’eux pour m’introduire auprès d’un chef d’Etat.

Pouvez-vous affirmer solennellement que jamais la Libye n’a bâti fortune pour un de vos proches ?

Non ! L’un d’eux avait reçu près de 4 milliards pour un investissement qui a été retracé. Aussi, il y a une banque libyenne au Sénégal qui finance bien des sociétés sénégalaises. Alors, mon fils a été financé par le propriétaire de cette même banque. C’est vous dire qu’il n’y a rien de particulier dans cette affaire.

Alors, c’est peu dire que vous soutenez Kadhafi…

Oui je soutiens Kadhafi !

Quand l’avez-vous rencontré pour la dernière fois ?

C’était en février dernier. Mais, on se parle souvent au téléphone, même si c’est moins fréquent. Aujourd’hui, visé par l’OTAN, il évite le téléphone pour ne pas être localisé. Néanmoins, je vais vous faire une révélation. Après son voyage à Benghazi, Wade a reçu un message de Kadhafi. C’est un message amical dans lequel il lui a parlé en tant ces termes : « Frère que j’aime bien ». C’est ce qui est bien écrit sur une partie du message.

Et sur l’autre partie ?

Cela concerne le destinataire.

Alors, pourquoi avez-vous révélé le contenu de l’autre partie ?

Quelqu’un qui fait de la diplomatie ne dit pas tout ce qu’il sait.

Quand a-t-il reçu ce message ?

Il y a trois jours de cela. Néanmoins, je n’en ai pas été le porteur. D’ailleurs, Wade n’a pas voulu le publier.

Quand comptez-vous vous rendre en Libye ?

Je peux le faire à tout moment. Je peux m’y rendre ce soir même, avant que vous ne publiiez cet entretien. Ne soyez pas surpris de me voir devant les caméras partageant le café ou le thé avec Kadhafi.

S’il ne tombe pas avant… Il est encore là, et il ne tombera pas du jour au lendemain.

Selon vous, il continuera à résister pour combien de temps encore ?

Je ne le sais pas, toute personne n’est là que pour un temps bien déterminé. Ce peut-être une seconde, une minute ou encore plus. Personne ne sait ! Sarkozy est là pour combien de temps ? Et David Cameron ?

Etes-vous du même avis que ceux qui soutiennent que la seule volonté de l’OTAN est de le liquider physiquement ?

C’est évident, et ils l’ont d’ailleurs dit.

Propos recueillis par Mansour NDIAYE pour loffice

SENEGAL : Le ticket de la honte

Qui a dit qu’en Afrique, il n’y a pas de vieux magiciens ?

Abdoulaye Wade, le magicien

Le Président sénégalais n’en finit pas d’étonner et de décevoir. Il aura tellement joué de tours et procédé à de renversants retournements de veste en cette année 2011 que ceux qui, avaient vue en son accession au pouvoir en 2000 une aubaine et un espoir pour l’Afrique sub saharienne ont fini par déchanter.

On n’a pas besoin de sortir des cuisses de Jupiter pour comprendre que notre vieux sénégalais n’a pas et vraiment pas l’intention de quitter le pouvoir sans avoir l’assurance qu’après lui, ce sera son fils. Le patriarche sénégalais qui, il y a quelques semaines jouait les donneurs de leçon en traitant  Kadhafi de dictateur, voit la carrière politique de son fils s’écrire en pointillés ; les sénégalais le lui ont déjà démontré en refusant l’accession de Karim Wade à la mairie de Dakar en mars 2009. S’arc-boutant et contre vents et marées, le lièvre de Kébémer comme aimait l’appeler Senghor tient à faire de son fils un Chef d’Etat  alors que les sénégalais ont refusé de le faire maire. Ce que le peuple rejette, on peut l’obtenir par la loi. La constitution peut être torturée, charcutée pourvu qu’on parvienne à y insérer le ticket présidentiel et surtout cette fameuse clause visant à l’organisation d’un scrutin à un tour au lieu de deux comme dans les actuelles dispositions de la loi fondamentale sénégalaise.

Sur ce point précis, Wade comptait emboîter le pas à Joseph Kabila qui, pour faciliter sa réélection aux élections présidentielles de Novembre 2011 avait exprimé en Janvier 2011 le  vœu de modifier la constitution afin que l’élection présidentielle ait lieu en un seul tour. Comme quoi, les hommes politiques Africains rivalisent d’ardeur et d’imagination quand il faut s’accrocher au pouvoir.

Avec le ticket présidentiel, le vieux sénégalais pourra choisir aisément son dauphin et l’imposer à la tête du pays en cas d’invalidité pour assurer la continuité de la françafrique. Laisser toute latitude à Wade de choisir son propre successeur est un coup d’état constitutionnel comme l’a dénoncé Alioune Tine, le président de la Rencontre Africaine de défense des droits de l’homme (Raddho) et, il va le payer cher puisque le gouvernement sénégalais a décidé d’entrer en guerre contre toutes les organisations non gouvernementales qui sont montés au créneau pour dénoncer le projet de loi. A cet effet, il sera mis fin aux exonérations fiscales accordées aux Ong.

En 2001, c’était Joseph Kabila qui succéda à son père Laurent Désiré Kabila qui venait d’être assassiné. En 2005, alors que le général Gnassingbé Eyadéma venait de rendre l’âme, le 5 février après 38 ans de règne sans partage, son fils, Faure Gnassingbé se voit confier par l’armée les rênes du pouvoir puis organisa des élections « globalement démocratiques » selon Sarkozy pour légitimer son pouvoir. En 2009,  Ali Ben Bongo, fils d’Omar Bongo, succéda à son père à la présidence du Gabon lors de l’élection du 30 août 2009, malgré la contestation de Pierre Mamboundou, candidat de l’Union du peuple gabonais (UPG) et de l’ancien ministre de l’Intérieur André Mba Obame. Cela fait déjà assez d’exemple ; Wade voulait bien s’en servir pour faire de son fils l’héritier de la famille Wade compte tenu de l’impopularité de ce dernier mais, c’était sans compter avec l’hostitilité de la classe politique et du peuple sénégalais. Notre vieil homme a dû reculer en retirant tout le projet de loi qui, prévoyait l’élection simultanée au suffrage universel direct d’un président et d’un vice-président.

Une bouffée d’oxygène pour l’opposition qui,  consolidée avec la société civile sénégalaise a su à l’unisson, se lever contre ce toilettage de leur constitution. Après le débat sur le ticket présidentiel, doit se poser celui de la constitutionnalité de la candidature de Abdoulaye Wade à l’élection présidentielle de Février 2012 puisqu’il clôture son second mandat à la tête du pays.

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Après la coquille vide du NEPAD destinée à tuer l’Union Africaine dans l’œuf, le président Wade vient de poignarder l’Union Africaine

Après la coquille vide du NEPAD destinée à tuer l’Union Africaine dans l’œuf le président Wade vient de poignarder l’Union Africaine en reconnaissant les terroristes de Benghazi, alors que la majorité de ces pairs prônent le contraire.

Quel sérum d’aboulie a pénétré les veines de la nation pour que nulle clameur ne réprouve la récente pantalonnade diplomatique du président Wade ? Son voyage à Benghazi, envers et contre la position de l’Union africaine, aura davantage démonétisé une diplomatie sénégalaise téléguidée par les puissances étrangères. Face à cette saynète diplomatique incongrue qui laisse l’Afrique entière comme deux ronds de flan, nulle clameur ne s’élève pour réclamer ordre et éthique à la politique diplomatique du président de la République. La nation sénégalaise somnolerait-elle au ronron des turpitudes d’Abdoulaye Wade ? Il y a quelque chose de révulsant à voir le président de la République débarquer en Libye en paladin de la démocratie et en vestale des Droits de l’homme pour enjoindre Kadhafi de quitter le pouvoir. Abdoulaye Wade a, par le passé, trop souvent minaudé avec Kadhafi pour jouer au grand mamamouchi démocrate.

En atteste la visite en grande pompe que le Libyen a effectuée au Sénégal avec tout le lyrisme ambiant qui s’en est accompagné. Wade a toujours été un flagorneur impénitent de Kadhafi qui, lui aussi, n’a jamais tari d’éloges à son endroit.

Aussi cette palinodie acrobatique du président en aura-t-elle laissé plus d’un pantois. Certes, l’angélisme enfariné ne tient pas la route en diplomatie et la Realpolitik la plus cynique peut se justifier par sa nécessité et son efficacité. Mais il est toujours malséant, pour un homme d’Etat, de se rétracter en jetant les accointances d’hier dans les poubelles de l’oubli.

Il s’y ajoute que Kadhafi, quelque despote qu’il puisse être, n’a pas vraiment de leçons à recevoir de notre vieux baladin national. Abdoulaye Wade a beau se dorer la pilule en se drapant dans les oripeaux d’un démocrate, il n’en demeure pas moins un autocrate invétéré au même titre que le foutraque libyen. La nation sénégalaise, sous son règne, n’est qu’un écrin de peines où les libertés individuelles sont brimées au quotidien avec une désinvolture ineffable.

L’exemple du jeune Malick Bâ, froidement assassiné par les sicaires de la gendarmerie pour avoir renaudé contre la chienlit des découpages administratifs, en est une parfaite illustration.

Sous son règne, une pléthore de journalistes auront été mis au gnouf et une foultitude de ‘procès staliniens’ intentés contre des opposants jugés trop encombrants (exemple Idrissa Seck). Notons, au passage, l’emprise inouïe, sous son magistère, du népotisme familial qui est caractéristique des régimes totalitaires.

Mais, à Benghazi, dans le halo des projecteurs du monde entier, Abdoulaye Wade se pavanera en grand appariteur des Droits de l’homme, occultant ainsi ses pires exactions liberticides.

Grand écran pour ses hauts-faits démocratiques, moucharabieh pour ses plus abjectes exactions : voici le Docteur Jekyll démocrate et le Mister Hyde satrape du Sénégal.

Paladin de la démocratie le matin et tortionnaire des libertés le soir, Wade est une harpie au visage démocratique et au corps de dictateur. Il n’a, de ce fait, aucune leçon à donner à Kadhafi.

Par ailleurs, le président Wade, dans son odyssée importune, se sera aussi distingué par son attitude schismatique vis-à-vis de l’Union africaine. En prenant le contre-pied d’icelle, il aura bousculé les pudeurs à l’Africaine de la bienséance. Et ouvert au sein de ladite organisation des lézardes où suinte le venin de la désunion.

Interrogé plus tard sur les ondes de la Rfi, il excipera de la pusillanimité alléguée de l’Union africaine pour justifier son attitude fractionniste. Mais force est de constater qu’en filigrane de cette visite ubuesque à Benghazi, transparaît la tutelle française.

Abdoulaye Wade n’est, dans cette histoire, qu’un obscur laquais africain à la solde des puissances étrangères. Corvéable et malléable à merci, il n’est, aux yeux de ses maîtres occidentaux, qu’un roquet à qui l’on demande d’aboyer un discours de commande.

Voilà pourquoi, à Benghazi, il a fortement raboté les courbes de son discours pour qu’elles épousent les circonvolutions de la bien-pensance occidentale. Dans cette posture de vulgaire factotum, Wade semble donc ériger la servilité au rang des plus grandes vertus. De quoi dessiller les yeux rêveurs de tous ces songe-creux qui croyaient notre pays délié de son ancrage colonial.

La visite du président de la République à Benghazi aura donc couvert notre pays d’opprobre. Pis, elle discrédite davantage notre diplomatie qui, aujourd’hui, ne cesse de voir ses dorures s’écailler et son tranchant s’émousser.

Face à cette impéritie chronique de nos dirigeants, j’eusse tant aimé que le peuple se levât, comme un seul homme, pour protester contre les embardées du pouvoir.

Mais, à quelques encablures de 2012, le peuple sénégalais, dans sa grande longanimité, semble avoir fait le choix d’attendre le moment des élections pour se débonder dans les urnes.

Par El Hadji Malick Sall

Source : Afrique en Ligne