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La chine, meilleure alliée stratégique de l’afrique

La chine, meilleure alliée stratégique de l’afrique : cas du Cameroun et de la Côte d’Ivoire

Jean-Paul POUGALA

Les 12 derniers mois ont été très intenses sur le continent africain avec d’importantes élections qui ont suscité beaucoup d’intérêts même hors d’Afrique, parce que l’issu de chacune d’elle marquait les nouvelles frontières du partage des zones d’influence qui sont en train de se renégocier entre les anciens maîtres du monde, l’Occident et le nouveau, la Chine.

En paraphrasant un classement qu’on a vu en Ukraine, ont peut dire qu’en Côte d’Ivoire, en Zambie ou au Libéria, ce sont les Pro-Occident qui ont gagné la partie. Au Cameroun ou République Démocratique du Congo, ce sont les pro-Chine qui ont gagné.

Depuis les indépendances africaines il y a environ 50 ans, dans la logique de la guerre froide, les pays africains étaient tous sous l’une des deux bannières : pro-occident ou pro-Union Soviétique. A la chute du mur de Berlin en 1989 et la conséquente fin de la période de la guerre froide, toute l’Afrique était devenue, de gré ou de force pro-Occident. Le tandem Fond Monétaire International et Banque Mondiale avait de fait pris le pouvoir en Afrique, décidant de toute ou partie de la politique économique, financière, sociale et même juridique de bon nombre de pays africains.

Après ces 20-30 ans de ce pouvoir en Afrique, il n’existe à ce jour, aucune exception de pays qui aurait réussi grâce à ces recettes venues tout droit de Washington. Ce qui a amené certains pays à entrer en dissidence, à entrer en rébellion contre ce pouvoir ultralibéral FMI-BANQUE MONDIALE qui a une particularité et c’est que lorsqu’il échoue, le chapeau n’est porté que par le dirigeant africain rebaptisé pour la circonstance en « dictateur africain » afin de détourner l’attention de la vraie paternité de l’échec : l’ultralibéralisme occidental. Cette tragi-comédie continue de nos jours, puisque ce sont ces mêmes recettes qu’on prescrit aujourd’hui à la Grèce, au Portugal et à l’Italie qui ont toutes échoué il y a 20 ans en Afrique.

Ces dissidents Africains ont regardé ailleurs vers l’Orient, vers la Chine. Ils ne sont pas très nombreux, parce qu’il fallait du courage pour braver les pressions occidentales, lorsque cela ne se terminait pas par des coups d’état bien pilotés par l’entremise des rebelles qui n’ont jamais expliqué comment et par qui ils avaient été financés. Et c’est dans ce contexte que s’inscrit désormais tous les rendez-vous électoraux sur le continent africain, où le seul vrai projet de société est de savoir si le pays se contente du statu quo habituel avec le niveau de misère qu’on connait depuis 50 ans au service de l’Occident ou alors s’il fera le saut dans le vide en choisissant la Chine, pour émerger avec elle, sans savoir où on va atterrir.

Aujourd’hui, je vais prendre en examen deux pays africains qui ont fait 2 choix opposés, l’un la Cote d’ivoire a choisi de rester comme avant, sous l’Occident et l’autre, le Cameroun qui a choisi de se jeter dans le vide avec la Chine. Lequel des 2 pays a fait le bon choix ? pour répondre à cette question, je me garderai bien de donner des jugements de valeur à une élection ou à une autre. Je ne vais pas refaire l’histoire ici. Mais il me plait de revoir les événements sous la loupe purement géostratégique.

Le Cameroun et la Côte d’Ivoire sont deux pays africains qui ont récemment connu des élections et le point commun des deux élections c’est que les deux géants mondiaux, la Chine et l’Occident avaient fait leur choix et apporté leur soutien. En Côte d’Ivoire, on peut être d’accord ou pas d’accord sur les méthodes utilisées, mais chaque contemporain a pu assister en direct à l’intronisation par la France et les Etats-Unis d’une administration africaine.  Il n’est donc pas erroné d’affirmer que le pouvoir en place est pro-Occident.

Au Cameroun, Monsieur Biya a été le chouchou de Pékin, cette ville étant devenue au cours des années la seule destination officielle hors des frontières camerounaises de Monsieur Paul Biya ; Lors du dernier congrès du parti de Monsieur Biya, le RDPC, le parti de monsieur Sarkozy l’UMP n’était pas invité comme d’habitude. A sa place, c’est le Parti Communiste Chinois qui a été convié et désigné comme le « meilleur parti ami » du Cameroun. Et que dire du fait que les résultats des élections présidentielles au Cameroun ont été rendus publiques à Pékin, 4 heures avant la proclamation par la Cour Suprême du Cameroun. Ce qui nous amène à dire sans nous tromper que le positionnement du Cameroun est pro-Chine ?

Etait-ce un simple hasard la décision conjointe de Pékin et Yaoundé de choisir la date du 8/10/2011, un seul jour avant les élections, la cérémonie présidée par Monsieur Biya et le représentant Chinois pour  poser ensemble la première pierre du chantier du port en eau profonde de Kribi avec une première enveloppe de 1 milliard de dollars versés par la Chine ? N’étaIt-ce pas un vrai défi lancé aux Occidentaux qui eux sont dans une profonde crise financière ? Dans tous les cas, l’électorat Camerounais  a approuvé ce choix de ses dirigeants, le lendemain dans les urnes, en élisant Monsieur Biya avec 78%. En comparaison, on est très loin de la gestion calamiteuse des Occidentaux de la situation Ivoirienne quelques mois auparavant.

Qui du Cameroun et de la Côte d’Ivoire a eu raison de son choix ?

S’il est encore trop tôt pour parler du Cameroun on peut déjà tirer les premières conclusions sur la Cote d’ivoire et constater que la situation aujourd’hui est de loin pire que celle qui prévalait durant la crise sous Monsieur Laurent Gbagbo. Le FMI vient d’avancer un chiffre de -7,5 % de croissance du pays pour l’année 2011 faisant ainsi de la Côte d’Ivoire, le seul pays en récession de tout le continent africain, c’est-à-dire,  pire que la Somalie, où même sans gouvernement stable il y’aura eu 1% de croissance pour 2011, c’est-à-dire une croissance somme toute positive.

Les mêmes sources nous informent des contre-performances de toute l’économie ivoirienne où l’état doit aux entreprises la rondelette somme de 900 milliards de FCFA. Et la totalité du budget 2012 à peine voté ne pourra être financé que de l’étranger.

Prenons au hasard une date commune dans les 2 pays, la date d’hier 23/11/2011. Quelle est l’actualité principale en Côte d’Ivoire : C’est le porte parole du  président de la Commission européenne, José Manuel Durao Barroso qui nous annonce que Monsieur Alassane Drame Ouattara se trouve à Bruxelles où il va rencontrer dans la journée Monsieur Karel de Gucht, commissaire Européen chargé du Commerce, pour parler des exportations du cacao ivoirien vers les pays de l’Union européenne.

Au même moment, au Cameroun, c’est Monsieur Martin Yankwa, Inspecteur général du ministère camerounais de l’Industrie, des Mines et du Développement Technologique qui nous annonce la signature d’un accord pour la création d’une usine, la SITRACO, d’une valeur de 1,6 milliard de FCFA pour la transformation à Douala de 40% du coton camerounais pour alimenter les nombreux hôpitaux que la Chine construit un peu partout au Cameroun, avec des consommables comme les  compresses médicales et des rouleaux de gaze hydrophile de coton.

Dans le premier cas, il s’agit de l’énième visite en Occident depuis la prise de pouvoir au mois de mai 2011 dernier. La première visite était le 26 Mai 2011 au sommet du G8 à Deauville en France, où l’ami Sarkozy, président de la France l’a présenté comme un trophée, il avait une grande envie de célébrer la victoire militaire de sa présidence mais avait oublié d’informer son protégé Monsieur Ouattara que lui-même se trouvait en pleine tempête financière avec les 3 principales banques  qui venaient de perdre en bourse près de 40% de leur valeur, ce qui atteindra très vite les jours suivants, 65% pour la plus grande.

Il y a eu le 27/07/2011 la visite à Washington pour demander de l’argent.

Malheureusement ici aussi, Monsieur Obama était en pleine querelle avec la nouvelle majorité républicaine au Congrès qui ne voulait pas lui octroyer une rallonge pour de nouvelles dettes;  et du coup, accompagné des autres Présidents Africains qui semblaient tous à la Maison Blanche comme des écoliers dans le bureau du Directeur d’école, les photos que la Maison Blanche a publiées de cette rencontre donnent l’amère impression de se trouver à une cérémonie de funérailles.

Comment lire ces deux évènements ?

1. En Côte d’Ivoire

La démarche ivoirienne est erronée. à mon avis, le Cacao et le Café, comme la malaria, doivent tout simplement être éradiqués du continent africain. C’est la seule certitude de mettre fin à la sombre époque de la soumission coloniale avec toute son économie, comme la culture de certaines plantes que les principaux journaux financiers en Occident continuent de classer en cette fin de l’année 2011 comme « produits coloniaux ». Plus de 50 ans après l’indépendance, ce n’est pas normal qu’un dirigeant Africain se rende en Europe pour négocier en faveur d’un produit colonial, c’est-à-dire pour continuer volontairement à cultiver ce produit qui correspondait à la vision et aux intérêts européens de cette Afrique coloniale.

C’est une faute politique, historique et surtout, économique, car aucun pays du monde ne s’est jamais enrichi en continuant la production d’un produit colonial, même le Brésil a été obligé de renoncer à sa place de premier production mondial du café pour passer à la production de la viande qu’elle exporte désormais vers Europe parce qu’elle est 100 fois plus rentable et sa production est hebdomadaire et non annuelle comme le café.

En d’autres termes, la Côte d’Ivoire doit se spécialiser en « Intelligence » pour compter et pour commander en Afrique et voilà non plus retourner en arrière aux sombres heures des travaux champêtres de la période coloniale, aux heures du travail manuel pour remettre le vieux tablier de domestique et reprendre comme le veut le maître Européen, sa place dans les plantations de cacao et café du pays tropical.

2. Au Cameroun

La démarche camerounaise est à encourager, parce la décision de créer une usine de transformation du coton camerounais présente 2 avantages :  d’abord parce que la vraie plus-value d’un produit agricole réside dans sa transformation en produit fini, ensuite parce que le produire pour satisfaire un besoin national permet de dynamiser une demande locale et mettre sur pied le cercle vertueux de la création de la richesse. Il est prévu que dans les prochains 10 ans le Cameroun passera du pays exportateur de coton, à pays importateur, du même coton pour satisfaire la demande des hôpitaux camerounais et ensuite africains.

Ce que les dirigeants Camerounais ont compris c’est la leçon même de Laurent Gbagbo c’est-à-dire que désormais c’est en Afrique même qu’il faut aller chercher l’argent.  La Sitraco est l’arbre qui cache la forêt du vaste projet de développement du business de la santé au Cameroun pour attirer les malades non plus uniquement des pays voisins, mais venant de beaucoup plus loin. A travers ses hôpitaux, le Cameroun veut récupérer le très lucratif  pactole des évacuations sanitaires vers la France depuis les pays d’Afrique francophone notamment pour des spécialités bien précises : cardiovasculaire, traumatologique, neurochirurgical, ontologique, ophtalmologique.

Selon les incroyables chiffres fournis par Monsieur Bedouma Alain Yoda, ministre Burkinabé de la Santé, le gouvernement d’un petit pays comme le Burkina Faso règle à la France la facture pour évacuer une cinquantaine de patients par an, la bagatelle de 900 millions de FCFA (1,372 million d’Euros) chaque année. cette information a été rendue publique par le quotidien burkinabé, LE PAYS dans son édition du 19/09/2007. Yaoundé veut une partie de ce gâteau. L’histoire ne nous dit pas si Paris est très content de l’activisme de ce nouveau concurrent inattendu.

Un autre domaine dans lequel les dirigeants de Yaoundé cherchent des palabres avec la France de Monsieur Sarkozy est celui de la formation. On peut facilement imaginer la scène à l’intérieur du Palais d’Etoudi (demeure du Président Camerounais) où son hôte prend un stylo et sa calculette pour voir combien l’Europe encaisse chaque année des étudiants Africains qui y affluent. Un vrai magot ! se sera-t-il exprimé. et toutes les réflexions successives ont dû être sur le fait de savoir comment intercepter une partie de cette somme.

Les Universités publiques et privées sont en train de sortir de terre comme des champignons avec des cités universitaires et son lot de chantiers chinois pour livrer les oeuvres dans les plus brefs délais afin, non seulement d’éviter que les Camerounais quittent le pays, mais aussi pour attirer les autres étudiants africains qu’ils soient francophones ou anglophones, profitant au passage de sa position privilégiée d’être le seul pays bilingue français/anglais du continent africain. Alors que l’hôte de l’Elysée (demeure du président français) compte sur la stigmatisation de ces étudiants africains pour remonter dans les sondages, on peut parier que lui enlever un tel alibi sera vécu comme un crime. Déjà depuis le mois de Mai 2011, un décret intime à ces étudiants Africains de laisser la France le lendemain de leur soutenance de thèse.

Que faire lorsqu’on s’est trompé dans le choix des alliances ?

Aujourd’hui, le développement de l’Afrique est une question de choix décisif dans le positionnement géostratégique de chaque pays. L’alliance avec l’Occident sur le point de déposer le bilan, me semble un choix suicidaire, parce que le résultat est connu d’avance : misère garantie comme plat de résistance et dettes pour dessert.

Le Guide Libyen Kadhafi est l’exemple de ce choix suicidaire. Il avait opté pour l’alliance avec l’Occident, en snobant soit la Chine que la Russie et en mettant ses Services Secrets sous le contrôle de la CIA dès 2006. Ce qui lui sera fatal, puisque ce sont ces mêmes Services Secrets devenus américains qui feront qu’il ne soit plus en sécurité nulle part sur le sol libyen, encore moins son dauphin. Dans la nature, les mammifères cherchent les males jeunes et forts pour s’accoupler et assurer la descendance, garantir l’avenir. Parce que les males vieux sont trop faibles et souvent aigris et génèrent d’autres faiblesses qui ne laissent pas beaucoup de chance à la race de survivre longtemps, et qui ne présagent aucun futur.

En ce moment, l’Occident est cet animal devenu vieux et faible et pour cette raison, devenu plus dangereux pour lui-même et pour ses alliés. Sa faiblesse le rend aigri. Un jour arrivera lorsqu’ils comprendront que leur trophée de la victoire ivoirienne n’était qu’une pure illusion et qu’ils ne seront pas sauvés de leur profonde crise financière et sociétale par la Côte d’Ivoire et donc que qu’ils n’auront plus besoin de Monsieur Ouattara. Ce jour là, il sera très vite rebaptisé en « Dictateur Africain » et on n’a pas besoin d’être un magicien pour prédire que ce jour là, des ONG prétendument expertes de l’Afrique sortiront de partout pour nous expliquer comment il est méchant et s’enrichit sur le dos du peuple.

On trouvera très vite un autre Africain pour le remplacer et ce jour là, nous serons présents pour le soutenir avec toutes nos forces, exactement comme nous l’avons fait pour son prédécesseur, exactement comme nous l’avons fait pour le Guide Libyen, Kadhafi. Parce que la tradition africaine veut que nous n’abandonnions jamais les nôtres, quoi qu’ils aient fait dès lors qu’ils sont en mauvaise posture avec nos bourreaux de toujours. Nicolas Machiavel (1469-1527) ne dit-il pas que « Pour prévoir l’avenir, il faut connaître le passé, car les événements de ce monde ont en tout temps des liens aux temps qui les ont précédés. Créés par les hommes animés des mêmes passions, ces événements doivent nécessairement avoir les mêmes résultats » ?

Combien serons-nous pour répondre « présent » au soutient de Monsieur Ouattara lorsque son heure de disgrâce sera arrivée ?  Qu’est-ce que l’histoire retiendra de lui au delà de la page peu glorieuse qu’il a écrite avec sa fameuse « Communauté Internationale » ?  lui seul et son équipe pourront répondre à ces questions, à travers les actes et les décisions qu’ils pourront mener en utilisant leur cerveau pour ne pas insister avec des recettes qui ont démontré leurs limites. Le plus grave n’est pas de commettre des erreurs, mais de persister dans l’erreur. Et le geste le plus sage à mes yeux est celui d’avoir le courage et la force d’aller contre ceux qui l’ont mis au pouvoir et de libérer son frère Laurent Gbagbo. Il sortirait alors ainsi de « l’Afrique de la traitrise et des sous-préfets » pour entrer dans l’Afrique du courage et de la défense de la dignité humaine.

Nous sommes différents des Européens. Pour construire l’Union Européenne, ils ont recouru à un catalogue de conditions à être toutes satisfaites avant d’entrer dans l’Union et des pays comme la Turquie depuis 1963, n’ont toujours pas réussi à satisfaire à ces conditions. En Afrique nous privilégions d’autres valeurs que l’argent. C’est pour cela qu’il n’ya jamais eu un quelconque catalogue de conditions pour adhérer à l’OUA hier ou à l’UA aujourd’hui et demain dans les Etats-Unis d’Afrique en construction.

Ce qui nous unit est avant tout est un idéal, celui de soustraire l’Africain à l’esclavage européen, à travers la lutte contre l’humiliation que l’Occident continue de nous infliger depuis 5 siècles. Le Tribunal Pénal International (TPI) n’est-il pas la preuve évidente de cet acharnement contre la dignité humaine en Afrique ? Comment expliquer sinon qu’avec les 3 millions de morts au Cambodge, pour le génocide perpétré par les ‘Khmers rouge’, le tribunal spécial se passe en terre Cambodgienne pour juger ses auteur 30 ans après les faits alors que pour l’Afrique, le TPI devient l’énième instrument de domination et de la xénophobie contre l’Afrique ?

Le dénominateur commun du peuple africain est l’anticolonialisme. C’était même le fondement de l’OUA. Et nous ne pourrons pas construire les Etats-Unis d’Afrique sans associer tout le monde, sans prendre conscience de la capacité de nuisance de ceux qui veulent nous diviser jusqu’à chasser nos chefs d’Etat du pouvoir, jusqu’à tuer nos Présidents. Nous sommes très indignés de ces actes de barbarie et si ceux qui ont le pouvoir en Afrique n’ont pas conscience de cela, nous devons être doublement indignés.

Conclusion

Le déclin de l’Occident est paradoxalement une chance pour l’Afrique, à condition que nous soyons conscients de l’importance de la place que nous pouvons occuper dans cette nouvelle ère avec la redistribution des places. L’Occident ne peut pas nous aider parce qu’il ne peut pas s’aider lui-même. Monsieur Obama a visité le Ghana et présenté ce pays comme la vitrine d’un allié de l’Occident qui réussit, mais la vérité est plus amère et c’est que ce pays pour sa croissance s’est tourné vers la Chine et a reçu 10 milliards de dollars américains, montant qu’aucun pays occidental ne pouvait lui offrir. Pour l’histoire, hier 23/11/2011, pour la première fois, même l’Allemagne, le pays européen le plus vertueux et le plus riche n’a pas pu emprunter l’argent sur les marchés, leurs propres opérateurs étant les premiers à parier sur leur chute inexorable.

Au 21ème siècle c’est la fin des Etats-Nations et le triomphe des ETATS-CONTINENT. Je ne me réjouis pas pour le début de la prospérité de mon pays, le Cameroun tant que l’économie d’un autre pays africain, comme la Côte d’Ivoire est en berne, parce que la Côte d’Ivoire comme la Somalie, c’est aussi mon pays et le comprendre c’est  avoir la force pour résister à nos agresseurs et pour construire la base d’une prospérité stable, continentale.

Et pour le faire, nous avons besoin des alliances, nous avons besoin de compter nos amis, nos vrais amis. Pour l’instant, le meilleur ami de l’Afrique est la Chine et nous devons tous nous indigner lorsque l’Europe va à Pékin parler de l’Afrique, parler de nous sans nous. Ne sommes-nous pas suffisamment sortis de l’adolescence ?

Toujours plus de Chefs d’Etats Africains seront encore humiliés, d’autres seront encore assassinés. Mais le pire qu’un Africain puisse faire c’est qu’il soit de près ou de loin, complice des ces actes tous dirigés contre les nôtres, tous orientés contre nous. Parce que chaque Président Africain qu’on humilie, c’est nous tous qu’on humilie, chaque Chef d’Etat Africain qu’on tue, c’est nous tous qu’on tue. Défendre les nôtres, c’est défendre nous-mêmes aujourd’hui, c’est défendre nos enfants demain. Et identifier avec précision contre qui, nous avons à nous défendre en priorité, nous aidera à mieux choisir nos alliances. A ce jour, aucun Africain n’est mort tombé sous les balles de l’armée chinoise.

Jean-Paul Pougala

pougala@gmail.com 

www.pougala.org

(*) Jean-Paul Pougala est un Ecrivain Camerounais, Directeur de l’Institut d’Etudes Géostratégique et Professeur de Sociologie et Géopolitique à la Geneva School of Diplomacy de Genève en Suisse.

Le Franc Cfa menacé : La dévaluation, bel et bien à nos portes

Comme il fallait s’y attendre, le scoop livré par Notre Voie, dans son édition n°3988 du lundi 21 novembre 2011 relativement à la dévaluation du franc Cfa, annoncée pour janvier 2012, suscite des réactions divergentes. Pendant que des économistes africains trouvent cette triste réalité inévitable au regard de la rude crise économique qui frappe l’Europe, les gouverneurs des banques centrales africaines concernées (Bceao et Beac) tentent de nier l’éventualité. Et pourtant, le franc Cfa se situe à un micron de sa deuxième profonde dévaluation.

«Si rien ne vient entre temps changer la donne, dès le 1er janvier 2012, c’est-à-dire dans moins de 40 jours, le Fcfa sera dévalué à nouveau. La parité fixe qui jusque-là était de 1 euro = 655,59 Fcfa passera à 1 euro=1000fcfa. Selon une source diplomatique occidentale, c’est pour apporter cette information aux chefs d’Etat de l’Uemoa qu’Alassane Dramane Ouattara a fait le tour de la sous-région, la semaine dernière. Il a été mandaté, selon la source, par le Président français, Nicolas Sarkozy. En Afrique centrale, c’est à Denis Sassou N’Guesso que la mission a été confiée par Paris d’informer ses homologues de la Cemac mais aussi des Comores. Le diplomate assure que Sarkozy, compte tenu des problèmes que le Président sénégalais rencontre actuellement et surtout à cause de sa grande susceptibilité, a tenu à parler personnellement à Abdoulaye Wade lequel devrait informer son petit voisin bissau-guinéen». Cette exclusivité publiée par le quotidien Notre Voie n°3988 du lundi 21 novembre 2011 a visiblement créé un séisme à la rencontre annuelle de concertation entre la Bceao et la Beac qui se tient à Abidjan, depuis mardi 22 pour prendre fin aujourd’hui 24 novembre 2011. Au point où, au sortir d’une audience avec le chef de l’Etat ivoirien, Alassane Dramane Ouattara, le mardi 22 novembre, lendemain de la publication de l’article de Notre Voie, le gouverneur de la Beac, Lucas Abaga, a déclaré : «La dévaluation n’est pas d’actualité. La croissance reste rigoureuse en 2011 ; le taux de couverture monétaire est presque de 100% alors qu’il faut un minimum de 20%, tous les indicateurs sont dans le bon sens». Le nouveau gouverneur de la Bceao, Tiémoko Meyliet Koné, qui se tenait à ses côtés, a partagé la même vision que son homologue.

Le prêteur en difficultés financières

Ces propos du gouverneur de la Beac sont plus du registre de la politique, qui vise à amadouer les populations afin de prévenir toute manifestation de rue, que celui de l’économie, où la démagogie ne prospère pas face aux clignotants rouges. Si une timide croissance est constatée en Afrique depuis quelques années, ce n’est pas le cas en Europe où sévit une crise économique rude qui menace même les fondements de l’euro, la monnaie commune à 27 pays européens. Dont la France, ex-pays colonisateur de la majorité des pays, membres de la Bceao et de la Beac. Mais surtout «parrain» du Fcfa et principal pourvoyeur de «l’aide» au développement des Etats de la zone monétaire.

Frappée par la crise économique qui touche l’Europe, la France se trouve profondément dans l’incapacité de jouer son rôle comme par le passé. De son côté, l’Allemagne, la première puissance économique européenne, se refuse à servir de «parapluie» à la France en Afrique au risque de mettre en péril tout l’édifice européen. D’autant qu’en Europe, les conséquences de la crise se font durement ressentir. L’exemple de la Grèce est bien récent. «Le prêteur est en difficulté, c’est cela la réalité. Pour prêter de l’argent aux pays de la zone Cfa dans le cadre de l’aide au développement, la France empruntait, avant la crise, sur le marché européen à un taux de 2%. Elle prêtait ensuite aux pays africains à un taux de 4%. Avec la crise, le taux d’emprunt de la France sur le marché européen s’est accru. La France ne peut plus continuer puisqu’elle est frappée de plein fouet par la crise. Elle a donc décidé de dévaluer le Fcfa pour ne pas porter les pays de la zone Bceao et Beac comme un boulet au pied», soutient une source informée.

Ancien gouverneur de la Bceao, Alassane Dramane Ouattara que la France a activement contribué à installer au pouvoir a été chargé par Paris d’expliquer la pilule amère de la dévaluation du Fcfa aux autres chefs d’Etat de la zone. Quant aux gouverneurs de la Bceao et de Beac réunis à Abidjan avec les autres partenaires dont la France, il s’agit de réfléchir sur comment appliquer cette mesure sans faire sombrer les économies sous-régionales.

Comme avant le 11 janvier 1994

La tâche est ardue comme ce fut le cas en 1993, quelques mois avant la dévaluation du Fcfa survenue en janvier 1994. En effet, à partir de septembre 1993, le soutien financier de la France était conditionné à l’adoption par les pays de la zone Cfa de programmes économiques et financiers crédibles soutenus par le Fmi. Ce changement d’attitude préfigurait de la dévaluation du franc Cfa. Aujourd’hui encore, le schéma est identique. Pendant que le Fmi est sollicité par l’Europe pour appuyer les économies de certains pays de la zone euro en grande difficulté, il soumet les pays africains à des conditionnalités socio-économiques qui ne seront pas sans conséquences pour la stabilité de certains Etats. Des sources parlent, par exemple, de réduction du personnel de la Fonction publique et d’une privatisation totale de tous les secteurs des économies des pays africains. La dévaluation va renchérir le coût de la vie déjà intenable dans certains pays comme la Côte d’Ivoire. C’est à juste titre que Houphouët s’opposait vigoureusement à la dévaluation. Quelques semaines après sa mort, le 7 décembre 1993, la France et le Fmi ont décidé, le 11 janvier 1994, la dévaluation de 50% du franc Cfa pour les 13 pays africains du continent et 33% pour les îles Comores. Pour janvier 2012, des sources parlent d’une dévaluation de plus de 60% du franc Cfa. C’est dire que la catastrophe est à nos portes. Et les pluies de milliards Fcfa dévalués n’y pourront rien. Comme en 1994…

Didier Depry didierdepri@yahoo.fr

Côte d’Ivoire : Les Ivoiriens veulent régler un problème de survie !

Ils sont privés de presque tout. Les Ivoiriens. Ils constatent qu’ils sont en train d’être privés de tout. Ceux qui sont les fils de la Côte d’Ivoire. Eau, électricité, produits médicaux de première nécessité, sécurité urbaine, sécurité rurale, liberté d’expression, libertés politiques. Et au-dessus de tout, du droit à l’éducation.

Le monde le sait-il ? Le Nigeria, le Burkina Faso, le Sénégal, le Togo, tous ces pays membres de la CEDEAO qui se sont déclarés ennemis du peuple de Côte d’Ivoire en organisant la razzia de ce pays le savent-ils ? Sont-ils conscients du drame dont ils ont posé les fondamentaux en recrutant, fournissant et armant des criminels pour venir attaquer les institutions légalement établies dans ce pays qui leur a pourtant fait que du bien pendant plusieurs décennies ? Bien sûr que oui. Ils le savent.

A l’époque, c’est le Président de l’Afrique du Sud, Monsieur Jacob Zuma qui l’avait révélé au Président GBAGBO. Une partie de l’argent remis à Ouattara par la mafia occidentale au Sénégal sous le parrainage du vieux Abdoulaye Wade a servi à payer le soutien de la plupart des chefs d’Etat d’Afrique de l’Ouest pour qu’ils se taisent sur la forfaiture contre Laurent GBAGBO.

Pour de l’argent, ils ont aidé un corrompu, un menteur, un voleur, un faussaire à organiser le pillage de la Côte d’Ivoire par la France et ses alliés de prédateurs racistes. C’est ce que nous avions cru.

Aujourd’hui, le pays manque de tout. Et pourtant, il regorge de tout. Infrastructures sanitaires modernes, infrastructures hydrauliques, infrastructures scolaires et universitaires, des hommes hautement qualifiés, des ressources naturelles immenses.

Alors que se passe-t-il avec celui que la France a installé dans le sang de plus de 15 mille Ivoiriens ?

Est-ce parce qu’il est incompétent que tout s’effondre ? Est-ce parce que son agenda est de disloquer l’Etat de Côte d’Ivoire, détruire les fondamentaux de la République pour créer un environnement de non droit à repeupler ?

Cette deuxième hypothèse est la plus imbattable quand bien même la première reste tout aussi avérée.

Oui, ils veulent détruire l’ancienne Côte d’Ivoire pour repeupler ce pays. Mais il s’agit d’un repeuplement agricole. Et le Burkina Faso en a la responsabilité. L’enjeu, c’est le cacao ivoirien.

En participant à la razzia de la Côte d’Ivoire, les grands groupes américains intervenant dans ce secteur ont posé comme condition, la vente par Ouattara de toutes les plantations de cacao auxdits groupes afin de donner un statut de salariés aux planteurs de cacao et café de Côte d’Ivoire.

Mais l’entreprise est trop risquée. Une insurrection paysanne pourrait voir le jour. Alors la solution détournée a été de mettre en valeur les forêts classées. Et depuis environ 7 mois, les forêts classées ivoiriennes sont envahies par des dizaines de milliers de Burkinabés.

A un moment donné, ces nouveaux immigrés agricoles, tous des Burkinabés, seront déguerpis, dédommagés par ces grands groupes américains qui proposeront à Ouattara de leur permettre de procéder à ce dédommagement. En contrepartie, ils devront exploiter eux-mêmes ces plantations en promettant à coup de mensonges, de reconstituer d’autres couverts végétaux. Et l’affaire est dans le sac. Bloc par bloc, toute la nouvelle boucle du cacao ivoirien sera vendue à ces prédateurs.

Pendant ce temps, l’école aura été démantelée, l’armée disloquée et les fondamentaux du bien être social ivoirien, totalement compromis.

L’enjeu, c’est donc la disparition de l’Ivoirien au profit d’une citoyenneté ivoiro-burkinabée par la création d’une fédération sur le modèle de la haute et basse Côte d’Ivoire coloniale.

Aisément, cela se comprend donc. Conseil des ministres ivoirien tenu à Ouagadougou. Privation d’eau et de courant, de sécurité et d’école pour que la Côte d’Ivoire devienne invivable. Après quoi, la pilule de la disparition de la Côte d’Ivoire sera facilement avalée.

C’est donc clair. Au-delà des problèmes politiques fabriqués pour faire du dilatoire, le vrai objectif poursuivi par les agresseurs de la Côte d’Ivoire, c’est la disparition de la citoyenneté ivoirienne. Une fusion absorption dans le Burkina Faso natal de Dramane Ouattara est inscrite donc au premier plan de l’agenda des prédateurs qui ont envahi ce pays.

C’est pourquoi ils détruisent tout pour faire place à autre chose, à un projet de démontage brique par brique de la Côte d’Ivoire.

Pour ceux qui ne comprennent pas pourquoi nous n’avons pas d’autres choix que d’attaquer ce régime du déni de la citoyenneté ivoirienne, je vous ai révélé l’une des causes profondes de notre engagement révolutionnaire. Nous n’avons pas d’autre choix que de nous libérer pour survivre. Et quoiqu’il advienne, nous le ferons. Au prix de notre sang.

A Très bientôt.

Hassane Magued

Le Franc CFA dévalué le 1er janvier 2012

Les malheurs continuent sous Ouattara : Le Franc CFA dévalué le 1er janvier 2012

Togo, Bénin, Niger, Burkina Faso… le quotidien ivoirien Notre voie dévoile l’objet de la tournée ouest-africaine de Ouattara

C’est une information exclusive. Les pays membres de la zone CFA n’ont pas fini de souffrir. Cette fois, c’est le noir qu’ils vont commencer à broyer. Si rien ne vient entre temps changer la donne, dès le 1er janvier 2012, c’est-à-dire dans 40 jours, le FCFA sera dévalué à nouveau. La parité fixe qui jusque-là était de 1 euro=655,59 FCFA, passera à 1 euro=1000FCFA. Selon un diplomate européen, c’est pour apporter cette information aux chefs d’Etat de l’Uemoa qu’Alassane Dramane Ouattara a fait le tour de la sous-région la semaine dernière. Il a été mandaté, selon le diplomate, par le président français Nicolas Sarkozy.

«En Afrique centrale, c’est à Denis Sassou Nguesso que la mission a été confiée d’informer ses homologues de la CEMAC mais aussi des Comores», ajoute notre source. Le diplomate assure que Sarkozy, compte tenu des problèmes que le Président sénégalais rencontre actuellement et surtout à cause de sa grande susceptibilité, a tenu à parler personnellement à Abdoulaye Wade lequel devrait informer son petit voisin Bissau-guinéen.

Comme on peut s’en douter, cette mesure de dévaluation du FCFA est venue de la grave crise que traverse en ce moment l’Europe de l’euro et que seule, l’Allemagne supporte à travers ses caisses. C’est donc la Chancelière allemande, Angela Merkel, qui, selon nos sources, a demandé à son homologue français, Nicolas Sarkozy, de mettre de l’ordre dans les ex-colonies françaises avant qu’il ne soit tard. Mais si l’on regarde bien le schéma, il ne s’agit pas, à travers cette mise en garde de Mme Merkel, de sauver les économies des pays de la zone FCFA. Il s’agit bien d’aider la France à éviter de sombrer, ce qui pourrait plomber la zone euro, l’Allemagne ne pouvant plus à elle seule financer les déficits de cette zone.

Mais qu’est-ce que la dévaluation du FCFA peut bien apporter à la France au plan financier et budgétaire ? Beaucoup, beaucoup trop même. Au travers de la guerre militaire qu’elle a menée ouvertement en Côte d’Ivoire pour renverser Laurent Gbagbo, la France a réussi à mettre sous l’éteignoir, tous les nationalistes et autres souverainistes dont le fondement de la politique est de redonner à l’Afrique, toute sa dignité. Laquelle devrait lui permettre de diversifier ses relations commerciales et politiques avec le reste du monde et non plus seulement avec l’ancienne puissance coloniale. Le cas de la Côte d’Ivoire est édifiant à cet égard. Aujourd’hui, tout semble dire que les accords de 1961, lendemain des indépendances, ont été réveillés. Les sociétés françaises ont récupéré tous les marchés. Bouygues est présent partout et il ne serait pas surprenant que, pour acheter désormais sur le marché mondial, l’Etat de Côte d’Ivoire passe forcément par l’Etat français. En d’autres termes, c’est en France que nous allons désormais acheter tout. Et comme tout cela se fait en devise (euro), nous allons dépenser beaucoup de CFA pour obtenir peu de produits. Ce qui arrangerait vraiment la France si l’on tient compte de l’ensemble des pays de la zone CFA qui vont acheter sur le marché français ou qui vont être obligés de faire transiter leurs marchandises par les ports et aéroports français. Si l’on ajoute à cela l’exploitation honteuse de nos ressources à laquelle se livre en toute impunité la France, on peut dire que le pari est gagné pour Paris de trouver les milliards d’euro qu’elle cherche partout pour combler son déficit. De l’avis d’un expert, les pays africains vont contribuer, avec cette mesure, pour 40% de leurs avoirs, au colmatage du déficit français.

Comme en janvier 1994, lors de la première dévaluation, les pays africains qui font la manche recevront encore beaucoup d’argent des pays européens. Puisqu’il leur suffit de dégager 1 million d’euro pour que cela se transforme en 1milliard de FCFA. Parions ! Les hagiographes des différents palais présidentiels chanteront à l’unisson la fameuse chanson qui ne leur réussit pourtant pas : «Pluie de milliards !!!». Oubliant que cet argent est à rembourser non seulement avec des intérêts mais en devise. Conséquence, la dette des pays africains toujours sous la coupole de Paris va accroître de façon vertigineuse. Sacrifiant ainsi les futures générations africaines qui, une fois aux affaires, passeront le clair de leur temps à rembourser des dettes.

Depuis que Ouattara est parvenu au pouvoir, les prix des produits alimentaires de première nécessité ne font qu’augmenter à la vitesse grand V. A partir du 1er janvier prochain, ça va être plus grave. La dévaluation ne peut nous servir que si nous exportons beaucoup. Tout le monde le sait. Tous les pays de l’espace francophone importent presque tout : produits manufacturés, riz, bois, poisson etc. A partir du mois de janvier 2012, c’est maintenant 1000 fcfa pour un euro. Au moment de servir le marché intérieur, les commerçants revendeurs devront tenir compte de cette nouvelle parité fixe. Les prix vont donc gonfler et ça va chauffer dans les marmites ! Le prix du carburant va suivre la flèche dans le sens verticale. Et on n’y pourra rien. Malheur aux pauvres populations africaines !

Abdoulaye Villard Sanogo

Le nouvel accaparement des terres africaines

Le phénomène récent d’accaparement des terres, comme l’a montré une recherche extensive de l’Oakland Institute, a conduit à la vente d’immenses étendues de terre dans toute l’Afrique. Pour la seule année 2009, près de 60 millions d’hectares ont été cédées ou louées à travers le continent en vue d’une production de denrées alimentaires, de fleurs coupées et de cultures destinées à faire du biocarburant.

L’accaparement des terres a été partiellement généré par la crise financière et alimentaire de 2008, lorsque des organismes internationaux, des multinationales, des fonds d’investissement, de riches individus et des gouvernements ont commencé de nouveau à s’intéresser à l’agriculture et aux denrées alimentaires comme matières premières rentables. Comme le souligne le rapport cité plus haut, cet accaparement des terres conduit à une aggravation de l’insécurité alimentaire, à la dégradation de l’environnement, à l’oppression et aux déplacements des communautés, sans compter une plus grande dépendance à l’aide.

QUI SONT LES INVESTISSEURS ?

Les médias sont focalisés sur des pays comme l’Inde et la Chine dans cette course à l’acquisition de terres, mais l’enquête de l’Oakland Institute révèle une implication des firmes occidentales, de riches Européens et Américains et de fonds d’investissement liés à de grandes banques comme Goldman Sachs et JP Morgan. On retrouve également parmi ces investisseurs des firmes d’investissement alternatives comme Emergent, basée à Londres, qui travaillent à attirer vers ce secteur les spéculateurs et de nombreuses universités comme Harvard, Spelman et Vanderbilt.

Des intérêts financiers du Texas du Sud se sont associés à un accord portant sur 600 000 hectares dans le Sud Soudan, impliquant Kinyeti Development LLC, une firme basée à Austin (Texas) et impliquée dans le business global des partenariats pour le développement et des holdings. Elle est gérée par Eugène Douglas, un ancien ambassadeur américain et coordinateur aux affaires pour les réfugiés. Un acteur essentiel dans cet accaparement des terres en Tanzanie reste l’entrepreneur en agrobusiness de l’Iowa et pilier du Parti Républicain, Bruce Rastetter.

Les compagnies américaines sont souvent invisibles. Elles utilisent des filiales enregistrées dans d’autres pays comme Petrotech-ffn Agro Mali, filiale de Petrotech-ffn USA. De nombreux pays européens sont également impliqués à travers leurs ambassades installées dans des pays africains. Des compagnies suédoises et allemandes ont ainsi des intérêts dans la production du biocarburant en Tanzanie. La compagnie suisse Addax Bioenergy ou Quifel International Holding (QIH) du Portugal sont des investisseurs de taille en Sierra Leone. Dans ce pays, la Sierra Leone Agriculture (SLA) est une filiale de Crad-1 (CAPARO, Renewable Agriculture development LTD), compagnie basée en Grande Bretagne et associée à l’African governance initiative de Toni Blair. Comme l’ont rapporté les médias, des compagnies indiennes sont aussi impliquées dans l’accaparement des terres, particulièrement en Ethiopie. Des pays sans sécurité alimentaire comme ceux de la région du Golfe s’engagent aussi dans ces accords fonciers à des fins de production de nourriture pour leur propre pays.

DEVELOPPEMENT ECONOMIQUE ?

Un des principaux arguments avancés par les gouvernements et les investisseurs consiste à dire que ces investissements génèreront développement économique dans les pays qui cèdent ainsi leur foncier. Mais selon le rapport de l’Oakland Institute, ces transactions sont gratuites (comme dans le cas du Mali) ou faites à bon marché (comme en Ethiopie ou en Sierra Leone). Elles sont pour la plupart non réglementées, sans précisions ou garanties d’une aide à apporter aux populations locales ou une obligation de créer des infrastructures. Alors que les défenseurs de l’accaparement des terres africaines basent leur rhétorique sur l’investissement étranger direct, il n’y a rien qui prouve que ces fonds vont affluer de façon substantielle.

La plupart de ces accords sont accompagnés d’énormes réductions de taxes et autres incitations à l’investissement. Cela offre un excellent marché aux investisseurs, mais un moindre afflux financier pour le pays et donc moins de moyens à disposition pour l’amélioration des infrastructures ou des services sociaux. Par exemple, la Sierra Leone permet une possession à 100% étrangère, sans restriction sur le trafic des devises, le rapatriement de l’intégralité du profit, des dividendes et des royalties et sans aucune limites sur le nombre d’expatriés employés.

Une autre justification de ces accords fonciers repose sur l’idée sont laquelle ils vont permettre la création d’emplois dans les régions concernées. Là encore, le manque de stipulation dans les accords ainsi que l’enquête sur le terrain montrent que ces promesses sont au mieux exagérées ou, au pire, complètement fausses. Le projet d’investissement de Emvest Matuba, ainsi que le personnel d’Emergent et d’Emvest ont promis des créations d’emplois privilégiant le recrutement dans la communauté locale, mais un décompte récent au niveau d’Emergent révèle qu’actuellement seuls 17 postes permanents sont assurés sur 36. Au Mali, la région visée par un gros accords foncier portant sur une terre qui pourrait facilement accueillir 112 537 familles de paysans, soit plus d’un demi million de personnes (686 478) se trouve entre les mains d’un groupe de 22 investisseurs qui, au mieux, créeront quelques milliers d’emplois.

Pire encore, ces accords fonciers génèrent des emplois saisonniers à bas salaires et permettent aux investisseurs de profiter d’une main d’œuvre bon marché pour exploiter une terre obtenue pour une bouchée de pain.

LE DEPLACEMENT DE COMMUNAUTES

Dans les stratégies d’accaparement, il est prétendu que les communautés ne font pas l’objet de déplacements forcés loin de leurs terres et que ceux à qui il est demandé de s’en aller sont compensés pour la perte de leurs biens. En vérité, c’est le contraire qui est la norme. Les fonctionnaires du gouvernement éthiopien, par exemple, ont déclaré que les terres qui avaient été louées n’étaient pas utilisées et se trouvaient à l’abandon. Dans l’intervalle, un processus de villagisation est en cours, avec le déplacement e 700 000 autochtones qui vivaient sur une terre visée par les investisseurs.

En 2010, à Samana Dugu, au Mali, des bulldozers sont venus déblayer un terrain. Lorsque les villageois ont protesté, ils ont été confrontés à la police qui les a battus et arrêtés. En Tanzanie, les investisseurs de AgriSol Energy ont jeté leur dévolu sur les camps de réfugiés de Katumba et Mishamo. L’accord entre le gouvernement local et AfriSol Energy stipule que ces camps, qui abritent 162 000 personnes qui ont fui le Burundi en 1972 et qui ont cultivé la terre pendant 40 ans, doivent être fermés. En juin 2009, Amnesty International rapportait que les réfugiés étaient mis sous pression pour qu’ils s’en aillent. Certains d’entre eux ont perdu leur maison suite à un incendie causé par des individus agissant sur instructions du gouvernement tanzanien, en vue de forcer les réfugiés à quitter le camp. Des responsables dans les camps de réfugiés, qui ont tenté d’organiser les personnes affectées, ont été arrêtés et détenus.

Les sites d’investissement visités par l’Oakland Institute attestent d’une perte de terre agricole locale là où elle servait à divers usages et avait une valeur écologique et sociale. Une partie de ces terres dites abandonnées étaient à ce moment-là en jachère (en repos) et servaient des pâturages ou encore des terres communales. Des forêts et des réserves nationales qui ont abrité des variétés d’animaux, de poissons et de plantes permettant aux communautés de trouver de la nourriture dans les périodes de pénurie, ont été brûlées et défrichées. Ces terres sont détruites sans aucune compréhension de leur importance et sans aucune évaluation qui permettrait de comprendre comment leurs destructions vont affecter les communautés locales.

Lors d’entretiens, de nombreuses communautés ont déclaré qu’elles n’ont aucunement été informées avant ces investissements fonciers. Ils n’ont compris ce qui se passait que lorsque les bulldozers sont arrivés dans leur communauté.

INSECURITE ALIMENTAIRE

Alors que la plupart des pays et des régions visés souffrent d’insécurité alimentaire, les accords fonciers se concentrent sur la production de produits exportables, y compris des denrées alimentaires, des biocarburants et des fleurs coupées destinés à la consommation étrangère. Au Mali, la moitié des investisseurs qui ont accaparé de grandes étendues dans l’Office du Niger ont l’intention de faire croître des plantes produisant des biocarburants comme la canne à sucre, le jatropha et d‘autres cultures oléagineuses. Au Mozambique, la majeure partie de l’exploitation concerne l’industrie du bois et les biocarburants plutôt que des produits comestibles. Les denrées alimentaires ne sont cultivées que sur 32 000 des 433 000 hectares approuvées pour un investissement agricole entre 2007 et 2009.

En Ethiopie, une grande partie de ces gros accords fonciers a été consacrée à des produits alimentaires destinés aux marchés étrangers. L’accaparement des terres dans ce pays a conduit au déblayage de terres communautaires et de parcelles pour la culture par rotation, ainsi que de forêts, principales sources de subsistance des communautés. De même, leurs zones tampons sont menacées, sans compter que l’agriculture commerciale sur ces terres va affecter l’habitat des poissons et d’autres spécimens de la faune sauvage qui faisaient l’objet de chasse durant les périodes de pénurie alimentaire. La perte et la dégradation des pâturages vont également aggraver l’insécurité alimentaire.

Le problème de l’eau reste lancinant en raison des effluents des fermes industrielles qui entraînent des pollutions et des pénuries d’eau. La construction de barrages dans les zones d’investissement, comme le barrage proposé sur Alwero River, génère des préoccupations additionnelles liées aux conséquences imprévisibles. Aucune clause n’a été trouvé dans les contrats de bail concernant l’utilisation de l’eau, pas plus qu’il n’y a de signes que l’usage de l’eau par les fermes commerciales sera géré, surveillé ou régulé.

En Ethiopie, non seulement il n’y a aucune clause dans les contrats qui fasse obligation aux investisseurs d’améliorer la sécurité alimentaire locale ou de rendre disponible de la nourriture pour la population, mais le gouvernement fédéral a accordé des incitations à ces investisseurs qui s‘adonnent à la culture de rente pour les marchés étrangers. Abera Deressa, le ministre fédéral de l’Agriculture a déclaré : « Si nous obtenons de l’argent, nous pouvons acheter de la nourriture n’importe où et nous pourrons résoudre la question alimentaire ». Au niveau des communautés interviewées on voit à travers leurs préoccupations qu’ils croient que le gouvernement crée cette situation de manière intentionnelle afin que les communautés deviennent dépendantes de l’autorité centrale pour leur nourriture et avoir ainsi la possibilité de les marginaliser et les destituer.

LE FACTEUR ECOLOGIQUE

La dégradation de l’environnement est un souci principal par rapport à ces accords fonciers, dépourvus de transparence et de règlementations en matière d’impact sur l’environnement. Les forêts ont de nombreux usages pour les communautés locales. Elles fournissent de la nourriture, des médicaments, du bois de feux et du matériel de construction. Les forêts sont aussi des hauts lieux culturels et historiques. Les conséquences défrichage de ces terres et forêts incluent par ailleurs la perte et la dégradation des zones humides, la diminution de la faune sauvage et de son habitat, ainsi que la prolifération d’espèces invasives et la perte de biodiversité.

Ces préoccupations environnementales sont illustrées en Ethiopie dans le parc national de Gambela où l’Ethiopian Wildlife Conservation Authority (EWCA) estime que 438 000 hectares de terre ont été loués à proximité du parc. Alors que les limites du parc ne sont pas déterminées, des terres que la population locale considère comme faisant partie intégrante du parc ont été défichées sur une large échelle par des investisseurs, y compris la Karuturi et Saudi Star. Des zones humides ont été altérées et des forêts ont été abattues. Selon une évaluation récente, le parc national de Gambela abrite 69 espèces de mammifères, une zone humide de grande valeur, des centaines d’espèces d’oiseaux et 92 espèces de poissons.

Autre facteur aggravant, la pratique de l’agriculture industrielle va augmenter la toxicité, la perturbation des systèmes naturels de contrôle des parasites et va créer de nouvelles mauvaises herbes ainsi que des souches de virus, sans compter une perte de la biodiversité en plus de contaminer les plantes autochtones par des gènes manipulés. De plus, ces pays vont se retrouver dans une situation de faiblesse face à la question de l’atténuation et l’adaptation aux changements climatiques. Pour beaucoup de ces accords fonciers, une évaluation de l’impact sur l’environnement n’a que rarement lieu ou n’est pas pris en compte, rendant la situation encore plus alarmante.

LE VERDICT ET COMMENT AVANCER

L’investissement dans l’agriculture est crucial dans le combat contre la faim et le changement climatique, et pour garantir des moyens de subsistance aux paysans. Toutefois, comme l’a souligné Olivier de Schutter, le rapporteur des Nations Unies pour le droit à l’alimentation, le problème n’est pas seulement d’augmenter les allocations budgétaires à l’agriculture, mais plutôt  » de choisir entre différents modèles de développement agricole qui peuvent avoir des impacts différents et bénéficier à divers groupes différemment ».

En novembre 2010, les Nations Unies ont publié un rapport qui déclare que les bénéfices de l’agro-industrie sont largement supérieurs aux techniques d’agriculture industrielle. Il a ajouté que nous pouvons doubler la production des denrées alimentaires si nous soutenons les petits paysans. Les recherches de l’Oakland Institute corroborent ces conclusions. Par exemple, au Mali, avec l’intensification de la culture du riz le long du Niger, près de Tombouctou, les paysans ont réussi à produire des récoltes entre 5 et 15 tonnes par hectares, pour une moyenne de 9 tonnes par hectares. Ceci représente plus de deux fois la récolte du riz irrigué conventionnel de la région et plus que les prévisions de Moulin Moderne du Mali, l’un des principaux investisseurs. Le système d’irrigation comprend des parcelles de 35 hectares, partagées par des populations allant jusqu’à cent familles. Ce qui signifie que chaque famille a accès à seulement un tiers d’hectare. Mais même avec cette parcelle de terre, ils ont réussi à gagner 1879 dollars, soit plus du double de la moyenne nationale de revenu qui est de 676 dollars.

Aujourd’hui, les gouvernements et les investisseurs font l’exact contraire de ce que la recherche montre. Au lieu de soutenir les petits paysans, ces accords fonciers favorisent l’agriculture industrielle tout en déplaçant des populations, destituant les gens qui, précisément, ont la capacité de faire évoluer leur communauté de l’insécurité vers un environnement viable pour tous. L’accaparement des terres met ces pays en danger d’aggravation de l’insécurité alimentaire, la dégradation de l’environnement, l’augmentation de la dépendance à l’assistance alimentaire et la marginalisation des communautés de paysans et de bergers. En ce qui concerne l’alimentation, l’enjeu ne consiste pas uniquement en une augmentation de l’insécurité alimentaire, mais c’est aussi une attaque contre la souveraineté alimentaire et le droit des populations à produire leur propre nourriture.

L’accaparement des terres est au mieux irrationnel, au pire violent. C’est un acte de violence que de retirer aux gens leur droit à la nourriture et à l’accès aux terres ancestrales, de casser leurs liens historiques et sociaux et de les priver de leur droit inaliénable à la dignité. C’est un acte de violence que de les dépouiller de leur futur et dépouiller la terre de sa fertilité.

Alors que des accords fonciers se concluent derrière des portes closes, les communautés résistent. Les rébellions « alimentaires » de 2008, la révolte à Madagascar contre l’accaparement de terre et les récentes protestations en Guinée montrent que partout des communautés se lèvent pour défendre leurs droits à la souveraineté alimentaire. En fait, dans tous les pays visités, les accords fonciers ont été contrés par des organisations communautaires. Au vu de ce que nous en savons, résister sur tous les fronts à ces accords d’accaparement de terre et travailler pour des investissements dans une agriculture viable, rendre aux populations locales leur pouvoir, reste la seule façon rationnelle et humaine d’avancer .

Agazit Abate

* Cet article de Agazit Abate, stagiaire entre 2010 et 2011 à l’Oakland Institute, est basé sur la recherche et la publication faites par cette institution. Pour en savoir plus sur les investissements financiers en Afrique, visitez le site web de l’Oakland Institute

La famille Bongo et les « Biens mal acquis »

L’ancien président du Gabon et sa famille ont dépensé des centaines de milliers d’euros en espèces pour l’achat de costumes, selon une enquête judiciaire à Paris pour détournement de fonds publics révélée par le Canard enchaîné.

Cette instruction déclenchée contre l’avis du parquet par un arrêt en 2009 de la plus haute juridiction française vise les biens détenus en France et les dépenses de plusieurs chefs d’Etat de pays africains stratégiques pour la France.

Le président gabonais Omar Bongo, mort en juin 2009 après 41 ans à la tête de cette ancienne colonie française, a dépensé 344.000 euros en espèces le 30 octobre 2007 pour l’achat de costumes de marque dans une boutique de luxe parisienne, montre une note de Tracfin, cellule anti-blanchiment de Bercy, versée aux dossiers des juges, selon l’hebdomadaire.

Son fils Ali Bongo, qui lui a succédé, a acheté en 2010 pour 88.000 euros de costumes à Pape N’Diaye, couturier renommé, et les factures ont été réglées par un tiers, selon une autre note de Tracfin.

Une troisième note de Tracfin montre que Pascaline Bongo, fille aînée d’Omar Bongo, a acheté en mars 2009 pour plus de 158.000 euros d’Armagnac. Sa demi-sœur Flore a dépensé 1.037.500 euros entre avril 2010 et avril 2011, relève aussi Tracfin.

Les juges ont obtenu au total la transmission de 11 notes dans lesquelles cet organisme officiel que les banques doivent obligatoirement informer faisait la liste des dépenses suspectes.

L’hypothèse de l’instruction française est que les fonds proviennent de détournement de fonds publics de ces Etats africains. Les responsables concernés le nient et voient l’enquête comme une atteinte à la souveraineté de leurs pays.

Une première phase de l’enquête en 2007 avait recensé 39 propriétés immobilières de luxe et 70 comptes bancaires détenus par la famille Bongo et ses proches, 24 propriétés et 112 comptes bancaires pour la famille Sassou N’Guesso, président du Congo-Brazaville.

L’instruction s’alimente régulièrement de nouveaux éléments, comme dernièrement une note des Douanes de mars 2011 montrant que Teodorin Obiang, fils du président de Guinée équatoriale, a affrété en 2009 un avion ayant fait escale en France avec à son bord 26 voitures de luxe, dont sept Ferrari et cinq Bentley.

Il a aussi été découvert qu’il avait dépensé 18 millions d’euros lors de la vente aux enchères de la collection d’Yves Saint-Laurent et de Pierre Bergé en mars 2009.

Thierry Lévêque

Article un peu modifié

Voir l’article original sur lexpress.fr

Projet de base militaire canadienne au Sénégal : l’impérialisme continue

Alors qu’AFRICOM a du mal à trouver un pays où s’installer en Afrique, le Canada semble avoir trouvé son terrain d’accueil pour une base militaire au Sénégal. Ce serait une première, pour Ottawa, en Afrique. Le projet évoque un «Réseau de soutien opérationnel», mais la finalité est claire : le Canada cherche à prendre pied militairement en Afrique pour mieux consolider sa part de pillage des ressources en Afrique. Ameth Lô rappelle que si les Américains sont intéressés par le pétrole, les Canadiens eux ont beaucoup investi dans les industries extractives du continent.

Le journal « Le Devoir » de Montréal, dans son édition du 2 juin 2011, fait part de la volonté du Canada d’implanter au Sénégal une base militaire dans le cadre de son projet de « Réseau de soutien Opérationnel ». Certains analystes des questions internationales semblent justifier ce projet par le besoin du Canada d’avoir une présence à certains endroits du globe d’où ses militaires pourraient partir en cas de besoin.

Cependant, ce projet canadien doit être analysé sous l’angle plus large d’une tentative de redéploiement militaire de l’impérialisme à différents endroits du globe (dont le Sénégal), afin de renforcer son hégémonie, et continuer à assurer sa domination sur le reste du monde.

Ce projet, présenté comme un accord classique de coopération bilatérale, ne peut être seulement abordé sous l’angle technique. Il est un sujet éminemment politique, avec des enjeux géostratégiques énormes. En effet, depuis plusieurs années, les Etats Unis tentent de faire la même chose pour mettre en place leur projet d’implantation d’AFRICOM (United States African Command) à l’intérieur du continent africain. Un projet qui a été rejeté presque unanimement par tous les pays, même par les alliés les plus proches des Etats Unis comme l’Ouganda, le Rwanda et le Liberia.

Par ailleurs, la France qui, à un certain moment, avait pensé retirer certaines bases, s’est ravisée par la suite en optant pour une rationalisation et un redéploiement sélectif. C’est donc dire que toutes ces démarches (américaine, française et aujourd’hui canadienne, etc.) ne visent qu’une chose : avoir pied sur le continent pour continuer à le contrôler politiquement et économiquement, car l’accès (quasi-libre) aux ressources énergétiques africaines va être déterminant dans les décennies à venir.

La ville de Toronto est la capitale des multinationales et firmes canadiennes évoluant dans le domaine des mines. Elle abrite le TSE (Toronto Stock Exchange) où sont listées toutes ces sociétés (Barrick Gold etc..) qui s’activent de plus en plus en Afrique souvent en parfaite collision avec des pouvoirs locaux dans une entreprise de spoliation des richesses du continent.

Le système mondial, tel qu’il est configuré aujourd’hui, tend à vouloir dépolitiser ces questions fondamentales (présence de base militaire, etc.), pour les présenter comme des problèmes classiques de coopération donnant – donnant profitant à tout le monde. Il se trouve que ce système, pour se pérenniser au niveau mondial, doit maintenir sa suprématie sur le plan militaire, sur le contrôle des média de communication et sur le plan financier. Ainsi, toute stratégie de sa part, sera articulée par rapport à ces objectifs, qui lui permettent de continuer à maintenir sa position dominante.

La remise en cause de ces monopoles par les nouveaux pays émergents (Brésil, Inde, Chine, Russie, etc.), explique cette nouvelle phase de redéploiement militaire et la nervosité de l’Occident à bout de souffle (Europe –Amérique du nord). Par conséquent, l’enjeu fondamental demeure un enjeu de domination de nos pays. Les maigres miettes de retombées de telles stratégies ne doivent pas nous faire perdre de vue ces questions qui, dans une certaine mesure, détermineront l’avenir de nos populations dans les décennies à venir.

Il est clair aujourd’hui que les enjeux relatifs aux questions sécuritaires, comme la lutte contre le terrorisme et contre la circulation de la drogue en transit dans la sous région africaine ne sont en fait que l’emballage d’une stratégie savamment orchestrée pour s’implanter militairement sur le continent africain afin de pouvoir le contrôler politiquement et économiquement. En effet, les richesses naturelles de l’Afrique seront déterminantes dans les décennies à venir.

C’est pourquoi les populations africaines ont intérêt à se battre pour une démocratisation approfondie des institutions internationales telles que l’ONU qui, il faut le déplorer, tend de plus en plus à sous traiter certaines opérations à dimension militaire à des acteurs motivés juste par leur propres intérêts géostratégiques (l’OTAN en Lybie et la Licorne en Cote d’Ivoire). De telles organisations doivent être restructurées pour être plus démocratiques et refléter mieux, les vues des différentes composantes de l’humanité plutôt que de continuer à être instrumentalisé par les tenants de l’ordre mondial actuel qui l’utilisent de façon variable en fonction de leurs intérêts du moment.

L’ALTERNATIVE PANAFRICANISTE

D’un point de vue sécuritaire, il nous faut démasquer d’abord ce projet occidental s’appuyant sur de faux alibis de coopération. Faut-il le rappeler, l’Occident est dans bien des cas à l’origine des conflits les plus meurtriers que le continent ait connu. L’exemple le plus patent étant le Congo, avec plus de 4 millions de morts en presque dix ans et un pillage systématique de ses ressources minières dont les nouvelles industries de télécommunications et de biens de consommation ne peuvent se passer.

Notre proposition porte sur la mise en place de mécanismes de sécurité collective au niveau du continent, avec l’établissement, par exemple, de cinq zones géographiques dans les espaces Maghreb, CEDEAO, SADC et EAC, avec des forces militaires africaines pré positionnées dans ces zones et la mise en place de mécanismes de prise de décisions politiques adéquates pour pouvoir intervenir et servir d‘élément dissuasif dans le cadre de la prévention des conflits, tout en étant prompts à intervenir militairement en cas de besoin pour rétablir la sécurité collective de nos populations.

Ces forces militaires devront être constituées par les pays africains proportionnellement à la taille de leurs armées nationales. Aussi, en période de paix, elles doivent être mobilisées pour des taches de développement (construction de ponts, de routes, d’écoles de poste de sante de reboisement etc.). Ceci pouvant se faire en parfaite synergie avec les populations civiles de la zone d’implantation de ses bases.

La sécurité, avec AQMI (Al Qaida au Maghreb) aux portes du Sahara, les nouvelles routes de la drogue en provenance de l’Amérique latine pour l’Europe, avec comme points de transit l’Afrique de l’Ouest, sont des problèmes sous-régionaux. Donc la réponse doit l’être tout autant.

Une base militaire Canadienne dans un quelconque pays de la sous région ne pourra au mieux que faire déplacer les problèmes dans ce pays vers ses voisins. En outre, les supposées retombées économiques au niveau du pays d’accueil resteront toujours minimes. La priorité en Afrique doit être la lutte pour l’avènement de régimes démocratiques, progressistes, capables créer les conditions idoines de sortie du continent des affres du sous-développement. Il appert que seuls de tels régimes seront en mesure de faire progresser le processus d’intégration africaine et permettre l’érection d’un bloc politiquement soudé pour faire cesser le pillage systématique dont l’Afrique est victime de façon continue depuis des décennies.

Par Ameth Lô, membre du Groupe de recherche et d’initiative pour la libération de l’Afrique (section de Toronto)

Pu­blié ori­gi­nel­le­ment dans le nu­méro 203 de Pam­ba­zuka News

Un noir à la maison blanche

Un Noir à la Maison Blanche, par aymard

Le mardi 4 novembre 2008, suite à la victoire de Barack Obama sur le sénateur républicain John Mccain, toute l’Afrique a vibré, les Africains avec. J’ai encore en mémoire la sale journée que j’ai dû passer à l’époque parcequ’ayant été empêché de faire la grasse matinée ; le téléphone ne cessant de sonner et à chaque appel, c’était pour m’entendre dire que l’Afrique était sauvée et surtout cette phrase qui m’a réveillé définitivement : « le continent va sortir du sous-développement ». Même si je n’étais pas devin, je m’époumonais à expliquer à mes interlocuteurs que Barack Obama a été élu pour régler les problèmes des américains et non ceux des Africains. Je pense aujourd’hui avoir pleinement raison en ayant préconisé la prudence à l’égard de ce nègre qui n’est en effet qu’une marionnette placée au pouvoir pour jouer le messie avec le résultat que nous avons. Il me rappelle un certain Kofi Annan à l’Onu. Ce Ghanéen, entré à l’Onu en 1962 pour devenir 35 ans plus tard secrétaire général a été une sorte de pantin aux mains des américains. C’est sous son mandat qu’il y a eu plus de conflits et de massacres. Il s’est personnellement investi en RDC pour que Kabila soit élu au détriment de Tsisekedi, le « sphinx de Limete » qui depuis, je pense appelle à une insurrection populaire. C’est lui qui envoya en Côte d’Ivoire après le coup d’état raté de septembre 2002, le béninois Albert Tévoédjrè en tant qu’envoyé spécial de l’Onu. Tévoédjrè qui, n’a d’ailleurs rien apporté de bon pour son propre pays depuis 1960 a osé dire à la délégation du FPI qui s’agaçait de son trop grand rapprochement avec les rebelles, de se comporter comme des gens civilisés et laisser l’Onuci travailler ; cette dernière travaillant bien évidemment au renversement de Laurent Gbagbo comme on a pu le constater par la suite en vue de l’installation d’Alassane Ouattara qui devient neuf ans plus tard soit en Avril 2011, le Président de la République de la Communauté Internationale. Son passage en tant que 1er ministre aura laissé un goût sucré à ses soutiens internationaux ; période pendant laquelle cet économiste cède aux bras financiers de la Françafrique toutes les entreprises d’Etat de la Côte d’Ivoire. Aucun secteur n’a été épargné. Bouygues, France Telecom ou encore Bolloré se frottent les mains. Martin Bouygues a l’Eau et l’Electricité mais aussi la plate-forme pétrolière d’Azito, les Grands moulins, l’exploitation de l’or et du diamant, le gaz, le chantier du troisième pont d’Abidjan… France Telecom, la téléphonie et Vincent Bolloré le transport multimodal et les ports. Ses maîtres, nostalgiques de cette époque ont tout mis dans la balance pour le faire revenir aux affaires ; même s’il a fallu tuer 3.000 ivoiriens.

Barak Obama disais-je, a été placé au pouvoir pour jouer le messie et il semble bien adorer ce rôle qu’il joue à merveille.

Comme le pygmé de l’Elysée, son compère de France, Obama est un médiaphile. Il adore le spectacle. Le voir marcher en se dandinant et en balançant les bras me fait sourire et me fait chaque fois penser à John Travolta dans « Saturday Night Fever ». A la maison blanche, aux conférences de presse il arrive en sautillant. Il descend les passerelles des avions en sautillant. Puis, quand il arrive, il annonce votre mort tout en souriant.

Pendant la campagne électorale, il avait promis la fermeture de la prison de Guantanamo, le retrait des troupes américaines d’Afghanistan et d’Irak, la création d’un Etat palestinien. Rien de tout cela n’a été obtenu à ce jour même pas un angstrœm d’État palestinien et pourtant ce ne sont pas les palestiniens qui ont voté pour son élection. Il s’était engagé en 2008 à doubler l’aide au développement, à soutenir l’initiative d’allègement de la dette des pays les plus pauvres, à investir 50 milliards dans la lutte contre le Sida ainsi de suite. Et pourtant, c’est le même Obama qui approuve le coup d’état perpétré en Côte d’Ivoire et ordonne l’assassinat de Kadhafi en Libye bref, le renversement de deux (02) régimes qui avaient des résultats économiques et sociaux mémorables avant qu’ils ne soient attaqués le premier en 2002 par une horde de mercenaires africains venus du Burkina et alimentés en armes par la France et le second en 2011 par des islamistes d’Al Qaeda, des soldats du Qatar, des forces spéciales occidentales dont américaines. Et dire que cet homme est prix Nobel de paix !

Hélas, le prix Nobel de la paix est l’instigateur de guerres et de conflits un peu partout et donc, pour la crédibilité du Comité d’Oslo, ce prix doit lui être retiré. Il appelle ouvertement à la violence puisqu’en s’opposant à la reconnaissance de la Palestine par l’ONU, avant cela par l’UNESCO dont il a fait couper les vivres, il participe de ce fait à radicaliser la position du Hamas qui ne restera pas les bras croisés face à Israël qui, non content d’étrangler économiquement la Palestine a décidé d’occuper Jérusalem-Est en y construisant davantage de logements après avoir détruit les plantations d’oliviers des Palestiniens. Plutôt que de pratiquer la paix pour laquelle ce prix lui a été décerné, il a décidé de faire du terrorisme d’État, en appelant à l’assassinat d’un Chef d’Etat bref, un praticien du crime de masse comme témoigne le bilan macabre de l’expédition libyenne : 70.000 morts. Bientôt – réélection oblige – il pourra se targuer d’avoir fait plus que Georges W. Bush pour protéger les américains du terrorisme.

Et si l’Afrique avait besoin d’une autre diaspora

Le mot diaspora désignait dans l’antiquité la dispersion des Juifs (sans territoire). Aujourd’hui il a évolué et élargi à d’autres peuples. Mais le mot « diaspora africaine » désigne essentiellement les populations africaines déportées comme esclaves du 16ème au 19ème siècle. Pour les populations africaines vivant hors du continent et résultant des récentes migrations, je préfère la terminologie : « Population d’origine africaine ». « Les africains de la diaspora » étant inapproprié, puisque le mot « diaspora » n’est pas synonyme de « l’étranger », encore moins « d’outre-mer ».

Selon un critère de regroupement par classe sociale, on peut diviser ces populations en 3 catégories : il y a le migrant traditionnel qui naturellement occupe le bas de l’échelle sociale dans les pays de destination. C’est malheureusement la très grande majorité des migrants africains, environ 90%. Il y a les cadres, les entrepreneurs, les professions libérales et les politiciens qui sont environ 9% et le restant 1% composé de personnes fortunées qui vivent dans des quartiers huppés ; ils ne travaillent pas et pour la plupart, ils n’ont jamais travaillé, parce qu’ils sont les frères, sœurs, cousins, cousines, amantes, amants des politiciens et des fonctionnaires africains et vivent grâce à un système généralisé de corruption et de détournements de biens publiques qui gangrène leurs pays d’origine. Lorsque des opérations de lutte contre la corruption les privent de leurs rentes, ils se découvrent alors les plus virulents opposants au système. Dans certains pays, ils vont jusqu’à financer des rebellions armées pour reprendre le pouvoir perdu.

Toutes les 3 catégories ont quelque chose en commun, ils souffrent tous de ce que j’appelle le « Syndrome du Ghetto ». Même si dans leur pays d’accueil ils n’ont jamais démontré de vanter la moindre compétence dans un domaine spécifique, pour eux, le seul fait d’habiter sans participer à la vie publique de Paris, Washington ou Londres devrait être suffisant pour être vu comme l’Expert pouvant résoudre tous les problèmes du continent africain liés à l’économie, la finance, la politique, le juridique, la technique etc… Ils savent tout, sur tous les sujets. Aux multiples rencontres hebdomadaires ils parlent de funérailles, anniversaires, mariages, remariage, baptême des enfants … avec des conséquents déplacements intercontinentaux, jamais de la création de richesses, ils ne parlent jamais de ce qui sert à l’Afrique. Ils vivent en circuit fermé de la médiocrité, avec des comportements tout aussi achroniques. Aux USA, 95% des enfants asiatiques vont à l’université, contre 12% des enfants Africains qui sont pour la plupart destinés à la prison parce que l’irresponsabilité des parents aidant, ils s’installent dans une délinquance qui est tôt ou tard exportée vers les pays d’origine des parents, salissant au passage l’image de ces pays.

C’est dans ce contexte que de plus en plus en Afrique, on fait le choix de faire participer les ressortissants de chaque pays résidents à l’étranger à l’effort de développement sans au préalable se préoccuper de la qualité et de l’opportunité des contributions. C’est comme si on signifiait que l’astrophysicien Modibo Diarra ne pouvait être utile qu’à son pays d’origine le Mali.

Malheureusement, c’est la logique du laxisme qui caractérise les gouvernements nationaux et ce, jusqu’au niveau de l’Union Africaine affronter ce sujet de grande importance pour le continent. Lors du Sommet des Chefs d’Etat Africains à Lomé en 2000, la déclaration finale avait prévu d’organiser une Conférence regroupant 500 intellectuels de l’Afrique et de la diaspora pour réfléchir au  » rôle des intellectuels, artistes et hommes de culture dans la construction de l’Afrique « . C’est quoi un intellectuel ? Ce choix est sur la base des diplômes ou des publications ? Si c’est sur la base des diplômes, à partir de quel niveau commence-t-on ? Bac +2, +4, +10 ? Et si c’est sur la base des publications, combien de livres faut-il avoir publié ? et sur quels thèmes ?

C’est ainsi que les 7-9 Octobre 2004 sous le patronage du président de la Commission de l’Union africaine (UA), Alpha Omar Konaré et du Président Sénégalais A. Wade, avait lieu cette première Conférence dites « des intellectuels d’Afrique et de la diaspora » avec pour thème  : « L’Afrique au 21ème siècle : Intégration et renaissance ». Comme on pouvait le prévoir, la montagne a accouché d’une souris. Que pouvait-on attendre de 500 personnes, ne parlant pas la même langue, sous influence culturelle des plus éparpillées, sans un cahier de charge précis ? Une navigation à vue. Ne fallait-il pas d’abord organiser ces Africains ?

Un mois après, c’est l’Angola qui prenait le flambeau en organisant du 8 au 10 novembre 2004 à Luanda, sur l’initiative du gouvernement angolais, la première rencontre depuis l’indépendance (le 11 novembre 1975), des cadres Angolais de l’étranger, avec 263 professionnels formés et résidant à l’étranger et 253 professionnels formés en Angola et résidant à l’étranger. Dans le communiqué final, il était question de trouver comment faire participer les Angolais de l’étranger en fonction des secteurs et des domaines où leur contribution serait le plus efficace.

Deux mois plus tard, c’était au tour du Kenya de récidiver avec la « Rencontre africaine sur la fuite des cerveaux » le 19/12/2004 à Nairobi réunissant 250 intellectuels africains venus d’Afrique, Europe et Amérique du Nord, sous le haut patronage du ministre kenyan du Plan et du Développement national, Anyang Nyongo.

Et depuis lors, c’est chaque pays africain qui est entré dans la dance avec des petites variantes ici et là. Mais les erreurs que tous commettent sont de 2 sortes :

1- il est utopique de croire des Africains qui sont souvent victimes de racisme et d’exclusion en Occident, pourront faire des miracles en occupant des postes de responsabilité en Afrique qu’ils n’ont jamais eu la chance d’occuper auparavant dans leur pays de résidence. 2- le taux de chômage des populations d’origine africaine dans les principaux pays occidentaux est souvent le plus élevé pouvant arriver au double de la moyenne nationale. Faire croire à ces populations qu’elles peuvent trouver du travail dans leurs pays alors que le chômage reste encore le plus grand problème non résolu du continent est une faute politique qui peut avoir des conséquences dramatiques sur la vie des personnes qui retournent dans leurs pays.

QUE FAUT-IL FAIRE ?

AU NIVEAU NATIONAL DE CHAQUE PAYS :

1- Mobiliser les citoyens qui habitent à l’étranger pour qu’ils retournent au bercail mais en insistant sur le fait qu’ils doivent venir créer leur propre travail, qu’ils auront une facilité dans les démarches administratives pour créer leur propre entreprise.

2- Eduquer ses citoyens à s’impliquer d’avantage dans la vie politique, administrative et politique de leurs pays d’accueils afin qu’ils murissent de l’expérience qui pourra ensuite être utile en Afrique

3- Entraide de la communauté pour les ressortissants les plus démunis, comme éducation à l’humanisme, car il est impensable qu’un Malien vivant à Paris qui a été indifférent au sort des Maliens les plus démunis de sa ville, prétende par la suite de s’occuper du destin des Maliens du Mali

SUR LE PLAN CONTINENTAL, L’UNION AFRICAINE DEVRAIT :

Recenser toutes les populations d’origine africaine qui ont excellé dans n’importe quel domaine dans le monde et les copter pour qu’elles contribuent à la mise en œuvre d’un cahier de charge pour un vrai développement panafricain. Tous les inventeurs d’origine africaine doivent être impliqués dans les débats pour l’industrialisation. La médiocrité sert d’exemple dans beaucoup de pays africains, il faut marquer une rupture et offrir à la population des modèles d’excellence, des références incontestables.

A titre d’exemple :

1- Dans le domaine du cinéma, est-il imaginable de faire une rencontre africaine sans réussir par tous les moyens de convaincre Charlize Theron qui vit à Hollywood, de faire partie de l’équipe de réflexion ? Charlize Theron est la première actrice africaine (Sud-Africaine) qui a remporté l’Oscar de la Meilleure Actrice pour son interprétation dans « Monster » en 2004 ; cette même année, elle a signé un contrat avec John Galliano pour prêter son image aux publicités du parfum J’Adore de Christian Dior. A ce jour, elle est l’ambassadrice des parfums Dior. Depuis lors, elle gagne pour chaque film comme actrice, 10.000.000 $.

2- Peut-on faire une rencontre africaine pour parler du système financier sans inviter autour de la table les Nigérians de Londres qui en 2007, grâce à leur ténacité ont permis à 2 banques nigérianes de s’installer dans la capitale britannique et surtout ont permis à 3 autres : Guaranty Trust Bank, Access Bank et United Bank for Africa de réussir l’exploit de mobiliser en quelques mois, 1 milliard 300 millions de dollars US à la London Stock Exchange (LSE), la Bourse des valeurs de Londres, de l’argent frais pour l’économie nigériane, sans passer par les humiliations et les tracasseries du FMI ou de la Banque Mondiale ?

Ces valeureux Africains faisaient-ils partie du casting de la dite « diaspora africaine » invitée par l’Union Africaine à Dakar ou à Durban ? Voici l’exemple suivi par 2 pays l’Inde et la chine qui émergent grâce aussi à ses enfants d’ailleurs :

L’INDE L’Inde a pris son envol en s’appuyant sur ses ressortissants qui avaient déjà réussi à émerger individuellement partout dans le monde. Elle a ainsi pu réunir ses ressortissants autour de la GOPIO (Global Organisation of People of Indian Origin), avec ses 22 millions d’inscrits dans 125 pays. Les représentants se rencontrent une fois par an dans l’un des 125 pays et élisent leur président et le Secrétaire. La rencontre a pour thème : partager les expériences positives de la communauté pour permettre une plus grande création de la richesse et comment faire profiter le pays, l’Inde de tous leurs acquis hors du pays. Elle aide les Indiens de l’étranger les plus démunis. Dans cette organisation, on trouve des illustres noms comme Lakshmi Mittal qui vit à Londres, et classé 5ème fortune du monde en 2010 avec 28,7 milliards de dollars US. L’histoire retiendra qu’en février 2006 toute l’Union Européenne s’était opposée à l’Offre Publique d’Achat (OPA) lancée par Monsieur Mittal sur la société sidérurgique française Arcelor, c’était pour l’Europe insultant qu’un fils des colonies mette la main sur un des fleurons de son industrie. Monsieur Mittal a attendu que le président Français Chirac aille en Inde pour signer pour 3 milliards de dollars US de contrats entre autre, de livraison de 43 avions Airbus à la compagnie nationale Indian Airlines et le partenariat pour la construction en Inde de satellites, pour le précéder et expliquer à la presse et sur les principales chaines de télévisions indiennes que le refus européen était motivé par du racisme parce qu’il était Indien tout en expliquant l’inutilité de collaborer avec des gens qui en eux-mêmes sont xénophobes et ne vous voient que comme de « colonisés » qui ne doivent jamais les dépasser. C’est ainsi que sous la pression populaire indienne, pour prouver le contraire, Monsieur Chirac dut céder et aujourd’hui grâce à son groupe Arcelor-Mittal, M. Mittal est devenu le premier sidérurgiste mondiale. Comme quoi il n’y a que les populations d’origine africaine que vous pouvez impunément appeler des « racailles » et avoir le mois suivant un bain de foules en Afrique, avec autant de tapis rouges que les officiels déroulent à votre passage.

LA CHINE En Chine, tout le monde parle aujourd’hui du succès de la Chine dans presque tous les domaines, mais on oublie très vite qu’elle s’est appuyée sur sa population qui avait murie de l’expérience d’excellence en Occident pour démarrer son développement, de la bombe atomique chinoise aux missiles balistiques.

Deng Jiaxian (1924-1986). PhD à seulement 26 ans en Physique nucléaire à l’Université de Purdue, dans l’Etat de l’Indiana aux USA est le père de la bombe atomique chinoise. Lorsqu’en 1958 les Soviétiques rompent avec la Chine, celui qu’on appelait « l’enfant-savant » prend la tête d’une équipe de 28 physiciens Chinois. Objectif : doter la Chine de la Bombe atomique. Et en 1964, il offre à la Chine sa bombe atomique et alors que les américains avaient mis 7 ans, il met 2 ans et 6 mois pour doter la Chine de sa première bombe à hydrogène. Deng Jiaxian se sacrifie 2 fois pour son pays, la première fois c’est de s’isoler de son épouse pendant 10 ans en s’enfermant dans son laboratoire pour trouver ces 2 bombes et le deuxième sacrifice qui lui coutera la vie, c’est lorsqu’à cause d’un essai raté, les fragments radioactifs non explosés tombent sur le sol. Pour éviter la contamination des terres, il va le prendre lui-même, en sachant bien qu’il en mourra. La Chine a su tirer profit des apports de ses fils d’ailleurs dont l’Afrique pourrait s’inspirer :

 Yang Zhenning, premier Prix Nobel Chinois, il le gagne en 1957 en Physique à l’âge de 35 ans. Il le partage avec un autre Chinois-Américain comme lui, du nom de Li Zhengdao (Tsung-Dao Lee).

 Wu Rukang, PhD à la Washington University à Saint Louis en 1947, expert en Anatomie

 Huang Weilu Créateur de Solide Missiles Stratégiques, PhD à la Imperial College Londres 1947

 Wang Xuan, créateur de la photocomposition numérique, mort le 13/2/2006 à l’âge de 70 ans.

 Zhang Xiangtong père de la Neurophysiologie chinoise, PhD à la Yale University en 1935

 Chen Nengkuan père de la métallurgie chinoise, PhD à la Yale University en 1950

 Qian Xuesen, père du premier Missile et de l’industrie aéronautique. Diplômé de la MIT (Massachusetts Institute of Technology), et 2 PhD en Aérospatiale et en Mathématique en 1939 à la California Institute of Technology aux USA. Il travaille ensuite aux Etats-Unis avant d’être copté par la Chine. Etc.

CONCLUSION :

L’Afrique doit faire la chasse à ses meilleurs talents où qu’ils se trouvent. Cela permettra d’éviter d’importer la médiocrité fut-elle de ses propres fils. C’est le prix à payer pour rivaliser avec le monde. L’Afrique doit enseigner à ses fils et filles d’Afrique et hors du continent que chacun doit exceller dans ce qu’il fait, et là où il se trouve et seulement à cette condition il pourra être utile à son pays, à son continent.

Jean-Paul Pougala

pougala@gmail.com 

(*) Jean-Paul Pougala est un Ecrivain Camerounais, Directeur de l’Institut d’Etudes Géostratégique et Professeur de Sociologie et Géopolitique à la Geneva School of Diplomacy de Genève en Suisse.

Un livre à découvrir : « Le Franc Cfa Et L’euro Contre L’Afrique – Pour Une Monnaie Africaine Et La Coopération Sud – Sud »

Le Franc Cfa Et L’euro Contre L’Afrique – Pour Une Monnaie Africaine Et La Coopération Sud – Sud de Nicolas Agbohou

Est paru en Avril 2000 un livre de révolte, intelligent et puissant. Livre d’économiste écrit par un homme de science, érudit et précis, Nicolas Agbohou. L’auteur démontre le mécanisme de la répression monétaire des anciennes colonies africaines de la France. Le maintien du Franc CFA, en d’autres termes : la camisole de force des pays africains enserrés dans la zone franc, est pour lui la première cause de la persistante misère, de l’humiliation permanente, du sous-développement devenu réalité minérale des pays d’Afrique francophone…

C’est un livre fait par un Africain pour les Africains, pour tous ceux qui veulent en savoir beaucoup plus davantage et toutes les personnes en Quête de vérité sur les fondations de la Misère.

La globalisation des marchés financiers, pour lui, est un fait. Rien ne sert de nier l’esclavage contemporain de l’Afrique. Les oligarchies politiques, raciales, religieuses commerciales, financières et bancaires règnent sur le monde. Elles ont fait un monde à leur image et tant pis pour les victimes.

AGBOHOU appelle donc à la renaissance, à la revitalisation des mémoires, à l’insurrection des consciences. Quelles humiliations ne subissent-ils pas, les Africaines et Africains de cette fin de millénaire !

Le livre d’AGBOHOU en appelle au règne de la souveraineté populaire, de la loi, du rétablissement de l’homme dans son incompressible dignité de sujet unique de l’histoire. Ce livre est nécessaire.

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