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Livre « Côte d’Ivoire : le coup d’Etat » : Gbagbo y raconte lui-même son 11 Avril

Le livre est intitulé «Côte d’Ivoire : le coup d’Etat». Il est écrit par le journaliste d’investigation Charles Onana et préfacé par l’ancien président sud-africain Thabo Mbeki. Et il apparaît d’ores et déjà comme un livre-événement, tant les révélations et les rappels utiles y sont foisonnants. Le livre contient également des documents et des courriers inédits que Charles Onana a réussi à se procurer, provenant notamment de ministres français. Déjà en vente en France, «Côte d’ivoire : le coup d’Etat» sera-t-il autorisé à la vente en Côte d’Ivoire ? Il faudrait pour cela que des libraires ou des distributeurs aient le courage de le commander…

Le Nouveau Courrier publie des «bonnes feuilles» de ce livre. Il s’agit du témoignage du président Laurent Gbagbo, qu’il a pu faire parvenir à Charles Onana depuis sa réclusion, et qui va, à coup sûr, déranger des milieux internationaux très haut placés. Ses accusations contre l’armée française, qui a selon lui tiré sur de jeunes manifestants Ivoiriens pour les disperser ou les empêcher de rallier sa résidence, et qui a visiblement profité d’une conversation téléphonique pour le localiser dans la résidence et bombarder sa chambre, sont très claires. Elles montrent une petite partie de ce qu’il a à dire, et constituent une alerte pour tous les hommes de bonne volonté. En effet, le pouvoir Ouattara et la Sarkozie doivent absolument comprendre qu’une éventuelle élimination physique du témoin gênant de Korhogo serait lourde de conséquences pour la Côte d’Ivoire. A court, moyen et long terme.

Gbagbo raconte comment une bombe a atterri dans sa bibliothèque

«Ce sont les soldats français qui ont tout fait. Ils ont bombardé du 31 mars au 11 avril 2011. Il y a eu des bombardements sporadiques avec largage des bombes. Le ministre français de la Défense, Alain Juppé, avait manifesté le désir de parler avec moi. Mon conseiller Désiré Tagro était venu me dire que cette demande venait de monsieur Charles Millon, l’ancien ministre de la Défense du gouvernement Juppé en 1995. En fait, monsieur Millon avait été à l’université de Lyon avec moi. Tagro m’avait fait part de cette

demande le 10 avril 2011 à mon réveil matinal. J’étais sur le point d’aller prendre ma douche lorsque Tagro m’a informé du souhait de monsieur Juppé. Quand j’ai fini de prendre ma douche, j’ai retrouvé Tagro qui m’attendait le téléphone à l’oreille. Il était encore en communication avec monsieur Millon. Soudain, une bombe explose sur le toit de ma chambre. Millon demande alors à Tagro ce qui se passe. Tagro lui répond qu’on est en train de vouloir tuer le président. Ceux qui ont largué cette bombe ont tout détruit dans la pièce. J’avais une collection de livres d’auteurs romains et grecs traduits en français que je conservais jalousement depuis quarante ans, tous ont brûlé. Ma bibliothèque constituée depuis l’époque où j’étais étudiant est partie en fumée en quelques minutes seulement.»

Gbagbo explique pourquoi il a demandé à l’armée ivoirienne de ne plus se battre

«Le 10 avril 2011, notre informateur au ministère de la Défense à Paris nous a dit que ce jour-là, c’était 6+3. C’est-à-dire 6 hélicoptères plus 3 autres. Il faut savoir qu’auparavant, c’était uniquement trois hélicoptères qui nous bombardaient. Les snipers étaient également postés sur le toit de l’ambassadeur de France en Côte d’Ivoire. Qui est mitoyen à ma résidence. Leur rôle essentiel était de tirer sur les jeunes Ivoiriens qui manifestaient ou s’aventuraient à sortir à proximité de ma résidence. Ainsi, lorsqu’on m’apprend que les chars français sont à Cocody, le commandant des Forces spéciales, l’officier de frégate Boniface Konan, me fait parvenir un message disant qu’il ne peut plus combattre, car les soldats sont dispersés. Le message souligne que les chars et les hélicoptères français ne cessent de tirer sur les soldats ivoiriens. Le 10 avril, j’ai dit à Konan qu’il devait cesser les combats pour ne pas faire tuer les soldats. Je ne pouvais accepter de voir mourir inutilement les dignes fils de mon pays face à des gens qui voulaient uniquement ma tête. J’ai demandé qu’on me laisse attendre sereinement le dénouement à la Résidence. Les soldats voulaient me mettre à l’abri. Mais je leur ai dit que je n’étais pas militaire mais chef de l’Etat. Ce qui m’importait le plus, c’était leur sécurité et non pas la mienne devant le feu français. A ce moment, Konan me dit la gorge serrée : «Monsieur le président, les Français ont tout détruit».

Gbagbo : «Ce sont les soldats français qui filmaient ma capture

«En fait, les Français ont encerclé la résidence et au lieu d’achever leur mission, c’est-à-dire de venir me prendre eux-mêmes, ils ont plutôt envoyé les rebelles me prendre. Je tiens tout de même à préciser qu’ils ont envoyé les rebelles m’arrêter devant les caméras. Toutes les images que vous avez reçues sont les images des soldats français. Ce sont les soldats français qui filmaient ma capture. Ils tournaient avec des caméras à la résidence et à l’hôtel du Golf. Plus tard, ils ont fait venir des journalistes français pour d’autres images de moi. Il n’y avait pas de journalistes africains tournant les images au moment de mon arrestation.»

La tentative de «corruption» de l’administration Obama

«Un sous-secrétaire d’Etat américain m’a téléphoné et m’a parlé pendant au moins une heure. Il me disait que si je partais du pouvoir, je ne serais pas poursuivi, je pourrais m’exiler avec soixante-quatre personnes de mon entourage et que tous seraient pris en charge. Quant à moi, je serais logé, nourri et blanchi, j’aurais un travail et des revenus équivalant à 2 millions de dollars, etc. Cette conversation ou plutôt ce monologue était surréaliste.

Il y avait un tel décalage entre ce que disait ce monsieur et la réalité que je vivais avec le peuple ivoirien que son discours était indigeste. J’ai finalement raccroché, fatigué de l’entendre pérorer sur les propositions qui m’attendaient si j’acceptais de quitter le pouvoir. Je me suis dit qu’il y avait quelque chose d’étrange dans ce discours. Quel était le sujet ? A mon avis, c’était le résultat des élections présidentielles. Ils ont tous prétendu que j’avais perdu les élections présidentielles mais le Conseil constitutionnel de mon pays a dit le contraire. J’ai demandé de recompter les voix, ils ont refusé. J’ai même proposé une commission d’enquête indépendante internationale pour examiner les faits. On a refusé. Pourtant, les données sont simples. S’il est prouvé que j’ai perdu les élections, je m’incline sans autre forme de discussion. Si j’ai gagné, je suis disposé à faire des concessions politiques pour créer un climat d’apaisement et de paix dans tout le pays. Mais pourquoi s’obstine-t-on à me faire des propositions absurdes ? Pourquoi cherche-t-on à me corrompre et à me menacer si on est convaincu que j’ai perdu les élections ?

Peu après ce coup de téléphone étrange, mes conseillers me disent qu’Hillary Clinton cherche à me joindre au téléphone. Je refuse de prendre la communication car je suis convaincu que je vais encore passer un moment à entendre à nouveau les mêmes propositions. Elle m’a finalement adressé un message pour me proposer je ne sais quoi. Je n’ai même pas ouvert l’enveloppe. Après Hillary Clinton, le président Obama m’a directement appelé à son tour. Une fois de plus, j’ai refusé de prendre la communication. Je ne voulais plus écouter ni entendre les discours ennuyeux et les propositions ubuesques qu’ils infligeaient à mes oreilles.»

Le nouveau courrier

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Côte d’Ivoire : Monsieur Sarkozy, ne riez plus !

Nous sommes Africains et notre éducation nous enseigne qu’on ne rie pas des malheurs des autres. Je ne suis pas Européen. Et je n’ai aucunement la prétention de connaître la culture européenne. Mais je sais qu’en Europe comme en Afrique, il y a des règles minimales de respect des autres qu’il faut observer. C’est pourquoi je tente l’aventure de vous raisonner. Afin que vous arrêtiez de rire des malheurs des Ivoiriens. Pour le bien de tous.

Hier, c’était les députés de l’UMP votre parti, qui réunis le mardi 11 octobre 2011 au Parlement français, riaient sur une satire sans qualificatif de Monsieur Alain Juppé, Ministre d’État, ministre des affaires étrangères et européennes de votre Gouvernement, qui s’exprima alors en ces termes : « S’agissant de la politique de la France en Afrique, vous avez d’ores et déjà, monsieur le député, la réponse à votre question. Le Gouvernement français, sous l’impulsion de François Fillon et sous la direction du Président de la République, a tout lieu d’être fier de ce que nous avons fait, par exemple, en Côte d’Ivoire. »

Et qu’avez-vous fait en Côte d’Ivoire ? Monsieur Juppé a répondu : «… nous avons tout fait pour que le président légitimement élu, M. Ouattara, accède au pouvoir, et nous voyons aujourd’hui qu’un processus de véritable démocratisation se déroule en Côte d’Ivoire. »

Un processus de véritable démocratisation se déroule où, en Côte d’Ivoire ?

Pourquoi permettez-vous qu’en votre nom, des hautes personnalités de l’Etat français offensent si gravement un peuple qui pourtant ne vous a fait aucun mal ? Même si vous haïssez une partie de ce peuple parce qu’elle soutient un homme que vous haïssez personnellement ?

Aujourd’hui, c’est si récent que je préfère dire aujourd’hui car c’était le samedi 22 octobre dernier, c’est au tour de Monsieur Jean-François Copé, Président de l’UMP votre parti, qui vient enfoncer le poignard dans la plaie en saluant « le vent d’optimisme » qui souffle désormais en Côte d’Ivoire.

Oui, un vent d’optimisme souffle désormais sur les intérêts français en Côte d’Ivoire mais pas sur l’avenir du peuple de Côte d’Ivoire. Un vent d’optimisme souffle votre victoire avariée mais pas sur le droit légitime du peuple meurtri de mettre fin à votre coup de poker ivoirien.

Je sais qu’après être allé si loin dans un pays souverain, votre vœu est de vous faire applaudir pour mériter de la confiance du peuple français. Après avoir satisfait votre ego sur l’autel de la justice, de la vérité et de la loi, l’on comprendrait mal que vous exprimiez des regrets et que vous confessiez que vous vous êtes trompé à jamais pour l’histoire. Alors vous croyez bien faire d’ironiser ou d’user de cynisme ou d’user de manœuvres trompeuses pour cacher la vérité à l’électorat français qui ne vous ferait aucun cadeau de savoir que vous avez l’avez trompé sur toute la ligne en Côte d’Ivoire.

Je vous comprends. Chacun de nous doit se battre pour mériter de son pain surtout quand c’est le contribuable qui paie ce pain. Mais de grâce, ne le faites pas au mépris sans cesse révoltant du malheur des autres. Car tôt ou tard, nos actes finissent par nous rattraper soit au niveau de notre conscience soit au niveau de notre image dans l’opinion populaire. Et quand cela arrive, il n’y a plus rien qui puisse être fait pour nous aider.

Alors arrêtez de vous moquer des Ivoiriens. Car ils vivent les effets secondaires de votre printemps de bombes. Et ils restent meurtris. Ils ne savent toujours pas où se trouvent les corps de leurs enfants massacrés avec vos missiles autour de la Résidence de GBAGBO Laurent lorsque vous posiez vos actes dont vous êtes si fier aujourd’hui. Dans quelle fausse commune les avez-vous abandonnés pour aller sabler le champagne ?

Ils n’ont plus de lisibilité sur l’avenir de leur pays car les retraités français remplacent leurs jeunes enfants dans les administrations dont ils sont licenciés pour faire de la place à vos hommes et aux frères de Monsieur Ouattra venus des pays voisins de la Côte d’Ivoire.

Ils ne savent pas ce qui adviendra de la Côte d’Ivoire car les terres rurales sont occupées depuis le 11 avril 2011 par une vague effroyable de nouveaux migrants venus du Burkina Faso qui de façon inimaginable, sont déployés et installés de façon très coordonnées dans les forêts classées ivoiriennes.

Ils ne savent plus s’ils verront grandir leurs enfants, parce qu’une dictature tribale et xénophile est mise en œuvre avec une exécution extrajudiciaire par jour, l’interdiction de toute activité politique du FPI/CNRD, la chasse à l’homme, le gèle injustifié des avoirs des cadres dits pro-GBAGBO et un tapis rouge pour tous les rebelles et criminels de tous acabits qui ont transformé la Côte d’Ivoire en un gigantesque festin de vautours.

Les Ivoiriens s’interrogent. Une élection démocratique est un processus légal. Mais vous avez décidé en dehors de toute règle de droit, de décréter Président de Côte d’Ivoire, votre ami Monsieur Ouattara pour qui vous vous êtes battu pour qu’il soit un candidat exceptionnel, c’est-à-dire, un candidat ne remplissant pas les conditions d’être candidat.

Aujourd’hui regardez vous dans un miroir et ayez le courage de vous dire que vous avez fait aboutir « un processus démocratique » en Côte d’Ivoire. Juriste comme vous l’êtes probablement, vous devriez alors vous convaincre de la base légale de votre processus démocratique conduit en Côte d’Ivoire.

Soyons sérieux ! Et arrêtez de vous moquer du malheur des Ivoiriens. Je le dis pour notre bien à tous. Car une injustice reconnue et confessée désarme les cœurs. Mais une injustice niée avec arrogance conduit à une situation de révolte indomptable. Ce genre de révolté considère qu’il n’a plus rien à perdre puisqu’il n’attend plus rien de la vie.

Alors pour notre bien à toi, changez de sujet et laissez les Ivoiriens s’approprier votre printemps du 11 avril 2011. Bien entendu, ce sera une appropriation à la manière ivoirienne. Et amateur des sensations fortes, vous serez gâté quand le processus démocratique d’appropriation verra le jour. C’est pourquoi je vous en prie. Ne riez plus !

A très bientôt.

Hassane Magued

Retour sur une photo de groupe : La « Conférence de soutien à la Libye nouvelle », Palais de l’Elysée, 1er septembre 2011

Retour sur une photo de groupe : La « Conférence de soutien à la Libye nouvelle », Palais de l’Elysée, 1er septembre 2011

photo haute définition (source: MAEE)

Les photos des grandes réunions familiales permettent d’apprécier la mise en scène, de relever les présences, de s’étonner des absences, de commenter les vêtements, les attitudes… La photographie officielle prise au Palais de l’Elysée le 1er septembre dernier, à l’occasion de la « Conférence de soutien à la Libye nouvelle », mérite d’être regardée avec attention. On ne résiste pas à l’envie d’essayer de mettre un nom sur chacun des 62 visages. Et, dans sa composition, le cliché sollicite le commentaire…

Certains sont logiquement là, au premier rang du groupe : outre la puissance invitante (le président Sarkozy, au centre ; Alain Juppé est discrètement en bout de rangée, à côté de son homologue américaine), et les invités d’honneur (les représentants du CNT libyen, à la droite du président), les trois autres acteurs majeurs de l’opération internationale contre le régime de Kadhafi (le premier ministre Cameron, l’émir du Qatar Hamad ben Khalifa al Thani, la secrétaire d’Etat Hillary Clinton). Et les institutions ou organisations internationales et régionales qui ont pris position pour l’intervention en mars, lors du vote de la résolution 1973 (l’ONU, l’OTAN). Les institutions arabo-islamiques sont bien représentées, signifiant ainsi que le régime libyen ne disposait plus guère de soutiens dans leur enceinte (la Ligue arabe, le Conseil de coopération du Golfe, l’Organisation de la conférence islamique).

D’autres aussi sont là. Nécessairement, mais peut-être moins à l’aise politiquement : la chancelière allemande, Angela Merkel, dont l’abstention à l’ONU et pendant le conflit, l’a mise, a posteriori, en position difficile auprès de ses alliés de l’OTAN, et  plus encore en Allemagne même. Le président du conseil Berlusconi, dont l’air crispé rappelle peut-être que l’Italie pourrait perdre beaucoup dans la Libye post-Kadhafi, qu’elle avait pensé s’attacher lors du surréaliste voyage du colonel dans la Péninsule en 2009. L’Italie se démène pourtant pour démontrer qu’elle a fourni une contribution importante à l’expédition libyenne -jusqu’à 5 des 6 bases utilisées par les avions de la coalition. L’Union africaine, et quelques chefs d’Etats africains sont là, qui entretenaient il y a encore peu des relations cordiales, et pour certains intéressées, avec « le bouillant colonel », auto-proclamé « roi des rois de l’Afrique »  en 2009, année où, justement, il a présidé l’Union africaine…

Mais, à l’Elysée, l’Union africaine n’a toujours pas reconnu le CNT, et l’on sait que le colonel, sa famille élargie, ses séides, ses mercenaires, ses armes (parfois récemment livrées, tels les postes de tir Milan français qui pourraient s’égarer dans le Sahel…) et ses stocks de lingots d’or (pas tous convertis en devises…) pourraient chercher (et trouver) refuge dans quelque Etat africain. Mais, à l’Elysée, pas d’Afrique du Sud, son président Jacob Zuma, qui a la mémoire de l’histoire, défendant encore « le militant anti-colonialiste et anti-apartheid » Kadhafi.

L’ordre alphabétique veut qu’il soit le premier sur la liste officielle fournie par l’Elysée (voir la liste en annexe): le roi du Bahreïn, Hamad ben Issa al-Khalifa, est « en civil », à gauche en bout de première rangée. Quelques esprits critiques, dans le Golfe et surtout à Londres, place forte de son opposition, se sont étonnés de sa participation à la conférence, compte tenu de la répression qui a écrasé le mouvement démocratique les 14-15 mars à Manama… L’Arabie saoudite, pourtant grande détestatrice du colonel est, en revanche, absente, au contraire de la Jordanie (le roi Abdallah), du Koweït et des Emirats Arabes Unis : la majorité des monarchies conservatrices s’est donc déplacée, à des niveaux de représentation variables. Le roi du Maroc a envoyé son premier ministre Abbas el Fassi.

Point d’Iranien, bien sûr, même si la République islamique a soutenu « la révolution islamique libyenne », tout en dénonçant « l‘agression impérialiste de l’OTAN » : en réalité, c’est la disparition en Libye en 1978 de l’imam chiite libanais Moussa Sadr que Téhéran a voulu faire payer à Kadhafi. Même si elle commence à conseiller à son allié damascène Bachar el-Assad de discuter réformes avec son peuple, Téhéran, qui n’est pas à une contradiction près dans cette affaire depuis le début de l’année, continue son grand écart permanent, consistant en un soutien à géométrie très variable aux révoltes arabes, selon qu’elles servent (ou pas) ses intérêts diplomatiques.

On cherche les chefs d’Etat ou de gouvernement de certains Etats importants. Leur absence fait évidemment sens. Compte tenu de l’état des relations franco-turques depuis 2007, Ankara n’est ainsi représentée que par son infatigable ministre des Affaires étrangères, Ahmet Davutoğlu, au dernier rang: il a, sans relâche, labouré le monde arabe ces derniers mois, pour étayer une « nouvelle diplomatie turque » ébranlée  au Moyen-Orient depuis le début de l’année; depuis le 3 juillet, il s’est démené à Benghazi auprès du CNT, réinstallant dans le futur jeu libyen une Turquie  à la manœuvre, ayant de gros intérêts économiques dans ses anciens territoires de Cyrénaïque et de Tripolitaine.

Faute de visages connus pour certains pays, il faut recourir à la liste officielle des participants. Deux Etats, qui avaient voté la résolution 1973 en traînant les pieds, mais ne voteront rien contre la Syrie du président Assad, ont été remarquablement discrets à l’Elysée: la Russie est représentée par un sénateur inconnu, désigné ad hoc ; et la Chine par un vice-ministre des Affaires étrangères, tout aussi inconnu. Quelques Etats critiques de l’intervention contre Kadhafi sont néanmoins représentés par leur ministre (ou secrétaire d’Etat) des Affaires étrangères -l’Algérie, l’Inde. Voire par de hauts fonctionnaires : le Brésil  n’est ainsi représenté que par…son ambassadeur en Egypte : on est très loin de « l’axe franco-brésilien » des années 2008-2009, ce qui augure sans doute mal de la conclusion trop tôt annoncée du marché des Rafale. Les BRIC attestent en tous cas, par leur faible niveau de représentation, voire carrément par leur absence, de leur réticence libyenne, exacerbée également ces dernières semaines sur le dossier syrien.

Dans sa dimension d’action extérieure, l’Union européenne est, quand à elle, bien représentée : aux côtés du président semestriel, le premier ministre polonais Donald Tusk, on trouve Herman Van Rompuy, José Manuel Barroso,  et Catherine Ashton. Mme Ashton, dont on rappellera qu’elle est, en principe, « Haut représentant de l’Union européenne pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité ». Sur l’un des deux clichés officiels, (ci-dessus) elle est au deuxième rang, invisible, cachée par le président sénégalais. Hasard de la position du photographe certes, mais qui peut prêter à interprétation politique… Quant à  l’Union pour la Méditerranée, grand projet présidentiel de 2007-2008 (à reconstruire désormais, ses piliers Ben Ali et Moubarak n’étant plus là, et les priorités ayant évidemment quelque peu évolué sur la rive sud),  elle est représentée par son secrétaire général, le Marocain Youssef Amrani.

L’historien se gardera de faire, dès à présent, un bilan politique et diplomatique de l’évènement, dont on dit, sans doute en partie à juste titre, qu’il aurait consacré la réussite de « la guerre libyenne de Sarkozy », après les surréalistes errements tunisiens que l’on sait. Mais ce cliché sous les ors de la République est  déjà riche d’enseignements par ceux (et celles, nettement moins nombreuses) qui sont là, et par leur qualité. Egalement par ceux (et celles) qui ne sont pas là. Ils (et elles) tracent ainsi les contours, et les limites, d’une séquence  de politique étrangère française et internationale, après huit mois de « révolutions arabes ».

Jean-Paul Burdy

Jean-Paul Burdy est Maître de conférences d’histoire à l’Institut d’Etudes Politiques de Grenoble

Les sources :

* Galerie photographique des participants à leur arrivée à l’Elysée par les photographes de la présidence de la République :

http://www.flickr.com/photos/francediplomatie/6103796624/in/set-72157627570400252#/photos/francediplomatie/6103796624/

* La liste des participants à la conférence sur le site du ministère des Affaires étrangères : http://www.diplomatie.gouv.fr/fr

« Un total de 13 chefs d’Etat, 18 chefs de gouvernement et 18 ministres ou hauts fonctionnaires représentant  49 pays, ainsi que des responsables de 8 organisations internationales, participent ce jeudi à Paris à la conférence internationale sur la Libye.« 

Chefs d’Etat

– Bahreïn: Hamad ben Issa Al Khalifa

– Bosnie-Herzégovine: Zeljko Komsic

– France: Nicolas Sarkozy

– Gabon: Ali Bongo Ondimba 

– Jordanie: Abdallah II

– Mali: Amadou Toumani Touré

– Mauritanie: Mohamed Ould Abdelaziz

– Niger: Mahamadou Issoufou

– Qatar: Cheikh Hamad Ben Khalifa Al Thani

– Roumanie: Traian Basescu

– Sénégal: Abdoulaye Wade – Suisse: Micheline Calmy-Rey

– Tchad: Idriss Deby Itno

Chefs de gouvernement

– Allemagne: Angela Merkel

– Belgique: Yves Leterme

– Bulgarie: Boïko Borissov

– Canada: Stephen Harper

– Danemark: Lars Lokke Rasmussen

– Espagne: Jose Luis Rodriguez Zapatero

– Grèce: Georges Papandreou

– Italie: Silvio Berlusconi

– Liban: Najib Mikati

– Malte: Lawrence Gonzi

– Maroc: Abbas El Fassi

– Norvège: Jens Stoltenberg

– Pays-Bas: Mark Rutte

– Pologne: Donald Tusk

– Portugal: Pedro Passos Coelho

– Royaume-Uni: David Cameron

– Suède: Fredrik Reinfeldt

– Tunisie: Beji Caid Essesbi

Ministres, représentants

– Algérie: Mourad Medelci (ministre des Affaires étrangères)

– Australie: Craig Emerson (ministre du Commerce, des Affaires étrangères par intérim)

– Brésil: Cesario Melantonio Neto (ambassadeur en Egypte)

– Chine: Zhai Jun (vice-ministre des Affaires étrangères)

– Chypre: Erato Kouzako-Marcoullis (ministre des Affaires étrangères)

– Colombie: Nestor Osorio (ambassadeur auprès de l’ONU)

– Corée du Sud: Kim Sung-hwan (ministre des Affaires étrangères)

– Egypte: Mohamed Kamal Amr (ministre des Affaires étrangères)

– Emirats arabes unis: Cheikh Abdallah Bin Zayed Al Nahyan (ministre des Affaires étrangères)

– Etats-Unis: Hillary Clinton (secrétaire d’Etat)

– Ethiopie: Berhane Gebre-Christos (secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères)

– Inde: M. E. Ahamed (secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères)

– Irak: Farid Yassin (ambassadeur en France)

– Japon: Shigeo Matsutomi (directeur général Moyen-Orient et Afrique au ministère des Affaires étrangères)

– Koweït: Cheikh Mohamed Sabah Al Salem Al Sabah (vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères)

– Russie: Mikhaïl Marguelov (sénateur, représentant de la Russie à la conférence sur la Libye)

– Soudan: Mohamed Amin Abdallah Elkrib (ambassadeur en Libye)

– Turquie: Ahmet Davutoglu (ministre des Affaires étrangères)

Organisations internationales

 – Conseil de coopération des Etats arabes du Golfe: Abdullatif Bin Rashid Al Zayani (secrétaire général)

– Ligue arabe: Nabil El Araby (secrétaire général)

– Organisation de la coopération islamique: Habib Kaabachi (directeur politique)

– Nations unies: Ban Ki-moon (secrétaire général)

– Otan: Anders Fogh Rasmussen (secrétaire général)

– Union africaine: Jean Ping (président de la commission)

– Union européenne: Herman Van Rompuy (président du Conseil européen), José Manuel Barroso (président de la commission), Catherine Ashton (haut représentant pour les affaires étrangères)

– Union pour la Méditerranée: Youssef Amrani (secrétaire général)

Renversement du Président Laurent Gbagbo : Alain Juppé avoue enfin le coup d’Etat de la France

La France et les autres les pays membres de l’organisation du traité de l’atlantique nord (Otan) poursuivent depuis six mois leur croisade armée contre le régime du guide libyen, Mouammar Kadhafi. L’objectif étant d’installer en Libye un nouveau pouvoir contrôlé par l’Otan. Place sera alors faite au partage du pétrole libyen entre les parrains (Otan) qui soutiennent actuellement le Conseil national de transition (Cnt, les rebelles qui veulent prendre le pouvoir). C’est dans ce contexte que le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, va être trahi par sa langue. Tout en parlant du rôle que joue la France dans le désastre libyen, il fera une révélation sur le coup d’Etat perpétré contre le président Laurent Gbagbo en Côte d’ivoire, le 11 Avril 2011. « Les insurgés n’auraient pas pu entrer à Tripoli (capitale libyenne) sans l’aide des militaires français. La France a pris des risques en Libye, comme elle en avait pris en Côte d’Ivoire », a confessé le chef de la diplomatie française.

Par cette déclaration, Alain Juppé avoue, enfin, que c’est la France qui a renversé par un coup d’Etat militaire, le Président Laurent Gbagbo, le 11 avril dernier. On se souvient, en effet, que face à l’incapacité des forces rebelles pro-Ouattara à tenir tête aux Forces de défense et de sécurité (Fds, l’armée régulière ivoirienne), la France avait largué, à partir du 31 mars, des bombes sur la résidence officielle du président de la République de Côte d’Ivoire qui a été détruite à moitié. Ensuite, les forces spéciales de l’armée française, à bord de plusieurs chars de combat, ont défoncé le portail de la résidence présidentielle, arrêté le président Laurent Gbagbo, son épouse et ses proches, avant de les remettre au forces rebelles pro-Ouattara. Qui détienne le couple présidentiel Gbagbo depuis lors en résidences surveillées dans le nord du pays (Korhogo et Odienné).

Les autorités françaises avaient, jusqu’à hier lundi 22 août, nié les faits et l’implication de l’armée française. Elles tentaient continuellement de faire croire que le président Laurent Gbagbo avait été arrêté par ceux qu’elles appellent « les forces pro-Ouattara ». Un peu plus de quatre mois après, le chef de la diplomatie française, Alain Juppé, très proche collaborateur du chef de l’Etat français, Nicolas Sarkozy, vient de passer aux aveux. Confirmant ainsi, l’adage qui dit que « le mensonge se réveille tôt. Mais finit toujours par se faire coiffer au poteau par la vérité ».

Boga Sivori, notre voie

Libye : La France en quête d’une sortie honorable du bourbier libyen

Le gouvernement français, appelé à s’expliquer jeudi sur l’engagement sans l’aval parlementaire des forces militaires françaises en Libye, entreprend de se frayer une sortie honorable pour éviter l’injonction par les députés de mettre fin à son aventure militaire dans ce pays d’Afrique du Nord.

Et pour cela, le ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, l’artisan de l’adoption et de la manipulation de la Résolution 1973 des Nations Unies contre le régime de Mouammar Kadhafi, retrouve comme par enchantement le chemin qui mène à Addis Abeba, siège de l’Union africaine, pour un entretien à l’issue duquel il affirme que « les positions de l’Union africaine et de l’OTAN se sont rapprochées ». En fait, c’est bien la position de la France qui s’est rapprochée de celle de l’Union africaine à laquelle, depuis presque quatre mois, la France et ses alliés ont fait la sourde oreille et tenu l’Afrique à l’écart de l’Histoire, surtout de celle que d’anciens colonisateurs tels  que la France, la Grande Bretagne et l’Italie, appuyés par d’anciens esclavagistes, à l’image de l’Espagne, des Etats-Unis, et même de certains émirats du Golfe, se proposent d’écrire à l’encre de l’expansionnisme et de la prédation économique.

Leur position a changé et leur langage aussi, à entendre le ministre français de la Défense, Gérard Longuet, parler désormais de « retrait politique de Kadhafi » ou « renoncement à un rôle politique » ou encore « Kadhafi pourrait rester à Tripoli après un début de dialogue »….

Des termes qui ne sont pas bien proches du « Dégage ! » proféré par le philosophe belliciste français, Bernard Henri Levy, ou du « Kadhafi doit partir » entonné par les Champs-Elysées et la Maison Blanche, et repris en chœur à Londres, à Rome et à Madrid.

Kadhafi ne partirait donc plus. Ou du moins son départ ne serait plus la condition sine qua non à toute velléité de négociation, comme si la France et ses alliés se seraient soudainement rendu compte que le guide libyen n’est pas aussi facilement déboulonnable que le dictateur tunisien et le Raïs égyptien.

Les experts militaires occidentaux se seraient également trompés dans leurs calculs trop millimétrés pour percer le présage selon lequel « une solution par la force est impossible », comme se plaît à le dire aujourd’hui Gérard Longuet qui, il y a dix jours, prophétisait la prise imminente de Tripoli à la faveur des armes sophistiquées larguées par la France pour renforcer l’artillerie des rebelles libyens.

Pendant qu’on y est, le délai fatidique au-delà duquel l’engagement des forces françaises en Libye serait considéré comme un acte antidémocratique, voire anticonstitutionnel,  n‘a plus que 48 heures pour expirer. Tout comme les rebelles libyens, contraints de faire aboutir d’ici jeudi leur solution militaire, sous peine de devoir revoir la liste des conditions auxquelles ils accrochent l’éventualité d’un dialogue avec Tripoli.

Pana

Les ingérences de la France se multiplient : Le discours de Bouteflika et les impudences françaises

Le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, n’a pas su ou pas pu se retenir. Il a commenté les annonces du président Bouteflika. Elles vont «dans le bon sens». Il faut encore une fois rappeler à Alain Juppé comme aux Algériens qui ont accepté le principe de sa déclaration que, dans la droite ligne de la logique démocratique, seul le peuple algérien est en droit de décider quelle est la bonne ou mauvaise direction pour notre pays. Et que seul le peuple algérien est en droit de décider qui est ou n’est pas dans la bonne direction. Jusque dans les années 80, cette intrusion du gouvernement français dans le débat et dans les choix politiques nationaux aurait soulevé une tempête de protestations de la part de l’opinion publique nationale, pouvoir et opposition confondus. Il faut inlassablement répéter ce constat car il est lourd d’enseignements et de périls immédiats sur l’unité territoriale du pays et du peu qui reste de l’Etat national. Car il doit en rester bien peu pour que se multiplient, sans réponse significative, ces ingérences de toutes parts. Il faut ajouter à ce constat l’aisance à demander et à exiger ces ingérences de la part de cercles politiques, économiques et médiatiques indigènes. En nous laissant devant cette angoissante interrogation  de comprendre pourquoi le pouvoir donne droit de cité à ces ingérences quand elles le flattent et valident, ainsi, une sorte de constat de droit du maître, de droit du plus fort, car ces ingérences se font toujours à sens unique. Personne ne se souvient que le gouvernement algérien ou l’un de ses ministres ait porté des jugements de ce genre sur les discours ou les annonces de M. Sarkozy, pas même pour les affaires qui nous touchent directement par leur implication comme cette  stigmatisation permanente de l’islam et des musulmans orchestrée par des hauts responsables fortement marqués par leur appartenance au courant revanchard «Algérie française» et «Occident».

Quand l’ingérence est normalisée

Le drame est que même des gens très intelligents ont repris ces propos comme s’il s’agissait d’une plus-value pour le discours de notre Président sans mesurer l’ingérence. Est-ce si difficile de comprendre ce principe ? Selon toutes les apparences, oui ! Et selon toutes les apparences, les Algériens ont beaucoup changé dans leur perception du message politique et ils ont beaucoup perdu de leur sagacité et de leur subtilité. Car le commentaire d’Alain Juppé ne constitue pas seulement une ingérence flagrante dans notre vie politique interne. Dans le contexte actuel, il s’agit aussi d’une appréciation de ce que permet le rapport des forces actuel et d’un message fort aux impatiences des promoteurs du CNT algérien et de tous ces candidats Ouattara qui attendent un retour d’écoute, qui croient avoir donné la preuve, par l’échec de leurs marches du samedi, de la nature dictatorial du régime et du caractère retors du Président. Et le message est simple : il n’est pas possible de mettre un deuxième fer au feu et avec leurs prolongations libyennes pas question de commencer la première mi-temps du match avec l’Algérie. Car il existe plus que des ressemblances entre la Libye et l’Algérie. Et d’abord au niveau de la sémantique ; là où se jouent l’orientation des esprits et la gestion des foules. Reprenez leurs déclarations et lisez-les attentivement. Le fond est identique à ce qui se dit de Kadhafi. La thèse que le régime est autiste et non amendable, on ne peut rien faire avec lui, on ne peut pas le croire, il revient sur ses promesses, il est imprévisible, etc. Bien sûr, aucune preuve n’est donnée de son autisme à part les problèmes inextricables créés par le drapeau que l’opposition partage avec de larges secteurs du pouvoir : le libéralisme et ses réformes destructrices. Le seul moteur viable dans ces conditions reste la colère, le ras-le-bol qui empêche toute raison, l’exaspération qui vous fait haïr les visages plus que les idées, le sentiment de noyade qui vous rend vital le départ de ces têtes. Et donc, il faut développer ces sentiments et les transformer en poudrière dont l’étincelle serait la première grande émotion publique créée par un incident quelconque avec la police, la gendarmerie ou l’armée.Le problème est que, dans notre pays, ce moteur ne fonctionne que dans le cercle restreint qui a cru son heure arrivée avec la normalisation de l’ingérence. Le cas Libyen fournit en plus la jurisprudence pour faciliter les prochaines interventions étrangères. Il ouvre aussi d’autres perspectives politiques inespérées comme celle de créer une Union pour la Méditerranée qui n’en regrouperait que les pays démocratiques.

Le nouvel habit du néo-colonialisme

Maintenant que le CNT Libyen promet tout le pétrole à la France, à l’Italie et à la Grande-Bretagne, cette UPM-Démocratique peut compter sur l’argent libyen pour refaire une santé aux économies en crise du Nord-Méditerranée. Pour le Sud, on l’encensera avec la fumée de sa barbe. Et aux dictatures, on fera quelques guerres. Cela permettra d’ajouter l’argent algérien à celui de la Libye. Il y a comme des rêves de proxénètes qui pénètrent l’idéologie néocoloniale ; l’hyper puissance technologique «fantasmatise» la pensée politique des dominants et lève tous les obstacles du réel devant leurs fantasmes. Et devant les fantasmes de nos «demandeurs d’ingérence». La déclaration de création du CNT algérien, le moment venu, laisse profondément perplexe. Il suffirait que les membres de la CNCD cooptés par affinité politique et incapables de rassembler quelques dizaines de personnes ; il suffirait, donc, que ces membres de la CNCD se réunissent pour dissoudre les assemblées élues, le gouvernement, désignent un conseil chargé de gérer le pays et une transition et de prendre le commandement des forces armées. Comme cela ? Rien qu’en le décidant ? Mais alors qu’est-ce qui pousse à tant de confiance chez des hommes politiques dont toutes les initiatives montrent à l’envi leur absence totale d’ancrage social et leur inexistence comme courant d’opinion ? Sur quelles forces comptent-ils pour mener à bien une action qui frappe tout à la fois les foules du RND/FLN et des islamistes. Ça demande des forces sérieuses un tel projet ! Relisez l’essentiel de la plate-forme de cette CNCD et demandez-vous par quels moyens et au moyen de quelles forces la CNCD peut mener cette tâche herculéenne :

1) Une conférence nationale… aura pour mission de désigner un conseil national de transition démocratique (CNTD)2) Le CNTD sera composé de personnalités résolument engagées pour le changement démocratique. La durée de son mandat ne saurait excéder douze mois. Ses membres ne pourront postuler à aucune candidature ou responsabilité après la phase de transition.

3) Le CNTD aura à :

– Dissoudre toutes les institutions élues.

– Nommer un gouvernement de transition pour gérer les affaires courantes.

– Engager le pays dans une refondation nationale dont la clé de voûte sera la rédaction d’une Constitution qui sera proposée au peuple algérien par voie référendaire.

6) Durant cette phase de transition, l’armée et l’ensemble des services de sécurité seront placés sous l’autorité du CNTD. Ils auront pour mission la défense du territoire et du caractère républicain et démocratique de l’Etat.

Et si vous croyez avoir mal compris, un des dirigeants de cette CNCD enfonce le clou : «La participation à ce conseil est ouverte à tous les Algériens qui croient en le caractère républicain de l’Etat.» Les animateurs de la conférence de presse excluent, par contre, «ceux qui croient en le changement à l’intérieur du système» et «les islamistes». «Il est évident qu’on ne peut pas constituer un conseil de transition avec les dirigeants actuels», a indiqué Moulay Chentouf.

(evenement.algerieinfo.tk)

La guerre au service de l’expansion économique

La réponse se trouve en partie dans cet autre fantasme guerrier d’un projet d’union pour la Méditerranée démocratique. On ne peut le comprendre autrement que comme un fantasme guerrier car la logique d’une telle union est de combattre les dictatures et de les éliminer. Elle n’a pas de sens en dehors de cette déclaration de guerre aux dictatures et de soutien aux démocrates. Il suffit désormais que le groupe putschiste  se déclare démocrate et prêt à appliquer dans le pays les normes de gouvernance que définit l’Europe pour être en droit d’attendre une intervention étrangère. Nos candidats aux bombardements démocratiques devront attendre. L’os libyen occupe suffisamment les matamores de la démocratie aux odeurs de pétrole, surtout que les BRICS ont condamné l’agression libyenne. Et même les matamores du bombardement démocratique ne peuvent ignorer l’avertissement de la moitié de l’humanité et de l’essentiel de l’avenir économique mondial.Cet aveu des limites de l’action française aurait dû encourager notre gouvernement à plus de sérénité dans la tempête qui souffle sur nos contrées. Nous pouvions croire à cette fermeté et cette sérénité algériennes après le discours du président Bouteflika. Il a quand même réaffirmé trois principes  essentiels, malgré les énormes pressions que nous devinons. Premièrement, la relance du développement en s’appuyant sur le secteur public et sur le privé. Les richesses de l’Algérie ne profiteront pas qu’aux seuls importateurs, et avec le secteur public l’Etat se redonnera le moyen de son action économique. Deuxièmement, de nouvelles règles de la vie démocratique associeront la population à la discussion sur les cohérences des différentes politiques nationales. Ce deuxième point a généré la rage des droites. Avec des élections transparentes et sincères, les animateurs de la CNCD et les pompiers du libéralisme qui crient au danger du retour de l’Etat et du socialisme (sic) obtiendront encore moins de voix que pendant les élections législatives de 1991 où ils sont apparus à l’état de trace. L’élargissement des droits et libertés démocratiques pourra en outre profiter aux organisations populaires et de la jeunesse pour développer leurs luttes sociales et disputer encore plus l’Etat aux influences souterraines des lobbys de l’import et import et conditionneurs déguisés en producteurs. Troisièmement, le principe de la souveraineté nationale, la non-ingérence et leur corollaire la validité des Etats nationaux. Tous les Algériens qui n’ont d’autre patrie que l’Algérie et leur travail honnête ont compris que le Président a exprimé là un consensus fort : pas question, quelles que soient par ailleurs les «navigations» diplomatiques, de revenir sur le principe d’indépendance nationale. C’est la réponse à la coalition et à tous ceux qui nous ont menacés après la conférence de Londres. C’était aussi une réponse à la première campagne de pressions sur  l’Algérie montée à partir de la fabrication d’infos sur la présence de mercenaires algériens.

Une autre voie, une autre alternative

Il est remarquable, enfin, que dans le même discours le principe d’indépendance nationale soit associé au choix du développement national. C’est une percée considérable de la pensée politique du pouvoir : aucun peuple ne soutient l’indépendance pour le seul folklore et aucune indépendance ne peut être défendue si elle ne profite à tous. Aux travailleurs, aux jeunes, aux mères de famille, aux paysans de donner à cette ouverture et à cette avancée la force de leurs luttes pour plus de justice et plus de développement.

Il s’agit bien d’une avancée théorique car, enfin, on comprend concrètement que la première arme et l’arme la plus redoutable contre les menaces extérieures reste la force des liens entre le peuple et sa patrie. Bien sûr, le pouvoir devra très vite corriger ses inconséquences et offrir des perspectives, des discours et des pratiques conformes aux annonces du Président. Mais alors c’est toute la force du peuple algérien qui se lèvera pour la défense du pays  et la défense des dirigeants qui auront su lutter à ses côtés et pour les intérêts de chacune de ses parties et de l’ensemble de ses composantes. Les cheminots, les paramédicaux, les résidents, les enseignants, les communaux, les fonctionnaires,  mais, surtout, les étudiants se sont levés pour réclamer leur part du pays et leur part du pétrole. Il s’agit effectivement de luttes sociales mais elles frappent au cœur des orientations du FMI et de la Banque mondiale que le pouvoir a continué à appliquer sans nécessité aucune, créant ainsi les conditions du désespoir et celles de l’expulsion des cerveaux dont on reconnaît, une fois de plus, le coût terrifiant pour le pays sans corriger la bêtise fondamentale du suivisme qui a mené à leur donner des salaires infamants. C’est à cette jonction entre indépendance, rôle de l’Etat national, et restitution des richesses de l’Algérie à l’ensemble de son peuple que peut se fonder la pérennité d’un pays appelé Algérie.Alain Juppé vient nous le rappeler encore une fois. Il a plastronné en rendant publique une conversation téléphonique avec notre ministre des A E. Il a joué le coq dominant qui s’est vanté des justifications et des démentis de notre ministre. Derrière le «nous avons une conversation cordiale», ses interlocuteurs ont parfaitement compris que notre ministre a accepté le principe d’être interpellé sur la base d’une rumeur et a accepté d’y répondre. C’est à la France de s’expliquer sa présence en Libye en dehors du mandat de l’ONU, sur la destruction de l’armée libyenne qui n’est pas prévue par la résolution et surtout de s’expliquer sur l’instabilité et les menaces qu’elle crée à nos frontières. Alain Juppé organise, avec cette histoire de mercenaires algériens, des frappes préventives contre une éventuelle protestation de l’Algérie pour les futures étapes de son aventure coloniales en Libye : sa nécessaire présence au sol avec ses conseillers militaires pour  la partition de la Libye.

Il est temps pour nous de réfléchir aux causes proches et lointaines qui permettent aujourd’hui tant d’impudence à la France néocoloniale et tant d’impudence aux Algériens qui nous menacent de son intervention. Il est temps car cette guerre de reconquête coloniale ne résoudra aucun des problèmes qui l’ont rendu nécessaire : le progrès des BRICS sur l’ensemble des marchés mondiaux, et d’abord en Afrique, avec d’autres méthodes et d’autres logiques que celles du pillage éhonté.

Les BRICS nous montrent d’ores et déjà que, sur le plan mondial, existe une force alternative à celle du vieil impérialisme en déclin.

© latribune-online.com/ : Par Mohamed Bouhamidi