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Les victoires électorales volées de Tshisekedi et du FIS algérien en 1992

En vingt ans d’intervalle, deux souverainetés populaires ont été confisquées en Afrique suite à un viol des urnes. En 1992, c’est le pouvoir algérien qui perpétrait un hold-up électoral pour empêcher le Front islamique du salut d’accéder au pouvoir, faisant entrer le pays dans un cycle de violence infernale avec les milices islamistes. En décembre 2011, c’est en RD Congo que l’expression de la souveraineté populaire a été violée, sur fond de ressentiment, de colère, de révolte. Les contextes ne sont pas les mêmes certes, mais les causes sont là pour produire les mêmes effets qu’en Algérie. Destins croisés des deux pays meurtris par les intérêts géostratégiques des puissances coloniales.

Bien que souvent comparaison n’est pas raison, il m’a semblé utile de m’attarder quelque peu sur ces similitudes qui doivent appeler plus d’un à la réflexion, si pas à la raison. A savoir les victoires électorales volées de Tshisekedi (UDPS) en Rd Congo et du Front Islamique du Salut (FIS) algérien en 1992.

La première similitude est d’ordre historique, plus précisément colonial

Le passé noir de la colonisation de peuplement française en Algérie et celui de la colonisation d’exploitation belge en RDC ont eu comme point de convergence celui de laisser deux pays marqués par une instabilité politique intérieure quasi permanente. Malgré leurs accessions respectives douloureuses à l’indépendance, les puissances coloniales, notamment la France pour l’Algérie et la Belgique pour la RDC, n’ont cessé de garder une main mise lourde dans la conduite de la politique intérieure de ces pays, particulièrement riches en ressources énergétiques et naturelles.

C’est ainsi par exemple, pour le Congo, que la Force Publique avait pour principal rôle de répondre à la demande des agents de l’État chargés d’assurer la rentabilité économique du territoire et de garantir l’exploitation des ressources naturelles du Congo au profit de la métropole et des économies des pays industrialisés; notamment par la sécurisation de l’exploitation du caoutchouc et de l’ivoire.

Il est clair que sous le colonialisme français en Algérie et sous l’occupation congolaise par le Roi Léopold II, puis la colonisation Belge au Congo, ces deux pays ont connu mort d’hommes par centaines de milliers. Les peuples de ces deux pays les plus vastes du continent africain ont bien payé un lourd tribut à la conquête de leur accession à l’indépendance ou à la guerre de libération pour le cas algérien. Il y eut entreprise d’abrutissement, de conditionnement et d’asservissement du peuple, soit par leur évangélisation, soit par la brutalité commise par les colons à leur égard. Ces pays ont été victimes des politiques de dépossession des terres et ressources naturelles. Il est aujourd’hui admis par tous que la colonisation y a bien été une entreprise de spoliation massive des terres et des richesses.

Les colonisations française et belges, respectivement en Algérie et au Congo, ont laissé derrière elles un passé sombre peuplé de crimes en tous genres, de massacres, de violences et d’atrocités infrahumaines que l’on peut ranger sous la catégorie de crimes contre l’humanité, voire de génocide, et de zones sombres. La colonisation française a tué, a écrasé l’Arabe et le Berbère, les indigènes, au nom d’une Algérie française (chrétienne), c’est-à-dire au non de (son) Dieu. De même que le Roi Léopold II a laissé un Congo, au nom de la civilisation chrétienne, dépeuplé, mutilé du fait des crimes contre l’humanité pratiqués systématiquement à grande échelle au profit de l’exploitation des ressources naturelles de ce pays. Cette même entreprise destructrice fut poursuivie par les colons belges avec des villages entiers qui furent incendiés et des mains coupées à des individus qui contrevenaient aux règles imposées par le colonisateur.

La deuxième similitude est celle de la période postcoloniale

L’ingérence des puissances colonisatrices s’est poursuivie après les Indépendances respectives de ces deux pays et s’est surtout caractérisée par le maintien au pouvoir des dirigeants autocrates extravertis, au service des intérêts géostratégiques des puissances hégémoniques occidentales. Ainsi, installé au pouvoir à la suite de l’indépendance, le FLN algérien excella dans le mimétisme politique, administratif et répressif du pouvoir colonisateur français.

Le FLN lui aussi pratiqua comme le colonisateur français l’art de la spoliation de l’Algérie sous différents prétextes, notamment la politique des nationalisations (même celles des faillites des entreprises françaises). Un air de ressemblance à s’y méprendre avec la politique menée par le régime de Mobutu jusqu’en 1997. L’AFDL de Laurent-Désiré, n’excella pas non plus dans la recherche d’une indépendance totale du Congo. Son avènement s’accompagna jusqu’à ce jour d’une politique de sous-traitance de la RDC au profit des intérêts politico-financiers et sécuritaires ougandais et rwandais, où le nommé Joseph Kabila a servi sous les drapeaux. Il est évident que pour ces pays le maintien par tous les moyens de cet ex-soldat du FPR à la tête de l’Etat congolais est une aubaine ; notamment pour les multinationales occidentales qui profitent du système mafieux et de spoliation des ressources de la RDC, mis en place au départ de Kigali et de Kampala et garanti par ce nébuleux personnage de mère tutsie selon une télévision suisse.

Le troisième point de convergence et non le moindre : et puis vinrent les élections de tout blocage politique

L’histoire sociopolitique de la l’Algérie pourrait apporter beaucoup de matières de réflexion aux analystes et observateurs de la scène politique RD congolaise.

Janvier 1992 : L’Algérie semble paralysée. Les scrutins présidentiel, législatif, local, ont fait état de la victoire électorale du Front islamique du salut (FIS) en janvier 1992. Cela ouvrit la porte à six années d’instabilité sécuritaire et politique qui plongèrent davantage ce pays déjà exsangue dans le chaos.

Jeudi 26 décembre 1991, vingt ans plutôt qu’en RDC… Comment oublier cette date ? Celle du début d’une décennie noire, d’événements terribles et de traumatismes profonds. Ce jour-là, au premier tour des premières élections législatives pluralistes qu’a connu l’Algérie depuis son indépendance, le FIS, aujourd’hui dissous, rafle la mise. Il obtient 188 sièges (47,4% des voix) contre 25 pour le Front des forces socialistes (FFS) et 15 pour l’ex-parti unique, le Front de libération nationale (FLN). Avec plus de 140 ballotages favorables, le parti est même pratiquement assuré de remporter la majorité absolue à l’issue du second tour prévu à la mi-janvier.

Le 26 décembre ou jour de «l’urne fatale», selon un journal proche de l’extrême-gauche algérienne et opposé à la tenue d’élections dont on connaît la suite. Le 11 janvier 1992, le président Chadli Bendjedid, acculé par l’armée, est forcé de démissionner. Le scrutin est annulé. Les violences commencent presqu’aussitôt. Une nuit cauchemardesque tombe sur l’Algérie.

Extrapolée à l’actuelle crise électorale congolaise, cette question d’actualité amène plus d’un à une réflexion approfondie, exempte de toute subjectivité idéologique et partisane. Ce qui se passa en Algérie en 1992 n’est ni plus ni moins assimilé par bon nombre de politistes et intellectuels algériens à un coup d’État qui a eu pour conséquence d’entrainer ce pays dans une spirale de violence civile et terroriste sans précédent, dont le pays continue à souffrir à ce jour, malgré la relative stabilité précaire systémique instaurée par Aziz Boutefllika.

Une ressemblance difficile à cacher d’autant qu’en Algérie de 1992 et en RDC de 2011-2012, la communauté internationale ménage les régimes faussaires et fraudeurs et ne demande pas de procéder à la validation des résultats originaux issus des urnes. Pire encore, cette même communauté internationale ne semble se préoccuper des multiples violations des droits de l’homme commis par les régimes Bouteflika et Kabila, ni ne s’engage explicitement à contraindre le régime non élu de Kabila à faire cesser les massacres contre les populations civiles usant de leur droit constitutionnel de liberté de manifester et d’expression à la suite de ces élections volées. Ce, malgré les rapports très accablants des organisations comme Voix des Sans Voix, International Crisis Group, Amnesty International et Human Rights Watch…

L’annulation des élections algériennes en signe de hold up électoral contre la victoire du FIS ouvrit la voie à une période d’instabilité dont le pouvoir installé de facto en place, avec l’aval tacite de la communauté internationale, ne réussit à tirer profit pour reconstruire le pays. L’Algérie stagna durant ces années de turbulence politique dans l’attentisme. La poursuite de la violence dans ce pays n’est pas étrangère à cette situation électorale mal cernée et mal négociée par la communauté internationale. Un Occident qui devint d’ailleurs l’un des théâtres d’opération de cette vague de violence. C’est le cas lors de la prise d’otages du vol d’air bus Alger-Paris du 24 au 26 décembre 1994 par quatre membres du commando du Groupe Islamique Armé (GIA : la branche armée du FIS). En dépit des promesses des responsables politiques maintes fois réitérées « d’éradiquer la violence », chaque jour qui passa vit s’allonger la liste des victimes, au rythme d’une dizaine par jour. Ce climat politique délétère y est resté très figé, tendu et crispé durant presqu’une décennie.

Faut-il croire le principe selon lequel, « toutes choses étant égales par ailleurs » le cas congolais, puisque les mêmes causes produisent souvent les mêmes effets, s’inscrit dans la même logique sociopolitique algérienne ? Surtout dans un pays où le régime promet en vain de sécuriser l’ensemble du territore, alors qu’il signe des pactes politiques avec ces faiseurs de guerre (Bosco Ntaganda recherché par la CPI) à l’Est? Et qu’il faudrait s’attendre, malgré le calme trompeur précaire apparent, à de graves bouleversements politiques si le contentieux électoral, qu’il soit présidentiel ou législatif, n’est pas correctement vidé de sa substance dans son fond et dans sa forme par un règlement politique intérieur et international efficace de cette crise, où vraisemblablement celui qui prétend être porté à la tête du pays, J. Kabila, ne jouit pas de la légitimité politique suffisante devant lui assurer un minimum de consensus dans le cadre du contrat social de gouvernance tel que voulu par la théorie de Rousseau et qui consacre le principe de « souveraineté populaire » ?

La prestation de serment de Kabila, dans une sorte de bastion militaire, à l’écart de la population, contrastant avec celle du président Tshisekedi, reclus manu militari dans sa résidence mais accompagné d’une certaine effervescence populaire manifeste dans la capitale et autres provinces du pays, sont des signes qui ne peuvent tromper sur les dangers qui guettent la période postélectorale à propos desquels nous avions eu par le passé à alerter l’opinion tant nationale qu’internationale, dans le cadre de nos analyses et autres interventions. Des dangers que nous présentions quasi certains, en cas d’un président mal élu du fait d’un mode de scrutin insidieux (un tour).

Quid alors, dans le cas actuel, où certaines voix silencieuses proches de Kabila nous confirment la débâcle électorale de leur candidat, en qualifiant de grossières les fraudes et les tricheries électorales orchestrées par le régime de Kabila (le ministre de l’intérieur sortant Adolphe Lumanu, le cabinet parallèle dirigé par Katumba Mwanke en collusion avec le président de l’Assemblée Nationale Evariste Boshab), avec la bénédiction pastorale de l’oncle de Kabila, M. Mulunda Ngoy. Quelle est alors la marge de légitimité politique d’un président qui, à défaut d’être mal élu, est non élu ? Un président qui plus est se trouve dans une sorte d’isolement diplomatique à force de s’obstiner à refuser de suivre les recommandations de différents rapports d’observation des experts tant nationaux qu’internationaux ?

Refuser de prendre en considération cette situation pré-explosive revient irrationnellement à fermer les yeux aux éléments du rapport de la mission d’observation de la SADC qui, dans un communiqué diffusé le 15 décembre 2011, n’y est pas allé avec le dos de la cuillère pour dénoncer les irrégularités et fraudes préméditées en déclarant sans ambages que les élections présidentielles et législatives congolaises ne se sont déroulées ni selon les principes et lignes directrices de la SADC, ni selon la loi électorale, compromettant ainsi leur crédibilité. La tension politique qui en résulte, conclut le CONG-SADC, pourrait, en cas d’incidents violents, entrainer un désastre pour la SADC, l’Afrique Centrale et l’Afrique toute entière.

La question que tout analyste ou observateur de la scène politique sérieux doit se poser est celle de savoir non pas comment M. Kabila compte s’imposer au pouvoir, mais bien pour combien de temps pourra-t-il encore s’y accrocher, avec l’aide d’une partie de l’armée et de la police sous payées qui pourraient à tout instant faire allégeance au président Tshisekedi en lui donnant l’imperium qui lui fait actuellement défaut ?

Si la situation interne cache difficilement le semblant de stabilité en RDC, les événements constatés à l’extérieur de la RDC tendent à montrer que la frontière de l’embrasement n’est pas loin d’être franchie. Jamais le peuple congolais de la diaspora (contrairement à ce que certains lobbies internationaux, notamment l’ambassadeur belge Dominique Struye de Swielande, à la solde du régime de Kabila et ses laudateurs politiques, dont le schizophrène politique Mende chez qui le « caméléonage » politique résume bien l’état mental de ce propagandiste anachronique avec la réalité politique de la RDC, veulent faire croire à l’opinion internationale) n’a été aussi engagée patriotiquement.

Un mouvement social et national de contestation du déroulement du processus électoral transcende les clivages idéologiques, politiques, ethniques, sociaux et religieux, au-delà de l’UDPS, et qui est porté par l’ensemble du peuple congolais qui ne veut ni plus ni moins que sa volonté exprimée dans les soit respectée. Ce mouvement, amplifié aujourd’hui, n’est pas une émanation de l’UDPS qui a toujours prêché la « non violence ». Il trouve ses prémisses dès 2006. Et l’on peut citer les cas de « She Okitundu », battu et dénudé par les combattants/résistants de Londres en octobre 2006 alors que Tshisekedi avait décidé de boycotter les élections, ou le cas du député MLC travesti vers l’AMP, Yves Kisombe, ayant subi le même sort à Londres en 2009.

Il est très important de rappeler à l’opinion publique internationale, prompte à mordre à l’hameçon mensonger et schizophrénique de Mende, que ce qui se passe aujourd’hui au niveau de la diaspora congolaise devient un problème national qui transcende l’UDPS à qui le régime faussaire de Kabila cherche par tous les subterfuges à faire porter indûment la responsabilité.

Les événements du weekend da la Saint Sylvestre en l’encontre du président du Sénat, Léon Kengo Wa Dondo, sont de nature à témoigner de l’état d’esprit qu’affiche une certaine frange de la diaspora congolaise, qui relaye le ressentiment de la majorité du peuple congolais jusqu’à présent contenu par les hommes armés de Kabila en RDC. Un peuple qui se sent dépossédé de son vote. Face aux assassinats, tueries et crimes commis par le régime de Kabila contre ses contestataires, certains Congolais de la diaspora ont opté de répondre coup pour coup par la même voie de la violence, dans l’espoir de faire justice à leurs compatriotes vivant au pays et réduits au silence par le régime oppressif de Kabila. On constate par ailleurs des prémisses dans les Kasaï où la police est régulièrement attaquée par la population. Tout cela constitue des signaux d’alerte qui doivent être pris au sérieux !

Si en Algérie, la confiscation de la victoire électorale du FIS a ouvert la voie à la violence civile, au terrorisme, à combien plus forte raison, le climat de printemps arabe aidant, la tricherie et le coup de force électoraux du régime de Kabila et ses parrains régionaux et le silence complice de la Communauté Internationale n’entraineraient-ils pas une vague de violence et d’instabilité sans précédent que la Communauté Internationale se refuse de prévenir malgré ces signes annonciateurs de l’implosion qui risque d’embraser la RDC ?
Si la première décennie de ce siècle a été marquée par le terrorisme islamique et arabe, il est fort à craindre, selon les analystes et experts avisés, que la deuxième décennie du 21ème siècle ne voie l’accélération du terrorisme subsaharien du fait de la mal gouvernance souvent tacitement soutenue par l’Occident, de l’absence de leadership des dirigeants imposés contre la volonté populaire, de la déstructuration des tissus socioéconomiques induits par la mal gouvernance et la corruption exponentielle de ces dirigeants, l’extrême pauvreté, la misère sociale galopante et la non prise en compte des revendications populaires.

C’est le cas des élections congolaises où le peuple nourrit un sentiment de frustration du fait que sa volonté exprimée dans les urnes a été violée. Un peuple qui se dit vivre encore 5 années sous la coupe d’un régime irresponsable et kleptocrate, qui n’a que faire du vécu social de ses concitoyens à qui il continue indécemment de promettre un mirage social alors que la fracture sociale entre une caste de privilégiées et la majorité de la population ne fait que s’accentuer sans émouvoir la communauté internationale, dont certains de ses représentants en RDC ne cessent de tirer profit financier et autres avantages sociaux personnels de cet « establishment ».

Tout cela n’aura sans doute pour effet que d’amener une certaine frange sociale, désespérée, se sentant condamnée et qui n’a plus rien à perdre, à trouver dans les actes de terrorisme leur seule voie d’issue et d’expression. Cela se vérifie peu à peu avec les mouvements AQMI en Afrique subsaharienne et avec les milices Shebab qui sévissent depuis la Corne de l’Afrique et se seraient même signalées aux portes de la RDC. Des milices qui seraient tentés de convaincre ces populations clochardisées et abandonnées par l’Etat congolais d’épouser leur cause en signe d’autodéfense.

Les craintes de cette menace se situent principalement au niveau du ralliement, par les « Mollahs », des populations vulnérables, à la doctrine chiite. Certes la RDC est en majorité constituée des populations chrétiennes, mais la pauvreté grandissante, la crise économique, le chômage qui touche près de 80% des jeunes sont des vecteurs catalyseurs de l’endoctrinement.

En effet, depuis quelques années, les Mollahs iraniens écument les quartiers pauvres des capitales africaines afin de recruter des « futurs kamikazes». Et l’attitude irresponsable des autorités congolaises, incapables de contrôler les 9.000 km de frontières avec les pays voisins, laisse dubitatif et ne rassure surtout pas quant à la capacité de ce pays à contrer cette menace qui se fait de plus en plus pressante. (Martin Lutter MBitta, Radio Kan-Kan.com Guinée, 25/02/2010).

A titre d’illustration, en RDC, dans la partie septentrionale, à la frontière avec le Soudan et le long de la frontière ougandaise, des maquis originaires de ces pays se sont implantés, profitant de l’absence presque totale de contrôle du régime de Kinshasa sur la région pour opérer en toute impunité. C’est le cas de l’ADF (Alliance of Democratic), une guérilla multiethnique ougandaise à dominante fondamentaliste musulmane, mal enracinée dans la région frontalière où elle opère, qui préfère donc s’appuyer sur ses bases arrière en RDC. Elle y survit en bonne partie grâce à l’appui du régime islamiste soudanais, opposé au président ougandais, Yoweri Museveni. Elle pourrait profiter du désespoir du peuple à la suite des élections truquées pour amplifier son action dans la sous-région. Une menace qui doit être prise au sérieux par les analystes de la crise électorale et politique congolaise.
Il faut à tout prix respecter le vote du peuple congolais.

J’étais réticent à la tenue de ces élections, du moment que le mode de scrutin présidentiel a été insidieusement modifié pour organiser une élection light visant à légitimer une personne dans un pays post-conflit où les élections à deux tours avaient pour motivation de consacrer un président élu à la majorité absolue. Question de cimenter la cohésion sociale et nationale acquise au prix des rébellions et d’une longue période d’instabilité politique. Toutefois, j’ai toujours pensé que dès lors qu’elles avaient été organisées il était nécessaire d’en respecter les règles du jeu et de condamner tous les contrevenants.

Pour moi, le fait pour la CENI de falsifier les résultats électoraux et d’organiser les fraudes (car si les bulletins de vote ont été retrouvés chez des personnes privées, c’est que la CENI censée garantir la sécurité de ces bulletins y a joué un rôle actif) et le fait pour la Cour suprême de justice de se comporter pire que des enfants de la maternelle en n’usant pas de son devoir constitutionnel d’indépendance vis-à-vis du pouvoir exécutif auquel est attachée la CENI, ne peut que déboucher sur l’explosion. Hélas, c’est bien ce qui va sans doute se passer d’après les informations à ma disposition.

Cette falsification du scrutin du 28 novembre 2011 et la légèreté avec laquelle la Communauté internationale semble traiter cette crise ouvrent la boîte de Pandore. Si en Algérie la confiscation de la victoire électorale du FIS a offert aux islamistes le statut de victimes à qui le système a volé leur victoire électorale, il en va de même pour la victoire du président Tshisekedi volée par Kabila et la falsification des résultats des élections législatives au profit des élus de sa famille politique. En privant Tshisekedi et des élus de l’opposition de leur victoire électorale, on conforte davantage leur légitimité politique et populaire et on produit un effet inverse à celui recherché par le régime de Kabila, qui n’aura plus que le recours à la répression politique comme seul instrument pour asseoir son autorité. Ce qui va davantage l’affaiblir et rompre définitivement toute possibilité de pacte social avec le peuple, au point que la situation deviendra insupportable même pour la Communauté Internationale qui risque, au travers des actions de la diaspora congolaise de partout, de subir le contrecoup des dérives du régime kabiliste. Et cette communauté controversée finira par ne plus avoir d’autre choix que de lâcher ce « boy politique » encombrant comme elle le fit avant lui avec Mobutu, Moubarak ou Kadhafi qu’ils ont tour à tour chouchouté puis évincé de façon indigne.

La question de faire parler la vérité des urnes me paraît capitale si l’on veut à tout prix résoudre durablement la crise électorale congolaise. Je me vois obligé de préciser mon propos. Je ne suis pas un adepte de la violence politique. Mais en tant qu’analyste politique je peux tout à fait comprendre « ces actes de violence » comme signe de frustration d’un peuple éprouvant le sentiment d’être toujours trompé. J’insiste que j’ai toujours estimé que l’on ne doit pas mépriser le choix d’un peuple qui a fait preuve d’un sens très élevé de civisme et de responsabilité en se mobilisant en masse pour décider de son futur, notamment par le choix de son président, fut-il celui qui ne plait pas à une certaine communauté Internationale.

Aujourd’hui il faut applaudir la démocratie tunisienne issue d’une révolution pure à 100%, contrairement à la révolution inachevée de l’Egypte et la non-révolution en Libye. Certes, la position politique et populaire est difficile face à Ennahdha, mais, au moins, ce parti ne va-t-il pas camper dans le rôle de victime et il est désormais redevable de ses actions devant son peuple. Je suis persuadé, mutatis mutandis, qu’un Tshisekedi au pouvoir, souvent diabolisé à tort par une certaine presse occidentale comme étant un nationaliste, un inconnu conflictuel et un extrémiste avec qui on ne peut rien traiter, pourrait tout autant être « désapprouvé » par le peuple congolais politiquement éveillé qui vient de sanctionner les kulunas (délinquants) politiques au sommet de l’Etat, si le leader maximo et l’UDPS n’arrivait pas à tenir ses promesses résumées dans le slogan emballant « Le Peuple D’abord », notamment dans le domaine socio-économique et en matière de bonne gouvernance.

L’erreur stratégique politique est de vouloir confiner le leader de l’UDPS dans le rôle de victime. Plus on le fait, plus le peuple victimisé, avec tous ses enfants des quartiers populaires, tous ses démunis dans des coins perdus du Congo, tous ses fonctionnaires clochardisés, tous ses militaires laissés-pour-compte, toutes ses populations appauvries par les différents régimes souvent connivents avec l’Occident, sympathiseront davantage avec sa cause et s’identifieront à son combat qui est loin d’être achevé. Pour s’en rendre compte, il suffit de constater que le combat politique mené par celui qui est désormais considéré par ses compatriotes comme un Patrimoine National n’a pris aucune ride, 32 ans après la création de son parti l’UDPS. Et aussi longtemps que l’on ne permettra pas au président Tshisekedi de faire valoir ses droits politiques en RDC, son parti UDPS continuera à occuper le haut du pavé de l’actualité politique en se présentant comme un réceptacle de tous les rejetés paupérisés par les régimes kleptocrates qui se succéderont à la tête de la RDC. Une situation récurrente qui fera que ce pays ne connaîtra presque jamais une longue période d’apaisement politique.

Ainsi, on ne peut prétendre normaliser la situation politique en RDC aujourd’hui sans que les organisateurs des élections, le régime de Kabila (ministre de l’Intérieur), la CENI et la CSJ ne fassent devant le peuple un mea culpa à propos de ce rapt électoral qui risque de démolir le pays dans les mois à venir. C’est une question de sursaut patriotique pour eux d’adopter un profil bas, telles ces voix de son régime qui commencent timidement à reconnaitre leur défaite électorale. Une attitude courageuse visant à favoriser la cohésion nationale, d’autant qu’une faute avouée est à moitié pardonnée dit-on et surtout qu’il n’y a que des imbéciles qui ne changent pas d’avis.

Cela rejoint l’homélie de Noël de l’archevêque de Kinshasa, le cardinal Monsengwo, lorsqu’il souligne que la paix puisse régner entre les hommes dans l’unité, la réconciliation, la justice et la vérité. Il n’y a pas de paix sans la justice ni la vérité. La vérité fait que cette justice soit authentique et véridique. La paix des hommes qui s’obtient sans la justice est illusoire et éphémère, dit Benoît XVI. La justice des hommes qui ne prend pas sa source dans la réconciliation par la vérité de l’amour. C’est l’amour de la vérité. Des mots qui constituent des préalables à toute stabilité politique en RDC. D’autant que le Cardinal, dans la conférence de presse qui a suivi sa communication où il avait déclaré, sur base des chiffres recueillis par 30.000 observateurs de l’Eglise Catholique, que Tshisekedi avait recueilli plus des voix que Kabila, a livré une information selon laquelle Kabila esquivait carrément tous ses appels, en refusant de décrocher son téléphone lorsqu’il l’appelait. Après mille et une tentatives de joindre Kabila, il a, de guerre lasse, fini par passer le message à un de ses proche conseiller. En une seule phrase, il lui a dit : «Dites au président ceci : est-ce qu’il est fier des résultats que la CENI vient de donner-là ?»

Malheureusement, dans la jungle tropicale congolaise, au sommet des institutions, la vertu a laissé libre cours aux antivaleurs, à l’immoralité et à la débauche politiques ! Hélas, ce n’est pas avec un soldat formé dès son âge de kadogo à l’école de tueries et de massacres des civils sans état d’âme du FPR de Kagame, que l’on peut entretenir un brin d’illusion ou espérer la repentance, voire le retour à l’ordre électoral et constitutionnel violé et bafoué par Kabila.

Il ne reste plus qu’au Peuple Congolais de continuer à se prendre en charge et à s’assumer.

Jean-Jacques Wondo Omanyundu

* Jean-Jacques Wondo Omanyundu est un analyste politique freelance

Paru dans le Numéro 218 de Pambazuka News

Farid Benyahia : «L’Algérie a les moyens de produire son arme atomique»

Affirmation sérieuse ou provocation

Un chercheur annonce : «L’Algérie a les moyens de produire son arme atomique»

Dr Farid Benyahia au Forum d’El Moudjahid

«L’Algérie a, si elle le veut, les moyens de produire son arme atomique en 36 à 46 mois.» Cette déclaration est de Farid Benyahia, docteur en relations internationales diplomatiques, qui a animé, hier, une conférence-débat au forum du quotidien El Moudjahid sur «l’impact de l’utilisation de la nanotechnologie sur les systèmes d’information et la guerre électronique». Selon lui, l’Algérie dispose de l’infrastructure nécessaire (le réacteur d’Aïn Oussara) bien avant le Pakistan – qui est aujourd’hui une puissance nucléaire – et l’Iran qui cherche à le devenir.

«Ce qui nous manque, c’est la volonté politique», relève-t-il. Les priorités des autorités, «pour le moment», sont d’après lui l’amorce d’un développement économique hors hydrocarbures, l’investissement dans les énergies renouvelables et la sécurité intérieure du pays. M. Benyahia défend l’option du nucléaire en ce sens que les engins atomiques constituent une arme de dissuasion contre toute attaque militaire étrangère directe.

Dans le cas de l’Algérie, «il faut un changement de politique, des finances et des compétences». «Les puissances nucléaires ne se sont jamais fait la guerre», fait-il observer.

Le conférencier fait aussi part d’un débat chez les stratèges de l’armée algérienne sur la nécessité de s’équiper plutôt de matériel léger mais doté de haute technologie plutôt que de continuer à acquérir un arsenal lourd. «L’Algérie est la première puissance de feu à l’échelle africaine», indique-t-il.

L’invité du forum d’El Moudjahid plaide pour un système de défense militaire basé sur l’acquisition des nanotechnologies et l’encouragement de la recherche dans ce domaine en favorisant surtout l’apparition des thinks thanks (laboratoires d’idées) regroupant des experts qui produisent des études et des propositions diverses.

Les nanotechnologies sont au croisement de plusieurs disciplines scientifiques comme l’électronique, la mécanique, la chimie et la biologie ; elles manipulent des objets d’une taille de l’ordre du nanomètre (un milliardième), une unité beaucoup plus petite que le centimètre. «Les responsables algériens manquent de visibilité en matière de nanotechnologies et de guerre électronique», estime M. Benyahia.

Les capacités de l’Iran dans la guerre électronique

Pour illustrer «la guerre électronique» en cours dans le monde, qui est à son avis celle des mathématiciens, des électroniciens et des informaticiens – alors que la Première Guerre mondiale était celle des chimistes et la seconde celle des physiciens, il donne un exemple d’une brûlante actualité vécu au Moyen-Orient.

En effet, les Gardiens de la révolution iranienne ont annoncé, le mercredi 4 décembre, l’interception d’un drone américain RQ-170 Sentinel en mission d’espionnage au-dessus du pays pour le compte de la CIA. Appelé aussi «la bête de Kandahar», ce magnifique bijou électronique a quitté une base militaire en Afghanistan pour une mission de reconnaissance, avant d’être forcé d’atterrir en territoire iranien.

Selon Téhéran, cette prise de guerre a été réalisée par un détournement conduit par des spécialistes de la guerre électronique, à travers une intrusion dans le système de guidage GPS du drone. Les Iraniens révèlent avoir intercepté auparavant six autres drones espions, quatre appartenant aux Israéliens et deux aux Américains.

La Maison-Blanche, reconnaissant cette perte, exige la restitution de la «bête de Kandahar» et parle «d’incident technique» pour expliquer cette mésaventure. Cela n’a pas convaincu les spécialistes qui s’interrogent sur le fait que les Américains n’ont pas prévu un système d’autodestruction en cas d’interception du drone.

Un ancien officier de la CIA, tout en mettant l’accent sur la capacité défensive et de renseignements de l’Iran, a souligné que la perte du drone était une bonne leçon pour Washington pour ne pas sous-estimer la capacité de l’Iran. Selon lui, cette interception avait comme message pour l’armée américaine d’être plus prudente et de savoir que la capacité défensive de l’Iran est beaucoup plus que les autorités américaines s’imaginent.

Cet épisode ne signifie pas que les deux pays se situent au même niveau de développement technologique. «Les Iraniens malgré l’embargo international, sont arrivés à un niveau de décryptage très avancé. Dans le domaine scientifique, tout se vend et tout s’achète avec quelques difficultés à surmonter.

Cela demande un haut niveau de renseignement. Je pense que les Iraniens ont acquis une certaine matière technologique de manière informelle et une autre de manière formelle.

C’est une réalité», explique M. Benyahia. Intervenant lors du débat, l’expert international en économie, Mebarek Malek Serraï, s’est dit surpris d’entendre un ami de longue date, un homme qui a fait campagne à l’est du pays, en 2005, en faveur du référendum sur la paix et la réconciliation nationale, développer un discours en faveur du nucléaire, entendu comme un soutien aux manières fortes dans le règlement des relations internationales.

L’intéressé réplique qu’il souscrit pleinement à l’idéal de la paix mais qu’il y a une réalité sur le terrain qu’il faut voir de face. Sa religion est faite : «Il faut être fort pour imposer la paix.»

D. C.

Le Temps d’Algérie

Kadhafi conserve sa capacité de nuisance

Politologue,spécialiste de la Libye et auteur du «Manifeste des arabes», Hasni Abidi explique à SlateAfrique pourquoi les partisans de Kadhafi n’ont pas dit leur dernier mot.

SlateAfrique – Comment expliquer que le régime de Kadhafi ait pu résister aussi longtemps?

Hasni Abidi – Cela a pris du temps en Libye mais ça prendra aussi du temps en Syrie. Et cela prendra encore plus de temps en Algérie. La séquence libyenne est complètement différente de la séquence tunisienne ou égyptienne. Dans la mesure où il n’existe pas d’autonomie dans les instances dirigeantes. En Libye, il y a une fusion entre le pouvoir incarné par Kadhafi par ce qu’on appelle en Libye «les hommes de la tente», tous ceux que Kadhafi reçoit quotidiennement sous sa tente.

C’est eux qui détiennent le pouvoir, ce n’est ni le gouvernement, ni les bureaux populaires, ni le parlement, ni le congrès populaire, mais c’est tous les hommes de la tente, les hommes proches de Kadhafi. Il y a une fusion entre les hommes de la tente, le régime Kadhafi et l’appareil militaire et sécuritaire. Du coup, on est privé de cette marge de manœuvre dont a disposé l’armée tunisienne ou l’armée égyptienne pour accélérer le changement et le départ des deux présidents.

D’autant plus que la hiérarchie militaire ne portait pas dans son cœur cette idée de transmission héréditaire du pouvoir: le passage du pouvoir de Moubarak à son fils. Les pouvoirs exorbitants de Zine el-Abidine Ben Ali, de son épouse et de sa famille, c’est ce qui a un peu accéléré le processus. En Libye ça n’existe pas et en plus le régime est rentier, c’est très important. Le changement dans un régime rentier est beaucoup plus long, beaucoup plus douloureux.

La facture du changement est très élevée dans la mesure où le régime dispose d’une énorme ressource financière capable d’acheter les alliances et de s’assurer des adhésions à la fois tribales, mais aussi d’acheter toutes les composantes de la société qui pourraient lui faire de l’ombre et enfin de se payer le silence international. On a bien vu comment la Libye a été vite réhabilitée par la communauté internationale le jour où elle a payé pour l’attentat de Lockerbie.

L’Etat rentier. La fusion entre les appareils sécuritaires qui savent que la fin de Kadhafi signifie la fin de cet appareil, d’où cette détermination des apparatchiks à lutter jusqu’au bout. En fait, il n’y a pas eu de bataille de Tripoli. Tripoli a été livrée grâce à une dynamique de négociation très intéressante. Les militaires voulaient surtout que leurs familles ne soient pas inquiétés après l’arrivée des insurgés à Tripoli. Ce ne sont pas les insurgés de Benghazi qui ont fait dix mille kilomètres pour arriver jusqu’à Tripoli mais c’est plutôt un travail très important qui a été fait auprès des habitants de Zaouïa, de Ghariane et de la montagne.

Avec la garde prétorienne, celle qui protégeait Tripoli pour livrer les armes et laisser les insurgés rentrer dans la ville sans résistance. Bien entendu, la première ceinture de sécurité n’a pas négocié. Ceux qui sont toujours autour de Kadhafi quelques brigades de sécurité qui eux ne vont pas lâcher les armes de sitôt parce qu’ils savent que leur avenir est intimement lié à Kadhafi. Les autres, non, ils n’ont pas changé de tenues parce qu’ils ne portaient pas de tenues militaires. Ils ne portaient pas de treillis militaires. Ils n’ont juste pas pris leurs armes pour défendre la capitale.

Slate Afrique – Que peuvent espérer les hommes qui continuent à se battre pour Kadhafi?

H.A – Kadhafi c’est le doyen des chefs d’Etat, sa longévité est la preuve que l’homme est très habile. Il a réussi à déjouer des dizaines de tentatives de coups d’Etat de l’intérieur du pays comme de l’extérieur, grâce à un jeu très subtil à l’intérieur du pays comme à l’extérieur.

Donc Kadhafi a préparé son plan en cas d’insurrection. Une des brigades de sécurité a été formée pour une seule mission: comment défendre Kadhafi en cas d’insurrection? C’est à dire que Kadhafi était conscient de ce risque. L’homme ne pensait pas que la révolution allait être aussi brutale, aussi déterminée.

Mais il s’est préparé à l’après Bab al-Azizia. Comment rester au pouvoir en ayant quitté son bunker? Sa capacité de nuisance, elle est beaucoup plus grave qu’auparavant quand il était à Bab al-Azizia. Aujourd’hui, sa capacité de nuisance est diffuse. Et aussi il n’a plus de sanctuaire pour devenir une cible facile. Il est partout et nulle part. Il a préparé un plan d’abord pour compliquer la vie des nouveau maîtres de Tripoli.

Semer le chaos et la panique. Il sait que si la sécurité ne revient pas rapidement à Tripoli tout le processus de transition va être reporté. Et pourquoi Kadhafi et ses enfants, surtout Seif al Islam, n’ont pas quitté Tripoli alors qu’ils avaient la possibilité de le faire? Le couloir était sécurisé en direction de la Tunisie: d’ailleurs son ministre de l’Intérieur est parti peu avant la chute. Je pense que Kadhafi ne l’a pas fait parce que Abdessalem Jalloud, son ex-bras droit et ex-numéro deux du régime a dit une chose intéressante:

«Kadhafi est frappé par une obsession du pouvoir» et que «cet homme ne peut pas accepter qu’il n’est plus au pouvoir».

Un élément très important dans le profil mental de Kadhafi. Le deuxième élément qui est beaucoup plus rationnel c’est de dire que Kadhafi ne reste pas loin de Tripoli. Parce que lui et ses hommes sont conscients que l’essentiel du pouvoir c’est Tripoli.

Il faut absolument prendre la capitale. Une fois que Tripoli tombe, c’est fini pour Kadhafi. Kadhafi est en mesure d’influencer sur les négociations. Et peut exercer cette influence avec les gens qui sont toujours avec lui —même s’il y a des difficultés de communication.

Communiquer entre eux est un danger. Certaines brigades de sécurité de sa tribu, la colonne vertébrale du régime, se battent sans probablement recevoir des armes de Kadhafi. Pourquoi? Parce qu’ils pourraient ainsi influencer l’après Kadhafi. Kadhafi négocie finalement avec les armes. En montrant à la coalition qu’il est toujours fort, déterminé, il peut s’imposer en tant qu’interlocuteur mais aussi probablement rester en Libye. La troisième raison pour laquelle Kadhafi est toujours là, c’est parce que lui et ses alliés sont conscients qu’aucun pays n’est capable de résister à la pression internationale pour les livrer à la CPI. Le mandat d’arrêt international pousse Kadhafi à cette logique suicidaire.

La résistance est limitée dans tous les pays. Le régime algérien, ayant des bons rapports avec Kadhafi, ne sera pas le même dans quelques années. Kadhafi le sait.

Un grand pays comme l’Afrique du Sud est tout à fait disposé à le recevoir. Les pays qui ont piloté les opérations militaires ont plutôt intérêt à voir Kadhafi mort, plutôt que vivant. Vivant il va continuer à narguer la nouvelle classe dirigeante et mobiliser des hommes. Et probablement aussi causer des soucis à la coalition internationale. Il dispose d’informations embarrassantes pour les pays étrangers donc il est dans l’intérêt de tous que Kadhafi soit mort. Son procès est très important sur le plan pédagogique mais dans l’état actuel de la Libye, la justice libyenne n’a pas les moyens d’assurer un procès équitable. Lorsque le dirigeant du CNT a dit qu’il n’était pas contre le fait de transférer Kadhafi à La Haye, il a subi des critiques acerbes. De la part de la base, de ceux qui ont souffert de Kadhafi, parce que lui, il était quand même un homme du régime. Ils disaient que Kadhafi ne peut être jugé qu’en Libye.

Mouammar Kadhafi reste un danger

SlateAfrique – Quels secrets détient-il?

H.A – Kadhafi dispose de plusieurs dossiers importants. Dans une logique suicidaire, il pourrait divulguer certaines informations relevant de la sécurité de plusieurs Etats ou de conversations privées qui peuvent être embarrassantes. Pour le financement des campagnes de Sarkozy en France. Seif al Islam l’a dit mais pour l’instant il n’y a pas eu les preuves suffisantes.

Pour l’Occident, Kadhafi a été un allié privilégié après les attentats du 11 septembre 2001. Il a livré les noms aux Américains des islamistes les plus importants, les plus dangereux. Les Américains disent que la Libye est l’un des pays qui a collaboré d’une manière exemplaire dans la traque de certains éléments. Mais à quel prix?

SlateAfrique – Quelques dossiers peuvent être particulièrement sensibles?

H.A – Kadhafi a bénéficié des conseils du cabinet de Tony Blair. Et il détient probablement des informations compromettantes sur le plan politique et surtout les pressions des grandes compagnies pétrolières sur les gouvernements occidentaux pour renouer avec «le Guide».

Slate – Pourquoi continuer la lutte? A-t-il toujours accès à sa fortune?

H.A – Je crois que Kadhafi est le chômeur le plus riche du monde. Il n’a plus de poste, mais il dispose de ressources financières très importantes. C’est le SDF doré. L’ancien directeur de la banque centrale libyenne a parlé de dépôts d’argent et d’or dans certains lieux que seuls connaissent les proches de Kadhafi. Ils sont dans le Sud qui n’est pas encore sous le contrôle des insurgés. On a bien vu comment il a financé l’arrivée de certains mercenaires ou l’achat d’armes. Donc il dispose encore d’argent frais en Libye. Des cachettes importantes. Des centaines de millions, voire plus. Et l’argent placé dans des pays étrangers. Il a plutôt un souci logistique, de coordination qu’un souci d’argent.

«Le grand mérite du CNT c’est qu’il existe»

SlateAfrique – Le CNT affirme contrôler 95% du territoire. Est-ce une réalité?

H.A – On en est loin. D’abord il ne s’agit pas d’un contrôle absolu. Au total: deux ou trois localités ont carrément refusé que les insurgés soient dans leur ville pour éviter un bain de sang. Les insurgés ont été priés de quitter certaines localités. Ils contrôlent la grande majorité du territoire, mais certaines villes ne sont pas contrôlées. Les insurgés sont présents. Les brigades de sécurité ne sont plus visibles. Cela prendra énormément de temps pour que l’autorité du CNT soit assurée sur ce territoire.

SlateAfrique – L’autorité du CNT est-elle reconnue?

H.A – Le grand mérite du CNT c’est qu’il existe. Il fallait un semblant d’alternative avant même de commencer les frappes aériennes. On ne peut pas convaincre des pays étrangers et l’Otan de voter une résolution si on n’a pas une alternative. Si on n’a pas une option crédible à proposer.

La communauté internationale fait confiance au CNT par défaut. Le CNT a eu le souci de représenter toutes les régions de la Libye. Si possible des dirigeants ayant des relations privilégiées avec toutes les grandes tribus.

Le CNT a une légitimité révolutionnaire. Le CNT n’a jamais tourné le dos aux aspirations aux changements de la coalition du 17 février. Il est composé d’activistes, d’islamistes et de bien d’autres éléments de la société libyenne. Du coup, le CNT est devenu le parapluie politique de ce mouvement.

SlateAfrique – L’un des objectifs affiché du CNT est la défense de la laïcité. Ce concept sera-t-il accepté par les Libyens?

H.A – Ce sont les défis qui attendent le CNT. D’abord affirmer son autorité sur le territoire libyen. Mais surtout, est-ce que le CNT sera capable de rassurer les Libyens pour qu’ils déposent les armes? Sinon on va arriver à une société militarisée. C’est vrai que la feuille de route est très ambitieuse, parfois même en décalage avec la réalité.

Mais le CNT ne pouvait pas faire autrement dans cette feuille de route qui prévoit une élection dans huit mois. Elle a un objectif: rassurer la coalition qui a aussi des comptes à rendre à l’opinion publique occidentale. L’opinion dit à ces dirigeants:

«Vous avez soutenu une révolution, mais cette révolution, quel est son projet politique?»

L’objectif de cette feuille de route qui a été rédigée avec les Européens et les Américains au Qatar est de rassurer la communauté internationale. Mais aussi elle ne va pas dans le détail pour ne pas brusquer ou ne pas attiser cette tension qui est en sommeil. En raison de l’objectif principal qui est la chute de Kadhafi.

Cet objectif, la chute de Kadhafi, a eu le mérite de fédérer toutes les composantes les plus contradictoires et les plus antagonistes. Mais une fois que la sécurité est revenue et que le danger de Kadhafi n’existe plus, évidemment toutes les divergences de point de vue concernant quel projet de société pour la Libye vont ressurgir et là ça va être un défi supplémentaire pour le CNT. C’est pour ça que le CNT est pressé de quitter le pouvoir et d’organiser des élections, parce qu’il préfère que toutes ces contradictions s’expriment dans un champ politique plutôt que dans un champ où le seul vainqueur ce sont les armes.

Propos recueillis par Pierre Cherruau

L’Algérie dans le collimateur de l’Otan ? Demain l’Afrique un Continent en feu ?

Source : Political-motion – http://www.political-motion.com/

Comme nous le livre Mr RAKOSKY sur son blog / Agoravox ainsi que Séverine TOCHE /Cameroonvoice, L’Algérie se trouve dans le collimateur de l’OTAN.

NOUVELLE CIBLE? DEMAIN L’AFRIQUE UN CONTINENT EN FEU?

Ainsi donc alors que Tripoli subit maintenant chaque jour les raids meurtriers de l’Otan, que la Libye fait face à une agression armée étrangère, c’est l’Algérie qui se trouve aujourd’hui dans le collimateur de l’Otan.

Selon ce qu’ils appellent le Droit international, la France aurait le droit de livrer des tonnes d’armes et de financer des bandes de mercenaires dans le but avoué de renverser par la violence un gouvernement souverain.

Au nom de la démocratie et avec le soutien honteux des députés socialistes et écologistes, Sarkozy confisque les avoirs libyens et prépare le transfert de la propriété du pétrole et des richesses de la Libye vers un prétendu gouvernement de transition.

L’Algérie est une cible depuis longtemps, elle subit les foudres du FMI pour son refus de s’ouvrir totalement au capital étranger et de privatiser son économie.

L’Algérie est une cible, parce que tout gouvernement, toute Nation indépendante et souveraine est devenue une cible.

L’Algérie est une cible parce que ses réserves de pétrole et de gaz naturel échappent au contrôle des firmes multinationales

Par PAKOSKY

Ce que Sévérine Toche résume Quant à elle en ces termes :

L’Algérie dans le collimateur de l’OTAN

Nul doute que nous sommes au début d’une campagne ou les partisans de la démocratie par les bombes vont s’en prendre à la souveraineté d’une autre nation Africaine. Une de plus, une de trop

Sévérine Toche,26/0è/2011

Voici les faits, tels que rapportés par la lettre MED

Les Etats-Unis ont ouvert une enquête au sujet d’un navire battant pavillon libyen, qui aurait mouillé le 19 juillet courant au port algérien de Djendjen, d’où sa cargaison d’armes fut acheminée vers la Libye. Les armes ont été convoyées par des relais de l’armée algérienne à travers le sud-est du Sahara algérien, jusqu’en Libye, où elles ont été remises à des hommes du colonel Kadhafi. Un responsable du Département d’Etat américain, qui a dévoilé les dessous de cette opération qu’il a vigoureusement condamnée, a accusé l’Algérie d’avoir violé les dispositions de la résolution 1973 du Conseil de Sécurité. « Nous sommes au courant de rapports indiquant qu’un navire transportant des armes destinées au régime de Kadhafi a été autorisé récemment à mouiller (dans un port) en Algérie, et que ces armes sont actuellement en train d’être acheminées par voie terrestre vers la Libye voisine », a précisé le responsable du Département d’Etat.

Les Etats-Unis sont en train de vérifier ces informations, et qui, « si elles s’avèrent justes, constitueraient une violation des résolutions 1970 et 1973 du Conseil de Sécurité des Nations-Unies », a encore affirmé le responsable américain.

L’Algérie est dans le collimateur, voici l’avertissement lancé par Louisa Hanoune au nom du Parti des travailleurs d’Algérie « l’Algérie est dans le collimateur des pays occidentaux qui mènent cette offensive contre le régime d’El Gueddafi. « La souveraineté des pays du Maghreb est menacée », a-t-elle averti lors de l’ouverture des travaux de son bureau politique à Alger ayant porté sur l’actualité de la scène politique nationale, régionale et internationale. Pour la pasionaria du PT, cette opération militaire est le prélude à l’exécution du scénario américain de la guerre au Sahel. « Cette agression sent l’odeur du plan Pan-Sahel, de l’Africom, et du projet du Grand Moyen-Orient », a-t-elle dénoncé. Selon Mme Hanoune, ces projets visent la dislocation des pays de ces régions en vue d’accaparer leurs richesses. Elle a lancé, en ce sens, un véritable SOS contre la reconduction du scénario du Soudan. « Le Soudan était le plus grand pays de l’Afrique. Sa souveraineté a été réduite en miettes après la scission du Sud », a-t-elle rappelé. Et l’Algérie dans tous ces scénarii ? La lecture de Mme Hanoune est sans équivoque : l’Algérie est sur les tablettes des grandes puissances. « Aujourd’hui, le secrétaire général de l’Ugta, Abdelmadjid Sidi Saïd, a déclaré qu’il a pu extraire l’Algérie de la liste des pays arabes non démocrates, lors des travaux du Bureau international du travail en Suisse », a-t-elle souligné. Elle a également salué la position de l’Algérie concernant l’offensive militaire menée par la France, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, le Canada et d’autres pays contre la Libye ».

Nul doute que nous sommes au début d’une campagne où les BHL et autres partisans de la démocratie par les bombes vont s’en prendre à la souveraineté de la Nation algérienne.
Encore une fois, honte à la gauche française qui n’a rien d’autre à offrir que la guerre de pillage aux peuples du monde et que la soumission au paiement de la Dette pour tout programme de gouvernement.

BAS LES PATTES devant l’Algérie libre et indépendante !

Les ingérences de la France se multiplient : Le discours de Bouteflika et les impudences françaises

Le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, n’a pas su ou pas pu se retenir. Il a commenté les annonces du président Bouteflika. Elles vont «dans le bon sens». Il faut encore une fois rappeler à Alain Juppé comme aux Algériens qui ont accepté le principe de sa déclaration que, dans la droite ligne de la logique démocratique, seul le peuple algérien est en droit de décider quelle est la bonne ou mauvaise direction pour notre pays. Et que seul le peuple algérien est en droit de décider qui est ou n’est pas dans la bonne direction. Jusque dans les années 80, cette intrusion du gouvernement français dans le débat et dans les choix politiques nationaux aurait soulevé une tempête de protestations de la part de l’opinion publique nationale, pouvoir et opposition confondus. Il faut inlassablement répéter ce constat car il est lourd d’enseignements et de périls immédiats sur l’unité territoriale du pays et du peu qui reste de l’Etat national. Car il doit en rester bien peu pour que se multiplient, sans réponse significative, ces ingérences de toutes parts. Il faut ajouter à ce constat l’aisance à demander et à exiger ces ingérences de la part de cercles politiques, économiques et médiatiques indigènes. En nous laissant devant cette angoissante interrogation  de comprendre pourquoi le pouvoir donne droit de cité à ces ingérences quand elles le flattent et valident, ainsi, une sorte de constat de droit du maître, de droit du plus fort, car ces ingérences se font toujours à sens unique. Personne ne se souvient que le gouvernement algérien ou l’un de ses ministres ait porté des jugements de ce genre sur les discours ou les annonces de M. Sarkozy, pas même pour les affaires qui nous touchent directement par leur implication comme cette  stigmatisation permanente de l’islam et des musulmans orchestrée par des hauts responsables fortement marqués par leur appartenance au courant revanchard «Algérie française» et «Occident».

Quand l’ingérence est normalisée

Le drame est que même des gens très intelligents ont repris ces propos comme s’il s’agissait d’une plus-value pour le discours de notre Président sans mesurer l’ingérence. Est-ce si difficile de comprendre ce principe ? Selon toutes les apparences, oui ! Et selon toutes les apparences, les Algériens ont beaucoup changé dans leur perception du message politique et ils ont beaucoup perdu de leur sagacité et de leur subtilité. Car le commentaire d’Alain Juppé ne constitue pas seulement une ingérence flagrante dans notre vie politique interne. Dans le contexte actuel, il s’agit aussi d’une appréciation de ce que permet le rapport des forces actuel et d’un message fort aux impatiences des promoteurs du CNT algérien et de tous ces candidats Ouattara qui attendent un retour d’écoute, qui croient avoir donné la preuve, par l’échec de leurs marches du samedi, de la nature dictatorial du régime et du caractère retors du Président. Et le message est simple : il n’est pas possible de mettre un deuxième fer au feu et avec leurs prolongations libyennes pas question de commencer la première mi-temps du match avec l’Algérie. Car il existe plus que des ressemblances entre la Libye et l’Algérie. Et d’abord au niveau de la sémantique ; là où se jouent l’orientation des esprits et la gestion des foules. Reprenez leurs déclarations et lisez-les attentivement. Le fond est identique à ce qui se dit de Kadhafi. La thèse que le régime est autiste et non amendable, on ne peut rien faire avec lui, on ne peut pas le croire, il revient sur ses promesses, il est imprévisible, etc. Bien sûr, aucune preuve n’est donnée de son autisme à part les problèmes inextricables créés par le drapeau que l’opposition partage avec de larges secteurs du pouvoir : le libéralisme et ses réformes destructrices. Le seul moteur viable dans ces conditions reste la colère, le ras-le-bol qui empêche toute raison, l’exaspération qui vous fait haïr les visages plus que les idées, le sentiment de noyade qui vous rend vital le départ de ces têtes. Et donc, il faut développer ces sentiments et les transformer en poudrière dont l’étincelle serait la première grande émotion publique créée par un incident quelconque avec la police, la gendarmerie ou l’armée.Le problème est que, dans notre pays, ce moteur ne fonctionne que dans le cercle restreint qui a cru son heure arrivée avec la normalisation de l’ingérence. Le cas Libyen fournit en plus la jurisprudence pour faciliter les prochaines interventions étrangères. Il ouvre aussi d’autres perspectives politiques inespérées comme celle de créer une Union pour la Méditerranée qui n’en regrouperait que les pays démocratiques.

Le nouvel habit du néo-colonialisme

Maintenant que le CNT Libyen promet tout le pétrole à la France, à l’Italie et à la Grande-Bretagne, cette UPM-Démocratique peut compter sur l’argent libyen pour refaire une santé aux économies en crise du Nord-Méditerranée. Pour le Sud, on l’encensera avec la fumée de sa barbe. Et aux dictatures, on fera quelques guerres. Cela permettra d’ajouter l’argent algérien à celui de la Libye. Il y a comme des rêves de proxénètes qui pénètrent l’idéologie néocoloniale ; l’hyper puissance technologique «fantasmatise» la pensée politique des dominants et lève tous les obstacles du réel devant leurs fantasmes. Et devant les fantasmes de nos «demandeurs d’ingérence». La déclaration de création du CNT algérien, le moment venu, laisse profondément perplexe. Il suffirait que les membres de la CNCD cooptés par affinité politique et incapables de rassembler quelques dizaines de personnes ; il suffirait, donc, que ces membres de la CNCD se réunissent pour dissoudre les assemblées élues, le gouvernement, désignent un conseil chargé de gérer le pays et une transition et de prendre le commandement des forces armées. Comme cela ? Rien qu’en le décidant ? Mais alors qu’est-ce qui pousse à tant de confiance chez des hommes politiques dont toutes les initiatives montrent à l’envi leur absence totale d’ancrage social et leur inexistence comme courant d’opinion ? Sur quelles forces comptent-ils pour mener à bien une action qui frappe tout à la fois les foules du RND/FLN et des islamistes. Ça demande des forces sérieuses un tel projet ! Relisez l’essentiel de la plate-forme de cette CNCD et demandez-vous par quels moyens et au moyen de quelles forces la CNCD peut mener cette tâche herculéenne :

1) Une conférence nationale… aura pour mission de désigner un conseil national de transition démocratique (CNTD)2) Le CNTD sera composé de personnalités résolument engagées pour le changement démocratique. La durée de son mandat ne saurait excéder douze mois. Ses membres ne pourront postuler à aucune candidature ou responsabilité après la phase de transition.

3) Le CNTD aura à :

– Dissoudre toutes les institutions élues.

– Nommer un gouvernement de transition pour gérer les affaires courantes.

– Engager le pays dans une refondation nationale dont la clé de voûte sera la rédaction d’une Constitution qui sera proposée au peuple algérien par voie référendaire.

6) Durant cette phase de transition, l’armée et l’ensemble des services de sécurité seront placés sous l’autorité du CNTD. Ils auront pour mission la défense du territoire et du caractère républicain et démocratique de l’Etat.

Et si vous croyez avoir mal compris, un des dirigeants de cette CNCD enfonce le clou : «La participation à ce conseil est ouverte à tous les Algériens qui croient en le caractère républicain de l’Etat.» Les animateurs de la conférence de presse excluent, par contre, «ceux qui croient en le changement à l’intérieur du système» et «les islamistes». «Il est évident qu’on ne peut pas constituer un conseil de transition avec les dirigeants actuels», a indiqué Moulay Chentouf.

(evenement.algerieinfo.tk)

La guerre au service de l’expansion économique

La réponse se trouve en partie dans cet autre fantasme guerrier d’un projet d’union pour la Méditerranée démocratique. On ne peut le comprendre autrement que comme un fantasme guerrier car la logique d’une telle union est de combattre les dictatures et de les éliminer. Elle n’a pas de sens en dehors de cette déclaration de guerre aux dictatures et de soutien aux démocrates. Il suffit désormais que le groupe putschiste  se déclare démocrate et prêt à appliquer dans le pays les normes de gouvernance que définit l’Europe pour être en droit d’attendre une intervention étrangère. Nos candidats aux bombardements démocratiques devront attendre. L’os libyen occupe suffisamment les matamores de la démocratie aux odeurs de pétrole, surtout que les BRICS ont condamné l’agression libyenne. Et même les matamores du bombardement démocratique ne peuvent ignorer l’avertissement de la moitié de l’humanité et de l’essentiel de l’avenir économique mondial.Cet aveu des limites de l’action française aurait dû encourager notre gouvernement à plus de sérénité dans la tempête qui souffle sur nos contrées. Nous pouvions croire à cette fermeté et cette sérénité algériennes après le discours du président Bouteflika. Il a quand même réaffirmé trois principes  essentiels, malgré les énormes pressions que nous devinons. Premièrement, la relance du développement en s’appuyant sur le secteur public et sur le privé. Les richesses de l’Algérie ne profiteront pas qu’aux seuls importateurs, et avec le secteur public l’Etat se redonnera le moyen de son action économique. Deuxièmement, de nouvelles règles de la vie démocratique associeront la population à la discussion sur les cohérences des différentes politiques nationales. Ce deuxième point a généré la rage des droites. Avec des élections transparentes et sincères, les animateurs de la CNCD et les pompiers du libéralisme qui crient au danger du retour de l’Etat et du socialisme (sic) obtiendront encore moins de voix que pendant les élections législatives de 1991 où ils sont apparus à l’état de trace. L’élargissement des droits et libertés démocratiques pourra en outre profiter aux organisations populaires et de la jeunesse pour développer leurs luttes sociales et disputer encore plus l’Etat aux influences souterraines des lobbys de l’import et import et conditionneurs déguisés en producteurs. Troisièmement, le principe de la souveraineté nationale, la non-ingérence et leur corollaire la validité des Etats nationaux. Tous les Algériens qui n’ont d’autre patrie que l’Algérie et leur travail honnête ont compris que le Président a exprimé là un consensus fort : pas question, quelles que soient par ailleurs les «navigations» diplomatiques, de revenir sur le principe d’indépendance nationale. C’est la réponse à la coalition et à tous ceux qui nous ont menacés après la conférence de Londres. C’était aussi une réponse à la première campagne de pressions sur  l’Algérie montée à partir de la fabrication d’infos sur la présence de mercenaires algériens.

Une autre voie, une autre alternative

Il est remarquable, enfin, que dans le même discours le principe d’indépendance nationale soit associé au choix du développement national. C’est une percée considérable de la pensée politique du pouvoir : aucun peuple ne soutient l’indépendance pour le seul folklore et aucune indépendance ne peut être défendue si elle ne profite à tous. Aux travailleurs, aux jeunes, aux mères de famille, aux paysans de donner à cette ouverture et à cette avancée la force de leurs luttes pour plus de justice et plus de développement.

Il s’agit bien d’une avancée théorique car, enfin, on comprend concrètement que la première arme et l’arme la plus redoutable contre les menaces extérieures reste la force des liens entre le peuple et sa patrie. Bien sûr, le pouvoir devra très vite corriger ses inconséquences et offrir des perspectives, des discours et des pratiques conformes aux annonces du Président. Mais alors c’est toute la force du peuple algérien qui se lèvera pour la défense du pays  et la défense des dirigeants qui auront su lutter à ses côtés et pour les intérêts de chacune de ses parties et de l’ensemble de ses composantes. Les cheminots, les paramédicaux, les résidents, les enseignants, les communaux, les fonctionnaires,  mais, surtout, les étudiants se sont levés pour réclamer leur part du pays et leur part du pétrole. Il s’agit effectivement de luttes sociales mais elles frappent au cœur des orientations du FMI et de la Banque mondiale que le pouvoir a continué à appliquer sans nécessité aucune, créant ainsi les conditions du désespoir et celles de l’expulsion des cerveaux dont on reconnaît, une fois de plus, le coût terrifiant pour le pays sans corriger la bêtise fondamentale du suivisme qui a mené à leur donner des salaires infamants. C’est à cette jonction entre indépendance, rôle de l’Etat national, et restitution des richesses de l’Algérie à l’ensemble de son peuple que peut se fonder la pérennité d’un pays appelé Algérie.Alain Juppé vient nous le rappeler encore une fois. Il a plastronné en rendant publique une conversation téléphonique avec notre ministre des A E. Il a joué le coq dominant qui s’est vanté des justifications et des démentis de notre ministre. Derrière le «nous avons une conversation cordiale», ses interlocuteurs ont parfaitement compris que notre ministre a accepté le principe d’être interpellé sur la base d’une rumeur et a accepté d’y répondre. C’est à la France de s’expliquer sa présence en Libye en dehors du mandat de l’ONU, sur la destruction de l’armée libyenne qui n’est pas prévue par la résolution et surtout de s’expliquer sur l’instabilité et les menaces qu’elle crée à nos frontières. Alain Juppé organise, avec cette histoire de mercenaires algériens, des frappes préventives contre une éventuelle protestation de l’Algérie pour les futures étapes de son aventure coloniales en Libye : sa nécessaire présence au sol avec ses conseillers militaires pour  la partition de la Libye.

Il est temps pour nous de réfléchir aux causes proches et lointaines qui permettent aujourd’hui tant d’impudence à la France néocoloniale et tant d’impudence aux Algériens qui nous menacent de son intervention. Il est temps car cette guerre de reconquête coloniale ne résoudra aucun des problèmes qui l’ont rendu nécessaire : le progrès des BRICS sur l’ensemble des marchés mondiaux, et d’abord en Afrique, avec d’autres méthodes et d’autres logiques que celles du pillage éhonté.

Les BRICS nous montrent d’ores et déjà que, sur le plan mondial, existe une force alternative à celle du vieil impérialisme en déclin.

© latribune-online.com/ : Par Mohamed Bouhamidi