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Le nouvel accaparement des terres africaines

Le phénomène récent d’accaparement des terres, comme l’a montré une recherche extensive de l’Oakland Institute, a conduit à la vente d’immenses étendues de terre dans toute l’Afrique. Pour la seule année 2009, près de 60 millions d’hectares ont été cédées ou louées à travers le continent en vue d’une production de denrées alimentaires, de fleurs coupées et de cultures destinées à faire du biocarburant.

L’accaparement des terres a été partiellement généré par la crise financière et alimentaire de 2008, lorsque des organismes internationaux, des multinationales, des fonds d’investissement, de riches individus et des gouvernements ont commencé de nouveau à s’intéresser à l’agriculture et aux denrées alimentaires comme matières premières rentables. Comme le souligne le rapport cité plus haut, cet accaparement des terres conduit à une aggravation de l’insécurité alimentaire, à la dégradation de l’environnement, à l’oppression et aux déplacements des communautés, sans compter une plus grande dépendance à l’aide.

QUI SONT LES INVESTISSEURS ?

Les médias sont focalisés sur des pays comme l’Inde et la Chine dans cette course à l’acquisition de terres, mais l’enquête de l’Oakland Institute révèle une implication des firmes occidentales, de riches Européens et Américains et de fonds d’investissement liés à de grandes banques comme Goldman Sachs et JP Morgan. On retrouve également parmi ces investisseurs des firmes d’investissement alternatives comme Emergent, basée à Londres, qui travaillent à attirer vers ce secteur les spéculateurs et de nombreuses universités comme Harvard, Spelman et Vanderbilt.

Des intérêts financiers du Texas du Sud se sont associés à un accord portant sur 600 000 hectares dans le Sud Soudan, impliquant Kinyeti Development LLC, une firme basée à Austin (Texas) et impliquée dans le business global des partenariats pour le développement et des holdings. Elle est gérée par Eugène Douglas, un ancien ambassadeur américain et coordinateur aux affaires pour les réfugiés. Un acteur essentiel dans cet accaparement des terres en Tanzanie reste l’entrepreneur en agrobusiness de l’Iowa et pilier du Parti Républicain, Bruce Rastetter.

Les compagnies américaines sont souvent invisibles. Elles utilisent des filiales enregistrées dans d’autres pays comme Petrotech-ffn Agro Mali, filiale de Petrotech-ffn USA. De nombreux pays européens sont également impliqués à travers leurs ambassades installées dans des pays africains. Des compagnies suédoises et allemandes ont ainsi des intérêts dans la production du biocarburant en Tanzanie. La compagnie suisse Addax Bioenergy ou Quifel International Holding (QIH) du Portugal sont des investisseurs de taille en Sierra Leone. Dans ce pays, la Sierra Leone Agriculture (SLA) est une filiale de Crad-1 (CAPARO, Renewable Agriculture development LTD), compagnie basée en Grande Bretagne et associée à l’African governance initiative de Toni Blair. Comme l’ont rapporté les médias, des compagnies indiennes sont aussi impliquées dans l’accaparement des terres, particulièrement en Ethiopie. Des pays sans sécurité alimentaire comme ceux de la région du Golfe s’engagent aussi dans ces accords fonciers à des fins de production de nourriture pour leur propre pays.

DEVELOPPEMENT ECONOMIQUE ?

Un des principaux arguments avancés par les gouvernements et les investisseurs consiste à dire que ces investissements génèreront développement économique dans les pays qui cèdent ainsi leur foncier. Mais selon le rapport de l’Oakland Institute, ces transactions sont gratuites (comme dans le cas du Mali) ou faites à bon marché (comme en Ethiopie ou en Sierra Leone). Elles sont pour la plupart non réglementées, sans précisions ou garanties d’une aide à apporter aux populations locales ou une obligation de créer des infrastructures. Alors que les défenseurs de l’accaparement des terres africaines basent leur rhétorique sur l’investissement étranger direct, il n’y a rien qui prouve que ces fonds vont affluer de façon substantielle.

La plupart de ces accords sont accompagnés d’énormes réductions de taxes et autres incitations à l’investissement. Cela offre un excellent marché aux investisseurs, mais un moindre afflux financier pour le pays et donc moins de moyens à disposition pour l’amélioration des infrastructures ou des services sociaux. Par exemple, la Sierra Leone permet une possession à 100% étrangère, sans restriction sur le trafic des devises, le rapatriement de l’intégralité du profit, des dividendes et des royalties et sans aucune limites sur le nombre d’expatriés employés.

Une autre justification de ces accords fonciers repose sur l’idée sont laquelle ils vont permettre la création d’emplois dans les régions concernées. Là encore, le manque de stipulation dans les accords ainsi que l’enquête sur le terrain montrent que ces promesses sont au mieux exagérées ou, au pire, complètement fausses. Le projet d’investissement de Emvest Matuba, ainsi que le personnel d’Emergent et d’Emvest ont promis des créations d’emplois privilégiant le recrutement dans la communauté locale, mais un décompte récent au niveau d’Emergent révèle qu’actuellement seuls 17 postes permanents sont assurés sur 36. Au Mali, la région visée par un gros accords foncier portant sur une terre qui pourrait facilement accueillir 112 537 familles de paysans, soit plus d’un demi million de personnes (686 478) se trouve entre les mains d’un groupe de 22 investisseurs qui, au mieux, créeront quelques milliers d’emplois.

Pire encore, ces accords fonciers génèrent des emplois saisonniers à bas salaires et permettent aux investisseurs de profiter d’une main d’œuvre bon marché pour exploiter une terre obtenue pour une bouchée de pain.

LE DEPLACEMENT DE COMMUNAUTES

Dans les stratégies d’accaparement, il est prétendu que les communautés ne font pas l’objet de déplacements forcés loin de leurs terres et que ceux à qui il est demandé de s’en aller sont compensés pour la perte de leurs biens. En vérité, c’est le contraire qui est la norme. Les fonctionnaires du gouvernement éthiopien, par exemple, ont déclaré que les terres qui avaient été louées n’étaient pas utilisées et se trouvaient à l’abandon. Dans l’intervalle, un processus de villagisation est en cours, avec le déplacement e 700 000 autochtones qui vivaient sur une terre visée par les investisseurs.

En 2010, à Samana Dugu, au Mali, des bulldozers sont venus déblayer un terrain. Lorsque les villageois ont protesté, ils ont été confrontés à la police qui les a battus et arrêtés. En Tanzanie, les investisseurs de AgriSol Energy ont jeté leur dévolu sur les camps de réfugiés de Katumba et Mishamo. L’accord entre le gouvernement local et AfriSol Energy stipule que ces camps, qui abritent 162 000 personnes qui ont fui le Burundi en 1972 et qui ont cultivé la terre pendant 40 ans, doivent être fermés. En juin 2009, Amnesty International rapportait que les réfugiés étaient mis sous pression pour qu’ils s’en aillent. Certains d’entre eux ont perdu leur maison suite à un incendie causé par des individus agissant sur instructions du gouvernement tanzanien, en vue de forcer les réfugiés à quitter le camp. Des responsables dans les camps de réfugiés, qui ont tenté d’organiser les personnes affectées, ont été arrêtés et détenus.

Les sites d’investissement visités par l’Oakland Institute attestent d’une perte de terre agricole locale là où elle servait à divers usages et avait une valeur écologique et sociale. Une partie de ces terres dites abandonnées étaient à ce moment-là en jachère (en repos) et servaient des pâturages ou encore des terres communales. Des forêts et des réserves nationales qui ont abrité des variétés d’animaux, de poissons et de plantes permettant aux communautés de trouver de la nourriture dans les périodes de pénurie, ont été brûlées et défrichées. Ces terres sont détruites sans aucune compréhension de leur importance et sans aucune évaluation qui permettrait de comprendre comment leurs destructions vont affecter les communautés locales.

Lors d’entretiens, de nombreuses communautés ont déclaré qu’elles n’ont aucunement été informées avant ces investissements fonciers. Ils n’ont compris ce qui se passait que lorsque les bulldozers sont arrivés dans leur communauté.

INSECURITE ALIMENTAIRE

Alors que la plupart des pays et des régions visés souffrent d’insécurité alimentaire, les accords fonciers se concentrent sur la production de produits exportables, y compris des denrées alimentaires, des biocarburants et des fleurs coupées destinés à la consommation étrangère. Au Mali, la moitié des investisseurs qui ont accaparé de grandes étendues dans l’Office du Niger ont l’intention de faire croître des plantes produisant des biocarburants comme la canne à sucre, le jatropha et d‘autres cultures oléagineuses. Au Mozambique, la majeure partie de l’exploitation concerne l’industrie du bois et les biocarburants plutôt que des produits comestibles. Les denrées alimentaires ne sont cultivées que sur 32 000 des 433 000 hectares approuvées pour un investissement agricole entre 2007 et 2009.

En Ethiopie, une grande partie de ces gros accords fonciers a été consacrée à des produits alimentaires destinés aux marchés étrangers. L’accaparement des terres dans ce pays a conduit au déblayage de terres communautaires et de parcelles pour la culture par rotation, ainsi que de forêts, principales sources de subsistance des communautés. De même, leurs zones tampons sont menacées, sans compter que l’agriculture commerciale sur ces terres va affecter l’habitat des poissons et d’autres spécimens de la faune sauvage qui faisaient l’objet de chasse durant les périodes de pénurie alimentaire. La perte et la dégradation des pâturages vont également aggraver l’insécurité alimentaire.

Le problème de l’eau reste lancinant en raison des effluents des fermes industrielles qui entraînent des pollutions et des pénuries d’eau. La construction de barrages dans les zones d’investissement, comme le barrage proposé sur Alwero River, génère des préoccupations additionnelles liées aux conséquences imprévisibles. Aucune clause n’a été trouvé dans les contrats de bail concernant l’utilisation de l’eau, pas plus qu’il n’y a de signes que l’usage de l’eau par les fermes commerciales sera géré, surveillé ou régulé.

En Ethiopie, non seulement il n’y a aucune clause dans les contrats qui fasse obligation aux investisseurs d’améliorer la sécurité alimentaire locale ou de rendre disponible de la nourriture pour la population, mais le gouvernement fédéral a accordé des incitations à ces investisseurs qui s‘adonnent à la culture de rente pour les marchés étrangers. Abera Deressa, le ministre fédéral de l’Agriculture a déclaré : « Si nous obtenons de l’argent, nous pouvons acheter de la nourriture n’importe où et nous pourrons résoudre la question alimentaire ». Au niveau des communautés interviewées on voit à travers leurs préoccupations qu’ils croient que le gouvernement crée cette situation de manière intentionnelle afin que les communautés deviennent dépendantes de l’autorité centrale pour leur nourriture et avoir ainsi la possibilité de les marginaliser et les destituer.

LE FACTEUR ECOLOGIQUE

La dégradation de l’environnement est un souci principal par rapport à ces accords fonciers, dépourvus de transparence et de règlementations en matière d’impact sur l’environnement. Les forêts ont de nombreux usages pour les communautés locales. Elles fournissent de la nourriture, des médicaments, du bois de feux et du matériel de construction. Les forêts sont aussi des hauts lieux culturels et historiques. Les conséquences défrichage de ces terres et forêts incluent par ailleurs la perte et la dégradation des zones humides, la diminution de la faune sauvage et de son habitat, ainsi que la prolifération d’espèces invasives et la perte de biodiversité.

Ces préoccupations environnementales sont illustrées en Ethiopie dans le parc national de Gambela où l’Ethiopian Wildlife Conservation Authority (EWCA) estime que 438 000 hectares de terre ont été loués à proximité du parc. Alors que les limites du parc ne sont pas déterminées, des terres que la population locale considère comme faisant partie intégrante du parc ont été défichées sur une large échelle par des investisseurs, y compris la Karuturi et Saudi Star. Des zones humides ont été altérées et des forêts ont été abattues. Selon une évaluation récente, le parc national de Gambela abrite 69 espèces de mammifères, une zone humide de grande valeur, des centaines d’espèces d’oiseaux et 92 espèces de poissons.

Autre facteur aggravant, la pratique de l’agriculture industrielle va augmenter la toxicité, la perturbation des systèmes naturels de contrôle des parasites et va créer de nouvelles mauvaises herbes ainsi que des souches de virus, sans compter une perte de la biodiversité en plus de contaminer les plantes autochtones par des gènes manipulés. De plus, ces pays vont se retrouver dans une situation de faiblesse face à la question de l’atténuation et l’adaptation aux changements climatiques. Pour beaucoup de ces accords fonciers, une évaluation de l’impact sur l’environnement n’a que rarement lieu ou n’est pas pris en compte, rendant la situation encore plus alarmante.

LE VERDICT ET COMMENT AVANCER

L’investissement dans l’agriculture est crucial dans le combat contre la faim et le changement climatique, et pour garantir des moyens de subsistance aux paysans. Toutefois, comme l’a souligné Olivier de Schutter, le rapporteur des Nations Unies pour le droit à l’alimentation, le problème n’est pas seulement d’augmenter les allocations budgétaires à l’agriculture, mais plutôt  » de choisir entre différents modèles de développement agricole qui peuvent avoir des impacts différents et bénéficier à divers groupes différemment ».

En novembre 2010, les Nations Unies ont publié un rapport qui déclare que les bénéfices de l’agro-industrie sont largement supérieurs aux techniques d’agriculture industrielle. Il a ajouté que nous pouvons doubler la production des denrées alimentaires si nous soutenons les petits paysans. Les recherches de l’Oakland Institute corroborent ces conclusions. Par exemple, au Mali, avec l’intensification de la culture du riz le long du Niger, près de Tombouctou, les paysans ont réussi à produire des récoltes entre 5 et 15 tonnes par hectares, pour une moyenne de 9 tonnes par hectares. Ceci représente plus de deux fois la récolte du riz irrigué conventionnel de la région et plus que les prévisions de Moulin Moderne du Mali, l’un des principaux investisseurs. Le système d’irrigation comprend des parcelles de 35 hectares, partagées par des populations allant jusqu’à cent familles. Ce qui signifie que chaque famille a accès à seulement un tiers d’hectare. Mais même avec cette parcelle de terre, ils ont réussi à gagner 1879 dollars, soit plus du double de la moyenne nationale de revenu qui est de 676 dollars.

Aujourd’hui, les gouvernements et les investisseurs font l’exact contraire de ce que la recherche montre. Au lieu de soutenir les petits paysans, ces accords fonciers favorisent l’agriculture industrielle tout en déplaçant des populations, destituant les gens qui, précisément, ont la capacité de faire évoluer leur communauté de l’insécurité vers un environnement viable pour tous. L’accaparement des terres met ces pays en danger d’aggravation de l’insécurité alimentaire, la dégradation de l’environnement, l’augmentation de la dépendance à l’assistance alimentaire et la marginalisation des communautés de paysans et de bergers. En ce qui concerne l’alimentation, l’enjeu ne consiste pas uniquement en une augmentation de l’insécurité alimentaire, mais c’est aussi une attaque contre la souveraineté alimentaire et le droit des populations à produire leur propre nourriture.

L’accaparement des terres est au mieux irrationnel, au pire violent. C’est un acte de violence que de retirer aux gens leur droit à la nourriture et à l’accès aux terres ancestrales, de casser leurs liens historiques et sociaux et de les priver de leur droit inaliénable à la dignité. C’est un acte de violence que de les dépouiller de leur futur et dépouiller la terre de sa fertilité.

Alors que des accords fonciers se concluent derrière des portes closes, les communautés résistent. Les rébellions « alimentaires » de 2008, la révolte à Madagascar contre l’accaparement de terre et les récentes protestations en Guinée montrent que partout des communautés se lèvent pour défendre leurs droits à la souveraineté alimentaire. En fait, dans tous les pays visités, les accords fonciers ont été contrés par des organisations communautaires. Au vu de ce que nous en savons, résister sur tous les fronts à ces accords d’accaparement de terre et travailler pour des investissements dans une agriculture viable, rendre aux populations locales leur pouvoir, reste la seule façon rationnelle et humaine d’avancer .

Agazit Abate

* Cet article de Agazit Abate, stagiaire entre 2010 et 2011 à l’Oakland Institute, est basé sur la recherche et la publication faites par cette institution. Pour en savoir plus sur les investissements financiers en Afrique, visitez le site web de l’Oakland Institute

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Côte d’Ivoire : Révoltant, Ces ONG et medias qui se réveillent brusquement

On le savait plus ou moins. Et on l’a dit et écrit pour le dénoncer. Parce que c’était inélégant et malpropre. Que juste après que  la communauté internationale l’aura installé de force à la tête de l’Etat de Côte d’Ivoire, elle mettra en place un plan de lâchage du nouvel homme fort qui va commencer tout doucement pour atteindre sa vitesse de croisière au bout de deux mois. Ça n’a pas manqué ! Parce que le regard qu’il pose sur l’Afrique n’a pas varié, les méthodes de travail de l’Occident pour continuer de l’assujettir n’ont pas non plus changé. On «deal» avec le chef du moment, on le presse jusqu’à ce qu’on constate qu’il n’ait plus de jus et on le jette comme on le ferait d’un citron. Ceux qui refusent de dealer subissent un coup d’Etat ou une rébellion pour qu’ils comprennent une fois pour toutes que les pays qu’ils gèrent appartiennent aux plus puissants du monde.

        Pour mieux comprendre cette idée, je vous invite à lire les rapports d’enquête publiés ces derniers temps par les ONG de défense des droits humains et repris et commentés systématiquement à souhait par la presse occidentale. La première remarque à faire est qu’ils n’ont plus les mains liées. Laurent Gbagbo l’homme à abattre par tous moyens étant tombé, ces ONG et medias ont retrouvé brusquement leur vivacité d’avant. Ils critiquent et accusent tout le monde. Même les Nations Unies n’y échappent pas. Mais qu’on ne s’y trompe pas ! Ils ne font pas ça pour nos beaux yeux mais bien, et comme toujours, pour leurs propres intérêts. C’est une façon bien calculée de tenir fermement les nouveaux hommes forts du pays afin qu’ils n’oublient pas le deal et qu’ils ne dévient pas. S’ils voulaient le faire pour le pays, sa stabilité et son développement, ils n’auraient pas, comme l’ONUCI, fermé les yeux sur bien des choses sur lesquelles nous n’avions eu de cesse d’attirer leur attention.

      Quand nous interpellions l’ONUCI sur les exactions commises par des tueurs venus en grand nombre du Burkina Faso pour exterminer les populations de l’ouest du pays, elle disait autre chose et les ONG et les medias qui avaient les mêmes informations que nous parlaient d’autres choses. On est très surpris de voir aujourd’hui que ces informations figurent dans tous les rapports publiés par les différentes ONG qui comptent dans le monde. Même les experts-enquêteurs que l’ONU a envoyés sur le terrain font les mêmes constats. Que l’argent du café, du cacao, du bois, du diamant et de l’or braqués des paysans de l’ouest (des milliers de milliards de FCFA ; cf. extrait du rapport caché de l’ONU publié hier dans nos colonnes) sert à acheter des armes lourdes qui arrivent du Burkina voisin. L’ONU a gardé volontairement ce rapport dans ses tiroirs alors que sa publication aurait simplifié les choses et la Côte d’Ivoire ne serait pas là où elle est aujourd’hui.

       Cette méchanceté affichée par l’organisation mondiale doit être dénoncée et condamnée comme a commencé de faire Amnesty international qui accuse l’ONUCI de passivité dans les exactions commises à l’Ouest. De la même façon, toutes les ONG qui publient aujourd’hui des rapports sur la Côte d’Ivoire qui sont pleins d’informations qu’elles auraient dû publier depuis fort longtemps doivent être sanctionnées aussi. Quand nous dénoncions les soutiens fermes et massifs que l’ONUCI apportait aux rebelles dans les villes et villages du pays, quelle ONG et quelle presse ont relayé l’information ? Nous les soupçonnons fortement, à travers ce brusque réveil dans la dénonciation a posteriori des complots ourdis contre la Côte d’Ivoire, de vouloir maintenir les Ivoiriens dans l’adversité stérile pour que le pays continue d’être exploité. Leur méchanceté est si grande et si pernicieuse que France 24, chaîne publique française, dit que «le nouvel homme fort d’Abidjan est d’origine burkinabèse (sic !)». Nous n’avons plus besoin de ça ! Car de là à dire demain que le taux de participation au second tour de la présidentielle est de 70% et que le vrai vainqueur c’est Laurent Gbagbo, il n’y a plus qu’un pas qu’ils sont capables de franchir allègrement. Tout est question de temps.

Par Abdoulaye Villard Sanogo, Notre voie

Côte d’Ivoire : « Ils ont regardé sa carte d’Identité et l’ont abattu »

Les victimes ont souvent été tuées en raison de leur appartenance ethnique ou politique

Deux missions d’enquêtes ont été menées par Amnesty International entre janvier et avril 2011.

Le rapport publié le 25 mai 2011 montre clairement que toutes les parties au conflit ont commis des crimes au regard du droit international, y compris des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.

Des centaines de personnes ont été tuées, souvent sur la base de critères ethniques ou d’affiliations politiques supposés. Des femmes et des fillettes ont été victimes de violences sexuelles. Des centaines de milliers de personnes ont dû fuir leur domicile.

Aujourd’hui encore, dans l’ouest du pays, des milliers de personnes continuent à vivre dans la brousse par crainte de rentrer chez elles. Elles appartiennent à des groupes ethniques considérés comme favorables à l’ancien président Laurent Gbagbo et ne sont que peu ou pas protégées, que ce soit par les Forces républicaines de Côte d’Ivoire créées par le président Ouattara ou par les forces de maintien de la paix de l’ONU (ONUCI).

Amnesty International a recueilli à Duékoué (situé à près de 500 km à l’ouest d’Abidjan) plus d’une centaine de témoignages de personnes qui ont survécu au massacre commis le 29 mars par les membres des Forces républicaines de Côte d’Ivoire et leurs alliés.

 « Ils ont demandé aux hommes et aux jeunes de s’aligner et leur ont demandé de décliner leurs prénoms et noms et de présenter leurs cartes d’identité. Puis ils les ont exécutés.  » Il y a eu plusieurs centaines de morts.

Une base de l’ONUCI se trouvait à 1 km du lieu principal de ces tueries. Une femme a déclaré à Amnesty International : « Je suis allée voir les gens de l’ONUCI pour leur dire que nos hommes et nos garçons étaient en train de se faire massacrer et qu’il fallait intervenir et ils n’ont rien fait « .

De nombreux autres témoignages ont fait état des violences commises par les forces soutenant Laurent Gbagbo.

Une habitante de la commune d’Abobo à Abidjan a raconté que le 19 décembre 2010, des hommes étaient entrés chez elle en pleine nuit : « Deux ont emmené mon mari dehors et six sont venus vers moi. Ils m’ont tous violés à tour de rôle. Ils ont jeté les enfants par terre. Les enfants pleuraient. Moi je criais. […] Puis ils sont partis et j’ai trouvé mon mari couché dehors sur le ventre. Il était mort. »

En février et mars, ces forces ont aussi bombardé des zones très peuplées d’Abobo. Un témoin a déclaré : « J’ai encore l’image de ces deux femmes dont les jambes ont été coupées quand l’obus est tombé. Elles ont été conduites à l’hôpital mais n’ont pas survécu à leurs blessures« .

Les nouveaux dirigeants du pays, notamment le président Alassane Ouattara et son Premier ministre Guillaume Soro font face à trois impératifs :

mettre immédiatement fin aux violations des droits humains commises actuellement à l’encontre des partisans supposés ou avérés de Laurent Gbagbo ;

rétablir l’état de droit et ordonner aux forces de sécurité de protéger toutes les populations ;

enquêter de façon impartiale sur les violences commises par toutes les parties au conflit depuis décembre 2010.

La crise qui vient de se dérouler trouve son ancrage dans l’impunité totale qui règne depuis une dizaine d’années dans le pays. Pour mettre fin au cycle de violences et de représailles, il est essentiel que justice soit rendue à toutes les victimes.

Lire l’article sur le site d’Amnesty International  Côte d’Ivoire : « Ils ont regardé sa carte d’Identité et l’ont abattu »

Téléchargez le Rapport d’Amnesty « Ils ont regardé sa carte d’Identité et l’ont abattu »

Côte d’Ivoire: Amnesty International appelle Alassane Ouattara à «mettre un terme» aux exactions

Amnesty International lance un nouveau cri d’alarme sur la situation des droits de l’homme en Côte d’Ivoire. Interrogé sur RFI, Salvatore Saguès, chercheur en charge de l’Afrique évoque une situation de terreur dans l’ouest et dénonce des pillages et descentes visant tout particulièrement des personnes perçues comme favorables au président déchu Laurent Gbagbo. Le gouvernement Ouattara dément.

RFI : Quelle est la situation dans l’ouest de la Côte d’Ivoire ?

Salvatore Saguès : Nous avons une délégation sur place qui a visité la zone de Guiglo à Blolequin, à 600 km à l’ouest d’Abidjan. Nos collègues nous ont dit qu’ils ont vu des villages fantômes avec quasiment aucun civil et seulement des hommes en armes. Les civils errent dans la brousse, pour beaucoup d’entre eux, sans nourriture, sans médicaments. C’est vraiment dramatique. Ils n’osent pas rentrer parce que l’Onuci [la force des Nations unies, Ndrl] n’est pas assez présente. Il faut que l’Onuci assure une présence beaucoup plus permanente sur ces lieux pour que les personnes puissent rentrer.

RFI : Ils ont quitté leurs villages, il y a peu très trois semaines, lors de l’offensive de FRCI (pro-Ouattara) vers les sud. C’est bien ça ?

S.S. : Oui et à la suite de massacres très importants, dont beaucoup d’entre eux ont été faits sur des bases ethniques. Ce sont surtout des membres de l’ethnie guéré qui sont considérés comme proches de Laurent Gbagbo qui ont été tués. Donc beaucoup ont fui. Beaucoup sont aussi à la mission catholique de Duékoué et notre crainte, c’est que ces personnes ne puissent pas retourner chez elles parce que les maisons, selon certaines informations, commencent à être habitées par d’autres personnes.

RFI : Est-ce que vous pouvez chiffrer les personnes qui sont dans cette situation ?
S.S. : C’est très difficile. Certainement des dizaines de milliers. Pour vous donner une idée, à Blolequin, il y avait, avant le conflit, entre 25 000 et 30 000 personnes. Or, mes collègues m’ont dit que la ville est quasiment vide. Dans la mission catholique de Duékoué, il y a actuellement 27 500 personnes et il n’y a qu’un seul puits. L’eau commence à manquer. Donc la situation est absolument dramatique. Les autorités locales disent à ces personnes de rentrer chez elles, mais elles ont trop peur pour rentrer.

RFI : Ces personnes ont peut-être peur de rentrer chez elles, car elles savent ce qui est advenu à ceux qui n’ont pas fui à temps ?

S.S. : Tout à fait, parce qu’il y a – l’ONU l’a dit, le CICR l’a dit – des centaines de personnes qui ont été tuées et si ces personnes rentrent chez elles, elles ont peur de subir le même sort.

RFI : Quelle est la situation à Abidjan ?

S.S. : Nous sommes extrêmement inquiets également de ce qui se passe à Abidjan. Nous avons des dizaines d’appels de personnes qui nous contactent parce qu’elles sont victimes de pillages, de descentes, de la part d’hommes en armes. Notamment, il y a des avocats, des journalistes, qui sont visés parce qu’ils sont considérés comme des partisans de Laurent Gbagbo. Ils sont cachés chez eux ou ils sont cachés ailleurs. Ils ont vu leur cabinet d’avocat détruit ou leurs maisons détruites, c’est absolument effrayant. Ces gens-là sont sans aucune protection et nous appelons fermement Monsieur Alassane Ouattara, qui est président de la République, à mettre un terme à ces exactions. Elles sont commises par des hommes en armes. Soit ce sont des personnes qui appartiennent aux Forces républicaines, soit les Forces républicaines ne font rien pour arrêter ces personnes. Et donc de toute façon, les autorités sont responsables de ce qui se passe là-bas. Actuellement à Abidjan, il y a des milliers de personnes qui sont terrifiées et qui sont en danger !

RFI : Vous faites la distinction avec les pillards qui profitent du vide sécuritaire ?

S.S. : Tout à fait. Il y a des attaques ciblant des personnes considérées comme des opposants [favorables à Laurent Gbagbo, Ndrl]. C’est vraiment extrêmement dramatique. Nous avons également entendu parler de cas de jeunes gens qui, parce qu’ils viennent de l’ouest, sont arrêtés. On ne sait pas ce qui leur arrive. Il y a vraiment réellement une chasse à l’homme maintenant à Abidjan et il faut y mettre un terme immédiatement. C’est gravissime.

RFI : Est-ce que des personnes ont été agressées physiquement ?

S.S. : Les personnes avec qui j’ai parlé ont pu fuir. Mais dans notre communiqué nous parlons d’un gendarme qui a été tué devant tout le monde. Malheureusement, les gens qui nous parlent ne veulent pas qu’on mentionne leur nom. C’est pour cela que j’essaye de rester plus ou moins vague. Vous savez comment Amnesty a critiqué constamment pendant dix ans ce qu’a fait Laurent Gbagbo. Mais ce qui se passe actuellement est inimaginable! Il y a des gens sans aucun contrôle qui sont en train de commettre des choses barbares et il faut absolument que cela se sache. Je suis assez étonné de la teneur de la presse en France qui dit que Alassane Ouattara se donne deux mois pour remettre de l’ordre. On a l’impression que les choses vont de mieux en mieux. Ce n’est absolument pas vrai. Nous n’avons aucune sympathie pour l’ancien régime mais ce qui est en train de se passer est inadmissible.

Par Nicolas Champeaux