Le Blog de Aymard

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Attention, l’Occident a faim ! Appel à la responsabilité de « l’homme africain »

Aux premières heures de l’opération militaire « Aube d’une Odyssée » en Libye, nous étions de ceux qui pensaient que cette « croisade » était peut-être d’un mal nécessaire. Les nouvelles générations africaines ne veulent plus entendre parler des « dictateurs » ou des « hommes forts ». Nous voulons tout simplement vivre normalement sur une terre normalisée.

Nous nous sommes donc légitimement demandés ceci : les Tunisiens et les Égyptiens ont réussi à faire partir leurs potentats début 2011, alors pourquoi pas les Libyens en attendant les autocrates d’Afrique sub-saharienne ? Mais il est vite apparu que les 6 millions de Libyens ne souhaitaient pas forcément et en la circonstance le départ du Guide de Tripoli. En tous cas, pas de cette manière là : à coup de missiles et de bombes occidentales !

AUX ARMES AFRICAINS ?

La fin d’une dictature est d’abord et avant tout une question nationale qui concerne en priorité les populations d’un pays donné. A-t-on eu besoin d’avions de guerre français ou Britanniques pour chasser Moubarak ou Ben Ali ? Bien sûr que non ! Et puis, il y a eu la Côte d’Ivoire le 11 avril 2011 (date de l’attaque de la résidence de Laurent Gbagbo le Président légal de la Côte d’ivoire jusqu’à la prestation de serment d’une autre personnalité devant le Conseil Constitutionnel de la RCI), la France a tout d’un coup cessé d’être le modèle du futur en Afrique francophone. Et pour cause ? L’ONU a été utilisée comme un « machin » pour recoloniser les Africains francophones par l’intermédiaire des Ivoiriens. Nous avions l’impression de revivre l’ère W. Bush toutes proportions gardées.

Mais comment comprendre au 21e siècle, que « l’homme africain » en zone francophone accepte encore de se laisser massacrer (comme avant les Indépendances) sans rendre coups pour coups ? Sommes nous redevenus des Indigènes comme nos parents ? Les Françafricains arrivent avec des principes universalistes, ils prennent les terres et dictent leurs conditions aux familles de Noirs dont on ne veut plus dans le football français, ceux qui ne sont pas satisfaits sont assassinés froidement, les leaders protestataires sont exilés, les femmes sont violées, les images sont manipulées et ceux qui veulent se battre sont mis hors d’état de nuire de quelque manière que ce soit. C’est pourtant inacceptable pour une intelligence quelconque!

Il faut désormais rejeter l’expédition militaire « l’aube d’une Odyssée » en Lybie et le rôle de l’Armée Françafricaine en Afrique francophone car ces entreprises ressemblent plus à un « braquage à mains armés » d’états souverains en terre africaine qu’à une promotion de la démocratie chez les Noirs ou les Arabes.

A cette allure, il vaut mieux garder nos dictateurs plutôt que de se faire dévaliser par des coalitions internationales qui ne pensent qu’à nous voler à défaut d’acheter nos richesses au juste prix et à nous tuer loin des yeux de l’Occident. Tout ce qu’il y a de plus regrettable dans cette tragédie postcoloniale est que « l’homme africain » ne se soit pas décidé à résister coûte que coûte à la Françafrique d’une part (qui n’a pas l’intention de faire le moindre cadeau aux Africains) et d’autre part que l’Afrique francophone dispose de si peu de ressources intellectuelles pour théoriser et imposer la nécessité de l’émergence d’une démocratie africaine.

LA FRANCAFRIQUE C’EST LA MORT

L’Occident françafricain préférerait voir des millions de morts en Afrique plutôt que de perdre l’accès à nos matières premières. Peut-on le lui reprocher ? Peut-être que non, il défend ses intérêts. Ce qu’il y a d’étonnant est que « l’homme africain » en Afrique francophone se défende si peu ou si mal : Le Gabon, le Togo, le Bénin, le Tchad et la Côte d’Ivoire ont reçu mille fois moins de bombes sur la tête que la Lybie ou le Viêt-Nam. Et pourtant, nous sommes souvent prêts à nous rendre sans combattre.

L’homme africain en territoire françafricain ne réalise t-il pas encore que le sombre dessein est de nous éliminer jusqu’au dernier si nous refusons de dilapider davantage ce qui nous reste comme richesses ? Certains veulent négocier, qui avec la France, qui d’autre avec l’ONU ! Pourquoi pas ? Mais comprennent-ils seulement que le Golfe de Guinée est entré en guerre, malheureusement ? On nous a déclaré une guerre totalement injuste et nous devons répondre pour une fois au lieu de nous attendre à de la compassion de la part de ceux qui ne pensent qu’à la permanence de leur civilisation !?

Quand allons – nous prendre conscience de ce qui se passe ? Il y a des Noirs et des africains qui pensent être respectables parce qu’ils sont flattés de plusieurs manières par l’Empire Françafricain avant de réaliser comme Rama Yade récemment, qu’ils ne représentent qu’un faire-valoir, dont on peut se débarrasser comme d’un mouchoir après qu’il ait servi.

A quoi sert donc tout cet argent que certains acteurs ont amassé dans nos pays africains ? Ils pensent probablement qu’en le mettant dans les mains de journalistes bien connus, de certains groupes ésotériques occidentaux ou certains réseaux, ils changeront la face de l’Afrique. Erreur ! Le Sénégalais Léopold Sédar Senghor qui avait bien servi la Françafrique est mort comme un paria alors que Césaire qui avait été toute sa vie « boudé » par les médias français est devenu une référence malgré son discours contre le colonialisme.

Mais de quoi as – tu peur, homme africain ? De la mort ? Nous devons tous mourir un jour ! Des Françafricains ? Ils ont aussi peur que toi !

Nous devons nous battre pour nos droits y compris contre l’Armée Françafricaine car il n’est pas normal que quelques milliers de soldats contrôlent 20 millions d’Ivoiriens. Dans le même temps, une coalition de plusieurs armées occidentales ne parvient pas à vaincre la Lybie avec ses petits 6 millions d’habitants. Houston (Afrique francophone), nous avons un problème ! Que sont les « fiers guerriers dans les savanes ancestrales » devenus ? N’existeraient-ils que dans les manuels de la poésie nègre ?

Arrêtons de danser le décalé ou la rumba congolaise un certain temps ! L’heure est grave ! Cessons de nous quereller pour des questions ethniques et anticipons par rapport à ce qui se passe : Nous avons cru que nos adversaires étaient les Bongo, Sassou, Déby, Eyadéma, Bozizé et autres dictateurs ! Nous découvrons que ce sont de simples pantins. Le mal de l’Afrique francophone c’est la Françafrique. On se couche ou on la combat par tous les moyens ? C’est à chacun de voir ! Mais ceux qui pensent trouver une réponse dans des « réseaux » autre que les peuples africains se trompent. Aucun de ces réseaux ne nous ferra cadeau de la liberté. Nous devrons la conquérir.

Bruno Ben MOUBAMBA

bruno@moubamba.com

Les ingérences de la France se multiplient : Le discours de Bouteflika et les impudences françaises

Le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, n’a pas su ou pas pu se retenir. Il a commenté les annonces du président Bouteflika. Elles vont «dans le bon sens». Il faut encore une fois rappeler à Alain Juppé comme aux Algériens qui ont accepté le principe de sa déclaration que, dans la droite ligne de la logique démocratique, seul le peuple algérien est en droit de décider quelle est la bonne ou mauvaise direction pour notre pays. Et que seul le peuple algérien est en droit de décider qui est ou n’est pas dans la bonne direction. Jusque dans les années 80, cette intrusion du gouvernement français dans le débat et dans les choix politiques nationaux aurait soulevé une tempête de protestations de la part de l’opinion publique nationale, pouvoir et opposition confondus. Il faut inlassablement répéter ce constat car il est lourd d’enseignements et de périls immédiats sur l’unité territoriale du pays et du peu qui reste de l’Etat national. Car il doit en rester bien peu pour que se multiplient, sans réponse significative, ces ingérences de toutes parts. Il faut ajouter à ce constat l’aisance à demander et à exiger ces ingérences de la part de cercles politiques, économiques et médiatiques indigènes. En nous laissant devant cette angoissante interrogation  de comprendre pourquoi le pouvoir donne droit de cité à ces ingérences quand elles le flattent et valident, ainsi, une sorte de constat de droit du maître, de droit du plus fort, car ces ingérences se font toujours à sens unique. Personne ne se souvient que le gouvernement algérien ou l’un de ses ministres ait porté des jugements de ce genre sur les discours ou les annonces de M. Sarkozy, pas même pour les affaires qui nous touchent directement par leur implication comme cette  stigmatisation permanente de l’islam et des musulmans orchestrée par des hauts responsables fortement marqués par leur appartenance au courant revanchard «Algérie française» et «Occident».

Quand l’ingérence est normalisée

Le drame est que même des gens très intelligents ont repris ces propos comme s’il s’agissait d’une plus-value pour le discours de notre Président sans mesurer l’ingérence. Est-ce si difficile de comprendre ce principe ? Selon toutes les apparences, oui ! Et selon toutes les apparences, les Algériens ont beaucoup changé dans leur perception du message politique et ils ont beaucoup perdu de leur sagacité et de leur subtilité. Car le commentaire d’Alain Juppé ne constitue pas seulement une ingérence flagrante dans notre vie politique interne. Dans le contexte actuel, il s’agit aussi d’une appréciation de ce que permet le rapport des forces actuel et d’un message fort aux impatiences des promoteurs du CNT algérien et de tous ces candidats Ouattara qui attendent un retour d’écoute, qui croient avoir donné la preuve, par l’échec de leurs marches du samedi, de la nature dictatorial du régime et du caractère retors du Président. Et le message est simple : il n’est pas possible de mettre un deuxième fer au feu et avec leurs prolongations libyennes pas question de commencer la première mi-temps du match avec l’Algérie. Car il existe plus que des ressemblances entre la Libye et l’Algérie. Et d’abord au niveau de la sémantique ; là où se jouent l’orientation des esprits et la gestion des foules. Reprenez leurs déclarations et lisez-les attentivement. Le fond est identique à ce qui se dit de Kadhafi. La thèse que le régime est autiste et non amendable, on ne peut rien faire avec lui, on ne peut pas le croire, il revient sur ses promesses, il est imprévisible, etc. Bien sûr, aucune preuve n’est donnée de son autisme à part les problèmes inextricables créés par le drapeau que l’opposition partage avec de larges secteurs du pouvoir : le libéralisme et ses réformes destructrices. Le seul moteur viable dans ces conditions reste la colère, le ras-le-bol qui empêche toute raison, l’exaspération qui vous fait haïr les visages plus que les idées, le sentiment de noyade qui vous rend vital le départ de ces têtes. Et donc, il faut développer ces sentiments et les transformer en poudrière dont l’étincelle serait la première grande émotion publique créée par un incident quelconque avec la police, la gendarmerie ou l’armée.Le problème est que, dans notre pays, ce moteur ne fonctionne que dans le cercle restreint qui a cru son heure arrivée avec la normalisation de l’ingérence. Le cas Libyen fournit en plus la jurisprudence pour faciliter les prochaines interventions étrangères. Il ouvre aussi d’autres perspectives politiques inespérées comme celle de créer une Union pour la Méditerranée qui n’en regrouperait que les pays démocratiques.

Le nouvel habit du néo-colonialisme

Maintenant que le CNT Libyen promet tout le pétrole à la France, à l’Italie et à la Grande-Bretagne, cette UPM-Démocratique peut compter sur l’argent libyen pour refaire une santé aux économies en crise du Nord-Méditerranée. Pour le Sud, on l’encensera avec la fumée de sa barbe. Et aux dictatures, on fera quelques guerres. Cela permettra d’ajouter l’argent algérien à celui de la Libye. Il y a comme des rêves de proxénètes qui pénètrent l’idéologie néocoloniale ; l’hyper puissance technologique «fantasmatise» la pensée politique des dominants et lève tous les obstacles du réel devant leurs fantasmes. Et devant les fantasmes de nos «demandeurs d’ingérence». La déclaration de création du CNT algérien, le moment venu, laisse profondément perplexe. Il suffirait que les membres de la CNCD cooptés par affinité politique et incapables de rassembler quelques dizaines de personnes ; il suffirait, donc, que ces membres de la CNCD se réunissent pour dissoudre les assemblées élues, le gouvernement, désignent un conseil chargé de gérer le pays et une transition et de prendre le commandement des forces armées. Comme cela ? Rien qu’en le décidant ? Mais alors qu’est-ce qui pousse à tant de confiance chez des hommes politiques dont toutes les initiatives montrent à l’envi leur absence totale d’ancrage social et leur inexistence comme courant d’opinion ? Sur quelles forces comptent-ils pour mener à bien une action qui frappe tout à la fois les foules du RND/FLN et des islamistes. Ça demande des forces sérieuses un tel projet ! Relisez l’essentiel de la plate-forme de cette CNCD et demandez-vous par quels moyens et au moyen de quelles forces la CNCD peut mener cette tâche herculéenne :

1) Une conférence nationale… aura pour mission de désigner un conseil national de transition démocratique (CNTD)2) Le CNTD sera composé de personnalités résolument engagées pour le changement démocratique. La durée de son mandat ne saurait excéder douze mois. Ses membres ne pourront postuler à aucune candidature ou responsabilité après la phase de transition.

3) Le CNTD aura à :

– Dissoudre toutes les institutions élues.

– Nommer un gouvernement de transition pour gérer les affaires courantes.

– Engager le pays dans une refondation nationale dont la clé de voûte sera la rédaction d’une Constitution qui sera proposée au peuple algérien par voie référendaire.

6) Durant cette phase de transition, l’armée et l’ensemble des services de sécurité seront placés sous l’autorité du CNTD. Ils auront pour mission la défense du territoire et du caractère républicain et démocratique de l’Etat.

Et si vous croyez avoir mal compris, un des dirigeants de cette CNCD enfonce le clou : «La participation à ce conseil est ouverte à tous les Algériens qui croient en le caractère républicain de l’Etat.» Les animateurs de la conférence de presse excluent, par contre, «ceux qui croient en le changement à l’intérieur du système» et «les islamistes». «Il est évident qu’on ne peut pas constituer un conseil de transition avec les dirigeants actuels», a indiqué Moulay Chentouf.

(evenement.algerieinfo.tk)

La guerre au service de l’expansion économique

La réponse se trouve en partie dans cet autre fantasme guerrier d’un projet d’union pour la Méditerranée démocratique. On ne peut le comprendre autrement que comme un fantasme guerrier car la logique d’une telle union est de combattre les dictatures et de les éliminer. Elle n’a pas de sens en dehors de cette déclaration de guerre aux dictatures et de soutien aux démocrates. Il suffit désormais que le groupe putschiste  se déclare démocrate et prêt à appliquer dans le pays les normes de gouvernance que définit l’Europe pour être en droit d’attendre une intervention étrangère. Nos candidats aux bombardements démocratiques devront attendre. L’os libyen occupe suffisamment les matamores de la démocratie aux odeurs de pétrole, surtout que les BRICS ont condamné l’agression libyenne. Et même les matamores du bombardement démocratique ne peuvent ignorer l’avertissement de la moitié de l’humanité et de l’essentiel de l’avenir économique mondial.Cet aveu des limites de l’action française aurait dû encourager notre gouvernement à plus de sérénité dans la tempête qui souffle sur nos contrées. Nous pouvions croire à cette fermeté et cette sérénité algériennes après le discours du président Bouteflika. Il a quand même réaffirmé trois principes  essentiels, malgré les énormes pressions que nous devinons. Premièrement, la relance du développement en s’appuyant sur le secteur public et sur le privé. Les richesses de l’Algérie ne profiteront pas qu’aux seuls importateurs, et avec le secteur public l’Etat se redonnera le moyen de son action économique. Deuxièmement, de nouvelles règles de la vie démocratique associeront la population à la discussion sur les cohérences des différentes politiques nationales. Ce deuxième point a généré la rage des droites. Avec des élections transparentes et sincères, les animateurs de la CNCD et les pompiers du libéralisme qui crient au danger du retour de l’Etat et du socialisme (sic) obtiendront encore moins de voix que pendant les élections législatives de 1991 où ils sont apparus à l’état de trace. L’élargissement des droits et libertés démocratiques pourra en outre profiter aux organisations populaires et de la jeunesse pour développer leurs luttes sociales et disputer encore plus l’Etat aux influences souterraines des lobbys de l’import et import et conditionneurs déguisés en producteurs. Troisièmement, le principe de la souveraineté nationale, la non-ingérence et leur corollaire la validité des Etats nationaux. Tous les Algériens qui n’ont d’autre patrie que l’Algérie et leur travail honnête ont compris que le Président a exprimé là un consensus fort : pas question, quelles que soient par ailleurs les «navigations» diplomatiques, de revenir sur le principe d’indépendance nationale. C’est la réponse à la coalition et à tous ceux qui nous ont menacés après la conférence de Londres. C’était aussi une réponse à la première campagne de pressions sur  l’Algérie montée à partir de la fabrication d’infos sur la présence de mercenaires algériens.

Une autre voie, une autre alternative

Il est remarquable, enfin, que dans le même discours le principe d’indépendance nationale soit associé au choix du développement national. C’est une percée considérable de la pensée politique du pouvoir : aucun peuple ne soutient l’indépendance pour le seul folklore et aucune indépendance ne peut être défendue si elle ne profite à tous. Aux travailleurs, aux jeunes, aux mères de famille, aux paysans de donner à cette ouverture et à cette avancée la force de leurs luttes pour plus de justice et plus de développement.

Il s’agit bien d’une avancée théorique car, enfin, on comprend concrètement que la première arme et l’arme la plus redoutable contre les menaces extérieures reste la force des liens entre le peuple et sa patrie. Bien sûr, le pouvoir devra très vite corriger ses inconséquences et offrir des perspectives, des discours et des pratiques conformes aux annonces du Président. Mais alors c’est toute la force du peuple algérien qui se lèvera pour la défense du pays  et la défense des dirigeants qui auront su lutter à ses côtés et pour les intérêts de chacune de ses parties et de l’ensemble de ses composantes. Les cheminots, les paramédicaux, les résidents, les enseignants, les communaux, les fonctionnaires,  mais, surtout, les étudiants se sont levés pour réclamer leur part du pays et leur part du pétrole. Il s’agit effectivement de luttes sociales mais elles frappent au cœur des orientations du FMI et de la Banque mondiale que le pouvoir a continué à appliquer sans nécessité aucune, créant ainsi les conditions du désespoir et celles de l’expulsion des cerveaux dont on reconnaît, une fois de plus, le coût terrifiant pour le pays sans corriger la bêtise fondamentale du suivisme qui a mené à leur donner des salaires infamants. C’est à cette jonction entre indépendance, rôle de l’Etat national, et restitution des richesses de l’Algérie à l’ensemble de son peuple que peut se fonder la pérennité d’un pays appelé Algérie.Alain Juppé vient nous le rappeler encore une fois. Il a plastronné en rendant publique une conversation téléphonique avec notre ministre des A E. Il a joué le coq dominant qui s’est vanté des justifications et des démentis de notre ministre. Derrière le «nous avons une conversation cordiale», ses interlocuteurs ont parfaitement compris que notre ministre a accepté le principe d’être interpellé sur la base d’une rumeur et a accepté d’y répondre. C’est à la France de s’expliquer sa présence en Libye en dehors du mandat de l’ONU, sur la destruction de l’armée libyenne qui n’est pas prévue par la résolution et surtout de s’expliquer sur l’instabilité et les menaces qu’elle crée à nos frontières. Alain Juppé organise, avec cette histoire de mercenaires algériens, des frappes préventives contre une éventuelle protestation de l’Algérie pour les futures étapes de son aventure coloniales en Libye : sa nécessaire présence au sol avec ses conseillers militaires pour  la partition de la Libye.

Il est temps pour nous de réfléchir aux causes proches et lointaines qui permettent aujourd’hui tant d’impudence à la France néocoloniale et tant d’impudence aux Algériens qui nous menacent de son intervention. Il est temps car cette guerre de reconquête coloniale ne résoudra aucun des problèmes qui l’ont rendu nécessaire : le progrès des BRICS sur l’ensemble des marchés mondiaux, et d’abord en Afrique, avec d’autres méthodes et d’autres logiques que celles du pillage éhonté.

Les BRICS nous montrent d’ores et déjà que, sur le plan mondial, existe une force alternative à celle du vieil impérialisme en déclin.

© latribune-online.com/ : Par Mohamed Bouhamidi

Pourquoi Obama, prix Nobel de la paix veut liquider le guide Libyen Muammar Kadhafi ?

Dr Paul Craig Roberts ancien assistant auprès du Secrétaire au Trésor répond aux questions de PressTV.

Le dirigeant libyen Muammar Kadhafi a commis deux erreurs : il a bloqué le commandement US en Afrique en refusant de s’y joindre et au lieu de cela a laissé la Chine pénétrer en Lybie via des investissements massifs. Une interview par Press TV du Samedi 16 Avril 2011 du Dr Paul Craig Roberts ancien assistant auprès du Secrétaire au Trésor, Panama City.

Press TV a interviewé de Panama City le Dr Paul Craig Roberts ancien assistant auprès du Secrétaire au Trésor. Celui-ci donne son point de vue sur la révolution en Libye et la raison pour laquelle le président Barack Obama a besoin de renverser Kadhafi alors qu’aucun autre président US ne l’avait fait.

Press TV : La Russie a critiqué l’OTAN pour aller bien au-delà de son mandat de l’ONU. D’autres informations mentionnent un article écrit par Obama Cameron et Sarkozy qui ont dit que «laisser Kadhafi au pouvoir serait une trahison inconcevable du peuple libyen»

Nous savons que le mandat n’appelle pas au changement de régime ; l’administration Obama n’a pas cessé de dire qu’ils ne sont pas impliqués pour changer le régime ; mais les choses semblent quelque peu différentes actuellement n’est ce pas ?

Roberts : Oui elles le sont. D’abord notez que les manifestations en Libye sont différentes de celles en Egypte au Yémen ou au Bahreïn ou en Tunisie et la différence c’est que c’est une rébellion armée.

Il y a d’autres différences : une autre c’est que ces manifestations ont leur origine à l’Est de la Libye là où se trouve le pétrole – et non pas dans la capitale. Et nous avons entendu dés le début, des informations crédibles comme quoi la CIA était impliquée dans les manifestations et qu’il y avait eu un grand nombre d’articles de presse mentionnant que la CIA avait renvoyé en Libye son agent libyen pour diriger la rébellion libyenne.

A mon avis tout cela vise à éliminer la Chine de la Méditerranée. La Chine a fait de gros investissements dans le domaine de l’énergie et de la construction en Libye. Ils considèrent l’Afrique comme une source future d’énergie.

Les US sont contre ceci en organisant l’USAC (United States African Command) auquel Kadhafi a refusé de se joindre. C’est donc la deuxième raison pour laquelle les US veulent chasser Kadhafi du pouvoir.

Et la troisième raison c’est que la Libye contrôle une partie de la côte Méditerranéenne et que ce n’est pas entre les mains des Américains.

Press TV : Qui sont les révolutionnaires. Les US ont dit qu’ils ne savaient pas à qui ils ont à faire mais sachant que la CIA est sur le terrain en contact avec les révolutionnaires – qui sont les gens qui dirigeront une Libye post Kadhafi ?

Roberts : Que la Libye soit ou non dirigée par les révolutionnaires dépend d’une victoire ou non de la CIA – nous n’en savons rien pour le moment. Comme vous l’avez dit la résolution de l’ONU met des limites à ce que les forces européennes et américaines peuvent ou non faire en Libye. Ils peuvent avoir une zone d’exclusion aérienne mais ils ne sont pas supposés être sur le terrain aux côtés des rebelles pour combattre.

Mais bien sûr la CIA y est. Donc nous avons ces violations de la résolution de l’ONU. Si l’OTAN qui sert actuellement de couverture à la communauté internationale réussit à renverser Kadhafi la prochaine cible sera la Syrie car la Syrie a déjà été diabolisée.

Pourquoi ciblent-ils la Syrie ? Car les Russes ont une très grande base maritime en Syrie. Et cela permet à la marine russe d’avoir une présence en Méditerranée, les US et l’OTAN ne veulent pas de cela. S’ils réussissent à renverser Kadhafi ce sera ensuite le tour de la Syrie.

Ils accusent déjà l’Iran pour ce qui se passe en Syrie et en Libye. L’Iran est une cible importante car c’est un état indépendant qui n’est pas un pantin des colonialistes occidentaux.

Press TV : en ce qui concerne l’agenda expansionniste de l’Occident quand le CSONU a discuté du mandat de l’ONU pour la Lybie la Russie n’a pas mis son veto. La Russie doit certainement voir cet expansionnisme de la politique des US de la France et de la Grande Bretagne.

Roberts : Oui ils doivent voir cela et c’est la même chose pour la Chine. C’est une bien plus grande menace pour la Chine car elle a 50 gros projets d’investissement dans l’Est de la Libye. Donc la question c’est pourquoi la Russie et la Chine se sont abstenues plutôt que de mettre leur veto et bloquer la résolution ? Nous ne connaissons pas la réponse.

C’est possible que ces pays pensent laisser les Américains encore plus s’enliser ou bien ils n’ont pas voulu se confronter à eux sur une position militaire et diplomatique et voir se déchainer la propagande occidentale contre eux. Nous ne connaissons pas les raisons mais nous savons qu’ils se sont effectivement abstenus car ils n’étaient pas d’accord avec cette politique et ils continuent de la critiquer.

Press TV : Une partie importante des biens de Kadhafi ont été gelés aux US de même que dans d’autres pays. Nous savons aussi que les révolutionnaires ont crée une banque centrale et qu’ils ont lancé une production limitée de pétrole et qu’ils sont en affaire avec les Américains et d’autres entreprises occidentales. Cela nous amène à nous questionner sur le fait que nous n’avons jamais vu une telle chose se passer au beau milieu d’une révolution. Ne trouvez vous pas cela bizarre ?

Roberts : Oui c’est très bizarre et très évocateur. Cela renvoie à toutes les informations comme quoi la CIA est à l’origine de cette soit disant révolte et manifestation et qu’elle l’a fomentée et la contrôle de façon à exclure la Chine de ses propres investissement pétroliers en Libye.

A mon avis, ce qui se passe est comparable à ce que les US et la Grande Bretagne avaient fait au Japon dans les années 30 quand ils lui ont coupé la fourniture en pétrole caoutchouc minerais comme le minerai de fer, à l’origine de la 2ème Guerre Mondiale dans le Pacifique. Et maintenant les Américains et les Britanniques font la même chose avec la Chine.

La différence c’est que la Chine a des armes nucléaires et qu’elle a aussi une puissance économique plus forte que n’ont les Américains. Et donc les Américains prennent un risque très élevé non seulement pour eux-mêmes mais aussi pour le reste du monde. Le monde entier est actuellement en danger d’une Amérique qui entreprend trop d’une Amérique arrogante – la poussée hégémonique américaine dans le monde est entrain de mener le reste du monde vers une guerre mondiale.

Press TV : dans le contexte des visées expansionnistes de l’Amérique jusqu’où pensez vous que les US dépasseront le mandat de l’ONU ? Allons- nous voir des bottes au sol ?

Roberts : Il y a de fortes chances pour que cela soit ainsi – sauf s’ils peuvent trouver un moyen de vaincre Kadhafi sans y avoir recours. Depuis que nous avons eu Bill Clinton, G.W Bush et maintenant Obama nous avons appris que la Loi ne veut rien dire pour la branche exécutive des US. Ils n’obéissent pas à nos propres lois ; ils n’obéissent pas au Droit International ils violent toutes les libertés civiles et ont enterré le principe d’habeas corpus – pas de crime sans intention, la capacité pour tout accusé d’être légalement représenté.

Ils n’en ont rien à faire de la loi donc ils ne vont pas faire attention à l’ONU. L’ONU est une organisation fantoche des US et ils vont l’utiliser pour se couvrir. Donc oui s’ils ne peuvent pas chasser Kadhafi il y aura des bottes en territoire libyen – c’est pour cela que les Français et les Britanniques sont impliqués. On utilise les Français aussi ailleurs en Afrique, on utilise les Britanniques en Afghanistan ce sont des pantins.

Ces pays ne sont pas indépendants. Sarkozy ne rend pas de compte au peuple français – il rend des comptes à Washington. Le premier ministre britannique ne rend pas de compte au peuple anglais il rend des comptes à Washington. Ce sont des dirigeants fantoches d’un empire ils n’ont rien à voir avec leur peuple nous les plaçons au pouvoir.

Press TV : Donc ces autres pays aimeraient avoir des troupes de l’OTAN au sol ?

Roberts : Bien sûr. Ils sont dans la poche de la CIA. C’est une opération de la CIA ce n’est pas une protestation légitime du peuple libyen. C’est une rébellion armée qui n’a aucun soutien dans la capitale. Cela se passe à l’Est où se trouve le pétrole et cela vise la Chine.

Press TV : où pensez – vous que la situation va nous mener ? Il semble qu’il y a un désaccord entre les pays de l’OTAN avec la Grande Bretagne et la France qui veulent accroitre les frappes aériennes et les US qui disent non il n’y en a pas besoin.

Roberts : Le désaccord n’est pas réel. Le désaccord fait partie de la couverture de la propagande. Kadhafi a dirigé pendant 40 ans – cela remonte à Gamal Abdel Nasser (avant Anwar Sadat) qui voulait l’indépendance pour l’Egypte.

Il (Kadhafi) n’a jamais auparavant été appelé un dictateur brutal qui doit être chassé. Aucun autre président n’a dit que Kadhafi doit partir. Pa même Ronald Reagan qui en fait a bombardé le bunker de Kadhafi et essayé de le tuer. Mais brusquement il doit partir. Pourquoi ?

Parce qu’il bloque le Commandement US Africain il contrôle une partie de la Méditerranée et il a laissé la Chine pénétrer en Libye pour satisfaire ses besoins énergétiques pour le futur. Nous(les US) essayons d’entraver notre principal rival la Chine en lui refusant l’énergie. C’est ce dont il s’agit, une réaction des US.

Si les US se souciaient de l’humanitaire ils ne tueraient pas toutes ses personnes en Afghanistan et au Pakistan avec leurs drones et leurs frappes militaires. Presque toujours ce sont des civils qui sont tués. Et les US ne tiennent pas à s’excuser pour tout cela. Ils disent nous pensions tuer des Talibans ou quelque autre ennemi fabriqué.

Press TV : qui bénéficiera de tout cela en dehors des US ? Les autres pays qui obéissent aux désidératas des US. Qu’est ce que cela va leur apporter ?

Roberts : On parle seulement des pays de l’OTAN les états pantins des Américains : la Grande Bretagne, La France, l’Italie, l’Allemagne, tous appartiennent à l’empire américain. On a des troupes stationnées en Allemagne depuis 1945. On parle de 66 ans d’occupation américaine de l’Allemagne. Les Américains ont des bases militaires en Italie – est – ce un pays indépendant ? La France était d’une certaine façon indépendante jusqu’à ce que Sarkozy ait été placé au pouvoir. Donc ils font tous ce qu’on leur dit de faire.

L’Amérique veut diriger la Russie, la Chine l’Iran, l’Afrique et toute l’Amérique du Sud. Ils veulent dominer le monde entier. C’est ce que le mot hégémonie veut dire. Et ils chercheront à le faire à n’importe quel prix.

SC/GHN

Article en anglais

Comprendre la guerre en Lybie (3/3)

A chaque guerre, c’est ainsi. Au début, il est presqu’impossible de s’y opposer. Le matraquage médiatique est tel qu’on est immédiatement catalogué comme complice d’un monstre. Après un certain temps, quand viendront les « bavures », les morts civils, les échecs militaires et les révélations sur « nos amis », le débat finira bien par s’ouvrir. Mais au début, c’est très dur.

3ème partie : Pistes pour agir

Pour débloquer ce débat, la bataille de l’info est la clé, comme nous le disions encore il y a une semaine. [1] Et cette bataille ne peut être menée que par chacun de nous, là où il est, en fonction des personnes rencontrées, en écoutant bien ce qui les influence, en vérifiant les infos avec eux, patiemment… Pour mener efficacement ce débat, il est très important d’étudier l’expérience de la désinformation dans les guerres précédentes.

Les 5 principes de la propagande de guerre appliqués à la Libye

Cette expérience, nous l’avons résumée dans les « cinq principes de la propagande de guerre », exposés dans notre livre Israël, parlons-en ! A chaque guerre, les médias veulent nous persuader que nos gouvernements font bien et pour ça, ils appliquent ces cinq principes : 1. Occulter les intérêts économiques. 2. Inverser la victime et l’agresseur. 3. Cacher l’Histoire. 4. Diaboliser. 5. Monopoliser l’info.

Ces cinq principes ont été appliqués à nouveau contre la Libye, on s’en est rendu compte dans les pages précédentes. Pour finir, attirons l’attention sur le quatrième : la diabolisation de l’adversaire. Les va-t-en-guerre doivent toujours persuader l’opinion qu’ils n’agissent pas pour obtenir des avantages économiques ou stratégiques, mais bien pour éliminer une grave menace. Dans chaque guerre, depuis des décennies, le dirigeant adverse a toujours été présenté comme cruel, immoral et dangereux, avec les pires récits d’atrocités. Par après, beaucoup de ces récits – et parfois tous – se sont dégonflés, mais peu importe, ils avaient rempli leur rôle : manipuler l’émotion du public pour l’empêcher d’analyser les intérêts réellement en jeu. Impossible de revenir en arrière.

Nous n’avons pas eu les moyens d’aller en Libye. Par contre, nous avons été en Yougoslavie, sous les bombes de l’Otan et nous avons constaté, et prouvé, que l’Otan avait menti systématiquement. [2] Nous l’avons constaté aussi en Irak. Quant à la Libye, cela y ressemble beaucoup, mais nous n’avons pas eu jusqu’ici les moyens de procéder à des test-médias sur les infos présentées. Notre équipe Investig’Action manque encore des moyens nécessaires. Mais plusieurs observateurs ont déjà repéré de forts indices de désinformation. Par exemple, les « six mille morts qui auraient été victimes des bombardements de Kadhafi sur des civils ». Où sont les images ? Il n’y avait aucune caméra, aucun téléphone portable là-bas comme il y en avait à Gaza, à la place Tahrir, à Tunis ou au Bahrein ? Aucune preuve, aucun témoignage fiable, des démentis par les satellites russes ou des observateurs de l’UE, et pourtant l’info a tourné en boucle inlassablement et plus personne n’ose la contredire sous peine d’être taxé de « complicité ».

Une guerre civile, ce n’est jamais de la dentelle, mais ceci est vrai des deux côtés. Une info partiale essaiera toujours de nous faire croire que les atrocités sont commises d’un seul côté et donc qu’il faut soutenir l’autre. Mais il convient d’être très prudent sur de tels récits.

Qui nous informe ?

Ce qu’il faut pouvoir montrer autour de nous, c’est que la diabolisation ne tombe pas du ciel. Elle est diffusée par des médias qui prennent parti, souvent sans le dire. Et c’est quand même toujours la première question à se poser dans une guerre : m’a-t-on fait entendre l’autre partie ?

Pourquoi en Europe et aux Etats-Unis, les médias sont-ils à fond contre Kadhafi ? Et pourquoi, en Amérique latine, en Afrique, en Asie, en Russie, dénonce-t-on au contraire une nouvelle croisade impérialiste ? Ils se trompent tous ? Les Occidentaux savent toujours tout mieux ? Ou bien chacun est-il influencé par ses médias ? Alors, devons-nous suivre aveuglément nos médias ou les tester ?

Nous avons été abondamment abreuvés sur les côtés négatifs de Kadhafi. Mais qui nous a signalé ses aspects positifs ? Qui nous a parlé de son aide aux projets de développement africain ? Qui nous a dit que la Libye connaissait, selon les institutions internationales , le plus haut « indice de développement humain » de toute l’Afrique, loin devant les chouchous de l’Ouest comme l’Egypte ou la Tunisie ? Espérance de vie : 74 ans, analphabétisme réduit à 5%, budget de l’éducation à 2,7% du PIB et celui de la Défense à 1,1%.

Distinguer deux questions différentes

Il y a beaucoup d’intimidation intellectuelle dans le débat sur la Libye. Si vous dénoncez la guerre contre la Libye, on vous accuse de soutenir tout ce qu’a fait Kadhafi. Pas du tout. Il faut distinguer deux problèmes bien différents.

D’une part, les Libyens ont parfaitement le droit de choisir leurs dirigeants, et d’en changer par les moyens qu’ils jugent nécessaires. Les Libyens ! Pas Obama, ni Sarkozy. Tout en faisant le tri dans les accusations contre Kadhafi, entre ce qui est vraiment établi et ce qui relève de la propagande intéressée, un progressiste peut très bien souhaiter que les Libyens aient un meilleur dirigeant.

D’autre part, quand la Libye est attaquée parce que des pirates veulent faire main basse sur son pétrole, ses réserves financières et sa position stratégique, alors il faut dire que le peuple libyen souffrira encore plus sous le pouvoir de ces pirates et de leurs marionnettes. La Libye perdra son pétrole, ses entreprises, les réserves de sa banque nationale, ses services sociaux et sa dignité. Le néolibéralisme appliquera ses sales recettes qui ont déjà plongé tant de peuples dans la misère.

Mais un bon dirigeant, ça n’arrive jamais dans les valises des envahisseurs et à coups de bombes. Ce que les Etats-Unis ont amené en Irak, c’est un Al-Maliki et un petit groupe de corrompus qui vendent leur pays aux multinationales. En Irak, on n’a toujours pas la démocratie, mais en outre, on a perdu le pétrole, l’électricité, l’eau, les écoles et tout ce qui permet une vie un peu digne. Ce que les Etats-Unis ont amené en Afghanistan, c’est un Karzaï qui ne règne sur rien sauf un quartier de Kaboul, pendant que les bombes US frappent des villageois, des fêtes de mariage, des écoles et que le commerce de la drogue ne s’est jamais aussi bien porté.

Les dirigeants qui seraient imposés à la Libye par les bombes occidentales seraient pires que Kadhafi. Donc, il faut soutenir le gouvernement légal libyen lorsqu’il résiste à ce qui est vraiment une agression néocoloniale. Parce que toutes les solutions préparées par Washington et ses alliés sont mauvaises : que ce soit le renversement ou l’assassinat de Kadhafi, que ce soit la scission du pays en deux ou que ce soit la « somalisation », c’est-à-dire une guerre civile de basse intensité et de longue durée. Toutes ces solutions apporteront des souffrances aux populations.

La seule solution dans l’intérêt des Libyens est la négociation, avec des médiateurs internationaux désintéressés qui ne soient pas partie au conflit, comme Lula. Un bon accord implique le respect de la souveraineté libyenne, le maintien de l’unité du pays, la préparation de réformes pour démocratiser et mettre fin aux discriminations régionales.

Faire respecter le droit qui est le contraire du « droit d’ingérence »

Ce débat politique délicat, il faut toujours essayer de le ramener aux principes de base de la vie internationale : souveraineté des Etats, coexistence pacifique entre systèmes différents, non-ingérence dans les affaires intérieures. Les puissances occidentales aiment se présenter comme celles qui cherchent à faire respecter le droit. Mais c’est complètement faux.

On nous dit que les Etats-Unis sont aujourd’hui beaucoup plus respectueux du droit international qu’au temps du cow-boy Bush, et qu’il y a eu cette fois une résolution de l’ONU. Ce n’est pas l’endroit pour discuter si l’ONU représente vraiment la volonté démocratique des peuples ou si les votes de nombreux Etats sont l’objet d’achats et de pressions. Mais on fera simplement remarquer que cette résolution 1973 viole le droit international et, tout d’abord, la Charte fondamentale… de l’ONU elle-même.

En effet, son article 2 § 7 stipule : « Aucune disposition de la présente Charte n’autorise les Nations Unies à intervenir dans desaffaires qui relèvent essentiellement de la compétence nationale d’un Etat. ». Réprimer une insurrection armée est de la compétence d’un Etat même si on peut en regretter les conséquences. De toute façon, si bombarder des rebelles armés est considéré comme un crime intolérable, alors il faut d’urgence juger Bush et Obama pour ce qu’ils ont fait en Irak et en Afghanistan.

De même, l’article 39 limite les cas où la contrainte militaire est autorisée : « L’existence d’une menace contre la paix, d’une rupture de la paix ou d’un acte d’agression » (contre un autre pays). La Libye ne correspond à aucun de ces trois cas, et cette guerre est donc, elle aussi, illégale. A remarquer, juste pour rire, que même le Traité de l’Otan précise dès son article 1 :« Les parties s’engagent, ainsi qu’il est stipulé dans la Charte des Nations Unies, à régler par des moyens pacifiques tous différends internationaux dans lesquels elles pourraient être impliquées.

On nous présente ce « droit d’ingérence humanitaire » comme une nouveauté et un grand progrès. En réalité, le droit d’ingérence a été pratiqué pendant des siècles par les puissances coloniales contre les pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine. Par les forts contre les faibles. Et c’est justement pour mettre fin à cette politique de la canonnière qu’ont été adoptées en 1945 de nouvelles règles du droit international. La Charte des Nations-unies a précisément interdit aux pays forts d’envahir les pays faibles et ce principe de la souveraineté des Etats constitue un progrès dans l’Histoire. Annuler cette conquête de 1945 et revenir au droit d’ingérence, c’est revenir aux temps des colonies.

Alors, pour nous faire quand même approuver une guerre très intéressée, on joue la corde sensible : le droit d’ingérence serait nécessaire pour sauver des populations en danger. De tels prétextes étaient aussi utilisés dans le temps par la France, la Grande-Bretagne ou la Belgique coloniales. Et toutes les guerres impériales des Etats-Unis se sont faites avec ce genre de justifications.

Avec les Etats-Unis et leurs alliés en gendarmes du monde, le droit d’ingérence appartiendra évidemment toujours aux forts contre les faibles, et jamais l’inverse. L’Iran a-t-il le droit d’ingérence pour sauver les Palestiniens ? Le Venezuela a-t-il le droit d’ingérence pour mettre fin au coup d’Etat sanglant du Honduras ? La Russie a-t-elle le droit d’ingérence pour protéger les Bahreinis ?

En réalité, la guerre contre la Libye est un précédent qui ouvre la voie à l’intervention armée des Etats-Unis ou de leurs alliés dans n’importe quel pays arabe, africain ou latino-américain. Aujourd’hui, on va tuer des milliers de civils libyens « pour les protéger », et demain on ira tuer des civils syriens ou iraniens ou vénézuéliens ou érythréens « pour les protéger » pendant que les Palestiniens et toutes les autres victimes des « forts » continueront à subir dictatures et massacres….

Montrer que l’intervention occidentale viole le droit et nous ramène aux temps des colonies me semble un thème à placer au centre du débat.

Que faire ?

Les Etats-Unis ont baptisé « Aube de l’Odyssée » la guerre contre la Libye. Or, leurs noms de code contiennent toujours un message adressé à notre inconscient. L’Odyssée, grand classique de la littérature grecque antique, relate le voyage de vingt ans entrepris par Ulysse à travers l’univers. A demi-mots, on nous dit ici que la Libye est le premier acte du long voyage des Etats-Unis pour (re)conquérir l’Afrique.

Ils tentent ainsi d’enrayer leur déclin. Mais, au final, ce sera en vain, les Etats-Unis perdront inévitablement leur trône. Parce que ce déclin n’est pas dû au hasard ou à des circonstances particulières, il est dû à leur mode même de fonctionnement. En 1865, le célèbre théoricien libéral du capitalisme Adam Smith soutint le président US Abraham Lincoln pour l’abolition de l’esclavage : « L’économie de tout pays qui pratique l’esclavage des Noirs est en train d’amorcer une descente vers l’enfer qui sera rude le jour où les autres Nations vont se réveiller ».

Mais en fait les Etats-Unis ont remplacé un esclavage par un autre. Au vingtième siècle, ils ont bâti leur prospérité sur la domination et le pillage de pays entiers, ils ont vécu comme des parasites et ils ont par là- même affaibli leurs capacités économiques internes. L’humanité a intérêt à ce que ce système prenne fin définitivement. Même la population des Etats-Unis y a intérêt. Pour qu’on cesse de fermer ses usines, de détruire ses emplois et de confisquer ses maisons afin de payer les bonus des banquiers et les dépenses de guerre. La population européenne aussi a intérêt à une économie non plus au service des multinationales et de leurs guerres, mais au service des gens.

Nous sommes donc à un tournant, quelle « aube » allons-nous choisir ? Celle annoncée par les Etats-Unis, et qui nous mènera vers vingt ou trente années de guerres incessantes sur tous les continents ? Ou bien une aube véritable : un autre système de relations internationales, où personne n’imposera ses intérêts par la force et où chaque peuple choisira librement sa voie ?

Comme à chaque guerre des vingt dernières années, une grande confusion règne dans la gauche européenne. Les discours pseudo-humanitaires relayés par les médias aveuglent parce qu’on oublie d’écouter l’autre version, d’étudier les guerres précédentes, de tester l’info.

Notre site Investig’Action – michelcollon.info s’efforce d’aider chacun à s’informer, à informer et à débattre. Mais nos moyens sont trop limités comparés aux grands médias. Nous lançons donc un double appel à tous ceux qui le peuvent. 1° Rejoignez notre réseau de chercheurs bénévoles pour développer l’analyse des stratégies des Etats-Unis et des autres grandes puissances, l’analyse des relations économiques et politiques ainsi que des guerres en préparation . 2° Rejoignez notre collectif d’analyse critique « Test-médias ».

Un monde sans guerre, ça dépend de chacun de nous.

Michel Collon, 8 avril 2011

www.michelcollon.info

Comprendre la guerre en Libye (2/3)

Quels sont les véritables objectifs des Etats-Unis ? A ce stade de notre réflexion, plusieurs indices permettent déjà d’écarter définitivement la thèse de la guerre humanitaire ou de la réaction impulsive face aux événements. Si Washington et Paris ont délibérément refusé toute négociation, s’ils ont « travaillé » depuis un bon moment l’opposition libyenne et préparé des scénarios détaillés d’intervention, si les porte-avions se tenaient depuis longtemps prêts à intervenir (comme l’a confirmé l’amiral Gary Roughead, chef de l’US Navy : « Nos forces étaient déjà positionnées contre la Libye », Washington, 23 mars), c’est forcément que cette guerre n’a pas été décidée au dernier moment en réaction à des événements soudains, mais qu’elle avait été planifiée. Parce qu’elle poursuit des objectifs majeurs qui dépassent largement la personne de Kadhafi. Lesquels ?

Pour lire la partie 1

Comprendre la guerre en Libye (1/3)

Les objectifs des USA vont bien au-delà du pétrole

Dans cette guerre contre la Libye, Washington poursuit plusieurs objectifs simultanément : 1. Contrôler le pétrole. 2. Sécuriser Israël. 3. Empêcher la libération du monde arabe. 4. Empêcher l’unité africaine. 5. Installer l’Otan comme gendarme de l’Afrique.

Ça fait beaucoup d’objectifs ? Oui. Tout comme lors des guerres précédentes : Irak, Yougoslavie, Afghanistan. En effet, une guerre de ce type coûte cher et comporte des risques importants pour l’image des Etats-Unis, surtout quand ils ne parviennent pas à gagner. Si Obama déclenche une telle guerre, c’est qu’il en attend des gains très importants.

Objectif n° 1 : Contrôler l’ensemble du pétrole

Certains disent que cette fois, ce n’est pas une guerre du pétrole, car les quantités libyennes seraient marginales dans la production mondiale et que, de toute façon, Kadhafi vendait déjà son pétrole aux Européens. Mais ils ne comprennent pas en quoi consiste la « guerre mondiale du pétrole »…

Avec l’aggravation de la crise générale du capitalisme, les grandes puissances économiques se livrent une compétition de plus en plus acharnée. Les places sont chères dans ce jeu de chaises musicales. Pour garantir une chaise à ses multinationales, chaque puissance doit se battre sur tous les fronts : conquérir des marchés, conquérir des zones de main d’œuvre profitable, obtenir de gros contrats publics et privés, s’assurer des monopoles commerciaux, contrôler des Etats qui lui accorderont des avantages… Et surtout, s’assurer la domination sur des matières premières convoitées. Et avant tout, le pétrole.

En 2000, analysant les guerres à venir dans notre livre Monopoly, nous écrivions : « Qui veut diriger le monde, doit contrôler le pétrole. Tout le pétrole. Où qu’il soit. ». Si vous êtes une grande puissance, il ne vous suffit pas d’assurer votre propre approvisionnement en pétrole. Vous voudrez plus, vous voudrez le maximum. Non seulement pour les énormes profits, mais surtout parce qu’en vous assurant un monopole, vous serez à même d’en priver vos rivaux trop gênants ou de les soumettre à vos conditions. Vous détiendrez l’arme absolue. Chantage ? Oui.

Depuis 1945, les Etats-Unis ont tout fait pour s’assurer ce monopole sur le pétrole. Un pays rival comme le Japon dépendait par exemple à 95% des USA pour son approvisionnement en énergie. De quoi garantir son obéissance. Mais les rapports de force changent, le monde devient multipolaire et les Etats-Unis font face à la montée de la Chine, à la remontée de la Russie, à l’émergence du Brésil et d’autres pays du Sud. Le monopole devient de plus en plus difficile à maintenir.

Le pétrole libyen, c’est seulement 1% ou 2% de la production mondiale ? D’accord, mais il est de la meilleure qualité, d’extraction facile et donc très rentable. Et surtout il est situé tout près de l’Italie, de la France et de l’Allemagne. Importer du pétrole du Moyen-Orient, d’Afrique noire ou d’Amérique latine se ferait à un coût bien supérieur. Il y a donc bel et bien bataille pour l’or noir libyen. D’autant plus pour un pays comme la France, la plus engagée dans un programme nucléaire devenu bien hasardeux.

Dans ce contexte, il faut rappeler deux faits. 1. Kadhafi désirait porter la participation de l’Etat libyen dans le pétrole de 30% à 51%. 2. Le 2 mars dernier, Kadhafi s’était plaint que la production pétrolière de son pays était au plus bas. Il avait menacé de remplacer les firmes occidentales ayant quitté la Libye par des sociétés chinoises, russes et indiennes. Est-ce une coïncidence ? Chaque fois qu’un pays africain commence à se tourner vers la Chine, il lui arrive des problèmes.

Voici un autre indice : Ali Zeidan, l’homme qui a lancé le chiffre de « six mille morts civils », qui auraient été victimes des bombardements de Kadhafi, cet homme est aussi le porte-parole du fameux CNT, le gouvernement d’opposition, reconnu par la France. Eh bien, à ce titre, Ali Zeidan a déclaré que « les contrats signés seront respectés », mais que le futur pouvoir « prendra en considération les nations qui nous ont aidés » ! C’est donc bien une nouvelle guerre du pétrole. Mais elle ne se déroule pas seulement contre la Libye…

Pourquoi ces rivalités USA – France – Allemagne ?

Si la guerre contre la Libye est juste humanitaire, on ne comprend pas pourquoi ceux qui la mènent se disputent entre eux. Pourquoi Sarkozy s’est-il précipité pour être le premier à bombarder ? Pourquoi s’est-il fâché lorsque l’Otan a voulu prendre le contrôle des opérations ? Son argument « L’Otan est impopulaire dans les pays arabes » ne tient pas debout. Comme si lui, Sarkozy, y était tellement populaire après avoir à ce point protégé Israël et Ben Ali !

Pourquoi l’Allemagne et l’Italie ont-elles été si réticentes face à cette guerre ? Pourquoi le ministre italien Frattini a-t-il d’abord déclaré qu’il fallait « défendre la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Libye » et que « l’Europe ne devrait pas exporter la démocratie en Libye »[1] ? Simples divergences sur l’efficacité humanitaire ? Non, il s’agit là aussi d’intérêts économiques. Dans une Europe confrontée à la crise, les rivalités sont de plus en plus fortes aussi. Il y a quelques mois encore, on défilait à Tripoli pour embrasser Kadhafi et empocher les gros contrats libyens. Ceux qui les avaient obtenus, n’avaient pas intérêt à le renverser. Ceux qui ne les avaient pas obtenus, y ont intérêt.

Qui était le premier client du pétrole libyen ? L’Italie. Qui était le deuxième ? L’Allemagne. Continuons avec les investissements et les exportations des puissances européennes… Qui avait obtenu le plus de contrats en Libye ? L’Italie. Numéro deux ? L’Allemagne.

C’est la firme allemande BASF qui était devenue le principal producteur de pétrole en Libye avec un investissement de deux milliards d’euros. C’est la firme allemande DEA, filiale du géant de l’eau RWE, qui a obtenu plus de quarante mille kilomètres carrés de gisements de pétrole et de gaz. C’est la firme allemande Siemens qui a joué le rôle majeur dans les énormes investissements du gigantesque projet « Great Man Made River » : le plus grand projet d’irrigation au monde, un réseau de pipelines pour amener l’eau depuis la nappe aquifère de la Nubie jusqu’au désert du Sahara. Plus de 1.300 puits, souvent à plus de cinq cents mètres de profondeur qui, une fois tous les travaux terminés, fourniront chaque jour 6,5 millions de mètres cubes d’eau à Tripoli, Benghazi, Syrte et d’autres villes. [2] 25 milliards de dollars qui ont attiré quelques convoitises ! De plus, avec ses pétrodollars, la Libye avait aussi engagé un très ambitieux programme pour renouveler ses infrastructures, construire des écoles et des hôpitaux et pour industrialiser le pays.

Profitant de sa puissance économique, l’Allemagne a noué des partenariats économiques privilégiés avec la Libye, l’Arabie saoudite et les pays du Golfe arabique. Elle n’a donc aucune envie d’abîmer son image dans le monde arabe. Quant à l’Italie, il faut rappeler qu’elle colonisa la Libye avec une brutalité inouïe en s’appuyant sur les tribus de l’ouest contre celles de l’est. Aujourd’hui, à travers Berlusconi, les sociétés italiennes ont obtenu quelques beaux contrats. Elles ont donc beaucoup à perdre. Par contre, la France et l’Angleterre qui n’ont pas obtenu les plus beaux morceaux du gâteau, sont à l’offensive pour obtenir le repartage de ce gâteau. Et la guerre en Libye est tout simplement le prolongement de la bataille économique par d’autres moyens. Le monde capitaliste n’est vraiment pas beau.

La rivalité économique se transpose sur le plan militaire. Dans une Europe en crise et dominée par une Allemagne ultraperformante (grâce notamment à sa politique de bas salaires), la France rompt ses alliances et se tourne à présent vers la Grande-Bretagne pour tenter de rééquilibrer la situation. Paris et Londres ont davantage de moyens militaires que Berlin, et tentent de jouer cette carte pour contrer leur faiblesse économique.

Objectif n° 2 : Sécuriser Israël

Au Moyen-Orient, tout est lié. Comme Noam Chomsky nous l’a expliqué dans un entretien [3] : « A partir de 1967, le gouvernement US a considéré Israël comme un investissement stratégique. C’était un des commissariats de quartier chargés de protéger les dictatures arabes productrices de pétrole. ». Israël, c’est le flic du Moyen-Orient.

Seulement, le problème nouveau pour Washington, c’est que les nombreux crimes commis par Israël (Liban, Gaza, flotille humanitaire…) l’isolent de plus en plus. Les peuples arabes réclament la fin de ce colonialisme. Du coup, c’est le « flic » qui a besoin d’être protégé. Israël ne peut survivre sans un entourage de dictatures arabes ne tenant aucun compte de la volonté de leurs peuples d’être solidaires des Palestiniens. C’est pourquoi Washington a protégé Moubarak et Ben Ali, et protégera les autres dictateurs.

Les Etats-Unis craignent de « perdre » la Tunisie et l’Egypte dans les années à venir. Ce qui changerait les rapports de force dans la région. Après la guerre contre l’Irak en 2003, qui était aussi un avertissement et une intimidation envers tous les autres dirigeants arabes, Kadhafi avait senti la menace. Il avait donc multiplié les concessions, parfois exagérées, aux puissances occidentales et à leur néolibéralisme. Ce qui l’avait affaiblie sur le plan intérieur des résistances sociales. Quand on cède au FMI, on fait du tort à sa population. Mais si demain la Tunisie et l’Egypte virent à gauche, Kadhafi pourra sans doute revenir sur ces concessions.

Un axe de résistance Le Caire – Tripoli – Tunis, tenant tête aux Etats-Unis et décidé à faire plier Israël serait un cauchemar pour Washington. Faire tomber Kadhafi, c’est donc de la prévention.

Objectif n° 3 : Empêcher la libération du monde arabe

Qui règne aujourd’hui sur l’ensemble du monde arabe, son économie, ses ressources et son pétrole ? Pas les peuples arabes, on le sait. Mais pas non plus les dictateurs en place. Certes, ils occupent le devant de la scène, mais les véritables maîtres sont dans les coulisses.

Ce sont les multinationales US et européennes qui décident ce qu’on va produire ou non dans ces pays, quels salaires on paiera, à qui profiteront les revenus du pétrole et quels dirigeants on y imposera. Ce sont les multinationales qui enrichissent leurs actionnaires sur le dos des populations arabes.

Imposer des tyrans à l’ensemble du monde arabe a des conséquences très graves : le pétrole, mais aussi les autres ressources naturelles servent seulement aux profits des multinationales, pas à diversifier l’économie locale et à créer des emplois. En outre, les multinationales imposent des bas salaires dans le tourisme, les petites industries et les services en sous-traitance.

Du coup, ces économies restent dépendantes, déséquilibrées et elles ne répondent pas aux besoins des peuples. Dans les années à venir, le chômage va encore s’aggraver. Car 35% des Arabes ont moins de quinze ans. Les dictateurs sont des employés des multinationales, chargés d’assurer leurs profits et de briser la contestation. Les dictateurs ont pour rôle d’empêcher la Justice sociale.

Trois cent millions d’Arabes répartis en vingt pays, mais se considérant à juste titre comme une seule nation, se trouvent donc placés face à un choix décisif : accepter le maintien de ce colonialisme ou devenir indépendants en empruntant une voie nouvelle ? Tout autour, le monde est en plein bouleversement : la Chine, le Brésil et d’autres pays s’émancipent politiquement, ce qui leur permet de progresser économiquement. Le monde arabe demeurera-t-il en arrière ? Restera-t-il une dépendance des Etats-Unis et de l’Europe, une arme que ceux-ci utilisent contre les autres nations dans la grande bataille économique et politique internationale ? Ou bien l’heure de la libération va-t-elle enfin sonner ?

Cette idée terrorise les stratèges de Washington. Si le monde arabe et le pétrole leur échappent, c’en est fini de leur domination sur la planète. Car les Etats-Unis, puissance en déclin économique et politique, sont de plus en plus contestés : par l’Allemagne, par la Russie, par l’Amérique latine et par la Chine. En outre, de nombreux pays du Sud aspirent à développer les relations Sud – Sud, plus avantageuses que la dépendance envers les Etats-Unis.

Ceux-ci ont de plus en plus de mal à se maintenir comme la plus grande puissance mondiale, capable de piller des nations entières et capable de porter la guerre partout où ils le décident. Répétons-le : si demain le monde arabe s’unit et se libère, si les Etats-Unis perdent l’arme du pétrole, ils ne seront plus qu’une puissance de second rang dans un monde multipolaire. Mais ce sera un grand progrès pour l’humanité : les relations internationales prendront un nouveau cours, et les peuples du Sud pourront enfin décider de leur propre sort et en finir avec la pauvreté.

Ceux pour qui la démocratie est dangereuse

Les puissances coloniales ou néocoloniales d’hier nous jurent qu’elles ont changé. Après avoir financé, armé, conseillé et protégé Ben Ali, Moubarak et compagnie, voilà que les Etats-Unis, la France et les autres nous inondent de déclarations touchantes. Comme Hillary Clinton : « Nous soutenons l’aspiration des peuples arabes à la démocratie. »

C’est un mensonge total. Les Etats-Unis et leurs alliés ne veulent absolument pas d’une démocratie arabe, ne veulent absolument pas que les Arabes puissent décider sur leur pétrole et leurs autres richesses. Ils ont donc tout fait pour freiner la démocratisation, pour maintenir au pouvoir des responsables de l’ancien régime. Et, quand cela échoue, pour imposer d’autres dirigeants à eux, chargés de démobiliser les résistances populaires. Le pouvoir égyptien vient par exemple de prendre des mesures anti-grèves très brutales.

Expliquer la guerre contre la Libye par cette idée qu’après la Tunisie et l’Egypte, Washington et Paris auraient « compris » et voudraient se donner bonne conscience ou en tout cas redorer leur blason, ce n’est donc qu’une grosse tromperie. En réalité, la politique occidentale dans le monde arabe forme un ensemble qui s’applique sous trois formes diverses : 1. Maintenir des dictatures répressives. 2. Remplacer Moubarak et Ben Ali par des pions sous contrôle. 3. Renverser les gouvernements de Tripoli, Damas et Téhéran pour recoloniser ces pays « perdus ». Trois méthodes, mais un même objectif : maintenir le monde arabe sous domination pour continuer à l’exploiter.

La démocratie est dangereuse quand on représente seulement les intérêts d’une toute petite minorité sociale. Ce qui fait très peur aux Etats-Unis, c’est que le mécontentement social a éclaté dans pratiquement toutes les dictatures arabes… En Irak (et nos médias n’en ont rien dit), de nombreuses grèves ont touché le pétrole, le textile, l’électricité et d’autres secteurs. A Kut, les troupes US ont même encerclé une usine textile en grève. On a manifesté dans seize des dix-huit provinces, toutes communautés confondues, contre ce gouvernement corrompu qui abandonne son peuple dans la misère. A Bahrein, sous la pression de la rue, le roi a fini par promettre une bourse spéciale de 2.650 $ à chaque famille. A Oman, le sultan Qaboos bin Said a remplacé la moitié de son gouvernement et augmenté le salaire minimum de 40%, ordonnant de créer cinquante mille emplois. Même le roi saoudien Fahd a débloqué 36 milliards de dollars pour aider les familles à bas et moyens revenus !

Evidemment, une question surgit de suite chez tous les gens simples : mais s’ils avaient tout cet argent, pourquoi le gardaient-ils dans leurs coffres ? La question suivante étant : combien d’autres milliards ont-ils volé à leurs peuples avec la complicité des Etats-Unis ? Et la dernière : comment mettre fin à ce vol ?

« Révolutions Facebook », grand complot US ou vraies révolutions ?

Une interprétation erronée s’est répandue sur Internet : les révolutions arabes auraient été déclenchées et manipulées par les Etats-Unis. Ils en auraient tiré les ficelles pour opérer des changements bien contrôlés et pouvoir attaquer la Libye, la Syrie, l’Iran. Tout aurait été « fabriqué ». L’argument pour cette thèse : des organismes plus ou moins officiels avaient invité aux USA et formé des « cyberactivistes » arabes qui ont joué un rôle en pointe dans la circulation des infos et qui ont symbolisé une révolution de type nouveau, la « révolution Facebook ».

L’idée de ce grand complot ne tient pas. En réalité, les Etats-Unis ont tout fait pour maintenir aussi longtemps que possible Moubarak, dictateur bien utile. Cependant, ils le savaient en mauvaise santé et « fini ». Dans ce genre de situations, ils préparent évidemment un « Plan B » et même un « Plan C ». Le Plan B consistait à remplacer Moubarak par un de ses adjoints. Mais ça avait peu de chances de marcher, vu la colère profonde du peuple égyptien.

Donc, ils avaient préparé aussi un, voire plusieurs Plan C, comme ils le font d’ailleurs dans pratiquement tous les pays qu’ils veulent contrôler. Ca consiste en quoi ? Ils achètent à l’avance quelques opposants et intellectuels – que ceux-ci s’en rendent compte ou non – et « investissent » donc dans l’avenir. Le jour venu, ils propulsent ces gens sur le devant de la scène. Combien de temps ça marchera, c’est une autre question dès lors que la population est mobilisée et qu’un régime, même relifté, ne peut résoudre les revendications populaires si son but est de maintenir l’exploitation des gens.

Parler de « révolution Facebook » est un mythe qui arrange bien les USA. Autant nous avons signalé depuis longtemps l’importance cruciale des nouvelles méthodes d’info et de mobilisation sur Internet, autant est absurde l’idée que Facebook remplacerait les luttes sociales et les révolutions. Cette idée convient bien aux grands capitalistes (dont Moubarak était le représentant), mais en réalité ce qu’ils craignent par dessus tout, c’est la contestation des travailleurs, car elle met directement en danger leur source de profits.

Le rôle des travailleurs

Facebook est une méthode de lutte, ce n’est pas l’essence de la révolution. Cette présentation veut escamoter le rôle de la classe ouvrière (au sens large), qui serait remplacée par Internet. En réalité, une révolution est une action par laquelle ceux d’en bas donnent leur congé à ceux d’en haut. Avec un changement radical non seulement du personnel politique, mais surtout dans les rapports d’exploitation sociale.

Aïe ! Selon nos grands penseurs officiels, ça fait longtemps qu’on n’aurait plus le droit d’employer le terme « lutte de classe » qui serait dépassé et même un peu obscène. Pas de chance pour vous, le deuxième homme le plus riche du monde, le grand boursier Warren Buffet, a lâché le morceau il y a quelque temps : « D’accord, il y a une lutte de classe en Amérique. Mais c’est ma classe, la classe des riches, qui fait la guerre et nous la gagnons. ». [4] Ça, Monsieur Buffett, il ne faut jamais en jurer avant la fin de la pièce ! Rira bien…

Mais les réalités tunisiennes et égyptiennes confirment la réalité de la lutte des classes, en accord avec Monsieur Buffett… Quand Ben Ali a-t-il fait sa valise ? Le 14 janvier, quand les travailleurs tunisiens étaient engagés dans une grève générale. Quand Moubarak a-t-il quitté son trône ? Lorsqu’une puissante grève des ouvriers égyptiens a paralysé les usines de textile, la poste et même les médias officiels. Explication par Joel Beinin, professeur à l’université de Stanford et ancien directeur à l’université américaine du Caire : « Ces dix dernières années, une vague énorme de protestations sociales avaient touché plus de deux millions de travailleurs dans plus de trois mille grèves, sit-ins et autres formes de protestation. Tel était l’arrière-plan de tout ce soulèvement révolutionnaire des dernières semaines… Mais dans les derniers jours, on a vu des dizaines de milliers de travailleurs lier leurs revendications économiques avec l’exigence d’abolir le régime Moubarak… ». [5]

La révolution arabe ne fait que commencer. Après les premières victoires populaires, la classe dominante, toujours au pouvoir, tente d’apaiser le peuple avec quelques petites concessions. Obama souhaitait que la rue se calme au plus vite et que tout reste comme avant. Cela peut marcher un temps, mais la révolution arabe est en route. Elle peut prendre des années mais sera difficile à arrêter.

Objectif n° 4 : Empêcher l’unité africaine

Continent le plus riche de la planète, avec une profusion de ressources naturelles, l’Afrique est aussi le plus pauvre. 57% vivent sous le seuil de pauvreté, c’est-à-dire avec moins d’1,25 $ par jour.

La clé de ce mystère ? C’est justement que les multinationales ne paient pas ces matières premières, elles les volent. En Afrique, elles pillent les ressources, imposent des bas salaires, des accords commerciaux défavorables et des privatisations nuisibles, elles exercent toutes sortes de pressions et chantages sur des Etats faibles, elles les étranglent par une Dette injuste, elles installent des dictateurs complaisants, elles provoquent des guerres civiles dans les régions convoitées.

L’Afrique est stratégique pour les multinationales, car leur prospérité est basée sur le pillage de ces ressources. Si un prix correct était payé pour l’or, le cuivre, le platine, le coltan, le phosphate, les diamants et les produits agricoles, les multinationales seraient beaucoup moins riches mais les populations locales pourraient échapper à la pauvreté.

Pour les multinationales des Etats-Unis et d’Europe, il est donc vital d’empêcher l’Afrique de s’unir et de s’émanciper. Elle doit rester dépendante. Un exemple, bien exposé par un auteur africain, Jean-Paul Pougala… « L’histoire démarre en 1992 lorsque quarante-cinq pays africains créent la société RASCOM pour disposer d’un satellite africain et faire chuter les coûts de communication sur le continent. Téléphoner de et vers l’Afrique est alors le tarif le plus cher au monde, parce qu’il y avait un impôt de 500 millions de dollars que l’Europe encaissait par an sur les conversations téléphoniques même à l’intérieur du même pays africain, pour le transit des voix sur les satellites européens comme Intelsat.

Un satellite africain coûtait juste 400 millions de dollars payable une seule fois et ne plus payer les 500 millions de location par an. Quel banquier ne financerait pas un tel projet ? Mais l’équation la plus difficile à résoudre était : comment l’esclave peut-il s’affranchir de l’exploitation servile de son maître en sollicitant l’aide de ce dernier pour y parvenir ? Ainsi, la Banque Mondiale , le FMI, les USA, l’Union Européenne ont fait miroiter inutilement ces pays pendant quatorze ans. C’est en 2006 que Kadhafi met fin au supplice de l’inutile mendicité aux prétendus bienfaiteurs occidentaux pratiquant des prêts à un taux usuraire ; le guide libyen a ainsi mis sur la table 300 millions de dollars, La Banque Africaine de Développement a mis 50 millions, la Banque Ouest Africaine de Développement, 27 millions et c’est ainsi que l’Afrique a depuis le 26 décembre 2007 le tout premier satellite de communication de son histoire. Dans la foulée, la Chine et la Russie s’y sont mises, cette fois en cédant leur technologie et ont permis le lancement de nouveaux satellites, sud-africain, nigérian, angolais, algérien et même un deuxième satellite africain est lancé en juillet 2010. Et on attend pour 2020, le tout premier satellite technologiquement 100% africain et construit sur le sol africain, notamment en Algérie. Ce satellite est prévu pour concurrencer les meilleurs du monde, mais à un coût dix fois inférieur, un vrai défi.

Voilà comment un simple geste symbolique de 300 petits millions peut changer la vie de tout un continent. La Libye de Kadhafi a fait perdre à l’Occident, pas seulement 500 millions de dollars par an mais les milliards de dollars de dettes et d’intérêts que cette même dette permettait de générer à l’infini et de façon exponentielle, contribuant ainsi à entretenir le système occulte pour dépouiller l’Afrique. (…) C’est la Libye de Kadhafi qui offre à toute l’Afrique sa première vraie révolution des temps modernes : assurer la couverture universelle du continent pour la téléphonie, la télévision, la radiodiffusion et de multiples autres applications telles que la télémédecine et l’enseignement à distance ; pour la première fois, une connexion à bas coût devient disponible sur tout le continent, jusque dans les zones rurales grâce au système par pont radio WMAX. » [6]

Tiens, voilà quelque chose qu’on ne nous avait pas raconté sur le méchant Kadhafi ! Qu’il aidait les Africains à s’émanciper de l’étouffante tutelle des Occidentaux. Y aurait-il encore d’autres non dits de ce genre ?

Kadhafi a défié le FMI et Obama joue les pick-pockets

Oui. En soutenant le développement du « Fonds monétaire africain » (FMA), Kadhafi a commis le crime de défier le Fonds Monétaire International (FMI). On sait que le FMI, contrôlé par les Etats-Unis et l’Europe, et présidé par Dominique Strauss-Kahn, exerce un véritable chantage sur les pays en développement. Il leur prête seulement à condition que ces pays acceptent de se défaire de leurs entreprises au profit des multinationales, de passer des commandes inintéressantes ou de réduire leurs budgets santé et éducation. Bref, ce banquier FMI est très nuisible.

Eh bien, de même que les Latinos ont lancé leur propre Banco Sur, pour contrer les chantages arrogants du FMI et décider eux-mêmes quels projets vraiment utiles ils veulent financer, voici que le FMA pourrait commencer à offrir une voie plus indépendante aux Africains. Et qui finance le FMA ? L’Algérie a fourni 16 milliards, et la Libye 10 milliards. Soit ensemble 62% de son capital.

Mais, dans la plus grande discrétion médiatique, Obama vient tout simplement de voler trente milliards au peuple libyen. Comment ça s’est passé ? Le 1er mars (bien avant la résolution de l’ONU), il a donné l’ordre au Trésor US de bloquer les dépôts de la Libye aux USA. Puis, le 17 mars, il s’est arrangé pour insérer dans la résolution 1973 de l’ONU une petite phrase autorisant à geler les avoirs de la banque centrale de Libye mais aussi de la compagnie nationale libyenne du pétrole. On sait que Kadhafi a amassé un trésor pétrolier qui lui a permis d’investir dans de grandes sociétés européennes, dans de grands projets de développement africain (et peut-être aussi dans certaines campagnes électorales européennes, mais ceci ne semble pas constituer une forme efficace d’assurance-vie !)…

Bref, la Libye est un pays assez riche (200 milliards de dollars de réserves) qui a attiré les convoitises d’une puissance hyper-endettée : les Etats-Unis. Alors, pour détourner les dizaines de milliards de dollars de la banque nationale libyenne, bref pour faire les poches du peuple libyen, Obama a simplement baptisé tout ça « source potentielle de financement du régime Kadhafi » et le tour était joué. Un vrai pick-pocket.

Malgré tous ses efforts pour amadouer l’Occident en multipliant les concessions au néolibéralisme, Kadhafi inquiétait toujours les dirigeants des Etats-Unis. Un câble de l’ambassade US à Tripoli, datant de novembre 2007, déplore cette résistance : « Ceux qui dominent la direction politique et économique de la Libye poursuivent des politiques de plus en plus nationalistes dans le secteur de l’énergie. » Refuser la privatisation tous azimuts, ça mérite donc des bombardements ? La guerre est bel et bien la continuation de l’économie par d’autres moyens.

Objectif n° 5 : Installer l’Otan comme gendarme de l’Afrique

Au départ, l’Otan était censée protéger l’Europe contre la « menace militaire soviétique ». Donc, une fois l’URSS disparue, l’Otan aurait dû disparaître aussi. Mais ce fut tout le contraire…

Après avoir bombardé en Bosnie en 1995, Javier Solana, secrétaire-général de l’Otan, déclarait : « L’expérience acquise en Bosnie pourra servir de modèle pour nos opérations futures de l’Otan ». A l’époque, j’avais donc écrit : « L’Otan réclame en fait une zone d’action illimitée. La Yougoslavie a été un laboratoire pour préparer de prochaines guerres. Où auront-elles lieu ? ». [7] Et je proposais cette réponse : « Axe n° 1 : Europe de l’Est. Axe n° 2 : Méditerranée et Moyen-Orient. Axe n° 3 : le tiers monde en général. » Nous y sommes, c’est ce programme qui se réalise aujourd’hui.

Dès 1999, l’Otan bombardait la Yougoslavie. Une guerre pour soumettre ce pays au néolibéralisme, ainsi que nous l’avons vu. Etudiant les analyses des stratèges US, je soulignai alors cette phrase de l’un d’eux, Stephen Blank : « Les missions de l’Otan seront de plus en plus ‘out of area’ (hors de sa zone de défense). Sa fonction principale deviendrait donc d’être le véhicule de l’intégration de régions toujours plus nombreuses dans la communauté occidentale économique, de sécurité, politique et culturelle. » [8]

Soumettre des régions toujours plus nombreuses à l’Occident ! J’écrivis alors : « L’Otan est l’armée au service de la globalisation, l’armée des multinationales. Pas à pas, l’Otan se transforme bel et bien en gendarme du monde. » [9]. Et j’indiquais les prochaines cibles probables de l’Otan : Afghanistan, Caucase, retour en Irak… Pour commencer.

Aujourd’hui que tout cela s’est effectivement réalisé, certains me demandent : « Vous aviez une boule de cristal ? ». Pas besoin de boule de cristal, il suffit d’étudier les documents du Pentagone et des grands bureaux de stratégie US, qui ne sont même pas secrets, et de saisir leur logique.

Et cette logique de l’Empire est en fait très simple : 1. Le monde est une source de profits. 2. Pour gagner la guerre économique, il faut être la superpuissance dominante. 3. Pour ça, il faut contrôler les matières premières, les régions et les routes stratégiques. 4. Toute résistance à ce contrôle doit être brisée : par la corruption, le chantage ou la guerre, peu importent les moyens. 5. Pour rester la superpuissance dominante, il faut absolument empêcher les rivaux de s’allier contre le maître.

Expansion de l’Otan : sur trois continents déjà !

Pour défendre ces intérêts économiques et devenir le gendarme du monde, les dirigeants de l’Otan sèment la panique : « Notre monde sophistiqué, industrialisé et complexe a été assailli par bon nombre de menaces mortelles : changement climatique, sécheresse, famine, cybersécurité, question énergétique » [10], Ainsi, des problèmes non militaires, mais sociaux et environnementaux sont utilisés comme prétextes pour augmenter les armements et les interventions militaires.

Le but de l’Otan est en fait de se substituer à l’ONU. Cette militarisation du monde rend notre avenir de plus en plus dangereux. Et cela a bien sûr un coût terrible : les Etats-Unis prévoient pour 2011 un budget militaire record de 708 milliards. Soit 2.320 dollars par habitant ! Deux fois plus qu’aux débuts de Bush. De plus, le ministre US de la Guerre, Robert Gates, ne cesse de pousser les Européens à dépenser plus : « La démilitarisation de l’Europe constitue un obstacle à la sécurité et à une paix durable au 21ème siècle. » [11]Les pays européens ont dû s’engager envers Washington à ne pas diminuer leurs dépenses militaires. Tout profit pour les firmes d’armement.

L’expansion mondiale de l’Otan n’a rien à voir avec Kadhafi, Saddam Hussein ou Milosevic. Il s’agit d’un plan global pour maintenir la domination sur la planète et ses richesses, pour maintenir les privilèges des multinationales, pour empêcher les peuples de choisir leur propre voie. L’Otan a protégé Ben Ali, Moubarak et les tyrans d’Arabie saoudite, l’Otan protégera ceux qui vont leur succéder, l’Otan brisera seulement ceux qui résistent à l’Empire.

Pour devenir gendarme du monde, l’Otan avance en effet pas à pas. Une guerre en Europe contre la Yougoslavie, une guerre en Asie contre l’Afghanistan et à présent, une guerre en Afrique contre la Libye. Déjà trois continents ! Elle avait bien été tentée d’intervenir aussi en Amérique latine en organisant des manœuvres contre le Venezuela il y a deux ans. Mais là, c’était trop risqué, car l’Amérique latine est de plus en plus unie et refuse les « gendarmes » des USA.

Pourquoi Washington veut-elle absolument installer l’Otan comme gendarme de l’Afrique ? A cause des nouveaux rapports de forces mondiaux, analysés plus haut : Etats-Unis en déclin, contestés : par l’Allemagne, la Russie, l’Amérique latine et la Chine, et même par des pays petits et moyens du tiers monde.

Pourquoi ne parle-t-on pas d’Africom ?

Ce qui inquiète le plus Washington, c’est la puissance croissante de la Chine. Proposant des relations plus égalitaires aux pays asiatiques, africains et latino-américains, achetant les matières premières à meilleur prix et sans chantage colonial, proposant des crédits plus intéressants, réalisant des travaux d’infrastructure utiles au développement, la Chine leur offre une alternative à la dépendance envers Washington, Londres ou Paris. Alors, que faire pour contrer la Chine ?

Le problème, c’est qu’une puissance en déclin économique a moins de moyens de pression financière même sur les pays africains, les Etats-Unis ont donc décidé d’utiliser leur meilleure carte : la carte militaire. Il faut savoir que leurs dépenses militaires dépassent celles de tous les autres pays du globe réunis. Depuis plusieurs années, ils avancent peu à peu leurs pions sur le continent africain. Le 1er octobre 2008, ils ont installé « Africom » (Africa Command). Tout le continent africain (à l’exception de l’Egypte) a été placé sous un seul commandement US unifié regroupant l’US Army, l’US Navy, l’US Air Force, les Marines et les « opérations spéciales » (débarquements, coups d’Etat, actions clandestines…). L’idée étant de répéter ensuite le mécanisme avec l’Otan pour appuyer les forces US.

Washington, voyant des terroristes partout, en a trouvé en Afrique aussi. Comme par hasard aux alentours du pétrole nigérian et d’autres ressources naturelles convoitées. Donc, si vous voulez savoir où se dérouleront les prochains épisodes de la fameuse « guerre contre le terrorisme », cherchez sur la carte le pétrole, l’uranium et le coltan, et vous aurez trouvé. Et comme l’Islam est répandu dans de nombreux pays africains, dont le Nigéria, vous avez déjà le prochain scénario…

Objectif réel d’Africom : « stabiliser » la dépendance de l’Afrique, l’empêcher de s’émanciper, l’empêcher de devenir un acteur dépendant qui pourrait s’allier à la Chine et à l’Amérique latine. Africom constitue une arme essentielle dans les plans de domination mondiale des Etats-Unis. Ceux-ci veulent pouvoir s’appuyer sur une Afrique et des matières premières sous contrôle exclusif dans la grande bataille qui s’est déclenchée pour le contrôle de l’Asie et pour le contrôle de ses routes maritimes. En effet, l’Asie est le continent où se joue d’ores et déjà la bataille économique décisive du 21ème siècle. Mais c’est un gros morceau avec une Chine très forte et un front d’économies émergentes qui ont intérêt à former un bloc. Washington veut dès lors contrôler entièrement l’Afrique et fermer la porte aux Chinois.

La guerre contre la Libye est donc une première étape pour imposer Africom à tout le continent africain. Elle ouvre une ère non de pacification du monde, mais de nouvelles guerres. En Afrique, au Moyen-Orient, mais aussi tout autour de l’Océan indien, entre l’Afrique et la Chine.

Pourquoi l’Océan indien ? Parce que si vous regardez une carte, vous voyez que c’est la porte de la Chine et de l’Asie toute entière. Donc, pour contrôler cet océan, Washington cherche à maîtriser plusieurs zones stratégiques : 1. Le Moyen-Orient et le Golfe persique, d’où sa nervosité à propos de pays comme l’Arabie saoudite, le Yemen, Bahrein et l’Iran. 2. La Corne de l’Afrique, d’où son agressivité envers la Somalie et l’Erythrée. Nous reviendrons sur ces géostratégies dans le livre Comprendre le monde musulman – Entretiens avec Mohamed Hassan que nous préparons pour bientôt.

Le grand crime de Kadhafi

Revenons à la Libye. Dans le cadre de la bataille pour contrôler le continent noir, l’Afrique du Nord est un objectif majeur. En développant une dizaine de bases militaires en Tunisie, au Maroc et en Algérie ainsi que dans d’autres nations africaines, Washington s’ouvrirait la voie pour établir un réseau complet de bases militaires couvrant l’ensemble du continent.

Mais le projet Africom a rencontré une sérieuse résistance des pays africains. De façon hautement symbolique, aucun n’a accepté d’accueillir sur son territoire le siège central d’Africom. Et Washington a dû maintenir ce siège à… Stuttgart en Allemagne, ce qui était fort humiliant. Dans cette perspective, la guerre pour renverser Kadhafi est au fond un avertissement très clair aux chefs d’Etat africains qui seraient tentés de suivre une voie trop indépendante.

Le voilà, le grand crime de Kadhafi : la Libye n’avait accepté aucun lien avec Africom ou avec l’Otan. Dans le passé, les Etats-Unis possédaient une importante base militaire en Libye. Mais Kadhafi la ferma en 1969. C’est évident, la guerre actuelle a notamment pour but de réoccuper la Libye. Ce serait un avant-poste stratégique permettant d’intervenir militairement en Egypte si celle-ci échappait au contrôle des Etats-Unis.

Quelles sont les prochaines cibles en Afrique ?

La question suivante sera donc : après la Libye, à qui le tour ? Quels autres pays africains pourraient être attaqués par les Etats-Unis ? C’est simple. Sachant que la Yougoslavie avait aussi été attaquée parce qu’elle refusait de rentrer dans l’Otan, il suffit de regarder la liste des pays n’ayant pas accepté de s’intégrer dans Africom, sous le commandement militaire des Etats-Unis. Il y en a cinq : Libye, Soudan, Côte d’Ivoire, Zimbabwe, Erythrée. Voilà les prochaines cibles.

Le Soudan a été scindé et placé sous la pression de sanctions internationales. Le Zimbabwe est sous sanctions également. La Côte d’Ivoire s’est vu imposer une guerre civile fomentée par l’Occident. L’Erythrée s’est vu imposer une guerre terrible par l’Ethiopie, agent des USA dans la région, elle est sous sanctions également.

Tous ces pays ont été ou vont être l’objet de campagnes de propagande et de désinformation. Qu’ils soient dirigés ou non par des dirigeants vertueux et démocratiques n’a rien à voir. L’Erythrée tente une expérience de développement économique et sociale autonome en refusant les « aides » que voudraient lui imposer la Banque mondiale et le FMI contrôlés par Washington. Ce petit pays remporte de premiers succès dans son développement, mais il est sous menace internationale. D’autres pays, s’ils « tournent mal », sont également dans le collimateur des Etats-Unis. L’Algérie particulièrement. En fait, il ne fait pas bon suivre sa propre voie…

Et pour ceux qui croiraient encore que tout ceci relève d’une « théorie du complot », que les USA ne programment pas tant de guerres mais improvisent en réagissant à l’actualité, rappelons ce qu’avait déclaré en 2007 l’ex-général Wesley Clark (commandant suprême des forces de l’Otan en Europe entre 1997 et 2001, qui dirigea les bombardements sur la Yougoslavie) : « En 2001, au Pentagone, un général m’ a dit : ‘Je viens de recevoir un mémo confidentiel (‘classified’) du secrétaire à la Défense : nous allons prendre sept pays en cinq ans, en commençant par l’Irak, ensuite la Syrie, le Liban, la Libye, la Somalie, le Soudan et pour finir l’Iran’. » [12] Des rêves à la réalité, il y a une marge, mais les plans sont là. Juste retardés.

Michel Collon

www.michelcollon.info

Comprendre la guerre en Libye (1/3)

Des questions qu’il faut se poser à chaque guerre

27 fois. Les Etats-Unis ont bombardé un pays à 27 reprises depuis 1945. Et chaque fois, on nous a affirmé que ces actes de guerre étaient « justes » et « humanitaires ». Aujourd’hui, on nous dit que cette guerre est différente des précédentes. Mais on l’avait dit aussi la fois passée. Et la fois d’avant. On le dit chaque fois. N’est-il pas temps de mettre sur papier les questions qu’il faut se poser à chaque guerre pour ne pas se faire manipuler ?

Pour la guerre, il y a toujours de l’argent ?

Dans le pays le plus puissant du globe, quarante-cinq millions de gens vivent sous le seuil de pauvreté. Aux Etats-Unis, écoles et services publics tombent en ruines, parce que l’Etat « n’a pas d’argent ». En Europe aussi, « pas d’argent » pour les retraites ou pour créer des emplois.

Mais lorsque la cupidité des banquiers provoque une crise financière, là, en quelques jours, on trouve des milliards pour les sauver. Ce qui a permis à ces mêmes banquiers US de distribuer l’an dernier 140 milliards $ de récompenses et bonus à leurs actionnaires et traders spéculateurs.

Pour la guerre aussi, il semble facile de trouver des milliards. Or, ce sont nos impôts qui paient ces armes et ces destructions. Est-il bien raisonnable de faire partir en fumée des centaines de milliers d’euros à chaque missile ou de gaspiller cinquante mille euros de l’heure avec un porte-avions ? A moins que la guerre soit une bonne affaire pour certains ?

Pendant ce temps, un enfant meurt de faim toutes les cinq secondes et le nombre de pauvres ne cesse d’augmenter sur notre planète en dépit des promesses.

Quelle différence entre un Libyen, un Bahreini et un Palestinien ?

Présidents, ministres et généraux jurent solennellement que leur objectif est seulement de sauver des Libyens. Mais, au même moment, le sultan du Bahrein massacre des manifestants désarmés grâce aux deux mille soldats saoudiens envoyés par les Etats-Unis ! Au même moment, au Yemen, les troupes du dictateur Saleh, allié des USA, tuent 52 manifestants à la mitrailleuse. Ces faits n’ont été contestés par personne, mais le ministre US de la Guerre, Robert Gates, a juste déclaré : « Je ne crois pas que ce soit mon rôle d’intervenir dans les affaires internes du Yemen » [1].

Pourquoi ce « deux poids, deux mesures » ? Parce que Saleh accueille docilement la Vème Flotte US et dit oui à tout ce que lui commande Washington ? Parce que le régime barbare d’Arabie saoudite est complice des multinationales pétrolières ? Il y aurait de « bons dictateurs » et de « mauvais dictateurs » ?

Comment les USA et la France peuvent-ils se prétendre humanitaires ? Lorsqu’Israël a tué deux mille civils en bombardant Gaza, ont-ils instauré une « no fly zone » ? Non. Ont-ils pris des sanctions ? Aucune. Pire : Javier Solana, alors responsable des Affaires étrangères de l’U.E. a déclaré à Jérusalem : « Israël est un membre de l’Union européenne sans être membre de ses institutions. Israël est partie prenante à tous les programmes » de recherche et de technologie de l’Europe des 27. Ajoutant même : « Aucun pays hors du continent n’a le type de relations qu’Israël entretient avec l’Union européenne. » Sur ce point, Solana dit vrai : l’Europe et ses fabricants d’armes collaborent étroitement avec Israël dans la production des drônes, missiles et autres armements qui sèment la mort à Gaza.

Rappelons qu’Israël a chassé sept cent mille Palestiniens de leurs villages en 1948, refuse toujours de leur rendre leurs droits et continue à commettre de multiples crimes de guerre. Sous cette occupation, 20% de la population palestinienne actuelle a séjourné ou séjourne dans les prisons d’Israël. Des femmes enceintes sont forcées d’accoucher attachées à leur lit et renvoyées immédiatement dans leurs cellules avec leurs bébés ! Mais ces crimes-là sont commis avec la complicité active des USA et de l’UE.

La vie d’un Palestinien ou d’un Bahreini ne vaut pas celle d’un Libyen ? Il y aurait les « bons Arabes » et les « mauvais Arabes » ?

Pour ceux qui croient encore à la guerre humanitaire…

Dans un débat télévisé que j’ai eu avec Louis Michel, ancien ministre belge des Affaires étrangères et commissaire européen à la Coopération au développement, celui-ci m’a juré – la main sur le cœur – que cette guerre visait à « mettre en accord les consciences de l’Europe ». Il a été appuyé par Isabelle Durant, dirigeante des Verts belges et européens. Ainsi, les écologistes « peace and love » ont muté va-t-en-guerre !

Le problème, c’est qu’on nous parle de guerre humanitaire à chaque fois, et que ces gens « de gauche » comme Durant s’y sont à chaque fois laissé prendre. Ne feraient-ils pas mieux de lire ce que pensent vraiment les dirigeants US au lieu de juste les écouter à la télévision ?

Ecoutez par exemple, à propos des bombardements contre l’Irak, le célèbre Alan Greenspan, qui fut longtemps directeur de la réserve fédérale des USA. Il écrit dans ses mémoires : « Je suis attristé qu’il soit politiquement incorrect de reconnaître ce que chacun sait : la guerre en Irak était essentiellement pour le pétrole » [2]. Ajoutant : « Les officiels de la Maison-Blanche m’ont répondu : ‘Eh bien, malheureusement, nous ne pouvons parler du pétrole’. » [3]

Ecoutez, à propos des bombardements contre la Yougoslavie, John Norris, directeur de com de Strobe Talbott qui était alors vice-ministre US des Affaires étrangères, chargé des Balkans. Norris écrit dans ses mémoires : « Ce qui explique le mieux la guerre de l’Otan, c’est que la Yougoslavie résistait aux grandes tendances des réformes politiques et économiques (il veut dire : refusait d’abandonner le socialisme), et ce n’est pas notre devoir envers les Albanais du Kosovo. » [4]

Ecoutez, à propos des bombardements contre l’Afghanistan, ce que disait alors l’ancien ministre US des Affaires étrangères Henry Kissinger : « Il existe des tendances, soutenues par la Chine et le Japon, à créer une zone de libre échange en Asie. Un bloc asiatique hostile combinant les nations les plus peuplées du monde avec de grandes ressources et certains des pays industriels les plus importants serait incompatible avec l’intérêt national américain. Pour ces raisons, l’Amérique doit maintenir une présence en Asie… » [5]

Ceci confirmait la stratégie avancée par Zbigniew Brzezinski, qui fut responsable de la politique étrangère sous Carter et est l’inspirateur d’Obama : « L’Eurasie (Europe + Asie) demeure l’échiquier sur lequel se déroule le combat pour la primauté globale. (…) La façon dont les Etats-Unis ‘gèrent’ l’Eurasie est d’une importance cruciale. Le plus grand continent à la surface du globe en est aussi l’axe géopolitique. Toute puissance qui le contrôle, contrôle par là même deux des trois régions les plus développées et les plus productives. 75% de la population mondiale, la plus grande partie des richesses physiques, sous forme d’entreprises ou de gisements de matières premières, quelque 60% du total mondial. » [6]

A gauche, n’a-t-on rien appris des médiamensonges humanitaires des guerres précédentes ?

Quand Obama le dit lui-même, vous ne le croyez pas non plus ?

Ce 28 mars, Obama a justifié ainsi la guerre contre la Libye : « Conscients des risques et des coûts de l’action militaire, nous sommes naturellement réticents à employer la force pour résoudre les nombreux défis du monde. Mais lorsque nos intérêts et valeurs sont en jeu, nous avons la responsabilité d’agir. Vu les coûts et les risques de l’intervention, nous devons chaque fois mesurer nos intérêts face à la nécessité d’une action. L’Amérique a un important intérêt stratégique à empêcher Kadhafi de défaire ceux qui s’opposent à lui. »

N’est-ce pas clair ? Alors, certains disent : « Oui, c’est vrai, les Etats-Unis n’agissent que s’ils y trouvent leur intérêt aussi. Mais au moins, à défaut de pouvoir intervenir partout, on aura sauvé ces gens-là. »

Faux. Nous allons montrer que seuls les intérêts seront défendus. Pas les valeurs. D’abord, chaque guerre US fait plus de victimes qu’il n’y en avait avant (en Irak, un million de victimes directes ou indirectes !). Ensuite, l’intervention en Libye en prépare d’autres…

Qui refusait de négocier ?

Mais, dès que vous émettez un doute sur l’opportunité de cette guerre contre la Libye, tout de suite, on vous culpabilise : « Vous refusez donc de sauver les Libyens du massacre ? »

Question mal posée. Supposons que tout ce qu’on nous a raconté se soit vraiment passé. Premièrement, arrête-t-on un massacre par un autre massacre ? Nous savons qu’en bombardant, nos armées vont tuer de nombreux civils innocents. Même si, comme à chaque guerre, les généraux nous promettent que celle-ci sera « propre », nous avons l’habitude de cette propagande.

Deuxièmement, il y avait un moyen beaucoup plus simple et efficace de sauver des vies tout de suite. Tous les pays d’Amérique latine ont proposé d’envoyer immédiatement une mission de médiation, présidée par Lula. La Ligue arabe et l’Union africaine soutenaient cette démarche et Kadhafi avait accepté (proposant aussi d’envoyer des observateurs internationaux pour vérifier le cessez-le feu).

Mais les insurgés libyens et les Occidentaux ont refusé cette médiation. Pourquoi ? « Parce que Kadhafi n’est pas de bonne foi », disent-ils. Possible. Tandis que les insurgés et leurs protecteurs occidentaux ont toujours été de bonne foi ? A propos des Etats-Unis, il est utile de rappeler comment ils se sont comportés dans toutes les guerres précédentes à chaque fois qu’un cessez-le-feu était possible…

En 1991, lorsque Bush père a attaqué l’Irak parce que celui-ci avait envahi le Koweit, Saddam Hussein a proposé de se retirer et qu’Israël évacue aussi les territoires illégalement occupés en Palestine. Mais les USA et les pays européens ont refusé six propositions de négociation. [7]

En 1999, lorsque Clinton a bombardé la Yougoslavie, Milosevic avait accepté les conditions imposées à Rambouillet, mais les USA et l’Otan en ont rajouté une, volontairement inacceptable : l’occupation totale de la Serbie. [8]

En 2001, lorsque Bush fils a attaqué l’Afghanistan, les talibans avaient proposé de livrer Ben Laden à un tribunal international si on fournissait des preuves de son implication, mais Bush a refusé de négocier.

En 2003, lorsque Bush fils a attaqué l’Irak sous prétexte d’armes de destruction massive, Saddam Hussein a proposé d’envoyer des inspecteurs, mais Bush a refusé car il savait que les inspecteurs ne trouveraient rien. Ceci a été confirmé par la divulgation du mémo d’une réunion entre le gouvernement britannique et les dirigeants des services scecrets briatnniques en juillet 2002 : « Les dirigeants britanniques espéraient que l’ultimatum soit rédigé en des termes inacceptables afin que Saddam Hussein le rejette directement. Mais ils étaient loin d’être certains que cela marcherait. Alors, il y avait un Plan B : les avions patrouillant dans la « no fly zone » jetant de nombreuses bombes en plus dans l’espoir que ceci provoquerait une réaction qui donnerait une excuse pour une large campagne de bombardements. » [9]

Alors, avant d’affirmer que « nous » disons toujours la vérité tandis que « eux » mentent toujours, et aussi que « nous » recherchons toujours une solution pacifique, tandis que « eux » ne veulent pas de compromis, il faudrait être plus prudents… Tôt ou tard, le public apprendra ce qui s’est vraiment passé lors des négociations en coulisses, et constatera une fois de plus qu’il a été manipulé. Mais il sera trop tard, et on ne ressuscitera pas les morts.

La Libye, c’est comme la Tunisie et l’Egypte ?

Dans son excellente interview publiée il y a quelques jours par Investig’Action, Mohamed Hassan posait la bonne question : « Libye : révolte populaire, guerre civile ou agression militaire ? ». A la lumière des recherches récentes, il est possible de répondre : les trois, en fait. Une révolte spontanée, rapidement récupérée et transformée en guerre civile (qui avait été préparée), le tout servant de prétexte à une agression militaire. Qui, elle aussi, avait été préparée. Rien ne tombe du ciel en politique. Expliquons-nous…

En Tunisie et en Egypte, la révolte populaire a grandi progressivement en quelques semaines, s’organisant peu à peu et s’unifiant sur des revendications claires, ce qui a permis de chasser les tyrans. Mais quand on analyse l’enchaînement ultra-rapide des événements à Benghazi, on est intrigué. Le 15 février, manifestation des parents de prisonniers politiques de la révolte de 2006. Manifestation durement réprimée, comme cela a toujours été le cas en Libye et dans les autres pays arabes. Et, à peine deux jours plus tard, re-manifestation, mais cette fois, les manifestants sont armés et passent directement à l’escalade contre le régime de Kadhafi. En deux jours, une révolte populaire devient une guerre civile ! Tout à fait spontanément ?
Pour le savoir, il faut examiner ce qui se cache sous le vocable imprécis « opposition libyenne ». A notre avis, quatre composantes aux intérêts très différents. 1° Une opposition démocratique. 2° Des dignitaires de Kadhafi « retournés » par l’Ouest. 3° Des clans libyens mécontents du partage des richesses. 4° Des combattants de tendance islamiste.

Qui compose cette « opposition libyenne » ?

Dans cet enchevêtrement, il est important de savoir à qui on a à faire. Et surtout quelle faction a été intégrée dans les stratégies des grandes puissances…

1° Opposition démocratique. Il est légitime d’avoir des revendications face au régime Kadhafi, dictatorial et corrompu comme les autres régimes arabes. Un peuple a le droit de vouloir remplacer un régime autoritaire par un système plus démocratique. Cependant, ces revendications sont jusqu’ici peu organisées et sans programme précis. On rencontre aussi, à l’étranger, des mouvements révolutionnaires libyens, également assez disparates, mais tous opposés à l’ingérence étrangère. Pour diverses raisons que l’on va clarifier, ce ne sont pas ces éléments démocratiques qui ont grand chose à dire aujourd’hui sous la bannière des USA et de la France.

2° Dignitaires « retournés ». A Benghazi, un « gouvernement provisoire » a été instauré et est dirigé par Mustapha Abud Jalil. Cet homme était, jusqu’au 21 février, ministre de la Justice de Kadhafi. Deux mois plus tôt, Amnesty l’avait placé sur la liste des plus effroyables responsables de violations de droits humains d’Afrique du nord ». C’est cet individu qui, selon les autorités bulgares, avait organisé les tortures de infirmières bulgares et du médecin palestinien longtemps détenus par le régime. Un autre « homme fort » de cette opposition est le général Abdul Fatah Younis, ex ministre de l’Intérieur de Kadhafi et auparavant chef de la police politique. On comprend que Massimo Introvigne, représentant de l’OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) pour la lutte contre le racisme, la xénophobie et la discrimination, estime que ces personnages « ne sont pas les ‘démocrates sincères’ des discours d’Obama, mais parmi les pires instruments du régime de Kadhafi, qui aspirent à chasser le colonel pour prendre sa place ». (1)

3° Clans mécontents. Comme le soulignait Mohamed Hassan, la structure de la Libye est restée fortement tribale. Durant la période coloniale, sous le régime du roi Idriss, les clans de l’est dominaient et les richesses pétrolières leur profitaient. Après la révolution de 1969, Kadhafi s’est appuyé sur les tribus de l’ouest et c’est l’est qui a été défavorisé. Il faut le regretter, un pouvoir démocratique et juste doit veiller à combattre les discriminations entre régions. On peut aussi se demander si les anciennes puissances coloniales n’ont pas encouragé les tribus mécontentes à saper l’unité du pays. Ce ne serait pas la première fois. Aujourd’hui, France et USA misent sur les clans de l’est pour prendre le contrôle du pays. Diviser pour régner, un vieux classique du colonialisme.

4° Eléments d’Al-Qaida. Des câbles diffusés par Wikileaks avertissaient que l’Est de la Libye était, proportionnellement, le premier exportateur au monde de « combattants – martyrs » en Irak. Des rapports du Pentagone décrivaient un « scénario alarmant » sur les rebelles libyens de Benghazi et Derna. Derna, ville de 80.000 habitants à peine, serait la première source de jihadistes en Irak. De même, Vicent Cannistraro, ancien chef de la CIA en Libye, signale parmi les rebelles beaucoup d’ « extrémistes islamiques capables de créer des problèmes » et que les « probabilités [sont] élevées que les individus les plus dangereux puissent avoir une influence dans le cas où Kadhafi devrait tomber ». (1).

Evidemment, tout ceci s’écrivait lorsque Kadhafi était encore « un ami ». Mais ça montre l’absence totale de principes dans le chef des USA et de leurs alliés. Quand Kadhafi a réprimé la révolte islamiste de Benghazi en 2006, ce fut avec les armes et le soutien des Occidentaux. Une fois, on est contre les combattants à la Ben Laden. Une fois, on les utilise. Faudrait savoir.

Parmi ces diverses « oppositions », quel élément l’emportera ? C’est peut-être aussi un but de l’intervention militaire de Washington, Paris et Londres : veiller à ce que « les bons « l’emportent ? Les bons de leur point de vue évidemment. Plus tard, on utilisera la « menace islamique » comme prétexte pour s’installer durablement

En tout cas, une chose est sûre : le scénario libyen est différent des scénarios tunisien ou égyptien. Là, c’était « un peuple uni contre un tyran ». Ici, on est dans une guerre civile, Kadhafi disposant du soutien d’une partie de la population. Et dans cette guerre civile, le rôle qu’ont joué les services secrets US et français n’est déjà plus si secret que ça…

Quel a été le rôle des services secrets ?

En réalité, l’affaire libyenne n’a pas commencé en février à Benghazi en février, mais à Paris le 21 octobre 2010. Selon les révélations du journaliste italien Franco Bechis (Libero, 24 mars), c’est ce jour-là que les services secrets français ont préparé la révolte de Benghazi. Ils ont alors « retourné » (ou peut-être déjà avant) Nuri Mesmari, chef du protocole de Kadhafi, qui était quasiment son bras droit. Le seul qui entrait sans frapper dans la résidence du guide libyen. Venu à Paris avec toute sa famille pour une opération chirurgicale, Mesmari n’y a rencontré aucun médecin, mais se serait par contre entretenu avec plusieurs fonctionnaires des services secrets français et de proches collaborateurs de Sarkozy, selon le bulletin web Maghreb Confidential.

Le 16 novembre, à l’hôtel Concorde Lafayette, il aurait préparé une imposante délégation qui allait se rendre deux jours plus tard à Benghazi. Officiellement, il s’agissait de responsables du ministère de l’Agriculture et de dirigeants des firmes France Export Céréales, France Agrimer, Louis Dreyfus, Glencore, Cargill et Conagra. Mais, selon les services italiens, la délégation comportait aussi plusieurs militaires français camouflés en hommes d’affaires. A Benghazi, ils rencontreront Abdallah Gehani, un colonel libyen que Mesmari a indiqué comme étant prêt à déserter.

A la mi-décembre, Kadhafi, méfiant, envoie un émissaire à Paris pour essayer de contacter Mesmari. Mais la France l’arrête. D’autres Libyens se rendent visite à Paris le 23 décembre, et ce sont eux qui vont diriger la révolte de Benghazi avec les milices du colonel Gehani. D’autant que Mesmari a fourni aux Français de nombreux secrets de la défense libyenne. De tout ceci, il ressort que la révolte à l’est n’est donc pas si spontanée qu’on nous l’a dit. Mais ce n’est pas tout. Il n’y a pas que les Français…

Qui dirige à présent les opérations militaires du « Conseil national Libyen » anti-Kadhafi ? Un homme tout juste arrivé des USA le 14 mars, selon Al Jazeera. Décrit comme une des deux « stars » de l’insurrection libyenne par le quotidien britannique de droite Daily Mail, Khalifa Hifter est un ancien colonel de l’armée libyenne, passé aux Etats-Unis. Celui qui fut un des principaux commandants militaires de la Libye jusqu’à la désatreuse expédition au Tchad fin des années 80, a ensuite émigré aux USA et vécu ces vingt dernières années en Virginie. Sans source de revenus connue, mais à petite distance des bureaux… de la CIA. [10] Le monde est petit.

Comment un haut militaire libyen peut-il entrer aux Etats-Unis en toute tranquillité, quelques années après l’attentat terroriste de Lockerbie, pour lequel la Libye a été condamnée, et vivre vingt ans tranquillement à côté de la CIA ? Il a forcément dû offrir quelque chose en échange. Publié en 2001, le livre Manipulations africaines de Pierre Péan retrace les connexions d’Hifter avec la CIA et la création, avec le soutien de celle-ci, du Front National de Libération Libyen. Le seul exploit du dit Front sera l’organisation en 2007, aux USA, d’un « congrès national » financé par le National Endowment for Democracy [11], traditionnel intermédiaire de la CIA pour arroser les organisations au service des Etats-Unis…

En mars de cette année, à une date non communiquée, le président Obama a signé un ordre secret autorisant la CIA à mener des opérations en Libye pour renverser Kadhafi. Le Wall Street Journal, qui relate ceci le 31 mars, ajoute : « Les responsables de la CIA reconnaissent avoir été actifs en Libye depuis plusieurs semaines, tout comme d’autres services occidentaux. ».

Tout ceci n’est plus très secret, ça figure depuis un bon moment sur Internet, et ce qui est étonnant, c’est que les grands médias n’en aient pas dit un mot. Pourtant, on a déjà connu de nombreux exemples de « combattants de la liberté » ainsi armés et financés par la CIA. Par exemple, dans les années 80, les milices terroristes contras, mises sur pied par Reagan pour déstabiliser le Nicaragua et renverser son gouvernement progressiste. N’a-t-on rien appris de l’Histoire ? Cette « gauche » européenne qui applaudit aux bombardements n’utilise pas Internet ?

Faut-il s’étonner que les services italiens « balancent » ainsi les exploits de leurs confrères français et que ceux-ci « balancent » leurs collègues US ? Seulement si on croit aux belles histoires sur l’amitié entre « alliés occidentaux ». On va en parler…

Michel Collon

A SUIVRE :

2. Les objectifs des USA vont bien au-delà du pétrole

3. Pistes pour agir

www.michelcollon.info

Dessin : Latuff

La Révolution arabe souillée par ces mécènes surgis dans l’insurrection libyenne

A observer les problèmes que soulève l’intrusion des Français et des Américains, bref des Occidentaux, dans l’insurrection libyenne, on se demande si l’une des conséquences de cette implication n’est pas de jeter une petite ombre sur la révolution arabe. C’est la goutte d’encre qui entache le lait !

Guerre en Libye

Tant que ces pays étaient absents du théâtre, les choses se passaient plus ou moins bien : à preuve, Tunisiens et Egyptiens ont réussi à se débarrasser de leurs dictateurs sans le soutien des Occidentaux. On peut même dire qu’ils ont réussi le prodige de faire partir leurs oppresseurs alors que ces derniers étaient soutenus par les Occidentaux. Leur victoire sonnait quelque part comme une défaite de ces grandes puissances. C’était un contrepied à leurs affirmations selon lesquelles ces pays arabes n’étaient pas faits pour la démocratie à la mode classique mais aussi leurs amitiés et intérêts. Qu’ils aient voulu montrer avec la Libye leur volonté de mieux veiller au grain à l’avenir, ce n’est pas étonnant quand on connaît la nature de leurs intérêts dans cette partie du monde.

La France et les Usa, en décidant de sustenter les insurgés, de les prendre par la main pour les installer à la place de Kadhafi, sont venus jeter le doute, un voile noir sur l’expérience révolutionnaire arabe qui, jusque-là, s’était drapée de la non-violence chère à Gandhi et à Martin Luther King. Avec l’exemple libyen, c’est une quasi-guerre de libération nationale qui est engagée. Plus grave, sur l’instigation, l’aide de l’Occident qui ne marchande pas ses soutiens en armes, en appuis financiers, diplomatiques… et surtout en bombardements.  Du coup, les dictateurs toujours en poste dans le monde arabe ont beau jeu de dénoncer les prétendues révolutions démocratiques qui ne sont rien d’autre que des tentatives d’assujettir le monde arabe et islamique à l’Occident impie. Et plus encore, une nouvelle forme de coup d’Etat pour maintenir des hégémonies dans certains pays du monde recelant des matières premières convoitées. Et nous revoilà plongé dans l’ambiance de la colonisation, de la politique de la canonnière qui était perçu jusque dans les milieux religieux comme un moyen d’apporter la « lumière », la foi, la civilisation aux peuples inférieurs, toutes choses qui ne manqueront pas en terre d’Islam, de provoquer des images douloureuses d’incroyants profanant leurs terres.

Mais ce n’est pas seulement sous cet angle que la volonté des pays occidentaux d’être acteurs directs dans la révolution arabe fait courir des risques de déstabilisation : avec la Libye, ce qu’on voit poindre à l’horizon, c’est qu’Al Qaeda ne s’arrange pour phagocyter les insurgés afin de bénéficier des moyens de l’Occident qui lui permettront, une fois le pouvoir conquis, de se retourner contre lui. Les précédents, on en a vus avec Ben Laden, on en a vus en Afghanistan comme en Irak. Alors, qu’Obama et Sarkozy se le tiennent pour dit !

CY

San Finna N°610 du 04 au 10 Avril 2011

Nicolas Sarkozy-Bernard-Henri Levy ou l’incarnation du mal

Croisade, le mot est lâché ! On ne s’en cache plus en France. Croisade contre les peuples africains ! Croisade contre les Libyens ! Croisade contre les Noirs ! Croisade contre les Arabes ! Croisade contre les Musulmans ! Croisade avec ce que ce terme comporte historiquement comme massacres, viols, tueries en tout genre.

La Libye est le premier pays africain à être envahi avec quelques complicités. Déjà des milliers de morts provoqués par les sbires de Nicolas Sarkozy, Bernard Henri Levi et autres !

Croisade, je n’ai pas honte, je suis écœurée ! De la même manière qu’ils prétendaient apporter les Lumières Evangéliques aux peuples du Sud, les voilà partis pour les exterminer en prétextant qu’ils leur apportent la liberté ! La liberté des peuples ne s’exporte pas ! Il appartient aux peuples de la conquérir lorsqu’ils sont prêts à le faire. D’ailleurs quelle contradiction ! Depuis quand la liberté et la démocratie se trouvent-t-elles derrière les canons ? Depuis Nicolas Sarkozy, sans doute.

Ils veulent nous faire croire que les bombes de destruction massive rendront heureux les peuples du Sud, Libyen notamment. D’ailleurs, ils s’apprêtent à attaquer la Côte d’Ivoire et le reste de l’Afrique.Oui, ils sont en croisade, non pour apporter la Liberté et la démocratie, mais pour piller les richesses. L’Occident agonise. Comment expliquer qu’en France les hôpitaux, les écoles ces éléments essentiels à la survie d’un peuple soient dans un état de délabrement absolu, alors qu’au même moment elle trouve des milliards pour aller TUER. OUI TUER EN TOUTE IMPUNITE ! Comment expliquer que Nicolas Sarkozy élu par les Français pour augmenter leur pouvoir d’achat abandonne cet objectif pour aller en guerre alors que la misère devient endémique ? Comment ? Comment ?

On s’étonne, mais pas tant que ça ! Le projet d’invasion des pays Africains a été adopté depuis plusieurs années. Elle entre dans sa première phase. Elle va revêtir la forme d’une rébellion comme en Libye ou en Côte d’Ivoire, rébellion armée par la France. Elle revêtira aussi la forme des élections savamment orchestrées par notre pays des Lumières, dont les résultats sont décidés d’avance (Côte d’Ivoire) Et à la moindre résistance des peuples, invasion armée sous prétexte de faire respecter la démocratie.

Oui, la France de Sarkozy est hitlérienne ! Elle est nazie ! Avec son chef Nicolas Sarkozy incarnation parfaite d’Hitler et Bernard Henri Levy dans le rôle de Goebbels, roi de la propagandastaffel ! Oui, nous voilà parti dans une guerre, une invasion, une croisade aussi meurtrière que cynique ! Cynique ! Rien que parce qu’on veut arracher à des peuples pacifiques, leurs biens. Oui, l’Afrique toute entière doit réagir et repousser cette invasion ! Le reste du monde doit nous aider. On doit tous se donner la main pour sauver la tête de nos frères !

Calixthe Beyala

Adame Ba Konare sur l’opération militaire en Lybie : «Nous sommes dans une logique de recolonisation du continent»

L’historienne et ex-Première dame du Mali, Adame Ba Konaré, a qualifié de « carnaval macabre » l’opération militaire menée en Libye par la coalition internationale. Elle appelle les Africains à se mobiliser pour défendre leur « continent meurtri et bafoué ». Elle répond aux questions de RFI.

RFI : Dans une lettre ouverte, intitulée « Cris aux Africains », vous faites part de votre inquiétude. Vous dénoncez le « carnaval macabre des Occidentaux » en Libye. Qu’est-ce qui vous choque le plus, dans cette opération militaire ?

Adame Ba Konare : C’est le principe même de l’intervention des puissances étrangères sur le sol africain. On a l’impression que nous avons en face de nous des pays et des chefs d’Etat vertueux, alors que ne sont-ils intervenus en Tunisie, en Egypte, où le peuple était effectivement dans la rue, sans armes ? Et pourquoi n’interviennent-ils pas en Palestine, où le peuple est dans la rue ? Sans oublier que toutes ces puissances coalisées ont un lourd passif colonial. Vous savez, c’est avec de tels discours que l’aventure coloniale a commencé. Ne l’oublions pas. Les « vertueuses et généreuses nations » avaient pour mission de voler au secours des pauvres Africains pour les débarrasser de leurs méchants dirigeants. Tout ça, ça sent un peu l’invasion coloniale.

RFI : Ce que disent les Occidentaux, mais aussi un certain nombre d’hommes politiques africains, c’est que sans les frappes aériennes de samedi dernier, la ville de Benghazi aurait été reconquise par l’armée libyenne et il y aurait eu un bain de sang.

A.B.K : Oui, mais il ne faut pas être suffisamment naïf pour croire qu’une intervention des armées étrangères ne fera pas de dégâts non plus parmi la population civile. Et puis, moi je crois qu’il n’y a pas de transparence dans cette affaire-là. Qui dirige la mission ? Qui ordonne ? Qui contrôle ? Il y a un dépassement des mandats. Il va falloir que quelqu’un réponde de ces actes.

Et puis je dis qu’à ce rythme-là, partout il y aura des contestations, partout où il y aura des mouvements, on verra « toutes ces nations généreuses » voler au secours des populations africaines. Il ne faut pas confondre le peuple avec des mouvements de contestation. Et à ce rythme-là, moi je dis : nous assisterons au dépècement progressif de l’Afrique, à sa balkanisation, donc à sa fragilisation. Nous sommes dans une dynamique de recolonisation du continent, à mon avis.

RFI : Dans plusieurs discours, la semaine dernière Mouammar Kadhafi a lancé des menaces très claires aux insurgés de Benghazi : « Nous irons vous chercher dans chaque maison, dans chaque pièce, dans chaque placard ! ». Concrètement, Adame Ba Konare, qu’est-ce qu’il fallait faire pour épargner aux habitants de Benghazi le glaive vengeur de Mouammar Kadhafi ?

A.B.K : Honnêtement, je ne partage pas du tout, évidemment, ces propos tenus qui sont effectivement insupportables. Il faut recentrer le débat. Je ne suis pas du tout sûre que l’intervention menée par cette puissance occidentale soit beaucoup moins mortelle que les bombardements de Kadhafi. Je pense qu’il y a beaucoup de fanfaronnades dans les déclarations de Mouammar Kadhafi. Je ne suis pas sur le terrain, mais ces forces coalisées, comment voulez-vous qu’elles puissent bombarder avec discernement ? Ce sont des histoires !
RFI : Alors vous parlez des « fanfaronnades » du colonel Kadhafi, mais n’y a-t-il pas eu les attentats de Lockerbie et du DC10, et puis la répression d’une mutinerie en 1996, qui a fait plus de 1 200 morts ?

A.B.K : Je ne dédouane pas du tout le colonel Kadhafi pour ses actes dans le passé, et même pour une certaine violence qu’on a notée récemment. Mais je dis que cette intervention, elle se fait uniquement dans le but de servir les intérêts, à la fois économiques, et de politique intérieure, de ces chefs de guerre. Je pense qu’il y a évidemment le pétrole et le gaz libyen, qui sont fort, mais il y a aussi des besoins de politique intérieure.

Tous ces chefs de file sont en situation pré-électorale. N’oublions pas le président français, qui est en baisse dans les sondages. Donc, ce n’est pas aux Africains qu’on va faire croire qu’on est là pour libérer des peuples. On n’a qu’à aller en libérer d’autres. On a qu’à aller libérer les Palestiniens par exemple.

RFI : Si l’opération avait été lancée par des Africains, est-ce que vous l’approuveriez ?
A.B.K : Vous savez, ce que je reproche à l’Afrique et aux chefs, notamment aux chefs africains, c’est leur pusillanimité. L’Afrique est timorée. On est encore engoncé dans ces peurs coloniales et nous n’arrivons pas à les dépasser. C’est sûr qu’il y a une faillite des nos élites politiques, notamment au niveau du leadership, et même une incapacité de l’Union africaine à anticiper. Le silence des continents a été lourdement préjudiciable dans cette affaire.
Je crois que s’ils s’étaient exprimés très tôt, ces chefs-là, ils auraient pu anticiper sur le cours des événements. Et puis désamorcer même la bombe des Nations unies. Les Africains doivent exiger l’arrêt immédiat des bombardements, exiger tout de suite qu’on ouvre les négociations.

RFI : Cheikh Tidiane Gadio, l’ancien ministre sénégalais, a cette phrase : « Il n’est pas normal que la responsabilité de protéger les populations civiles soit l’apanage des pays occidentaux ».

A.B.K : Mais c’est clair ! On ne voit pas du tout ce que les pays occidentaux viennent faire dans cette affaire. Il y a une institution continentale. Pourquoi on ne leur demanderait pas d’intervenir dans ce conflit ? Il faut une mobilisation continentale pour dire « ça suffit ! ». Moi, j’ai donné, sans prétention, le tempo, et j’aimerais vraiment que tout le continent se mette debout pour s’occuper des problèmes qui le concernent.

RFI : Vous souhaitez une solution politique en Libye, mais les insurgés de Benghazi ne croient pas une seconde dans la bonne foi du colonel Kadhafi. Qu’est-ce qu’il faut faire ?
A.B.K : Je respecte la légitimité des opposants de Benghazi. Je reconnais la légitimité de leurs droits, plus de liberté d’expression… Mais avec cette intervention « des Croisés », je me demande même s’ils ont la victoire, quelle va être le goût de cette victoire pour eux. Est-ce que ce sera honorable pour les opposants libyens, de voir le drapeau français flotter sur le fronton de leurs édifices, et d’entendre le nom de Sarkozy scandé dans les rues de Benghazi ? Donc il y a là, des interrogations.

Christophe Boisbouvier (RFI)

La France de Sarko ne supporte toujours pas l’Islam

La France, celle de Nicolas Sarkozy, est toujours encore hostile à l’Islam. Cette religion qui prône la paix, la tolérance et la solidarité. Etant ministre de l’Intérieur de la République française, il a posé des actes anti-islam. L’hostilité envers la religion des musulmans s’est accentuée avec son accession à la magistrature suprême. Ses partisans de la droite suivent le chemin qu’il a tracé et font dans des déclarations choc pour dénigrer une religion. Une religion que les autorités occidentales, surtout françaises, assimilent souvent au terrorisme musulman. Islam n’est islamisme. Et tout arabe n’est pas musulman. Ces amalgames devenus de fausses « vérités pour les « gaulois » de la France « pure », « conservatrice », « blanche » et « judéo-chrétienne » risquent de déstabiliser socialement l’Hexagone.

Après l’interdiction du voile dans les écoles et universités et de la burqa dans l’espace public, la France continue sa ridicule « croisade » contre la religion musulmane. Le virus « Sarkozy » a contaminé toute la droite française. Elle devenue plus extrême même que l’extrême droite. Et voilà Claude Guéant, tout nouveau ministre de l’Intérieur, qui entre dans la danse anti-islam et a envisagé, ce jeudi 24 mars, un élargissement de la loi sur le positionnement religieux dans les services public : «Les agents des services publics, évidemment, ne doivent pas porter des signes religieux ou manifester une quelconque préférence religieuse. Les usagers du service public ne doivent pas non plus. Par exemple, on sait qu’à l’hôpital il y un certain nombre de personnes qui refusent pour des femmes des soins prodigués par des hommes. Et bien écoutez, ce n’est pas admissible ». Cette déclaration maladroite de Guéant ne vise que l’Islam.

La gauche française n’a pas tardé à réagir à cette malencontreuse déclaration de Guéant. Le socialiste Arnaud Montebourg contre attaque et raisonne son adversaire politique : « Nous sommes dans un pays où la liberté de s’habiller, de croire en Dieu ou de ne pas croire est garantie par la Constitution. La France est ainsi. Et commencer à porter atteinte à la liberté aura des conséquences tout à fait sérieuses sur les guides religieux. Ce que je veux dire c’est est-ce qu’on va empêcher à un prêtre de porter la soutane dans la rue ? Une religieuse de porter la cornette ? Un bouddhiste d’être dans sa tenue de croyance ? Cela n’a aucun sens et nous savons bien que ça devient un pays d’intolérance. Je crois que nous avons des dirigeants qui, malheureusement, n’ont pas la stature de ce qu’une cinquième puissance mondiale comme la nôtre devait avoir. »

Cette déclaration a une autre interprétation chez l’extrême droite française. Marine Le Pen remet le ministre de l’Intérieur à sa petite place : « Monsieur Guéant ferait bien de s’atteler au travail pour lequel il a été nommé (…) plutôt que de tenter par des propos électoralistes, une nouvelle fois, de chercher à attirer des Français qui ne sont plus dupes de son petit manège.» Fidèle à la ligne de conduite tracée par son père, Le Pen fille invite Guéant sur un autre terrain pour tester sa « sa maigre compétence » dans l’anti-islam : « Il y a en France aujourd’hui des mosquées qui sont financées par des collectivités publiques en contradiction avec la loi de 1905. Que fait Monsieur Guéant ? Il y a des écoles publiques, laïques et républicaines où le porc est interdit à la cantine. Que fait Monsieur Guéant ?

Monsieur Guéant animera d’abord l’inutile débat sur la laïcité et l’Islam ! Monsieur Guéant fera encore voter des lois antimusulmanes tout en ignorant que la religion islamique fait partie maintenant de la France. Elle est une religion au même titre que le catholicisme et le judaïsme. C’est une réalité que ne saurait abolir ses détracteurs. Un fait que la droite française a du mal à accepter. Et malgré la batterie de lois adoptées au Palais Bourbon depuis 2007, cette religion musulmane ne s’éteindra pas et fera son petit bonhomme de chemin dans cette République de plus en plus intolérante !

Des lois déconsolidantes interdisant le port du voile dans l’espace scolaire et universitaire et de la burqa dans l’espace public ont été votées. Dans l’unique but d’imposer à des citoyens français des pratiques qui ne sont pas conformes avec les recommandations de leur religion. Malgré les sages remarques du Conseil Constitutionnel français sur la loi interdisant la burqa dans l’espace public, le président de la République française s’est entêté et a foncé tête baissée vers la promulgation de cette loi discriminatoire. Cette disposition ségrégationniste porte atteinte à la liberté confessionnelle de millions de Français. Aujourd’hui, dans l’Hexagone, les Français d’origine africaine, arabe et même ceux qui sont considérés comme Français « authentiques » pratiquent l’Islam. On ne peut pas clamer urbi et orbi « liberté, égalité et fraternité » et, en retour, priver à certains la liberté de pratiquer convenablement leur religion. Cette France intolérante, cette France de Sarko, n’est pas la vraie France. La vraie France, celle de Marianne, prône de réelles valeurs de Liberté, d’Egalité, de Fraternité.

[Thiedo], Leral.net