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Le nouveau logiciel de l’impunité

Le nouveau logiciel de l’impunité

In Le Nouveau Courrier N°338 Du 10 octobre 2011 par Théophile Kouamouo

Le concept d’impunité a été évoqué à maintes reprises en Côte d’Ivoire ou au sujet de la Côte d’Ivoire durant la semaine qui vient de s’écouler. Et pour cause : les juges de la Cour pénale internationale (CPI) ont ouvert la voie à des enquêtes sur les crimes de guerre, crimes contre l’humanité et autres violations graves des droits de l’Homme durant ce qu’il est convenu d’appeler la «crise post-électorale» et – peut-être – depuis le déclenchement de la rébellion dirigée par Guillaume Soro, le 19 septembre 2002.

Justifiant avant toute inculpation la déportation future du président Laurent Gbagbo à La Haye, Guillaume Soro, chef visible de l’insurrection qui a déclenché «le grand malheur» ivoirien, a affirmé qu’il ne fallait pas «laisser survivre l’impunité ». L’impunité des autres, pourraiton rétorquer à celui qui a tenu à affirmer qu’il a dirigé en personne l’attaque du 19 septembre 2002 à Abidjan, et qui a joué au général en costard lors des nombreuses et sanglantes purges internes à la rébellion et bien entendu, entre décembre 2010 et avril 2011, l’apothéose de sa dernière épopée militaire ayant été, si l’on en croit les proches du défunt, la torture et l’exécution d’un Ibrahim Coulibaly désarmé et, pour faire bonne mesure, de plusieurs de ses compagnons.

Le vocable «impunité» a également été utilisé à plusieurs reprises par l’ONG de défense des droits de l’homme Human Rights Watch, qui a publié un rapport où elle est apparue comme le procureur maladroit de Gbagbo, à qui elle a prêté des propos qu’il n’a jamais tenus, et comme l’avocat empressé d’Alassane Ouattara, qu’il ne faut surtout pas – ah bon ! – mêler aux crimes du «commando invisible» et dont les forces n’ont cédé aux crimes massifs que «très tardivement ». Comme en guise de légitime défense, a-t-on envie de suggérer pour en finir avec les sous-entendus indécents ! Quelques mois plus tôt, Florent De Geel, de la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH), tentait de venir au secours du régime ivoirien en sous-entendant, sur SlateAfrique, qu’Amadé Ouérémi, le chef de milice burkinabé qui terrorise Duékoué, n’avait rien à voir avec la hiérarchie officielle de l’armée de Ouattara et de Soro. Ce qui signifie que les tueries innommables de Duékoué ne sauraient être de leur fait.

Mardi dernier, les avocats Roland Dumas et Jacques Vergès se faisaient injurier, et voyaient leur livre «Sarkozy sous BHL» traité de chose «méprisable» par une meute de journalistes «vertueux» parce qu’ils affirmaient que Nicolas Sarkozy, qui assume de manière volubile la direction politique des opérations de l’OTAN en Libye, pourrait être responsable de «crimes contre l’humanité». Voyons donc, tout cela est «excessif» donc «insignifiant», raisonnaient les raisonneurs.

Et pourtant, l’armée française a souvent commis des crimes contre l’humanité en Afrique depuis la décolonisation.

Et pourtant, des forces soutenues par la France officielle ont commis, il y a moins de vingt ans, un génocide au Rwanda. Et pourtant, les organisations de défense des droits de l’Homme les moins compromises nous informent quotidiennement sur les crimes du CNT, qui font, sous le haut commandement de l’OTAN, dans les villes du Sud de la Libye, ce que le «monde libre» se glorifie d’avoir empêché à Benghazi. Un beau, bel et grand massacre !

Ces contradictions apparentes entre un idéal généreux et des pratiques réelles d’une perversité machiavélique constituent le socle du nouveau logiciel de l’impunité. Un nombre incroyable de «partenaires» venant des univers des ONG, des médias, de la diplomatie et du savoir convergent, dans une unanimité inédite, pour imposer une fausse évidence : l’Empire occidental incarnant le bien absolu, ses alliés et lui ne peuvent commettre le mal que par «mégarde», quand ceux à qui il fait la guerre ou qui s’opposent à lui sont d’une perversité «naturelle». Les morts civils causés par les frappes de l’OTAN sont des «bavures», mais l’obus «de Gbagbo» qui serait tombé, nous dit-on, sur un marché d’Abobo, est une «faute morale». Les résolutions 1973 et 1975 interdisent l’usage d’armes lourdes qui peuvent menacer des civils, mais devraient pouvoir autoriser le largage de bombes et de missiles en pleine ville, à Yopougon, à Syrte et partout où tous les civils sont assimilés à des «pro-Kadhafi», donc à de légitimes cibles militaires.

Le nouveau logiciel de l’impunité veut nous faire admettre que le fait que certains criminels contre l’humanité supposés soient pris dans les filets de la «justice internationale» alors que leurs alter ego y échappent effrontément est une bonne nouvelle. Pour mieux saisir l’absurdité d’un tel point de vue, transposons la querelle dans les limites d’un village atchan. Un fils de Mobio a volé les poules d’un fils de Kodo, et un fils de Kodo a volé les poules d’un fils de Mobio. Parce que le chef du village est persuadé que le fils de Kodo est «mauvais » et «a poussé à bout» son adversaire, lui seul doit être arrêté. Alors que le village s’interroge sur une telle logique, celui qui tient le rôle du sage du village tranche en disant qu’il aurait aimé que les deux soient arrêtés, mais que l’arrestation du fils de Kodo est une «avancée» de la lutte contre l’impunité.

Qui peut croire à ce mensonge éhonté ? Personne.

Mais puisque cette nouvelle chorégraphie douteuse se déroule au plan international, l’ignorance des uns et l’indifférence des autres entretiennent les pires absurdités. Jean Pierre Bemba est à la CPI pour des crimes que ses soldats, «loués» à Ange-Félix Patassé, auraient commis. Patassé est mort de sa belle mort, loin de toute angoisse. Bozizé, dont les «libérateurs» tchadiens ont commis des crimes équivalents, gouverne la République centrafricaine, tout juste troublé par de nouveaux bruits de

Bottes Charles Taylor est à La Haye pour avoir financé et soutenu une rébellion meurtrière en Sierra Leone. Blaise Compaoré a trempé dans les mêmes magouilles, mais puisque sa dernière expédition – en Côte d’Ivoire – a été «sanctifiée» par la France et les Etats-Unis, tout va bien pour lui. Ellen Johnson-Sirleaf a financé, nous apprend la Commission Vérité et Réconciliation de son pays, la rébellion sanglante de Charles Taylor, et ne devrait pas, pour cette raison et parce qu’elle est inéligible au regard de la Constitution, rempiler. Mais elle est l’alliée privilégiée des Américains dans la région. Du coup, le prix Nobel de la paix lui a été «offert», pour l’aider à mieux faire campagne.

Dans le monde qui vient, vous pourrez toujours commettre les pires atrocités. Il faudra tout simplement vous assurer d’être du «bon» côté.

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Le B.A.BA du BHL

Jade Lindgaard et Xavier de La Porte ont été parmi les premiers journalistes à démonter le système BHL avec leur ouvrage Le B.A.BA du BHL paru en 2004 aux éditions la Découverte.

Dans un entretien sur OummaTV, Jade Lindgaard, journaliste à Mediapart présente la réédition de ce livre en septembre 2011 (Le nouveau B.A. BA du BHL), dans une version très largement actualisée. Elle revient sur l’imposteur BHL, décrit ses réseaux d’influence, et démontre qu’il n’est pas un philosophe. Il n’est ni intellectuel influent, ni militant des sans-grade, ni journaliste chevronné

Elle révèle également que pour faire face à la forte baisse des ventes de ses livres, BHL toujours à la recherche de nouveaux espaces de promotion, adopte une nouvelle stratégie en cherchant à être présent sur le net, principal lieu de sa contestation.

Il incarne un mouvement qui le dépasse, mais dont il fut l’un des moteurs : la réinvention du pouvoir médiatique en illusion intellectuelle.

Voir la vidéo de l’entretien mise en ligne sur dailymotion http://www.dailymotion.com/video/xlk2lb_le-pseudo-philosophe-bhl-mis-a-nu_news

Quelques acteurs hors organigramme de la diplomatie française au Proche-Orient

France-Missions-Diplomatie

Quelques acteurs hors organigramme de la diplomatie française au Proche-Orient

Les acteurs de la politique étrangère ne sont pas tous des permanents apparaissant sur les organigrammes de la cellule diplomatique de l’Elysée et du Quai d’Orsay. Des affaires récentes ont ainsi rappelé l’existence de conseillers occultes et autres porteurs de valises. Mais il existe aussi, depuis toujours, des acteurs (et actrices) tout à fait officiels, chargé(e)s de missions d’ampleur variable, et de plus ou moins longue durée. Autour du conflit proche-oriental, et des « révolutions arabes », les dernières semaines en ont donné plusieurs exemples, auxquels les étudiants préparant l’épreuve de « Questions internationales » des concours administratifs ont du prêter attention.

Tripoli, 15 septembre 2011. BHL et D.Cameron  (source: site de l’Elysée)

On peut ainsi souligner le  rôle de l’intellectuel Bernard-Henri Lévy, à la manoeuvre depuis mars 2011 pour promouvoir les « rebelles libyens », et amener le président Sarkozy à prendre en urgence les positions radicales que l’on sait lors du soulèvement de Benghazi, puis tout au long de la guerre en Libye. Indépendamment du fond, son activisme (qui n’est pas nouveau: on se souvient de sa présence en Bosnie et à Sarajevo, et une décennie plus tard de son soutien à l’intervention contre l’Irak en 2003) n’a pas manqué d’irriter quelque peu le ministre des Affaires étrangères, M.Alain Juppé, qui a découvert certains épisodes de cet activisme (dont l’un sur le perron de l’Elysée) sur ses écrans de télévision. De notoriété publique, M.Juppé avait posé comme condition à son arrivée au Quai d’Orsay, l’arrêt des interférences de tiers dans la définition et la mise en œuvre de la politique étrangère: c’était principalement M.Claude Guéant, secrétaire général de l’Elysée, qui était visé, en tant qu’acteur majeur d’une diplomatie semi-secrète au Maghreb (Algérie, Libye), au Machrek (Syrie) et en Afrique sub-saharienne (Côte d’Ivoire). Sur ces terrains, ses missions avaient largement dépassé la lutte internationale contre le terrorisme, pour court-circuiter à de nombreuses reprises entre 2007 et 2010 un ministre des Affaires étrangères qui en a parfois été fort marri (en particulier sur les dossiers libanais, syrien et ivoirien).

Mme Hoffenberg et le président Sarkozy, lors d’un dîner à la Maison Blanche
(source: site AJC, Mme Hoffenberg- novembre 2007)

Il a été mis fin il y a peu à la mission de Madame Valérie Hoffenberg, qui avait été nommée en août 2009 « représentante spéciale de la France pour la dimension économique, culturelle, commerciale, éducative et environnementale du processus de paix au Proche-Orient »1:: un intitulé qui avait laissé les diplomates de métier osciller entre la perplexité et l’irritation. Mme Hoffenberg était auparavant représentante en France de l’American Jewish Committee, groupe de pression américain pro-israélien 2. Sa  nomination s’est inscrite dans la volonté du président Sarkozy, et du ministre Bernard Kouchner, d’affirmer plus nettement qu’avant 2007 l’amitié franco-israélienne. Ce qui devait permettre à la France de pouvoir prétendre désormais jouer un rôle central dans la relance d’un processus de paix israélo-palestinien totalement bloqué. A plusieurs reprises pendant sa mission, les prises de position de Mme Hoffenberg ont toutefois été critiquées, y compris chez les diplomates, comme trop partisanes, et interférant avec le travail diplomatique dans la région 3. Ses rapports avec ses trois ministres de tutelle successifs (M.Koucher, Mme Alliot-Marie et M.Juppé)  ont, semble-t-il, été houleux.

Depuis la fin de son mandat diplomatique,  Mme Hoffenberg est candidate UMP à l’élection des représentants des Francais de l’étranger, dans la 8e circonscription méditerranéenne qui va de Malte à Israël, via la Grèce, Chypre et la Turquie (tout un programme géopolitique !). C’est l’occasion incidente de souligner que le président de la République vient de confirmer l’existence du « secrétariat d’Etat aux Français de l’étranger », innovation dans la structure gouvernementale, dont le premier titulaire a été le judoka David Douillet, nommé en juin dernier; et dont le titulaire depuis ce 28 septembre est M. Edouard Courtial, jeune député UMP de l’Oise. Responsable national des fédérations UMP, Courtial est membre de la « cellule de riposte à la gauche » mise en place par M.Brice Hortefeux dans le cadre de la préparation des élections présidentielles. Le parti socialiste a dénoncé le maintien de ce secrétariat d’Etat, estimant que sa raison d’être principale était l’approche des échéances électorales de 2012 4.

M.Balladur et le ministre saoudien des Affaires étrangères, Djeddah, 12 septembre 2011
(source: Consulat de France à Djeddah)

Autre acteur plus récemment missionné, l’ancien premier ministre Edouard Balladur. On sait que les compétences acquises par les anciens premiers ministres font qu’ils sont souvent chargés de missions diplomatiques particulières. On se souvient ainsi que M.Jean-Pierre Raffarin, très apprécié en Chine depuis son voyage officiel pendant l’épidémie de SRAS, a été chargé par l’Elysée de restaurer les relations franco-chinoises en 2008-2009 5. M.Raffarin avait, plus tard, décliné le poste d’ambassadeur de France à Pékin qui lui était proposé par le président de la République. M.Edouard Balladur avait été nommé, le 5 juillet dernier, « envoyé spécial du G8, pour la mise en œuvre du partenariat de Deauville », « consacré au soutien aux pays arabes, dans leur transition vers des sociétés libres et démocratiques« . Sa mission a pris la forme, pour l’essentiel, d’une tournée dans les pays du Golfe persique, dont l’Arabie saoudite, principalement pour lever des fonds destinés à la relance des économies de trois pays arabes en voie de démocratisation, et réduire leur dette: la Tunisie, l’Égypte, et la Libye. M.Balladur a rendu compte de l’avancement d’étape de sa mission au président lundi 26 septembre. L’attention des journalistes étant,ce jour-là, monopolisée par le contexte politique intérieur -« Affaire Karachi », Affaire Sawari II » (rétrocommissions supposées lors de la vente de sous-marins au Pakistan, et de frégates à l’Arabie saoudite) et résultats des élections sénatoriales- on ne dispose pas encore, à l’heure où nous écrivons, d’un compte-rendu circonstancié de la mission de levée de fonds de M. Balladur.

Jean-Paul Burdy

Maître de conférences d’histoire à l’Institut d’Etudes Politiques de Grenoble

NOTES:

1 La lettre de mission de Mme Hoffenberg est sur son site: http://valeriehoffenberg.wordpress.com/ma-mission/

2 Le site de l’AJC: http://ajc-france.blogspot.com/search/label/Photos

3 Le 27 juillet 2011, l’hebdomadaire satirique Le Canard Enchaîné a consacré un article très sévère à Mme Hoffenberg, sous la plume de Dominique Simmonot, et sous le titre « Beaucoup de moyens, peu d’Orient« .

La création de ce secrétariat d’Etat a été critiquée par le prof. Casasus, de Lausanne: http://www.marianne2.fr/Le-secretariat-d-Etat-aux-Francais-de-l-etranger-un-calcul-politicien_a207989.html# . Et, plus récemment: http://www.liberation.fr/politiques/01012362509-pour-le-ps-david-douillet-ne-doit-pas-etre-remplace

5 Les relations franco-chinoises étaient très dégradées au moment des JO de Pékin de 2008, sur la question des droits de l’homme; suite aux incidents ayant accompagné la tournée parisienne de la torche olympique; et suite au déplacement du dalaï-lama en France

Entretien avec Thierry Meyssan : « C’est l’OTAN qui fait le travail pour les rebelles »

Nous avons pu nous entretenir avec Thierry Meyssan aux heures les plus sombres et dramatiques pour les très nombreux Libyens opposés à l’intervention de l’OTAN – contrairement aux bobards proférés par Bernard-Henri Lévy.

Silvia Cattori : D’ici on a le sentiment que Tripoli est en train de s’effondrer. Quel est votre avis ?

Thierry Meyssan : Nous sommes enfermés dans l’hotel Rixos. On ne peut pas dire si tout va s’effondrer ou pas. Mais la situation est très tendue. Hier soir, au moment de la prière, plusieurs grandes mosquées ont été verrouillées. Tout de suite après des haut-parleurs ont lancé l’appel à l’insurrection. A ce moment là des groupes armés ont commencé à sillonner la ville et à tirer dans tous les sens. Nous avons appris que l’OTAN a amené un bateau, juste à proximité de Tripoli, d’où ont été débarquées des armes et des Forces spéciales. Depuis les choses vont de pire en pire.

Silvia Cattori : S’agit-il là de « Forces spéciales » étrangères ?

Thierry Meyssan : On peut le supposer. Mais je ne suis pas en mesure de le vérifier. Même si ces « Forces spéciales » sont formées de Libyens tout leur encadrement est étranger.

Silvia Cattori : Quelle est la nationalité de ces « Forces spéciales » ?

Thierry Meyssan : Ce sont des Français et des Britanniques ! Depuis le début, c’est eux qui font tout.

Silvia Cattori : Comment tout a-t-il soudain basculé ?

Thierry Meyssan : Le 21 août, en fin de journée, un convoi de voitures avec des officiels a été subitement attaqué. Pour se mettre à l’abri des bombardements les membres de ce cortège se sont réfugiés dans l’hôtel Rixos, où réside la presse internationale, et où par hasard je me trouve.

Depuis ce moment là l’hôtel Rixos est encerclé. Tout le monde porte des gilets pare-balles et des casques. On entend tirer dans tous les sens à l’entour de l’hotel.

Les forces rentrées dans Tripoli depuis hier elles n’ont pris aucun bâtiment en particulier ; elles ont attaqué des cibles à certains endroits en se déplaçant. Il n’y à en ce moment aucun bâtiment occupé. L’OTAN bombarde de manière aléatoire pour terroriser toujours davantage. Difficile de dire si le danger est si important qu’il y paraît. Les rues de la ville sont vides. Tout le monde reste enfermé chez soi.

Nous on est prisonniers dans l’hôtel. Cela dit on a l’électricité, l’eau, nous ne sommes pas à plaindre. Les Libyens oui. Il y a des tirs maintenant alentour, une intense bataille ; il y a déjà eu de nombreux morts et blessés en quelques heures. Mais nous on est préservés. Nous sommes tous regroupés dans la mosquée de l’hôtel. Vous entendez des tirs en ce moment.

Silvia Cattori : Combien d’assaillants encerclent en ce moment votre hotel ?

Thierry Meyssan : Je suis incapable de vous le dire. C’est un périmètre qui est assez grand parce qu’il y a un parc tout autour de l’hôtel. Je pense que s’il n’y avait que les assaillants ce ne serait pas si simple de prendre Tripoli. Mais s’il y a d’autres troupes de l’OTAN avec eux oui, ça change tout, le danger devient grand.

Silvia Cattori : Sur les images diffusées par les Télévisions ici ce que l’on a vu au cours de ces six mois ce sont des excités qui tirent en l’air, et qui ne paraissent pas des professionnels…

Thierry Meyssan : On a vu en effet des bandes qui s’agitent et qui ne sont pas militairement formées. C’est de la pure mise en scène, ce n’est pas de la réalité. La réalité est que tous les combats sont menés par l’OTAN ; et quand leur objectif est terminé les troupes de l’OTAN se retirent. Alors de petits groupes arrivent – on voit à chaque fois une vingtaine de personnes – mais on ne les voit jamais en action en réalité. L’action ce sont les forces de l’OTAN.

C’est ainsi que cela s’est toujours passé dans les villes qui ont été prises, perdues, reprises, reperdues, etc… A chaque fois ce sont les Forces de l’OTAN qui arrivent avec des hélicoptères Apaches et mitraillent tout le monde. Personne ne peut résister, au sol, face à des hélicoptères Apaches qui bombardent ; c’est impossible. Donc ce ne sont pas les rebelles qui font le travail militaire, c’est de la blague ça ! C’est l’OTAN qui fait tout. Après ils se retirent, puis « les rebelles » viennent qui font de la figuration. C’est cela que vous voyez diffusé en bloucle.

Silvia Cattori : Sait-on combien de « rebelles » en armes sont entrés dans Tripoli cette nuit ? Et si des cellules dormantes étaient déjà là ?

Thierry Meyssan : Forcément, oui, il y a des cellules dormantes dans Tripoli ; c’est une ville d’un million et demi d’habitants. Qu’il y ait des cellules combattantes à l’intérieur c’est tout-à-fait probable. Quant aux assaillants, encore une fois, je ne sais pas quelle est la proportion de l’encadrement par les forces l’OTAN. La vraie question est de savoir combien de Forces spéciales ils ont déjà déployées.

Il y a maintenant les forces militaires du colonel Kadhafi dans la ville. Elles sont arrivées assez tardivement depuis l’extérieur. Les assaillants encerclent l’hôtel. Je pense qu’il est impossible cette nuit de tenter un assaut contre l’hôtel.

Silvia Cattori : La panique a-t-elle gagné les gens qui résident à l’hôtel ?

Thierry Meyssan : Oui les journalistes résidant ici à l’hotel Rixos sont complètement paniqués. C’est une panique générale.

Silvia Cattori : Et vous comment vous sentez-vous ?

Thierry Meyssan : Moi j’essaie de rester zen dans ces situations !

Silvia Cattori : Combien de journalistes étrangers sont-ils retranchés dans l’hôtel ?

Thierry Meyssan : Je dirais entre 40 et 50.

Silvia Cattori : Les gens ignorent que, là où il y a des journalistes qui couvrent la guerre, il y a toujours bon nombre d’entre eux qui font du renseignement, qui sont des agents doubles, des espions

Thierry Meyssan : Il y a des espions partout ; mais je pense qu’ils ne savent pas tout.

Silvia Cattori : On dit ici que le plan pour évacuer les étrangers est prêt. Ils vont donc pouvoir sortir…

Thierry Meyssan : L’Organisation d’émigration internationale a un bateau qui est prêt à accoster dans le port de Tripoli pour évacuer les étrangers, notamment la presse, prioritaire, dans ces cas là.

Silvia Cattori : Et vous que comptez-vous faire ?

Thierry Meyssan : Pour le moment ce bateau est toujours au large ; il n’est pas rentré dans le port. C’est l’OTAN qui l’empêche d’accoster. Quand l’OTAN l’autorisera l’évacuation se fera.

Silvia Cattori : Cette évolution vous surprend-elle ?

Thierry Meyssan : Les choses se sont accélérées quand le bateau de l’OTAN est arrivé. Si ce sont des combattants appartenant aux Forces spéciales de l’OTAN qui sont ici au sol c’est évident que tout peut tomber rapidement…

Silvia Cattori : Les citadins sont-ils tous munis de fusils comme on l’a dit ?

Thierry Meyssan : Le gouvernement a distribué presque deux millions de kalachnikovs dans le pays pour assurer la défense face à une invasion étrangère. Dans Tripoli, tous les citoyens adultes ont reçu une arme et des munitions. Il y a eu un entraînement ces derniers mois.

Silvia Cattori : Les Libyens qui le voudraient ne sont donc pas en mesure de sortir manifester contre les forces de l’OTAN ?

Thierry Meyssan : Là les gens sont paralysés par la peur ; on tire de partout ; et en plus on bombarde.

Silvia Cattori : Votre position n’est pas facile. Parmi les journalistes vous devez avoir des ennemis qui veulent votre peau pour avoir contredit leurs version des faits !

Thierry Meyssan : Oui. Déjà je suis menacé par des journalistes US qui ont dit qu’ils vont me tuer. Mais ensuite ils ont présenté leurs excuses…Je n’ai aucun doute sur leur intention.

Silvia Cattori : L’ont-ils proférée cette menace devant témoin ?

Thierry Meyssan : Oui en présence de (…)

Réalisé par Silvia Cattori

Libye – OTAN : Échec de la coalition ! Cesser de bombarder des civils !

TRIBUNE LIBRE DE DJERRAD AMAR

Que reste-t-il à faire après avoir épuisé tous les moyens funestes pour faire tomber un homme que soutient l’écrasante majorité de son peuple ? Au moins 5 millions et demi dont 2 millions ont été armés, pour un pays de 7 millions d’habitants – (observons les manifestations récentes, les plus remarquables : Tripoli le 1er juillet, 1million 750 000 ; Sebha le 8 juillet, 800 000 ; Laadjilet  le jeudi 14 juillet, 1 million ; Zliten le vendredi 15 juillet,1 million ;  Ezzaouiya le samedi 16 juillet, 600 000 et bien d’autres endroits –  soit 80% au vu des autres manifestations dans plusieurs régions y compris celles de l’Est).

Que reste-t-il des faux prétextes qui ont « justifié » l’agression de cette Libye qui vivait en paix et dans l’abondance jusqu’au jour où des brigands, des envieux, ont décidé de concert de la saigner pour accaparer ses richesses et ses biens. Que reste-t-il des mensonges et de la «stratégie» utilisée consistant à « protéger des civils » des mains d’un « dictateur » car on a fait, jusque-là,  qu’en tuer, intentionnellement, par des bombardements aériens croyant ainsi  susciter une révolte populaire.

Que reste-t-il de ce Conseil fantoche, de type CNT, qui s’est avéré un ramassis  de traitres libyens sans dignité et principes, composés d’opposants qui vivent pour leur majorité en Occident depuis plus de 30 ans, qui emmargent à la CIA et le MI6, d’ex-ministres opportunistes de dissidence récente, de quelques militaires renégats, d’ex haut fonctionnaires félons et d’affairistes qui ne reconnaissent de la Libye que ce qu’ils peuvent tirer comme richesse personnelle. Les plus cités sont entre autres Abdeljalil, Bouchena, Hafter, Younes, Tarhouni, Chemmam, Chelgham , Dogha, Djibril, Koussa, Logelli, Fethi, Hassouna,  Hariri , Aissaoui et Baiba  qui sollicitent  des frappes destructrices et désignent les objectifs  de ce qu’ils disent être leur pays, dirigent des milices auxquels se sont alliés l’Aqmi d’Al Qaida et le front islamique libyen que représentent entre autres  Lahssadi, Salabi,  Benguemou, Belaaradj et Fertas.

Que reste-t-il des vantardises continues et médiatisées des « héros de la liberté » qui conquièrent de nouveaux territoires et qui seraient depuis 4 mois aux portes de Tripoli  ?

Que reste-t-il enfin après cet acharnement, par vengeance, à ‘sanctionner’ une population qui refuse l’abdication en se ‘cristallisant’, contrairement aux calculs, encore plus autour de son Guide face à l’adversité ? 2000 tributs et  plus de 5 millions de manifestants qui renouvellent leur soutien franc et solennel à Kadhafi n’est pas chose banale malgré les 6788 frappes de missiles sur 17794 vols de reconnaissance des avions de combat au 6 aout 2011, surtout de nuit.  Frappes qui ont atteint ou détruit des habitations civiles, des hôpitaux, des écoles et collèges, des bâtiments administratifs dont les locaux de police et des renseignements généraux chargés de la corruption, la cité de l’enfance, des infrastructures de bases, des dépôts de nourritures, des réseaux de communication, la télévision, des check point ;  tuant des milliers de personnes civiles parmi eux des femmes,  des vieillards, des hommes de religions dans leur lieu de culte, des enfants, des bébés et ce en plus des dizaines de viols de jeunes filles suivis d’assassinats (des scènes terribles filmées surtout à Mesrata). Tous les moyens politiques, militaires, juridiques, religieux et de propagandes ont été utilisés sans interruption mais surtout sans succès!

Que pouvait-il bien rester comme cartes devant un enlisement annoncé lorsque tout était construit sur du mensonge et du faux ! S’entêter et bombarder encore et encore, les mêmes cibles souvent, pendant aussi le mois sacré de Ramadhan, le mois de foi et de générosité, de surcroit au moment des prières surérogatoires (Tarâwih)? Pour tuer, inutilement et gratuitement, encore plus de civils et détruire encore plus pour une cause et une face déjà perdue ? Cela rappelle les nazis avec leur solution finale.  

Que reste-il comme mensonge et propagande subversive ? Les répéter ? Comme l’annonce de la  2ème mort de Khamis Kadhafi qui dirige la brigade la plus redoutée; information que démentent les libyens et qui vient comme diversion afin de masquer les crimes récents commis à Zliten.

L’Otan mène bien des actions criminelles pour un projet funeste issu d’une pensée obscurantiste, en filoutant l’Onu, en s’alliant à des groupes criminels et terroristes qu’elle prétend toujours combattre, pour un projet néocolonialiste plus étendu qui ne s’arrête pas aux frontières de la Libye. Par CNT interposé l’Otan, mais surtout la France de Sarkozy et la GB de Cameron – qu’appuient les Émirs du Qatar et des Émirat ainsi que le sinistre Amr Moussa et des Cheikhs de services – croient utiliser les islamistes pour leur projet et ces derniers jouent le jeu pour leur projet aussi. L’Otan le sait, mais en se croyant la plus maline. L’occident « démocratique »  sait aussi que l’écrasante majorité des libyens soutient Kadhafi, mais il n’est pas venu pour cela. Il n’a que faire de la démocratie dans ces contrées utiles. Ce qui l’intéresse c’est les intérêts, le pétrole et le gaz, et rien d’autres.  Que valent ces foules d’idiots arabes, de musulmans, d’africains – utilisés comme faire valoir et chair à canon – devant des citoyens européens dans la mesure où les méfaits qu’ils commettront se dérouleront chez eux et entre-eux !

Dans le cas de la Libye, il s’agit d’un complot extérieur exécuté par des libyens qui doivent s’entretuer dans une guerre fratricide, pour des intérêts étrangers. Cette conception chauvine, égoïste, raciste et belliqueuse des relations internationales, aura sans aucun doute, de graves conséquences que l’esprit étriqué des dirigeants actuels occidentaux incompétents ne peut encore saisir. Nous avions bien dit, par ailleurs au sujet de l’ignoble pression de Sarkozy sur le Mali pour faire libérer, des mains de l’Aqmi, un citoyen français pris en otage, par le paiement d’une rançon  aux terroristes que par ce geste volontaire la France venait « d’ouvrir le “boîte à Pandore” » en entrant, en plein, dans un engrenage infernal … !  La voici maintenant, cette France, se servir du  même groupe pour les besoins de ses objectifs en Libye, elle qui ne cesse de se considérer, avec arrogance,  chantre dans cette lutte anti-terroriste.  Mensonge et mensonge quand on constate qu’elle n’est pas à sa première ineptie, notamment dans l’affaire de l’Arche de Zoé dans le trafic d’enfants,  ou bien l’affaire dite des ‘infirmières bulgares’ ou encore l’affaire du Rwanda et de la Côte d’Ivoire. Au vu de  l’évolution des choses, les islamistes – en avançant leurs pions, en gagnant du terrain, en renforçant leurs moyens en armes – s’avèrent les vrais meneurs de jeu ! « A malin, malin et demi ».

Ce CNT qui ne décide rien sans l’accord de Sarkozy  et du sioniste milliardaire Bernard-Henri Lévy, le coordonnateur  – ce « philosophe proconsul de Cyrénaïque (capitale Benghazi) » comme le titre un chroniqueur ou ce titre « narcissisme guerrier »  de Daniel Salvatore Schiffer ( Médiapart) – s’avère épouvantail  entre les mains des islamistes qui se permettent même d’assassiner, après d’atroces tortures,  leur allié chef de guerre Abdelfattah Younes du CNT, avec une facilité troublante ; liée sans doute aux luttes intestines pour l’influence et la destinée des aides financières de l’Occident mais aussi à la débâcle de Bréga ( « plus de 600 mort » selon une source libyenne ).  La brigade « Abou Oubeida Aljarah » serait derrière cet acte.  Malgré cela la coalition des diablotins de l’Otan  – dont il ne reste que la France en tête, la GB, le Qatar et les Émirat – continue à fournir encore plus d’ «aides» et de « logistique » qui prennent, pour une bonne partie, d’autres directions pour d’autres destinations et usages. Un vrai business d’armes s’est installé.  

Quelle arnaque, quelle escroquerie du siècle ! Sarkozy et Cameron doivent se mordre les doigts.  Par les actions bafouant le droit international que se permet l’Otan dans son agression  – et de connivence avec l’ONU – il devient désormais légitime de ‘blanchir’ de l’argent, de faire de la piraterie, d’aider les terroristes, de prendre d’assaut les ambassades, d’aider les séparatistes, d’user des mercenaires, de tuer  les chefs d’Etat et de gouvernements en cas de conflit.

Alors que les milices de Benghazi s’étaient alliées entre elles, en faire-valoir de l’Otan –  contre le « dictateur de Tripoli qui bombarde sa population » – les voici maintenant,  s’apercevant sûrement de la haute supercherie, s’entretuer par vengeance sur ‘font tribal’ à l’image de la composante d’un CNT hétéroclite, renégat, sans principes et sans projet pour la Libye que de la détruire et  subtiliser ses avoirs, qui a transformé Benghazi et sa région en lieu où règne la terreur, les règlements de comptes, l’insécurité et où les habitants ne disposent plus de revenu, du minimum vital, que l’on a transformé en quémandeurs de nourriture.

Quelle avilissement quand on constate que le pays jouit du 3ème  revenu national brut (RNB) par habitant d’Afrique et affiche de bons indicateurs de développement humain (IDH) et qui aidait d’autres pays dans le besoin ! Situation que n’ont cessé de mettre en garde des analystes politiques éclairés dont la télé libyenne par l’image et les preuves ; depuis février. La vedette est l’analyste politique le Dr Youssef Amine Chakir – ex opposant– devenu la bête noire de l’Otan, du CNT et d’Aljazeera. Ces milices – composées de prisonniers libérés de Benghazi, d’islamistes graciés, de frustrés et de ratés qui ont trouvé l’occasion de se venger et de s’enrichir,  de bandits, de voyous, de plusieurs groupes d’Al-Qaïda surtout de l’Aqmi qui profite de la situation pour s’armer, de jeunes désœuvrés abrutis, dupés ou forcés – sont affublés du titre de «combattants de la liberté» malgré leur nombre réduit tandis que les millions de libyens qui défendent leur pays contre un agresseur dévastateur, tueur de civils et d’enfants qu’aide des traitres et des aventuriers , sont taxés de terroristes et de mercenaires. L’Otan pratique ou autorise tous les interdits dont elle accuse, par diversion, l’armée libyenne. C’est la perversion.

Sur le terrain, à Benghazi, c’est la débandade des insurgés qui ne savent plus à quel chef se vouer et qui constatent le non-respect de leurs morts surtout ceux à Bréga  que l’on a enterré, discrètement, dans des fosses communes près de Jdhabia ou de nuit au cimetière Al Haouari (des charniers en vue de les imputer à Kadhafi ?). C’est les combats de rues, les violations de domiciles, des hôpitaux et les enlèvements. C’est la liquidation des Ourfallis et Tarhounis (137 morts). C’est aussi ces mêmes fils de tribus avec ceux originaires de Zliten qui manifestent, en drapeau vert à Benghazi, leur soutien à Kadhafi et leur rejet du CNT et de l’Otan. C’est le chaos et la frustration des rebelles après l’échec aussi de Tidji  puis de Mesrata et leur fuite de Zliten, de Dafnia et de Jdhabia non sans avoir semer des mines ; ils blâment tous leurs commandants. C’est les bombardements quotidiens et au hasard des villes qui ont manifesté leur soutien au Guide. C’est la fuite éperdue des Qataris vers Tobrouk. C’est les manifestations réclamant les salaires qui n’arrivent jamais. C’est les « bavures » qui se multiplient en bombardant encore des…insurgés. C’est des tribus qui menacent d’envahir surtout Benghazi et Mesrata pour les libérer.

Citons Allain Jules : « Les évènements récents à Benghazi ont démontré le degré avancé de putréfaction du nid de vipère caché derrière le CNT … la dislocation du CNT arrive à la vitesse grand V. … le CNT ne survivra pas à la mort du général Younès… C’est clair, Mouammar Kadhafi est entrain de gagner sa lutte contre la coalition impérialiste …».

C’est le clan  Younes, que soutiennent d’autres groupes, qui menace de faire parler les armes si toute la lumière n’est pas faite sur cet assassinat dans 3 jours. On apprend, en dernière, que 15 agents de l’OTAN ont été capturés à Benghazi ; en échange de leur libération, les Libyens réclament le retrait immédiat de l’OTAN de leur sol. Chakir soutient mordicus que Younes a été assassiné à la suite d’un complot monté par Abdeljalil et Hafter de connivence avec les islamistes de l’Aqmi. Il donne pour cela les détails troublants du quand, comment et pourquoi. Cela est confirmé dans un article de « Sharq el Awsset », du dissident Mohamed Abdelmoutrib El Houni posant 21 questions, intitulé « des questions qui demandent réponses ».

Chakir avait déjà averti dans plusieurs émissions passées qu’il y avait des luttes de clan au sein du CNT et qu’ils vont certainement « s’entretuer ». Un document filmé par portable a été diffusé montant une prise de bec, entre responsables à Benghazi dont des éléments barbus connus pour leur « qaidisme » et des militaires dissidents, après la débâcle de Bréga. Cet assassinat montre que le CNT de l’Otan est une « duperie » de traitres sans dignité qui vont s’exterminer dans leur course, à qui mieux mieux, pour ‘arnaquer’ l’Occident. C’est enfin le coup de grâce lorsque le porte-parole du gouvernement Libyen, Ibrahim Moussa, répond aux évaluations des experts de l’OTAN, selon laquelle les capacités défensives du régime libyen aurait été réduits de 20% par  «nous avons encore des réserves impressionnantes / des armes / mais ne jugeons pas nécessaire de les utiliser ».

Malgré tous les signes et indices d’un échec consommé de ce qui reste de la coalition –  humiliée  par un petit pays maghrébin de 7 millions d’habitants, qu’elle a cru faire abdiquer en quelques jours, mais qui résiste encore à 5 mois de bombardement aux missiles,  tout en la défiant – il se trouve encore des hurluberlus comme le ministre de la défense britannique qui déclare a peu près ceci : « on s’attendait à une présence des islamistes d’Al Qaida, qu’on sait qu’ils sont présents mais on s’étonne de leur présence en Libye » ( ?!) pour ensuite affirmer l’incapacité des insurgés à gagner et qu’il faudra « trouver des traitres proches du cercle de Kadhafi» (et le CNT alors ?). A mister Haig de pérorer que l’intervention en Libye a permis de « sécuriser la Tunisie et l’Egypte » (pouah !).  Gérard Longuet demande, quant à lui,  au million 750 mille tripolitains qui ont soutenu récemment (le 1er juillet) Kadhafi  « de se révolter » alors que Juppé reconnait une erreur dans l’appréciation des forces de Kadhafi. Tous se permettent encore de dicter, tels des suzerains, l’avenir d’un pays souverain et indépendant  et d’exiger le « départ de Kadhafi ». Rien que des niaiseries ou stupidités de responsables incompétents – entrées frauduleusement en politique  – qui essayent de se mesurer à un Maitre. Au moment où ce dernier réussissait sa révolution en 1969 à l’âge de 27 ans, en faisant abdiquer le Roi Idriss, ces drôles de cocos étaient encore en culotte courte ! Si les  Américains – qui se sont retirés sur la pointe des pieds  de ce piège libyen – trouve maintenant matière à faire de la politique politicienne en orientant/imputant  les choses à l’Iran qui soutiendrait  Al Qaida comme ils l’ont fait pour l’Afghanistan c’est qu’ils admettent  l’échec de cette aventure.  

Hugo Chavez assène « nous refusons d’une manière catégorique  cette pantomime d’un Conseil de  transition et l’attirail farineux de ces pays européens et d’autres  qui ont reconnu un groupe de terroristes et lui ont donné une légitimité. Cela viole et détruit les bases du droit international ».

Les libyens et Kadhafi combattent légitimement, légalement et avec bonne conscience pour défendre leur pays contre une coalition d’agresseurs, de brigands, de barbares sans foi ni loi et sans morale, aidés par d’exécrables traitres à leur pays. Les premiers sont dans la gloire, la respectabilité et le martyr tandis que les seconds sont dans l’ignominie, le déshonneur et la poubelle de l’histoire. Rappelons-nous les objectifs du projet « Grand Moyen Orient » devenu « Nouveau Moyen Orient ».

Selon ce projet qui se base sur les travaux de Bernard Lewis, Ralph Peters et Zbigniew Brzezinski, il s’agit de recomposer le monde musulman et arabe avec un nouveau tracé géographique qui doit reposer sur le principe «diviser pour régner» en créant des mini-États pétroliers et ethniques et ce, pour mieux contrôler et s’assurer cette richesse et surtout sécuriser Israël. Cet objectif, disions-nous par ailleurs, ne peut aboutir qu’en agitant les peuples, en suscitant des conflits entre arabes et persans, entre sunnites et chiites, entre musulmans et chrétiens pour ensuite manipuler et recomposer dans le sens souhaité. On parle de Sykes-Picot 2.

La Libye et la Syrie étant les pays déterminants pour la réussite de ce projet. A l’Université de Tel Aviv, en compagnie de Tzipi Livni, BHL déclare, en se comportant comme un dirigeant de l’insurrection en Libye « si nous réussissons à faire tomber Kadhafi ce sera un message pour Assad ».

Mais ces deux pays résistent. La Libye encore plus au regard de l’enlisement de l’Otan, dans ce petit pays, sans possibilité d’une sortie honorable. La seule issue est d’arrêter immédiatement les bombardements des civils, contraire à la résolution 1973, et laisser les libyens trouver eux-mêmes la solution à leurs problèmes sans se voir dicter quoi que ce soit.  Sarkozy et Cameron se retrouvent dans la situation suivante : fournir de l’argent au CNT qui en réclame de plus en plus, mais sans avancée sur le terrain des combats;  ne pas en fournir et voir sonner le glas du CNT que l’on a reconnu et par conséquent accepter l’échec en Libye sans possibilité de  négociation ;  demander au CNT de négocier par le biais de l’UA et s’en sortir du guêpier à bon compte. Dans tous les cas c’est Kadhafi qui aura le dernier mot car, fort d’un soutien populaire majeur. Sarkozy et Cameron et d’autres  se sont bien fait avoir pour leur incompétence, leur penchant à la prédation et l’envie. Pour une Organisation dite du Traité de l’Atlantique Nord, destinée à faire face aux géants russe et chinois, quelle déchéance !  La Libye sera bien la malédiction de L’Otan, de l’ONU et des meneurs de cette coalition démoniaque !

Voir aussi du même auteur :

  * L’ONU à l’épreuve des visées euro-atlantistes et mondialistes

 * La CPI, dernière arme de la coalition et attrape-nigaud ses africains

 * Chronique d’un échec annoncé des coalisés et des insurgés

 * Le complot et la grande manipulation

 * Libye : Le complot, l’agression et l’engrenage. 

 * Les événements de Libye: La revanche et le complot ! 

Avenir sombre pour la Libye : la responsabilité de BHL « le tintin des démocrates »

BHL : « Mes amis de l’OTAN vous offrent ceci. Vous enfournez une dictature par là et de l’autre côté sortira une démocratie. »

« On ne s’impose qu’en s’opposant »

Il est des feuilletons dont on connaît à l’avance l’issue, il en est d’autres qui nous tiennent en haleine. En l’occurrence, le feuilleton libyen a battu tous les records par son imprévisibilité. Voilà un potentat qu’on croyait facilement indéboulonnable après 41 ans de règne sans partage et qui fait contre toute attente de la résistance avec son fameux cri de résistance (zenga zenga, dar dar) ; (Rue par rue, maison par maison) , qui arrive encore à mobiliser plus d’un million de personnes pour aller bouter les insurgés de Benghazi. Pour l’histoire, la résolution 1973 -votée avec la félonie de la Ligue arabe de Amr Moussa qui voulait être dans les bons papiers de l’Occident attendant un retour d’ascenseur pour une éventuelle succession du pharaon aux pieds d’argile qu’était Moubarek – était censée protéger les civils qui sont morts par centaines !!!

Comment a commencé la croisade avec BHL « le tintin chez les diplomates » ?

Christopher Caldwell, rédacteur en chef du Weekly Standard, n’est pas tendre avec Bernard-Henry Levy qui s’avère être l’âme du complot contre la Libye. Nous l’écoutons : « Le philosophe BHL a beaucoup pesé pour que Paris s’engage contre Kadhafi. De grands principes et un opportunisme teinté d’amateurisme qui pourrait faire des dégâts. L’Occident espère désormais, que Lévy ne s’est pas trompé sur la Libye. C’est en effet grâce à lui – ou à cause de lui – que l’Otan est intervenue. Fin février, Lévy a pris un avion pour se rendre à la frontière entre l’Egypte et la Libye, où il est entré en contact avec le Conseil national de transition (CNT) , un groupe d’insurgés de Benghazi. (..) Il a alors téléphoné à Nicolas Sarkozy (son ami depuis trente ans) pour l’engager à soutenir les rebelles par des frappes aériennes. Le philosophe a ensuite organisé à Paris une rencontre entre les rebelles et Nicolas Sarkozy, le 10 mars, et Hillary Clinton a rencontré leur dirigeant officiel, Mahmoud Jibril, quelques jours plus tard dans la capitale française. Le 17 mars, dix membres du Conseil de sécurité de l’ONU ont voté la résolution 1973, et l’aviation française est entrée en action pour empêcher les chars de Kadhafi d’entrer dans Benghazi ». (1)

« Plus le temps passe, moins ces initiatives semblent judicieuses. (…) L’avenir de Sarkozy dépend désormais de cette question : est-ce Bernard-Henri Lévy ou bien BHL qui l’a poussé à agir ? Lancer un pays dans la guerre après avoir consulté un philosophe d’une haute autorité morale est une chose ; mais le faire sous la pression d’un ami très riche et très influent en est une autre. (…) Il est vrai que l’humanitarisme militarisé de Lévy, contrairement à celui de Bush, suppose l’obsolescence de l’Etat-nation. D’après Lévy, que la Ligue arabe demande de l’aide à l’ONU pour renverser Kadhafi est un fait historique d’une importance capitale. Pourtant, son engagement au nom de la communauté internationale reste flou. (…) La France a beau dire qu’elle occupe une place privilégiée en Afrique du Nord, les soulèvements démocratiques dans la région ont été autant d’humiliations pour elle. Lévy a surtout joué un grand rôle dans la manière dont la France s’est engagée dans la guerre. (…) La France a ensuite rapidement reconnu le CNT comme seul gouvernement légitime de la Libye, suivie par l’Italie et le Qatar. Ce n’était apparemment pas une sage décision. (…) Voilà un homme riche qui assure au reste du monde que la Libye compte d’innombrables démocrates, mais qui agit ensuite en secret pour s’assurer que le contrôle des milliards du pétrole libyen revienne bien à la poignée de démocrates qu’il connaît personnellement. C’est hélas, le genre de démocratie qui fait le lit des dictateurs ». (1)

Le trophée de l’Otan

Au fil des mois, l’Otan s’est illustré surtout dans la morts des civils en toute impunité, notamment les équipages français qui ont tiré les premiers pour avoir la priorité des contrats pétroliers auprès du CNT ont fait une dizaine de morts parmi les civils en juin. L’Otan promet une enquête, on est rassuré…Par ailleurs, on apprend que le « Center for Research on Globalisation », (CRG) , a révélé l’usage, par l’Otan, d’uranium appauvri, en Libye. Mahdi Darius Nazemroaya, chercheur associé au centre, a dit, lors d’un entretien avec Press TV, que l’Otan a commis des crimes de guerre, en ayant recours à l’uranium appauvri. Nazemroaya, qui se trouve à Tripoli, affirme que les chasseurs-bombardiers de l’Alliance bombardent et détruisent les hôpitaux, les maisons et les hôtels.

Selon toute vraisemblance, écrit Nabila Ramdani, c’est un missile français qui aurait par accident tué neuf civils libyens, dont deux enfants, le 19 juin à Tripoli. (…) Il y a à peine plus de trois mois, Nicolas Sarkozy conviait la presse mondiale à l’Elysée pour annoncer le début de son offensive aérienne contre la Libye. Entrant fièrement par une double porte dans un des salons grandioses de l’Elysée, le président français avait déclaré aux journalistes, avec un rictus déterminé, qu’en « ce moment-même » (voix forte, torse bombé et menton levé) , les as français pulvérisaient les chars et les soldats de Kadhafi sur une vague route perdue à l’ouest de Benghazi. Peut-être les Rafale qui s’acquittaient de la tâche étaient ceux-là mêmes que Sarkozy avait tenté de vendre à Kadhafi lors de sa visite d’Etat à Paris, seulement quatre ans plus tôt, mais qu’importe : l’heure était à la célébration d’une initiative martiale bleu-blanc-rouge, non au souvenir d’échecs commerciaux. A écouter Sarkozy, on aurait pu croire qu’il parlait du général Philippe Leclerc et de sa 2e DB, fer de lance de la libération de Paris en 1944. (…) Aujourd’hui, cette même presse hexagonale se fait étrangement silencieuse alors que, selon toute hypothèse, ce serait un missile français qui aurait frappé un pâté de maisons à Tripoli, tuant au moins 9 civils, dont de jeunes enfants, et en blessant des dizaines d’autres. (2)

C’est dire que l’Otan veut sauver des civils en tuant d’autres !!!. En toute impunité, car nous n’avons pas vu une résolution contre l’Otan. Pour l’histoire, cette résolution arrachée par la France et l’Angleterre s’est faite en menaçant la Chine par Arabie Saoudite interposée d’un tarissement du ravitaillement en pétrole et en promettant à la Russie la vente des bateaux de guerre.

Comment expliquer que Kadhafi tienne encore ? « Dans la plupart des pays arabes, écrit Franklin Lamb, le vendredi est un jour de colère contre le gouvernement en place, mais en Libye les prières du vendredi sont suivies par des manifestations massives pro-Kadhafi auxquelles ont participé il y a deux semaines près de 65% de la population de Tripoli. (…) Depuis le début des opérations de l’Otan (le 31 mars 2011) , l’alliance a effectué 15.000 sorties, dont près de 6000 opérations de bombardement – selon les chiffres officiels du bureau de Naples de l’Otan. Les chiffres annoncés pour la journée du 9 juillet sont de 112 sorties et 48 bombardements ou attaques par missiles, ce qui correspond à la moyenne. (…) Les dirigeants russes et chinois sont de plus de plus critiques des actions de l’Otan et exigent à présent un cessez-le-feu immédiat et définitif. (…) » (3)

« Des sources de l’Otan, diplomatiques et du Congrès (US) confirment que l’administration Obama s’est lourdement trompée en pensant que le régime libyen s’effondrerait « en quelques semaines sinon en quelques jours », comme l’avait affirmé Obama au peuple américain qui devra mettre la main à la poche à la hauteur de 5 milliards [chiffre corrigé 16/7 – NdR] de dollars au 31 juillet pour couvrir les coûts de l’opération. L’erreur de calcul d’Obama pourrait lui coûter la présidence, si ce n’est pas la situation économique. (…) Le dimanche 10 juillet, la France semblait se ranger aux côtés des Russes et des Chinois en appelant à l’arrêt immédiat des bombardements inutiles et contre-productifs, alors que de plus en plus de pays connaissent des manifestations contre les actions de l’Otan en Libye. Le ministre de la Défense français, Gérard Longuet a déclaré à Paris qu’il était temps pour les loyalistes à Kadhafi, dont la France reconnaît que leur nombre est en croissance rapide, et les rebelles libyens de « s’asseoir à une table pour trouver un compromis » parce que, a-t-il dit, « il n’y avait pas de solution par le recours à la force ». Le ministre français de la Défense s’était à peine exprimé, en accord avec l’opinion des militaires britanniques et italiens, que le département d’Etat des Etats-Unis publiait une déclaration confirmant que « les Etats-Unis poursuivront leurs efforts en tant que membres de l’Otan pour faire respecter la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU destinée à protéger les civils libyens de toute attaque ». (3)

Amar Djerrad abonde dans le même sens et analyse le rôle des médias aux ordres et qui ont joué les boutefeux, en vain. Khadafi est toujours aussi populaire. « Quelle déchéance ont atteint la plupart des médias occidentaux et leurs alliés arabes comme surtout Al Jazeera de l’émir du Qatar, Alarabia la Saoudienne – que singent idiotement certains autres médias arabes – lorsqu’ils débitent en continu des infos ridicules qui frisent la débilité ! Après 4 mois d’intenses matraquages médiatiques, elles ont épuisé tous les sujets de mensonges. (…) Les articles, images, reportages et témoins « oculaires » de ces chaînes se sont avérés, avec le temps, qu’un tissu de mensonges, y compris les accusations de « bombardements de civils par Kadhafi » qui avaient « justifié » l’agression, comme l’affirment des journalistes, analystes et observateurs sur les lieux. (…) La réalité est que l’Otan avec ses « révolutionnaires » de pacotille – composés de voyous, de truands, de prisonniers libérés de Benghazi et de Guantanamo, d’islamistes graciés, d’éléments de l’Aqmi, de jeunes désoeuvrés et de sots, de félons de dissidence récente, de renégats, d’opposants inconnus de dernière minute- montre des signes d’échec, voire de déroute face à un petit pays (qui n’a jamais agressé quiconque) de 7 millions d’habitants qui vivaient correctement, mieux que beaucoup de pays européens, y compris la France. (…) Faire croire que Kadhafi est trahi de tous côtés ou qu’il n’a plus de « légitimité populaire » est de la désinformation de bas niveau ». (4)

« De plus, il est difficile de faire admettre que toute la population s’était liguée contre lui et du même souffle expliquer pourquoi des centaines de milliers lui manifestent leur soutien, pourquoi il ne craint pas d’armer la population, pourquoi il se permet des tours – en cortège et en voiture découverte – dans les rues et ruelles de la capitale sous les applaudissements de milliers de citoyens dont beaucoup sont armés, pourquoi les habitants de plusieurs agglomérations ont violemment répondu par les armes aux rebelles qui avaient tenté de conquérir leur localité, pourquoi Benghazi et récemment Tobrouk, mais aussi Derna – du tueur « Gambo » que soutient l’Otan – se révoltent. (…) Cette aventure en Libye a mis à l’épreuve les règles internationales de l’ONU qui s’avèrent n’être érigées que pour mettre au pas, par la menace ou la force, les pays qui n’entrent pas dans le giron occidental – c’est-à-dire dans les fondements euro-atlantistes et mondialistes en les obligeant à adopter leurs principes politico-philosophiques – et non pour plus de justice dans le monde après l’effroi de la Seconde Guerre mondiale. (…) L’avenir proche nous le dira. (4)

L’impasse occidentale en Libye

« Pour le capitaine Martin, la guerre en Libye est en train de devenir un problème. Ce n’est pas la guerre-éclair que beaucoup attendaient. A presque quatre mois du début du soulèvement de la « coalition des volontaires », la situation sur le champ de bataille ne connaît pas de changements notables. Bien au contraire, les pays qui promouvaient l’intervention et les résolutions de l’ONU qui lui font lieu de paravent connaissent une agitation symptomatique. En France, l’amiral Pierre-François Forissier, chef d’état-major de la Marine nationale, a exprimé le 10 juin devant l’AJD (Association des journalistes de défense) de sérieuses préoccupations sur l’effet des opérations libyennes sur les ressources techniques et humaines de la marine de guerre. En Italie, le ministre de l’Intérieur Roberto Maroni a invité son gouvernement à « ne plus gaspiller de l’argent en jetant des bombes ». En Grande-Bretagne, l’armée de Sa Majesté entrevoit la possibilité de ne pas poursuivre trop longtemps la mission à cause des coupes sombres faites à la défense. Les États-Unis ne sont pas en reste et le conflit libyen y provoque une certaine agitation. Le président américain a été accusé par le Congrès d’avoir violé la loi parce qu’avant de donner le top à l’intervention en République libyenne, il aurait dû avoir l’approbation du Parlement (loi sur les pouvoirs de guerre de 1973) . Pour le moment, les opérations militaires en Libye ont coûté aux Etats-Unis la bagatelle de 716 millions de dollars, et devraient atteindre le somme d’1,1 milliard de dollars fin septembre, La France n’aurait quant à elle, déboursé que 160 millions d’euros. (5)

Kadhafi reste… « dans une pièce à côté »

L’heure n’est donc plus au départ de Kadhafi qui renaît peu à peu de ses cendres, mais au dialogue pour un éventuel partage des richesses pétrolières de la Libye, au grand dam du Conseil national de transition, (branche politique de la rébellion) sacrifié sur l’autel des intérêts en plein désert. (…) La détermination de l’adversaire à aller jusqu’au bout est une donnée qu’il ne faut jamais négliger quand on veut prendre de force au nom d’une démocratie dont on n’a que faire, les richesses des autres. S’asseoir donc à la même table que celui contre qui la CPI a lancé un mandat d’arrêt international, pour finir par faire ce qu’on ne voulait pas envisager. (6)

Pour le quotidien conservateur italien, l’aventure libyenne du président français est un échec patent. Même si le Parlement a choisi de reconduire les opérations menées contre le régime Kadhafi, la façon dont elle a été menée n’a pas permis d’atteindre l’objectif fixé. « Kadhafi peut rester, dans une autre pièce de son palais, avec un autre titre. » L’auteur de cette déclaration – aussi surprenant que cela puisse paraître – Gérard Longuet, le ministre de la Défense de Nicolas Sarkozy. (…) Ainsi conclut le ministre français : « Nous avons demandé aux deux camps de se parler, parce que, selon nous, le moment est arrivé de s’asseoir autour d’une table. » (7)

Il ne faut pas pour autant croire que l’Occident a renoncé à la force en négociant. Les frappes sont toujours là et un forcing est fait pour que le CNT arrive à s’emparer de Tripoli avant le début du Ramadhan qui risque d’être problématique pour la coalition : faire la guerre pendant le Ramadhan est difficilement gérable auprès des opinions publiques. De plus, la réunion d’Istanbul du 14 juillet n’apportera pas la sérénité au peuple libyen , une fois de plus la position modérée de l’Union africaine –C’est un problème libyo-libyen, qui doit être réglé par les Libyens eux même, après un cessez le feu- est marginalisée. Le CNT a arraché une reconnaissance des participants occidentaux , notamment des Etats-Unis. Ce qui est sûr c’est que Khadafi passera la main, par contre des jours sombres se profilent pour une Libye démolie et que l’Occident qui l’a détruite compte reconstruire avec les dollars du pétrole. De plus, la fracture intertribale est plus que jamais d’actualité. Le prochain gouvernement devra choisir entre la légitimité populaire ou l’adoubement de l’Occident, jetant une fois de plus le doute concernant la sincérité occidentale quant au vœu pour l’émergence de sociétés arabes démocrates fascinées par l’avenir. Il n’en sera rien, la démocratie ne peut et ne doit être qu’endogène et tous les satrapes qui cherchent une légitimité à la pointe des canons occidentaux n’ont aucune chance de mener leur pays à bon port.

Chems Eddine CHITOUR sur legrandsoir

Libye : La France en quête d’une sortie honorable du bourbier libyen

Le gouvernement français, appelé à s’expliquer jeudi sur l’engagement sans l’aval parlementaire des forces militaires françaises en Libye, entreprend de se frayer une sortie honorable pour éviter l’injonction par les députés de mettre fin à son aventure militaire dans ce pays d’Afrique du Nord.

Et pour cela, le ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, l’artisan de l’adoption et de la manipulation de la Résolution 1973 des Nations Unies contre le régime de Mouammar Kadhafi, retrouve comme par enchantement le chemin qui mène à Addis Abeba, siège de l’Union africaine, pour un entretien à l’issue duquel il affirme que « les positions de l’Union africaine et de l’OTAN se sont rapprochées ». En fait, c’est bien la position de la France qui s’est rapprochée de celle de l’Union africaine à laquelle, depuis presque quatre mois, la France et ses alliés ont fait la sourde oreille et tenu l’Afrique à l’écart de l’Histoire, surtout de celle que d’anciens colonisateurs tels  que la France, la Grande Bretagne et l’Italie, appuyés par d’anciens esclavagistes, à l’image de l’Espagne, des Etats-Unis, et même de certains émirats du Golfe, se proposent d’écrire à l’encre de l’expansionnisme et de la prédation économique.

Leur position a changé et leur langage aussi, à entendre le ministre français de la Défense, Gérard Longuet, parler désormais de « retrait politique de Kadhafi » ou « renoncement à un rôle politique » ou encore « Kadhafi pourrait rester à Tripoli après un début de dialogue »….

Des termes qui ne sont pas bien proches du « Dégage ! » proféré par le philosophe belliciste français, Bernard Henri Levy, ou du « Kadhafi doit partir » entonné par les Champs-Elysées et la Maison Blanche, et repris en chœur à Londres, à Rome et à Madrid.

Kadhafi ne partirait donc plus. Ou du moins son départ ne serait plus la condition sine qua non à toute velléité de négociation, comme si la France et ses alliés se seraient soudainement rendu compte que le guide libyen n’est pas aussi facilement déboulonnable que le dictateur tunisien et le Raïs égyptien.

Les experts militaires occidentaux se seraient également trompés dans leurs calculs trop millimétrés pour percer le présage selon lequel « une solution par la force est impossible », comme se plaît à le dire aujourd’hui Gérard Longuet qui, il y a dix jours, prophétisait la prise imminente de Tripoli à la faveur des armes sophistiquées larguées par la France pour renforcer l’artillerie des rebelles libyens.

Pendant qu’on y est, le délai fatidique au-delà duquel l’engagement des forces françaises en Libye serait considéré comme un acte antidémocratique, voire anticonstitutionnel,  n‘a plus que 48 heures pour expirer. Tout comme les rebelles libyens, contraints de faire aboutir d’ici jeudi leur solution militaire, sous peine de devoir revoir la liste des conditions auxquelles ils accrochent l’éventualité d’un dialogue avec Tripoli.

Pana

Crises africaines : Dissoudre ou défendre l’Union Africaine ?

Faut-il désespérer de l’Union africaine ? Le monde arabe fait sa révolution à partir des rives de la Méditerranée, elle reste muette. La Libye sous les feux de l’OTAN, elle condamne et propose une médiation bancale. La Côte d’Ivoire en crise, la solution africaine n’est jamais arrivée. Le Burkina Faso commence peut-être à égrener la fin de Blaise Compaoré, dans les convulsions  d’une tension naissante, l’UA est prostrée dans le silence.

C’est dans ces circonstances que le diplomate français très peu diplomate, Bernard-Henri Lévy, fait un compte-rendu à la limite avilissant du passage du panel de l’Union à Benghazi, fief des insurgés libyens. Et parle de « délégation pathétique » « jetée dehors » « les pieds au cul » pour avoir proposé une solution « rédigée par Mouammar Kadhafi ». Alors, question : faut-il dissoudre l’UA ? Ou la défendre des diarrhées verbales de pseudo-démocrates cachés sous le manteau néocolonialiste du diplomate ?

Quelle raison nous ont donné ces derniers mois les Chefs d’Etat et de gouvernement d’Afrique de croire en l’utilité de l’organisation panafricaine ? Le temps passe et un profond hiatus se marque de plus en plus entre l’action et le discours de l’institution. Les dernières crises du continent ne sont là que pour en témoigner. Il ne semble pas y avoir la moindre force ni influence de la coercition sur le continent, en dépit des dispositions prises en ce sens par les dirigeants de l’UA. La condamnation systématique des coups d’Etat militaires n’en a en rien découragé la multiplication ces dix dernières années. Au sein même de la délégation en visite à Tripoli, puis Benghazi, un putschiste de luxe : Mohamed Abdel Aziz, ci-devant président de la Mauritanie, adoubé par ses pairs après un scrutin biscornu, quelques mois après son coup d’Etat contre un Président démocratiquement élu, lui. De Tananarive à Nairobi, d’Harare à Alger, de Mbabane à Bissau, les maux du continent sont divers et variés. Et il ne provient de l’Union que peu de solutions acceptables, si elles ne sont pas tout simplement inapplicables.

Le mal, en réalité, réside dans une disposition essentielle de l’acte constitutif de l’Union africaine héritée de la charte de l’OUA : la non-ingérence dans les affaires intérieures des Etats. Ce principe sacro-saint, qui s’étiole pourtant au plan international devant l’apparition et le développement d’autres notions comme le droit d’ingérence humanitaire ou encore la responsabilité de protéger, reste totalement inamovible, inattaquable et intouchable dans le dispositif juridique qui sous-tend chaque action de l’Union africaine. Ajoutée à la question tout autant inaliénable de la souveraineté des Etats, elle vient paralyser, dans une grande mesure les dispositions que l’Union africaine et ses organes principaux auraient pu prendre face à des questions relevant à tout le moins des compétences que leur attribue le même acte constitutif, sur la base des objectifs et buts affirmés par l’organisation. Sans compter, toute langue de bois écartée, avec la mauvaise volonté manifeste de certains chefs d’Etat et de gouvernement dont l’influence plus ou moins importante au sein de l’UA, explique en partie des atermoiements pour le moins préjudiciables à la crédibilité de l’institution.

Ceci dit, il y a quand même un pas qu’il ne faut pas franchir. Que le français Bernard-Henri Levy s’est trop facilement permis de franchir en parlant en des termes pour le moins désobligeants de la visite du panel des Chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union africaine à Tripoli et Benghazi en quête de la paix. Il n’est un secret pour personne que nombre de Chefs d’Etat africains doivent au Guide libyen d’avoir été reconnus comme tel et maintenus au pouvoir. De là à affirmer que les Présidents africains se sont laissé dicter leurs propositions de sortie de crise par le Colonel Kadhafi… Quand même ! Au surplus, le mépris dans les mots choisis par l’ami de Nicolas Sarkozy pour faire part de la fin de non-recevoir opposée par le Conseil national de Transition libyen au panel africain est patent. J’eus dit en d’autres temps que Jacob Zuma et ses collègues l’ont bien cherché. Envisager aujourd’hui une solution qui inclut un maintien au pouvoir de Mouammar Kadhafi est tout de même susceptible de réprobation. Tout au moins de la part de ceux qui auraient dû être nettoyés comme des « rats » et des « cafards » sans la résolution 1973.

Bernard-Henri Levy et les gens de son acabit, que la situation actuelle du continent africain sort de leur silence, n’ont qu’à se taire. La boucler pour que ceux des Africains qui ont des vérités à dire ne soient pas entendus comme des voix et des suppôts de l’impérialisme et de la recolonisation du continent. Quant à l’Union africaine, nous n’avons qu’elle pour laver nos souillures. Mais, messieurs les Présidents, votre copie est à revoir.

James William GBAGUIDI