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En séjour au Bénin : Gadji Celi parle de son exil

C’est dans le plus grand hôtel de Cotonou, « Marina Hôtel », que cet entretien avec le Pca de Bureau ivoirien du droit d’auteur (Burida) a eu lieu. Pour une fois, l’ex-capitaine des Eléphants venu saluer ses cadets, n’est pas habillé en costume. Pantalon noir, chemise rose, droit dans ses bottes, il ne se fait pas prier pour éplucher l’actualité ivoirienne.

Vous étiez annoncé au Ghana. Là, nous vous retrouvons dans la capitale économique béninoise. Que faites-vous à Cotonou ?

Je fais la navette. Nous organisons des spectacles pour vivre de notre art mais aussi pour faire preuve de reconnaissance, car des peuples nous ont accueillis. Nous sommes dans ces pays pour travailler, car la culture ivoirienne s’exporte. Les gens aiment beaucoup la musique et le cinéma ivoiriens. Tous les artistes qui ne sont pas en Côte d’Ivoire sont sortis pour travailler. Partout où ils se trouvent, nos artistes sont adulés. Si les choses sont au ralenti en Côte d’Ivoire, c’est normal que nous sortions pour monnayer notre talent. Personnellement, je suis régulièrement invité pour des spectacles à Accra, Lomé ou Cotonou. Je viens même de boucler un rendez-vous pour le Mali, très bientôt. Comprenez que je sois un peu partout pour travailler.

En votre absence, le Bureau ivoirien des droits d’auteur (Burida) que vous dirigez est sur des braises ardentes. Comment vivez-vous cela de loin ?

(Un peu triste) En ma présence aussi, le Burida a toujours été sur des braises, sauf que maintenant les choses se passent dans la presse. Voyez-vous, avant mon avènement à ce poste, il y avait beaucoup de palabres. Je ne vous apprends rien. Il y avait des gaz lacrymogènes, des interventions militaires, des artistes tabassés, etc. C’est une maison qui a toujours connu beaucoup de remous. Aujourd’hui, nous constatons que depuis que le Conseil d’administration a été mis en place, il y a un an, il n’y a plus eu de cafouillage. C’est une victoire. Certaines personnes tapies dans l’ombre veulent nous ramener vers le bas. Aidées par la presse et par certaines mauvaises volontés. Ces personnes sont ancrées dans l’ancien système. Dans le personnel aussi. Nous trouverons une solution à cela.

Avez-vous besoin de garanties avant de rentrer en Côte d’Ivoire ?

En général, ceux qui sont sortis ont une raison. Ceux qui ne le sont pas ont également une raison. Je ne fonctionne pas en termes de garanties avant de regagner mon pays. Comprenez que mon domicile a été pillé. Faut-il régler cela à mon niveau ? Comment réhabiliter cette maison ? Toute ma famille est dehors. Il y a une psychose. Des moyens doivent être mis afin que je revienne. J’ai déjà pris un huissier pour faire le point de la situation. Administrativement, ça ira où ça doit aller. Sachez qu’il n’est pas question que je dorme à l’hôtel ou chez un ami. Les gens parlent de fuite… Je crois que dans cette histoire, si des gens qui veulent régler des problèmes personnels convoient d’autres individus pour faire du mal à d’autres personnes, on peut imputer cela à quiconque qui n’est pas forcément responsable de cela. Se mettre donc en sécurité met tout le monde à l’aise afin qu’on revienne pour discuter. Je sais une chose : certaines personnes ne sont pas exemptes de reproches dans ce qui m’est arrivé.

Que voulez-vous dire ?

Quand j’entends de loin que certains veulent aller voir le ministre de la Culture pour changer les choses… Ce n’est pas la solution. Mes adversaires sont dans une logique et je ne sais pas pourquoi. Mon rôle est de gérer l’argent des artistes. Je suis en mission. Ce sont eux qui actionnent les employés. Comme le Burida n’est pas interdit à un artiste, ils sont libres de venir, de chuchoter et de dire tout ce qu’ils veulent. Ils demandent aux employés de se soulever et eux, derrière, soutiennent. Voilà leurs méthodes.

Quelle est la situation actuelle des artistes au niveau du Burida ?

Aujourd’hui, tous les artistes ont touché leurs droits d’auteur. Et tous les employés ont été payés. Les salaires ont été payés jusqu’à ce qu’il y ait problème en Côte d’Ivoire. En septembre 2010, il y a eu délestage en Côte d’Ivoire durant un mois et demi. Cela nous a empêchés de travailler et nous a donné un mois de retard. Les mois de novembre et de décembre sont nos mois-phares, car il y a les fêtes et nous encaissons beaucoup d’argent. Nous avions prévu de gérer les deux mois d’arriérés plus les gratifications. Malheureusement la crise a démarré en novembre. Le mois de décembre était donc KO. Lorsque vous voyez la situation de la Côte d’Ivoire, pouvez-vous parler de Burida ? On vous dit que la maison du président a été pillée. Vous ne cherchez même pas à savoir comment il vit. Leur problème, c’est seulement l’argent…

Justement comment vivez-vous ?

(Il cherche ses mots) Heureusement que je suis un artiste. Je chante donc au Ghana, au Togo ou au Bénin…

Supportez-vous difficilement cet exil ?

Oui. Qui aurait pu penser cela ? C’est dur… Nous avons toujours vécu avec nos frères, nos parents, nos amis. Aujourd’hui, nous sommes dans un endroit nouveau. Ceux qui sont au Ghana ne comprennent pas l’anglais. Comment font-ils ? Ils ne connaissent personne en dehors de leurs amis avec qui ils ont voyagé. Ils ne sont pas maîtres des lieux. Ils ont beaucoup de réserve dans leur comportement. En Côte d’Ivoire, nous ne connaissions pas cela. On ne peut pas dire que l’exil nous convient. Cela n’est pas vrai. Nous sommes en juin 2011. Cela fait sept mois. C’est plus de la moitié de l’année. Aujourd’hui, nous devons penser à régler les problèmes et boucher les trous. Comment maximiser les entrées d’argent ? Comment prendre tout le territoire qui était limité auparavant ? Il y a trop de challenges ! Je me réjouis que certains artistes soient sortis pour travailler sinon, comment vivraient-ils ?

Avez-vous un appel à lancer ?

Je voudrais dire aux artistes de garder courage, de se battre jusqu’à ce que la situation se normalise. J’ai foi en ce que les choses iront dans le bon sens. Nous allons aider nos hommes politiques à aller à la réconciliation.

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