Le Blog de Aymard

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Débats sur le fichier électoral en Guinée, jusqu’où ira Alpha Condé ?

Les vieux démons semblent être de retour en Guinée Conakry à la faveur des préparatifs des élections législatives prévues pour la fin de l’année. L’inimitié mal contenue que se vouent mutuellement le chef de l’Etat Alpha Condé et son challenger de la présidentielle de novembre 2010, Cellou Dalein Diallo, devenu son principal opposant, refait surface. En effet, les deux hommes s’étripent par rapport au fichier électoral. Le candidat malheureux de la dernière présidentielle s’oppose à la volonté de l’opposant historique devenu chef de l’Etat, de faire un nouveau recensement en vue de disposer d’un nouveau fichier électoral. Il est aussi farouchement contre la volonté du président de la république de donner l’organisation des législatives à venir au ministère de l’Administration du territoire et de la Décentralisation (MATD). Les esprits s’échauffent à l’orée des législatives comme ce fut le cas pendant l’entre-deux tours. A l’époque, les débats avaient fait rage avec la proposition du Premier ministre de la transition, Jean-Marie Doré, de réviser la Constitution pour faire jouer un rôle de premier plan au ministère de l’Administration du territoire et des Affaires politiques (MATAP) d’alors dans l’organisation du second tour au détriment de la CENI qui n’avait pas bien organisé la première manche du scrutin. On croyait la question définitivement tranchée mais elle resurgit avec l’intention prêtée au professeur Alpha Condé de mettre sur la touche la CENI dans le pilotage des prochaines législatives. Par contre, concernant la révision du fichier électoral, le chef de l’Etat ne fait pas mystère de ses intentions. Chaque fois qu’il en a l’occasion, il ne cesse de marteler que le fichier en question comporte des anomalies dont la correction passe par un nouveau recensement du corps électoral. A ce niveau, on a du mal à suivre le professeur de droit. Le fichier en question n’a pas encore une année d’existence et n’a donc pas pris des rides au point qu’il faille le substituer à un autre. Tout ce qu’il demande, c’est juste une réactualisation consistant d’une part à y faire entrer les jeunes qui n’avaient pas l’âge requis pour voter (18 ans) au moment de sa confection et d’autre part, à l’expurger des morts et éventuellement de tous ceux qui ont perdu leurs droits civiques. Pour cela, on n’a pas besoin de tout chambouler, de tout reprendre à zéro. La révision partielle qu’il faut faire ici permet de gagner en temps et en ressources financières. En effet, ce serait un pari difficile à relever que de vouloir effectuer un nouveau recensement pour disposer à temps d’un fichier pour les législatives en fin d’année. En outre, le nouveau recensement nécessitera un financement pour lequel la Guinée pourrait être amenée à se tourner vers des bailleurs de fonds extérieurs. Il est permis de douter que les bailleurs délient les cordons de la bourse au regard de la tournée effectuée par Cellou Dalein Diallo dont l’objectif est de convaincre les pays occidentaux de ne pas favoriser le projet de son challenger. Alpha Condé s’acharne contre un fichier sur la base duquel il a été élu, il y a à peine une année, sans l’avoir jamais ouvertement remis en cause. Aujourd’hui, avec son attitude, on se demande s’il n’est pas lui-même intimement convaincu qu’il n’a pas été bien élu, auquel cas il veut changer le fichier après coup pour se donner bonne conscience. A vrai dire, Condé doit souvent savoir mettre de l’eau dans son vin et voir les intérêts du pays plutôt que ceux de son seul camp. Il a intérêt à signer un pacte de non-agression avec Dalein Diallo qui peut bien nuire à son mandat s’il estime être payé en monnaie de singe après avoir renoncé, au nom de la paix sociale, à contester les résultats de la présidentielle dont il continue à se considérer comme le véritable vainqueur.

Séni DABO, le pays

GUINEE : Cellou Dalein Diallo se prononce sur les 100 jours de pouvoir du Professeur Alpha Condé

Le jeudi dernier, le président de l’UFDG a fait une conférence de presse. Une occasion pour Cellou Dalein Diallo de revenir sur la répression contre les militants et sympathisants de son parti lors de son retour le dimanche dernier et aussi faire un bilan de 100 premiers jours du Président Alpha Condé au pouvoir. Voici le discours préliminaire qu’il a eu à prononcer avant de se prêter aux questions des journalistes.

« Messieurs les Journalistes,

Mes Chers amis,

Je vous remercie de votre présence à cette conférence de presse que je voudrais dédier à la défense de nos libertés. C’est dans cet esprit que je salue tous les guinéens qui sont conscients que l’on ne défend pas la liberté dans le renoncement.

Au premier rang, les militants de mon parti qui, au nom de cette liberté, ont tenu à me réserver ce majestueux accueil de Dimanche dernier. Comment ne pas être heureux et fier de l’ampleur de cette mobilisation, de la chaleur fraternelle qui l’a entouré et de la détermination qu’elle a démontrée face aux forces de la répression. Elle a, sans aucun doute, ébranlé ceux qui sont là où ils ne devraient pas être et qui croyaient que leur besogne avait réussi à nous affaiblir.
Oui, nous restons debout, avec la même foi en Dieu et en ses décisions mais aussi avec la volonté inébranlable d’atteindre nos objectifs politiques. Permettez-moi de saluer ce courage et cet engagement de nos militants, d’exprimer ma profonde reconnaissance pour leur fidélité en ma personne et de rassurer que je ne ménagerais aucun effort pour continuer à être à la hauteur de leur confiance et de la responsabilité qui l’accompagne.

Mon rôle est d’être au milieu d’eux et de montrer le chemin. Et je vais le faire.Mes Chers amis,Dans notre mémoire collective, 2010 sera à jamais une année d’une profonde déception pour le revers de notre espérance politique et d’une grande colère pour les injustices et les violences dont nous avons été l’objet. Toutes nos pensées de compassion et de solidarité aux victimes, à ceux qui ont perdu des proches et des biens, aux femmes violées, aux déplacés de Siguiri et Kouroussa et aux personnes arrêtées, emprisonnées et parfois torturées. A nos morts, je voudrais vous demander une minute de silence. Merci.Mes Chers amis,Vous les journalistes, vous savez mieux que personne combien aurions nous été fondé de refuser le scénario de l’élection présidentielle écrit d’avance, sans nous !

Que les coupables de cette forfaiture ne se trompent pas en croyant que nous avons accepté l’inacceptable par fatalisme ou par résignation.Notre choix de la paix et de la stabilité pour notre pays et pour la sous région tient de notre ses des responsabilités que le monde entier a d’ailleurs reconnu et salué. Ce parti pris au lieu d’inspirer, à ceux qui en ont tiré profit, un discours rassembleur pour que la nation se retrouve avec elle-même, après les profondes blessures causées par l’arme électoraliste et démagogique de l’empoisonnement bidon, c’est plutôt l’arrogance, la haine l’intolérance et l’affrontement qu’ils exacerbent.

Mais nous mettons en garde toute gouvernance qui ne respecterait pas les droits des guinéens, de tous les guinéens ou qui essaierait de dresser les guinéens les uns contre les autres. Il ne faut jamais oublier que le sentiment d’exclusion et de discrimination crée le besoin de violence.C’est pourquoi nous conseillons ceux qui ont utilisé, avec cynisme, tous les moyens pour atteindre leur objectif de pouvoir, de retrouver la sagesse nécessaire à la préservation du tissu social et à la sauvegarde de la cohésion nationale.

Mes Chers amis,D’autres occasions me seront offertes pour montrer combien ce nouveau pouvoir est inefficace t illusoire par son impréparation à gouverner et son impuissance face aux nombreux défis socio-économique qui confrontent le quotidien des guinéens.Ces décisions et contre décisions qui ont fait du changement tant déclamé objet de raillerie populaire !

Ce gouvernement aussi pléthorique que pusillanime dont l’expertise laisse à désirer alors que l’amateurisme n’est plus de raison dans la conduite des affaires publiques ! Cette gestion clanique et ces dons à des copains sur le patrimoine de l’Etat pour services rendus dans le passé ! Que n’aurait-on à dire sur ces 100 jours et ces 1000 serments violés ! Mes Chers amis,

Mais aujourd’hui, il y a plus important : les 100 jours ont démarré dans le sang et finissent dans le sang, c’est-à-dire dans la négation de nos libertés. C’est la défense des principes de notre démocratie qui contient tous les combats y compris celui du pain. C’est le respect scrupuleux de notre constitution, dogme sur lequel il ne nous est pas possible de transiger.

Cette intransigeance nous est imposée par nos morts pour nos libertés, car celles-ci ne sont ni un don de la nature, ni un privilège du destin.Oui nos libertés chèrement acquises sont aujourd’hui menacées, le texte sacré qui les contient est bafoué par son gardien. Je m’adresse à tous les guinéens, sans exclusive, pour qu’on se rassemble et qu’on se retrouve. Pour la démocratie. Et contre tout ce qui la menace. A ceux qui sont subitement devenus amnésiques des luttes qui leur ont permis d’être au lieu de pouvoir om ils font montre d’un autoritarisme d’une autre époque, nous devons leur rendre à tous ce qui touche à nos libertés.

Mes Chers amis,pour cette lutte pour notre démocratie, je sais que beaucoup d’entre vous les journalistes, je ne pense pas aux opportunistes qui ont le destin des feuilles mortes, seront au premier rang du combat. En tout cas, moi, pour reprendre le mot de Léon BLUM, je serais un homme dans un homme et avec les guinéens rassemblés et debout nous refuserons que de nouveau, la nuit de la dictature tombe sur notre pays.

Je vous remercie. »

Le Jour

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