Le Blog de Aymard

La liberté d'expression dans sa quintessence

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BENIN : Allocution de Gaston K. Azoua, S.G. de la CSTB au grand meeting du 06 avril 2011 à la Bourse du Travail

Camarades et chers amis,

Les travailleurs et la jeunesse sont en train de créer une nouvelle tradition depuis l’avènement du régime dit du Renouveau : se réunir régulièrement au cours des élections présidentielles pour faire entendre leurs voix, pour indiquer leur volonté et se battre pour son triomphe. Ainsi nous avons lutté contre les élections frauduleuses et déclaré ouvertement que tout vainqueur de ces élections serait frappé d’illégitimité. Le pouvoir de Boni YAYI qui était l’organisateur de ces fraudes a été déclaré vainqueur de ces élections et le monde entier peut se rendre compte qu’il s’agit d’une mascarade, d’un hold-up électoral où la souveraineté du peuple a été niée, piétinée, bafouée. La honte couvre le pays. Mais plus grave, c’est qu’à la fraude s’ajoutent la répression de tout contestataire, les états de sièges des villes, la violation de la liberté d’expression et de presse. Seuls les zélateurs du vainqueur de la fraude ont droit à la parole et à la presse.

A tous ces épigones, je leur dis de la façon solennelle en me faisant aider de La Bruyère : sans liberté de critique, il n’y a pas d’éloge flatteur..Les thuriféraires de la HAAC et autres sont mis à nu et condamnés d’avance par l’histoire. Mais ce que tout cela montre, c’est que les libertés chèrement conquises sont en danger. Une nouvelle autocratie s’abat sur le pays, un nouvel autocrate s’installe pour opprimer et exploiter davantage les travailleurs et les peuples. Les travailleurs et les peuples, tous les démocrates et patriotes sont devant un défi : résister jusqu’au renversement de la nouvelle autocratie.

Les travailleurs et la jeunesse qui ont été au cœur de la résistance ont un rôle central à jouer. C’est heureux que nous en prenions de plus en plus conscience en prenant des résolutions indiquant que tout pouvoir désormais doit se baser sur la volonté des travailleurs et des peuples. Jusqu’à présent, les travailleurs se battent, mais au bout, ils s’arrêtent et laissent d’autres se faufiler au pouvoir sous le prétexte de ne pas faire de la politique. Mais aussitôt, la politique des nouveaux dirigeants les rattrape et les travailleurs, producteurs des biens, sont obligés encore de tendre la gamelle pour réclamer un peu de bien être. Il faut que cela s’arrête maintenant

Les impérialistes, leurs théoriciens et journalistes présentent le pouvoir d’Etat comme un organe neutre dont la nature et la forme dépendent seulement de celui qui l’exerce.

Mais, le pouvoir d’Etat n’est pas neutre. Il n’appartient pas à tout le monde mais à la classe sociale qui le détient. Dans notre pays, le pouvoir depuis la colonisation appartient à la haute bourgeoisie coloniale puis néo-coloniale. Le système politique en place exclut, opprime et exploite les travailleurs salariés, les paysans et artisans, piétine nos langues et cultures, étouffe notre émancipation et empêche tout développement. Vu le constat de léthargie cinquante ans après notre indépendance, vu le constat d’enlisement dans la corruption vingt ans après la conférence nationale, il faut des mesures patriotiques pour notre émancipation et notre décollage réel. Le succès de la lutte au quotidien contre l’arbitraire, contre la confiscation et l’exercice du pouvoir personnel, contre le pillage et les bradages des ressources nationales exige des mesures à la portée de chaque citoyen, exécutables par lui. Ainsi :

1-Garantie des libertés Libertés politiques complètes pour les travailleurs et les peuples. Jugement et châtiment des tortionnaires et des auteurs de violation des libertés des travailleurs et des peuples. Châtiment des fraudeurs et des corrupteurs pendant les élections

2.- De la désignation des Directeurs Généraux, gestionnaires du bien public Election et révocabilité sur la base de critères à définir par l’Assemblée Générale des travailleurs. Le pouvoir appartient aux travailleurs.

3.- Suivi et contrôle de la gestion du bien public Assemblée Générale des travailleurs et/ou des usagers concernés avec leurs comités. Publication des accords ainsi que des contrats avec les adjudicataires. Félicitations des dirigeants méritants. Sanctions des auteurs de pillage et de mauvaise gestion à déférer à la justice. Les travailleurs étant les mieux placés pour connaître de ces faits.

4.- Rémunération des dirigeants Réduction des salaires et avantages des dirigeants. Aucun salaire de dirigeants de l’Administration ne doit dépasser celui du professeur d’université. Amélioration de la rémunération et des avantages des basses couches. Réduction de l’échelle des rémunérations. Lutte contre la corruption par les Comités et Assemblées générales des travailleurs.

5.- Langues officielles et d’instruction Aucun privilège pour aucune langue. Toutes les langues parlées sont langues officielles. Instruction de chacun et de tous à partir de sa langue maternelle, à commencer par les adultes. Organisation de l’instruction et de l’éducation de masse avec utilisation de tous les outils de communication, notamment l’Internet.

6.- La liberté de produire Aide matérielle en formation et accès aux crédits aux entrepreneurs nationaux et notamment aux artisans organisés en coopératives sous des formes diverses. Facilités fiscales à ces entreprises. La recherche scientifique et technique orientée vers les besoins nationaux.

7.- Sauvegarde du patrimoine national Maintien et gestion rigoureuse des entreprisses publiques. Retour dans le patrimoine public des entreprises des secteurs stratégiques de l’économie nationale . La terre est propriété éminente de l’Etat.

8.- Attitude vis-à-vis des ressources traditionnelles Appui et déploiement de toute la richesse du passé. Autonomie administrative jusqu’au niveau du village et quartier de ville. Langues locales comme langues d’instruction et d’administration. Dans chaque village et quartier de ville : Justice locale aux mains des notables dans des tribunaux de conciliation ; Centre de santé associant médecins modernes et guérisseurs traditionnels reconnus comme agents de santé public ; Bureau de poste avec connexion à l’Internet ; les chasseurs et les brigades de jeunes reconnus en tant que force de sécurité officielle. Il s’agit bien de conquête de droits nouveaux démocratiques afin d’aller de l’avant ; droits à inscrire dans une nouvelle Constitution qui doit prévoir, à côté d’une chambre de députés, une Chambre des Nationalités, composée de représentants des dignitaires traditionnels qui aura pour tâche d’apprécier la conformité des lois votées par l’Assemblée nationale avec les traditions positives de nos peuples.

Voilà ce qui distingue le pouvoir des travailleurs et des peuples de tous les pouvoirs connus dans notre pays jusqu’à ce jour. Le gouvernement, mis en place en concertation avec leurs représentants, est alors mandataire des travailleurs et des peuples, des producteurs nationaux. C’est l’exemple que nous donne la COSATU, organisation syndicale d’Afrique du Sud avec l’ANC et le Parti Communiste d’Afrique du Sud. C’est tout cela qui nous motive, lorsqu’on prend en considération le programme liberticide et antinational de Boni YAYI déclaré élu par imposture, pour poursuivre le combat. On ne peut accepter les bras croisés le déploiement d’une nouvelle autocratie. C’est l’occasion d’en finir avec toute autocratie et d’établir enfin la souveraineté réelle du peuple, le gouvernement réel du peuple par le peuple et pour le peuple, le pouvoir des travailleurs et des peuples du Bénin. C’est là une véritable révolution dont le chemin nous est encore montrée par les peuples tunisien, égyptien.

Vive la révolution !

Vive le pouvoir des travailleurs et des peuples !