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Jacques Dupuydauby à Mediapart : « On est passé de la ‘Françafrique des mallettes’ à la ‘Sarkafrique des concessions »

Jacques Dupuydauby

L’industriel Jacques Dupuydauby dénonce les pressions de l’Elysée sur les chefs d’Etat africains pour assurer des concessions portuaires au groupe Bolloré.

« Quand Vincent Bolloré s’implante quelque part, il utilise le président français comme son VRP de luxe », déclare Jacques Dupuydauby.

« On est passé des mallettes de Robert Bourgi, qui étaient un secret de Polichinelle, à quelque chose de beaucoup plus fort. On est passé de la ‘Françafrique des mallettes’ à la ‘Sarkafrique des concessions’ « , déclare Jacques Dupuydauby, l’ancien dirigeant du groupe portuaire Progosa, lors d’un entretien accordé au site Mediapart, le 24 octobre. L’homme d’affaires franco-espagnol accuse Nicolas Sarkozy d’exercer des pressions sur plusieurs présidents africains pour implanter et maintenir son ami, l’industriel Vincent Bolloré.

Nicolas Sarkozy sur le Yacht de Vincent Bolloré en mai 2007

Le prêt du yacht Le Paloma, de l’homme d’affaires français, au président fraichement élu, avait révélé les liens étroits entre les deux hommes.

« Chantage d’Etat »

« Quand Vincent Bolloré s’implante quelque part, il utilise le président français comme son VRP de luxe. Nicolas Sarkozy, de son côté, met dans la balance les relations franco-africaines et fait des pressions », affirme le récent retraité qui assure avoir les confidences de plusieurs présidents africains dont Faure Gnassingbé (Togo) et Denis Sassou-NGuesso (Congo). « Je n’avais jamais connu cela auparavant », déclare l’ancien vice-président du groupe Bouygues, proche des réseaux chiraquiens, qui n’hésite pas à parler de « chantage d’Etat ».

Le président congolais, Sassou-NGuesso, aurait confié à l’ancien président de Progosa qu’il ne pouvait plus lui attribuer le port de Pointe Noire suite au veto de Nicolas Sarkozy. La société aurait aussi perdu le port de Douala après que le président français ait déclaré à son homologue camerounais, Paul Biya : « C’est pas Dupuydauby qui viendra vous exfiltrer lorsque vous serez encerclés dans votre palais », selon l’homme d’affaires en conflit depuis plusieurs années avec son rival en Afrique Vincent Bolloré. L’Elysée serait aussi intervenu en Côte d’Ivoire auprès d’Alassane Ouattara pour que la multinationale française conserve son monopole sur le port d’Abidjan. L’industriel franco-espagnol pointe également l’intervention de Claude Guéant en Libye pour que l »intime du président » obtienne le port de Misrata.

« Système Sarkozy en Afrique »

Au Togo, en 2009, Jacques Dupuydauby perd la concession du port de Lomé, que sa société détenait depuis 2001, au profit du groupe Bolloré. Le président, Faure Ganassingbé, aurait prévenu l’homme d’affaires des tractations de l’Elysée dans cette affaire. Condamné en décembre 2010, juste après son éviction, à 20 ans de prison ferme par le tribunal de Lomé pour « abus de confiance », « délit d’escroquerie », « usage de faux », « groupement de malfaiteurs »…, l’ancien président de Progosa dénonce un complot « orchestré par Vincent Bolloré » et soutenu par le controversé Charles Debbasch, conseiller juridique de la présidence togolaise, condamné en France dans l’affaire Vasarely.

L’homme d’affaires réclame « l’ouverture d’une commission d’enquête parlementaire sur le ‘système Sarkozy en Afrique' ». Il rappelle que le député socialiste, Jean Launay, avait déjà posé en octobre 2010 une question au gouvernement sur les pressions de Nicolas Sarkozy en faveur du groupe Bolloré au Togo, sans démenti du ministre des affaires étrangères de l’époque, Bernard Kouchner.

Les accusations de l’industriel prononcées contre le chef de l’Etat font suite à celles déjà formulées dans le livre « Sarko m’a tuer »de Gérard Davet et Fabrice Lhomme, publié en août. En 1983, Nicolas Sarkozy, alors maire de Neuilly, aurait proposé au jeune entrepreneur des prestations fictives de son cabinet d’avocat dans le but de financer son ascension politique. Des confidences qui n’avaient donné lieu à aucune poursuite de l’Elysée.

La politique africaine du président de la République, lourdement remise en question par les affaires Takieddine, Bourgi et Djouhri, est une nouvelle fois entachée par ces nouvelles dénonciations de clientélisme. Et reste bien éloignée de la profession de foi prononcée à Cotonou en 2006, par le candidat de « la rupture », qui promettait pour l’Afrique « une relation nouvelle, assainie, décomplexée, équilibrée, débarrassée des scories du passé. »

Ronan Kerneur – Le Nouvel Observateur

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Kadhafi – Sarkozy : N’oublions jamais !

Le régime de Kadhafi s’effondre, et tant mieux pour les libyens comme pour la liberté en général … En espérant que la Libye ne tombe aux mains de militaires ou d’islamistes radicaux !

Mais en dehors de cette « bonne nouvelle » pour le droit des peuples et la démocratie, il est douloureux de constater que la France s’est comportée au fil du temps d’une manière indigne à l’égard de ce pays tyrannisé depuis très longtemps par un despote sans scrupules.

N’oublions jamais que notre Pays a vendu des armes à la Libye sans se poser des questions sur la nature de cette transaction.

Ainsi, l’actuel ministre de l’Intérieur, Claude Guéant a été le pivot des contrats entre la France et Mouammar Kadhafi entre 2005 et 2007 alors qu’il était directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy (lui-même alors ministre de l’Intérieur), puis lorsqu’il a été secrétaire général de l’Elysée au moment où le même Nicolas Sarkozy est devenu Président de la République (sources Médiapart).

N’oublions jamais que le Président Sarkozy a reçu en personne le 10 décembre 2007 le colonel Kadhafi pour une visite de cinq jours afin de conclure certains contrats (dont la vente d’armes) dont l’effroyable effet a été de légitimer et d’armer ce dangereux dictateur.

N’oublions jamais qu’à l’époque, Nicolas Sarkozy n’a pas hésité à se réjouir des importants contrats signés avec la Libye. Le Président a même évoqué alors une dizaine de milliards d’euros de contrats.

N’oublions jamais aussi qu’un accord nucléaire avait été envisagé sérieusement par la France (et par l’Elysée) pour installer un réacteur nucléaire sur le sol libyen afin de fournir l’énergie à la désalinisation de l’eau de mer. La République française était donc prête à nucléariser une dictature sanglante…

Ainsi, sans aucun doute, Nicolas Sarkozy savait pertinemment que Kadhafi utiliserait toutes les armes vendues pour écraser son peuple et le martyriser.

La France a été complice des massacres survenus en Libye, et le gouvernement s’est trouvé dans la situation de s’expliquer sur les ventes d’armes au dictateur sanguinaire.

Mais l’Elysée ne pouvant fournir d’explications sérieuses, Sarkozy a préféré « retourner sa veste » dans un esprit de « politiquement correct ». Et c’est ainsi que la France s’est décidée de vendre (en catimini et l’insu de l’Otan) des armes aux rebelles libyens, pour cette fois … se débarrasser de Kadhafi. Au final, le gouvernement français s’immisce désormais dans la politique libyenne en passant certainement de nouveaux accords avec le Conseil National de Transition (CNT) pour continuer les ventes d’armes, de quoi satisfaire très largement Ziad Takieddine, ami du Président et de son clan : Jean-François Copé patron de l’UMP, Brice Hortefeux conseiller de l’Elysée et ancien ministre de l’Intérieur, Pierre Charon conseiller personnel du Président de la République, Thierry Gaubert, ancien collaborateur de Sarkozy, etc … etc…

N’oublions jamais que le pouvoir sarkozyste a toujours été mêlé aux accords les plus vils avec les dictateurs de ce monde : aujourd’hui la Libye, sans oublier également la Syrie, hier la Tunisie, l’Egypte pour ne citer que les principaux.

En ce qui concerne donc la Syrie, n’oublions jamais que le Président Sarkozy était jusqu’à maintenant un grand ami du dictateur Bachar El Assad, l’affreux sanguinaire qui massacre depuis des mois son peuple dans un grand silence international.

Même scénario que pour la Libye : Sarkozy commence à lâcher « le boucher syrien » pour se donner une bonne image face à l’opinion publique. Lamentable !

J’arrête ici mes commentaires, mais je pourrais écrire encore des dizaines de pages sur la politique internationale détestable de la gouvernance Sarkozy.

Mais que chacun se fasse son idée de l’ère sarkozyenne, c’est le rôle élémentaire de chaque citoyen.

N’oublions jamais ce qui vient de se passer depuis bientôt cinq années, comme nous n’avons jamais oublié les heures douloureuses que vécut la France, lorsqu’à certaines époques, le pouvoir français se lia avec des despotes ou des chefs d’Etat peu recommandables.

Pierre-Alain Reynaud

Site internet : http://www.pierre-alain-reynaud.com

cafe.republicain@gmail.com

De la Politique Africaine de Sarkozy par Olympe BHÊLY-QUENUM

Il faut ressasser certains propos : l’exigence en est l’amnésie des gens ou leur rétivité à sous-estimer les maux et les blessures qui ne sont pas les leurs ; le 19 mai 2006, Nicolas Sarkozy se présenta à Cotonou ès qualités candidat de la « rupture » ; coutumier des idées fixes à géométrie variable, il déclarera dans son programme: « Je favoriserai le développement des pays pauvres, en cessant d’aider les gouvernements corrompus ».

La même année, il pérora à Bamako : « La France, économiquement, n’a pas besoin de l’Afrique. Les flux entre la France et l’Afrique représentent 2% de notre économie. »

Son arrogance et son dédain m’ont fait revenir à l’esprit la réflexion du grand philosophe juif Emmanuel Levinas déjà citée dans ma riposte[1] : « Revenir à soi, ce n’est pas s’installer chez soi, fût-on dépouillé de tous acquis ; c’est, comme un étranger, être pourchassé jusqu’à chez soi, contesté dans son identité et dans sa pauvreté même. »[2]

L’insulte ni l’humiliation ne l’empêchaient pas de recourir à la supercherie révélée par La Lettre du Continent : «[….] le candidat de l’UMP cloisonne ses relations avec les dirigeants africains à travers une myriade d’émissaires. C’est ainsi avec son seul directeur de campagne, Claude Guéant, qu’il voit les émirs du golfe de Guinée comme le doyen Omar Bongo ou le président Denis Sassou Nguesso. C’est l’ancien ministre Olivier Stirn qui le représentait, le 3 avril à Dakar à l’investiture du président Abdoulaye Wade. Officiellement les dossiers sont gérés par le conseiller diplomatique David Martinon avec Pierre Régent et un jeune diplomate “africain” Bons Bouton. Parmi les secrétaires nationaux de l’UMP, les ex-ministres .Jacques Godfrain et Hervé de Charrette, ne sont pas avares de notes, de même que Michel Barnier.»

On pourrait y ajouter François Jay de la SEM Coopération 92 ; à son sujet, on a pu lire : « Sarkozy a par ailleurs recruté François Jay, un ancien de Bolloré » dans Lettre du continent n°210) qui souligna : « Bunkérisés dans l’Hexagone […] les candidats à la présidence de la République française n’ont pas vraiment eu l’occasion (ou cherché) de définir ce que seront leurs rapports avec l’Afrique…L’équation Afrique/immigration a totalement pollué toute perspective de nouvelles relations avec un continent dont les extraordinaires potentialités sont aussi fortes que sa capacité de nuisance. »

Pas un journal de l’Hexagone ne faisait allusion à l’ambiguïté des méthodes du candidat ; sidéré, j’ai à maintes reprises reproduit les informations ci-dessus dans mes interventions encore présentes à la rubrique Politique de mon site : www.obhelyquenum.com

Le pire étant toujours possible quand on n’a pas la moindre idée du terrain sur lequel on s’avance, élu président de la République française, ex-Mère Patrie de l’Afrique francophone régentée par un cancer dénommé Françafrique, Monsieur Nicolas Sarkozy fit entendre à Dakar, à l’Université Cheikh Anta Diop :

« Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. »

À moins qu’il ne soit dénaturé ou un paria, quel Africain oubliera ce coup de massue, poncif hégélien crânement raciste ? Qu’à cela ne tienne, puisque « l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire », il était légitime, en 2007, de ne faire aucun cas de ce fait historique : « après les accords de Munich, la France affaiblie n’aurait jamais pu se maintenir parmi les grandes puissances, sans ses colonies en tant qu’alliées. »[3]

Depuis l’innommable discours de Dakar, il y a eu en Afrique des élections présidentielles dont certaines, sans être exemplaires, avaient le mérite d’avoir été un tant soit peu démocratiques ; mais en 2011, trucages, irrégularités, truanderies ont atteint leur apogée au Bénin par une forfaiture répréhensible dont la conséquence aurait dû être l’annulation d’une telle mascarade; dans le creuset du Vodún court maintenant le bruit que le chef d’Etat failli du pays piégé envisagerait la révision de la Constitution ; le peuple ainsi que les artistes de l’ex-colonie française dont la servilité du Premier magistrat est accablante auront-ils le courage des Sénégalais? Ils ont infligé au président Wade une défaite qu’illustre le savoureux apophtegme de Montaigne selon lequel « plus haut monte le singe, plus il montre son cul ».

La déconfiture du projet du grand juriste également homme de culture qu’est Abdoulaye Wade est due, «aussi » m’a écrit un ami, « à la mobilisation des intellectuels et des artistes parmi lesquels le rappeur Didier Awadi rejoint par Youssou N’Dour »

Ne s’étant pas compromis, ils n’en endossaient pas les boubous de compradors; que le projet  de Wade s’en soit allé en eau de boudin est une autre preuve que celui qui, depuis Paris, s’impose avec tant d’autorité aux chefs d’Etat de l’Afrique francophone, a précisément l’avantage qu’eux-mêmes lui laissent pour les ridiculiser, voire les détruire ;candidat unique de l’UMP à l’élection présidentielle de 2012, il a dû éprouver le camouflet de son soutien rapporté par Le Canard enchaîné; chercher à associer Barack Obama à la politique africaine de la France sous le règne de Nicolas Sarkozy est une démarche dont la stupidité a dû faire pouffer l’African-American de la Maison Blanche.

C’est la perspicacité de Maryvonne, ma femme, qui a attiré mon attention sur l’article du Canard enchaîné[4] dont je conseille la lecture : à visage découvert, la politique africaine de la France est régulée par le cancer Françafrique ; grâce aux compromissions des chefs d’Etat, celles aussi, hélas ! de certains intellectuels et artistes qui auraient dû se constituer en un contre- pouvoir infaillible, l’Afrique francophone demeure le sempiternel vassal de quelques coteries qui la hongrent.

La Chine s’en amuse, surfe en creusant ses sillons. Quel Africain loyal s’en plaindrait ? Çà et là en Grèce, dans une rue, au marché comme dans un grand magasin, je les ai vus s’exprimer en grec avec des Grecs. Combien de Français bon teint résidents en Afrique sauraient en faire autant ?

Olympe BHÊLY-QUENUM


[1] www.obhelyquenum.com (cf.rubrique POLITIQUE)

[2] Entre-nous. Essais sur le penser-à-l’autre.

[3] Simone Weil.cf.Œuvres, collection Quarto.édits Gallimard, Paris.

[4] N°4733 du 03/07/11.

DSK ou l’impossible retour…

“C’est encore du parole contre parole et cette fois sans même les constatations médico-légales… », commente-t-on dans les milieux proches du Palais de justice de Paris. La plainte pour tentative de viol contre DSK déposée dans la capitale française par Tristane Banon, huit ans après les faits allégués, est-elle plus crédible que les accusations portées à New York par Nafissatou Diallo ? Rien n’est moins sûr alors que beaucoup s’interrogent sur la personnalité pour le moins « fragile » de cette jeune journaliste et écrivaine qui, après avoir colporté son histoire dans le tout-Paris mondain et jusque sur un plateau de télévision, a tergiversé pendant près d’une décennie avant de saisir la justice. Un rebondissement plus médiatique que judiciaire qui tombe à pic. Il a surtout de forts relents de règlement de compte politique si l’on en juge par les déclarations de la mère de la plaignante, Anne Mansouret, vice-présidente socialiste du Conseil général de l’Eure (un moment candidate à la primaire), mettant en cause François Hollande qui aurait été au courant de faits. La réplique du député de la Corrèze qui dénonce un climat « détestable » a donc été cinglante : « Lorsqu’il se passe un événement, c’est à la victime supposée de porter plainte et le plus tôt est le mieux ! » Or Anne Mansouret avait justement reconnu avoir dissuadé sa fille de porter plainte mais c’était, il est vrai, à une époque où elle nourrissait de grandes ambitions politiques…

Primaire polluée

Une chose est certaine, l’affaire DSK n’en finit plus de polluer la primaire socialiste. Les revers subis par le procureur de New York et l’éventuel abandon des charges contre l’accusé, loin de détendre l’atmosphère au PS, ont relancé les spéculations les plus hasardeuses sur son retour possible dans la course à l’Élysée. Les militants qui croyaient avoir terminé leur deuil se retrouvent avec un fantôme qu’ils ne savent trop comment accueillir. Du coup, la campagne de la primaire qui venait de prendre péniblement son envol s’est mise à tanguer dangereusement. Tous les candidats ont donc dû se positionner par rapport à cette hypothèse d’un retour, même si, comme le dit Benoit Hamon, « c’est la plus faible des probabilités ». C’est, à n’en pas douter, ce qu’espère le porte- parole du PS et il n’est pas le seul même si d’autres préfèrent donner le change. L’agenda politique du PS ne correspond toujours pas avec celui du tribunal de New York dont la prochaine audience (décisive ?) est prévue le 18 juillet, mais la date limite de clôture des candidatures est fixée au 13 juillet. Dilemme. « S’il faut la repousser à la fin de l’été pourquoi pas ? » suggère François Hollande, soucieux de donner une image très fair-play et qui a donc été le premier à ouvrir la porte à cette éventualité. Si l’ex-grand favori des sondages peut et veut revenir, « Personne n’osera lui opposer un quelconque calendrier » lâche Martine Aubry. En réalité, la première dirigeante du parti est de loin la plus pénalisée par les rebondissements imprévisibles de cette affaire. DSK et Aubry étaient liés, on le sait, par ce fameux pacte de non concurrence passé à Marrakech. Or, tant que l’ombre du premier continue de peser sur la primaire, c’est la crédibilité de la seconde qui est entachée. Dans le duel qui l’oppose à François Hollande le rapport de force interne devrait être favorable à la maire de Lille. Sa machine est bien huilée, programmée pour monter en puissance, mais pour l’heure « ça rame » avoue l’un des proches d’Aubry. Sa candidature était trop annoncée à l’avance pour faire le buzz et surtout son plan média a été parasité par la désignation de Christine Lagarde au FMI et surtout par le coup de théâtre de New-York.

Complot et officines

Difficile de faire du social et de s’occuper des vrais dossiers qui intéressent les Français, comme dirait Martine Aubry, alors qu’une grande partie de l’appareil reste polarisé sur « l’affaire », à la grande satisfaction de la droite. Ainsi, la théorie du complot a refait surface avec la charge du député PS François Loncle qui évoque des « connexions entre le groupe Accor et certaines officines françaises » ainsi que des liens troubles avec l’Élysée. La chaîne hôtelière française propriétaire du SOFITEL de Manhattan s’insurge dans un démenti virulent mais un coup de téléphone qui a suivi l’interpellation de DSK fait polémique. Il a été passé par le directeur de la sécurité du groupe Accor René Georges Querry, par ailleurs ex-patron de l’anti-gang et de l’Unité de coordination pour la lutte anti-terroriste, pour annoncer la nouvelle à son ancien collègue Ange Mancini, coordinateur national du renseignement et bras droit de Roger Squarcini, patron de la sécurité intérieure, un proche de Nicolas Sarkozy. Le chef de l’État était aussitôt avisé. A noter que le ministre de l’Intérieur Claude Guéant ne conteste pas le fait, mais n’y voit qu’une procédure normale et il dénonce des « insinuations odieuses ».

Sacrilège ?

A cela s’ajoutent d’autres questions sans réponse sur le statut exact de Nassifatou Diallo dans le grand hôtel new-yorkais dont la direction la présentait comme une « employée modèle » ! On se rappelle aussi que, dans la nuit du 14 mai à 22h59 sur Twitter, un internaute envoie le message suivant : « Un pote aux États-Unis vient de me rapporter que DSK aurait été arrêté par la police dans un hôtel à New York il y a une heure ». Personne, en France, n’est alors au courant de cette affaire. La source est un employé du Sofitel et l’auteur du message un certain Jonathan Pinet… est militant UMP. Seuls les naïfs peuvent se voiler la face, ce mélange des genres un peu douteux qui verrait les coulisses d’un grand hôtel servir de couverture à des activités parallèles ou de renseignement n’existe pas que dans les polars. De là a échafauder la thèse d’une manipulation pire d’un « attentat politique », comme l’assène Michèle Saban élue socialiste et passionaria de la cause strauss-kanhienne, il n’y a qu’un pas vite franchi par les inconditionnels, ce qui n’est pas du goût de tous. « Bien évidemment, si l’on s’en tient à cette lecture des événement, DSK n’est qu’une victime et n’est pour rien dans les frasques qui depuis quelques années ont secoué de façon récurrente sa vie privée et sa carrière politique jusqu’au séisme de Manhattan » s’emporte-t-on dans le sillage d’Arnaud Montebourg, le trublion du parti où l’on n’a pas peur d’être sacrilège.

L’autre péché

A droite aussi on semble un peu dépassé par ce scénario. On répète que le problème est chez les socialistes, mais les avis divergent. Intox ou conviction, dans l’entourage de Nicolas Sarkozy on affirme ne plus avoir peur de DSK. « Ceux qui militent pour son retour politique à la faveur d’un non-lieu font un acte de foi, mais ils font aussi l’impasse sur l’essentiel. Il a été happé par la machine judiciaire et médiatique américaine. Son image a été broyée, puis remodelée. Son profil machiste de dragueur impénitent et lourd et ses appétits sexuels resteront collés à sa peau. « Mais en France, il y a péché plus grave encore que le sexe, c’est l’argent » avance un communicant proche de l’Élysée. Il est vrai que l’ancien patron du FMI n’a pas eu le choix. Il lui a fallu mettre en œuvre (grâce à son épouse Anne Sinclair) des ressources financières colossales, des millions de dollars versés en direct devant les caméras de télévision pour payer sa caution, ses avocats, ses enquêteurs, sa propre surveillance et se loger à prix d’or dans le quartier le plus huppé de Manhattan. Les électeurs de gauche qui s’apprêtaient à le plébisciter ont pu mesurer combien est immense le fossé qui les séparait. Si l’on en croit le site du Monde, en ressortant libre de l’audience du Tribunal de Manhattan, l’ex- favori de la présidentielle aurait appelé Martine Aubry, (ce que dément cette dernière), pour l’informer de son renoncement dans la primaire socialiste. Plus lucide que ses proches, mais ce n’est pas une surprise, aurait-il compris que son retour serait un second cadeau, après celui de son arrestation, fait à Nicolas Sarkozy ? Car sur le terrain des valeurs morales, la partie est désormais équilibrée entre la droite et la gauche. La première traine toujours comme un boulet le bling-bling ravageur du président sortant. La seconde aura bien du mal à faire oublier DSK et les mystères de la suite 2806.

Alex PANZANI, VIA