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Discours du Roi LEOPOLD II à l’arrivée des premiers missionnaires au Congo en 1883

Leopold II, roi des belges

Ecoutez la version audio du discours du ROI des Belges : discours du roi des belges

Texte publié par AfrikOnline

XVI. EXTRAIT DU DISCOURS DU ROI LÉOPOLD II A L’ARRIVÉE DES PREMIERS MISSIONNAIRES AU CONGO

1. DEVOIR DES PRÊTRES ET PASTEURS BELGES DANS CETTE PARTIE DU MONDE EN 1883

Soyez les bienvenus dans cette grande partie « Congo-Belge ». La tâche qui vous est confiée à y remplir est délicate et demande beaucoup de tact. Prêtres et Pasteurs, vous venez certes pour évangéliser mais que cette évangélisation s’inspire de notre grand principe : « AVANT TOUT, LES INTÉRETS DE LA MÉTROPOLE ».

Le but de votre mission n’est point d’apprendre aux noirs à connaître Dieu ; ils le connaissent déjà depuis leurs ancêtres. Ils parlent et se soumettent à Nzambi-Mpungu ; Mvidi Mukulu ; Mungu etc… et que sais-je encore.

Ils savent que tuer, voler, coucher la femme d’autrui, calomnier, insulter sont des mauvais actes. Ayons le courage de l’avouer. Vous venez non pas pour leur apprendre ce qu’ils savent déjà. Votre rôle est l’enseignement, de faciliter les tâches aux administratifs et industriels.

C’est donc dire que vous interpréterez l’évangile de la façon qui sert mieux nos intérêts dans cette partie du monde. Pour ce faire, veuillez désintéresser nos sauvages noirs des richesses dont regorgent leurs sol et sous sol pour éviter qu’ils s’y intéressent, qu’ils ne nous fassent une concurrence meurtrière et qu’ils rêvent un jour nous déloger de cette partie avant qu’on s’enrichisse.

Notre connaissance de l’évangile nous permettra de trouver des textes recommandant et faisant aimer la pauvreté. Tel que «heureux les pauvres en esprit car le royaume des cieux est à eux». «Il est difficile à un riche d’entrer au ciel qu’à un cheval de passer par un trou d’une aiguille».

Vous ferez tout pour que les nègres aient peur de s’enrichir pour mieux mériter le ciel. Les soutenir petit à petit pour éviter qu’ils se révoltent un jour.

Les industriels et les administratifs se verront obligés de temps en temps pour se faire craindre de recourir à la violence ; injurier, battre, arrêter pour se faire respecter. Il ne faudra pas que les nègres ripostent ou se nourrissent de vengeance. Pour cela, vous les enseignerez par tous les moyens et les inciterez à suivre l’exemple de tous les saints qui ont tendu la joue, qui ont pardonné les offenses, qui ont reçu des crachats sans tressaillir et les insultes. Les détacher et les décourager de ce qui pourrait leur donner le courage de nous affronter.

Je songe spécialement à leurs nombreux fétiches de guerre qu’ils prétendent ne point abandonner. Votre action doit essentiellement porter sur les jeunes afin qu’ils n’héritent point les idées de leurs parents. Et à nous de souligner : «Quand la connaissance du Père est en contradiction avec celle des parents, les enfants devront obéir à celle des missionnaires qui sont des pères spirituels». Ainsi, insister particulièrement sur la soumission et l’obéissance même aveugles. Cette vertue s’applique mieux quand il y a absence de critiques. Apprenez aux élèves à croire et non pas à raisonner.

1. Évangélisez les noirs jusqu’à la moelle des os afin qu’ils ne se révoltent pas un jour contre les injustices que vous leur ferez subir.

2. Convertissez les noirs au moyen de la chicotte. Gardez leurs femmes pendant neuf mois à la mission afin qu’elles travaillent gratuitement pour vous. Convainquez-les qu’il le faut et exigez ensuite à ce qu’ils vous offrent des chèvres, des poules avec leurs œufs chaque fois que vous visiterez leurs villages.

3. Faites tout pour que les noirs ne deviennent jamais riches. Pour ce faire, chantez leur chaque jour qu’il est impossible à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu.

4. Faites leur payer chaque semaine des taxes à la messe de dimanche. Détournez ensuite cet argent prétendument destiné aux pauvres pour ouvrir des magasins importants là où vous êtes ; procures, paroissiens, missions, etc… et transformez vos missions ainsi en gros centres commerciaux florissants. Aidez légèrement les pauvres pour encourager les autres à investir régulièrement.

5. Demandez aux noirs de mourir de faim, et vous autres, vous mangerez cinq fois par jour ou plus afin que vos ventres soient toujours pleins choses et vos bouches exaltent partout l’odeur des oignons.

6. Instituez pour eux un système de confession qui fera de vous bons détecteurs pour dénoncer tout noir qui aurait pris de connaissance et qui pourrait revendiquer l’indépendance.

7. Enseignez leur une doctrine dont vous ne mettez jamais vous mêmes les principes en pratique. Et peut être s’ils vous demandent pourquoi vous comportez vous contrairement à ce que vous prêchez ; répondez leur que ; suivez ce que nous disons et on ce que nous faisons. Et s’ils répliquent en disant qu’une foi sans acte ou œuvre est une foi morte, fâchez-vous en appliquant le fouet tout en leur répondant : «Heureux ceux qui croient sans avoir vu ; ils seront fils de Dieu».

8. Dites leur que les statuettes qu’ils gardent chez eux sont l’œuvre de Satan. Confisquez-les pour aller remplir nos musées de Ternerne et de Vatican.

9. Faites donc oublier aux noirs ancêtres afin qu’ils n’adorent que les nôtres qui ne les écouteront jamais. Exemples : Saine Marie, Sainte Thérèse, Saint André, Saint Jean, etc…

10. Ne présentez jamais une chaise à un noir qui vient vous voir. Donnez leur tout au plus une cigarette. ne l’invitez pas à dîner ensemble même s’ils tuent une poule chaque fois que vous arrivez chez lui.

11. Considérez les noirs comme de petits que vous trompez même après l’indépendance. Exigez qu’ils vous vous appellent «Mon Père».

12. Jurez au communisme et à la persécution s’ils vous demandent de cesser de les tromper et de les exploiter.

Léopoldville, le 12 janvier 1883.

Ecoutez la version audio du discours du ROI des Belges : discours du roi des belges

N.B Ce texte nous a été transmis par Mr. Moukouani-Bukoko, né en 1915. Il a obtenu ce texte par un heureux hasard en 1935. Mukwani-Bukoko infirmier à Kwamuth (Congo) Bolobo, achète une bible. Ce texte se trouvait dans cette bible. Le missionnaire l’avait oublié par mégarde.

Pièce à conviction : Archives du CRL/PL

transmis par Patrice E. Lumumba Olenga

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La Cour Pénale Internationale n’a jamais poursuivi des vrais coupables

Loin de revenir sur les missions réelles dévolues à cette Cour dite internationale dans le mandat qu’on lui a assigné, ce que l’on sait c’est que dans les conventions et textes régissant cette Cour, cette justice internationale vient pour juger des cas graves de violations des droits de l’homme. Pour un monde en proie aux guerres et à la destruction sauvage pour des raisons liées au manque de culture de paix et d’éducation par rapport au respect des droits inaliénables de la communauté humaine, il me semble que la Cour Pénale Internationale, depuis sa création, n’a jamais interpellé des vrais coupables des actes criminels.

En prenant le cas de l’Afrique francophone, la région que l’on maîtrise bien, il y’a des choses qui dépassent l’entendement.

Sans tergiverser, et en y allant au but, cette Cour Pénale Internationale devrait toutefois interpeler les autorités françaises pour des crimes récurrents contre l’humanité dont elles sont permanemment coupables en Afrique. Cette Cour aurait tout son crédit et dans une certaine mesure, l’Afrique serait bien un continent sans problèmes. Certes que dans toute société les problèmes ne manquent pas, mais, ceux-ci ne seraient point du même ordre et de même dangerosité pour les populations qu’on tue tous les 10 ans. On peut citer en exemple : Le génocide au Rwanda qui a fait plus de 900.000 morts. Moi je dis que la guerre des chiffres est une grande malhonnêteté, il faut parler plutôt d’un million de morts.

La Guerre au Congo Démocratique qui a fait plus de 5 millions de morts dont le nombre a été revu d’une manière cynique à la baisse par un organisme du Canada, que l’on se demande sur quelle base ?

Qu’à cela ne tienne ! Déjà même lorsque qu’on parle de 20 morts, cela est un crime à plus forte raison 5 millions de morts. Les gens ont du culot et du cynisme même devant les chiffres qui poussent à l’indignation. Tous ces morts sont des Noirs. Figurez-vous, si l’on parlait des simples 10 morts Blancs et particulièrement français. Voyez l’écho que ça fait.

Au Congo Brazzaville, la Société pétrolière Elf en a broyé plus de 100.000. Ces populations ont été tuées à cause des intérêts de la France. Aujourd’hui en Côte d’Ivoire, c’est la même France qui a soutenu une rébellion de Ouattara depuis 2002, alors que Laurent Gbagbo n’a jamais organisé une quelconque rébellion aussi longtemps qu’il a été opposant du régime du dictateur Houphouët Boigny.

C’est ainsi que l’on se demande si les Juges de la Cour Pénale Internationale font réellement leur travail ou font simplement exprès de ne pas poursuivre les autorités françaises qui font des crimes en Afrique ?

Il suffit de regarder comment la France se permet de négocier des résolutions à l’ONU pour bombarder un pays souverain ayant des institutions légales et souveraines en accusant frauduleusement un chef d’État comme Laurent Gbagbo de tous les maux, alors que ce dernier est la victime d’une rébellion soutenue par la France depuis 2002, soit 1 an et quelques mois de l’avènement du pouvoir Laurent Gbagbo par les urnes et non par les armes.

Aujourd’hui, pour le même cas de la Côte d’Ivoire, la même rébellion de Ouattara qui a tué, égorgé et brûlé les populations civiles, est considérée comme des bons parfaits saints.

Comment la Cour Pénale Internationale peut-elle restée dans une position de fausseté alors que toutes les organisations de défense des droits de l’homme ont bien des preuves que : la rébellion de Ouattara et de Guillaume Soro, a commencé de faire couler le sang des ivoiriens depuis 2002. Par ailleurs, la France venait de bombarder Abidjan la capitale de la Côte d’Ivoire en tuant plus de 5000 ivoiriens : des femmes enceinte, des enfants et des vieillards, ont été tués par elle seule, la France : pays dit-on de droit, mais que sa pratique louche est bien connue.

La France a zigzagué en donnant des raisons farfelues sur son intervention en Côte d’Ivoire.

Aujourd’hui, il y’a des risques que de groupes de bandits aillent négocier des résolutions à l’ONU pour tuer, voler des populations en Afrique. Cette manière de faire n’est que du banditisme, sinon la continuité de la colonisation.

Et même cette Cour Pénale Internationale peut être taxée de simple instrument au service des grandes puissances, dès lors qu’elle ferme l’œil sur des criminels en cravates venus de France et qui sèment la terreur en Afrique, et particulièrement en Afrique francophone. Pourtant les Juges de la Cour Pénale Internationale lisent bien les schémas de domination française en Afrique, ceux notamment de mettre et démettre des chefs d’États africains en soutenant militairement tous ceux qui acceptent leur diktat contre d’autres qui luttent pour le développement de l’Afrique.

Nous sommes là devant du gangstérisme comptable surtout à toutes les autorités françaises qui défilent au pouvoir depuis les indépendances des pays d’Afrique francophone.

C’est pourquoi, nous interpellons la Cour Pénale Internationale de prendre toutes ses responsabilités afin que les autorités françaises soient entendues. On ne peut pas laisser des malfrats français continuer à distribuer la mort et la désolation en Afrique, lorsque qu’on parle des notions de droit international et leur applicabilité sans que des grands responsables soient interpelés. Lorsqu’on parle du terrorisme, il faut que tous les terroristes soient autant interpelés et, les autorités françaises sont autant des terroristes si l’on voit ce que le continent africain subi même après les indépendances.

Gervais Mboumba, militant des droits de l’homme

RDC : «Qui a tué Laurent-Désiré Kabila ?»

« Qui a tué Laurent-Désiré Kabila ? ». C’est le titre d’un documentaire diffusé ce 27 avril 2011 sur la chaîne de télévision, France O. Une chaîne disponible, partout dans le monde, sur le bouquet Canal Satellite Horizon.Depuis le 16 janvier 2001, jour de l’assassinat du président Laurent-Désiré Kabila, l’énigme persiste. On ne sait pas toujours pas qui est derrière la main de Rachidi, l’assassin du président. Dans ce documentaire, de nombreux Congolais témoignent. Le mystère commence à s’éclaircir. L’un des deux auteurs du film, Arnaud Zajtman, répond aux questions de RFI.

Depuis le 16 janvier 2001, c’est une énigme. On ne sait pas toujours pas qui est derrière la main de Rachidi, l’assassin du président Kabila. Dans ce documentaire, de nombreux Congolais témoignent. Le mystère de ce complot commence à s’éclaircir. L’un des deux auteurs du film, Arnaud Zajtman, répond aux questions de RFI.

RFI : Arnaud Zajtman, dans le documentaire que vous avez réalisé sur l’assassinat de Laurent-Désiré Kabila, le 16 janvier 2001, vous partez d’un constat : aucune des trente personnes condamnées à mort en 2003 n’est coupable de ce meurtre.
Arnaud Zajtman : Aucune n’est coupable de l’assassinat de Laurent-Désiré Kabila.

RFI : On sait qui a tué Laurent-Désiré Kabila, dans son bureau du palais de marbre, c’est Rachidi Kasereka, l’un de ses gardes du corps. Mais dix ans après, on ne sait toujours pas qui a commandité cet assassinat.

A.Z. : Effectivement, dans le film, j’ai suivi les pistes, à savoir celles d’un petit nombre de gardes du corps. Ils étaient liés à un homme d’affaires libanais qui en a assuré la logistique et qui, lui-même, avait des contacts avec le groupe rebelle pro-rwandais RCD (le Rassemblement congolais pour la démocratie). Ces rebelles, à l’époque, occupaient l’est de la RDC. Et ces mêmes gardes du corps avaient également, à l’époque, des contacts avec l’attachée de Défense de l’ambassade des Etats-Unis. Et donc, d’après mes investigations, toutes ces personnes sont, à différents égards, impliquées dans le complot.

RFI : On connaît Rachidi Kasereka, ce garde du corps qui a tiré et qui a ensuite été abattu par l’aide de camp du président, Eddy Kapend. On connaît moins Georges Mirindi, autre garde du corps, complice de Rachidi. Il attendait celui-ci avec un véhicule à l’extérieur de la présidence et il s’est enfui.

A.Z. : En effet, il y a eu un complot dans lequel un petit nombre de gardes du corps étaient impliqués, Mirindi étant le seul rescapé de cette aventure. Mais au moment où il faut trouver des coupables, ceux ayant été impliqués dans le complot et ayant réussi à fuir, c’est tout l’entourage de Laurent-Désiré Kabila qui est arrêté et aujourd’hui ils sont encore cinquante à Makala, dans la prison centrale de Kinshasa parmi lesquels Eddy Kapend qui pourtant a tenté de sauver le régime.

RFI : Alors Mirindi, ce complice de Rachidi, vous l’avez retrouvé, il est en Suède où il est exilé. Dans ce film, il vous parle, mais malheureusement, il vous ballade un peu ?

A.Z. : Il nous ballade complètement. Mais l’image ne ment pas. On voit qu’il nous ballade, on le voit dans son attitude physique. C’est cela que nous avons montré. Nous ne sommes pas de la police. Je n’ai pas de moyens coercitifs pour forcer les gens à me dire la vérité.

RFI : Première piste que vous explorez, celle du commandant Anselme Masasu. Rachidi et Mirindi étaient des hommes du commandant Masasu que Kabila avait fait exécuter deux mois plus tôt. Les hommes de Masasu auraient-ils voulu venger sa mort ?

A.Z. : En effet, les gardes du corps de Laurent-Désiré Kabila avaient été recrutés par Masasu qui est ce compagnon d’armes que Kabila fait tuer au mois de novembre. Et c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase, l’élément qui vient rajouter à la frustration déjà grande des gardes du corps puisqu’ils sont mal payés. Laurent-Désiré Kabila est imprévisible. De temps en temps, il envoie ses gardes du corps au cachot. Donc l’assassinat de Masasu ne vient que renforcer les frustrations des gardes du corps.

RFI : Deuxième piste : Bilal Héritier, cet homme d’affaires libanais que Kabila a écarté du marché du diamant quelques semaines plus tôt. Est-ce une piste sérieuse ?

A.Z. : C’est une piste sérieuse effectivement dans l’organisation du complot, à savoir que Bilal Héritier, à l’époque où le pays est divisé, a déjà des contacts dans l’est du Congo occupé par les rebelles pro-rwandais du RCD. C’est lui qui fournit la logistique de l’assassinat. C’est lui qui fournit un appartement mis à la disposition des gardes du corps qui font le coup. Et le soir de l’assassinat, c’est chez lui que trouve refuge le complice de l’assassin, Georges Mirindi.
Les services de sécurité apprennent que Georges Mirindi s’est réfugié là-bas. Et donc en représailles, c’est le major Lengue un proche parmi les proches de Joseph Kabila (le fils) qui va arrêter onze Libanais qui seront ensuite exécutés, ce qui nous laisse penser que cette arrestation s’est faite sous les ordres de Joseph Kabila. Donc onze ressortissants libanais, qui eux-mêmes sont innocents, mais qui étaient pour leur malheur voisins d’un diamantaire libanais qui, lui, était impliqué dans le complot.

RFI : Troisième piste : le Rwanda. Vous indiquez dans le documentaire que, juste après l’assassinat, Mirindi le garde du corps et Héritier l’homme d’affaires libanais s’enfuient à Goma dans l’est, c’est-à-dire dans la zone sous contrôle rwandais.

A.Z. : Ils s’enfuient dans la zone sous contrôle de la rébellion congolaise soutenue par le Rwanda. En effet, j’ai rencontré d’ailleurs à l’époque Bilal Héritier dans la résidence du secrétaire général du RCD de l’époque, Azarias Ruberwa. Ces deux hommes étaient, à l’époque, très proches, ce qui nous laisse penser que le RCD et probablement le Rwanda en savaient quelque chose. D’ailleurs, le soir de l’assassinat, c’est l’un des responsables de la sécurité du Rwanda qui dit à un diplomate britannique « ce sont nos hommes qui ont fait le coup ».

RFI : Ce fameux Bilal Héritier n’a pas voulu parler dans votre film ?

A.Z. : Il nous a donné rendez-vous en Afrique du Sud. Je suis allé jusqu’en Afrique du Sud pour le rencontrer. J’ai eu une conversation téléphonique avec lui avant d’y aller. Je lui ai parlé au téléphone une fois arrivé en Afrique du Sud, mais assez vite, le téléphone ne répondait plus. Et effectivement, il n’a pas voulu parler.

RFI : Quatrième piste : les Etats-Unis. Vous vous demandez si, comme pour l’assassinat de Lumumba 40 ans plus tôt, en 1961, les Américains n’ont pas été mis au courant avant le crime et auraient laissé faire ?

A.Z. : En effet, j’ai recueilli les témoignages de l’ancienne attachée de Défense de l’ambassade américaine à l’époque. Il s’agit d’une femme, le colonel Sue Ann Sandusky, dont la carte de visite a été trouvée dans les affaires de Rachidi, l’assassin. Elle m’a confirmé qu’elle était en contact avec les gardes du corps, qu’elle leur offrait des bières. Mais évidemment, elle nie toute implication dans l’assassinat. On peut comprendre qu’elle tente de nouer des contacts dans le sérail, mais on se demande quand même de quoi elle a pu parler avec de jeunes gardes du corps swahiliphones à l’époque.

RFI : Chacun sait que les vrais coupables sont donc dans la nature. Vous montrez d’ailleurs un Joseph Kabila mal à l’aise, lors d’une conférence de presse où il répond à une question que vous lui posez sur ce sujet. Mais vous donnez aussi la parole à un « kabiliste », le sénateur Abdoulaye Yerodia, qui a cette phrase terrible : « Je pense que ce n’est pas Eddy Kapend le coupable. Mais on ne peut lutter en faveur d’Eddy Kapend que si l’on trouve un autre coupable ».

A.Z. : Effectivement, c’est avec un cynisme déconcertant qu’Abdoulaye Yerodia nous donne en fait la position du régime sur cette affaire, à savoir : il faut que des gens payent pour asseoir ce pouvoir, il faut que des gens payent pour cet assassinat.

Propos recueillis par Christophe Boisbouvier

Il y a 50 ans, l’assassinat de Lumumba

C’était le 17 janvier 1961

Lumumba symbolise dans l’histoire congolaise l’éveil de la conscience anticoloniale. Sa mort a signifié le début de 36 ans de dictature et de destruction.

Isabelle Minnon, Danny Claes et Tony Busselen

Lumumba est parvenu à déjouer un par un tous les mensonges, intrigues et manœuvres des colonisateurs. Pour cela, le peuple congolais a vu en lui un porte-parole et est devenu le premier ministre de l’indépendance du Congo. Mais pas pour longtemps. Le chef de l’armée Mobutu a fait arrêter Lumumba et l’a transféré vers le Katanga où il a été tué par l’armée de Tshombe soutenue par la Belgique.

Patrice Lumumba est né en 1925, employé puis journaliste, il fait partie de ceux que le colonisateur appellera les « évolués ». En 1956, dans son livre : « Congo, Terre d’avenir, est-il menacé ? », il écrivait : « Certains Blancs, des moins recommandables, abusant de la crédulité des Noirs encore peu cultivés, instiguent ceux-ci à réclamer immédiatement l’indépendance ! »

Mais quatre années plus tard, Lumumba est métamorphosé par l’expérience de la lutte anticoloniale.

Après une révolte populaire en janvier 1959, les autorités coloniales belges avaient promis une indépendance rapide. En tenant des élections dès mai 1960, la Belgique pensait pouvoir faire élire des politiciens congolais loyaux au colonisateur. Or l’alliance des partis nationalistes autour de Lumumba obtient malgré tous les efforts des autorités coloniales la majorité à la Chambre (71 sièges sur les 137). Au Sénat, par contre, l’alliance lumumbiste manque la majorité de 2 sièges. En effet, 23 des 84 sièges sont, selon la loi électorale fabriquée par les Belges, destinés aux chefs coutumiers, dont la majorité collabore depuis toujours avec le colonisateur. Lumumba est donc obligé d’accepter un gouvernement de coalition. Son rival Kasavubu, sous influence des Belges, devient président. Lumumba devient premier ministre.

Le jour de l’indépendance, le 30 juin 1960, Lumumba prononce un discours célèbre, traduisant le sentiment populaire : « Cette indépendance du Congo, nul Congolais digne de ce nom ne pourra jamais oublier que c’est par la lutte qu’elle a été conquise… Cette lutte, qui fut de larmes, de feu et de sang, nous en sommes fiers jusqu’au plus profond de nous-mêmes, car ce fut une lutte noble et juste, une lutte indispensable, pour mettre fin à l’humiliant esclavage qui nous était imposé par la force. Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups que nous devions subir matin, midi et soir, parce que nous étions des «nègres». »

Lumumba a réussi à dénoncer, l’un après l’autre, tous les mensonges, intrigues et manœuvres des colonisateurs. C’est ainsi que le peuple congolais voyait en lui son porte-parole.

Aussi, dans les semaines qui ont suivi l’indépendance, Lumumba est confronté à l’agression de l’armée belge, dés le 10 juillet, sous le prétexte d’émeutes pourtant provoquées par le général belge Janssens (qui commence la sécession de la province de Katanga). Devant l’insistance de ses conseillers belges, Tshombé s’autoproclame Président de l’État autonome du Katanga. Le 13 juillet, le commandant en chef de l’armée belge, Cumont, déclare que « les troupes belges sont à la disposition de Tshombe ».

Le 20 juillet 1960, Lumumba lance un appel à la radio : « Nous préférons mourir pour notre liberté plutôt que de vivre encore dans l’esclavage. (…) Au Katanga, quelques colons disent : “(le Congo) devient indépendant et toutes ses richesses vont servir à la nation des Nègres. Non, il faut que le Katanga devienne un État indépendant ”. Ainsi, demain, c’est le grand capitalisme qui va économiquement dominer les Africains. »

La population surtout au nord du Katanga se révolte et appuie les soldats restés loyaux à Lumumba. Lumumba dénonce aussi l’agression économique du capitalisme belge : « La Banque centrale belge s’est accaparée non seulement notre argent, mais également nos réserves d’or. Le gouvernement congolais vient d’annoncer que, si dans un délai de 15 jours, le gouvernement belge ne les restituait pas, nous confisquerions tous les biens appartenant aux Belges. Le peuple attend l’amélioration de ses conditions de vie. Pour nous, il n’y a pas d’indépendance tant que nous n’aurons pas une économie nationale prospère pour relever les conditions de vie de nos frères. »

La contre-attaque coloniale

Soutenu aussi bien par les États-Unis que par la Belgique et la France, le président Kasavubu déclare le 5 septembre : « Le Premier ministre est en train de jeter le pays dans une guerre civile atroce. J’ai jugé nécessaire de révoquer immédiatement le gouvernement. »

Une heure et demie plus tard, Lumumba réagit sur les ondes de la radio nationale : « Kasavubu a publiquement trahi la nation. (…) C’est une manœuvre des Belges. » Le lendemain, le gouvernement réuni en conseil extraordinaire démet le président Kasavubu.

Le 14 septembre, désespéré, Kasavubu réagit en désignant Mobutu comme commandant en chef de l’armée. À peine quelques heures plus tard, Mobutu exécute son premier coup d’État. Il déclare la « neutralisation » des politiciens. Il affirme : « Il ne s’agit pas d’un coup d’État, mais plutôt d’une simple révolution pacifique. » En réalité, complice de Kasavubu, Mobutu neutralisera uniquement Patrice Lumumba qui est en « résidence surveillée ».

Le 27 novembre 1960, Lumumba quitta en secret sa maison. Il prend la route pour Kisangani (autre ville du Congo) en voiture. Il est arrêté par les soldats de Mobutu et amené au camp militaire de Thysville. Le commandant des troupes de l’ONU, le général Karl von Horn, homme des Américains, dit : « À parler franchement, tout le pays aurait été mis à feu et à sang, si Lumumba était parvenu à Stanleyville (Kisangani aujourd’hui, NdlR). »

En effet, sous Lumumba, plus de la moitié de l’armée nationale congolaise était restée fidèle au gouvernement central. Lumumba vivant, il n’y a aucun doute qu’à partir de Kisangani, il aurait pu développer la résistance contre les troupes belges et celles de Mobutu.

Le néocolonialisme congolais ne pouvait connaître la paix, si Lumumba restait en vie.

C’est ainsi que Mobutu, bien conseillé par les agents des gouvernements belge et américain, a décidé d’envoyer Lumumba à la mort chez Tshombe, au Katanga Ainsi ont commencé 37 années de dictature et de destruction.

(Cet article est basé sur le livre de Ludo Martens, Pierre Mulele, la seconde vie de Patrice Lumumba, EPO. Ce livre n’est plus disponible en librairie, mais il est en ligne sur le site www.marx.be )