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Campagne de dénigrement : Pourquoi Jeune Afrique diabolise Gbagbo

Même en prison, le Président  Laurent Gbagbo continue de hanter le confrère  françafricain  Jeune  Afrique  qui ne manque  plus d’occasion de le dépeindre faussement en noir. Dis-moi ce que tu lis, et je te dirai qui tu es. On ne dira pas que Jeune Afrique, le porte-voix de la mafia françafricaine qui pille le continent noir est le journal préféré des Africains, surtout de  la jeune génération d’aujourd’hui.

Mais comme il s’appelle «Jeune  Afrique», tout est bon pour ce brulot de  se donner des ambitions en trompe-œil. Plus précisément auprès de l’élite du continent qui rêve de démocratie et de liberté. Le journal ne voudra pas officiellement travailler contre une aspiration continentale, de peur de  se voir coller l’étiquette d’ennemi public numéro un des Africains. Et pourtant, c’est ce qui est vrai.

Aujourd’hui, il est quasiment établi que  Jeune Afrique travaille plus à plaire  à l’Elysée que de traduire les aspirations de la nouvelle Afrique qui se dessine.  Au point de jouer continuellement le jeu de la France et de ses alliés occidentaux sur le continent  africain. Un dictateur décrété depuis les bureaux  douillet  de l’Elysée est  tout de suite répercuté  sur le continent par ce journal. C’est le rôle qui lui a  été confié pour les intérêts de l’Empire.

Sur le terrain,  se trouvent  d’autres africains  prêts  à tout pour le pouvoir, donc répercuter à cœur joie, ces discours rédigés et corrigés de l’occident. Paris peut donc déclencher une guerre en Côte d’Ivoire, sous prétexte que le Président Laurent Gbagbo est un dictateur, ce confrère qui traine pourtant plusieurs dizaines d’années d’existence, se met dans la danse ave un mercenariat digne des grands maîtres chanteurs. « Connaissant ses  chiffres de ventes, on se demande  comment  ce journal fait-il pour survivre ? », s’est un jour  interrogé un confrère français  d’un grand  magazine parisien. La question est vient à propos. Mieux, elle permet de comprendre pourquoi ce canard hait tant Gbagbo, et tous les Présidents africains qui se veulent plus proches de leurs peuples. Cette publication qui excelle plus dans les publi-reportages que dans la pratique du journalisme vrai, aime bien la compagnie des dictateurs comme Wade, Compaoré, Ouattara  que Paris porte à bout de bras contre la volonté  populaire. Ce qui lui ouvre grandement les portes de ces palais  qui ont visiblement  beaucoup de choses à cacher. Ne cachent-ils pas des choses sombres dans leurs placards ?

Un article très laudateur à l’endroit de ces présidents est payé cash. C’est pourquoi le Président Laurent Gbagbo a beau dire «jugez-moi sur mes actes», que cela reste sans importance pour ce journal, préférant se mettre à la mode française pour haïr et combattre brutalement toute démarche souverainiste sur le continent. C’est donc ce que le Président Laurent Gbagbo donne qui  détermine tout.

On se souvient qu’au sommet de l’Ua ce journal avait dépeint totalement en noir le ministre Essy Amara, qui pour son second mandat à la tête de cette institution, était opposé à Alpha Konaré, l’ex-président malien. La vérité étant que la Côte d’Ivoire a refusé de céder au chantage des dirigeants de ce journal. Une véritable campagne de dénigrement avait donc été déclenchée contre les institutions ivoiriennes à l’échelle continentale. Et cela avec la bénédiction de l’Elysée qui  voyait d’un mauvais œil, l’émergence d’un cadre ivoirien de surcroit proche de Gbagbo dans une institution internationale. L’objectif étant de faire obstacle à la Côte d’Ivoire par tous les moyens. Et il n’y a pas que le Président Laurent Gbagbo qui subit les pages noires de  ce canard.

Dadis  Camara, l’ex-Président de la Guinée a aussi essuyé  la colère de cette publication. Il s’est tout de suite vu coller une étiquette de pire des dictateurs, simplement parce que cet officier de l’armée guinéenne  a refusé de céder au chantage honteux des «mercenaires de la plume» de Jeune Afrique. Qui avaient proposé à l’ex-président guinéen des services de conseillers en communication, contre forte rémunération. Alors qu’à côté, le peuple guinéen croupit dans la misère. Evidemment, l’homme a dit niet à ce journalisme d’un autre genre. On connaît la suite… Le Président Laurent Gbagbo, aujourd’hui dans les geôles d’Alassane Dramane Ouattara, reste une cible pour ce journal qui ne fait qu’amplifier sa diabolisation. Jeune Afrique a décidé de le livrer sans jugement à la justice internationale. Il ne mérite même pas d’être un présumé coupable, comme cela se fait dans les pays dits de Droit.

Pour le confrère, Gbagbo doit être comptable des actes posés par les ex-Fds, même s’il ne lui reconnaît pas le statut de chef d’Etat durant la période postélectorale. Ce qui n’est pas le cas pour Ouattara qui est exempte de tout reproche devant les crimes de masse commit par les Frci, une armée hétéroclite qu’il a pourtant créée par décret depuis son refuge doré du Golf hôtel. Ainsi va la vie dans cette grande «piscine» qu’est Jeune Afrique où ne nage pas qui veut. Surtout ceux qui croient en l’Afrique. Ce journal a vu un grand nombre de ses journalistes partir rien que pour  l’honneur, et surtout au nom de l’Afrique qu’on leur demande de piétiner pour  hisser au pinacle, des Présidents d’Opérette. Francis Kpatindé  a eu raison de plier bagages. Théophile Kouamouo a fini, lui aussi, par claquer la porte. Ce digne fils de l’Afrique refusait tout simplement de polir la dictature d’Alassane Dramane Ouattara, tel qu’on lui demandait. Une vraie aberration, surtout que  la presse parisienne se force  quand même aujourd’hui de dénoncer  les horreurs de ce pouvoir.

Guehi  Brence

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Me. Marcel Ceccaldi : Le Fonds monétaire africain est le tombeau de Kadhafi

A côté de ses autres collègues, tel Jacques Vergès, Marcel Ceccaldi est aussi au barreau de Paris l’un des avocats dont la réputation est devenue mondiale. Issu d’une célèbre famille corse dont certains ont été membres du gouvernement en France, il a choisi lui le barreau qu’il assume avec bonheur. Naturellement éloquent sur fond d’un quinquagénaire débonnaire et charmeur, Marcel Ceccaldi parle de tout avec une aisance qui laisse pantois son premier auditeur.

Défendre en même temps Daddis Camara de Guinée, Laurent Gbagbo de Côte d’Ivoire ou Mouammar Kadhafi de Libye, cela n’est pas donné à n’importe qui. C’est pourtant ce à quoi cet avocat s’adonne en ce moment. Cela a fait dire de lui qu’il défendait les causes difficiles, ou celles qui sont perdues d’avance. Lui, réplique par ailleurs qu’il est un homme de conviction, cette conviction qui le pousse à s’engager toujours plus loin, toujours en profondeur.

Du Cameroun qu’il visite pour la première fois, selon lui «invité par un client pour une affaire privée», alors qu’on le croyait en exploration, Me Ceccaldi refuse qu’on dise de ce pays qu’il est une dictature car, d’après l’avocat, «on n’organise pas des élections dans une dictature». Me Marcel Ceccaldi a accepté l’invitation à lui faite par la rédaction de Mutations.

Maître Ceccaldi où se trouve Kadhafi en ce moment ?

On me pose souvent cette question. Je donne toujours la même réponse : si je savais où se trouve le colonel Kadhafi, vous vous en doutez, je ne vous le dirais pas. Mais reportez vous seulement à la personnalité de Kadhafi. On peut lui attribuer tous les défauts de la terre, il a au moins une qualité. Il est ce qu’il est, il revendique ce qu’il est. Il a toujours dit, il l’a encore dit récemment, «Je suis né sur cette terre de Libye, et je mourrai sur cette terre de Libye». Vous savez donc où il se trouve, il est en Libye.

Comment se porte Laurent Gbagbo ?

Laurent Gbagbo vit en ce moment des conditions difficiles. Contrairement à ce qui est dit ou à ce qui a été dit, il n’set pas détenu dans la résidence présidentielle de Korhogo, mais dans une petite maison dont on nous dit qu’elle servait de résidence à Guillaume Soro. Il ne peut pas en sortir, il est en détention, la porte est fermée à clé ; il n’a que deux pièces à sa disposition. Lui qui est un homme d’action, lui qui a besoin d’avoir une activité physique, il est obligé de tourner autour de la table de la petite pièce qui lui sert de salle à manger pour pouvoir faire un peu d’exercices.
Je vais vous donner un fait précis : Laurent Gbagbo a demandé l’autorisation d’être transporté deux fois par semaine à la résidence présidentielle où il y un grand parc, afin de pouvoir marcher à l’intérieur de ce parc. Cela lui a été refusé. Alors quand on vous dit qu’il est dans la résidence présidentielle, il y a loin, la coupe aux lèvres. Vous savez, ça fait partie des mensonges et des travestissements de la vérité dont on est habitué concernant la Côte d’Ivoire depuis le second tour de l’élection présidentielle, voire depuis le coup d’Etat de 2002, et même celui de 1999.

Et Daddis Camara, avez-vous de ses nouvelles ?

Daddis Camara est à Ouagadougou actuellement. Il a pris position dans l’élection présidentielle qui s’est tenue dans son pays la Guinée ; il a, à cette occasion, fait part de son soutien au président Alpha Condé. Il va retourner en Guinée, et je crois qu’il a l’intention de créer un parti politique, car rien ne se pose objectivement, ni tant en droit que sur le plan judiciaire à son retour en Guinée Conakry. J’allais dire concernant le retour de Daddis Camara, que sa présence serait nécessaire afin de mieux stabiliser le pays. Vous avez pu voir il y a quelques semaines que le président Condé avait fait l’objet d’une tentative d’assassinat. Contrairement à ce que la presse occidentale, surtout la presse française à écrit à l’époque, cette tentative d’assassinat n’avait pas pour instigateur les partisans de Daddis Camara, mais ceux du général Konaté. Là, vous avez une nouvelle preuve du travestissement des faits auxquels se livre la presse occidentale en général et la presse française en particulier, concernant les évènements qui secouent l’Afrique.

Vous arrivez au Cameroun pour la première fois dans un contexte particulier : il y a élection présidentielle. Vous défendez des causes assez délicates ; Paul Biya est présenté comme un dictateur ; est-ce que vous vous apprêtez à le défendre?

Ecoutez, c’est quand même extraordinaire ! La prochaine fois, quand j’aurais un déplacement à titre professionnel, j’arrive pour la première fois au Cameroun, je suis ici simplement parce que j’ai un client qui est président d’une société camerounaise ; il m’a saisi du litige qui l’oppose à une société néerlandaise. Selon vous, à chaque fois que je dois regarder le calendrier électoral d’un pays, à chacun de mes déplacements en Afrique, pour pas qu’on m’accuse d’intervenir au moment où se déroule les scrutins électoraux, je vais quand même avoir quelques difficultés à me promener dans ce continent !

Vous me dites qu’on présente le président camerounais comme un dictateur. Vous remarquez quand la contradiction de votre propos : il y a une élection présidentielle en cours dans ce pays, et on présente le président de ce pays comme un dictateur ! Quand il y a un régime dictatorial, en général il n y a pas de d’élections ; moi c’est l’observation que j’ai faite. Quand vous dites cela, en réalité je vois à quoi vous faites référence. Vous faites références à ce qui s’écrit dans les journaux en France sur le Cameroun, et en particulier aux propos de Mme Hilary Clinton, qui, à mon sens, a encore perdu une bonne occasion de se taire. Parce qu’il y a des règles en matière des relations internationales entre Etats. Lorsqu’on a un message à faire passer, on s’adresse au chef de cet Etat, surtout si celui-ci à été démocratiquement élu. Personne ne peut contester que les élections présidentielles antérieures au Cameroun, n’avaient pas été des élections démocratiques, parce que cela signifierait que, chaque fois qu’il y eu une élection qui se déroule en Afrique, on considérait que prima fascié, que cette élection n’est pas démocratique.

A ce moment là, il vaut mieux ne pas organiser d’élections. Cela ne m’étonne pas d’Hilary Clinton. D’abord parce que Hilary Clinton, c’est la femme de son mari ; d’autre part, parce qu’elle est Américaine. S’il y a une nation qui ne connaît pas les règles de politesse et de courtoisie élémentaires, c’est bien les Etats-Unis. Ils considèrent qu’ils sont le centre du monde et que les autres n’existent pas. En effet, pour ce qui est du Cameroun notamment, Mme Clinton avait perdu une bonne occasion de se taire ! Pourquoi ? Parce que, cela signifie que les Etats-Unis ont décidé, depuis l’affaissement du bloc soviétique, d’être la super puissance mondiale qui a dorénavant la vocation de dicter ses règles à l’ensemble de la planète. Et bien ce n’est pas le cas. Concernant cette attitude et cette politique, il faut s’y opposer parce que les peuples ont une conscience politique ; ils ont leur culture ; ils sont issus d’une civilisation spécifique. Les modèles qu’on veut imposer d’outre Atlantique, ne correspondent pas toujours aux consciences collectives des peuples, particulièrement ceux d’Afrique. Que les Américains fassent preuve d’un peu plus de modestie, d’équité et de respect envers d’autres peuples.

J’aimerais que, les critiques que les Américains portent sur un certain nombre de pays, en particulier des pays africains, qu’ils exercent des critiques aussi acerbes à l’égard d’Israël. Si un pays africain faisait ce qu’Israël fait aux Palestiniens, en politique de colonisation forcée, en politique de transfert des populations, avec une constitution qui érige en citoyen israélien, tout Juif, cet Etat, s’il est par hasard africain, n’existerait plus sur la carte du globe. Imaginez que quelque part en Afrique, en France, en Europe ou ailleurs, un seul Etat ait une telle constitution discriminatoire comme celle d’Israël, imaginez ce qui se dirait de ce pays-là. Que les Américains, pour être respectables et respectés, et non seulement craints, fassent preuve de la même rigueur envers Israël, à ce moment-là, on pourra dialoguer d’autre manière avec eux.

Seriez-vous disposé à vous constituer un jour en faveur de Paul Biya ?

Je n’ai aucune raison de le faire ! C’est comme si vous me demandiez, «seriez-vous prêt à vous constituer pour le président Sarkozy?» Vous savez qu’en ce moment, il est dans l’oeil du cyclone. Je n’ai aucune raison. Le Cameroun est un pays qui a des institutions, vous avez des élections qui se déroulent en ce moment, avec une pluralité de candidatures. Avoir cette approche prémonitoire, c’est extrêmement dangereux, parce que cela donne du grain à moudre aux instruments de propagande et de désinformation. Vous l’avez vu, au moment de l’affaire libyenne, vous aviez en face des instruments de propagande qui sont absolument exceptionnels ; ils travestissent les faits. A partir du moment où vous posez de telles interrogations dans cette forme et de cette manière, à partir du fait que depuis 25 ans, des élections ont lieu au Cameroun, comment pensez vous que le Cameroun soit confondu à un régime dictatorial ?

Et le cas libyen ?

Mettez trois choses en parallèle : la Libye, la Syrie et le Yemen. Tous les jours, il y a des morts au Yémen. Le pays est au bord de la guerre civile. Vous avez suivi la déclaration hier (ndlr mercredi le 21 septembre) d’Obama à propos du Yémen ? Qu’a-t-il dit ? Est-ce qu’il a parlé de solution politique pour la Syrie ? Et pour la Libye ? La solution politique pour la Libye est celle qui avait été arrêtée par l’Union africaine, avec sa feuille de route qui avait été acceptée par le régime libyen lui-même. Elle n’avait pas été acceptée par les rebelles libyens. Ces derniers ne pouvaient que refuser la feuille de route de l’Union africaine, puisqu’ils avaient le soutien militaire des Etats, de la France et de la Grande Bretagne.

On réclame une solution politique au Yémen, en Syrie, mais en Lybie, on décide de la solution militaire ! Premier point, vous ne voyez pas les conséquences en Libye ? Deuxième point : refus d’une solution politique au Moyen Orient. L’exercice du droit de véto concernant le droit à l’indépendance des Palestiniens. En vertu de quoi exercez-vous un véto pour interdire à un peuple d’avoir un Etat ? Si la Palestine existe, si les Palestiniens existent, ils ont le droit à être reconnus comme un Etat. Et on exerce le droit de véto concernant les Palestiniens, on préconise une solution politique pour le Yémen, on attaque la Libye. Sans savoir d’ailleurs les conséquences de cette agression armée. Est-ce cela la démocratie pour donner des leçons aux autres ? J’en doute.

Les élections sont-elles suffisantes pour gage de démocratie ?

Vous avez raison. On peut avoir une expression démocratique, mais le mode de scrutin par exemple anti-démocratique. L’expression de la démocratie, c’est permettre l’expression de tous les courants représentatifs de l’opinion publique, qui doivent avoir la possibilité de s’exprimer à l’intérieur des assemblées élues. Prenez l’exemple de la France. Est-ce que vous croyez que c’est un pays d’expression démocratique ? D’institution démocratique ? Le mode de scrutin n’est pas démocratique, parce que d’un côté, vous avez des mouvements politiques qui représentent 6% ou 5% des suffrages exprimés, qui sont représentés à l’Assemblée nationale ou au Sénat, donc qui sont investis du pouvoir législatif.

D’un autre côté, vous avez un mouvement qui représente plus de 15% de l’électorat, qui en raison du mode de scrutin, n’a de représentation ni à l’Assemblée nationale, ni au Sénat. En matière de démocratie, je me méfie des schémas. Un modèle démocratique, on ne le met pas dans un ordinateur, on n’appuie pas sur une touche en disant : voilà ce que c’est que l’expression de la démocratie. Ce sont les peuples en définitive qui définissent quelles sont leurs règles de la démocratie. Ce n’est pas le législateur. Pour que la démocratie soit vivante, encore faut-il que les règles déterminées par le législateur soient en phase avec les aspirations du peuple. Ces aspirations sont à la fois de l’ordre de l’objectif, des conditions matérielles, votées pour le candidat qui donne le plus de garantie, qui pourra assurer la sécurité matérielle des citoyens et de l’avenir de leurs enfants. Il y a aussi des aspirations de l’ordre de l’affectif et du subjectif, en disant : c’est ce candidat qui est le plus proche des valeurs auxquelles les peuples ou certaines composantes des peuples croient.

Revenons sur les trois personnalités que vous défendez. Elles sont présentées par la communauté internationale comme des “blocages’’ pour l’avancée de la démocratie. Des dictateurs en somme.

Concernant Laurent Gbagbo, je vais vous rappeler un certain nombre de choses qui ont été oubliées. Je vous rappelle dans quelle condition cette élection présidentielle s’est déroulée. Je le ferais en me référant à un rapport des Nations unies de mars 2010, intitulé «Etat de la situation en Côte d’Ivoire.» Dans ce rapport, les Nation unies mentionnent que la Côte d’Ivoire n’est pas une pays unifiée, qu’en particulier, tout le nord du pays échappe à l’administration centrale, que celle-ci n’a pas accès aux finances publiques, que les forces de sécurité du pouvoir central n’ont pas accès aux régions du Nord, et quant elles y ont accès, elles se trouvent en position de faiblesse par rapport aux forces dites «nouvelles», à l’époque, qui, dit le rapport, sont plus entrainés et ont plus d’argent que les forces régulières.

Pour vous donner l’approche de la situation de la Côte d’Ivoire et celle du Nord par rapport au Sud, jusqu’en 2010, le Burkina-Faso depuis 2002, exportait le cacao. Or, tout le monde le sait, ce pays n’a jamais produit de cacao ! Ce cacao venait donc d’où ? Naturellement de la Côte d’Ivoire. Le produit de la vente de ce cacao a servi à financer en particulier les «Forces nouvelles». Les régions aurifères et diamantifères du pays se trouvaient sous le contrôle des «Forces nouvelles». Malgré cela, l’Onu a imposé des élections présidentielles. J’ai dit à Laurent Gabgbo à l’époque, au mois de décembre, «vous avez eu tort. Vous auriez du refuser d’aller au scrutin, vu que l’Onu n’a pas fait ce qu’elle devait faire, car la sécurisation était du ressort de l’Onuci. Et l’Onuci ne l’a pas fait».

Concernant le résultat des élections, le 29 novembre, le lendemain du deuxième tour de la présidentielle, Gérard Latortue, ancien premier ministre Haïtien, et observateur de l’élection, reconnaissait «que le scrutin s’était globalement bien déroulé, à l’exception de quelques violences dans le Nord, que le taux d’abstention était plus élevé qu’au premier tour, mais qu’ils espéraient qu’il atteindrait les 70%.» Ce même jour, la Commission électorale indépendante, dont le président était Bakayoko, proclame les résultats de la diaspora. D’autre part, il annonce aussi le taux de participation, qui officiellement, s’élevait à 70,45%. L’information est reprise par l’ensemble des médias, en particulier par France 24. Si vous vous reportez à le presse ivoirienne de ce jour-là, vous avez des gros titres comme : «Où sont passés les abstentionnistes ?».

Le mardi 30 novembre, vous avez le rapport des observateurs de l’Union africaine, qui parlent des violences exercées dans le Nord, et concluent qu’il «appartiendra aux autorités compétentes de juger si ces violences ont eu une influence sur le scrutin» ! Violences, il s’agissait des : séquestrations des personnes, homicides, bureaux fermés et empêchement des gens à voter. Le lendemain, dans le journal “Le Monde’’ que l’on peut penser être sérieux, produit un grand article du genre : «Le second tour de l’élection est marqué par un taux d’abstention plus élevé qu’au premier tour \[…] et d’ailleurs, le taux d’abstention était particulièrement élevé dans les régions où le candidat Bédié avait obtenu de meilleurs résultats.»

Jeudi matin 1er décembre, un communiqué de la Cedeao, demande à la Commission électorale indépendante de produire ses résultats ou de les renvoyer au Conseil constitutionnel qui vise les violences exercées dans le Nord. L’après midi même, Bakayoko, qui appartenait à la coalition Bédié-Ouattara, proclame les résultats, retient et affirme que le taux de participation du second tour a été de 81%. Par quelle miracle du Saint-Esprit ou par quel maraboutage est on est passé d’un taux de participation de 70,45%, chiffre prononcé officiellement le 29 novembre, à 81% pour le 1er décembre ?

Gbagbo, Kadhafi et Daddis sont-ils des obstacles à la démocratie ?

Concernant Laurent Gbagbo, lorsqu’il a été élu, vous avez eu des élections législatives qui ont été organisées. Elections au cours desquelles le parti de Bédié et celui d’Ouattara n’ont pas participé. Ensuite vous avez eu des élections municipales qui ont été remportées par l’opposition. Après cela, il y a eu des élections régionales, qui ont été remportées par le parti de Gbagbo. Il y a eu à la suite de tout cela, une conférence de réconciliation nationale. En juillet 2002, un gouvernement d’union nationale a été mis sur pied, où était représentés des membres du parti de Bédié, et des membres su Parti de Ouattara. Quand la presse internationale présente Gbagbo comme un dictateur, vous en connaissez beaucoup vous, des dictateurs de ce genre ? Pas un seul organe de presse poursuivi durant tout le mandat de Laurent Gbagbo, pas un journaliste emprisonné ou poursuivi. En réalité, quand vous avez des instruments qui se mettent en route, le premier facteur c’est la propagande et les médias. On baptise de dictateur ce qui n’est pas dictateur.

Et la France-Afrique ?

Votre question me permet de rebondir sur ce que j’ai dit sur l’intervention Onusienne et française en Côte d’Ivoire. S’il n y avait pas cette république des mallettes, est-ce qu’on n’aurait pas pu adopter une autre solution en Côte d’Ivoire ? Parce que la “république des mallettes», c’est privilégié des intérêts personnels au détriment de l’intérêt général

Un avocat français qui défend trois chefs d’Etats africains peut-il être hors de ce réseau ?
Les réseaux de la France-Afrique, moi je ne les connais pas. Je ne suis pas instrumentalisé par un grand group français, je ne suis affilié ni directement, ni indirectement à aucun groupe de pression. Si je vous disais que pas une seule fois, à l’occasion de la crise ivoirienne, j’ai été approché d’une manière directe ou indirecte, par des autorités françaises, vous me croirez ?. Si je vous disais qu’à l’occasion de l’affaire Libyenne, je n’ai pas été approché une seule fois par les autorités, je vous dirais que pour la Côte d’Ivoire comme la Libye, je n’ai jamais été accosté par un média français. Aucun média français ne m’a téléphoné. Si vous regardez ce que j’ai fait dans l’affaire libyenne, de façon volontaire, j’ai décidé de ne m’adresser qu’aux médias africains, parce que j’estimais que l’attitude des médias français n’était pas une attitude de journalistes. Le journaliste doit porter l’information au public, et les journalistes français ne l’ont pas fait.

Vous gagnez beaucoup de vos célèbres clients ?

Concernant Gbagbo, je suis allé à Abidjan, puis à Korhogo, où il se trouve, je l’ai fait à mes frais. Parce que je considère que Laurent Gbagbo doit être défendu. Lorsque j’ai défendu devant le tribunal de Luxembourg des sociétés ivoiriennes, dont les avoirs avaient fait l’objet des mesures de gèle de la part des autorités européennes, j’ai été honorée par ces sociétés. Vous savez, je ne suis pas tombé de la dernière pluie. Comme je sais comment les choses fonctionnent, dans un pays démocratiques, je prends soin concernant toute ma comptabilité, d’être tout à fait clair. Ce qui rentre est déclaré parce que je connais les méandres de la démocratie, pour vous faire taire, on vous attaque à titre personnel. Et en général, les gens prêtent le flanc sur le plan fiscal à ces attaques. Moi je fais en sorte d’être inattaquable sur ce plan là. Et je peux même vous dire concernant mes honoraires, que j’ai perçu pour la Libye, que j’ai fait une lettre à mes banques. Mais je vous rassure, mes honoraires sont inférieurs aux honoraires que perçois Tony Blair quand il tient une conférence de presse, bien moins élevés que ceux que réclame Condolessa Rice pour une conférence de presse. Et enfin, ça n’a rien à voir avec ce que reçoit Bill Clinton, quand il accepte une invitation à dîner.

Les Occidentaux ont attaqué la Libye pour faire main basse sur ses biens ?

C’est tout à fait clair. Il ya plusieurs problèmes en cascade qui se posent. Vous avez remarqué que Mouammar Kadhafi avait l’intention de créer un fonds monétaire pour l’Afrique. Pour des institutions comme le “Breton Woods’’, cela était la plus mauvaise des idées. Concernant l’aide que le régime de Kadhafi apportait à l’Afrique, c’était supérieur à celle du Fonds Monétaire International. A partir du moment où l’Afrique gérerait son fonds monétaire, ce qui lui permettait d’être maître de sa destinée économique, vous aviez à l’égard du monde un renversement. L’Afrique devenait maîtresse de ses ressources, ainsi que de l’affectation de ses ressources.

A partir du moment où vous avez créé un fond distinct avec sa propre monnaie, et bien vous avez nécessairement un affaiblissement du dollar. Qui dit affaiblissement du dollar, dit affaiblissement marquée de l’économie américaine. Je reviens sur la déclaration d’Hillary Clinton, qui n’était pas anodine. C’est le Cameroun qui avait accepté de recevoir l’institution de ce fonds. Vous comprenez mieux maintenant la déclaration d’Hilary Clinton sur ce pays. Les Américains ont la mémoire longue. En ce qui concerne les ressources énergétiques, la Libye avait une politique de diversification. L’autre point c’est la France. Le président cherche à gagner sur le plan international, la crédibilité qu’il a perdue sur le plan national. En attaquant la Libye, il s’offrait cet air de Napoléon.

Comment vous faites pour entrer dans la vie de ces trois ex-chefs d’Etat ?

Je connais l’Afrique, et Laurent Gbagbo, je le côtoie depuis 2001 ; ce sont des Sénégalais qui ont fait le pont, parlé de moi à Daddis Camara, et concernant la Libye, la aussi ce sont des Africains qui ont parlé de moi. Mais cette fois-ci, il y avait eu beaucoup de procédures. J’ai d’abord rencontré des Touaregs à Djerba, en Tunisie, ensuite je suis allé à Tripoli.

Ça je vous l’affirme. Je peux me tromper, mais J’en suis convaincu. Je suis l’une des personnes qui lui ont proposé de recompter les voix. Il aurait fallu que cette demande soit entourée de plus de vigueur diplomatique, et médiatique. Médiatiquement, c’était difficile, puisque de l’autre côté, il était littéralement bombardé. Lui-même l’a dit d’ailleurs à Tabo Mbeki, qui était le premier médiateur envoyé par l’Union africaine. Il a dit au président de la Cedeao, que dans la mesure où le recomptage donnerait la victoire à Alassane Ouattara, il en accepterait le verdict. Donc j’en suis convaincu.

Certaines puissances créent des guerres pour imposer des chefs d’Etat ?

Les interventions en Côte d’Ivoire et en Libye portent atteinte à l’ordre international public. Voilà ce que dit l’article 2 de la charte des Nations unies : «Les membres de l’organisation s’abstiennent dans leurs relations internationales de recourir à la menace ou à l’emploi de la force, soit contre l’intégrité territoriale, soit contre l’indépendance politique de tout Etat, soit à toutes autres manières incompatibles avec les buts des Nations unies».

C’est ainsi que des mesures restrictives qui pourraient être instaurées comme le fait régulièrement l’Union européenne contre un Etat, font partie de ce qui constitue une violation de la Charte. A la suite de cet article, il y a eu un certain nombre de résolutions de l’assemblée générale des Nations unies, qui rappellent des principes de non intervention et de non ingérence. Les Nations unies ont adopté une résolution en 1974, à l’unanimité qui définit ce qu’est en droit international “l’agression armée’’. Au terme de l’article 1 de cette résolution, qui est la résolution 3314, l’emploi de la force par un Etat contre la souveraineté, l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique d’un Etat ou de tout autre manière avec la charte des Nations Unies est une agression au sens de la résolution 3314. Et l’article 3 de cette résolution, énumère les actes de force. Le bombardement par des forces armées d’un Etat du territoire d’un autre Etat ou de l’emploi de toutes armes, par un Etat contre le territoire d’un autre Etat. Les blocus des ports ou des côtes d’un Etat parles forces armées d’un autre Etat. Je vous demande de vous reporter à la deuxième guerre en Irak. Souvenez-vous à l’époque, les Etats-Unis et la Grande Bretagne ont essayé d’obtenir une résolution des Nations Unies, concernant une intervention armée en Irak.

Que pensez-vous des deux leaders politiques Paul Biya et John Fru Ndi?

Je ne sais pas grand-chose du Cameroun. C’est la première fois que je vienne ici. Ne croyez pas que je fasse la gueule de bois. Toute fois il y a un fait assez insolite que j’ai remarqué. J’ai vu que la Cour suprême a permis à deux candidats de se présenter aux élections présidentielles, alors qu’ils ne payaient pas d’impôts. Cela m’a un peu frappé. Je me suis demandé comment on pouvait se présenter à une élection dans un pays sans avoir de revenus. Je suppose que ces deux candidats ont une voiture, et qu’ils y mettent du carburant.

Comment arrivez-vous à conclure que le Cameroun est une démocratie?

N’attendez pas que je mêle ma voix à ceux qui se servent comme alibi de la démocratie, pour imposer par la force leur position dans un continent dont l’Europe a besoin pour son développement, et qui a besoin de l’Europe. Parce que quand on se sert comme cheval de Troie de la démocratie, pour servir des intérêts qui ne sont ni ceux de l’Etat qu’on sert, ni ceux de l’Etat dans lequel on intervient, ne me parlez pas de démocratie. Je refuserais de hurler avec les loups.

Entretien mené par la rédaction Mutations