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Les victoires électorales volées de Tshisekedi et du FIS algérien en 1992

En vingt ans d’intervalle, deux souverainetés populaires ont été confisquées en Afrique suite à un viol des urnes. En 1992, c’est le pouvoir algérien qui perpétrait un hold-up électoral pour empêcher le Front islamique du salut d’accéder au pouvoir, faisant entrer le pays dans un cycle de violence infernale avec les milices islamistes. En décembre 2011, c’est en RD Congo que l’expression de la souveraineté populaire a été violée, sur fond de ressentiment, de colère, de révolte. Les contextes ne sont pas les mêmes certes, mais les causes sont là pour produire les mêmes effets qu’en Algérie. Destins croisés des deux pays meurtris par les intérêts géostratégiques des puissances coloniales.

Bien que souvent comparaison n’est pas raison, il m’a semblé utile de m’attarder quelque peu sur ces similitudes qui doivent appeler plus d’un à la réflexion, si pas à la raison. A savoir les victoires électorales volées de Tshisekedi (UDPS) en Rd Congo et du Front Islamique du Salut (FIS) algérien en 1992.

La première similitude est d’ordre historique, plus précisément colonial

Le passé noir de la colonisation de peuplement française en Algérie et celui de la colonisation d’exploitation belge en RDC ont eu comme point de convergence celui de laisser deux pays marqués par une instabilité politique intérieure quasi permanente. Malgré leurs accessions respectives douloureuses à l’indépendance, les puissances coloniales, notamment la France pour l’Algérie et la Belgique pour la RDC, n’ont cessé de garder une main mise lourde dans la conduite de la politique intérieure de ces pays, particulièrement riches en ressources énergétiques et naturelles.

C’est ainsi par exemple, pour le Congo, que la Force Publique avait pour principal rôle de répondre à la demande des agents de l’État chargés d’assurer la rentabilité économique du territoire et de garantir l’exploitation des ressources naturelles du Congo au profit de la métropole et des économies des pays industrialisés; notamment par la sécurisation de l’exploitation du caoutchouc et de l’ivoire.

Il est clair que sous le colonialisme français en Algérie et sous l’occupation congolaise par le Roi Léopold II, puis la colonisation Belge au Congo, ces deux pays ont connu mort d’hommes par centaines de milliers. Les peuples de ces deux pays les plus vastes du continent africain ont bien payé un lourd tribut à la conquête de leur accession à l’indépendance ou à la guerre de libération pour le cas algérien. Il y eut entreprise d’abrutissement, de conditionnement et d’asservissement du peuple, soit par leur évangélisation, soit par la brutalité commise par les colons à leur égard. Ces pays ont été victimes des politiques de dépossession des terres et ressources naturelles. Il est aujourd’hui admis par tous que la colonisation y a bien été une entreprise de spoliation massive des terres et des richesses.

Les colonisations française et belges, respectivement en Algérie et au Congo, ont laissé derrière elles un passé sombre peuplé de crimes en tous genres, de massacres, de violences et d’atrocités infrahumaines que l’on peut ranger sous la catégorie de crimes contre l’humanité, voire de génocide, et de zones sombres. La colonisation française a tué, a écrasé l’Arabe et le Berbère, les indigènes, au nom d’une Algérie française (chrétienne), c’est-à-dire au non de (son) Dieu. De même que le Roi Léopold II a laissé un Congo, au nom de la civilisation chrétienne, dépeuplé, mutilé du fait des crimes contre l’humanité pratiqués systématiquement à grande échelle au profit de l’exploitation des ressources naturelles de ce pays. Cette même entreprise destructrice fut poursuivie par les colons belges avec des villages entiers qui furent incendiés et des mains coupées à des individus qui contrevenaient aux règles imposées par le colonisateur.

La deuxième similitude est celle de la période postcoloniale

L’ingérence des puissances colonisatrices s’est poursuivie après les Indépendances respectives de ces deux pays et s’est surtout caractérisée par le maintien au pouvoir des dirigeants autocrates extravertis, au service des intérêts géostratégiques des puissances hégémoniques occidentales. Ainsi, installé au pouvoir à la suite de l’indépendance, le FLN algérien excella dans le mimétisme politique, administratif et répressif du pouvoir colonisateur français.

Le FLN lui aussi pratiqua comme le colonisateur français l’art de la spoliation de l’Algérie sous différents prétextes, notamment la politique des nationalisations (même celles des faillites des entreprises françaises). Un air de ressemblance à s’y méprendre avec la politique menée par le régime de Mobutu jusqu’en 1997. L’AFDL de Laurent-Désiré, n’excella pas non plus dans la recherche d’une indépendance totale du Congo. Son avènement s’accompagna jusqu’à ce jour d’une politique de sous-traitance de la RDC au profit des intérêts politico-financiers et sécuritaires ougandais et rwandais, où le nommé Joseph Kabila a servi sous les drapeaux. Il est évident que pour ces pays le maintien par tous les moyens de cet ex-soldat du FPR à la tête de l’Etat congolais est une aubaine ; notamment pour les multinationales occidentales qui profitent du système mafieux et de spoliation des ressources de la RDC, mis en place au départ de Kigali et de Kampala et garanti par ce nébuleux personnage de mère tutsie selon une télévision suisse.

Le troisième point de convergence et non le moindre : et puis vinrent les élections de tout blocage politique

L’histoire sociopolitique de la l’Algérie pourrait apporter beaucoup de matières de réflexion aux analystes et observateurs de la scène politique RD congolaise.

Janvier 1992 : L’Algérie semble paralysée. Les scrutins présidentiel, législatif, local, ont fait état de la victoire électorale du Front islamique du salut (FIS) en janvier 1992. Cela ouvrit la porte à six années d’instabilité sécuritaire et politique qui plongèrent davantage ce pays déjà exsangue dans le chaos.

Jeudi 26 décembre 1991, vingt ans plutôt qu’en RDC… Comment oublier cette date ? Celle du début d’une décennie noire, d’événements terribles et de traumatismes profonds. Ce jour-là, au premier tour des premières élections législatives pluralistes qu’a connu l’Algérie depuis son indépendance, le FIS, aujourd’hui dissous, rafle la mise. Il obtient 188 sièges (47,4% des voix) contre 25 pour le Front des forces socialistes (FFS) et 15 pour l’ex-parti unique, le Front de libération nationale (FLN). Avec plus de 140 ballotages favorables, le parti est même pratiquement assuré de remporter la majorité absolue à l’issue du second tour prévu à la mi-janvier.

Le 26 décembre ou jour de «l’urne fatale», selon un journal proche de l’extrême-gauche algérienne et opposé à la tenue d’élections dont on connaît la suite. Le 11 janvier 1992, le président Chadli Bendjedid, acculé par l’armée, est forcé de démissionner. Le scrutin est annulé. Les violences commencent presqu’aussitôt. Une nuit cauchemardesque tombe sur l’Algérie.

Extrapolée à l’actuelle crise électorale congolaise, cette question d’actualité amène plus d’un à une réflexion approfondie, exempte de toute subjectivité idéologique et partisane. Ce qui se passa en Algérie en 1992 n’est ni plus ni moins assimilé par bon nombre de politistes et intellectuels algériens à un coup d’État qui a eu pour conséquence d’entrainer ce pays dans une spirale de violence civile et terroriste sans précédent, dont le pays continue à souffrir à ce jour, malgré la relative stabilité précaire systémique instaurée par Aziz Boutefllika.

Une ressemblance difficile à cacher d’autant qu’en Algérie de 1992 et en RDC de 2011-2012, la communauté internationale ménage les régimes faussaires et fraudeurs et ne demande pas de procéder à la validation des résultats originaux issus des urnes. Pire encore, cette même communauté internationale ne semble se préoccuper des multiples violations des droits de l’homme commis par les régimes Bouteflika et Kabila, ni ne s’engage explicitement à contraindre le régime non élu de Kabila à faire cesser les massacres contre les populations civiles usant de leur droit constitutionnel de liberté de manifester et d’expression à la suite de ces élections volées. Ce, malgré les rapports très accablants des organisations comme Voix des Sans Voix, International Crisis Group, Amnesty International et Human Rights Watch…

L’annulation des élections algériennes en signe de hold up électoral contre la victoire du FIS ouvrit la voie à une période d’instabilité dont le pouvoir installé de facto en place, avec l’aval tacite de la communauté internationale, ne réussit à tirer profit pour reconstruire le pays. L’Algérie stagna durant ces années de turbulence politique dans l’attentisme. La poursuite de la violence dans ce pays n’est pas étrangère à cette situation électorale mal cernée et mal négociée par la communauté internationale. Un Occident qui devint d’ailleurs l’un des théâtres d’opération de cette vague de violence. C’est le cas lors de la prise d’otages du vol d’air bus Alger-Paris du 24 au 26 décembre 1994 par quatre membres du commando du Groupe Islamique Armé (GIA : la branche armée du FIS). En dépit des promesses des responsables politiques maintes fois réitérées « d’éradiquer la violence », chaque jour qui passa vit s’allonger la liste des victimes, au rythme d’une dizaine par jour. Ce climat politique délétère y est resté très figé, tendu et crispé durant presqu’une décennie.

Faut-il croire le principe selon lequel, « toutes choses étant égales par ailleurs » le cas congolais, puisque les mêmes causes produisent souvent les mêmes effets, s’inscrit dans la même logique sociopolitique algérienne ? Surtout dans un pays où le régime promet en vain de sécuriser l’ensemble du territore, alors qu’il signe des pactes politiques avec ces faiseurs de guerre (Bosco Ntaganda recherché par la CPI) à l’Est? Et qu’il faudrait s’attendre, malgré le calme trompeur précaire apparent, à de graves bouleversements politiques si le contentieux électoral, qu’il soit présidentiel ou législatif, n’est pas correctement vidé de sa substance dans son fond et dans sa forme par un règlement politique intérieur et international efficace de cette crise, où vraisemblablement celui qui prétend être porté à la tête du pays, J. Kabila, ne jouit pas de la légitimité politique suffisante devant lui assurer un minimum de consensus dans le cadre du contrat social de gouvernance tel que voulu par la théorie de Rousseau et qui consacre le principe de « souveraineté populaire » ?

La prestation de serment de Kabila, dans une sorte de bastion militaire, à l’écart de la population, contrastant avec celle du président Tshisekedi, reclus manu militari dans sa résidence mais accompagné d’une certaine effervescence populaire manifeste dans la capitale et autres provinces du pays, sont des signes qui ne peuvent tromper sur les dangers qui guettent la période postélectorale à propos desquels nous avions eu par le passé à alerter l’opinion tant nationale qu’internationale, dans le cadre de nos analyses et autres interventions. Des dangers que nous présentions quasi certains, en cas d’un président mal élu du fait d’un mode de scrutin insidieux (un tour).

Quid alors, dans le cas actuel, où certaines voix silencieuses proches de Kabila nous confirment la débâcle électorale de leur candidat, en qualifiant de grossières les fraudes et les tricheries électorales orchestrées par le régime de Kabila (le ministre de l’intérieur sortant Adolphe Lumanu, le cabinet parallèle dirigé par Katumba Mwanke en collusion avec le président de l’Assemblée Nationale Evariste Boshab), avec la bénédiction pastorale de l’oncle de Kabila, M. Mulunda Ngoy. Quelle est alors la marge de légitimité politique d’un président qui, à défaut d’être mal élu, est non élu ? Un président qui plus est se trouve dans une sorte d’isolement diplomatique à force de s’obstiner à refuser de suivre les recommandations de différents rapports d’observation des experts tant nationaux qu’internationaux ?

Refuser de prendre en considération cette situation pré-explosive revient irrationnellement à fermer les yeux aux éléments du rapport de la mission d’observation de la SADC qui, dans un communiqué diffusé le 15 décembre 2011, n’y est pas allé avec le dos de la cuillère pour dénoncer les irrégularités et fraudes préméditées en déclarant sans ambages que les élections présidentielles et législatives congolaises ne se sont déroulées ni selon les principes et lignes directrices de la SADC, ni selon la loi électorale, compromettant ainsi leur crédibilité. La tension politique qui en résulte, conclut le CONG-SADC, pourrait, en cas d’incidents violents, entrainer un désastre pour la SADC, l’Afrique Centrale et l’Afrique toute entière.

La question que tout analyste ou observateur de la scène politique sérieux doit se poser est celle de savoir non pas comment M. Kabila compte s’imposer au pouvoir, mais bien pour combien de temps pourra-t-il encore s’y accrocher, avec l’aide d’une partie de l’armée et de la police sous payées qui pourraient à tout instant faire allégeance au président Tshisekedi en lui donnant l’imperium qui lui fait actuellement défaut ?

Si la situation interne cache difficilement le semblant de stabilité en RDC, les événements constatés à l’extérieur de la RDC tendent à montrer que la frontière de l’embrasement n’est pas loin d’être franchie. Jamais le peuple congolais de la diaspora (contrairement à ce que certains lobbies internationaux, notamment l’ambassadeur belge Dominique Struye de Swielande, à la solde du régime de Kabila et ses laudateurs politiques, dont le schizophrène politique Mende chez qui le « caméléonage » politique résume bien l’état mental de ce propagandiste anachronique avec la réalité politique de la RDC, veulent faire croire à l’opinion internationale) n’a été aussi engagée patriotiquement.

Un mouvement social et national de contestation du déroulement du processus électoral transcende les clivages idéologiques, politiques, ethniques, sociaux et religieux, au-delà de l’UDPS, et qui est porté par l’ensemble du peuple congolais qui ne veut ni plus ni moins que sa volonté exprimée dans les soit respectée. Ce mouvement, amplifié aujourd’hui, n’est pas une émanation de l’UDPS qui a toujours prêché la « non violence ». Il trouve ses prémisses dès 2006. Et l’on peut citer les cas de « She Okitundu », battu et dénudé par les combattants/résistants de Londres en octobre 2006 alors que Tshisekedi avait décidé de boycotter les élections, ou le cas du député MLC travesti vers l’AMP, Yves Kisombe, ayant subi le même sort à Londres en 2009.

Il est très important de rappeler à l’opinion publique internationale, prompte à mordre à l’hameçon mensonger et schizophrénique de Mende, que ce qui se passe aujourd’hui au niveau de la diaspora congolaise devient un problème national qui transcende l’UDPS à qui le régime faussaire de Kabila cherche par tous les subterfuges à faire porter indûment la responsabilité.

Les événements du weekend da la Saint Sylvestre en l’encontre du président du Sénat, Léon Kengo Wa Dondo, sont de nature à témoigner de l’état d’esprit qu’affiche une certaine frange de la diaspora congolaise, qui relaye le ressentiment de la majorité du peuple congolais jusqu’à présent contenu par les hommes armés de Kabila en RDC. Un peuple qui se sent dépossédé de son vote. Face aux assassinats, tueries et crimes commis par le régime de Kabila contre ses contestataires, certains Congolais de la diaspora ont opté de répondre coup pour coup par la même voie de la violence, dans l’espoir de faire justice à leurs compatriotes vivant au pays et réduits au silence par le régime oppressif de Kabila. On constate par ailleurs des prémisses dans les Kasaï où la police est régulièrement attaquée par la population. Tout cela constitue des signaux d’alerte qui doivent être pris au sérieux !

Si en Algérie, la confiscation de la victoire électorale du FIS a ouvert la voie à la violence civile, au terrorisme, à combien plus forte raison, le climat de printemps arabe aidant, la tricherie et le coup de force électoraux du régime de Kabila et ses parrains régionaux et le silence complice de la Communauté Internationale n’entraineraient-ils pas une vague de violence et d’instabilité sans précédent que la Communauté Internationale se refuse de prévenir malgré ces signes annonciateurs de l’implosion qui risque d’embraser la RDC ?
Si la première décennie de ce siècle a été marquée par le terrorisme islamique et arabe, il est fort à craindre, selon les analystes et experts avisés, que la deuxième décennie du 21ème siècle ne voie l’accélération du terrorisme subsaharien du fait de la mal gouvernance souvent tacitement soutenue par l’Occident, de l’absence de leadership des dirigeants imposés contre la volonté populaire, de la déstructuration des tissus socioéconomiques induits par la mal gouvernance et la corruption exponentielle de ces dirigeants, l’extrême pauvreté, la misère sociale galopante et la non prise en compte des revendications populaires.

C’est le cas des élections congolaises où le peuple nourrit un sentiment de frustration du fait que sa volonté exprimée dans les urnes a été violée. Un peuple qui se dit vivre encore 5 années sous la coupe d’un régime irresponsable et kleptocrate, qui n’a que faire du vécu social de ses concitoyens à qui il continue indécemment de promettre un mirage social alors que la fracture sociale entre une caste de privilégiées et la majorité de la population ne fait que s’accentuer sans émouvoir la communauté internationale, dont certains de ses représentants en RDC ne cessent de tirer profit financier et autres avantages sociaux personnels de cet « establishment ».

Tout cela n’aura sans doute pour effet que d’amener une certaine frange sociale, désespérée, se sentant condamnée et qui n’a plus rien à perdre, à trouver dans les actes de terrorisme leur seule voie d’issue et d’expression. Cela se vérifie peu à peu avec les mouvements AQMI en Afrique subsaharienne et avec les milices Shebab qui sévissent depuis la Corne de l’Afrique et se seraient même signalées aux portes de la RDC. Des milices qui seraient tentés de convaincre ces populations clochardisées et abandonnées par l’Etat congolais d’épouser leur cause en signe d’autodéfense.

Les craintes de cette menace se situent principalement au niveau du ralliement, par les « Mollahs », des populations vulnérables, à la doctrine chiite. Certes la RDC est en majorité constituée des populations chrétiennes, mais la pauvreté grandissante, la crise économique, le chômage qui touche près de 80% des jeunes sont des vecteurs catalyseurs de l’endoctrinement.

En effet, depuis quelques années, les Mollahs iraniens écument les quartiers pauvres des capitales africaines afin de recruter des « futurs kamikazes». Et l’attitude irresponsable des autorités congolaises, incapables de contrôler les 9.000 km de frontières avec les pays voisins, laisse dubitatif et ne rassure surtout pas quant à la capacité de ce pays à contrer cette menace qui se fait de plus en plus pressante. (Martin Lutter MBitta, Radio Kan-Kan.com Guinée, 25/02/2010).

A titre d’illustration, en RDC, dans la partie septentrionale, à la frontière avec le Soudan et le long de la frontière ougandaise, des maquis originaires de ces pays se sont implantés, profitant de l’absence presque totale de contrôle du régime de Kinshasa sur la région pour opérer en toute impunité. C’est le cas de l’ADF (Alliance of Democratic), une guérilla multiethnique ougandaise à dominante fondamentaliste musulmane, mal enracinée dans la région frontalière où elle opère, qui préfère donc s’appuyer sur ses bases arrière en RDC. Elle y survit en bonne partie grâce à l’appui du régime islamiste soudanais, opposé au président ougandais, Yoweri Museveni. Elle pourrait profiter du désespoir du peuple à la suite des élections truquées pour amplifier son action dans la sous-région. Une menace qui doit être prise au sérieux par les analystes de la crise électorale et politique congolaise.
Il faut à tout prix respecter le vote du peuple congolais.

J’étais réticent à la tenue de ces élections, du moment que le mode de scrutin présidentiel a été insidieusement modifié pour organiser une élection light visant à légitimer une personne dans un pays post-conflit où les élections à deux tours avaient pour motivation de consacrer un président élu à la majorité absolue. Question de cimenter la cohésion sociale et nationale acquise au prix des rébellions et d’une longue période d’instabilité politique. Toutefois, j’ai toujours pensé que dès lors qu’elles avaient été organisées il était nécessaire d’en respecter les règles du jeu et de condamner tous les contrevenants.

Pour moi, le fait pour la CENI de falsifier les résultats électoraux et d’organiser les fraudes (car si les bulletins de vote ont été retrouvés chez des personnes privées, c’est que la CENI censée garantir la sécurité de ces bulletins y a joué un rôle actif) et le fait pour la Cour suprême de justice de se comporter pire que des enfants de la maternelle en n’usant pas de son devoir constitutionnel d’indépendance vis-à-vis du pouvoir exécutif auquel est attachée la CENI, ne peut que déboucher sur l’explosion. Hélas, c’est bien ce qui va sans doute se passer d’après les informations à ma disposition.

Cette falsification du scrutin du 28 novembre 2011 et la légèreté avec laquelle la Communauté internationale semble traiter cette crise ouvrent la boîte de Pandore. Si en Algérie la confiscation de la victoire électorale du FIS a offert aux islamistes le statut de victimes à qui le système a volé leur victoire électorale, il en va de même pour la victoire du président Tshisekedi volée par Kabila et la falsification des résultats des élections législatives au profit des élus de sa famille politique. En privant Tshisekedi et des élus de l’opposition de leur victoire électorale, on conforte davantage leur légitimité politique et populaire et on produit un effet inverse à celui recherché par le régime de Kabila, qui n’aura plus que le recours à la répression politique comme seul instrument pour asseoir son autorité. Ce qui va davantage l’affaiblir et rompre définitivement toute possibilité de pacte social avec le peuple, au point que la situation deviendra insupportable même pour la Communauté Internationale qui risque, au travers des actions de la diaspora congolaise de partout, de subir le contrecoup des dérives du régime kabiliste. Et cette communauté controversée finira par ne plus avoir d’autre choix que de lâcher ce « boy politique » encombrant comme elle le fit avant lui avec Mobutu, Moubarak ou Kadhafi qu’ils ont tour à tour chouchouté puis évincé de façon indigne.

La question de faire parler la vérité des urnes me paraît capitale si l’on veut à tout prix résoudre durablement la crise électorale congolaise. Je me vois obligé de préciser mon propos. Je ne suis pas un adepte de la violence politique. Mais en tant qu’analyste politique je peux tout à fait comprendre « ces actes de violence » comme signe de frustration d’un peuple éprouvant le sentiment d’être toujours trompé. J’insiste que j’ai toujours estimé que l’on ne doit pas mépriser le choix d’un peuple qui a fait preuve d’un sens très élevé de civisme et de responsabilité en se mobilisant en masse pour décider de son futur, notamment par le choix de son président, fut-il celui qui ne plait pas à une certaine communauté Internationale.

Aujourd’hui il faut applaudir la démocratie tunisienne issue d’une révolution pure à 100%, contrairement à la révolution inachevée de l’Egypte et la non-révolution en Libye. Certes, la position politique et populaire est difficile face à Ennahdha, mais, au moins, ce parti ne va-t-il pas camper dans le rôle de victime et il est désormais redevable de ses actions devant son peuple. Je suis persuadé, mutatis mutandis, qu’un Tshisekedi au pouvoir, souvent diabolisé à tort par une certaine presse occidentale comme étant un nationaliste, un inconnu conflictuel et un extrémiste avec qui on ne peut rien traiter, pourrait tout autant être « désapprouvé » par le peuple congolais politiquement éveillé qui vient de sanctionner les kulunas (délinquants) politiques au sommet de l’Etat, si le leader maximo et l’UDPS n’arrivait pas à tenir ses promesses résumées dans le slogan emballant « Le Peuple D’abord », notamment dans le domaine socio-économique et en matière de bonne gouvernance.

L’erreur stratégique politique est de vouloir confiner le leader de l’UDPS dans le rôle de victime. Plus on le fait, plus le peuple victimisé, avec tous ses enfants des quartiers populaires, tous ses démunis dans des coins perdus du Congo, tous ses fonctionnaires clochardisés, tous ses militaires laissés-pour-compte, toutes ses populations appauvries par les différents régimes souvent connivents avec l’Occident, sympathiseront davantage avec sa cause et s’identifieront à son combat qui est loin d’être achevé. Pour s’en rendre compte, il suffit de constater que le combat politique mené par celui qui est désormais considéré par ses compatriotes comme un Patrimoine National n’a pris aucune ride, 32 ans après la création de son parti l’UDPS. Et aussi longtemps que l’on ne permettra pas au président Tshisekedi de faire valoir ses droits politiques en RDC, son parti UDPS continuera à occuper le haut du pavé de l’actualité politique en se présentant comme un réceptacle de tous les rejetés paupérisés par les régimes kleptocrates qui se succéderont à la tête de la RDC. Une situation récurrente qui fera que ce pays ne connaîtra presque jamais une longue période d’apaisement politique.

Ainsi, on ne peut prétendre normaliser la situation politique en RDC aujourd’hui sans que les organisateurs des élections, le régime de Kabila (ministre de l’Intérieur), la CENI et la CSJ ne fassent devant le peuple un mea culpa à propos de ce rapt électoral qui risque de démolir le pays dans les mois à venir. C’est une question de sursaut patriotique pour eux d’adopter un profil bas, telles ces voix de son régime qui commencent timidement à reconnaitre leur défaite électorale. Une attitude courageuse visant à favoriser la cohésion nationale, d’autant qu’une faute avouée est à moitié pardonnée dit-on et surtout qu’il n’y a que des imbéciles qui ne changent pas d’avis.

Cela rejoint l’homélie de Noël de l’archevêque de Kinshasa, le cardinal Monsengwo, lorsqu’il souligne que la paix puisse régner entre les hommes dans l’unité, la réconciliation, la justice et la vérité. Il n’y a pas de paix sans la justice ni la vérité. La vérité fait que cette justice soit authentique et véridique. La paix des hommes qui s’obtient sans la justice est illusoire et éphémère, dit Benoît XVI. La justice des hommes qui ne prend pas sa source dans la réconciliation par la vérité de l’amour. C’est l’amour de la vérité. Des mots qui constituent des préalables à toute stabilité politique en RDC. D’autant que le Cardinal, dans la conférence de presse qui a suivi sa communication où il avait déclaré, sur base des chiffres recueillis par 30.000 observateurs de l’Eglise Catholique, que Tshisekedi avait recueilli plus des voix que Kabila, a livré une information selon laquelle Kabila esquivait carrément tous ses appels, en refusant de décrocher son téléphone lorsqu’il l’appelait. Après mille et une tentatives de joindre Kabila, il a, de guerre lasse, fini par passer le message à un de ses proche conseiller. En une seule phrase, il lui a dit : «Dites au président ceci : est-ce qu’il est fier des résultats que la CENI vient de donner-là ?»

Malheureusement, dans la jungle tropicale congolaise, au sommet des institutions, la vertu a laissé libre cours aux antivaleurs, à l’immoralité et à la débauche politiques ! Hélas, ce n’est pas avec un soldat formé dès son âge de kadogo à l’école de tueries et de massacres des civils sans état d’âme du FPR de Kagame, que l’on peut entretenir un brin d’illusion ou espérer la repentance, voire le retour à l’ordre électoral et constitutionnel violé et bafoué par Kabila.

Il ne reste plus qu’au Peuple Congolais de continuer à se prendre en charge et à s’assumer.

Jean-Jacques Wondo Omanyundu

* Jean-Jacques Wondo Omanyundu est un analyste politique freelance

Paru dans le Numéro 218 de Pambazuka News

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Congo : Etienne Tshisekedi lance un mandat d’arrêt contre Joseph Kabila

Etienne Tshisekedi au stade Tata Raphael

Le président de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), Etienne Tshisekedi, qui s’est autoproclamé président de la République démocratique du Congo (RDC), a lancé dimanche un mandat d’arrêt contre le président « réélu » du pays Joseph Kabila.

« Je demande à tous le Congolais de m’amener ici Joseph Kabila vivant pour qu’il soit jugé, celui qui le faire aura une grande récompense », a déclaré M. Tshisekedi.

Il a aussi déclaré le gouvernement et tous les gouverneurs de 11 provinces de la République Démocratique du Congo (RDC) démissionnaires à partir de ce dimanche.

Pour lui, « les départements ministériels seront désormais dirigés par les secrétaires généraux, les gouverneurs de 11 provinces sont remplacés par les secrétaires généraux et aucun gouverneur ne doit pas quitter le pays jusqu’à la remise et reprise ».

M. Tshisekedi a ensuite indiqué qu’il va prêter serment devant le peuple vendredi prochain au stade de Martyrs de Kinshasa.

Le président autoproclamé a aussi appelé la population au calme et à la sérénité pour permettre aux investisseurs de venir investir en RDC.

Selon le résultat définitif déclaré par la Cour suprême de justice le 16 décembre, Joseph Kabila a été réélu président en obtenant 48,95% des voix, contre 32,33% pour Tshisekedi.

Rapporté par L’Agence de Presse Xinhua