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Depuis sa résidence surveillée, DSK écrit à ses collègues du FMI que « la vérité éclatera »

L’ancien directeur du Fonds monétaire international assigné à résidence dresse le bilan de son action au FMI. Et « nie dans les termes les plus forts » les charges qui pèsent sur lui.

Depuis sa résidence surveillée du sud de Manhattan, Dominique Strauss-Kahn est invisible, mais il parle. L’email qu’il a adressé en anglais au personnel du Fonds monétaire international (FMI) qu’il ne dirige plus, révèle un homme intellectuellement très engagé. DSK revient sur son passé récent. Et il pense à son avenir, après l’épreuve qu’il traverse.

DSK aimait manifestement beaucoup le FMI. Aujourd’hui, en dépit de l’organisation de sa défense qui doit prendre l’essentiel de son temps, il pense très fort aux changements qu’il a opéré en trois ans et demi dans la manière dont le Fonds travaille. « On ne saura jamais vraiment s’il allait quitter le Fonds pour se présenter aux présidentielles » remarque avec ironie un cadre de l’institution. « Cette lettre est un geste formidable qui montre le grand attachement qu’il avait pour le FMI. C’est lui tout craché. Ce n’est pas un coup monté par son équipe de communication » poursuit ce responsable qui l’a beaucoup côtoyé.

« Je tenais à prendre contact avec vous, personnellement et directement, vous exprimer ma profonde tristesse et ma frustration d’avoir à partir dans ces circonstances. Je le fais parce que je crois que c’est dans le meilleur intérêt de l’institution qui m’est si chère et dans votre intérêt à vous « le staff », que j’apprécie profondément et que j’admire », explique Dominique Strauss-Kahn, dans son email que l’actuel patron par intérim du FMI, John Lipsky, a fait suivre à tout le personnel de l’organisation.

 « Au revoir »

Et DSK de « nier dans les termes les plus forts les allégations » portées contre lui. « Je suis convaincu que la vérité va sortir et que je serai exonéré » souligne-t-il dans cette missive qui a probablement été lue par ses avocats, soucieux qu’elle ne puisse contribuer qu’à plaider sa cause.

Cet homme de 62 ans qui risque de passer le reste de sa vie en prison, trouve le temps d’examiner les grandes étapes qui ont marqué son passage au FMI. Avec une lucidité parfaite, il en dresse la liste: appel dès le début de la crise à la relance fiscale, soutien technique au G20 pour répondre à la crise, introduction de plus de flexibilité dans les prêts du FMI aux pays en difficulté, large déploiement de ressources en Europe occidentale pour la première fois depuis des décennies, etc…

DSK a clairement été séduit par la compétence technique du « staff » du FMI. Il salue leur capacité à surmonter « la prudence bureaucratique pour confronter les décideurs politiques du monde avec des réalités difficiles ». C’est là une allusion indirecte aux mises en garde du FMI adressées aux Européens et aux Américains sur la gravité de leurs dérives.

Comme un encouragement aux 2400 personnes qui seront bientôt dirigées par un autre, il ajoute: « Vous devriez être fiers de ce que vous avez accompli. Une masse considérable de travail reste à faire, à un moment très crucial; vous allez être à la hauteur à chaque fois et je vais vous acclamer lorsque vous le montrerez ». DSK, malgré l’urgence de la préparation de son procès, compte donc suivre de près la manière dont le FMI, le G20 et l’Union européenne gèrent la crise.

Il termine sa lettre par les mots « au revoir », en français. DSK veut montrer qu’il compte bien sortir de l’effroyable ornière judiciaire où il est tombé.

Adjinakou

Trois Raisons fondamentales pour dissoudre le Fonds Monétaire International

Après la seconde guerre mondiale, il nécessitait de réorienter les relations économiques, financières et monétaires internationales. Dans ce contexte, sous l’égide des Etats Unis et de la Grande Bretagne, fut organisée en juillet 1944, dans la ville de Bretton Woods, une conférence internationale. A l’issue de celle-ci, furent créés le Fonds Monétaire International et la Banque internationale pour la reconstruction plus connue sous le nom de la Banque Mondiale. A la base, le FMI a été produit pour être une institution monétaire qui œuvre pour la stabilité du système monétaire international. Il veille au respect des grands équilibres macro-économiques, budgétaires et financiers. Il assiste les pays en développement en leur apportant des aides financières surtout à ceux qui ont des difficultés pour redresser leurs balances des paiements.

Mais de nos jours, une critique exigüe du FMI révèle qu’il ne remplit pas son rôle d’institution neutre conçue pour fournir des crédits volumineux aux économies délabrées, tronquant ainsi le premier article de ses statuts : « Encourager la coopération monétaire internationale; faciliter l’expansion et l’accroissement harmonieux du commerce mondial; promouvoir la stabilité des changes; aider à établir un système multilatéral de paiements; mettre temporairement, moyennant des garanties adéquates, ses ressources générales à la disposition des États membres qui font face à des difficultés de balance des paiements ».

Autrement dit, le FMI faille à sa responsabilité d’assurer la stabilité du système financier international et de l’émergence économique. Pis, il cautionne, étouffe et camoufle la mondialisation qui n’est rien d’autre qu’un système d’exploitation et de distribution très inéquitable dans un processus ne conduisant pas à une intégration des flux commerciaux, des ressources scientifiques et technologiques, des systèmes productifs et des marchés financiers. Ce qui est sur le Fmi est confronté à plusieurs aléas de sur montage liés à plusieurs facteurs. Ce pour cela que certains Economistes, experts du développement et quelques dirigeants des PED soutiennent que cette institution mérite une reforme en profondeur tant sur le plan structurel que conjoncturel.

Pour mieux comprendre cette remise en cause, les altermondialistes et la nouvelle génération de jeunes économistes se focalisent sur trois raisons fondamentales et techniques qui permettent d’argumenter la dissolution définitive du FMI : l’échec des politiques d’ajustements structurels que le Fonds Monétaire International avec la Banque Mondiale avaient édicté aux pays du Tiers Monde, ensuite les dysfonctionnements du FMI face aux récurrentes crises financières qui ont attaqué l’économie mondiale, et enfin, le négationnisme du FMI face à la globalisation de l’économie internationale.

Primo, les politiques d’ajustement structurels édictées par la Banque Mondiale et le FMI n’ont pas relancé les économies du Tiers Monde. Au contraire, ces plans ont enfoncé ces pays pauvres dans un pépin économique. En effet, ces institutions de Bretton Woods ont imposé aux pays du tiers monde qui avaient déjà une économie délabrée, de libéraliser les entreprises productives en se désengageant de leur capital. Soit une baisse de dépenses publiques face à une rentrée de recettes.

Ensuite de réorienter leurs économies vers le commerce international en exportant vers les pays industrialisés des matières premières contre des technologies légères, des produits manufacturés et une partie des céréales de base. Ce piège a constitué un facteur bloquant puisque ces pays sont marginalisés dans le jeu des échanges globaux où leur part constitue 1,2 % du marché mondial unifié. Ces termes de l’échange entre le Nord et le Sud subsistent antagoniques parce que les prix des matières premières sont cotés sur les marchés boursiers de Wall Street, Chicago et de la City, et, ne cessent de baisser constamment, contrairement aux cours des produits manufacturés.

En conséquence, ces pays se voient disqualifiés par des fluctuations ostensibles, à vendre des matières premières sans valeur ajoutée. Par exemple, le continent africain a vu le déficit de sa balance commerciale passer de 600 millions de dollars en 1990 à prés de 25 milliards de dollars en 2005. En conséquence, ces règles remèdes appliquées à la lettre ont buté à un fiasco puisqu’elles sont bardées de lacunes, et, qui ont compliqué d’avantage la tentative de stabiliser les balances de paiements, d’équilibrer les politiques budgétaires et de maitriser le déficit des finances publiques. D’ailleurs les Economistes du développement et les altermondialistes interprètent ces plans de relance comme un piège du libéralisme sauvage.

Secundo, l’immobilisme du FMI face aux récurrentes crises financières, dégage l’impression que cette institution a perdu son rôle de gardien de la stabilité des échanges financiers et monétaires. D’abord pour le choc pétrolier de 1973, le Fmi est resté impuissant face à l’OPEP qui a décidé brusquement de former un puissant cartel et de quadrupler les prix du pétrole et qui eu pour effet l’augmentation vertigineuse des coûts de nombreux produits de consommation dans les pays industrialisés et, par conséquent, une inflation mal gérée.

Afin de maîtriser celle-ci, les pays industrialisés ont élevé les taux d’intérêts, ce qui a ralenti de façon sensible la croissance mondiale en provocant une récession généralisée. Ensuite, plus tard, le FMI a mal administré la crise asiatique de 1997 par une gestion exagérément restrictive sur le plan monétaire que budgétaire, malgré que l’organisme ait cherché à éviter la contagion sur les marchés financiers. Le FMI en tant que gardien du système monétaire et financier international n’a pas su prévenir. De facto, on peut dire que son système de prévention et de contrôle des marchés financiers est inefficace.

L’économiste libéral Milton FRIEDMAN, a même déclaré que « sans le FMI, il n’y aurait pas le problème de l’Asie ». Concernant la crise des subprimes, le FMI n’a pas su avertir avec des indicateurs précis le gouvernement étasunien d’une éventuelle récession économique qui serait due à l’incapacité prochaine des ménages américains de payer leurs dettes.

Tertio, le FMI a toujours camouflé l’iniquité de la mondialisation qui est un système d’exploitation injuste. Au contraire, le FMI cautionne le jeu pipé des échanges internationaux où par exemple le continent africain entier n’est impliqué qu’à 1,2% et ne reçoit que 1,3% des investissements directs à l’étranger. Malgré cela les plans de relance du FMI dirigent les pays du Tiers monde à se spécialiser dans le commerce international. Or, l’Afrique perd plus en exportant vers le Nord des matières premières contre des technologies, des produits manufacturés et une partie des céréales de base. Ces termes de l’échange entre le Nord et le Sud sont contradicteurs. Par exemple, une économie agricole à 70 % comme le Sénégal et qui exporte 90 % de ses produits primaires subit un désavantage des chocs externes. Le président Hugo Chavez a eu raison de retirer le Venezuela de la Banque Mondiale et du Fonds Monétaire International en les qualifiant de « mécanismes de l’impérialisme destinés à exploiter les pays pauvres ».

Pour conclure, le Fonds Monétaire International est par définition une organisation appartenant à 185 nations libres. En tant que gardien des marchés financiers, son rôle est d’assurer la stabilité du système monétaire et financier international de même que l’émergence économique. Il doit non seulement prévenir mais contrecarrer les crises financières en apportant une assistance technique et financière aux économies pauvres. Pour cela, il se doit de se reformer en profondeur en changeant sa réglementation, ses droits de vote et en associant davantage les pays émergents et les pays en développement. Il doit accorder des crédits volumineux aux pays pauvres pour endiguer définitivement la précarité tout en ayant un droit de regard sur l’utilisation efficience des créances allouées. Malheureusement, il avalise la globalisation qui n’est rien d’autre qu’un système d’exploitation et de distribution très inéquitable avec un processus ne conduisant pas à une intégration des flux commerciaux, des ressources scientifiques et technologiques, des systèmes productifs et des marchés financiers. Pis, ses plans de relance ont hypothéqué les économies des pays pauvres dans une crise concave sans issue. En sus, le FMI continue d’ignorer royalement les schémas d’action proposés et élaborés par des experts du continent noir.

Cheikh Sidiya DIOP

Analyste Auditor JJW France,

Doctorant ès Sciences Economiques

Université Paris 1 Panthéon Sorbonne

csdiop.audit@jjwhotels.com

Cheikh-Sidiya.Diop@malix.univ-paris1.fr

SEPTEMBRE 2008