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Présidentielle 2012 en France : Sarkozy «regarde» vers Abidjan

Les candidats à la présidentielle de mars 2012 en France, dont Nicolas Sarkozy, cherchent sans doute activement les fonds pour leur campagne. Et il n’est pas difficile d’imaginer qu’ils vont se tourner vers les financements occultes en provenance des pays africains, comme cela est de coutume.

L’auteur du coup d’Etat contre Laurent Gbagbo, Nicolas Sarkozy, va faire campagne pour la présidentielle de mars 2012, en France. Il lui faudra, bien sûr, des fonds. Mais où les trouver, en pleine crise ? La réponse à cette question coule de source. Et de bonne source. L’avocat Robert Bourgi, à la suite de bien d’autres, a confirmé que ce sont les pays africains qui financent les campagnes des candidats à la présidentielle en France. Il a avoué avoir transporté lui-même des valises bourrées de billets, de la part de Laurent Gbagbo à Jacques Chirac et à son Premier ministre d’alors, Dominique de Villepin. Au-delà des comptes que Sarkozy règle à ses adversaires et concurrents, entre deux putschs en Afrique (Côte d’Ivoire puis Lybie) et quelques complots à l’Elysée, un détail de l’affaire, regardée de près, prend tout son sens.

En effet, dans son témoignage qui assaisonne cette affaire, le président du parlement ivoirien révèle que le porteur de valises sales lui a tenu les propos suivants, en 2002 : ‘’Quand on veut faire de la politique, on est généreux’’. Ce bout de phrase, repris allègrement par l’agence France presse (Afp) dont on connaît le rôle dans le volet médiatique des cabales parisiennes ne serait-il pas un message à l’endroit de ceux qui n’ont pas encore préparé les valises ? On sait que c’est à partir d’Abidjan que Paris gère les intérêts français en Afrique de l’Ouest. En juillet dernier, le Premier ministre français, François Fillon, est venu signer un nouveau pacte colonial avec Ouattara, qui permettra à la France de continuer à exploiter la Côte d’Ivoire.

Le temps de la reconnaissance des services rendus

Au passage, il n’a pas manqué de révéler, à la stupéfaction de tous, que les salaires des fonctionnaires ivoiriens sont payés par le Trésor français depuis l’instauration du régime Ouattara. Y a-t-il un ‘’service’’ plus grand qu’on puise rendre à un régime, après s’être décarcassé pendant 10 ans pour l’installer au pouvoir par un coup d’Etat ? Ouattara devra se montrer plus que «généreux», en raison des énormes «services» que Sarkozy lui a rendus. Même si, agacé d’être traité de «pion de la France», le nouveau locataire du palais clame qu’il n’est «redevable à personne», on se doute qu’il ne peut pas prendre le risque de tenir un tel discours à la Sarkozy. Selon des observateurs, Ouattara ne fera pas l’exception pour ce qui est du financement occulte que Paris attend d’Abidjan pour la présidentielle de 2012. De gré où de force, il devra s’exécuter quand on le lui demandera. Comme Laurent Gbagbo a été contraint de le faire, sous la menace des canons français. Il y a donc fort à parier que les valises continueront de circuler entre Abidjan et Paris, par le truchement du successeur de Robert Bourgi qui a lui-même pris le relais de Jaques Foccart. Et le poids de la reconnaissance à l’égard de l’Elysée pourrait être tel qu’il ne suffira certainement pas au régime en place d’être simplement ‘’généreux’’ comme Gbagbo l’a été vis-à vis de Chirac. Il lui faudra être ‘’très généreux, particulièrement généreux’’ avec les parrains.

La largesse du pouvoir en place à Abidjan à l’égard de Sarkozy sera sans doute le premier véritable test pour Ouattara dans le giron des hommes de la Françafrique. S’il veut réussir cet examen de passage, il devra faire beaucoup d’effort pour être le premier, c’est-à-dire le plus généreux de la classe. Et, en la matière, Ouattara connaît bien ses leçons. Il l’a déjà démontré en 1990, en bradant, pour un franc symbolique, les secteurs vitaux de l’économie ivoirienne à la France. Il lui faudra tout simplement réviser un peu. Ouattara, Premier ministre du bélier de Yamoussoukro, ne ressemblera certes jamais à d’Houphouët- Boigny, l’apôtre de la paix. Car il est arrivé au pouvoir à la suite d’un coup d’Etat qui a fait couler le sang des innocents sur la terre ivoirienne. Mais il devra maîtriser parfaitement la table des matières de la Françafrique, à commencer par le financement de la campagne de ses tuteurs. Sinon, gare à lui ! Bien de chefs d’Etat africains, même après une parfaite lune de miel avec la France, ont payé cher leur brusque écart, quand ils ont tenté de prendre leur distance aves Paris. L’Elysée attend donc actuellement ses «valises» en provenance d’Abidjan.

K. Kouassi Maurice, Le Temps

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« La France doit retirer ses troupes de Côte d’Ivoire. Sa présence n’y est plus nécessaire » dixit François Hollande

François Hollande

François Hollande, candidat aux primaires socialistes, considère que le quinquennat de Nicolas Sarkozy n’a pas mis fin aux pratiques de la Françafrique.

« La volonté du président de gérer lui-même la relation avec l’Afrique et la persistance d’un certain nombre d’intermédiaires me confirment que les réseaux demeurent », déplore-t-il dans un entretien à l’hebdomadaire « Jeune Afrique ».

Quant aux propos du Premier ministre François Fillon, selon qui la Françafrique n’a « plus aucune réalité », M. Hollande y voit « une volonté d’en terminer avec ce qu’a fait le président depuis bientôt cinq ans ». Et d’ajouter: « Nous verrons bien si les réseaux et les connivences sont abolis ».

Stephane Mahe / Reuters

S’il est élu à l’Elysée, le député de Corrèze promet d’en finir « avec ces rapports de domination, d’influence et d’affairisme pour les amis du pouvoir ». Il s’engage à ne pas tenir « de discours comme ceux, profondément blessants, sur l’Homme africain de Nicolas Sarkozy ».

Par ailleurs, François Hollande considère que « la France doit retirer ses troupes de Côte d’Ivoire. Sa présence n’y est plus nécessaire ».

Quant à l’intervention en Libye, « c’est la politique du rattrapage », accuse-t-il. Selon lui, « l’empressement » de Nicolas Sarkozy visait à « occulter deux fautes qu’il avait commises: la visite grotesque du colonel (Moammar Kadhafi) à Paris (en 2007) et le silence des autorités françaises à l’égard de la Tunisie quand s’est déclenché le printemps arabe » en décembre 2010.

François Hollande prône une accélération de l’aide à la Tunisie post-Ben Ali. « Le G-8 a été trop frileux », estime-t-il. L’aide internationale de 40 milliards d’euros promise à l’Egypte et à la Tunisie « ne doit pas s’étaler sur cinq ans mais être immédiate ».

Tandis que le régime de Bachar el-Assad continue d’écraser les manifestations populaires en Syrie, François Hollande considère que les sanctions contre Damas « n’ont pas été prises comme elles auraient dû l’être ». « Je n’oublie pas les ambiguïtés et les connivences longtemps du parti de Nicolas Sarkozy à l’égard d’Assad père et fils », tance-t-il. « Je n’oublie pas davantage le fait que le seul pays représenté à haut niveau pour l’investiture de Bachar el-Assad fut la France ».

Associated Press (AP)

Vote pour la poursuite de la guerre contre la Libye, du sang sur les mains des députés français

François Fillon a déclaré le 15 juillet dernier, à Abidjan, que la « Françafrique » est un « logiciel dépassé ». Pour les faucons anti-Kadhafi, ceux qui s’opposent à l’intervention française en Libye sont des adeptes d’un tiers-mondisme suranné. Après le vote massif des députés – et des sénateurs – pour la poursuite de l’opération Harmattan, on est en droit de se demander si leur soutien sans nuance doit être interprété comme un blanc-seing donné à de futures guerres « humanitaires » en Méditerranée ou en Afrique.

Radiographie d’un scrutin digne du temps des colonies

Comme il fallait malheureusement s’y attendre, les députés ont « autorisé », le 12 juillet dernirt, à une écrasante majorité, la prolongation de l’intervention militaire française en Libye (1). Aucun n’a posé de questions sur les préparatifs précédant la guerre ni ses buts réels. Ils auraient sans doute été moins nombreux si certains avaient pris la peine de visiter les hôpitaux de Tripoli et s’étaient entretenus avec les familles des victimes civiles, car le bilan des bombardements de l’OTAN est épouvantable. Le 13 juillet, le procureur général libyen, Mohammed Zikri alMahjoubi, a en effet annoncé que plus de 1 100 civiles ont été tués et 4500 autres blessés depuis le 19 mars. Anders Fogh Rasmussen, secrétaire général de l’OTAN (2), a réfuté l’évaluation au prétexte que la parole d’un dirigeant libyen est sujette à caution. Tout comme les médias-mensonges contredits par les enquêtes d’ONG des droits de l’homme – les 6 000 victimes civiles de la répression du régime, les mercenaires étrangers, le viagra distribué aux soldats pour violer les femmes des rebelles… etc – les évaluations libyennes ne seront déclarées fondées, ou non, que si une délégation indépendante les vérifie.

Un engrenage dramatique et coûteux

Jean Bardet a été le seul député UMP à oser voter contre la poursuite de l’intervention militaire. Président du Groupe parlementaire d’Etude France-Palestine, il est connu, notamment, pour s’être opposé à l’embargo de l’ONU contre l’Irak. A droite, René Couanau, maire de Saint-Malo, qui a quitté l’UMP en avril dernier, a fait de même. Le gaulliste Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la France, a également voté contre la guerre, après s’être bâillonné avec son écharpe tricolore, pendant le discours du Premier ministre François Fillon, pour protester contre le refus du gouvernement de donner la parole aux députés indépendants des grands partis. Lui qui s’était déclaré favorable au but affiché de l’intervention militaire – protéger les populations civiles de Cyrénaïque – s’est rendu compte que « les rebelles ne sont pas les forces démocratiques comme on l’a prétendu au départ ». « En Libye », dit-il maintenant, «on est parti dans un engrenage dramatique pour la France (3). Il a dénoncé, sur RTL, « un fiasco qui va coûter une fortune au contribuable français ».

Bien que Marine Le Pen se soit prononcée clairement contre cette guerre « absurde, meurtrière et coûteuse », « qui n’est pas dans l’intérêt de la France », la quarantaine de députés de la Droite populaire – courant UMP créé pour contrecarrer la montée électorale du Front national – n’ont pas, cette fois, récupéré son analyse (4). L’Elysée l’aurait mal pris. Il est vrai que la présidente du FN, veut qu’on mette un terme à l’intervention « tout de suite », et affirme carrément que Sarkozy l’a lancée dans « un but bassement électoraliste ».

Dans le camp gaulliste, la signification des embardées tacticiennes de Dominique de Villepin est difficile à décrypter. En mars, il avait salué, au nom de son mouvement République Solidaire, « l’engagement de la communauté internationale à travers la résolution 1973 ». Il préconisait alors « une détermination sans faille pour obtenir le retrait du colonel Kadhafi et des siens » (5). Quatre mois plus tard, voilà qu’il prône « la poursuite de l’action en Libye sous conditions», et demande que l’on revienne « à l’esprit originel de cette intervention qui était militaire, avec un objectif humanitaire (…) et en aucun cas de s’engager dans une guerre avec un objectif politique de renversement du régime du colonel Kadhafi » (6). Parmi ses proches, François Goulard, député non-inscrit, a donc voté… pour la prolongation de l’intervention, mais avec des réserves. Inaudible !

Les communistes exigent un cessez-le-feu

A gauche, Jean-Michel Boucheron (PS), sans la moindre gêne, a salué « la grande technicité de nos opérations aériennes, ce qui permet de n’avoir que très peu de dommages collatéraux » et, dans la foulée, 154 députés de son groupe ont approuvé la poursuite des opérations... « en toute responsabilité ». Sept se sont tout de même abstenus. Henri Emmanuelli, ancien ministre de François Mitterrand, a voté contre la guerre. C’est son côté « gaulliste », a-t-il- dit, sur le site Marianne 2 (7). Julien Dray, autre député PS, a justifié son refus de prendre part au scrutin, en écrivant sur son blog que la poursuite du conflit « ne fera que générer un peu plus de chaos dans la région. Cela porte un nom : l’enlisement, le bourbier, concepts bien connus des Américains » (8).

Les députés communistes, opposés depuis le début à la guerre de Libye, ont évidement tous voté contre, exigeant  – par la voix de Jean-Jacques Candelier« l’établissement immédiat d’un  cessez-le-feu multilatétal ». Pour toute réponse Alain Juppé a qualifié son intervention de « magnifique exercice de langue de bois ». Après avoir applaudi les bombardements, Jean-Luc Mélanchon, député européen désigné par le PCF candidat du Front de Gauche (9) à la présidentielle de 2012, a finalement convenu que la Libye subit une agression impérialiste et que l’OTAN n’a rien à y faire (10). Mieux vaut tard que jamais, mais son tête-à-queue politique ne fait pas oublier qu’il s’est tu, en 2002, quand Jacques Chirac et Lionel Jospin – dont il était ministre – ont envoyé des troupes françaises en Afghanistan (11).

Comprenne qui pourra : chez les écologistes, Noël Mamère et François de Rugy ont voté pour, « sans que ce soit un chèque en blanc » donné à Sarkozy. Leurs collègues, Yves Cochet et Anny Poursinoff, contre. L’ex-juge Eva Joly, leur candidate à la présidentielle de 2012, qui joue maintenant les antimilitaristes en préconisant la suppression du défilé du 14 juillet, tenait en juin des propos va-t-en-guerre forcenés. Elle se disait « à 100% » pour l’intervention en Libye et même pour l’envoi de troupes au sol (12)…

Comme l’a remarqué Henri Emmanuelli, le « droit de protéger » introduit dans la résolution 1973, c’est à dire de s’ingérer dans les affaires des autres pays, « ne s’applique qu’aux adversaires de l’OTAN ». L’empressement mis par Sarkozy pour renverser le Guide libyen, ont plus à voir avec son irrépressible envie de doubler ses partenaires occidentaux désireux d’étouffer les révolutions arabes, qu’avec l’essor de la démocratie en Méditerranée. Le devenir du colonel Kadhafi, la rédaction d’une nouvelle constitution, l’organisation d’élections, la formation d’un gouvernement, les exportations de pétrole et le choix d’alliances internationales, sont des domaines de souveraineté. Ils ne concernent que les Libyens.

(1) Scrutin public sur la déclaration du Gouvernement sur l’intervention des forces armées en Libye pour la mise en œuvre de la résolution 1973 du Conseil de sécurité de l’ONU.

A l’Assemblée nationale : Nombre de votants : 516 – Nombre de suffrages exprimés : 509 – Majorité absolue : 255 – Pour l’adoption : 482 – Contre : 27.

par Gilles Munier (AFI-Flash – n°117)

Discours peu sérieux pour personnes peu sérieuses

– Le Nouveau Courrier – Ainsi donc, François Fillon a fini son «tour du propriétaire» en Côte d’Ivoire. Un séjour qu’on devrait qualifier d’historique : la première visite officielle d’un Premier ministre français en Côte d’Ivoire depuis… 1986. A l’époque, Jacques Chirac, chef d’une droite ayant tout juste obtenu la majorité lors des législatives et par conséquent le contrôle du gouvernement dans le cadre de la cohabitation, venait remercier son «papa» Félix Houphouët-Boigny de l’avoir aidé par ses «conseils», mais surtout par son argent, qui se confondait avec celui de son pays, durant la campagne électorale. C’était le temps de l’Afrique de papa, d’un néocolonialisme que pourfendait, à Ouagadougou, Thomas Sankara, avant d’être assassiné avec, disent certains historiens, la bénédiction de Paris et d’Abidjan.

Tout aurait, aujourd’hui, changé de face. Evoquer même encore le terme «Françafrique» reviendrait à se servir d’un «logiciel dépassé», si l’on en croit les propos du Premier ministre de Nicolas Sarkozy. Ce discours de François Fillon, disons le tout net, est peu sérieux, et ne sera considéré sérieusement que par des personnes peu sérieuses. Mal inspiré au Cameroun en mai 2009, quand il niait les crimes commis par l’armée française durant la guerre d’indépendance, à côté de la plaque quand il a évoqué le faible taux de «francité» d’Eva Joly, et ce – ironie ! – devant Alassane Ouattara, la «victime» de l’ivoirité, Fillon a été naturellement défaillant en essayant de donner un avis pertinent sur l’évolution des relations entre son pays et ses excolonies africaines.

Au fait, quand est-ce que la France officielle a-t-elle admis que le logiciel «Françafrique» était de saison, pour qu’elle puisse affirmer aujourd’hui qu’il est passé de mode ? Depuis que François-Xavier Verschave, ex-président de l’ONG Survie, a passé au tamis critique le néologisme créé par Félix Houphouët et l’a érigé en mot-repoussoir résumant l’ensemble des relations mafieuses et entachées de sang liant la France à son «pré carré», le concept a été contesté, moqué, ridiculisé. Verschave a été accusé de paranoïa complotiste. Aujourd’hui, on aurait parlé de «conspirationnisme »… D’hier à aujourd’hui, qu’est-ce qui a changé dans le sens de la souveraineté des pays d’Afrique dite francophone? En 1997, Paris soutenait les milices de Denis Sassou N’Guesso contre le président élu Pascal Lissouba dans le cadre de la reconquête de Brazzaville. En 2002, Paris soutenait les milices pro-Ouattara contre le président élu Laurent Gbagbo. En septembre 1979, les parachutistes français renversaient le Centrafricain Jean-Bedel Bokassa. En avril 2011, les forces spéciales françaises détruisaient la Résidence présidentielle ivoirienne afin de livrer Laurent Gbagbo à ses adversaires. Lors de la guerre du Biafra, entre 1967 et 1970, la France, alliée à l’Afrique du Sud raciste, convoyait des armes aux rebelles ibos. Aujourd’hui, la France largue des armes aux rebelles libyens, en partie islamistes. La seule différence entre les aventures militaires néocoloniales d’hier et celles  d’aujourd’hui ? La force de la résistance populaire qui se construit lentement «oblige» légionnaires et hélicoptères à tuer des civils africains. Par centaines. A  Abidjan, François Fillon a demandé que les crimes de tous les camps soient punis. Qui punira la France ? La Françafrique, c’est une relation dans laquelle la France utilise sa présence militaire en Afrique pour y jouer un rôle politique, renverser et installer, soutenir et déstabiliser. C’est ce qui s’est passé et c’est ce qui se passe en Côte d’Ivoire.

La Françafrique, c’est une relation économique du cheval et du cavalier, où Paris est le partenaire économique «de référence», vers qui les contrats se tournent prioritairement… sans que la réciproque soit vraie. On est en plein dedans. La Françafrique, ce sont les conseillers militaires et économiques dépêchés par l’Elysée et qui travaillent, au plus haut niveau de l’Etat africain vassal et de manière très officielle, pour le compte du pays donneur d’ordres. On y est retournés, pieds et poings liés. La Françafrique, c’est le jeu qui consiste pour la France à choisir ses interlocuteurs en Afrique, et à décider toute seule en donnant l’impression d’un dialogue avec «nos partenaires africains».

La manière dont les autorités françaises communiquent sur le maintien – ou le retrait – des troupes hexagonales en Côte d’Ivoire illustre à la perfection le complexe de la marionnette et du ventriloque qui caractérise les relations diplomatiques entre nos pays. Alors que l’investiture d’Alassane Ouattara se tenait encore, Nicolas Sarkozy a affirmé devant ses compatriotes regroupés dans le camp militaire français de Port-Bouët – symbole ravageur ! – que son pays garderait une présence militaire «permanente» en Côte d’Ivoire. Pourtant, les accords de défense doivent être renégociés d’Etat à Etat, et ratifiés par l’Assemblée nationale. Si Sarkozy se risque à une telle affirmation, c’est parce qu’il sait qu’il contrôle le pouvoir exécutif ivoirien et qu’il contrôlera demain notamment grâce à l’opération d’épuration politique en cours, sanctifiée par Paris le pouvoir législatif, au terme des élections qui doivent se dérouler avant la fin de l’année.

François Fillon a raison : le logiciel «Françafrique» est dépassé. Il a été remplacé par un software d’écrasement des peuples africains qui est, paradoxalement, à la fois plus subtil et plus grossier. Et terriblement violent.