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CPI contre Laurent GBAGBO : Carton jaune au Porte-parole et au FPI !

La Révolution Permanente a lu avec beaucoup de surprise, les différents communiqués qui ont fait suite à une dépêche de l’AFP (Agence France Presse) datée du 3 octobre 2011, annonçant que la Chambre préliminaire III de la Cour Pénale Internationale (CPI) a pris le 30 septembre 2011, une décision autorisant ladite cour à ouvrir « une enquête sur les crimes présumés relevant de la compétence de la Cour qui auraient été commis en Côte d’Ivoire depuis le 28 novembre 2010. ».

La Révolution Permanente reste d’autant plus étonnée qu’en introduction au Communiqué produit par la Direction Intérimaire du FPI le 4 octobre 2011, l’on a pu lire : « La direction du FPI, qui en a été informée par voie de presse, se félicite de la décision de la Chambre préliminaire III de la CPI prise le 30 septembre dernier. Cette décision, qui n’est pas encore un acte d’accusation contre une ou plusieurs personnes déterminées, emporte notre adhésion ».

Dans la même dynamique, un autre Communiqué signé du Porte-parole du Président GBAGBO rendu public le 3 octobre 2011, a pris acte de cette décision de la CPI et formulé des observations notamment sur la période couverte par l’enquête et les circonstances de l’ouverture de cette enquête.

Pourquoi faut-il s’étonner ?

La Révolution Permanente s’étonne parce qu’elle a le net sentiment que les instances qui ont produit les communiqués ci-dessus évoqués, n’ont pas encore pris toute la mesure de l’engrenage international qui se met en  place.

Tout d’abord, l’avènement d’une compétence de la Cour Pénale Internationale en Côte d’Ivoire est l’œuvre de Monsieur Dramane Ouattara. Or de tout ce qui ressort des déclarations constantes du Porte-parole du Président GBAGBO, ce dernier soutient à juste titre qu’il demeure le Président élu de Côte d’Ivoire. Que ni sa déportation par la France, ni le pouvoir de fait instauré par Monsieur Ouattara et la France, ne l’ont amené et ne l’     amèneront jamais à renoncer à sa victoire reconnue et proclamée par le Conseil Constitutionnel de Côte d’Ivoire qui l’a par ailleurs investi comme Président de la République.

Dès lors, comment comprendre que le Porte-parole en vienne à reconnaître de façon tacite l’accord de coopération judiciaire signé par un individu qui incarne un pouvoir de fait issu d’un coup de force perpétré par la France contre le Président GBAGBO, en allant jusqu’à admettre la compétence de cette fameuse cour en Côte d’Ivoire au point de lui formuler des observations sur son champ d’investigation ?

Ensuite, notre étonnement est d’autant plus grand, que la Direction du FPI a abondé dans le même sens, aboutissant du coup à une posture totalement illisible pour les combattants engagés dans le combat pour la libération de la Côte d’Ivoire et la restauration de l’Autorité de l’Etat ivoirien.

Par ailleurs, la Révolution Permanente s’interroge sur les raisons pour lesquelles ni le Porte-parole, ni la Direction du FPI n’ont pris en compte le désaveu officiel de la CPI par l’Union Africaine dont le Président en exercice et le Président de la Commission, j’ai nommé Messieurs Obiang NGuema et Jean Ping, ont lors du dernier sommet de l’UA tenu à Malabo, dénoncé publiquement les comportements racistes, fascistes et sulfureux de Monsieur Moreno Ocampo, Procureur de la CPI commis pour venir enquêter sur les crimes éventuels contre l’humanité commis en Côte d’Ivoire.

Ce désaveu officiel des Autorités de l’UA devait être interprété comme une invitation de l’Union Africaine aux dignes fils d’Afrique à privilégier la création de Tribunaux Spéciaux africains pour le règlement des cas de violation des Droits de l’Homme qui prendraient la forme de crime contre l’Humanité. Dès cet instant, nous nous interrogeons sur les raisons pour lesquelles ni le Porte-parole ni la Direction du FPI, ne privilégient la voie visant la création d’un Tribunal Spécial pour la Côte d’Ivoire relevant de l’Union Africaine.

Bien entendu, l’Union Africaine a déjà montré sa faiblesse dans les dossiers qui mettent en jeu les intérêts des impérialistes occidentaux en Afrique. Il en est ainsi du dossier ivoirien dont le règlement dans la voie de la vérité et du droit ivoirien, compromettrait les intérêts français.

Mais permettez-moi, si vous formulez une telle observation, de partager avec vous deux autres interrogations. Je sais, notamment, pour ce qui est du Porte-parole que vous savez que plusieurs Chefs d’Etat africains ont déjà exprimé clairement à Ouattara Dramane qu’ils sont opposés à sa volonté de faire juger le Président GBAGBO et en Côte d’Iovire et par la CPI. Ils sont allés jusqu’à lui suggérer sa libération car en le faisant juger, il créerait un fâcheux précédent en Afrique. C’est pourquoi ils ont préconisé la mise en place d’un véritable cadre de discussion et de réconciliation dont la déclaration récente du Groupe ad hoc baptisé les ELDERS, laisse transpirer les conclusions.

Alors notre question reste de savoir pourquoi cet environnement africain n’est-il donc pas exploité par le Porte-parole en rejetant avec véhémence l’idée d’une enquête qui prend la forme d’une souricière de la CPI contre Laurent GBAGBO et ses proches ?

Deuxième interrogation : comment voulons-nous que l’Union Africaine devienne forte si nous ne l’aidons pas à pousser plus loin, ses pas, même timides, mais qui osent aller dans le sens de la promotion d’une exception africaine ?

Alors permettez-nous de comprendre.

Qu’espère-t-on de la CPI dans le cas ivoirien ?

Qu’elle vienne reconnaître Ouattara coupable de crimes contre l’humanité ? Qu’elle vienne reconnaître Soro Guillaume et ses amis criminels coupables de crimes contre l’humanité ?

Si telle est notre espérance, c’est qu’elle n’est que pure illusion.

Et alors, il faut changer de fusil d’épaule en marquant dès cet instant un arrêt pour que ceux qui sont réellement engagés dans un vrai combat pour la libération de la Côte d’Ivoire prennent leurs responsabilités devant l’histoire.

Car la CPI vient juste pour embrouiller vos esprits en donnant à Ouattara le temps de perdurer en espérant que se produirait un syndrome de Stockholm du côté des militants de la Majorité Présidentielle.

A la vérité, le monde occidental n’a rien à cirer des principes dont il assurait la promotion au siècle dernier.

Il suffit de lire les révélations sur la stratégie de domination du monde proposée par Monsieur Brzezinski pour se convaincre que les anciens principes sur un monde civilisé, sur une justice internationale qui protège les droits humains, sur la promotion de la vérité et des lois comme gage d’une paix internationale, ont tous été jetés à la poubelle par le monde occidental.

Devant les difficultés économiques dont il ne sait comment en sortir, face à la concurrence des pays émergents, le bloc occidental ne croit plus en l’égalité des races, en l’égalité des nations dites souveraines même sur le plan du droit, en l’égalité des hommes à la naissance et devant la loi.

Laurent GBAGBO leur pose problème, ils vont se débarrasser de lui en créant une parodie de justice. Un point un trait.

Car selon, Monsieur Brzezinski, les méthodes ci-après doivent prévaloir désormais dans les rapports entre l’Occident et les Nations faibles pour maintenir une hégémonie intraitable : « 1. Corruptions des dirigeants locaux. 2. Chantages sur ces dirigeants locaux. 3. Campagnes médiatiques de diabolisation. 4. Déstabilisations diverses. 5. Embargos et blocus commerciaux. 6. Coups d’Etat. 7. Provocations de séparatismes. 8. Guerres par intermédiaires. 9. Bombardements. 10. Occupations terrestres. »

Comme le commente Michel Collon, il s’agit de « Toute une gamme de méthodes, on le voit, et qui peuvent évidemment se combiner, mais qui constituent toutes des agressions. »
Et ayant vécu l’expérience en cours en Côte d’Ivoire et en Libye, personne ne peut dire que ces principes ne sont pas mis en œuvre. Or, à la lecture, toutes ces méthodes sont dénuées de tout principe moral et s’inscrivent aux antipodes des valeurs qui sous-tendaient une Justice Internationale ou des rapports civilisés entre Nations au XXème siècle.

Alors pourquoi la Direction du FPI ou le Porte-parole croient, après avoir vécu le comportement négationniste de l’Occident vis-à-vis des lois ivoiriennes, que la CPI constituent une opportunité pour que Justice soit rendue au point de saluer son avènement en Côte d’Ivoire ?

Quels arguments pensent-ils développer avec l’aide des avocats français, pour que cette fameuse cour pénale abandonne sa mission première de neutraliser tous les Africains qui n’obéissent pas au doigt et à l’œil de l’Occident et décide plutôt de neutraliser des suppôts de l’Occident comme Dramane Ouattara et ses hommes ?

Alors je propose !

Que la Direction du FPI et, au besoin, le Porte-parole :

1.    renoncent à toute collaboration avec une cour dite de justice dont les antécédents caractérisés par une partialité insultante et le racisme contre les Africains constituent un motif suffisamment convaincant pour la rejeter et s’opposer à son action en Côte d’Ivoire ;

2.    affirment que la question reste pendante quant l’exercice légitime du pouvoir d’Etat en Côte d’Ivoire depuis le 11 avril 2011 car au moins la moitié des électeurs et des personnes habitant la Côte d’Ivoire ne reconnaissent pas Ouattara comme Président de Côte d’Ivoire tant que la vérité sur les élections de 2010 n’a pas été dite au regard du droit ivoirien. Dès lors, la gestion de fait à laquelle s’adonne Dramane Ouattara n’engage que lui-même y compris les accords qu’il signe avec des acteurs internationaux intervenant dans la crise ivoirienne. Si ce préalable n’est pas levé, toutes actions visant à humilier davantage Laurent GBAGBO et ses camarades de lutte entraînera un droit légitime de défense et les initiateurs desdites actions seront comptables de tout ce qui arrivera ;

3.    doivent comprendre qu’une meilleure coordination de la position, sur les questions importantes, de toutes les sensibilités engagées dans le combat pour la Libération de la Côte d’Ivoire, reste un gage d’unité  pour la victoire de tous et qu’à défaut, la lutte prendrait l’allure d’un gigantesque combat de rue qui verrait l’apparition et la prise totale du contrôle de la situation par des acteurs insoupçonnés qui mettront en œuvre, sans état d’âme, un programme révolutionnaire non partisan, pour faire respecter la Souveraineté de la Côte d’Ivoire.

A très bientôt.

Hassane Magued

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Entretien avec Mamadou Koulibaly : « Je suis parti du FPI pour organiser une opposition en face de Ouattara »

Le quotidien d’information béninois Aube Nouvelle a interviewé Mamadou Koulibaly, transfuge du FPI et Président du Lider (Liberté et Démocratie pour la République).

Mamadou Koulibaly est l’une de ces personnalités politiques qu’on ne présente plus en Côte d’Ivoire. Agregé d’Economie à 27 ans, cet universitaire Djoula originaire du Nord de la Côte d’Ivoire et actuel Président de l’Assemblée nationale ivoirienne est l’un des caciques du régime défunt à Abidjan.

C’est à lui d’ailleurs que sont revenues les rênes du parti présidentiel, le Front Populaire Ivoirien (FPI) quelques jours après la chute de Laurent Gbagbo. Mais coup de théâtre, il démissionne avec fracas de la tête du parti et quitte le FPI. Mamadou Koulibaly déterminé a apporté sa pierre dans l’édification d’une nouvelle Côte d’Ivoire, a porté, la semaine dernière, sur les fonts baptismaux son propre parti politique dénommé : Lider (Liberté et Démocratie pour la République) dont il est le président. Dans cet entretien exclusif qu’il a bien voulu nous accorder, il répond à nos questions sans langue de bois et sans rien perdre de sa réputation de bouillant homme politique. Sans tabou, il parle de Laurent Gbagbo, du FPI et des raisons de la chute de son régime sans épargner les nouvelles autorités de la Côte d’Ivoire notamment Ouattara. Africaniste bon chic bon genre, Mamadou Koulibaly croit dur comme fer que sans briser les frontières tribales, le mal qui a amené la Côte d’Ivoire à la décadence guette aussi les autres pays africains. Avec son parti, Lider, il propose une nouvelle alternative à son pays et ceci au-delà des clivages ethnicistes et tribaux. Interview…

Aube Nouvelle : Professeur Mamadou Koulibaly, vous êtes Professeur agrégé d’économie à l’université de Cocody à Abidjan, Président de l’Assemblée Nationale de Côte d’Ivoire, on vous présente comme un grand promoteur de la pensée libérale classique. Vous avez récemment démissionné du Front Populaire Ivoirien, alors que vous venez d’être porté à la tête de ce parti après la chute du régime de Laurent Gbagbo. Pourquoi cette démission ? Est-ce pour exprimer une déception personnelle ?

Mamadou Koulibaly : Merci bien pour la question. J’ai été pendant 20 ans membre du Front populaire ivoirien et ces dix dernières années, je me suis efforcé d’attirer l’attention de mes camarades sur le sens de notre combat, sur l’orientation de notre combat, sur les déviances qui étaient préjudiciables à notre ligne de conduite et à la vie des militants ; malheureusement je n’ai pas été entendu ; j’ai même été combattu parce que revenir à la ligne originelle du FPI gênait pas mal de monde, nous étions au pouvoir et il était question que nous puissions y rester et on ne pouvait se permettre de dévier sans conséquences. Malheureusement les élections sont venues et m’ont donné raison. Ce qui a provoqué mon départ, est que malgré les mises en garde que j’avais pu faire à mes camarades, non seulement on ne m’a pas écouté mais on est allé droit dans le mur. Malgré cela, j’ai essayé d’attirer leur attention sur une orientation que nous pouvions donner à l’opposition une fois que le Président Gbagbo avait été arrêté. Et là encore, je me suis retrouvé mis en minorité au sein de la haute direction du parti qui avait été décapité. Certains voulaient que nous attendions tranquillement que Laurent GBAGBO revienne de sa prison pour nous dire ce qu’il y a à faire. Et moi je pensais que c’étaient nous les hommes et les femmes qui n’étions pas en prison qui pouvions libérer Gbagbo. Entre les deux attitudes, j’ai compris qu’il était difficile pour moi de faire comprendre ma position aux autres. Le parti avait alors trois autres têtes en plus de celle de la direction officielle que je dirigeais à Abidjan. Il y en avait une à Paris et deux à Accra. Il m’était impossible de diriger une telle machine à quatre têtes. Et comme j’avais envie de mettre une opposition forte, une opposition crédible et combative en face de Ouattara, j’ai décidé de démissionner pour créer un parti dénommé : Liberté et Démocratie pour la République (Lider). C’est d’autant plus triste qu’après 20 ans il ne m’était jamais venu à l’esprit qu’un jour je serais parti du FPI mais nous refusons de tirer les leçons de nos erreurs. Il est difficile pour moi qu’après cette crise là, le FPI qui a dirigé la Côte d’Ivoire pendant 10ans, qui pendant 10ans n’a fait aucun congrès de renouvellement de ces structures, pendant 10 ans a géré une crise sans méthode, en soit arrivé à ne pas vouloir faire de bilan, tirer les leçons et construire des perspectives. Il est difficile de construire tant qu’on ne peut pas faire de bilan. Nous sommes allés aux élections sans désarmement alors que dans les accords qui conduisent à la paix, il était nécessaire de faire le désarmement ; nous y sommes allés sans réunification du pays, nous sommes allés aux élections sans qu’il y ait unicité des caisses de l’Etat de Côte d’Ivoire, nous sommes allés aux élections sans redéploiement de l’administration officielle ; toutes ces erreurs là ont fini par nous faire perdre les élections. Il suffisait juste que nous nous réunissions , que nous tirions les leçons, que nous présentions des excuses aux militants, que nous reconnaissions que, en tant que direction nous n’avons pas été à la hauteur et que les militants nous pardonnent et que nous reformulions de nouvelles orientations du parti dans un contexte d’opposition et que nous nous réengageons dans le sens de ce combat. Mes camarades ont trouvé que c’était trop demander et qu’en l’absence de Gbagbo, il n’était pas possible que nous fassions tout cela. Et pour moi, il était difficile de continuer le combat sans bilan. Je suis parti pour tenter d’organiser une opposition en face de Ouattara et c’est ce que je fais.

A.N : Vous venez de créer votre propre parti que vous avez appelé « Lider » et qui s’assigne pour mission la défense des libertés. Doit-on déduire qu’ il n’ avait-il pas de liberté au sein du FPI ? Qu’est-ce qui fera la différence entre votre parti et les nombreux autres qui occupent le paysage politique ivoirien ?

M. K. : Oui, il y a un peu de cela dedans. Le parti s’appelle « Lider » entendez : Liberté et Démocratie pour la République. C’est un parti qui va organiser un plaidoyer en faveur des libertés individuelles, des libertés politiques, la liberté d’entreprise, la liberté de penser, la liberté de culte, de toutes les libertés pas seulement pour la classe politique mais pour tout les citoyens dans une atmosphère d’état de droit et pour la défense des principes de la République. Nous voulons allumer la flamme de la liberté dans le cœur des ivoiriens pour qu’elle devienne l’esprit vital de chacun d’entre eux et qu’ainsi, ils deviennent généreux et acceptent de se supporter les uns les autres et cessent de se battre entre eux pour tout et pour rien. Au FPI nous avons l’habitude de défendre la liberté. Cela fait 20 ans que nous célébrions la fête de la liberté mais nous ne sommes pas arrivés à franchir le pas pour promouvoir les libertés individuelles, la liberté de contrat, la liberté d’entreprise. Nous avons souvent vu des privatisations « gré à gré » que nous avions critiqué souvent sous Ouattara quand il était premier ministre mais une fois au pouvoir nous aurions dû, au nom de la liberté faire des privatisations, utiliser les principes du marché par appel d’offre internationales, nous n’avons pas été capable de cela alors que c’est au nom de l’économie sociale de marché que nous avions gagné les élections de 2000. Il y a beaucoup de manquement que nous avions eu par rapport à la liberté, et Lider aimerait bien renouer avec ces principes fondamentaux de la vie démocratique, des principes qui ont justifié l’engagement de beaucoup de personnes aux côtés de Laurent GBAGBO à l’époque pour la promotion de la démocratie en Côte d’Ivoire.

A.N. : Que répondez-vous à ceux qui pensent que vous êtes parti du FPI pour aller rejoindre vos frères du nord ?

M. K. : J’ai entendu cela mais il ne faut pas prendre ça très au sérieux. Avant même mon départ du FPI certaines voix du parti se plaisaient à me traiter avec les plus grossières inconvenances Si je devrais aller rejoindre mes frères du nord, je ne serais jamais allé militer au FPI. Ouattara était déjà premier ministre en Côte d’Ivoire quand j’étais jeune prof à la fac, ce n’est pas l’occasion qui a manqué pour m’attirer autour de lui. Mais la perception que j’ai de la politique n’était pas du tout la même que ce que je voyais faire. C’était dans les années 90. Malgré cela je suis allé au FPI. Ouattara est revenu opposant à Bédié puis à Gbagbo Laurent, je ne suis pas allé rejoindre mes frères du nord. Ouattara est devenu Président de la République aujourd’hui, je me demande bien pourquoi ils pensent que j’irai rejoindre mes frères du nord. Ceux qui disent ça sont un peu choqués de la défaite du FPI et du Président Gbagbo et ne sont pas encore arrivés à comprendre ce qui nous est arrivé. Voyez-vous, la classe politique ivoirienne a cristallisé le débat par manque d’idées, par manque d’innovations, par manque de vision et de conviction republicaines, et le débat se résume facilement à des questions tribales. Ce qui fait que des gens comme Koulibaly, nordiste, musulman et dioula se retrouve au FPI un parti de Bété, des gens de l’ouest prétendus « anti-dioula » comme le disent aussi mes détracteurs, ne peut être traité que comme un scélérat. Les nordistes qui eux sont considérés comme tous membres de la grande famille des nordistes au RDR chez Ouattara ; les akans, les baoulés, tous les gens du sud qui se disent akans sont considérés comme Akans au PDCI autour de Bédié ; et la classe politique s’est polarisée. On est soit akan avec Bédié, soit quelqu’un de l’ouest avec Gbagbo soit quelqu’un du nord avec Ouattara. Et c’est une politique de tribalisation qu’une bonne partie de l’élite ivoirienne a intégrée. Et ceux qui sont aussi bien au FPI que dans les autres partis et qui sont imbibés par cette grille de lecture, n’ont jamais compris et peut être même accepté que Mamadou Koulibaly musulman du nord ne soit pas au RDR mais plutôt au FPI, un parti supposé de chrétiens de l’ouest. Et pour ces personnes, quand ce sont les gens du RDR, des nordistes qui le disent « je suis un scélérat, un vendu, un traitre à la cause des sudistes », quelqu’un qui est perdu donc un gars à abattre parce qu’il a fait le choix d’aller militer dans un parti qui est anti-nordiste. A l’époque on me présentait comme le dioula de service chez les gens de l’ouest. Pour ceux du FPI même qui me regardent, j’ai jamais pensé qu’ils seraient allés jusqu’ à me le dire fortement, mais à différents moments il m’a été rappelé que j’étais là juste pour donner une coloration nordiste à la chose qu’ils avaient, à leur pouvoir. J’ai entendu cela même à des réunions officielles. Ce sont les mêmes qui disent que Affi Nguessan qui est un akan, est là pour donner une coloration akan au parti de l’ouest. koulibaly est là pour donner une coloration nordiste au parti de l’Ouest mais le fond du parti reste de l’ouest. Cela n’a jamais été ma conception. Je ne suis pas allé au FPI parce que je cherchais à représenter un groupe ethnique au sein d’un parti. J’y suis allé parce que le FPI avait une vision à l’époque, le FPI avait des valeurs, le FPI avait un idéal. Je serai porté à m’accrocher aux questions ethniques que je ne serais pas allé militer au FPI. Pour ceux qui ont une grille de lecture tribale, il faut les inviter à sortir de cette grille de lecture. Koulibaly n’est pas le représentant d’un groupe ethnique nulle part, il n’a jamais prétendu à cela, il ne militera jamais dans un parti pour des raisons ethniques. Malheureusement avec la crise post électorale, je me suis rendu compte que beaucoup était au FPI pour des raisons tribales et n’avaient aucune conviction politique, aucune vision politique, mais ils y étaient parce qu’ils sont du village de Gbagbo, ou de la région de Gbagbo ou du département de Gbagbo. Et ils ne comprennent pas qu’au FPI il y ait d’autres personnes qui ne soient pas présentées de cette façon là. Et que toutes les personnes de l’ouest ne sont pas venues au FPI pour des raisons tribales. De même que de nombreux autres militants de ce parti qui partageaient un même idéal que Laurent Gbagbo. C’est une très mauvaise analyse, une faiblesse psychologique et une faiblesse politique. Heureusement ils ne sont pas nombreux ceux qui pensent ainsi. C’est d’ailleurs ce qui a perdu le FPI. On aurait pu continuer notre lancée comme un grand parti si le tribalisme n’était pas venu gangréner le FPI au point de perdre le président GBAGBO qui s’est laissé emprisonner par un clan tribal.

A. N. : Depuis l’arrestation du Président Laurent Gbagbo, l’avez-vous revu ?

M. K. : Non. Je n’ai pas pu. J’ai essayé quand j’étais encore au FPI. Chaque fois que j’ai eu l’occasion de parler aux autorités au pouvoir, on m’a dit qu’il fallait attendre, que c’était trop chaud pour le faire, que les procédures étant en cours qu’il fallait attendre. On me dit d’attendre. Et maintenant que je ne suis plus au FPI peut-être qu’on ne jugera même plus utile de me laisser le rencontrer. Mais j’aimerais bien rencontrer Laurent GBAGBO pour savoir quelle est sa lecture de la situation actuelle, quels sont ses regrets, quelles sont ces analyses par rapport à tout ce qui s’est passé, lui faire part de toutes les tentatives que j’ai pu faire en son absence pour réorganiser le FPI et de toutes mes déceptions par rapport à cette réorganisation et mes perspectives que je trace avec le nouveau parti et puis savoir ce qu’il pense de tout ça. Je continue de me battre pour pouvoir obtenir l’amélioration de ces conditions de détention et surtout un traitement digne et équitable par la justice qu’elle soit locale ou internationale, à défaut d’obtenir sa libération pure et simple. Laurent Gbagbo et les autres prisonniers de guerre de Ouattara ne doivent pas subir une vengeance justicière. Un justice des vainqueurs. Lider s’opposera à ce type de traitement.

A. N. : Professeur Mamadou Koulibaly, vous qui avez vécu de près les derniers événements en Côte d’Ivoire, Comment entrevoyez-vous la reconstruction de ce pays ?

M. K. : Je pense que ça va être une reconstruction difficile. Parce que la classe politique reste fortement imbibée dans le tribalisme. La classe politique reste fortement imbibée dans la division ethnique, fortement imbibée dans la division régionale. Or tant qu’il en sera ainsi, les haines vont continuer et il est difficile de faire la reconstruction avec des personnes haineuses. Ce que je crois, c’est que politiquement les choses sont en train de revenir progressivement en l’état On entend de moins en moins des coups de feu, il y a encore des exactions graves de temps à autre, mais le taux est en train de baisser. Et nous avions, il y a un mois, de nombreux barrages un peu partout sur le territoire et en particulier à Abidjan, le nombre de barrages a fortement diminué, mais les guerriers des forces républicaines sont encore dans les rues avec des armes , les policiers et les gendarmes n’ont pas encore correctement repris fonction dans les commissariats et les gendarmeries, la police judiciaire, la police criminelle, les différentes branches de la police civile ne sont pas encore en place, et il y a donc des poches d’insécurité et d’exécutions extra judiciaires un peu partout sur le territoire national. Et tant qu’il y aura ces poches d’insécurité, je doute fort que des entreprises veuillent s’installer, que les libertés individuelles puissent être exercées, je doute fort que la relance puisse se faire malgré les milliards de francs qui sont promis. A côté de cela, il y a le gouvernement lui-même, le président Ouattara fonctionne en hyper président. Il gouverne par décrets et ordonnances, il décrète la dissolution de l’Assemblée Nationale sans prendre de texte formel mais de façon totalement illégale. Il adopte un budget de 3.050.milliards prélevés dans les poches des ivoiriens sans avoir leur consentement par quelque représentant que ce soit mais simplement par ordonnance. Il nomme des membres du conseil constitutionnel en suivant une procédure totalement contraire à la constitution sur laquelle pourtant il à prêté serment. Tout cela n’est pas fait pour rassurer et la population, et la classe politique et la communauté internationale. J’espère qu’assez rapidement nous aurons les institutions mises en place pour aller vers l’état de droit. Pour le moment on est encore dans un état d’exception et il est toujours difficile de reconstruire dans un état d’exception. Mais le grand mal qui dirige tout ça, c’est la haine, une haine tribale, et Lider justement entend s’émanciper de toutes ces haines, entend proposer un cadre qui s’inscrirait à égale distance de tous ces pôles ethnicistes pour créer un rassemblement autour de la Côte d’Ivoire. Un rassemblement qui pourrait proposer aux ivoiriens une alternative crédible et pourquoi pas une alternance le plus rapidement.

A. N. : Quelles leçons les pays africains peuvent-ils tirer de cette crise qui a dévasté la Côte D’Ivoire ?

M. K. : Il est difficile de faire de la démocratie en se fondant sur les divisions ethniques. Lorsque les élites africaines, la classe politique africaine, s’émancipera des pièges du tribalisme et de l’ethnicisme, on aura déjà gagné. En Côte d’Ivoire, tout a commencé avec « l’ivoirité » et ça s’est terminé avec des guerres insensées, abominables qui ont fait d’énormes morts parce qu’on a tiré sur la fibre tribale pour coaliser les ethnies les unes contres les autres, et aujourd’hui on en paie le prix fort. Si les pays africains peuvent comprendre qu’ils peuvent faire de la politique sans se fonder sur des considérations ethniques, mais simplement en proposant des programmes fédérateurs à leurs peuples plutôt qu’en les divisant ethniquement pour pouvoir les commander, ce sera déjà un gros avantage. Rassembler pour gouverner est un principe bien meilleur que diviser pour régner. Cela c’est la première leçon. La deuxième, c’est l’état de droit. Par l’Etat, on entend gouvernement sorti des urnes, mais un état de droit doit s’entendre aussi au même sens qu’ « état de pesanteur » c’est-à-dire un Etat dans lequel le droit s’impose à tout le monde y compris les hommes politiques à commencer par le premier d’entre eux le Président de la République. Que les hommes politiques puissent comprendre qu’ils sont les serviteurs de la population et non les maîtres. Troisième leçon, comprendre que la parole donnée est importante. Lorsqu’on signe des accords et qu’on prend des engagements, le strict minimum qu’on demande à un homme politique qui veut faire respecter son leadership, c’est le respect de la parole donnée. Rouler les gens, faire des faux coups, des coups tordus est devenu un principe des classes politiques africaines. Quand on dit que tel est un bon politicien en Afrique, c’est qu’il a le génie des faux coups. Il faut que les cadres africains sortent de ce piège. On peut faire de la politique en respectant la parole donnée, en respectant la liberté de contrat. Et la dernière leçon que j’aimerais souligner, c’est de croire que la communauté internationale peut résoudre tous les problèmes des pays africains. C’est vrai que quand nous avons besoin d’aide pour financer le développement, nous nous adressons à la communauté internationale qui apporte l’aide publique, quand nous avons besoin de régler nos crises, nous nous adressons à la communauté internationale qui apporte les casques bleus, et les armées mises en place par le cadre du conseil de sécurité des nations unies, mais tout cela ne fait que nous enfoncer dans notre propre dépendance. Il est possible que si nous changeons nos comportements, notre façon de faire, que nous sortions de ce piège. Regarder en Somalie, on passe le temps à faire des guerres, et maintenant qu’il y a la famine on demande à la communauté internationale de venir aider, alors qu’il aurait suffi d’appliquer les principes de propriété privée des sols, de liberté de commerce des populations, de l’Etat de droit en Somalie, que ce pays aurait pu produire pour nourrir ces populations et même exporter ailleurs les surplus. Nos famines, nos guerres ne sont que les résultats des mauvaises politiques économiques, les mauvaises privations des libertés. La communauté internationale peut faire l’appoint mais ne peut jamais se substituer à nos solutions. Et ces solutions sont toujours humiliantes pour nous .

Ce qui s’est passé en Cote d’Ivoire a été humiliant pour Gbagbo Laurent, pour Mamadou Koulibaly, humiliant pour les militants du FPI, humiliant pour toute la classe politique ivoirienne, et humiliant pour les peuples africains. On peut tirer d’énormes leçons mais voilà quelques unes que je voudrais partager, les historiens et le temps se chargeront du reste.

A. N. : Vous avez lancé il y a deux ans Audace Institut Afrique ( AIA) , un « Think tank » qui propose une vision libérale du progrès et assure la promotion des droits humains et des libertés économiques. Quelles sont réellement les activités de cet institut ?

M. K. : Cette année le programme d’Audace Institut Afrique a été fortement perturbé par la crise ivoirienne Néanmoins des choses ont été faites, notamment l’audit des libertés économiques en Côte d’Ivoire. Nous entendons élargir l’audit des libertés aux pays francophones d’Afrique de l’ouest pour que progressivement, les populations, les élites, les intellectuels prennent conscience du degré de liberté économique des pays dans lesquels ils vivent, et que des solutions soient proposées pour améliorer les libertés économiques qui sont à la base de la prospérité des peuples. En plus de cela nous avons un institut qui fait du leadership, qui recrute des étudiants par leur assiduité, leur sérieux, pour former des activistes qui peuvent dans leur pays être à la disposition de la cause des libertés individuelles, la cause le l’économie de marché. L’institut part du principe que nos Etats sont en loque et qu’au lieu de nous battre pour les gérer il nous faut commencer par comprendre quel doit être la frontière de leurs actions. AIA forme les jeunes à cet esprit pour qu’ils comprennent que l’avenir est ouvert et que le futur ne leur est pas inaccessible. L’audace est enseignée dans cet institut pour renforcer la croyance des participants en leur propre liberté comme force de changement social en Afrique.

A. N. : Pour conclure cet entretien, un mot à l’endroit de la jeunesse africaine

M. K. : Merci pour cet entretien. Les jeunes africains devraient sortir de la désespérance et l’idée selon laquelle tout est perdu pour eux et qu’il faut aller au bout du monde la- bas chercher leur avenir. Je ne suis pas contre ceux qui vont à l’extérieur chercher leur avenir, je les encourage d’ailleurs à le faire. Mais en même temps il faut que les jeunes africains sachent que quel que soit l’endroit où ils sont, les portes ne sont jamais fermées. S’il leur arrive à un moment donné de désespérer de l’avenir, qu’il clique sur des liens qui sont à leur disposition à partir d’Audace Institut Afrique Qu’ils se disent qu’il y a un institut à Abidjan, il y en a d’autres en Afrique et dans le monde qui proposent une alternative qui sort de l’assistance, de l’étatisme, de la désespoir et qui ouvrent la porte de toutes les libertés que le monde offre aujourd’hui aux hommes. La mondialisation et les nouvelles technologies de la communication offrent d’énormes possibilités aux jeunes mais n’en profitent vraiment que ceux qui se forment correctement dans les grandes écoles et universités du monde. Ceux qui sont mal éduqués ou pas éduqués du tout en pâtissent en général. Les jeunes africains doivent se former car ils vivent dans un monde ou leur concurrent sur le marché du travail n’est pas le voisin de classe mais de nombreux autres jeunes là bas dans les universités américaines et chinoises et d’ailleurs dans le monde.

Propos recueillis par Eugène ABALLO pour AUBE NOUVELLE

M. Koulibaly : Ouattara, c’est 3050 milliards du budget sans l’aval de l’Assemblée Nationale

Alors que le microcosme ivoirien bruisse des rumeurs de restructuration du Front populaire ivoirien, et qu’Alassane Dramane Ouattara brade les fleurons économiques et industriels aux entreprises françaises, Mamadou Koulibaly, président de l’Assemblée nationale et leader de l’opposition, s’exprime sur les sujets cruciaux et rappelle à l’ordre un Alassane Ouattara qui, à peine investi, s’est déjà mué en satrape hors-la-loi.

Un entretien sans fard et constructif, qui augure d’une opposition salvatrice dans un pays à la dérive.

Vous êtes d’ordinaire très critique à l’égard du Fpi. Peut-on globalement dire que les 10 années de gestion du Fpi ont été profitables à la nation ?

Le bilan du FPI est difficile à dresser lorsque l’on sait que dès son arrivée au pouvoir Laurent Gbagbo a opté pour un partage du pouvoir avec les partis d’opposition. Ce partage a ensuite été «institutionnalisé» par les accords de Marcoussis et le FPI a été nettement minoritaire dans les gouvernements qui se sont succédé avec de surcroît des premiers ministres d’opposition. Dans ce contexte, il est difficile d’appliquer un programme et d’avancer efficacement. Sûrement, ce constat est un point positif puisqu’il nous a permis aujourd’hui de refuser d’entrer au gouvernement pour laisser une chance à la nouvelle équipe de mettre en place en toute responsabilité sa politique. Il est important que la notion de responsabilité émerge enfin dans le pays. Le partage du pouvoir n’est non seulement pas propice à cela mais va contre la démocratie même qui nécessite des contre-pouvoirs pour exercer un contrôle sur les dirigeants en place. Si nous partageons tous «le gâteau», plus personne ne contrôle rien et chacun rejette les responsabilités sur l’autre.

Je crois cependant qu’il est important de souligner les actions positives de la politique de refondation du FPI. La Côte d’Ivoire n’a pas connu une seule crise que l’on appelle la crise postélectorale. Elle en a connu plusieurs, dont une que l’on a tendance à oublier. C’est la sévère crise économique des années 80 dont les effets sont encore vivaces de nos jours. Quand nous sommes arrivés au pouvoir en 2000, la Côte d’Ivoire était en faillite avec un taux de croissance du Produit Intérieur Brut (PIB) négatif de -3%. Au moment où nous partions aux élections en octobre dernier, la Côte d’Ivoire avait un taux de croissance du PIB de près de 4%. C’est-à-dire qu’entre 2000 et 2010, nous avons fait un bond de 7 points. Aucun pays au monde, dans une situation de crise comme celle de la Côte d’Ivoire n’a jamais réalisé une telle performance. Et ça été bien pour la Nation en construction.

En ce qui concerne la démocratie, le FPI a à son actif l’élection démocratique de Laurent Gbagbo en 2000. Aussi imparfait qu’ait été le scrutin, il est arrivé au pouvoir par les urnes et cela était un pas en avant après les pages noires de la bataille de la succession d’Houphouët puis du coup d’Etat de 1999. Et ça aussi a été bien pour la Nation en construction.

On peut également mettre à l’actif du FPI l’explosion de la libéralisation de la presse écrite. On a vu ces dernières années nombres de journaux de tous bords fleurir et s’exprimer librement. On ne peut pas dire que cela a fait du mal à la Nation en construction.

Le FPI a également aboli la carte de séjour qui avait été mise en place par le gouvernement Ouattara dans les années 90 et, contrairement à l’idée reçue que le FPI est xénophobe, c’est durant ces dernières années que le nombre de naturalisation a augmenté de manière exponentielle. Et cela a aussi été très bien pour la Nation en construction.

Il faut également souligner le travail réalisé dans le recul de la dette. Notons que la dette de la Côte d’Ivoire remonte essentiellement aux années 70, 80 et 90. C’est au cours de ces trois décennies qu’elle a connu une évolution fulgurante. De 100 milliards de francs CFA, équivalant à 17,7% du PIB en 1973, le montant de la dette est passé successivement à 2371 milliards, soit 75,6% du PIB en 1985 puis 8468 milliards, soit 136% du PIB en 1996. Il a donc fallu être économe et stratège pour faire reculer ce fléau. Grace à la discipline budgétaire, en mars 2009 la Côte d’Ivoire a pu être élue, pour la première fois, à l’initiative PPTE qui vise à annuler cet héritage empoisonné. Nous avions obtenu que les créanciers de la Côte d’Ivoire annulent, à partir de mars 2011, plus de 6400 milliards de francs CFA. Cette bonne gestion mérite d’être soulignée même si la guerre est venue retarder cette perspective. Et Ouattara ne peut construire que sur la base du point de décision obtenu en 2009 par le FPI auprès de la communauté des créanciers de son Etat. N’est-ce pas bien çà pour la Nation en construction ?

N’oublions pas également que sous l’action du FPI, l’organisation de l’Etat a connu une importante métamorphose par une promotion intensive de la décentralisation. Nous sommes passés de la vision du centralisme étatique des quarante premières années de notre Nation à une vision plus libérale où l’Etat concède aux populations la capacité de s’auto déterminer elles-mêmes dans certains domaines du développement local. Il reste encore du chemin à faire pour améliorer ce modèle décentralisé mais le principe a été posé durant cette dernière décennie. Et les populations ont apprécié nous les en remercions.

Il est vrai, comme vous le dites dans votre question, que je ne suis pas tendre avec le bilan du parti car je crois qu’il est inutile de masquer les dérives, mais il est tout aussi important de souligner les acquis et les actes que nous avons posés dans le sens de la démocratie et du progrès. Cela aussi raffermit la démocratie et le FPI est le seul parti capable de se le permettre pour le moment. L’autocritique ne peut faire que du bien à une Nation en construction.

Si tant est que le bilan de Gbagbo est aussi positif, pourquoi les Ivoiriens ne l’ont pas reconduit lors de l’élection du 28 novembre ?

Il y a tellement eu d’urgences à gérer et de négociations stériles après la tentative de coup d’Etat de 2002 et la rébellion qui l’a suivie que la communication dans le pays s’est limitée à la gestion de la crise et aux commentaires sur les accords successifs signés. La communication n’a pas été bonne puisqu’on a donné l’impression d’être dans une situation d’attente de la résolution de la crise, d’attente des élections, alors que cette attente n’était pas dépourvue d’aspects constructifs malgré les freins imposés par le gouvernement d’union nationale. Il faut dire qu’il est moins glorieux d’annoncer que l’on a fait des économies pour réduire le montant de la dette héritée de ses prédécesseurs que de contracter un énorme emprunt pour réaliser des routes, des hôpitaux, des écoles. La bonne gestion n’est pas très populaire car elle ne se voit pas.

De plus, nous avons commis la faute politique qu’il ne fallait pas: aller aux élections sans qu’il n’y ait eu application intégrale de l’accord de Ouaga. Nous sommes allés aux élections sans désarmement, sans redéploiement de l’administration, sans unicité de caisse, sans réunification du pays, et sans la réalisation de bien d’autres exigences de l’APO, qui n’a été qu’un mauvais accord de surcroît mal appliqué. L’issue nous aura été fatale.

Pensez-vous que Ouattara est-il bien ou mal parti pour relever les défis qu’il s’est imposés ?

J’avoue qu’il est un peu tôt pour poser un jugement intangible mais les premiers mois de gouvernance d’Alassane Ouattara interrogent. En effet, s’il ne maîtrise pas ses chefs de guerre, s’il ne libère pas le pays de ces hommes en armes marginaux qui règnent par la terreur, se rémunèrent des vols et rackets, il sera difficile de relever le défi de l’état de droit qui pourtant est le socle de tout notre développement. Quel Ivoirien va vouloir investir dans le pays dans les conditions actuelles de chaos ? Quel investisseur étranger va prendre le risque de lancer des activités ici alors qu’il n’y a de sécurité pour personne? Pourtant si l’économie ne redémarre pas, nous allons de nouveau entrer dans le cycle cauchemardesque de la dette publique. En Côte d’Ivoire, on a coutume de parler de dons de la part des institutions financières internationales mais gardons en tête que ce sont des prêts à l’Etat et au gouvernement à taux non marchands qui, depuis cinq décennies, handicapent l’avenir. De même que nous payons la dette des générations passées, de même nous endettons nos enfants et nos petits-enfants. Au lieu de la richesse, nous transmettons plutôt la pauvreté aux générations à venir. Et çà ce n’est pas bien pour la Nation en construction.

Notons également que comme son prédécesseur, le Président Ouattara gouverne par ordonnances illégales et par décrets dans l’attente des prochaines élections législatives qui ne pourront être organisées qu’en fin d’année. C’est la porte ouverte à tous les abus car il n’y a aucun garde-fou. Rien ne l’empêche pourtant de travailler avec le Parlement au sein duquel ses alliés politiques pourraient lui apporter la majorité des voix. Il y a des décisions importantes à prendre. Le pouvoir absolu sans contrôle et sans contre-pouvoir est très dangereux pour la Nation en construction.

Le budget vient d’être adopté cette semaine par ordonnance sans même avoir recueilli l’avis des représentants du peuple à l’Assemblée nationale. C’est de mon point de vue une grave erreur que je ne manquais pas non plus de relever dans les pratiques de l’ancien pouvoir. On note de toutes parts des critiques du FPI formulées par le nouveau régime, mais on reproduit ses erreurs les plus graves. De surcroît, le Président Ouattara verrouille son système en positionnant ses amis dans les secteurs stratégiques… C’est assez inquiétant car nous sommes loin de cette démocratie au nom de laquelle tant d’ivoiriens sont tombés.

Ce qui me semble inquiétant également, c’est cette passion exercée par l’Etat français sur le Président. Certes il doit beaucoup aux autorités françaises. De ce fait, certaines grandes entreprises françaises se sont taillées la part du lion dans les premiers chantiers mis en œuvre depuis le début de son mandat. Je ne dis pas qu’il faille marginaliser les entreprises françaises, bien au contraire, mais notre pays ne doit pas être la chasse gardée de quelques-unes à l’exclusion de nombreuses et performantes entreprises européennes, américaines ou provenant des pays émergents. Ouattara qui se dit libéral devrait avoir une vision plus ouverte du libre-échange, de l’appel d’offre et de la transparence des contrats et éviter les pièges du protectionnisme qui à terme appauvrit nécessairement. Le monde est grand et ouvert plus que jamais. Nous ne pouvons rester immuablement le regard tourné exclusivement vers Paris car nous risquons de perdre des opportunités intéressantes dans le monde globalisé. Et l’Etat en France a ses propres contraintes avec les déficits énormes de son budget et de son commerce extérieur qui tendent à la présenter comme un Etat qui vit au-dessus de ses moyens.

Je compte sur le temps et espère vivement que l’équipe en place rétablisse l’état de droit, la sécurité et les libertés individuelles au plus vite. Nous avons, à travers ses discours, noté des volontés, il convient désormais de poser des actes concrets. La gouvernance ne peut se limiter à une bonne communication.

Donc, pour répondre à votre question, j’ai le sentiment que le Président Ouattara part mal pour relever ses défis mais il est encore temps de redresser la barre, donc nous attendons avec un œil vigilant.

Le budget 2011 adopté par ordonnance s’élève à 3050 milliards, avez-vous des réserves à poser ?

J’ai répondu à cela dans votre précédente question. Il est inquiétant que le budget n’ait pas été présenté à l’Assemblée nationale pour être débattu entre les députés. Les ordonnances qui instituent ce budget sont illégales. Nous ne savons même pas si ce budget corrige le défaut d’unicité des caisses. Comment ce budget sera-t-il exécuté s’il n’y a pas d’administration redéployée ? Ce budget réunifie-t-il la Côte d’Ivoire ?

Chez Ouattara, on estime que votre Parlement n’est plus représentatif du peuple ivoirien qui l’avait élu pour 5 ans et qu’aucun texte ne permet de proroger le mandat des députés. Doit-t-on soumettre des lois à un parlement illégal ?

Alassane Ouattara, lors de sa prestation de serment, a juré de respecter et de défendre fidèlement la Constitution. Rien dans la Constitution ne lui donne le droit de décréter la fin du mandat du Parlement. Au mieux, il pourrait demander son avis au Conseil constitutionnel, à moins qu’il considère que le Conseil constitutionnel est illégal également. Auquel cas, la prestation de serment qui a eu lieu le serait aussi.

On ne peut pas violer la Constitution et le Président de la République n’est pas au-dessus de la Constitution que je sache. Ceux qui estiment, comme vous dites, chez Ouattara, que le Parlement est illégal devraient mettre aux arrêts tous les députes pour exercice illégal d’activités législatives. Il devrait leur être interdit de mettre les pieds à l’Assemblée nationale. Et chaque fois que quelqu’un se présenterait comme député, il devrait être poursuivi pour faux, usage de faux et usurpation de titre.

Dire qu’aucun texte ne permet de proroger le mandat des députes relève d’une bien curieuse façon de lire le droit chez ceux qui le disent. La législature qui devait durer cinq ans dure jusqu’à ce jour. Quelles en sont les raisons? La réponse à cette question doit être à la fois recherchée dans la lettre et l’esprit de l’alinéa 4 de l’article 59 de la Constitution et également dans l’avis du Conseil Constitutionnel de décembre 2005 sur la prorogation du mandat de l’Assemblée nationale.

Selon l’alinéa 4 de l’article 59 de la Constitution, les élections législatives ont lieu 20 jours au moins et 50 jours au plus avant l’expiration des pouvoirs de l’Assemblée Nationale. L’expiration des pouvoirs de l’Assemblée Nationale élue en 2000 devant prendre fin le 16 décembre 2005, l’élection des nouveaux députés aurait dû intervenir 20 jours au moins et 50 jours au plus avant le 16 décembre 2005, soit entre le 27 octobre et le 26 novembre 2005.

L’élection n’étant pas intervenue, les pouvoirs de l’Assemblée Nationale ne pouvaient prendre fin. Simple question de bon sens. Il résulte de ce qui précède que l’élection des nouveaux députés doit impérativement avoir lieu avant l’expiration du mandat des députés en cours.

La lettre de l’alinéa 4 de l’article 59 de la Constitution est confirmée par la pratique constante de l’élection des députés depuis 1960. Le débat sur les pouvoirs de l’Assemblée Nationale au-delà de décembre 2005 a été soulevé en son temps et le Conseil constitutionnel, saisi à cet effet, a rendu un avis concluant au maintien de ladite institution dans ses prérogatives jusqu’à l’élection des nouveaux députés. Peut-on ignorer cet avis et prétendre respecter la Constitution et ses Institutions?

Abréger le mandat parlementaire en cours pourrait être interprété comme une violation des dispositions constitutionnelles et légales préjudiciable à l’avènement de l’Etat de droit prôné par le Président de la République, Son Excellence Monsieur Alassane Ouattara. Il conviendrait conséquemment de laisser survivre l’Assemblée Nationale pour donner toute plénitude au pouvoir nouvellement élu de prendre les dispositions diligentes pour convoquer le collège électoral en vue du renouvellement de l’Assemblée nationale. La fin prématurée du mandat parlementaire ne peut intervenir que dans les cas suivants: démission, déchéance, décès ou acceptation de certaines fonctions, notamment gouvernementales. Le cas d’espèce soulevé ne correspond à aucune prescription constitutionnelle et réglementaire.

Au surplus, contrairement aux législations prescrivant les motions de censure du Parlement à l’encontre du gouvernement ou de dissolution du Parlement par l’Exécutif, le système institutionnel ivoirien, qui est un régime de séparation des pouvoirs, n’autorise nullement l’Exécutif à abréger le mandat parlementaire, ni le Législatif à renverser l’Exécutif. Si le gouvernement en place veut passer outre les dispositions constitutionnelles, c’est son affaire mais qu’ils ne nous disent pas qu’il n’y a pas de texte en la matière. Il y a des textes, et ces textes seront alors violés.

Qu’attendez-vous de Ouattara aujourd’hui ?

Il est important qu’il rétablisse la sécurité dans le pays et qu’il mette en place un véritable état de droit. Il est crucial qu’il veille à ce que la justice fasse son travail dans le processus de réconciliation. Il faut en effet mettre en exergue toutes les culpabilités sans couleur politique. Il n’y a pas le clan des gentils au pouvoir et le clan des méchants perdants. Il y a des responsabilités de toutes parts et je compte sur lui pour ne pas biaiser le processus au risque d’anéantir toute possibilité de cohésion sociale.

Dans les jours à venir, en vue de préparer les élections locales, en tant qu’opposant, j’attends de lui que l’on engage une discussion sur des sujets de fond : le redécoupage électoral, la future liste des électeurs, l’augmentation du nombre des députés, la recomposition de la Commission électorale, la sécurisation de la campagne et des scrutins. Je souhaite également aborder le sujet du financement des partis politiques. L’accord de Marcoussis a instauré le financement public des partis politiques et il est important de maintenir cette disposition qui permet à l’opposition d’exister, d’exercer sa mission constitutionnelle et de faire connaître leurs droits et leurs obligations aux citoyens électeurs et aux populations en général. N’oublions pas qu’une opposition libre, au même titre qu’une presse libre, est un contre-pouvoir essentiel dans une démocratie. La démocratie ne peut se limiter à un bulletin dans l’urne au risque de muer vers l’autocratie.

Etes-vous, oui ou non, le dauphin constitutionnel ? La question se pose entre quatre murs ?

Votre question est étrange. Pourquoi «entre quatre murs» alors qu’un quotidien (Nord-Sud) s’est également inquiété de cette question dans son édition du 24 juin dernier, et qu’au RHDP cela fait l’objet de spéculations incessantes ? La terreur que laissait transparaitre l’analyse de vos confrères face à l’hypothèse d’empêchement du Président de la République m’a fait sourire ! Cette crainte démesurée pourrait inquiéter les populations quant à la santé du Président !

Pour vous répondre, expliquons que la Constitution de 2000 a supprimé le dauphinat en Côte d’ivoire. Dans l’ancienne Constitution, le Président de l’Assemblée nationale était le dauphin au sens où la constitution lui permettait, en cas de vacance du pouvoir, de terminer le mandat du Président de la République avec les pleins pouvoirs de celui-ci.

Mais, dans la nouvelle Constitution, le Président de l’Assemblée nationale ne peut plus terminer le mandat du Président de la République. Il a au plus 90 jours pour organiser les élections auxquelles il peut être candidat ou pas. En outre, il n’a pas les pleins pouvoirs d’un Président de la République et ne peut changer de gouvernement, ni renvoyer ou nommer un ministre. Il ne peut modifier la Constitution et ne peut organiser de referendum. L’intérim n’est pas le dauphinat. Les deux notions sont totalement différentes. La première se réfère aux structures démocratiques tandis que la seconde à l’environnement monarchique.

Donc, il faut que les populations le comprennent bien et que le RHDP arrête de paniquer à force de ressasser les mêmes arguments fallacieux. Koulibaly n’est pas le dauphin de Ouattara. Koulibaly n’usurpera pas le pouvoir du RHDP. Koulibaly a une opposition à construire face à Alassane Ouattara pour que la démocratie s’ancre en profondeur dans notre pays et en Afrique. Pour l’heure, je suis ma voie qui est celle du plaidoyer en faveur de la construction de la démocratie, du combat pour l’avancée de la liberté, de l’état de droit et de la souveraineté des peuples et des individus dans une Afrique moins violente, plus harmonieuse, plus heureuse et plus ouverte sur le monde.

Interview par Traoré M. Ahmed, in L’Expression

Arsène DOGBA : Le PDCI sait aussi que le RHPD a perdu les élections

Lynx.info : La France comme les pays africains semblent avoir pardonné à Henri Konan Bédié le concept de « l’ivoirité ». Comment expliquez-vous que c’est Laurent Gbagbo qui en paye le prix ?

Arsène DOGBA : Je suis d’accord avec vous, les dirigeants occidentaux et africains ont attribué la paternité de ce concept à Laurent Gbagbo. Mais, il n’y a pas que ça. Ils lui ont aussi attribué la responsabilité des très controversées questions du foncier rural, du code de nationalité, de l’utilisation des enfants dans les plantations de café et de cacao. Et même, de xénophobie.

Juste pour le diaboliser au maximum. Alors qu’il n’est responsable à aucun niveau. Vous l’avez dit et la France et les leaders africains le savent, Bédié est le concepteur de l’ivoirité et Alassane, celui de la carte de séjour qui a conduit à ce qu’ils dénoncent aujourd’hui ; la xénophobie. Il fallait trouver un motif pour mettre en exécution le plan de l’Elysée qui consistait à faire partir Gbagbo du pouvoir et y installer Alassane Ouattara. C’est ce qui s’est passé.

Lynx.info : Pour l’artiste Alpha Blondy, Laurent Gbagbo ne l’a pas écouté. Tiken Fakoly trouve aussi que le sud a aussi vu la guerre que connaissait le nord. Sont-ils crédibles pour parler de réconciliation en Côte d’ivoire.

A.D : Je ne voudrais pas me prononcer sur les propos de ces deux personnages que j’ai du mal à prendre au sérieux.

Lynx.info : C’est 36 ministres qui doivent remettre la Côte d’Ivoire sur les rails. L’ossature de ce gouvernement est-elle convaincante ?

A.D : Les critiques fusent de partout, même du RHDP, sa famille politique, par rapport au nombre de portefeuilles ministériels et à la représentativité du nouveau gouvernement. Alassane avait promis à ces électeurs 25 ministres s’il était élu président. Et le poste de Premier Ministre au PDCI. Il vient de former un gouvernement populaire de 36 ministres et a maintenu Soro, Premier Ministre.

C’est vrai que M. Ouattara n’a pas été élu, mais par la force des armes il a atteint le même objectif ; il est président. Il aurait donc pu tenir ces promesses de campagne. Mais, que non ! le président certifié par l’ONU a encore prouvé qu’il n’est pas digne de confiance.

Ce n’est pas à nous de nous plaindre, surtout quand l’attitude de M. Ouattara démontre de plus en plus qu’il est conscient qu’il n’est pas un président élu. La preuve, M. Ouattara ne se sent pas obligé de tenir une quelconque promesse électorale. Comme il le dit lui-même, il a plutôt un devoir de reconnaissance vis-à-vis des ressortissants du nord qui l’ont aidé, au niveau national, à prendre le pouvoir par la force. C’est même ce qui explique les nombreuses nominations ethniques qu’il fait dans toute l’administration publique ivoirienne. Sur 36 postes ministériels, 16 sont occupés par les dioulas, son ethnie, alors que la Côte d’Ivoire en compte soixante. Comme pour dire ; à soutien ethnique, nomination ethnique.

Lynx.info : Des analystes trouvent que le FPI peut se fragiliser en n’étant pas au gouvernement. C’est votre avis aussi ?

A.D : Le FPI n’a pas l’habitude de participer aux gouvernements d’union. Il ne l’a pas fait avec Houphouët Boigny (1990-93) et Konan Bédié (1993-99). C’est seulement pour réduire la période de transition militaire après le Coup d’Etat de Ouattara de 1999, endossé par le Général Guéi, que le FPI a participé à un gouvernement qui n’était pas le sien. Cette présence a aidé à la tenue de l’élection présidentielle en dix mois. Et M. Laurent Gbagbo a été élu président.

Il faut aussi remarquer que le FPI a été plus puissant pendant les régimes de Houphouët Boigny et de Konan Bédié. Donc dans l’opposition. C’est pourquoi je crois que l’absence des cadres du FPI du gouvernement Ouattara ne pourra pas fragiliser le parti. Au contraire, cette absence est en train de renforcer la cohésion au sein du parti. Selon nos investigations, les militants FPI sont presque tous heureux de savoir que leur parti ne s’est pas allié à celui qui a renversé leur régime et qui continue d’humilier et de torturer leurs Leaders, Laurent et Simone Gbagbo, Affi N’Guessan, etc…

Lynx.info : Le Pr Mamadou Coulibaly met la Côte d’ivoire sous les responsabilités de Ouattara : « Il a gagné il n’a qu’a gouverné » selon ses mots. Ouattara peut-il réussir avec un bicéphalisme entre la primature et la présidence ?

A.D : C’est M. Ouattara, lui-même, qui s’est donné cette responsabilité. C’est donc lui qui nous dira mieux s’il est capable de gérer la Côte d’Ivoire avec son compagnon Soro. Ce chef de guerre devenu Premier Ministre détient effectivement le pouvoir au sein de l’armée rebelle de Ouattara. Aujourd’hui, il serait plus facile pour Ouattara si les Forces régulières (FDS) lui avaient fait allégeance. Cela lui aurait permis de réduire l’influence militaire de Soro en lui demandant la démobilisation et le désarmement des rebelles.

Malheureusement pour M. Ouattara, les FDS lui ont tourné dos. Ce qui l’a contraint à « légaliser » les forces rebelles qui sont devenues, par la suite, les Forces Républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI). Mais ces forces demeurent sous l’influence de M. Guillaume Soro. Ce qui fait que nous nous trouvons dans une situation où les attributs de chef suprême des armées reviennent, de fait, au Premier Ministre. C’est ça qui crée le bicéphalisme dont vous faites allusion. Deux capitaines dans le bateau ivoire, l’avenir nous dira comment cela va se terminer. Mais, nous pensons qu’entre Ouattara et Soro, le plus fort, militairement, prendra le dessus. Just wait and see.

Lynx.info : Selon vous, pourquoi Guillaume Soro occupe toujours la primature et le ministère de la défense ?

A.D : La seule raison, à mon avis, est que M.Ouattara n’a pas pu convaincre Soro de laisser la place à un militant du PDCI comme promis pendant la campagne électorale. C’est plutôt Soro qui a convaincu M. Ouattara en lui rappelant qu’il n’est pas arrivé au pouvoir par des élections, mais par la force des armes. Une vaste opération militaire que lui, Soro, a menée conjointement avec l’ONUCI et la force Licorne. A partir de là, pour Soro, rien n’oblige Ouattara à honorer un quelconque engagement pris pendant la campagne. Surtout, quand le PDCI sait aussi que le RHDP a perdu les élections du 28 Novembre 2010.

Lynx.info : Le représentant de l’ONUCI, Mr Choi, dit bien qu’il a fait son rôle dans la protection les Ivoiriens. Le croyez-vous ?

A.D : De quels Ivoiriens parle-t-il ? Des rebelles venus du nord et pour qui il a fait venir des MIG24 ? Si c’est cela, eh bien, oui il a fait et même bien fait son travail. Puisqu’il a fini par les installer au pouvoir. En le disant, je crois que ce monsieur qui est à l’origine de la mort de plusieurs milliers d’Ivoiriens a perdu la tête. Je n’en dirai pas plus.

Lynx.info : L’Onu compte 1000 morts. Ouattara compte 3000 morts. L’organisme allemand CARITAS a compté 1180 morts à Duekoué. Comment expliquez-vous le silence des médias, et surtout des politiques français ?

A.D : Vous savez, M. Camus, cette guerre des chiffres montre l’embarras dans lequel se trouvent tous les soutiens extérieurs de Ouattara. C’est le CICR qui a ouvert la boite à Pandores, l’information est donc crédible pour les occidentaux et leurs medias. Que peuvent-ils dire dans une telle situation où leur intervention dans un sens ou dans l’autre ne fera que les discréditer davantage et inculpé leur protégé. Dans ce cas, le silence est mieux.

Lynx.info : Finalement Alassane n’est pas exempt des tueries avec les rapports de Amnesty International et de Human Rights Watch. Comment expliquez-vous qu’il préfère plus parler du TPI pour Laurent Gbagbo ?

A.D : M. Ouattara n’a jamais été exempt des tueries en Côte d’Ivoire. Ce n’est pas possible, puisqu’il est même l’auteur principal de toute cette boucherie. C’est bien lui l’auteur de la rébellion de 2002 qui a conduit à la barbarie humaine en Côte d’Ivoire. C’est vrai que ses protecteurs évitaient de le tenir responsable jusque là, mais ils savent bien où se trouve la vérité.

Pour restaurer leur crédibilité après avoir accompli leur sale besogne, le 11 Avril dernier, Human Rights Watch et Amnisty International étaient bien obligés de reconnaitre la responsabilité de Ouattara dans le massacre de Duekoue. Ils ont commencé par Duekoue, Yopougon et autres endroits suivront bientôt. Au finish, c’est Alassane qui sera poursuivi pour crime économique, crime de guerre et crime contre l’humanité une fois tous les contrats d’exploitation de pétrole, de gaz et de minéraux seront signés avec les représentants des multinationales occidentales.

Lynx.info : Des rebelles très proches de Ouattara sont cités dans les rapports Human Right Watch. Peut-il se désolidariser d’eux selon vous ?

Je ne suis pas juriste, mais je sais qu’il y a ce qu’on appeler la responsabilité de commandement. M. Ouattara a reconnu que ce sont ses forces qui sont arrivées jusqu’à Abidjan pour renverser le président Gbagbo. Il a même dit sur une chaine de télévision étrangère que lorsque ces forces là sont arrivées à l’entrée d’Abidjan, c’est lui qui leur a dit d’attendre avant d’assiéger la capitale économique ivoirienne. Il n’est donc pas possible que M. Ouattara se désolidarise des actes criminels des FRCI. Il est directement responsable contrairement au Président Gbagbo dont les forces, régulières, n’agissaient que dans le cadre de leur mission régalienne et en légitime défense.

Lynx.info : Pour vous, qui dirige la Côte d’ivoire ? Guillaume Soro avec « ses rebelles », la France ou Alassane Ouattara ?

A.D : Je pense que chacun d’eux joue un rôle. Mais, le chef d’orchestre demeure le gouvernement français. Ils font tous du bruit. Chacun d’eux donne l’impression d’être au contrôle, mais en réalité il n’en est rien. Aucun ne maitrise le terrain. Je dirais même que c’est le président Gbagbo qui a toujours le contrôle du terrain. Ce qui explique la lenteur avec laquelle le retour à la normalité se fait sur l’ensemble du territoire ivoirien.

Lynx.info : Mr Dogba, Ouattara veut que la Licorne reste comme le 43ieme BIMA. Peut-on dire que tout l’effort de Laurent Gbagbo pour le départ de la France en Côte d’Ivoire s’est révélé non payant ?

A.D : Ce ne serait pas faut de le penser, mais je refuse de le croire. Parce que le président Gbagbo a pris presque toute sa vie, aux côtés des ivoiriens, pour construire les bases d’une Côte d’Ivoire véritablement souveraine. Il a pris presque toute sa vie pour bâtir un état démocratique où chaque ivoirien peut s’exprimer sans craindre pour sa vie, s’organiser dans un cadre légal en association de toute nature sans être privé de sa liberté, et même choisir le candidat de son choix à une élection quelconque sans être intimidé, ni tué.

Gbagbo nous a aussi démontré, en dix ans, que les états africains peuvent prendre leur destin en main. Sans recourir aux aides extérieures qui avilissent. Il nous a appris qu’un président africain peut diriger son pays en harmonie avec son peuple. Et que les armées africaines peuvent assurer la sécurité des africains et de leurs biens sans une ingérence étrangère. Malheureusement, tous ces acquis semblent relever du passé avec M. Ouattara au pouvoir. C’est dommage, mais les Ivoiriens doivent refuser de repartir soixante ans en arrière.

Lynx.info : …mais la France dit que son armée est en Côte d’Ivoire pour protéger les Ivoiriens. C’est ça ?

A.D : Mais, ce ne sont pas que les Ivoiriens que la France veut protéger, mon cher Camus. M. Ouattara dit que le 43iem BIMA va déployer son parapluie sécuritaire sur toute l’Afrique de l’Ouest… Les Ivoiriens n’ont pas besoin de protection. Contre quelle menace extérieure la France veut-elle les protéger ? La menace, de l’avis de la majorité des Ivoiriens, est bien la présence Française en Côte d’Ivoire. C’est pourquoi les Ivoiriens ne veulent plus des forces françaises dans le pays. Ces forces là viennent d’attaquer les Ivoiriens pour la deuxième fois. Et, plus qu’en 2004, elles ont faits des dizaines de milliers de morts, détruit leurs armements et renversé leur président. C’est donc la France qui est la menace.

Lynx.info : Je vous remercie

A.D : Merci aussi à l’équipe de Lynx.info

Interview réalisée par Camus Ali Lynx.info

Interview / Mamadou Koulibaly: ‘‘ L’Afrique n’a pas besoin de gouvernement d’union’’ ‘‘Les vainqueurs doivent assumer leur programme’’

( Le Mandat ) Mamadou Koulibaly est l’un des rares dignitaires du FPI de Laurent Gbagbo, à être encore libre de ses mouvements en Côte d’Ivoire, (beaucoup d’autres sont arrêtés ou réfugiés à l’étranger) et s’exprime très rarement. Revenant sur l’avenir du FPI, le président de l’Assemblée Nationale estime que le parti est décapité, et que l’équipe dirigeante devrait se réunir bientôt. Et à la participation de son parti à un gouvernement d’union, Mamadou Koulibaly préfèrerait un vrai rôle dans l’opposition. Entretien !

Pourquoi êtes vous allé à la cérémonie d’investiture du président Alassane Ouattara samedi dernier ?

Par devoir républicain, la Côte d’Ivoire s’est donné un Président de la République et en tant Président de l’Assemblé Nationale, je devais y être.

Est-ce que cela veut dire que vous reconnaissez personnellement Alassane comme Président de la République de Côte D’Ivoire?

Oui, ça ne date pas d’aujourd’hui. J’ai déjà signé une déclaration pour le compte du FPI qui le disait.

A quel moment avez-vous compris que Laurent Gbagbo avait perdu l’élection ?

Après la décision du Panel, le Panel ayant concluant que le vainqueur de l’élection présidentielle était Ouattara. Il fallait que tous les partisans de Gbagbo se rendent compte de l’évidence que Ouattara était le Président de Côte d’ Ivoire depuis cette date.

C’était le Sommet du 10 mars à Addis-Abeba. En ce moment-là vous avez dit que c’était fini ?

Je n’ai pas la date exacte

Au premier tour, Laurent Gbagbo est arrivé premier avec 6 points d’avance sur Alassane Ouattara. En ce moment-là est ce qu’il pouvait gagner ou pas ?

Oui ! En ce moment, tout était possible, si nous avions eu un discours rassembleur, si nous nous n’étions pas focalisés sur des discours qui divisent et qui affaiblissent. C’était un moment clé.

Et c’était un moment clé où le FPI n’a pas su obtenir le ralliement du PDCI-RDA de Henri Konan Bédié ?

Pas du PDCI, mais plutôt de l’électorat du PDCI. Nous avons péché par mauvaise stratégie.

On a souvent dit que Laurent Gbagbo était un boulanger qui roulait ses adversaires dans la farine, mais ne s’est-il pas laissé rouler dans la farine par Guillaume Soro ?

Nous sommes obligés de le constater. Je me suis battu pour que Gbagbo gagne. Mais, malheureusement, nous avons perdu. On ne va pas pleurer éternellement.

Mamadou Koulibaly est-ce que l’échec du FPI n’est pas l’échec d’une expérience socialiste en Afrique de l’Ouest?

Est-ce qu’elle était vraiment socialiste ? Est-ce que nous avons vraiment appliqué notre programme de gouvernement ? Ou est ce que avons- nous fait autre chose ? Je me pose la question.

Est-ce qu’en ces dix dernières années, votre parti n’a pas fonctionné en double commande ? C’est-à-dire une direction officielle et disons un cabinet plus secret ?

Nous sommes tombés dans le piège des partis politiques qui accèdent aux pouvoirs et qui se laissent entraîner par l’ivresse du pouvoir. C’est vrai la personnalité de Laurent Gbagbo était telle, que bien qu’ayant cédé le fauteuil de Président du FPI a Pascal Affi N’Guessan, il ne décidait pas directement des choses, mais chaque fois que nous avons des décisions importantes à prendre pour le partie nous lui posions la question de savoir d’abord si ses décisions ne gênaient pas sa politique générale.

Le rôle de l’armée française dans la chute de Laurent Gbagbo, ça vous choque ?

Non c’était dans la logique des choses. A partir du moment où nous avions signé l’Accord Politique de Ouagadougou, il était évident que les choses allaient se terminer de cette façon là.

Donc vous ne dites pas comme certains partisans de Laurent Gbagbo qui disaient qu’on assiste à une recolonisation de la Côte d’Ivoire ?

Non, on assiste a une remise en ordre de la Côte d’Ivoire, là où nous FPI, nous avions été incapables. On n’aurait eu notre gouvernement à nous. On aurait peut-être mieux gérer la situation. Qu’il n’y aurait pas eu une rébellion et on n’en serait pas là aujourd’hui. Mais le gouvernement mélangé, on a pensé que tout baignait dans l’huile, or l’adversaire nous attendaient au tournant ou l’ennemi nous attendait au tournant. On a été victime de notre grande naïveté.

Le maintient d’une base militaire à Port-Bouët comme le disait Nicolas Sarkozy et comme l’a confirmé Alassane Ouattara. Qu’est-ce vous en pensez ?

De mon point de vue, il n’est pas admissible qu’aujourd’hui encore, les choses entre Paris et Abidjan se passent comme les choses qui se passaient en 1946 ou en 1960. L’assistance permanente de la France en matière monétaire, financière, politique est de nature à infantiliser les Etats, mais pour moi, ce n’est que période passagère. Le moment viendra où les mêmes Etats s’asseyeront autour d’une table pour renégocier et signer d’autres accords.

Quelle est la dernière fois que vous avez parlez avec Laurent Gbagbo ?

Le lendemain du jour, où Affi N’Guessan est rentré d’Addis-Abeba avec les conclusions du Panel, nous nous sommes rencontrés. On a parlé des conclusions du Panel.

Et là vous avez peut-être dit à Laurent Gbagbo que c’est foutu pour vous non ?

Il le pensait lui aussi et nous nous sommes dit qu’il fallait réfléchir pour savoir quelle attitude adoptée, mais depuis je n’ai plus eu de ses nouvelles.

Mais vous lui avez conseillé de renoncer et de reconnaître la victoire de son rival Alassane Ouattara ?

Je garde ça pour moi.

Et depui, plus aucun contact ?

Par la suite, je suis allé à accra jusqu’au 11 avril 2011.

Quand vous lui avez dit ça, il n’a pas du tout apprécié ?

Rire, je lui ai dit quoi ? J’ai eu une démarche au près de certains hommes politiques, mais je n’ai pas eu d’issue. Je me faisais taper dessus de part que d’autre et j’ai préféré m’installer à Accra et attendre la fin pour revenir lorsqu’il y aurait l’accalmie.

Est-ce que vous aviez été menacé par les durs du régime Gbagbo ?

De part et d’autre, les durs des deux camps et ce n’est pas facile de se tenir au milieu avec des tirs groupés venant d’eux.

Vous avez tenté une médiation dans le courant du mois de mars.

Même avant le mois de mars, en tout début décembre, où nous étions encore à 10 ou 15 morts, justement après l’investiture du Président Gbagbo, j’ai suggéré l’idée que les deux camps se rencontrent pour discuter et que c’est comme ça que, ça se passe en Afrique en général. Lorsqu’il y a une crise post-électorale. Et puis lorsqu’on est a 500 ou 600 morts, on utilise ces morts comme moyen de pression pour rapprocher les camps et puis aller a un gouvernement d’union. Et puis des amis et moi, on contacté des cadres autour de Ouattara et il nous a reçus au Golf, nous sommes aller nuitamment.

Secrètement ?

Secrètement et je lui ai demandé si serait bien que Gbagbo et lui se rencontrent secrètement, afin de se parler pour éviter à la Côte d’Ivoire le Chaos. On était dans un bras de fer et on n’était pas du tout écoutés.

Que pensez-vous des camarades FPI qui sont exilés au Ghana voisin et qui rêvent de revanche ?

Nous avons rencontré très peu qui rêvent de revanche. Je les ai vus arriver presque tous.

Nous n’avons pas beaucoup de contact physique, mais nous communiquons au téléphone.

Tous ne rêvent d’une seule chose que de revenir rapidement en Côte d’Ivoire. Ils ont peur de se faire arrêter ou tuer. Ils sont détenus, désargentés avec leurs familles, leurs enfants qui ne vont plus à l’école. Ils n’ont pas l’intension de revanche d’un coup d’ Etat.

Avez-vous les nouvelles de Charles Blé Goudé ?

Non, je n’ai aucune nouvelle de lui.

Demain si Alassane Ouattara vous demande de rentrer au gouvernement d’union nationale, qu’est-ce vous répondrez ?

Si j’arrive à organiser avec l’appui du Secrétaire général du FPI, une réunion du comité central et si ce comité central décide que nous devons répondre positivement à l’invitation du Président de la République Alassane Ouattara, j’aviserais. Mais pour ma propre philosophie, l’Afrique n’a pas besoin de gouvernement d’union. Lorsque l’on va aux élections et qu’il y a un qui gagne, ma philosophie, c’est qu’il prenne l’entièreté du pouvoir, il l’assume complètement pendant la durée de son mandat.

Exceptionnellement, vu la crise qui s’est produite, il ne fallait pas faire un geste qui va dans le sens de la réconciliation avec les principaux partis du pays ?

C’est le raisonnement que nous avons tenu en 2000 quand Laurent Gbagbo a gagné les élections. Ça s’est terminé par une guerre. Aujourd’hui, si l’on veut aller à la réconciliation, le gouvernement d’union n’est pas forcément la solution. Il faut déjà renoncer à la vengeance justicière et permettre à ce que l’opposition s’organise et quelle ait le droit d’exister. En étant dans l’opposition, nous pouvions contribuer à la réconciliation nationale.

Il faut renoncer à la vengeance justicière, qu’est-ce que cela veut dire ? C’est dire qu’il faut libérer Laurent Gbagbo ?

Je pense qu’on peut lui reprocher tous ce qu’on veut, mais il faut reconnaître qu’il n’est pas le seul à voir commis toute les fautes commises. Je ne dis pas au Président Ouattara de ne pas appliquer la justice. Mais, je dis qu’un bon geste de réconciliation montrerait qu’il est capable de pardonner à Gbagbo et à tous les militants de son parti qui sont en ce moment incarcérés à la Pergola à Odienné et à Korhogo. Je dis que se venger n’est forcément pas bon signe.

Est-ce que c’est votre priorité la libération de Laurent Gbagbo et de tous vos camarades qui sont en résidence surveillée?

Le FPI n’est pas à mesure aujourd’hui de poser des préalables. Ce n’est pas la priorité, mais si vous ne pouvez pas juger tous les criminels alors pourquoi ne pas renoncer a cette vengeance et établir un processus qui rétablirait tout le monde. Ou bien vous prenez tout le monde ou bien vous ne faites rien. Si vous faites les choses à moitié, ce serait créer des injustices et ça sa peut-être source de haine et de nouvelles frustrations qui sont des moteurs très puissants d’instabilité politique surtout en Afrique.

Est-ce que vous ne dites pas ça aussi, parce qu’actuellement le FPI est décapité et peut-être que vous n’êtes pas a mesure de réunir un comité central ou parce qu’il y a trop de monde en prison ?

Oui, c’est possible ! Le parti est décapité et surtout apeuré. Les cadres et les militants qui sont à l’étranger ne se sont pas chauds pour revenir maintenant. Ils ont peur. Ceux qui sont Abidjan n’osent pas sortir et puis les cadres ne comprennent toujours pourquoi certaines personnes sont harcelées et d’autres pas. Quels sont les critères qui permettent d’arrêter un tel plutôt que tel autre et lorsque des réunions sont prévues de très nombreux cadres et militants promettent de venir. Mais quand il est l’heure de la réunion on ne les voit pas. Ils me disent tous, mais Mamadou est-ce que tu nous garantis la sécurité ? Je leur dis que je suis incapable et que le ministre de l’Intérieur lui-même me dit que pour le moment, il doit avouer qu’il ne maîtrise pas tout ceux qui sont en ville.

Est-ce que vous pouvez affirmer que le FPI est mort ou est-ce que le FPI doit revenir au pouvoir un jour ?

Le FPI n’est pas mort, le FPI est très affaibli.

Vous vous donnez combien de temps dans l’opposition 5 ans 10 ans ou peut-être plus ?

A court terme 5 ans. Nous sommes sûrs que les législatives à venir vont-être catastrophiques pour nous, mais je pense que dans 5 ans, le président Ouattara trouvera en face de lui un candidat FPI de taille.

Vous êtes le Président du FPI par intérim, êtes-vous près à devenir le Président du nouveau FPI ?

Le président du FPI est pour le moment incarcéré, je me bats pour qu’il puisse retrouver la liberté et c’est le congrès qui décidera. Ça ne fait pas partie de mes plans a moyen et long terme pour le moment.

Si le prochain congrès du FPI vous demande de prendre la présidence du parti est-ce que vous irez ?

Oui, j’irais si le congrès me le demande et si je suis candidat. Mais ce n’est pas encore dans mes priorités. Ma priorité c’est d’abord de reconstituer cette opposition face à Ouattara. Il n’est plus question que l’on retombe dans une question de parti unique. Si dans cette dynamique, je réussissais, Ouattara pourrait avoir en face de lui une bonne opposition et ce serait ma contribution à la réconciliation. Mais si j’échouais sur ce terrain et que le FPI disparaissait, alors Monsieur Ouattara aurait en face de lui des factions dispersés sur l’ensemble du territoire et organisées n’importe comment qui lui rendraient la vie très difficile.

Ce qui n’est pas souhaitable.

Il y a des velléités au sein du RHDP de pérenniser la structure RHDP donc que le RDR rejoigne la ‘‘maison mère’’ le PDCI. Donc, est-ce que vous ne craignez pas que votre pays la Côte d’Ivoire se retrouve en fait avec un RHDP qui règne en maître ?

Le risque existe, on se retrouverait dans les partis uniques et les partis uniques vivent dans la peur d’un coup d’Etat, d’un assassinat. Par contre, s’ils arrivent à s’organiser pour reconstituer l’ancienne famille d’Houphouët sans nous en bastiller, sans bloquer nos comptes, sans nous tuer et qu’ils nous permettaient d’organiser nous aussi le CNRD en face, en grand mouvement d’opposition, on n’irait vers un bipartisme en Côte d’Ivoire. Un grand parti au pouvoir et un grand parti d’opposition. C’est possible et c’est jouable. Et C’est dans se sens que j’aimerais bien avec quelques amis, le Secrétaire général afin de pouvoir travailler et créer en face du RHDP, un grand mouvement d’opposition.
Monsieur le Président merci
Merci à vous

Retranscrite sur le site de RFI
par JB KOUAKOU
(jbkouakou@hotmail.fr)

Déclaration de la Représentation du Front Populaire Ivoirien aux USA

Le 11 Avril 2011, une coalition France-ONU- et forces Pro-Ouattara, prenant abusivement prétexte de la résolution 1975 du Conseil de Sécurité des Nations- Unies du 30 Mars 20111, a procédé à l’arrestation du Président Laurent Gbagbo et de son épouse Simone Ehivet Gbagbo, parachevant ainsi un coup d’état militaire dont les origines remontent à Septembre 2002.

Depuis cette date, les « Forces Républicaines de Côte d’Ivoire » et la classe politique du Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP) ont installé partout en Côte d’Ivoire un climat de terreur et d’insécurité généralisé qui remet en cause les acquis du multipartisme et de la démocratie que les forces du changement et le Front Populaire Ivoirien ont obtenu de haute lutte le 30 Avril 1990 à savoir la liberté de la presse et la liberté d’expression et d’association.

Depuis le 11 Avril 2011, les forces Pro-Ouattara et le RHDP se sont commis à une chasse à l’homme dont les principales victimes sont les membres et militants des partis et mouvements de la Majorité Présidentielle (LMP) surtout ceux du Front Populaire Ivoirien (FPI), mais également les personnes appartenant à des groupes ethniques considérés comme des bastions du FPI. C’est d’ailleurs sur la base de ce critère d’épuration ethnique et politique qu’ont été commis les massacres de Duékoué dans lesquels, selon l’ONU, la Croix Rouge, et Caritas près d’un millier de personnes, supporters du président Gbagbo ont péri.

Dans les quartiers d’Abidjan, les militants et sympathisants de LMP sont l’objet de racket, de pillages, de vols, et même d’exécutions sommaires. A l’intérieur du pays, la situation est encore plus désastreuse notamment en l’absence de services de sécurité et de santé, ce qui laisse les populations à la merci des exactions des bandes armées incontrôlées. Depuis deux semaines, la Côte d’Ivoire est sans gouvernement et l’activité économique n’est pas encore effective contrairement aux allégations du régime illégal du RHDP installé au pouvoir par un coup d’état militaire mené par la France et les Nations Unies.

Des combats à l’arme lourde se poursuivent dans certains quartiers surtout à Yopougon. En dehors des populations civiles qui paient le plus lourd tribut de la guerre et de la barbarie ; des forces republicaines, des personnalités, dont le Ministre Désiré Tagro, ont été froidement assassinés et d’autres sont détenus, persécutés et torturés. Le Président Laurent Gbagbo et la Première Dame, l’Honorable Simone Ehivet Gbagbo sont illégalement arrêtés et personne ne sait exactement les conditions dans lesquelles ils sont emprisonnés.

La Côte d’Ivoire est sans nouvelles des ministres du gouvernement du Président Gbagbo alors que les députés du groupe parlementaire FPI et des groupes alliés sont menacés de mort. La presse libre proche de la Majorité présidentielle a disparu des kiosques parce que les journalistes sont menacés de mort et craignent pour leur vie.

A la lumière des faits ci-dessus mentionnés, les membres des Représentations du Front Populaire Ivoirien en Amérique du Nord déclarent que la situation sécuritaire délétère, qui existe en Côte d’Ivoire : – découle directement de l’offensive militaire des forces Licorne – ONUCI – Forces Pro-Ouattara contre le régime du Président Laurent Gbagbo, – fait courir à la Côte d’Ivoire le risque d’une guerre civile totale, – montre que l’usage de la force comme moyen de résolution de la crise électorale était inopportun, – montre que le renversement du Président Gbagbo n’a pas rétabli le calme et la vie civile normale contrairement aux promesses du RHDP, – prouve clairement que l’usage de la force n’a pas résolu la question fondamentale concernant le vainqueur de l’élection présidentielle de Novembre 2010. Par conséquent, les membres des Représentations du FPI en Amérique du Nord tiennent le RHDP, Monsieur Allassane Ouattara et le Président Nicholas Sarkozy pour seuls responsables des tueries massives, des abus et violations de droits de l’homme et des destructions des propriétés publiques et privées qui ont cours en ce moment en Côte d’Ivoire.

A la lumière des agissements des forces républicaines pro-Ouattara et des déclarations des responsables du RHDP, il est évident que lesdits forces et responsables veulent réduire au silence les formations politiques, les mouvements de la Majorité Présidentielle (LMP) et tout autre organisations opposées afin de réinstaurer en Côte d’Ivoire un régime de parti unique ou un régime multipartite dominé par un seul parti politique ou une seule pensée politique. Sinon comment comprendre le comportement du régime inconstitutionnel du RHDP de procéder à l’arrestation des leaders du FPI alors qu’il dit entamer des négociations pour la formation d’un gouvernement d’union ?

A quelle logique répond l’annulation de la conférence de Presse du Premier Ministre Affi Nguessan, Président du FPI le samedi 23 avril 2010 et son arrestation le même jour? Pourquoi empêcher la tenue d’une conférence de presse dont l’objectif était d’exposer la position et les propositions de sortie de crise du FPI et de LMP ? En ce moment, il est force de constater que les premiers responsables du Front populaire Ivoirien que sont Affi Nguessan (Président), Aboudramane Sangaré (1er Vice-président), Simone Gbagbo (2ème Vice-présidente), et Miaka Oureto (Secrétaire General) sont soit aux arrêts, soit dans la clandestinité pour éviter toute atteinte à leur intégrité physique.

Les membres des Représentations du Front Populaire Ivoirien en Amérique du Nord dénoncent cette situation hypocrite et paradoxale dans laquelle les actes posés ne corroborent pas les messages d’apaisement et de réconciliation que diffusent les tenants du régime inconstitutionnel du RHDP. C’est pourquoi, demeurant fermement attachés aux idéaux de paix, de dialogue, à la philosophie de l’accession au pouvoir d’état par les urnes, et à la souveraineté de la Côte d’Ivoire, les membres des Représentations du FPI en Amérique du nord : – réaffirment leur soutien indéfectible à la direction du parti et à la grande famille de LMP, – expriment leurs compassions aux familles endeuillées, – apportent leur soutien aux victimes des exactions des forces pro-Ouattara et des françaises et onusiennes, aux déplacés et aux réfugiés, – invitent les militants et les sympathisants à la mobilisation pour demander la libération sans condition des prisonniers, – demandent la libération immédiate du Président Laurent Gbagbo et de la Première Dame Simone Ehivet Gbagbo pour faciliter toute négociation politique et toute oeuvre de réconciliation, – décident de rester saisis de la situation et de contribuer activement à préserver les acquis du multipartisme et de la démocratie en Côte d’Ivoire.

Fait aux Etats Unis,le 27 Avril 2011

Sekre Kouakou

Representant par interim du F .P.I USA

Déclaration de Mme Brigitte Kuyo, représentante du FPI en France à sa sortie du commissariat de police

Chers amis,

Je suis enfin sortie du commissariat de police.

En effet, sur instruction du génocidaire Alassane Dramane OUATTARA, cet imposteur d’Aly COULIBALY a porté plainte contre moi au nom de l’Etat ivoirien.

Il m’accuse de l’avoir empêché d’entrer en possession d’une des voitures de l’Ambassadeur Pierre KIPRE. Grossièrement, il m’accuse d’avoir volé une voiture de l’ambassade.

A la question de la police de savoir pourquoi cette accusation, il affirme dans sa plainte que c’est elle qui a volé la voiture parce que c’est la Représentante du Front Populaire Ivoirien, le parti de Laurent GBAGBO.

Mon Dieu comment la Côte d’Ivoire peut-elle tomber aussi bas ?

Comment peut-on parler de réconciliation dans ce climat de chasse aux sorcières ?

J’ai dit à la police que je ne me reconnaissais pas dans les allégations fantaisistes d’Aly COULIBALY et que d’ailleurs je ne le reconnaissais pas comme Ambassadeur de mon pays. Que Monsieur COULIBALY n’avait pas le droit d’agir au nom de la Côte d’Ivoire et que je me réservais le droit de porter plainte contre cet individu pour procédure abusive.

Enfin, après avoir constaté que j’étais accusée sans preuve alors que je ne travaille même pas à l’ambassade, je me réservais le droit de porter plainte contre Aly COULIBALY pour diffamation, propos mensongers et dénonciation calomnieuse.

Dossier transmis au procureur de la République, affaire à suivre.

A ma sortie du commissariat, les nombreux camarades et moi avons improvisé un meeting de soutien au combat, dans une ambiance de fraternité et de solidarité.

J’ai compris que les méthodes d’intimidation d’Alassane Dramane OUATTARA et d’Aly COULIBALY dont le but est de nous bâillonner, n’effriteront pas notre détermination.

Chers amis, je remercie tous ceux qui très nombreux ont fait le déplacement pour me soutenir au commissariat. Merci à François GUINA, Maître Gervais TETI, Georgette NEKALO, Séri OBRE, Guillaume OULAI, Guy DAGOU, Thibaud OBOU, etc.

Je remercie ceux qui n’ont pas pu y aller mais qui étaient de tout cœur avec nous pour la lutte.

C’est le lieu d’exiger encore une fois, la libération immédiate et sans condition du Président GBAGBO, de son épouse Simone GBAGBO, de sa famille, du Président AFFI N’GUESSAN et de tous nos camarades détenus par Alassane Dramane OUATTARA et son ami Nicolas SARKOZY ;

C’est le lieu d’exiger encore une fois, l’arrêt des tueries, de l’épuration ethnique, des exactions contre les populations, des vols, des pillages organisés par Alassane Dramane OUATTARA sous l’œil complice de Nicolas SARKOZY ;

C’est le lieu d’exiger encore une fois le retour à l’ordre constitutionnel.

Fait à Paris le 26 Avril 2011

Brigitte KUYO,

Représentante du Front Populaire Ivoirien en France (FPI-France)

0613325020 / 0620078624

fpifrance@hotmail.fr / fpifrance@hotmail.com