Le Blog de Aymard

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7, 8 ou 9 millions de Béninois parmi 7 milliards d’hommes ???

Comment se fait-il que l’évolution démographique ne fait presque pas partie du débat public au Bénin ? Impossible d’avoir une idée assez claire de combien sommes-nous directement vivant sur le territoire national ou à l’extérieur. Mépris quasi-pathologique pour tout ce qui est statistique, prévision, simulation ou anticipation. A l’Institut national des statistiques et de l’analyse économique (Insae) d’en faire les frais. Sa splendeur en prend un sérieux coup avec la multiplication des structures ad-hoc inexpérimentées voire incompétentes lors de la réalisation des études prévisionnelles et statistiques sur le pays. L’exemple en est la réalisation de la Liste électorale permanente informatisée (Lépi) sensée être un instrument de prévision démographique révolutionnaire. Mais à l’arrivée, le pays hérite d’une base de données objet de toutes les controverses aussi bien auprès des acteurs sociaux que des partenaires techniques et financiers en passant par la classe politique et les populations. Ce fut un retentissant méli-mélo à l’occasion des différentes étapes du processus après la mise en rade des spécialistes de l’Insae.

Impensable qu’on puisse donc sortir d’élections majeures comme les législatives et la présidentielle sans que les campagnes électorales ne fassent échos des prévisions sur le Bénin du futur. Même pas sur des questions basiques de tout développement autour du nombre de fonctionnaire, d’étudiant, de paysan, de routes bitumées, d’aéroport, de port ou d’université, à l’orée des 20 prochaines années. Des données qui devraient normalement inspirées tous les projets soumis à l’électorat. Impossible de mettre tout le monde d’accord sur le chiffre exact de la population béninoise à la date d’aujourd’hui même après la réalisation de la Lépi. Qui détient la vérité des chiffres et la crédibilité des procédés entre les spécialistes de l’Insae d’une part et les agents de la Lépi cooptés, manipulés, mal payés et traumatisés ?

De toute évidence, alors que toutes les études redoutent une explosion démographique dans toute l’Afrique et donc au Bénin dans les années à venir, l’heure n’est toujours pas à la moindre mobilisation sur le sujet. Le label chinois ou indien aurait dû pourtant inspirer nos princes au sud du Sahara. Surtout la Chine qui a su transformer un péril en un atout indispensable. Alors que tout le monde se demandait comme allait-elle gérer son milliard et plus de citoyen, elle a très bien réagi, tout d’abord, en adoptant une politique stricte de maitrise des naissances puis en essayant de transformer sa population en une redoutable machine de consommation des produits locaux ; son industrie pouvait ainsi compter sur un marché interne considéré comme le plus grand du monde. Le fameux miracle chinois tient à cette maitrise bien pensée de son propre destin.

Il ne viendrait à l’esprit de personne de croire que le Bénin ne dispose par d’experts capables de proposer des solutions sur le devenir de 7,8 ou 9 millions d’âmes en fonction des mutations endogènes à venir. Sauf qu’on ne peut éluder la conception personnifiée du développement au détriment de celle liée à toute une communauté. En Chine, la hantise du parti communiste c’est d’éviter une implosion interne à l’échelle du milliard et demie d’individus. En total déphasage avec la norme admise sous les tropiques à propos de l’ancien colon qui aurait pensé à tout ; il ne reste aux dirigeants qu’à jouir du pouvoir. La monnaie, la politique agricole, les choix économiques, la diplomatie, la défense, l’éducation sont du domaine de la coopération internationale ou plutôt de la compétence des partenaires étrangers. Et puis, il ne faut jamais négliger la propension des princes qui nous ont gouverné à la magouille, à la triche, aux tripatouillages ; toute chose incompatible avec l’existence de statistiques précises, fiables et scientifiques. Avoir des fichiers électoraux tronqués, des estimations de population biaisées et des statistiques falsifiées permet de mieux voler des suffrages ; tripatouiller les scrutins ; détourner des subventions et des financements de projets sociocommunautaires sans laisser des traces.

En attendant : « chacun s’assoit ; Dieu le pousse » !!!

arimi choubadé http://arimi.freehostia.com

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« En Afrique, les Jeunes doivent prendre le pouvoir » par, Jean-Paul Pougala

En Afrique il y a habituellement ce que j’appelle : la Dictature des  Vieux, qu’ils soient au pouvoir ou à l’opposition. Ici le mot vieux n’est pas seulement une question d’âge, mais surtout, dans l’incapacité à se défaire mentalement du rôle d’esclave que notre histoire commune avec l’Europe nous a conféré.  Il suffit de voir le comportement de l’Union Africaine devant les crises Ivoiriennes et Libyennes. Elle dit haut et fort ce qu’elle veut et ce qu’elle ne veut pas. L’Europe décide de l’ignorer et de faire l’exact contraire. Et sans vergogne, ni gène, c’est toute l’Union Africaine à l’unanimité qui s’aligne sur les positions Européennes en se désavouant elle-même. Le pire en Afrique c’est que ce genre de comportement envahit soit les hommes au pouvoir que ceux de l’opposition. Voir l’exemple de ceux qui ont fait rêver comme opposants: Wade au Sénégal, Conde en Guinée qui à peine élu Président à réserver sa première visite  à l’étranger pour Jacques Chirac (même à la retraite). Il fallait d’abord qu’il fasse allégeance au maître, comme rituel avant de démarrer. Un jeune aujourd’hui qui utilise les mêmes instruments qu’un autre en Occident,
connait ses forces et ses faiblesses, Mais aussi ceux des autres nations. Il est donc conscient qu’il a 10 fois plus de chance de réussir qu’un autre jeune en Occident. et lorsque ce dernier viendra lui raconter qu’il peut l’aider, il saura non seulement qu’il ment, mais aussi que c’est une stratégie pour l’endormir afin de mieux le voler. Tout ce petit jeu, nos Vieux qu’ils soient Ministres ou de l’opposition, ne le savent pas et c’est trop tard pour le leur enseigner.

Comment changer tout cela ?

Il faudrait au préalable et de façon prioritaire, conscientiser au maximum les jeunes africains, ceux-là qui ne sont pas encore inféodés dans les pratiques rentières du colonialisme. Ceux-là qui ne sont pas complexés par les Blancs comme leurs parents, ceux-là qui ne doivent pas à tout prix chercher à faire copain-copain avec les prédateurs de la « communauté internationale ». Et la deuxième étape va consister à les faire descendre dans l’arène politique. Plus jeunes vous entrerez en politique et plus tôt nous pourrons réaliser le rêve d’une Afrique débout et fière d’elle-même. Il y a déjà des partis des Jeunes qui sont en train de faire sensation en Autriche, Allemagne, Suède, Finlande, Norvège, Hollande etc… Jusqu’à gagner   même des sièges de députés dès l’âge de 21 ans.

A Genève, lors des dernières élections municipales, la moitié des candidats avaient moins de 25 ans. Cela se passe dans des pays où la majorité des votants a dépassé les 70 ans. Alors qu’en Afrique, les jeunes de moins de 18 ans sont la majorité absolue. Il faudra en même temps mener une sacro-sainte bataille de l’abaissement de l’âge du droit au vote un peu partout en Afrique. C’est déjà le cas au Brésil où on peut voter à 16 ans (puisque làbas aussi comme en Afrique, la majorité de la population est jeune). Mais il y a plusieurs autres pays où le droit de vote a été abaissé à 16 ans parce qu’un jeune aujourd’hui de 16 ans est plus mûr qu’un adulte de 21 ans il y a 30 ans. C’est le cas de Cuba, Nicaragua, Autriche, les Landers Allemands. En Autriche, par exemple, un mouvement du nom de Kinderwahlrecht jetzt : « droit de vote pour les enfants, tout de suite » milite pour appliquer le « droit de vote dès la naissance ». Pour eux, il s’agit d’un moyen de rééquilibrage générationnel.

En Afrique, comme je l’ai dit plus haut, c’est la dictature des Vieux, vieux dans l’âge, vieux dans les idées, vieux dans la vision du monde d’aujourd’hui. On voit chez nous des vieux (avec tout le respect pour les vieux) qui n’ont de représentation du monde que le Patron Français ou Britannique et même lorsqu’ils sont Ministres, ils en sont à téléphoner à l’Ambassadeur Américain tous les matins pour demander ce qu’il doit faire, histoire de montrer qu’ils sont de bons et loyaux esclaves, très dociles (voir wikileaks).

Pour le système de gouvernement, j’aime beaucoup le système Suisse et je crois que dans une période transitoire, cela peut être appliqué à l’Afrique : en Suisse, les Ministres gagnent en moyenne 400.000 CHF par an, n’ont pas de garde du corps, vont en bus comme tout le monde et après 4 ans de Ministre, ils doivent abandonner la politique. Cela permet d’éviter de laisser s’installer certaines mauvaises pratiques de népotisme et de corruption. Par ailleurs, après le vote, tous les partis gagnants et perdants gouvernent ensemble, le nombre de postes ministériels étant déterminé par le nombre de vote aux élections politiques nationales. Cela permet d’optimiser toutes les idées novatrices d’une nation et d’éviter que des partis soient à l’opposition à jamais, cultivant ainsi une frustration qui serait une menace pour la stabilité même de la sécurité du pays.

PS: On peut être un Jeune Vieux, lorsqu’on  est jeune dans l’âge, mais vieux dans les idées. et malheureusement c’est le quotidien de très nombreux jeunes africains qui sombrent dans l’ignorance la plus totale. et c’est la mission de chacun de les aider. Et je tire un chapeau à nos Vieux-Jeunes, tous ceux qui sont avancés dans l’âge mais qu’on n’a jamais pu tromper comme la masse de nos parents et qui ont souvent risqué de leur vie, lorsque ce n’était pas leur poste qu’ils perdaient parce qu’ils expliquaient aux autres en les rendant visibles, les chaines invisibles de l’esclavage qu’ils portaient.

Jean-Paul Pougala pougala@gmail.com

(*) Jean-Paul Pougala est un écrivain d’origine camerounaise, Directeur de l’Institut d’études géostratégiques et professeur de sociologie à l’Université de la Diplomatie de Genève en Suisse.

Nième emprunt obligataire sous Boni Yayi : Les conséquences de la mauvaise gestion des Finances Publiques au Bénin

Pour la troisième fois depuis Avril 2006, les Béninois et les citoyens des autres pays de l’UEMOA sont invités par le gouvernement du Bénin, par le biais des structures d’intermédiation financière, à souscrire à un emprunt obligataire au profit du Bénin.

Officiellement, les ressources collectées serviront à financer des projets d’infrastructures communautaires au profit des populations.  Une telle démarche, du reste normale répondrait à la nécessité de recourir à l’épargne de la sous-région au détriment des ressources purement externes.  C’est aussi un test pour les économies de l’espace UEMOA dont la capacité des populations à générer et mobiliser les ressources financières de l’intérieur serait un gage de la vitalité des économies nationales.

Seulement voilà, cet exercice serait passé inaperçu comme un simple appel à l’épargne publique si on l’isole du contexte économique et socio-politique actuel du Bénin.  Qu’il vous souvienne que depuis son accession à la magistrature suprême du Bénin, le Président de la République, Docteur es Sciences Economiques de son Etat et présenté aux béninois par ses parrains comme le Banquier du développement et celui par qui le Bénin va renouer avec une croissance économique soutenable (à 2 chiffres), s’est lancé dans une manipulation surprenante des finances publiques. Le premier acte de la descente aux enfers de l’économie béninoise a été le limogeage du Ministre des Finances d’alors, Pascal Irénée Koupaki.  A l’étonnement de tous, y compris des partenaires techniques et financiers du Bénin, le Ministre des Finances dont l’action d’assainissement des finances publiques commençait à peine à produire ses fruits, a été débarqué, au profit de Soulé Mana Lawani.  De l’avis des observateurs proches du pouvoir, ce geste répondait à la volonté du Patron de la Marina d’avoir sa main mise sur les caisses du trésor public pour faire des dépenses qu’il voulait et quand il voulait, Monsieur Koupaki étant précédé de la réputation de gestionnaire rigoureux qui souffrirait de manque de flexibilité.

La suite de l’histoire, on la connaît et le Bénin la vit jusqu’à présent. Quelle est la logique qui veut que Pascal Irenée Koupaki quitte les Finances après seize mois malgré sa compétence et ses résultats palpables à ce poste?  Et quelle est la logique qui veut que le Chef de l’Etat garde Mr Kogui N’Douro à la défense depuis 2006 pour faire la cosmétique de l’armée? Est-ce de cela que notre économie a besoin?  Question à qui de droit.  Le Chef de l’Etat s’est lancé dans des dépenses ostentatoires faites de dons, de libéralités à certaines catégories professionnelles, exonération massive notamment dans le cadre des travaux préparatoires du Sommet de la CEN-SAD, pour ne citer que celles-là, qui ont porté un coup fatal à la santé financière de notre pays qui cherchait encore ses marques.  On se souvient de la fameuse expression de “délinquance budgétaire” utilisée par un Député d’alors qui appartenait au G-13. Il ne saurait mieux dire.

Depuis, les choses ne se sont guère améliorées pour les finances publiques de notre pays.  Malgré l’hostilité des Députés de la majorité parlementaire d’alors, opposés aux frasques budgétaires et à la démesure dans les dépenses publiques, le gouvernement et son Chef, ont toujours procédé par la force, en prenant des ordonnances au lieu d’écouter les Députés dits de l’opposition et de dialoguer. Même des Députés FCBE ont participé à la fronde et ont produit des déclarations hostiles à leur partenaire politique.  Mais rien n’y fit.  Le Président de la République voulait un budget astronomique, au dessus de 1000 milliards, répondant plus ainsi à ses besoins de propagande et à sa mégalomanie qu’à la nécessité de doter notre pays d’un budget réaliste, bien élaboré au service d’un programme économique et social lui-même clair,   bien pensé et bien élaboré.  Si le Président n’a pas un programme de développement avec des objectifs clairs, précis et mesurables, comment voulez-vous qu’il fasse adopter un budget réaliste? Malgré les injonctions des institutions de Bretton Woods qui, qu’on le veuille ou non encadrent le budget des pays ancrés dans le déficit budgétaire comme le nôtre, le chiffre astronomique de 1000 milliards et au delà devrait être maintenu.

Ceci n’est pas anecdotique ! Car, en regardant au-dessus de notre tête, juste le toit de notre pays, le Niger avec ses quinze millions d’habitants traînait un budget de 500 et quelques milliards en 2008, puis 700 et quelques milliards en 2009 et affiche une prévision 2012, à plus 1.400 milliards, soit le double de celui de 2009 !

Force est de rappeler que, en dehors des parlementaires de l’opposition d’alors accusés de vouloir bloquer les actions de développement du Chef de l’Etat au profit des populations, de nombreux cadres béninois, Experts dans le domaine économique et financier  ont tiré la sonnette d’alarme pour montrer le danger à confectionner de faux budgets pour faire sensation.  Ils ne seront jamais écoutés; surtout pas par les grands Docteurs en Economie et Finances qui peuplent les couloirs du régime dit du changement.  Le Chef de l’Etat a poursuivi sa course effrénée vers l’illusion, en route disait-il vers l’émergence pour aller finalement vers un budget en decrescendo, rattrapé par l’état de santé réel de notre économie.  Dans la foulée de cette obstination et de cette boulimie des grands chiffres induits plus par le populisme que par ces réalités économiques et sociales de notre pays, l’argent du contribuable a été distrait pour financer des marches de soutien aux actions du Président-Docteur qui délivrera des ordonnances pour la survie des plus pauvres.  Des conférences de presse et des tournées ministérielles ont été aussi financées pour aller expliquer aux béninois du pays profond comment les Députés qui n’aimaient pas leur pays, avaient tenté de bloquer le Chef de l’Etat et les remèdes utilisés par lui pour satisfaire aux besoins des populations.

Comme les réalités économiques sont têtues tout comme les réalités sociales ont la vie dure, ces budgets n’ont jamais été bouclés, ni exécutés à plus de 70% de leur prévision. On se souvient encore de la décision de nos Princes de réduire considérablement le budget du programme d’investissement  public  (PIP) au cours de l’année 2010.  Pour l’année 2012, les informations rapportées par la presse et non démenties par le gouvernement indiquent une réduction de 25% sur les dépenses de chaque Ministère.  Ce qui n’est pas une mauvaise chose en soit, si les prévisions budgétaires épousent le même esprit de réalisme et de pragmatisme.  L’autre volet qui a plombé les finances publiques, c’est le recrutement massif d’agents dans la fonction publique.  Ces recrutements dont une partie importante ont été faits pour satisfaire des besoins d’ordre régionaliste constituent un poids lourd pour le budget et des bois morts pour l’administration, parce que réalisés sans aucune rationalité et contre les normes prudentielles en matière de finances publiques.  Passons sur les primes instituées et consenties aux agents de l’Etat sous la pression des syndicats, suite à des mouvements de grèves intempestifs, face à l’incapacité du gouvernement à réfléchir pour concevoir une politique salariale conséquente,  en adéquation avec les réalités économiques du pays.  Cela nécessite un dialogue permanent et surtout un dialogue de qualité dont l’absence constitue malheureusement notre péché mignon!

Le financement à pas forcés de la LEPI, malgré l’apport non négligeable des partenaires techniques et financiers dont certains sont complices de la mascarade du 13 Mars 2011, a également contribué à la déstabilisation des finances publiques étant donné que le niveau de prévision des recettes budgétaires n’a jamais été atteint et qu’on a tenu à faire des dépenses pour faire aboutir la LEPI pour s’en servir à des fins que tout le monde sait désormais.

De 2005 à 2010, le taux de croissance économique du Bénin n’a cessé de dégringoler passant de 5% à 3%, une contre performance dans un pays côtier qui n’a pas connu la guerre; bref une contre-performance largement en dessous des taux auxquels les régimes  successifs des Présidents Soglo et Kérékou ont conduit l’économie de notre pays.  Il est à noter que, même un pays confronté aux convulsions politiques et économiques avait un taux de croissance de 3,8 contre 2,7 % pour le Bénin en 2009, et 2,6 contre 2,5 en 2010 (http://www.statistiques-mondiales.com/taux_de_croissance.htm). Malgré le nombre impressionnant de banquiers anciens ou actuels fonctionnaires de la BECEAO présents à des postes stratégiques du régime, l’émergence tant prônée tarde à montrer le nez.  Pire, l’économie béninoise est entrée dans la tourmente avec l’exacerbation de la pauvreté.

Comme dans la plupart des régimes qui perdent les pédales, le Chef de l’Etat durcit le ton et s’en prend aux libertés fondamentales garanties par la constitution du 11 Décembre 1990.  Boni Yayi et ses thuriféraires cherchent des boucs émissaires pour justifier leur forfait et leur échec cuisants au plan économique.  Il s’en prend aux douaniers qu’il rend responsables de sa contre-performance et de l’incurie de son gouvernement.

Depuis Washington, le Fonds Monétaire International observe  Boni Yayi et son équipe se débattre dans leur incapacité à contenir les déséquilibres qu’ils ont créés dans les finances publiques.  Dans l’histoire du FMI, Boni Yayi est certainement l’un des Chefs d’Etat qui a le plus arpenté les murs du FMI.  Les nombreux rappels au respect des normes prudentielles en matière de gestion des finances publiques n’ayant jamais été respectées par nos dirigeants, le Fonds aurait fermé le robinet.  D’un autre coté, comme l’a dit le Ministre des finances dans son allocution à la cérémonie de lancement de l’emprunt obligataire, les ressources extérieures se raréfient. Elle ne peut pas mieux dire. Surtout lorsque les partenaires techniques et financiers observant la légèreté avec laquelle les finances publiques de notre pays sont gérées, ils ont mal pour les Béninois et pour les contribuables de leur pays.

Dès sa prise de fonction en Avril 2006, le Chef de l’Etat avait entrepris une vaste tournée en Europe, en Asie et en Amérique pour mobiliser, a-t-on dit, les ressources nécessaires à la mise en œuvre de sa politique d’émergence.  Quelques années après et en dehors des investissements de la Chine (Echangeur de Godomey), on a de la peine à appréhender les retombées de ce long périple de plus d’une année sur l’économie et sur la vie quotidienne des béninois.  C’est comme des centaines de millions dépensés et qui n’ont pas produit l’impact attendu.  Le Président et son équipe peuvent –ils avoir le courage de faire le point aux Béninois des sommes englouties dans ses voyages et des retombées engrangées par l’économie de notre pays?  C’est aussi cela l’obligation de rendre compte chantée comme incantation à longueur de discours.

Comment s’étonner que les concours extérieurs en direction du Bénin tarissent?  Aujourd’hui, les pays donateurs ont aussi leurs problèmes intérieurs auxquels ils doivent faire face.  La crise financière internationale qui s’est emparée du monde depuis Juin 2008 a contribué à un changement de paradigmes  quant à l’accès à l’aide publique au développement.  Aujourd’hui l’accès aussi bien aux concours financiers qu’à l’aide publique au développement dépend largement des pratiques de bonne gouvernance.

En réalité, le nième emprunt obligataire qui vient d’être lance à un taux de 6,5% alors que le Fonds Monétaire International et d’autres mécanismes du marché financier international offrent de meilleures conditions, est la preuve de la perte de crédibilité du régime en place dont la gestion des finances publiques est catastrophique. En cinq ans de gestion des affaires publiques, le gouvernement vient de recourir trois fois à ce mode de financement dont le produit va en réalité servir à payer les salaires et des dépenses de souveraineté.  Des sources proches des milieux financiers, des informations persistantes indiquent que depuis l’avènement du régime en place, la dette du Bénin a plus que doublé.  Sent-on l’impact sur la vie quotidienne des populations?

Au lieu de se consacrer à une gestion responsable, ordonnée et saine de l’économie, Boni Yayi, ses proches collaborateurs et des parrains abonnés à émarger aux frais des contribuables béninois, préfèrent distraire le peuple en parlant de refondation.  Un concept flou, jamais expliqué, qui cache mal l’incapacité du Prince à concevoir un programme cohérent de développement qui met au centre de sa mise en œuvre, des hommes et des femmes compétents qui savent comment faire bouger un pays vers la performance économique et le mieux être. En lieu et place, c’est des cadres médiocres qui sont nommés parce que partisans politiques, coreligionnaires et surtout des corégionnaires.  Peut-on dans ces conditions,  s’étonner de la contre-performance de notre économie et de l’amenuisement des finances publiques?

Pendant ce temps, les pays comme le Danemark réduisent leur aide publique au développement du Bénin.  D’autres pays, pas des moindres, ferment les programmes d’éducation pendant que règne dans le secteur de l’éducation, toute une confusion, ce qui n’augure rien de bon pour un pays qui aspire à la modernité et un avenir radieux pour ses filles et ses fils.

Silence!!!! On refonde!

Pierre Dagbédji Zinsou (Coll.)

Enseignant-Chercheur en Economie Appliquée

Nice, FRANCE

Premier quinquennat de Boni Yayi : Les Béninois ont vécu dans la précarité entre 2006 et 2011

Premier quinquennat de Boni Yayi : Les Béninois ont vécu dans la précarité entre 2006 et 2011

par richard

Entre 2006 et 2011, les Béninois ont vécu dans la plus grande précarité.  Les chiffres avancés par le Chef de l’Etat dans son discours du 13 mai 2011 montrent d’ailleurs qu’à ce jour, 35,2 % des Béninois vivent encore en-dessous du seuil de pauvreté.

Pendant le premier quinquennat du Président Boni Yayi, l’amélioration des conditions de vie des Béninois et la prospérité partagée annoncée à grand renfort de publicité n’ont pas été au rendez-vous. Malgré les efforts consentis dans les secteurs de l’éducation, de l’eau, de la santé…le Bénin reste et demeure un pays dans lequel le taux de pauvreté est encore des plus élevés. D’ailleurs, dans le discours qu’il a prononcé le 13 mai dernier, c’est sans fausse modestie que le Chef de l’Etat, le Dr Boni Yayi, est passé aux aveux, donnant ainsi raison à ceux qui ont toujours martelé que le régime du changement n’a pas rendu les Béninois heureux « Comme j’ai eu à vous le dire à plusieurs reprises, le constat qui m’a le plus frappé lors du premier quinquennat est que nous nous écartons chaque jour de nos valeurs éthiques, morales et spirituelles. De même, en dépit des efforts fournis,  notre pays reste vulnérable aux chocs internes et externes et nos concitoyens vivent toujours dans la précarité.  Pour preuve, notre marche vers la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement est encore lente, malgré les efforts accomplis dans les secteurs de l’éducation, de l’accès à l’eau potable, de la réduction de la mortalité maternelle et infantile. Le taux de pauvreté reste encore élevé. A ce jour, 35,2% de la population béninoise vivent encore avec un revenu annuel en dessous du seuil de pauvreté contre 33,5 % en 2007 et 39,7% en 2002 selon les statistiques publiées par le Pnud. En d’autres termes, un Béninois sur trois dispose de moins d’un dollar par jour », a dit le Chef de l’Etat qui a invité ses compatriotes à se mettre résolument au travail dans les marchés, dans les ateliers, les usines, les champs etc. Pour lui, chacun doit honorer ses engagements vis-à-vis de la Nation et mettre les intérêts de la République au-dessus de ses intérêts particuliers et personnels. Malheureusement, ce discours qui du reste est un aveu d’échec a manqué de révéler dans les détails les raisons pour lesquelles le taux de pauvreté n’a pas baissé au Bénin en dépit des efforts consentis dans divers  domaines …En vérité,  on n’a pas besoin de faire de hautes études d’économie pour comprendre que les raisons de la grande paupérisation doublée d’une précarité sans précédent dans lesquelles les Béninois ont végété pendant les cinq dernières années résident dans la mauvaise gestion qui a été faite des ressources de l’Etat sous le premier quinquennat du Dr Boni Yayi. Les grands scandales financiers au sommet de l’Etat dénoncés par les associations de lutte contre la corruption et la mauvaise gouvernance en disent d’ailleurs long. Malheureusement, sans évaluer le changement, le Chef de l’Etat lance la refondation. Et comme par conformisme, il place son second quinquennat sous le signe des grandes réformes qui relèvent de la bonne gouvernance politique, économique et sociale et de la solidarité nationale. Malheureusement, le terrain de la bonne gouvernance politique sur lequel le Chef de l’Etat a donné rendez-vous à tous les Béninois n’est pas rassurant. L’ouverture politique qui a été annoncée à grand renfort de publicité est venue avec un pied cassé. Ce qui amène déjà certains Béninois à craindre pour les objectifs que le Chef de l’Etat s’est fixés. Le fait de former un gouvernement qui ne privilégie pas le principe de l’homme qu’il faut à la place qu’il faut est en tout cas un danger pour la réalisation de la prospérité partagée. Et le risque que les Béninois végètent encore dans la précarité à l’issue de ce second quinquennat de Yayi est bien grand. Pour qu’il n’en soit pas ainsi, il urge donc que le Chef de l’Etat privilégie le développement à la politique.

Laisser les enfants venir à moi

Le chef de l’Etat, Boni Yayi qui avait une dette à l’égard des enfants béninois a dû recourir à un club des enfants spécial mercredi dernier au Palais de la République. C’est de cette manière qui s’est acquitté de ladite dette. Malheureusement, pour le faire, ce n’est pas dans le genre de la parabole biblique que tout a été fait. « Ce que vous faites à un plus petit, c’est à moi que vous le faites » comme l’a si bien dit le Seigneur. Mais avait-on besoin d’une publicité tapageuse.

Si les édiles ont défilé à la présidence sur ce faux rythme, les sages et autres têtes couronnées y ont fait leur saga, les conducteurs de taxi-motos y ont fait leur villégiature et diners, devrait-on en faire de même aux enfants ?

Les personnes âgées sont bien fouettées par la politique de la moins value depuis cinq ans. Mais contrairement à ces catégories, le destin des enfants et toutes autres actions à leur égard, devrait suivre Dieu dans son décalogue qui inspirait les gens de Dieu.

Et sur ce point, Boni Yayi est un grand fils de Dieu. revenant sur le club des enfants et en se fiant à son quinquennat trainé à contre courant, il a y a eu quelques actions à l’actif du tableau du gouvernement du Changement quelque part dans ce vaste monde si minuscule pour les enfants. Nous revoyons avec rêverie et dilatoire, la gratuité de l’enseignement, la gratuité des soins de santé pour les enfants de zéro à cinq ans et autres décisions. Et c’est en cela que celui qui a tiré la couverture de cet événement a donné l’impression d’avoir mal choisi sa thématique. Un club des enfants pour s’égayer et non pour parler des problèmes des enfants n’a pas de sens. Mais s’il était orienté vers les programmes sociaux pour les enfants, on aurait mieux trouvé son intérêt. Il ne pouvait en être autrement. Et ceci pour deux raisons.

D’abord, il s’agit de savoir si un club des enfants est essentiel pour se tirer dans une certaine mesure de la misère ambiante qui niche chez les parents des anges, misère qui occupe royalement leurs esprits. Enfant dites-vous ! Même s’ils ne sont pas fiers de l’être puisqu’on égrène leurs jours comme un chapelet de cloître. L’enfance à une notion de présence essentielle. Le contraire dans la démesure de distraction favorite n’est qu’une erreur d’approche.

Ensuite, c’est qu’on a organisé un club des enfants pour ne pas se débarrasser des quipropos qui roulent dans la farine certaines franges sociales. Pourquoi projeter sur un écran géant, tous ces enfants dont nombre de parents ne bénéficient à vrai dire d’aucune condition pouvant leur permettre de quitter la précarité ? C’est d’ailleurs avec une expression d’amertume que des parents dont la majorité a perdu même les canons de l’espéranceont déploré l’organisation de cet événement. L’enfance au Bénin ne doit tenir au bout d’un fil avec nos existences précaires. En définitive, le club des enfants spécial à la présidence n’a pas comblé les idéaux. On pouvait ensemencer des grains pour émerger véritablement. Cependant on ne l’a pas fait. Le reste, n’est que de la routine, car tout porte à croire que les actes posés sont appelés à s’éteindre avec leurs étoiles dans les sillons de la vallée. Sur les dossiers de l’enfance, c’est la marque d’une jonction judicieuse qui s’impose et non celle de la gloire, de la joie de l’instant et des détails superflus.

Gloire et joie qui se rivalisent avec finition, soumission, humiliation, compensation et sensation avec des détails qui permettent de mieux connaitre le président et sa vie de famille. Le club des enfants spécial a été inachevée, tout au moins inachevée sur les reformes engagées. Sur ces détails, Boni Yayi à sa grandeur de leader. Et les enfants ont-ils eu leurs comptes ?

par dp 24h

BENIN : L’inévitable Boomerang

Olivier ALLOCHEME, Editorialiste- Secrétaire de Rédaction

Les bâilleurs de fonds sont inquiets pour l’économie béninoise. Les mouvements sociaux de ces derniers jours leur donnent raison, avec un retentissement qui ira de mal en pis. L’augmentation de 25% accordée aux agents du ministère des finances sans incidence explicite sur les autres catégories d’agents de la fonction publique,aura réveillé les suspicions et entrainé (comme de juste) le débrayage de mardi et de mercredi dans tous les ministères lésés. Ce type de mouvement va s’amplifier clairement dans les semaines à venir.

Parce que les disparités ainsi créées sont du pain béni pour les syndicalistes. Ils vont en profiter pour mettre en place une agitation sociale que le ministre du développement (devenu premier ministre) croyait pouvoir prévenir en octroyant à la pelle 25% (oui 25%) d’augmentation, d’abord aux agents des finances puis plus tard aux autres fonctionnaires.

Ce fut un compromis brutal et inexplicable, surtout dans un contexte de crise financière à peine résorbée à l’échelle internationale. S’il est possible de jouer tous les jeux sur la scène béninoise, il faut se demander si les bâilleurs de fonds qui supportent chaque année une bonne partie de nos dépenses budgétaires, ne vont pas y trouver une incroyable gabegie.

Parce que précisément la crise financière qui sévit aujourd’hui en Europe contraint ces métropoles à mesurer leurs engagements extérieurs. Et dans ce contexte qui leur est difficile, le Bénin se comporte comme s’il avait une croissance à deux chiffres, alors qu’en la matière notre pays a obtenu des résultats qui restent parmi les plus faibles de la sous-région en 2010.

Il est même curieux que les travailleurs du ministère des finances qui viennent de boucler neuf mois de grève, bénéficient d’une si soudaine embellie sur leur fiche de paie, alors que la grève est une source majeure de baisse du taux d’employabilité. La rationalité économique perd pied dans les hauts calculs de ceux qui ont donné ces cadeaux empoisonnés.

De tous les économistes que j’ai pu consulter sur ce sujet brûlant, aucun n’a semblé imaginer l’application de cette mesure suicidaire. Tous (je dis bien tous) se sont employés à montrer les énormes risques liés à cette mesure sociale, avec une puissance de conviction qui aurait désarçonné Koupaki lui-même.

Certains sont allés loin en indiquant clairement que l’application et surtout la généralisation de cette mesure à toute la fonction publique ne pourrait que provoquer un effondrement de l’Etat, sa faillite finale comme en Grèce ou ailleurs en Europe. Mais à la différence de la Grèce qui reçoit une pluie de milliards sur fond d’austérité sauvage imposée aux fonctionnaires, le petit Bénin risque à terme d’être déclaré Etat failli et placé sous ajustement structurel tout aussi sauvage.

Actuellement, le Bénin a largement dépassé les critères de convergence de l’UEMOA en utilisant déjà 48% de ses recettes fiscales pour les besoins de la fonction publique. Avec les 25% d’augmentation, le pays passera à environ 53%. Au niveau micro, ce sont les entreprises privées qui seront secouées par des mouvements sociaux du fait de leurs personnels qui pourraient exiger les mêmes augmentations, sans prise réelle sur la productivité ni la rentabilité de leurs structures.

Le FMI et la Banque Mondiale de même que l’Union Européenne, en une troublante harmonie, ont exprimé leurs inquiétudes quant aux conséquences inéluctables de cette générosité empoisonnée de l’Etat. Ils l’ont expliqué de vive voix au Chef de l’Etat en personne qui aura noté que ces institutions ne seront pas prêtes à accorder leur aide budgétaire pour l’année prochaine si les mesures incriminées ne sont pas levées.

 Mais dans la réalité, il convient de se demander de quels résultats économiques l’on tirera les ressources devant permettre de payer ces salaires en nette augmentation. Parce qu’en crevant le fonds de la caisse pour satisfaire les menaces des syndicats, l’Etat diminue d’autant l’investissement public (hôpitaux, écoles, infrastructures routières…) et s’empêche de recruter dans la fonction publique, en aggravant du coup le chômage des jeunes. La dette intérieure va s’accroitre, du fait de l’incapacité de l’Etat à rembourser ses dettes au privé, entraînant la faillite des PME et une aggravation du chômage.

L’irresponsabilité croissante du leadership politique induit des décisions à contre-courant des normes. Mais dans ce cas précis, nous le paierons très cher.

Olivier ALLOCHEME, L’évenement précis

Remaniement ministériel – Où est le gouvernement d’ouverture de Yayi ?

Dans son adresse officielle le 13 mai 2011, le président Boni Yayi a annoncé qu’il allait former un gouvernement d’ouverture. Suite à la formation de la première équipe de son second quinquennat, l’opinion se demande si le chef de l’Etat a matérialisé ce qu’il a promis.

« S’agissant du Gouvernement d’ouverture que j’ai préconisé au niveau de l’Exécutif, je voudrais vous annoncer que les contacts nécessaires sont déjà en cours dans le souci d’instaurer une paix sociale durable. En attendant leur aboutissement, et pour assurer la continuité de l’Etat, un Gouvernement sera mis en place dans les prochains jours. Je saisis l’occasion pour rassurer dès à présent les uns et les autres que la nouvelle équipe gouvernementale sera réduite pour tenir compte des moyens limités de l’Etat et respectera bel et bien le principe du genre et de la parité conformément à mes engagements antérieurs ».

Ainsi s’exprimait le chantre de la Refondation le 13 mai 2011. C’est ce jour-là que le président de la République a parlé pour la première fois de Gouvernement d’ouverture suite à sa réélection contestée du 13 mars de l’année en cours. Depuis samedi dernier donc, la polémique s’enfle entre ceux qui pensent que Boni Yayi a honoré sa promesse et ceux qui disent le contraire.

En effet, depuis que cette équipe ministérielle tant attendue a été formée, les tenants du système du Changement devenu Refondation ne prennent pour élément comptant que la nomination du maire d’Abomey, Blaise Ahanhanzo-Glèlè pour parler de Gouvernement d’ouverture. Selon eux, le maire d’Abomey devenu ministre de l’Environnement et de l’Urbanisme, a été nommé au titre de l’Union fait la Nation. Les réfractaires quant à eux sont d’avis contraire.

En effet, suffit-il d’avoir un membre fut-il de l’Union fait la Nation pour parler de Gouvernement d’ouverture ? Toute la question est là. Et à cette thèse, ils répondent sans tergiverser que c’est un argumentaire biaisé. Et d’avancer deux éléments d’appréciation qui leur permettent de tenir la dragée haute et de battre en brèche cette assertion de Gouvernement d’ouverture.

D’abord, c’est le nombre de postes revenus aux proches du chef de l’Etat. En effet, sur 26 postes ministériels, 24 ont échu aux militants et lieutenants d’obédience FCBE, la famille politique du chef de l’Etat. Les deux autres postes sont revenus à Me Marie Elise Gbêdo de la société civile et à Blaise Ahanhanzo-Glèlè. Avec cette différence grande, car au moment où 24 maroquins tombent dans l’escarcelle des FCBE et assimilés dont le leader a eu 53%, 47% des autres Béninois ne sont pas représentés. Dès lors, peut-on parler de Gouvernement d’ouverture ? Ensuite, la nomination de l’édile de la cité royale est-elle représentative de toute une alliance dont le candidat aurait eu 37% à la dernière présidentielle ? En effet, si l’on tient compte des dernières contingences survenues dans l’Union fait la Nation, contingences qui ont conduit à l’entrée de la RB dans le bureau de l’Assemblée nationale, le 21 mai dernier, on ne peut donc dire que c’est au titre de l’UN que le maire d’Abomey est dans le Gouvernement.

A l’aune de ces analyses relatives à la dernière équipe ministérielle de Boni Yayi, on peut dire sans coup férir que le leader de la Refondation n’a fait qu’un Gouvernement d’exclusion et non d’ouverture ni d’union.

24 h au Bénin

BENIN : Remaniement ministériel, les artisans du K. O sacrifiés par Yayi

L’ancien ministre de l’Eau, Sacca Lafia n’est plus dans le gouvernement. Ce qui a surpris plus d’un observateur. En effet, l’homme de l’hélico du 13 mars 2011, l’homme qui a pris les dispositions les plus hardies pour affréter un appareil volant spécial le jour de la présidentielle pour aller desservir Tchaourou, la ville natale du président de la République qui était confrontée à un retard criard dans l’acheminement de la logistique électorale, cet homme de main de Boni Yayi, n’a pas tergiversé pour prendre les mesures qui s’imposent.

La suite on la connait : un oiseau volant a convoyé expressément le matériel électoral au profit des frères du chef de l’Etat. Mais au bout du rouleau, il a été éjecté du gouvernement.

Zakarie Baba Body, l’ancien ministre chargé des relations avec les institutions, très peu connu de l’échiquier politique national, a joué un rôle de premier plan dans la victoire de Boni Yayi. En effet, sa partition dans la réalisation forcée de la Liste électorale permanente informatisée (Lépi) a été remarquable.

En interface entre la Commission politique de supervision de la Lépi et le gouvernement, cet avocat a servi la cause du gouvernement. En dépit des récriminations de l’opposition, les grandes étapes se déclinaient selon les exigences du pouvoir de Changement. Lui qui assurait les intérêts a été renvoyé du gouvernement comme un petit chenapan. Au même moment son interlocuteur dans la déclinaison, en l’occurrence Arifari Bako a été promu à un poste de souveraineté : le ministère des Affaires étrangères. Mieux, lors de la grande bataille de la société civile pour la désignation de leur représentant à la commission électorale nationale autonome, la mission d’orfèvre de Baba Body a permis à la société civile d’obédience mouvance présidentielle de s’imposer. Ce qui a permis à la mouvance d’avoir six membres contre cinq à l’opposition. Mais au finish, cela n’a pas pesé dans la balance lors de la formation du gouvernement.

Le dernier grand perdant suite au remaniement, c’est Candide Azanai. Lors de la dernière présidentielle, c’est le missi dominici de Boni Yayi. Son passé dans la maison Renaissance du Bénin, là où il a appris comment on fait écrouler tous les plans politiques échafaudés, l’ancien porte-parole du gouvernement et ministre de l’Industrie a fait preuve d’une maestria sans égale.

Si en dépit de l’arrimage de la RB à l’Union fait la Nation, Boni Yayi a fait presque jeu égal avec Adrien Houngbédji, dans le Littoral, c’est dû à Candide qui a travaillé comme s’il était en territoire conquis. Après avoir convoyé les unités électorales mobiles au profit du chantre du Changement, il a finalement réédité le même exploit cette fois-ci à son propre profit. La preuve, il a eu deux sièges sur cinq dans la 16ème circonscription contre l’UN en dépit du quadrillage de ce landerneau par la famille Soglo. Après cet effort, Candide Azanai se retrouve sans un maroquin. Voilà ceux qui ont été des artisans non négligeables du K O imaginaire du 13 Mars 2011 et qui ont été mis sous l’entonnoir de la Refondation.

par dp 24h

BENIN : L’imposture était imparable…

La faute aux opposants s’il y a eu K.O. dès le premier tour du 13 mars. Leur faute si la bêtise émergente a choisi de faire sauter tous les délais constitutionnels. Un scrutin hors-la-loi dont la déclinaison ne s’est embarrassée d’aucun scrupule. Chaque loi électorale a reçu une véritable attaque en règle consistant à l’expurger de toutes les dispositions pouvant contrarier les projets de rempilage du docteur-président ; ceci avec la bénédiction des gardiens du temple. Et tout cela par la faute des opposants. La théorie de la victime, coupable de s’être fait voler ouvertement avec la complicité de gens sensés défendre le droit, l’unité nationale et la paix. On comprend mieux la passivité légendaire reprochée aux forces de sécurité publique face aux actes crapuleux à répétition dont sont régulièrement victimes les paisibles populations. Puissance publique très en verve, en revanche, lorsqu’il s’agit de réprimer des citoyens privés du droit de vote ; de se positionner en situation de bombardement, à l’artillerie lourde, de contestations électorales de rue ; ou de faire cogner des députés en plein hémicycle.
Comment arrêter une collusion manifeste entre juge électoral, force publique et organes en charges de l’organisation du scrutin (il y a deux au moins : Cena, Cps-Lépi) ? En plus des sacrifices visant à réduire le nombre de candidature face à Yayi, des explications sur les projets de société et de la croisade en vue de l’intégration des déchus du droit de vote, les opposants devraient-ils envisager la belligérance illégale voire armée ? La Marina l’avait d’ailleurs anticipé en faisant proclamer à la tribune de l’Assemblée nationale par un de ses affidés que l’adversaire trafiquait des armes de guerres, était en intelligence avec des rebellions armées de la sous région, était impliqué dans des trafics divers et ambitionnait d’assassiner le chef de l’Etat. Le prétexte tout trouvé pour imposer au budget national des recrutements massifs de militaires, policiers et gendarmes, et d’achats d’armes de guerre. Le holdup électoral a eu lieu, des députés ont été cognés dans les rues, du sang de journalistes et de manifestants a coulé, mais aucun des agents répressifs n’a essuyé le moindre coup de feu des opposants. C’est de ce pacifisme qu’elle semble être coupable, visiblement. La victime est coupable de ne pas avoir enrayé le crime commis par le garant de l’ordre et de la force.
Il faut au moins deux camps antagonistes, plus ou moins équivalents, animés de haine et de rancœurs ethnocentriques réciproques, pour que la promesse de feu et de sang s’accomplisse. A l’arrivée, tous les Béninois connaissent le camp qui a lancé la croisade anti-sudiste, à travers une mission officielle, dans tous les départements du nord ; lequel camp a considérablement œuvré pour faire acheter des armes et faire enrôler des milliers de jeunes gens à des fins purement partisanes. Hélas ! À l’heure de la confrontation, au moment de mettre le feu et de faire couler abondamment du sang, l’adversité n’a pas existé. La main sur la gâchette, les conducteurs de chars lancés dans les rues de Cotonou et de Porto-Novo n’ont pu identifier la moindre cible. Une absence de réactivité constitutive du péché originel reproché aux opposants. Même Goodluck Jonathan savait que son K.O., à lui, en préparation dans son grand Nigéria, ne se solderait jamais par le pacifisme assourdissant enregistré dans les grandes cités du Bénin y compris dans les régions où les tripatouillages avaient fait le plus de tort aux opposants. Mais sans armes, sans miliciens, sans arguments ethnocentristes, Houngbédji, Abt, Salé et consorts ne pesaient pas lourd devant la machine conçue pour le « feu et le sang ». Que leur reproche-t-on finalement ?
De n’avoir pas offert des cibles aux chars d’assaut de l’émergence…
arimi choubadé http://arimi.freehostia.com

BENIN : Après sa « réélection », un béninois de la diaspora écrit à Boni Yayi

Il m’est paru en ce moment douloureux de l’histoire moderne de notre Cher pays, de m’adresser à vous. Chaque fois que l’occasion nous en a été donnée, nous n’avons pas manqué d’apporter notre franche et loyale contribution à son édification. Les réflexions qui suivent ne sont ni satire, ni procès. Elles sont tout simplement le résultat de nos préoccupations quotidiennes, des interrogations qui découlent tout naturellement de la confrontation de notre réalité d’aujourd’hui et les ambitions de notre pays de se fondre dans la marche difficile vers un Bénin plus prospère et plus juste. Je ne parlerai pas donc de ces élections calamiteuses ; de cette LEPI chaotique, de cette CENA piètre, de cette investiture terne, de cette cour à tout faire ; je ne parlerai pas non plus de ces personnalités, actrices éminentes et fossoyeuses inconscientes de notre démocratie mais je voudrais à mon humble avis m’attarder sur les fondements d’un pays qui aspire à la dignité démocratique. C’est pourquoi, permettez-moi de soumettre à votre méditation, vous que la cour a choisi pour être le Premier Responsable de notre devenir pour les années à venir, les réflexions suivantes : « la tolérance à l’égard des différentes opinions politiques constitue le seul moyen d’éviter la contestation et la seule façon de réaliser une unité nationale réelle et durable ».

En tant que Béninois, nous avions tous prêté une oreille attentive à votre discours le 6 avril 2011 au stade Charles De Gaulle de Porto-Novo parce que l’avenir de notre pays se jouait en ces lieux ; un discours parsemé de bonnes intentions. Mais entre le discours et l’action, la marge est malheureusement trop grande, hélas ! En rapport avec la gravité de la situation, nous nous attendions que vous parliez des vrais problèmes de l’heure, que vous donniez un signe d’espoir au peuple Béninois, que vous préconisez des remèdes notamment la mise en pratique effective de toutes les libertés : la liberté d’opinion, c‘est à dire le droit pour le gouverné d’émettre des critiques constructives à l’égard des gouvernants. Vous comprenez avec moi que l’existence et la persistance des privations de liberté rendaient la situation sociale, économique, et financière du pays catastrophique.

Cinq années déjà et puis !

Il n’est point utile de rappeler l’engouement populaire qui a accompagné votre investiture en avril 2006 et qui contraste avec la résignation actuelle. Les plaies de notre pays à votre prise de fonction à cette époque sont restées intactes voire septicémiques. Ces maux étaient quand même bien connus : une justice sociale déplorable, une administration publique corrompue inerte et inefficace, une production nationale insuffisante pour couvrir les besoins alimentaires de notre population et, surtout, ses besoins en alimentation, une aide extérieure qui mettait le pays en position de mendiant, un budget de l’État déséquilibré et déficitaire, une inflation galopante, entraînant une dégradation constante du niveau de vie de la population et une menace permanente notre indépendance économique. Les tapageuses distributions d’argent connues comme le programme des microcrédits n’ont fait qu’empirer la précarité des bénéficiaires. En absence d’une étude de faisabilité et d’un suivi des projets présentés, ces aumônes ne cachaient qu’une perversité économique du régime.

Aujourd’hui, le moins que l’on puisse dire est que la corruption, la concussion, l’avidité, la cupidité et les détournements des deniers publics ont atteint leur point culminant. On pourrait même dire qu’ils sont institutionnalisés.

De la liberté de presse et d’opinion

Le peuple Béninois dont la maturité politique n’est plus à mettre en doute doit pouvoir s’exprimer en toute liberté et toute légitimité. John Milton n’écrit-il pas « notre liberté ne nous vient pas d’un César. Elle est une bénédiction reçue de Dieu lui-même. Nous l’avons reçue en naissant. Mettre cette liberté aux pieds d’un César, alors qu’elle ne nous vient pas de lui, que nous ne lui en devons aucune reconnaissance, serait un acte indigne de nous, qui dégraderait notre nature elle-même » Au cours des cinq dernières années, la presse est étatisée et les organes publics sont devenus des outils de propagande. Le risque est grand et la limite entre les propagandes électorales et ethniques est bien mince. De nombreuses démarches tendant à ouvrir ses portes à toutes les opinions buttent toujours contre une fin de non-recevoir. La HAAC, organe de contrôle est incapable d’imposer aux organes publiques une répartition équitable du temps d’antenne à toutes les tendances politiques. La presse étrangère notamment RFI fait objet de censure régulière et sans ajouter les intimidations de la HAAC envers la presse écrite. Cependant, cette censure est loin d’être efficace puisque, l’existence de l’Internet et des réseaux sociaux rend cette privation de liberté inefficace et les internautes du monde assurent une large diffusion des faits quotidiens de notre pays. Le danger, vous le savez vous-même, est une sous-information générale, des radiotrottoirs, des déformations fréquentes ou même tout simplement des inventions qui, souvent, nuisent plus à la crédibilité d’un régime et quand la clandestinité s’y mêle, il s’ensuit la prolifération des tracts. Sachez que les risques dus à l’expression d’opinions dangereuses ou déloyales, leur importance est bien moindre que celle des risques dus au silence imposé par la crainte. La liberté de la parole et la liberté de la presse constituent ce que l’on pourrait appeler le moteur du processus démocratique. Sans la liberté de discuter, de critiquer, de différer d’opinions, d’encourager une modification dans la politique officielle, la démocratie aurait bien du mal à fonctionner.

De la crédibilité des institutions

Vous n’êtes pas sans savoir que durant ces dernières années, l’opposition a constamment remis en cause les décisions de la Cour constitutionnelle, organe qui par le passé, a toujours joui d’une bonne réputation auprès de toutes les tendances politiques. S’agissait-il d’un mal être profond ou d’un jeu politique ? Toujours est-il que le peuple Béninois qui a payé cher le prix de la liberté et de la démocratie demeure profondément attaché à l’idée que son pays soit géré par des institutions démocratiques. Et Saint-Just écrivait à ce sujet, pour votre mémoire « les institutions sont la garantie du Gouvernement d’un peuple libre contre la corruption des mœurs, et la garantie du peuple et du citoyen contre la corruption du Gouvernement. Sans institutions, la force d’une République repose ou sur le mérite des fragiles mortels, ou sur des moyens précaires. Les institutions ont pour objet d’établir de fait toutes les garanties sociales et individuelles, pour éviter les discussions et les violences ; de substituer l’ascendant des mœurs à l’ascendant des hommes ». Dans votre discours au stade Charles de Gaulle, le 6 Avril 2011, vous aviez parlé de réformes constitutionnelles « pour renforcer les attributs de nos institutions en vue d’équilibrer leurs pouvoirs et d’améliorer leur fonctionnement au profit de notre Peuple ». A mon humble avis, la situation est beaucoup plus un problème d’hommes que d’institutions ; d’impartialité, de respect et d’interprétation des lois et de la constitution : si la séparation des pouvoirs est respectée notre pays s’en sortira grandir.

De l’unité nationale

Vous aviez aussi proposé que « dans la perspective du renforcement de l’unité nationale et de la cohésion sociale, d’organiser une conférence de sursaut patriotique qui permettra notamment d’examiner les problèmes de gouvernance et de comportement citoyen qui se posent à notre pays sur les plans politiques, économiques et socioculturels ».

S’agira-t-il d’une nouvelle conférence nationale ou d’un rassemblement à l’image du symposium sur les cinquantenaires d’indépendance, ces rencontres sanctionnées par un manifeste vétuste, qui n’est rien d’autre qu’une accumulation de phrases redondantes, dont la seule utilité est d’embellir les pages des journaux ou d’occuper le temps d’antenne au journal de 20h. L’unité nationale ne vient pas de l’uniformité. Elle naît dès qu’on résout les querelles en appelant tous les citoyens à l’élaboration d’une politique publique, et en donnant à chacun la possibilité de se faire entendre et de faire admettre, s’il le peut, son opinion. Mais, selon Gandhi « tout compromis repose sur des concessions mutuelles, mais il ne saurait y avoir de concessions mutuelles lorsqu’il s’agit de principes fondamentaux » : la liberté de presse et d’opinions.

En fait, malgré les 53% de voix qui vous ont été gracieusement attribuées par les institutions, vous vous sentez seul, l’œil de la conscience vous éblouit ; « l’œil était dans la tombe et regardait Caïn ». Vous pensez alors mettre en place « un gouvernement d’ouverture, transcendant les partis politiques, les clivages ethniques et constitué d’hommes et de femmes de valeurs, compétents et patriotes… avec à sa tête, un Premier Ministre » Vous sentez en effet, que l’appui du peuple n’y est pas. Et cet appui ne vous sera jamais acquis tant que vous tiendrez à être le seul homme à bord, à considérer les Béninois comme des moutons de panurge, et tant que vous continuerez à penser que vous pouvez réussir à faire la joie et le bonheur du peuple malgré lui.

Jules Djossou Bonou, MSc

Ingénieur Agronome

Québec, Canada