Le Blog de Aymard

La liberté d'expression dans sa quintessence

Archives de Tag: guillaume soro

Les châteaux des rebelles ivoiriens à Ouagadougou

Les châteaux des rebelles ivoiriens à Ouagadougou

Depuis 2002, les rebelles ivoiriens ont tué et volé pour se construire de belles maisons à Ouagadougou, d’où ils étaient partis pour attaquer la Côte d’Ivoire et le régime de Laurent Gbagbo.

Pendant 10 ans, ils ont détourné le cacao et le café en direction du Burkina, le coton, l’anacarde, le diamant exploité en zone nord et envoyés au Burkina. Depuis 2002 au niveau intérieur, le premier impact est la perte sèche des recettes historiquement collectées dans la zone Cno (le nord de la CI sous contrôle rebelle). Cette perte est consécutive à la fermeture des postes douaniers et bureaux de collectes d’impôts dans ces zones.

Le préjudice subi par le trésor public est estimé à plus de 240 milliards de F CFA. (…) Les fuites de cacao et de café vers les pays limitrophes ont occasionné des pertes de l’ordre de 240 milliards à la Douane.

Non sans ajouter que l’Etat a perdu au total sur les sept ans, plus de 3 035, 1 milliards de FCFA au niveau des finances publiques.

Ces images des résidences des leaders de la rébellion ivoirienne à Ouagadougou ont été postées sur Facebook.

 Une villa d’une des maîtresses de Guillaume Soro
La Villa de Sidiki Konaté à Ouaga
Une Villa d’un ponte rebelle à Ouaga
La Villa de Hervé Morou Ouattara à Ouaga
La Villa de Sheriff Ousmane à Ouaga
Propriété de Issiaka Ouattara alias Watao
Propriété de Guillaume Soro à Ouaga

Abdoulaye Traoré : « C’est Ouattara qui a payé les armes pour nous »

Le texte publié ci-dessous provient de deux interviews de Abdoulaye Traoré alias AB, ex-rebelle ivoirien et ex-chef de guerre de la capitale des 18 Montagnes de Man.

Après sa sortie de prison au Mali, Abdoulaye Traoré alias AB, a regagné Abidjan. Dans cet entretien il dénonce les pratiques mafieuses de Guillaume Soro, Alassane Ouattara et du facilitateur, Blaise Compaoré dont le seul but est de faire tomber le Président Laurent Gbagbo. Il dénonce la complicité de certains pays.

Cela un fait bon moment qu’on ne vous entend plus. Qu’est-ce qui explique cela ?

Nous sommes là. Des personnes ont voulu nous réduire au silence. Elles ont monté un coup contre nous pour qu’on nous mette aux arrêts au Mali. Elles ont manipulé la brigade judiciaire malienne. Nous avons passé au moins deux mois dans les geôles de la brigade judicaire sans réel motif. Notre avocat a cherché en vain à savoir les raisons de notre arrestation. Quelques jours après, cette police soutient qu’elle a un mandat d’arrêt international contre nous. Notre avocat a avisé l’Interpol à Abidjan pour vérifier la véracité de cette affirmation. On s’est rendu compte qu’il s’agissait d’un complot et qu’il n’y avait rien contre nous. Un autre jour, les responsables de la brigade viennent signifier que notre arrestation est due à notre implication dans les dernières attaques de Man. Ce qui est faux. Le procureur leur a demandé les raisons de notre arrestation. Nos proches ont été mis aux arrêts. On a tout pris dans notre maison. Des documents ont été emportés.

Avez-vous des soupçons sur des personnes ?

Blaise Compaoré, des autorités maliennes, Guillaume Soro et sa bande. Sans oublier Tiken Jah. C’est le commandant de brigade qui nous l’a signifié. Selon lui, notre arrestation est une affaire politique. Mieux, il nous demande de pouvoir régler ce problème avec le ministre de la Sécurité malienne. Ainsi notre avocat a pris attache avec ce dernier. Il a confirmé les dires du commandant. Ils ont tenté de m’éliminer par empoisonnement en me donnant des médicaments. Sous prétexte que ce sont des remontants. Cela n’a pas marché. Un matin, ils nous ont envoyé devant le directeur de la police. Ce dernier nous annonce notre liberté. Mais il nous demande de ne plus faire des déclarations pour attaquer les personnalités citées plus haut si nous tenons à notre vie. Parce qu’elles n’ont pas apprécié nos interventions dans les journaux proches du Président Laurent Gbagbo. En plus, il nous reproche d’avoir fait échoué une attaque sur Abidjan.

Comment ?

Ils devaient attaquer le régime d’Abidjan dans le courant du mois de Mars. Leur coup ayant échoué. Ils estiment que c’est nous qui avons informé à Abidjan. Alors que nous n’avions aucune information. Le coup était préparé depuis Ouagadougou. Nous vous avons dit dans une interview que Blaise Compaoré ne joue pas franc jeu. Il tient Soro dans sa main. C’est l’une des raisons du blocage dans l’application de l’Accord de Ouagadougou. Alassane Ouattara est également dans le coup. C’est lui le vrai père de la rébellion. Il veut prendre le pouvoir par les armes. Parce qu’il est convaincu qu’il ne pourra pas gagner les élections par les urnes. Toutes ses manigances qu’il a voulu faire pendant les opérations de l’audience foraine, de l’indentification et de l’enrôlement ont échoué. Le seul recours dans ce combat, sont les armes. Il est toujours dans la logique de coup d’Etat. Il n’a pas baissé les bras. Le pouvoir doit être vigilent. Alassane ne veut pas aller aux élections. Il est soutenu par Blaise Compaoré.

Pourquoi ?

Les Français ont mis la pression sur Blaise Compaoré. On lui demande de s’arranger pour qu’Alassane prenne le pouvoir. Il ne faut pas que les élections aient lieu. Blaise Compaoré veut se représenter aux présidentielles prochaines. Alors que la constitution de son pays ne le permet pas. Il veut avoir la caution de la France pour la tripatouiller. Ce qui a été fait. En retour, il doit satisfaire aux exigences de Sarkozy par rapport à la Côte d’Ivoire.

Quelle a été réellement l’implication de M. Blaise Compaoré dans la rébellion?

En 2000, Blaise Compaoré  nous a envoyés à Pô, après à Frakrô où nous nous sommes entraînés avant de venir attaquer le 19 septembre 2002. C’est pour tout cela qu’il ne peut pas se mêler aux autres présidents du panel de l’Union africaine et venir gâter le résultat de leur travail. Lorsque j’ai parlé dans la presse en 2008, j’ai dit qu’on ne pouvait pas aller aux élections sans le désarmement. Blaise Compaoré était Facilitateur, mais on est allé aux élections sans le désarmement et voilà les conséquences. J’ai bien dit en 2008 que Blaise Compaoré allait venir mélanger ce pays et faire tuer beaucoup de gens. J’avais prévenu que les gens allaient distribuer les fausses cartes d’identité au Nord ; j’avais également signalé la participation de la France. C’est la France, avec le Général Johanna et Alain, qui nous faisaient contourner les positions des Fds pour pouvoir prendre des villes.

Et comment cela se passait-il ?

Les Français donnaient le système, ils nous disaient comment les Fds sont placées. On contournait, on faisait l’infiltration et lorsqu’ils arrivaient, ils nous distribuaient les armes. En fait, ils nous indiquaient des endroits où ils déposaient les armes pour nous. Par la suite, nous, on va les récupérer là-bas et puis on frappe !

Les Français mêmes, la Licorne ?

Oui, les militaires français, avec l’adjudant Raymond, signalaient les dispositifs de l’adversaire et distribuaient les armes à des points précis. A Man, par exemple, lorsqu’on voulait rentrer là-bas, on a discuté avec eux, ils sont allés cacher les armes quelque part, au cimetière. Ils nous ont indiqué que la poudrière des Fds était à la Préfecture de Man. J’ai fait l’infiltration, et lorsque nous sommes arrivés, nous avons frappé de prime abord sur la poudrière afin de disqualifier les Fds, puis nous avons avancé. C’est le même système que l’Onuci est en train de faire actuellement à Abobo. Ils sont là-bas, ils font entrer les armes et ils les partagent. Ce sont les mêmes qu’ils ont cachées quelque part, qu’ils ont utilisées pour frapper. C’est comme présentement, ils cherchent les poudrières d’Abidjan pour les attaquer.

Mais comment les soldats français trouvaient-ils les poudrières des Fds, par hélico ?

Non, ce n’est pas toujours par hélico, mais avec des complicités internes.

Alassane Ouattara a toujours nié la paternité de la rébellion…

Il ne peut tenir de tels propos. Il faut qu’il soit sincère. C’est lui qui a payé les armes pour nous. Nous disposons de quels moyens pour les payer. Chaque fin du mois, il déboursait la somme de 25 millions Fcfa pour notre nourriture. Alassane Ouattara ne dit pas la vérité. Nous sommes prêts à faire un débat avec lui. Nous avons les preuves. Ce monsieur montre qu’il est poltron. Il n’a pas les couilles pour assumer. Il nous a armés. Maintenant il fuit ses responsabilités. Ce sont les armes qui ont fait qu’il est devenu candidat exceptionnel. Le moment viendra où nous allons tout déballer. On le comprend il a peur d’aller au Tribunal pénal international. Dans tous les cas, il va répondre de ses actes un jour. Nous avons intégré la rébellion avec bon nombre de jeunes pour la cause d’Alassane Ouattara. Nous avons eu plusieurs réunions avec lui-même à Ouagadougou avant les attaques du 19 septembre 2002. Quelques fois, il nous faisait venir certains de ses émissaires. Il s’agit de Hamed Bakayoko, Amon Tanoh, Aly Coulibaly, Amadou Gon…

Tout le monde sait que c’est Ouattara qui nous a mis dans cette situation. Pour nous préparer, il a pris attache avec les autorités du Burkina Faso et du Mali pour qu’on soit logé et entraîner dans un camp militaire. Ce dernier a accepté. Ce qui a facilité notre attaque. On se rappelle quant le général français Joana est venu nous voir à Man. Il nous a demandé de faire tout pour qu’Alassane Ouattara arrive au pouvoir. Et qu’ils sont prêts à nous apporter un soutien logistique. Puisque la France veut que ce soit lui le nouveau Président de la Côte d’Ivoire pour remplacer Laurent Gbagbo. Il a tenu parole. Nous avons reçu du matériel, des treillis. Nos hommes ont été entraînés. En plus, l’armée française nous servait d’éclaireur. Ce sont les soldats de la Licorne qui nous donnait la position des Forces loyalistes. Si nous devons allés devant les tribunaux pour répondre de nos actes, Alassane Ouattara ne va pas échapper. On connait ceux qui ont fait le recrutement des hommes pour intégrer la rébellion.

C’est qui ?

C’est IB. Il était supervisé par des proches d’Alassane Ouattara. Aly Coulibaly, Hamed Bakayoko… Dans ces conditions est-ce qu’il peut nier la paternité de la rébellion ? Il faut qu’on nous prenne au sérieux. En plus la majorité des chefs de guerre ont été ses gardes du corps. A savoir : IB, Tuo Fozié, Mobio… Pendant que nous étions sur le terrain, on recevait toujours les encouragements d’Alassane Ouattara par des coups de fil téléphonique. Il nous demandait de tenir bon. Et de ne pas lâcher prise. Puisqu’on était plus loin de la victoire. On se rappelle également que lorsque les loyalistes avaient pris Man, il était dans tous ses états. Il était furieux.

En faisant de telles déclarations, n’avez-vous pas peur pour votre vie ?

On meurt une seule fois. Nous n’avons peur de rien. Nous ne craignons rien. Si nous avons peur, on ne serait pas venu à Abidjan. Nous avons le droit de dire la vérité rien que la vérité. Huit ans après la guerre, nous nous sommes rendu compte que nous avons pris le mauvais chemin. Nous ne disons pas cela pour que les Ivoiriens nous pardonnent. Nous reconnaissons avoir été induits en erreur. Ne dit-on pas que l’erreur est humaine.

Tiken Jah a quel rapport avec la rébellion ?

Notre arrestation au Mali a été menée par Tiken Jah. Nous étions en Libye lorsqu’il nous a demandé de venir le rejoindre au Mali pour parler affaire. Nous n’avons pas trouvé de problème. Puisqu’avant l’attaque du 19 septembre 2002, c’est lui qui était notre tuteur au Mali. Quelques jours après notre arrivée, nous sommes mis aux arrêts. Pendant notre incarcération, il n’a pas mis les pieds. C’est après que nous avons été informés que ce dernier a été actionné par les services de Guillaume Soro et malien pour nous conduire dans ce traquenard. C’est l’un des pions essentiels de la rébellion. Il a joué un rôle très important. C’était un pion essentiel. Il était chargé d’héberger tous les éléments à Bamako. C’est lui le tuteur. Il nous a mis dans toutes les conditions. Il organisait des concerts. Les fonds recueillis étaient mis en notre disposition. Il s’est enrichi dans la rébellion. Il faisait du trafic du coton. C’est son petit frère qui était chargé de convoyer les camions vers le Mali. Il était dans un deal avec Kouakou Fofié.

C’est grave ce que vous dites ?

En quoi c’est grave. C’est la vérité. Il le sait. Il ne peut pas le nier. C’est lui qui était chargé de galvaniser les troupes à travers des chansons. Il nous encourageait à réussir notre mission. Toutes ces connexions ne veulent pas de la fin de la guerre. Il mange dedans. C’est pourquoi, cela nous fait sourire quant on parle de désarmement.

Pourquoi ?

Le Président Laurent Gbagbo refuse de prendre certaines responsabilités. Parce que Guillaume Soro roule pour Alassane Ouattara. Il travaille pour lui. Il envoie le pouvoir en bateau. Lorsque nous avons entendu dire que les deux se battent. C’est un camouflet pour distraire les gens. Ils ne vont pas déposer les armes. Alassane Ouattara n’a pas donné son accord. Il veut que ces hommes soient en armes jusqu’aux élections. Au cas où, il ne les gagne pas, il pourra contester les résultats. La dernière tournée d’Alassane dans le Nord était d’aller galvaniser les soldats à ne pas déposer les armes. Sinon ce serait sa mort politique. Il est allé leur dire qu’il compte sur eux à rester toujours en armes. Nous pensons qu’il faut les désarmer par la force. Sinon on va rester dans cette situation.

Sur quoi basez-vous pour dire qu’il n’y aura pas de désarmement ?

On se connaît. Il y a deux personnes qui peuvent leur demander de déposer les armes. Blaise Comparé et Alassane Ouattara. Malheureusement les deux personnes ne jouent pas franc jeu. Ils sont dans leur logique d’en découdre avec le Président Laurent Gbagbo.

On a assisté à l’encasernement des premiers éléments des Forces nouvelles.

Nous sommes dans un jeu de roublardise. Lorsque les gens venaient pour constater nos armes dans le cadre du désarmement, on embarquait nos armes pour aller les cacher à Ouagadougou. Nous savons de quoi on parle. Quant on dit qu’ils ont encasernés des gens et qu’ils ont pris leurs armes, c’est du faux. Ce sont des kalach. Nous allons vous dire que les hommes de Soro veulent attaquer. Ils attendent les failles pour frapper. Nous ne savons pas pourquoi, le Président Gbagbo continue de leur faire confiance. Ils veulent l’avoir à l’usure.

A vous entendre, il y a un danger sur les élections ?

Blaise, Soro et Ouattara ne veulent pas des élections. C’est le pouvoir qui se fatigue. C’est le départ à la tête du pays de Gbagbo qui les intéresse. Pour eux, ils n’ont pas pris les armes pour organiser des élections où ils vont sortir perdants. Il faut remarquer que toutes les revendications qu’ils ont demandées au Président Laurent Gbagbo ont été satisfaites. En retour ils n’ont rien donné. Même pas le désarmement. Cela doit interpeller les uns et les autres. Ils ne sont pas prêts. Nous pensons qu’il faut imposer le désarmement. Nous vous disons que Soro et Ouattara jouent dans le même camp. La preuve, Soro a décidé de partir de la tête du mouvement. Il a mis un intérimaire. Tout cela pour distraire les gens. Les hommes d’Alassane Ouattara ont pris le pouvoir. Affoussy Bamba est devenue porte-parole. Mamadou Koné est devenu secrétaire général par intérim. Ces deux personnes sont des inconditionnels du mentor du RDR.

Pourquoi êtes-vous arrivé à Abidjan ?

Nous avons détourné l’attention des autorités maliennes. Nous étions obligés de nous déguiser pour regagner Abidjan. Nous avons décidé de mettre fin à notre exil. Nous ne pouvons plus accepter de prendre les armes pour venir attaquer à nouveau notre pays. En plus, pour notre propre sécurité, nous ne pouvons rester à Bamako. Nous regrettons tout ce que nous commis comme atrocités et dégâts. Nous demandons pardon aux populations ivoiriennes. Nous sommes prêts à répondre de nos actes. Nous ne serons pas les seuls à tomber. Alassane Ouattara et certains de ses proches ne vont échapper. Nous sommes prêts à aller devant le Tribunal pénal international. Nous souhaitons qu’il nous convoque. Nous avons beaucoup de choses à dire.

Comment s’est passé concrètement le casse de la Bceao ?

Ce qui s’est passé à la Bceao, ce sont des instructions venues d’en haut jusqu’à nous. On a eu des instructions. J’ai une documentation et des Cd sur la répartition des fonds, où l’argent a été gardé, etc. Chacun a parlé sur le Cd, ce qu’il a eu dans le casse, tout. Vous savez, avant comme on était ignorant,  chacun a parlé, a fait le travail, sans s’en rendre compte que ça peut le condamner demain. C’est comme le Cd de Koné Zakaria où il explique que Alassane est le père de la rébellion, sans savoir que ça pouvait se retourner contre lui, c’est la même chose. Nous étions ignorants. C’est maintenant que nous comprenons que nous avons pris des risques. Sinon j’ai le Cd du partage, le montant qui est parti à Ouaga, combien on a reçu, par où c’est passé, tout…

Et le Président Compaoré, il a eu sa part ?

Tout le monde a eu sa part ! Tout le monde a eu ! Ce n’est pas ceux qui ont donné les instructions qui ne vont pas avoir leur part. A un moment, il n’y avait pas d’argent pour acheter les armes. Donc il fallait trouver un système pour casser la banque pour trouver de l’argent et payer les Pa et les Rpg, etc. Ils ont demandé un montant. C’est comme la campagne d’Alassane Ouattara. Sa campagne, c’est l’argent de la Bceao qui l’a financée. Voyez bien, est-ce qu’un homme, même s’il a travaillé pendant cent (100) ans, peut-il avoir l’argent de la sorte ? Comment ? Soyons clairs, soyons dans la logique, disons-nous la vérité. Il n’a jamais été Président, comment a-t-il pu avoir cet argent  pour faire cette campagne qu’il a faite ? On sait d’où ça provient, on sait qu’il y a eu trois agences attaquées : Korhogo, Man, Bouaké. Et on sait les contenus qui sont partis, on sait! Son émissaire venu chercher l’argent, on connait ; les soldats burkinabés venus chercher aussi, on connait ! l’immatriculation de la voiture burkinabé venue convoyer l’argent, on connait ! Donc, qu’ils arrêtent de fatiguer le président Gbagbo. Ce sont eux mêmes qui ont pris l’argent de la Bceao pour faire leur campagne. Nous, on a pris des morceaux- morceaux, moi, je reconnais ce que j’ai pris, mais que chacun reconnaisse ses faits !

Lire l’interview de Abdoulaye Traoré dans le journal le temps (Décembre 2008) : « Alassane Ouattara a demandé à Blaise Compaoré de l’aider à renverser le pouvoir de Gbagbo »

Lire l’interview de Abdoulaye Traoré dans le journal le temps (Février 2011)  : « Blaise Compaoré a eu sa part dans l`argent du casse de la Bceao »

Côte d’Ivoire : Les partisans d’IB saisissent la CPI

Ibrahim Coulibaly dit « IB »

Les partisans du sergent-chef Ibrahim Coulibaly ne veulent pas qu`on passe par pertes et profits la mort de leur leader. Ils ont donc demandé officiellement à la Cour pénale internationale (CPI) d`ouvrir une enquête sur la mort de cet ex-sergent chef des Forces armées nationales de Côte d`Ivoire (-Fanci).

Et pour donner plus d`échos à leur voix, ils ont mis sur pied une organisation baptisée « Collectif pour la justice sur l`assassinat d`Ibrahim Coulibaly ». Hier dimanche 3 juillet 2011 sur Radio France inter (RFI), le président de ce collectif, Vè Fofana a déclaré avoir demandé à la CPI d`enquêter sur la mort d`Ibrahim Coulibaly. « Nous avons des informations que nous mettons à la disposition du procureur de la CPI afin que la vérité soit sue sur l`assassinat du « Général » Ibrahim Coulibaly », a-t-il confié. Vè Fofana va même plus loin pour demander au procureur Luis Moreno Ocampo d`ouvrir également une enquête sur les massacres en Côte d`Ivoire depuis 2003. « Nous mettrons les informations que nous avons à la disposition de la CPI. La justice fera son enquête et pourra situer les responsabilités des uns et des autres. Il faut aussi qu`on puisse enquêter sur les massacres en Côte d`Ivoire depuis 2003 », a-t-il ajouté, qualifiant la mort d`IB de crime de guerre à élucider. IB, faut-il le rappeler, avait été sommé de déposer les armes par le président Alassane Ouattara. Soupçonné de ne pas vouloir se plier à cette exigence et de faire du chantage aux nouvelles autorités, alors qu`il réclamait une audience au chef de l`Etat, il a été tué le 27 avril dernier à Abobo PK 18, son fief, après une offensive menée par les Forces républicaines de Côte d`Ivoire (FRCI) sur ses positions. Et depuis lors, les versions divergent sur les circonstances de sa mort. Selon le porte-parole du ministre de la Défense, Allah Kouakou Léon, IB a été tué après un affrontement entre ses hommes et les FRCI, quand les proches de la victime parlent d`assassinat. « Nous sommes dans un crime de guerre et la CPI est habileté à enquêter sur les crimes de guerre et à poursuivre ces crimes. Nous nous en remettons à la CPI pour que la lumière soit faite d`autant plus que Ouattara lui- même demande à la CPI d`enquêter sur les crimes de guerre qu`il y a eu en Côte d`Ivoire pendant la crise post-électorale », a soutenu le président du Collectif. La demande d`enquête, soulignons-le, a été faite il y a maintenant trois semaines. Après la mort d`IB, ses partisans ont reclamé que la lumière soit faite sur sa mort. Le président Ouattara qui dit avoir demandé que le chef du commando invisible soit pris vivant, tout comme il l`avait indiqué pour l`ex-président Laurent Gbagbo, a ordonné une autopsie pour y voir clair. Cette fois, c`est le concours de la CPI qui est sollicité pour savoir dans quelle circonstance IB a été tué et qui en a donné l`ordre.

Y.DOUMBIA, L’Inter

Drame continue de la Côte d’Ivoire, la réconciliation ne fait pas bon ménage avec la vengeance politique et judiciaire

En accédant au pouvoir, Alassane Dramane Ouattara a fait connaître au monde entier sa volonté d’engager immédiatement le combat de la réconciliation nationale pour permettre à la Côte d’Ivoire de recouvrer rapidement tous ses attributs et de reprendre le cours de son développement.

Mais des faits de plus en plus nombreux viennent contredire cet engagement et qui donnent le sentiment que le pays n’en a pas encore fini avec la souffrance.

C’est d’abord au plan politique -où une volonté de vengeance surclasse toute autre initiative- que l’on voit les obstacles à la réconciliation.

Le communiqué exigeant la libération de Laurent Gbagbo, des membres de sa famille et du FPI, publié par leurs avocats le 05 juin dernier, est tout à fait éloquent à cet égard. Ainsi que les éminents conseils le révèlent, les conditions de détention de Laurent Gbagbo, des siens, des membres du FPI, ne sont pas du tout conformes à l’humanité qui doit leur être réservée ni aux autres responsabilités qu’ils ont occupées dans leur pays. Non seulement, disent-ils, ces personnes ont été «enlevées, séquestrées et arbitrairement assignées à résidence », mais « ne bénéficient pas des droits les plus élémentaires à savoir : • la lecture de journaux et de livres, • l’écoute de la radio et de la télévision, • la liberté de circulation ne serait-ce que dans l’enceinte des cours des lieux de leur supplice, • un lit et des soins minima pour les malades (médicaments, contrôle médical, régimes alimentaires adéquats …), • le droit élémentaire et démocratique de visite des avocats et parents, hors la présence de personnes en armes… » Pire, « Ces personnes sont (…), soit enfermées dans des cellules infectes d’une prison poreuse aux intempéries (Bouna), soit détenues dans des locaux infestés de mambas et de moustiques (Katiola) ».C’est ici une volonté d’humiliation, de vengeance, dont les séquelles viendront s’ajouter à tant d’autres qui restent encore largement ouvertes.

Manifestation en faveur de la libération de Laurent Gbagbo  à Caen

L’autre vengeance antinomique avec la réconciliation, c’est celle d’une sanction pénale à l’encontre de Laurent Gbagbo et des siens, conduite dans des conditions d’iniquité choquantes parce qu’elles décrédibilisent la Cour pénale internationale, les Nations Unies et qu’elles montrent que quelques Etats du monde décident de l’avenir de tous en foulant au pied l’éthique. La Déclaration des Evêques catholiques de l’Afrique de l’Ouest (Lue sur Ivoire-blog.com et sur EEMNI –Eglise évangéliste Méthodiste Suisse/France – 08.06.2011 http://eemnews.umc-europe.org/2011/juin/08-01.php) est à cet égard, fort éclairante. Sans oublier de faire le parallèle avec la Libye, les Evêques reviennent sur les conditions de la dénégation de la souveraineté de la Côte d’Ivoire et prennent position ! « Pour nous en tenir à la CI, la question qui se pose n’est pas de savoir qui a mis la main sur le président Gbagbo et son épouse, mais de savoir si l’Organisation des Nations Unies avait ou n’avait pas le droit d’autoriser l’ancien pays colonisateur qu’est la France à bombarder des attributs de souveraineté que sont un palais présidentiel et une résidence de Chef d’Etat : ces lieux représentent en soi un sanctuaire pour le peuple souverain… L’Eglise ne saurait s’aligner tout simplement sur ce qu’il est convenu d’appeler Communauté Internationale… ». Sur la justice internationale partisane, elle s’interroge : « Que pourrait signifier d’autre l’étrange succession de ces bombardements et de ces captures de personnes humaines par les scènes actuelles de pillage des populations d’Abidjan, sous le regard indifférent des forces d’intervention dites impartiales prévues pour la protection de ces mêmes populations ? ».

Parlant de la Cour pénale internationale, les Evêques reviennent sur cette justice à deux vitesses qui risque de faire plus de mal que de bien. Ils posent à cet égard des questions troublantes sur « le choix sélectif de la seule période visée par le Parquet de la CPI, lequel amnistie de fait des violations massives des droits de l’homme consécutives à la commission de crimes contre l’humanité, de crimes de guerre, utilisation d’enfants soldats et de génocide perpétrés de 2002 – 2003 au 28 novembre 2010 lesquels entrent dans la compétence rationae materiae et temporis de la Cour Pénale internationale ». La presse a beau annoncer la reprise des activités dans les ports, l’argent qui circule, l’Administration qui se ranime, on n’a pas besoin d’être devin pour savoir que les nuages planent encore sur la Côte d’Ivoire. Chaque jour apporte son lot de témoignages en termes d’exactions quasiment dans tout le pays. Le fait est si patent que les avocats des détenus rappellent que nombre d’ONG (La CROIX ROUGE INTERNATIONALE, AMNESTY INTERNATIONAL et HUMAN RIGHT WATCH…), d’institutions spécialisées des Nations Unies, sortent de la réserve et se voient même par moments contraints de réajuster leur jugement sur le nouveau pouvoir, elles qui « ont des éléments probants sur cette période, et que nul n’ignore. Par ailleurs, les conseils s’interrogent sur l’harmonie du ménage de cette démarche hâtive et prématurée d’avec le principe de la compétence subsidiaire de la CPI ».

Ils sont dans le vrai, tous ceux qui demandent la libération de Laurent Gbagbo, des siens et des membres du FPI. Ils sont dans le vrai, tous ceux qui sans relâche, préconisent la réconciliation vraie qui fera des anciens dignitaires, des acteurs à part entière de la reconstruction du pays. Il est illusoire, imprudent, de croire que l’on peut gommer en un tour de main, l’impact, l’influence d’un homme, Laurent Gbagbo, et d’un parti, le FPI, présents sur la scène politique depuis pratiquement l’indépendance du pays et qui l’ont gouverné pendant plus de 10 ans. La Facilitation burkinabé, comme le demande l’UNDD, devrait bien réfléchir à cette dimension de la crise ivoirienne et engager, avec les atouts qu’elle a en main, une action déterminée d’apaisement et de réconciliation !

VT

San Finna N°616 du 13 au 19 Juin 2011

Arsène DOGBA : Le PDCI sait aussi que le RHPD a perdu les élections

Lynx.info : La France comme les pays africains semblent avoir pardonné à Henri Konan Bédié le concept de « l’ivoirité ». Comment expliquez-vous que c’est Laurent Gbagbo qui en paye le prix ?

Arsène DOGBA : Je suis d’accord avec vous, les dirigeants occidentaux et africains ont attribué la paternité de ce concept à Laurent Gbagbo. Mais, il n’y a pas que ça. Ils lui ont aussi attribué la responsabilité des très controversées questions du foncier rural, du code de nationalité, de l’utilisation des enfants dans les plantations de café et de cacao. Et même, de xénophobie.

Juste pour le diaboliser au maximum. Alors qu’il n’est responsable à aucun niveau. Vous l’avez dit et la France et les leaders africains le savent, Bédié est le concepteur de l’ivoirité et Alassane, celui de la carte de séjour qui a conduit à ce qu’ils dénoncent aujourd’hui ; la xénophobie. Il fallait trouver un motif pour mettre en exécution le plan de l’Elysée qui consistait à faire partir Gbagbo du pouvoir et y installer Alassane Ouattara. C’est ce qui s’est passé.

Lynx.info : Pour l’artiste Alpha Blondy, Laurent Gbagbo ne l’a pas écouté. Tiken Fakoly trouve aussi que le sud a aussi vu la guerre que connaissait le nord. Sont-ils crédibles pour parler de réconciliation en Côte d’ivoire.

A.D : Je ne voudrais pas me prononcer sur les propos de ces deux personnages que j’ai du mal à prendre au sérieux.

Lynx.info : C’est 36 ministres qui doivent remettre la Côte d’Ivoire sur les rails. L’ossature de ce gouvernement est-elle convaincante ?

A.D : Les critiques fusent de partout, même du RHDP, sa famille politique, par rapport au nombre de portefeuilles ministériels et à la représentativité du nouveau gouvernement. Alassane avait promis à ces électeurs 25 ministres s’il était élu président. Et le poste de Premier Ministre au PDCI. Il vient de former un gouvernement populaire de 36 ministres et a maintenu Soro, Premier Ministre.

C’est vrai que M. Ouattara n’a pas été élu, mais par la force des armes il a atteint le même objectif ; il est président. Il aurait donc pu tenir ces promesses de campagne. Mais, que non ! le président certifié par l’ONU a encore prouvé qu’il n’est pas digne de confiance.

Ce n’est pas à nous de nous plaindre, surtout quand l’attitude de M. Ouattara démontre de plus en plus qu’il est conscient qu’il n’est pas un président élu. La preuve, M. Ouattara ne se sent pas obligé de tenir une quelconque promesse électorale. Comme il le dit lui-même, il a plutôt un devoir de reconnaissance vis-à-vis des ressortissants du nord qui l’ont aidé, au niveau national, à prendre le pouvoir par la force. C’est même ce qui explique les nombreuses nominations ethniques qu’il fait dans toute l’administration publique ivoirienne. Sur 36 postes ministériels, 16 sont occupés par les dioulas, son ethnie, alors que la Côte d’Ivoire en compte soixante. Comme pour dire ; à soutien ethnique, nomination ethnique.

Lynx.info : Des analystes trouvent que le FPI peut se fragiliser en n’étant pas au gouvernement. C’est votre avis aussi ?

A.D : Le FPI n’a pas l’habitude de participer aux gouvernements d’union. Il ne l’a pas fait avec Houphouët Boigny (1990-93) et Konan Bédié (1993-99). C’est seulement pour réduire la période de transition militaire après le Coup d’Etat de Ouattara de 1999, endossé par le Général Guéi, que le FPI a participé à un gouvernement qui n’était pas le sien. Cette présence a aidé à la tenue de l’élection présidentielle en dix mois. Et M. Laurent Gbagbo a été élu président.

Il faut aussi remarquer que le FPI a été plus puissant pendant les régimes de Houphouët Boigny et de Konan Bédié. Donc dans l’opposition. C’est pourquoi je crois que l’absence des cadres du FPI du gouvernement Ouattara ne pourra pas fragiliser le parti. Au contraire, cette absence est en train de renforcer la cohésion au sein du parti. Selon nos investigations, les militants FPI sont presque tous heureux de savoir que leur parti ne s’est pas allié à celui qui a renversé leur régime et qui continue d’humilier et de torturer leurs Leaders, Laurent et Simone Gbagbo, Affi N’Guessan, etc…

Lynx.info : Le Pr Mamadou Coulibaly met la Côte d’ivoire sous les responsabilités de Ouattara : « Il a gagné il n’a qu’a gouverné » selon ses mots. Ouattara peut-il réussir avec un bicéphalisme entre la primature et la présidence ?

A.D : C’est M. Ouattara, lui-même, qui s’est donné cette responsabilité. C’est donc lui qui nous dira mieux s’il est capable de gérer la Côte d’Ivoire avec son compagnon Soro. Ce chef de guerre devenu Premier Ministre détient effectivement le pouvoir au sein de l’armée rebelle de Ouattara. Aujourd’hui, il serait plus facile pour Ouattara si les Forces régulières (FDS) lui avaient fait allégeance. Cela lui aurait permis de réduire l’influence militaire de Soro en lui demandant la démobilisation et le désarmement des rebelles.

Malheureusement pour M. Ouattara, les FDS lui ont tourné dos. Ce qui l’a contraint à « légaliser » les forces rebelles qui sont devenues, par la suite, les Forces Républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI). Mais ces forces demeurent sous l’influence de M. Guillaume Soro. Ce qui fait que nous nous trouvons dans une situation où les attributs de chef suprême des armées reviennent, de fait, au Premier Ministre. C’est ça qui crée le bicéphalisme dont vous faites allusion. Deux capitaines dans le bateau ivoire, l’avenir nous dira comment cela va se terminer. Mais, nous pensons qu’entre Ouattara et Soro, le plus fort, militairement, prendra le dessus. Just wait and see.

Lynx.info : Selon vous, pourquoi Guillaume Soro occupe toujours la primature et le ministère de la défense ?

A.D : La seule raison, à mon avis, est que M.Ouattara n’a pas pu convaincre Soro de laisser la place à un militant du PDCI comme promis pendant la campagne électorale. C’est plutôt Soro qui a convaincu M. Ouattara en lui rappelant qu’il n’est pas arrivé au pouvoir par des élections, mais par la force des armes. Une vaste opération militaire que lui, Soro, a menée conjointement avec l’ONUCI et la force Licorne. A partir de là, pour Soro, rien n’oblige Ouattara à honorer un quelconque engagement pris pendant la campagne. Surtout, quand le PDCI sait aussi que le RHDP a perdu les élections du 28 Novembre 2010.

Lynx.info : Le représentant de l’ONUCI, Mr Choi, dit bien qu’il a fait son rôle dans la protection les Ivoiriens. Le croyez-vous ?

A.D : De quels Ivoiriens parle-t-il ? Des rebelles venus du nord et pour qui il a fait venir des MIG24 ? Si c’est cela, eh bien, oui il a fait et même bien fait son travail. Puisqu’il a fini par les installer au pouvoir. En le disant, je crois que ce monsieur qui est à l’origine de la mort de plusieurs milliers d’Ivoiriens a perdu la tête. Je n’en dirai pas plus.

Lynx.info : L’Onu compte 1000 morts. Ouattara compte 3000 morts. L’organisme allemand CARITAS a compté 1180 morts à Duekoué. Comment expliquez-vous le silence des médias, et surtout des politiques français ?

A.D : Vous savez, M. Camus, cette guerre des chiffres montre l’embarras dans lequel se trouvent tous les soutiens extérieurs de Ouattara. C’est le CICR qui a ouvert la boite à Pandores, l’information est donc crédible pour les occidentaux et leurs medias. Que peuvent-ils dire dans une telle situation où leur intervention dans un sens ou dans l’autre ne fera que les discréditer davantage et inculpé leur protégé. Dans ce cas, le silence est mieux.

Lynx.info : Finalement Alassane n’est pas exempt des tueries avec les rapports de Amnesty International et de Human Rights Watch. Comment expliquez-vous qu’il préfère plus parler du TPI pour Laurent Gbagbo ?

A.D : M. Ouattara n’a jamais été exempt des tueries en Côte d’Ivoire. Ce n’est pas possible, puisqu’il est même l’auteur principal de toute cette boucherie. C’est bien lui l’auteur de la rébellion de 2002 qui a conduit à la barbarie humaine en Côte d’Ivoire. C’est vrai que ses protecteurs évitaient de le tenir responsable jusque là, mais ils savent bien où se trouve la vérité.

Pour restaurer leur crédibilité après avoir accompli leur sale besogne, le 11 Avril dernier, Human Rights Watch et Amnisty International étaient bien obligés de reconnaitre la responsabilité de Ouattara dans le massacre de Duekoue. Ils ont commencé par Duekoue, Yopougon et autres endroits suivront bientôt. Au finish, c’est Alassane qui sera poursuivi pour crime économique, crime de guerre et crime contre l’humanité une fois tous les contrats d’exploitation de pétrole, de gaz et de minéraux seront signés avec les représentants des multinationales occidentales.

Lynx.info : Des rebelles très proches de Ouattara sont cités dans les rapports Human Right Watch. Peut-il se désolidariser d’eux selon vous ?

Je ne suis pas juriste, mais je sais qu’il y a ce qu’on appeler la responsabilité de commandement. M. Ouattara a reconnu que ce sont ses forces qui sont arrivées jusqu’à Abidjan pour renverser le président Gbagbo. Il a même dit sur une chaine de télévision étrangère que lorsque ces forces là sont arrivées à l’entrée d’Abidjan, c’est lui qui leur a dit d’attendre avant d’assiéger la capitale économique ivoirienne. Il n’est donc pas possible que M. Ouattara se désolidarise des actes criminels des FRCI. Il est directement responsable contrairement au Président Gbagbo dont les forces, régulières, n’agissaient que dans le cadre de leur mission régalienne et en légitime défense.

Lynx.info : Pour vous, qui dirige la Côte d’ivoire ? Guillaume Soro avec « ses rebelles », la France ou Alassane Ouattara ?

A.D : Je pense que chacun d’eux joue un rôle. Mais, le chef d’orchestre demeure le gouvernement français. Ils font tous du bruit. Chacun d’eux donne l’impression d’être au contrôle, mais en réalité il n’en est rien. Aucun ne maitrise le terrain. Je dirais même que c’est le président Gbagbo qui a toujours le contrôle du terrain. Ce qui explique la lenteur avec laquelle le retour à la normalité se fait sur l’ensemble du territoire ivoirien.

Lynx.info : Mr Dogba, Ouattara veut que la Licorne reste comme le 43ieme BIMA. Peut-on dire que tout l’effort de Laurent Gbagbo pour le départ de la France en Côte d’Ivoire s’est révélé non payant ?

A.D : Ce ne serait pas faut de le penser, mais je refuse de le croire. Parce que le président Gbagbo a pris presque toute sa vie, aux côtés des ivoiriens, pour construire les bases d’une Côte d’Ivoire véritablement souveraine. Il a pris presque toute sa vie pour bâtir un état démocratique où chaque ivoirien peut s’exprimer sans craindre pour sa vie, s’organiser dans un cadre légal en association de toute nature sans être privé de sa liberté, et même choisir le candidat de son choix à une élection quelconque sans être intimidé, ni tué.

Gbagbo nous a aussi démontré, en dix ans, que les états africains peuvent prendre leur destin en main. Sans recourir aux aides extérieures qui avilissent. Il nous a appris qu’un président africain peut diriger son pays en harmonie avec son peuple. Et que les armées africaines peuvent assurer la sécurité des africains et de leurs biens sans une ingérence étrangère. Malheureusement, tous ces acquis semblent relever du passé avec M. Ouattara au pouvoir. C’est dommage, mais les Ivoiriens doivent refuser de repartir soixante ans en arrière.

Lynx.info : …mais la France dit que son armée est en Côte d’Ivoire pour protéger les Ivoiriens. C’est ça ?

A.D : Mais, ce ne sont pas que les Ivoiriens que la France veut protéger, mon cher Camus. M. Ouattara dit que le 43iem BIMA va déployer son parapluie sécuritaire sur toute l’Afrique de l’Ouest… Les Ivoiriens n’ont pas besoin de protection. Contre quelle menace extérieure la France veut-elle les protéger ? La menace, de l’avis de la majorité des Ivoiriens, est bien la présence Française en Côte d’Ivoire. C’est pourquoi les Ivoiriens ne veulent plus des forces françaises dans le pays. Ces forces là viennent d’attaquer les Ivoiriens pour la deuxième fois. Et, plus qu’en 2004, elles ont faits des dizaines de milliers de morts, détruit leurs armements et renversé leur président. C’est donc la France qui est la menace.

Lynx.info : Je vous remercie

A.D : Merci aussi à l’équipe de Lynx.info

Interview réalisée par Camus Ali Lynx.info

Après l’installation de Ouattara, Abidjan partagé entre les chefs de guerre

L’insécurité dans la ville d’Abidjan donnait déjà du souci aux abidjanais avant la crise postélectorale du 28 novembre 2011. Elle aujourd’hui à son paroxysme après la défaite de l’armée régulière de Côte d’Ivoire. Depuis le 11 avril, date du renversement du président Gbagbo, les anciens Com’zones (chefs de guerre des régions sous contrôle rebelle) se sont partagé la ville d’Abidjan. Et les braquages et autres représailles politiques continuent. Révélations de La Lettre du Continent.

La déroute des Forces de défense et de sécurité (FDS) favorables à Laurent Gbagbo a permis aux seigneurs de guerre de l’ex-rébellion des Forces nouvelles (FN) de se mettre en scène et de faire la loi à Abidjan, capitale économique de la Côte d’Ivoire. Ces derniers, aujourd’hui incorporés au sein des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI), ont découpé la ville en quatre zones, elles-mêmes divisées en plusieurs secteurs. Mieux qu’à Berlin après la Seconde Guerre mondiale !

Issiaka Ouattara, alias Wattao, ex-chef d’état-major des FN, s’est installé dans les quartiers Sud de Marcory, Koumassi, Port-Bouët et Treichville. Des zones où sont situés le Port autonome d’Abidjan (PAA), ainsi que de nombreuses entreprises. Wattao a lui-même élu domicile en Zone 4, quartier résidentiel très chic fréquenté par les expatriés. Chérif Ousmane, dit Papa Guépard, commandant de zone à Bouaké (Centre), contrôle désormais les communes du Plateau et d’Adjamé. Il a pris les bureaux de Philippe Mangou, ancien chef d’état-major des Forces de défense et de sécurité (FDS), situés au camp Galliéni.

Morou Ouattara, alias Commando Atchengué ; Koné Zakaria, dit Zakis ; Hervé Touré, connu sous le nom de Vétcho et Ousmane Coulibaly dit Ben Laden, se partagent les deux autres zones comprenant les quartiers de Yopougon, Abobo, Anyama, Cocody et Attécoubé. A un niveau inférieur, les FRCI continuent de contrôler les commissariats de police et les brigades de gendarmerie de la ville, refusant tout accès aux policiers et aux gendarmes de métier.

En attendant un retour à la normale, qui n’est pas prévu avant plusieurs mois, les principaux généraux des FDS – Philippe Mangou, le chef d’état-major des armées, Edouard Kassaraté (gendarmerie), Bredou M’Bia (police), Détoh Letoh (forces terrestres) et Guiai Bi Poin (Cecos) – qui ont tous fait allégeance à Alassane Ouattara, sont toujours confinés au troisième étage du Golf Hôtel, qui fait office de présidence – provisoire – de la Côte d’Ivoire.

Source : La Lettre du Continent

Pourquoi Ouattara est mal parti ?

Appui trop voyant de Paris, Soro trop puissant, tueries dans l’ouest et maintenant assassinat d’IB. La présidence d’Alassane Ouattara est décidément mal partie.

Il promettait la paix et la réconciliation à une Côte d’Ivoire traumatisée par une décennie de crise politico-militaire. Mais pour Alassane Ouattara, difficile vainqueur de la présidentielle de novembre, le chemin menant au palais présidentiel est jonché de cadavres.

IB trop gênant

Ibrahim Coulibaly dit «IB» gênait. Cet ancien putschiste, grand rival du tout-puissant Premier ministre Guillaume Soro, estimait à juste titre avoir contribué à la chute de Laurent Gbagbo. A la tête du «commando invisible», il a enclenché une guérilla urbaine dans Abidjan, la grande métropole peuplée de 5 millions d’habitants.

Ses combattants –«invisibles» car se fondant dans la population, souvent originaires du Nord du pays– ont dès le début de l’année choisi la confrontation avec les militaires de Gbagbo, alors que Ouattara et Soro, retranchés dans l’Hôtel du Golf d’Abidjan, donnaient du temps au temps, se refusant à faire parler les armes, face à un Gbagbo obstiné, de plus en plus isolé mais toujours aux commandes.

Le «commando invisible» a d’abord fait parler de lui à Anyama et surtout Abobo, dans la banlieue nord d’Abidjan. «Abobo la guerre», immense quartier spontané, en grande partie un bidonville de plus d’un million d’habitants. C’est là qu’a débuté la «bataille d’Abidjan». L’armée de Gbagbo n’a rien pu faire. Elle a d’abord perdu le contrôle de la rue, se regroupant dans le camp commando.

Les blindés légers parcouraient à toute vitesse les rues poussiéreuses en tirant à l’aveuglette à la kalachnikov et à la mitrailleuse. Les mortiers, installés en périphérie du quartier, tiraient au hasard. Des obus sont tombés sur un marché. Sur des habitations. Les civils étaient les premières victimes.

Puis le commando invisible a pris la quasi-totalité d’Abobo et d’Anyama, débordant alors sur les quartiers plus résidentiels d’Adjamé et de Cocody. Déjà, certains observateurs faisaient remarquer que ces combattants bardés de gris-gris étaient davantage anti-Gbagbo que pro-Ouattara.

Selon certaines versions, les hommes d’IB ont même essayé de «doubler» les forces pro-Ouattara, arrivées aux portes d’Abidjan. Le «commando invisible» aurait pris la Télévision d’Etat RTI et marché sur le palais présidentiel au Plateau, avant même que les Forces républicaines d’Alassane Ouattara n’entrent dans Abidjan…

Mais ils auraient été repoussés par les forces de Gbagbo et n’auraient guère reçu de soutien du ministre de la Défense du président Ouattara, un certain Guillaume Soro. Après la victoire finale, IB a réclamé sa part du gâteau.

Il aurait pu être arrêté, il a été tué.

Duékoué, le cauchemar

Que s’est-il passé à Duékoué pendant la prise par les forces pro-Ouattara de ce grand carrefour de l’Ouest, le 29 mars? Mais aussi juste avant et juste après? Il y a eu des centaines de morts, environ 800 selon plusieurs ONG, dont Amnesty et Human Rights Watch (HRW).

Les Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI), qui en quelques jours seulement ont pris le contrôle de la moitié Sud du pays, ont «dérapé» dans l’Ouest, notamment à Duékoué.

Avant la chute de la ville, les milices pro-Gbagbo aidées de mercenaires libériens ont attaqué les populations originaires du Nord et les ressortissants du Burkina et du Mali, nombreux à travailler dans les plantations de cacao.

Mais la prise de la ville s’est ensuite accompagnée de centaines de morts, notamment dans le quartier Carrefour, dans l’ouest de Duékoué. Les victimes étaient essentiellement des Guéré, ethnie réputée favorable à Gbagbo.

Les forces dirigées par Soro se sont défendues: elles ont reconnu que des personnes avaient été tuées, notamment par leurs combattants, mais assuré qu’il s’agissait de miliciens et non de civils. Plusieurs témoignages recueillis par des défenseurs des droits de l’Homme font toutefois état de femmes et d’enfants parmi les victimes…

Les exactions commises à Duékoué sont considérées comme des crimes de guerre et donc passibles de la Cour pénale internationale (CPI). Le président Ouattara a promis que justice serait faite, que les coupables seraient arrêtés.

Aujourd’hui encore, 30.000 personnes terrorisées s’entassent dans des conditions sanitaires déplorables à la Mission catholique de Duékoué. Parmi eux, des Guéré qui ont peur de rentrer chez eux. Mais aussi des miliciens craignant à raison une justice expéditive.

Pourtant, le chemin de la réconciliation passe par Duékoué. Si le président Ouattara ne punit pas les criminels dans ses propres rangs, l’Ouest ivoirien risque de lui échapper.

French touch

Sans l’appui militaire de la France, agissant sous mandat de l’ONU, Ouattara n’aurait pas gagné la «bataille d’Abidjan». Ses forces, qui ne disposaient par d’armes lourdes, qui opéraient sur un terrain qu’elles ne connaissaient pas ou prou, butaient sur le dernier carré de combattants de Gbagbo, un mélange de troupes d’élite, de mercenaires et miliciens qui se sont battus avec l’énergie du désespoir pour protéger le bunker présidentiel.

Ils avaient notamment un avantage de taille, des véhicules blindés légers qui «explosaient» les pick-up armés de mitrailleuses des forces pro-Ouattara. L’assaut final traînait en longueur. Il a fallu les missiles des hélicoptères de la force française Licorne et de la mission onusienne (Onuci) pour ouvrir des brèches dans lesquelles les hommes de Soro se sont engouffrés.

Mais combien de temps le président Ouattara, affublé pendant quatre mois du qualificatif «reconnu par la communauté internationale», mettra-t-il pour faire oublier qu’il est arrivé au palais présidentiel dans les valises de la force Licorne. La «French Touch» ne sera pas facile à effacer. Elle a été trop décisive dans la victoire finale.

Super Soro

Mais l’autre problème de Ouattara, ce ne sont pas les Français. C’est son propre Premier ministre, ministre de la Défense, homme tout-puissant, homme redouté. Guillaume Soro. Qui n’a pas 40 ans.

Autant Ouattara a une image de technocrate, figé dans une posture présidentielle, qui l’éloigne du peuple. Autant Soro est charismatique, sait parler au peuple. Il a donné à Ouattara la victoire des urnes. Cela n’a pas suffi. Il lui a donné la victoire militaire, lui l’ancien chef rebelle qui a mené ses troupes jusqu’à Abidjan.

Soro a gagné la guerre mais ne sera pas l’homme de la paix. C’est un classique de l’histoire contemporaine. Churchill a résisté puis a battu Hitler. Mais les électeurs l’ont boudé ensuite. Comme le général De Gaulle.

Les jours de Soro comme Premier ministre sont donc comptés. Ouattara doit satisfaire son autre allié, Henri Konan Bédié. Le prochain chef de gouvernement sera en conséquence issu de son camp.

Mais que faire de «Super Soro»? Créer un poste de vice-président? Pourquoi pas. Mais quel chef d’Etat aimerait avoir comme numéro 2 un homme si puissant, si jeune, si ambitieux?

L’exclure du pouvoir? Cela serait dangereux. Soro s’est habitué aux ors de la République d’un pays qui, malgré la crise, reste le plus riche de l’Afrique de l’Ouest francophone.

Que faire de Soro? Pour le président Ouattara, c’est la question numéro un. La réponse ne devra pas tarder, elle devra être claire. Elle déterminera l’avenir du pays. Elle dira si le «miracle ivoirien» est toujours possible ou si le cauchemar continue.

Source : slateafrique.com

Côte d’Ivoire : La loi du sang

(REUTERS) Laurent Gbagbo a été arrêté, Alassane Ouattara est installé à la présidence. Pourtant, ce sont toujours les armes qui règlent confits et enjeux de pouvoir en Côte d’Ivoire.

Dans la nuit du 27 avril dans un quartier d’Abidjan, IB alias Ibrahim Coulibaly est mort. Assassiné par ses anciens compagnons d’armes. Sa vie tumultueuse s’est achevée dans son fief d’Abobo, dans le nord d’Abidjan, capitale économique de la Côte d’Ivoire. Là même où il avait réalisé quelques-uns de ses plus hauts faits d’armes. Depuis Abobo, IB dirigeait le fameux «commando invisible» qui avait réussi à déstabiliser le régime de Laurent Gbagbo.
IB n’était pas un petit chef de guerre parmi d’autres. Ibrahim Coulibaly avait joué un rôle de taille dans le coup d’Etat de 1999, qui avait fait tomber le régime d’Henri Konan Bédié. Par la suite, IB avait repris les armes en 2002. La rébellion menée par des nordistes avait failli emporter le régime de Laurent Gbagbo. Seule l’interposition des troupes françaises avait permis de sauver le pouvoir de Gbagbo. IB aimait à se présenter comme le «père de la rébellion».

Si sa mort est un événement considérable, ce n’est pas seulement parce qu’IB était un personnage-clé de l’histoire ivoirienne de la dernière décennie. Ce n’est pas davantage parce qu’il s’agit d’une exécution sommaire. Ces derniers mois, les atrocités se sont multipliées. Début avril, lors de l’avancée sur Abidjan des troupes soutenant Alassane Ouattara, des crimes ont été commis –par les deux camps–, notamment à Duékoué dans l’Ouest. Des centaines de civils ont perdu la vie. Des enfants de 5 ans ont été brûlés vifs.
De même, lors de la chute de Laurent Gbagbo, des proches du Président sortant ont été battus à mort. Ils sont passés de vie à trépas sans autre forme de procès. Il en a été ainsi de l’ex-ministre de l’Intérieur Désiré Tagro, qui avait pourtant joué un rôle-clé dans les négociations de reddition de Laurent Gbagbo. Il est mort le 12 avril des suites de blessures infligées après la prise d’assaut du palais présidentiel où étaient réfugiés les derniers fidèles de Laurent Gbagbo.

Répartir le pouvoir par la violence.

Toutes ces atrocités ont suscité relativement peu d’émoi. La communauté internationale considérant que le combat des hommes de Ouattara était une «noble cause» dès lors qu’il s’agissait de conduire au palais présidentiel un homme bénéficiant de l’onction du suffrage électoral. Un élu que seule l’obstination de Laurent Gbagbo empêchait d’exercer le pouvoir.
Une idée un peu naïve avait fait son chemin: dès que «Gbagbo le têtu» aura rendu les armes, tout ira pour le mieux dans le pays. Comme par un coup de baguette magique. Mais il n’en est rien.

Longtemps, il a été de bon ton de dire que les armes étaient uniquement utilisées pour faire respecter le verdict des urnes. Mais la mort d’IB montre qu’elles servent aussi à redistribuer «le gâteau», les dépouilles. IB réclamait le titre de général trois étoiles. Il refusait de faire allégeance à Guillaume Soro, le Premier ministre de Ouattara. La réponse ne s’est pas fait attendre.

Pour réclamer le départ de Laurent Gbagbo, les partisans de Ouattara faisaient sans cesse référence au respect de l’Etat de droit. A l’esprit des lois. Mais plus qu’à Montesquieu et à son Esprit des lois, certains d’entre eux semblent emprunter à la pensée de Joseph Staline. Penseur beaucoup moins sophistiqué que Montesquieu, le dirigeant soviétique n’hésitait pas à dire: «Quand il n’y a plus d’hommes, il n’y a plus de problèmes.»

IB avait sans doute commis des crimes. Mais n’aurait-il pas mieux valu le traduire en justice? Sa fin prématurée pose questions à tous les Ivoiriens. Quel sort sera réservé à l’avenir aux ennemis du régime? Ou même à ceux qui, sans lui être hostiles, réclament une partie du pouvoir?

Quel avenir demain pour les partisans d’Henri Konan Bédié? L’ex-président (au pouvoir de 1993 à 1999) qui avait appelé à voter Alassane Ouattara au second tour de la présidentielle. Le poste de Premier ministre avait été promis à son parti. Mais pourra-t-il le réclamer ? Pourra-t-il l’obtenir ?

Ces dernières semaines son silence est d’ailleurs assourdissant.

Si le président Ouattara n’a pas les moyens d’empêcher que ses soutiens ne règlent leurs conflits à l’arme lourde, comment peut-il gouverner le pays? Comment peut-il empêcher d’autres règlements de comptes? Au sein même de la population, chez les anonymes, un certain nombre de Bétés (l’ethnie du président Gbagbo) sont terrorisés. Ils n’osent plus sortir de chez eux de peur d’être victimes de violence. Le simple fait de porter un patronyme de l’Ouest est devenu dangereux.

Le climat est si lourd que les Ivoiriens se prennent à imaginer le pire. Si un conflit de pouvoir surgit entre Alassane Ouattara et son Premier ministre Guillaume Soro, il est difficile d’imaginer qu’il se réglera par la voie des urnes. Avant de devenir chef-rebelle, IB avait un temps été le garde du corps d’Alassane Ouattara. Tout un symbole…

Qui va juger Laurent Gbagbo?

Autre question en suspens, quel sort sera réservé à Laurent Gbagbo et à son entourage? Ses proches se plaignent d’ores et déjà de ne pouvoir lui rendre visite. Dans quelle ville du Nord est détenu l’ex-président?

Il serait dangereux pour les nouvelles autorités de ne pas lui réserver un jugement équitable. Lors de la présidentielle de novembre 2010, près de 45% des suffrages se sont portés sur son nom. Il était majoritaire à Abidjan.

Autre question épineuse: comment juger Gbagbo et son entourage, sans ouvrir la boîte de Pandore? Au cours de la dernière décennie, bien d’autres crimes ont été commis, notamment par les ex-rebelles. Si la justice internationale enquête, elle mettra à jour les crimes des uns et des autres. Difficile à accepter pour certains chefs de guerre qui occupent aujourd’hui le haut du pavé.

Le président Alassane Ouattara a promis la création d’une commission vérité et réconciliation sur le modèle sud-africain. Mais ce type de structure ne peut fonctionner que dans une société pacifiée et démocratique. La Côte d’Ivoire est-elle d’ores et déjà pacifiée? Est-elle déjà sur le chemin de la vérité et de la réconciliation? «Rien n’est moins sûr», explique Alain, un Abidjanais qui se terre chez lui, en attendant les jours meilleurs promis par les nouvelles autorités.

REUTERS

Interview Blé Goudé : « Je suis prêt… » « Je serai le dernier à lâcher Gbagbo »

Un intermédiaire à Paris faisant office de simple contact, un numéro de téléphone masqué pour un premier entretien, un autre mis immédiatement hors service après l’interview …

Charles Blé Goudé voulait parler, mais a pris toutes les précautions pour que nous ne puissions pas le localiser. La voix authentifiée, quelques questions préalables pour s’assurer de l’identité de notre interlocuteur… Les précautions ont été réciproques.

Jeune Afrique : Pourquoi sortir aujourd’hui de ce long silence?

Charles Blé Goudé : Dans mon village, un adage dit que l’on ne parle pas dans le bruit. Vu le méli-mélo en Côte d’Ivoire, j’ai d’abord essayé de me mettre en sécurité. C’est alors que de folles rumeurs ont commencé à courir annonçant ma mort. Elles ont été diffusées pour décourager nos militants et les dissuader de continuer à se battre. Voilà pourquoi je donne de la voix: pour montrer que je suis vivant et faire savoir ce que vivent chaque jour les Ivoiriens. Ils sont pillés, violés, pris en otages, tués …

Revenons sur la Journée du 11 avril et la chute de Laurent Gbagbo. Où étiez vous?

Je n’étais pas dans sa résidence de Cocody. Je n’ai pas été, non plus, arrêté, puis relâché, par les FRCI [Forces répu blicaines de Côte d’Ivoire, pro-Ouattara, NDLR]. J’avais pris mes dispositions. En tant qu’ancien secrétaire général de la Fesci [Fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire, NDLR], je suis habitué à la clandestinité. Vous imaginez bien que pour des raisons de sécurité je ne peux pas vous dire où je me trouve. Mais dès que les conditions seront réunies, je réapparaîtrai.

Quel a été votre sentiment en voyant les images de Laurent Gbagbo arrêté?

Cela m’a rappelé Patrice Lumumba livré aux hommes de Mobutu et de Tshombe. Laurent Gbagbo a été livré aux forces de Ouattara, et la France a prétendu qu’elle n’y était pour rien.

Je demande aux Africains de retenir cette date du 1l avril: l’Histoire s’est répétée.

Vous aviez lancé une campagne d’enrôlement au sein de l’armée. Cela n’aura pas suffi …

Nos adversaires distribuaient des kalachnikovs à des civils, à Abobo et dans toutes leurs zones. J’ai donc demandé au chef d’état-major de l’armée de permettre aux jeunes de rentrer dans l’armée de façon régulière. Malheureusement, les événements se sont précipités et ils n’ont pas eu le temps d’être enrôlés.

Les nouvelles autorités vous accusent d’avoir distribué des armes …

C’est faux.

En tout cas, les Jeunes patriotes ne sont pas descendus dans la rue pour défendre Gbagbo, contrairement à novembre 2004 ?

Les deux situations ne sont pas comparables. En 2004, l’armée française avait tiré sur l’aviation de Gbagbo et les rebelles étaient contenus dans le nord du pays. Cette fois, on ne savait plus qui tirait sur qui à Abidjan, où les rebelles étaient embusqués. Dans ces condi­tions, j’ai refusé d’appeler les Jeunes patriotes à descendre dans la rue pour éviter des tueries massives. Ç’aurait été du suicide.

Cette attitude ne revenait-elle pas à lâcher Gbagbo?

Je serai le dernier à lâcher Gbagbo.

Avez-vous eu des contacts avec lui jusqu’au 11 avril ?

Oui, mais les choses sont allées tellement vite ! Et les communications étaient devenues difficiles …

Vous a-t-il demandé de faire descendre les Jeunes patriotes dans la rue ?

Laurent Gbagbo a toujours tenu à la vie des Jeunes patriotes.

Reconnaître le verdict des urnes aurait évité toutes ces violences …

Ce débat est derrière nous par la volonté de la France.

Mais, selon vous, qui est le président élu?

Ce n’est pas à moi de désigner le président élu.

Reconnaissez-vous les résultats de l’élection présidentielle?

Les armes ont parlé. La France a fait décoller ses hélicoptères et a déployé ses blindés. Elle a détruit le palais présidentiel et livré Laurent Gbagbo aux forces de M. Ouattara, investi président. A présent, la seule question valable est : « comment fait-on pour rebondir ? »

Souhaitez-vous participer à la réconciliation entre les Ivoiriens?

L’avenir d’un pays doit dépasser les considérations personnelles. En 2006, je me suis rapproché de la jeunesse de l’opposition. En 2007, au moment des accords de Ouagadougou, j’ai initié la Caravane de la paix et j’ai parcouru tout le pays … Je ne peux avoir fait tout cela et me renier parce que Laurent Gbagbo n’est plus au pouvoir. En clair, je suis prêt à jouer ma partition. Les Ivoiriens doivent se parler, et les acteurs politiques – au pouvoir ou dans l’opposition – doivent reconnaître leur part de responsabilité.

Pouvez-vous jouer cette partition alors que vous êtes sous sanctions de l’ONU et éventuellement sous la menace de poursuites de la Cour pénale Internationale (CPI) ?

Premièrement, je ne suis pas sous la menace de la Cour pénale internationale. Quant à la liste des Nations unies, je l’ai toujours dénoncée. Si quelqu’un doit être récompensé et félicité pour ses activités en faveur de la paix, c’est Blé Goudé Charles. Il faut le reconnaître humblement. J’ai permis à la Côte d’Ivoire d’éviter la catastrophe à plusieurs reprises.

Malheureusement, ce n’est pas reconnu.

Êtes-vous prêt à rentrer au pays?

Qui ne souhaite pas rentrer dans son pays …

Exigez-vous la libération du couple Gbagbo?

Bien entendu. Leur place n’est pas en prison, il faut qu’ils puissent participer à la vie politique.

Avec Laurent Gbagbo en prison et ses compagnons traqués, peut-on appeler à la réconciliation ? Peut-on également parler de justice sans police, sans gendarmerie, sans prisons ? La Côte d’Ivoire a seulement deux prisons actuellement: le Golf Hôtel et l’hôtel de la Pergola.

Vous estimez avoir un destin présidentiel et avez donné rendez-vous à Guillaume Soro pour l’élection présidentielle de 2015 (voir J.A. n° 2616). En attendant, où vous situez-vous sur l’échiquier politique?

Je veux mener ma vie d’opposant, mais en dehors du FPI (Front populaire ivoirien, le parti de Gbagbo, NDLR). Dès que les conditions sécuritaires seront là, je réunirai en congrès extraordinaire les Jeunes patriotes et tous les Ivoiriens avec qui l’on peut travailler.

En vous considérant comme un opposant, vous reconnaissez la victoire de Ouattara et vous tournez la page Gbagbo …

[Rires.] Gbagbo est en prison et doit être libéré. C’est important.

Dans votre lettre rendue publique le 31 mai, vous parlez de bourreaux et de tortionnaires à propos des forces pro -Ouattara. Pas un mot sur les crimes du camp Gbagbo …

Chacun doit reconnaître sa part de responsabilité dans ce qui s’est passé.

Regrettez-vous certains de vos propos ultranationalistes ?

Quand le général de Gaulle a appelé depuis Londres les Français à libérer la France, était-il un leader ultranationaliste ?

Vous n’avez jamais appelé à la violence ?

J’ai appelé à la résistance aux mains nues lors de mes meetings. C’est cela que vous appelez de la violence! Quand certains utilisent des kalachnikovs, vous ne parlez pas de violence … Les Jeunes patriotes ont organisé des sit-in comme les jeunes espagnols en ce moment à Madrid. Mais puisqu’ils sont Africains, on considère qu’ils sont violents. C’est du racisme.

Que pensez-vous des premiers actes du président Ouattara?

Il est trop tôt pour juger un gouvernement après quelques semaines d’exercice. Mais je l’appelle à régler la question sécuritaire et celle des libertés : que les partis politiques puissent reprendre leurs activités et que les Ivoiriens puissent se rassembler. Les survivants de cette guerre ont un devoir, faire la réconciliation. Pour cela, il faut calmer les extrémistes des deux camps.

Dans votre lettre, vous parlez également de « postophilie » pour dénoncer ceux qui courent après les postes. A qui pensez-vous ?

Il y a une expression en Côte d’Ivoire qui dit: « On sèche ses habits là où le soleil brille. » Il y a des caméléons politiques dans notre pays. Ils sont toujours prêts à servir les nouveaux présidents. Il faut arrêter la politique du ventre.

Pensez-vous à Guillaume Soro?

Non, pas du tout. Je ne veux pas parler du Premier ministre. Nous avons eu des relations privilégiées à la Fesci. Je n’ai pas de rancune.

Est-ce toujours votre frère?

Joker.

En cas de retour au pays, envisagez-vous d’être candidat aux élections législatives?

Mes ambitions politiques demeurent intactes et sont plus que jamais justifiées.

Si Chartes Konan Banny vous appelle à témoigner devant la Commission Vérité, Dialogue et Réconciliation, irez-vous?

Je suis prêt à aller partout où l’on parlera de réconciliation.

Êtes-vous prêt à discuter avec les nouvelles autorités?

Bien sûr. Je suis prêt à les aider et à remettre sur pied une caravane de la paix.

En attendant, une cavale, c’est long et difficile. Combien de temps pouvez-vous tenir?

Je ne suis pas dans la clandestinité pour la première fois. Je suis né au campement. J’ai l’habitude de manger les fruits de la forêt. Je peux tenir comme cela des années. En revanche, je suis inquiet pour ma famille et mes proches. Mon village a été incendié.

On vous dit très riche, cela peut aider lorsqu’on est dans la clandestinité …

Je ne suis pas riche. On m’a collé cette étiquette. Je suis riche de mes idées, de mes relations et de ma valeur morale.

Avez-vous peur?

Non, pas pour moi, mais pour la Côte d’Ivoire.

Priez-vous souvent?

Je crois fermement en l’éternel des armées et au Dieu de justice. Je prie quotidiennement au lever et avant de me coucher

Source : Jeune Afrique

Côte d’Ivoire: Des partisans de Gbagbo torturés et exécutés par les Frci

Human Rights Watch a rendu public le 02 juin 2011 un rapport dont une partie a pour l’instant été traduite en français.

Dakar – Les forces armées fidèles au président Alassane Ouattara ont tué au moins 149 partisans réels ou perçus comme tel de l’ancien Président Laurent Gbagbo depuis sa prise de contrôle de la capitale commerciale, à la mi-avril 2011, déclare Human Rights Watch aujourd’hui. Les miliciens Pro-Gbagbo ont tué au moins 220 hommes dans les jours précédant et suivant immédiatement l’arrestation de M. Gbagbo, le 11 avril, lorsque le conflit de près de quatre mois touchait à sa fin.

Entre le 13 mai et 25, Human Rights Watch a interrogé 132 victimes et des témoins des violences perpétrées par les deux camps lors de la bataille d’Abidjan et les semaines après l’arrestation de M. Gbagbo. Homicides, torture et traitement inhumain par les forces armées Ouattara a continué, pendant qu’un chercheur de Human Rights Watch se trouvait à Abidjan, avec une visée beaucoup plus ethnique au cours de nombreux actes de représailles et d’intimidation.
“L’espoir d’une ère nouvelle après l’investiture du président Ouattara va s’estomper rapidement à moins que ces exactions horribles contre les militants pro-Gbagbo ne cesse immédiatement », a indiqué Corinne Dufka, chercheur à Human Rights Watch pour l’Afrique de l’Ouest. “Le président a promis plusieurs fois des enquêtes crédibles, impartiales et des poursuites contre les personnes inculpées; il est maintenant temps de tenir ces promesses”

Les Forces de Ouattara appelée: Forces Républicaines de la Côte d’Ivoire, FRCI) ont tué au moins 95 personnes non armés à Abidjan au cours des opérations à la fin avril et en mai, quand elles ont bouclé et fouillé les zones auparavant sous contrôle des milices pro-Gbagbo , constate Human Rights Watch. La majorité des violations documentées ont eu lieu dans le bastion pro-Gbagbo de Yopougon durant une longue période, l’épicentre de la bataille finale à Abidjan. La plupart des meurtres ont été des exécutions à bout portant de jeunes issus de groupes ethniques généralement favorable à Gbagbo, dans ce qui semblait être une punition collective pour la participation de ces groupes au renforcement des milices de Gbagbo.

Un homme a décrit comment les soldats des Forces républicaines ont exécuté son frère de 21 ans: «Deux d’entre eux ont attrapé ses jambes, deux autres lui tenaient les bras derrière lui, et un cinquième tenait sa tête, dit-il. “Puis un mec a sorti un couteau et a tranché la gorge de mon frère. Il criait. J’ai vu ses jambes s’agiter après l’égorgé, le sang ruisselait. Pendant qu’ils posaient cet acte, ils ont lancé qu’ils avaient pour objectif d’éliminer toutes les jeunes patriotes qui avaient causé tous les problèmes dans le pays. “

Une autre femme qui a assisté le 8 mai au meurtre de 18 jeunes caché dans Yopougon a été brutalement violée par un soldat des Forces républicain après avoir été contraints de charger leurs véhicules avec des biens pillés. Le 23 mai, un autre homme âgé vivant dans le même quartier a vu Forces républicaines exécuter son fils, qu’ils accusaient d’être un membre de la milice pro-Gbagbo.

Human Rights Watch a aussi documenté des exécutions extrajudiciaires dans 54 lieux de détention officiels et officieux, y compris dans les commissariats du 16e et du 37e arrondissement de Yopougon et aussi de l’utilisation d’un entrepôt d’huile et de gaz situé à GESCO comme une base des forces républicaines. Le 15 mai, Human Rights Watch a observé un corps brûlant vif à moins de 30 mètres du commissariat du 16e arrondissement. Plusieurs témoins ont raconté à Human Rights Watch le lendemain que c’était le corps d’un milicien capturés qui avaient été exécutés dans l’enceinte de ce poste de police.

Un soldat des Forces républicaines a aussi décrit l’exécution de 29 détenus au début du mois de Mai mais cela s’est passé à l’extérieur de leur entrepôt de GESCO. Le soldat a signalé que l’ordre d’execution est venu de Chérif Ousmane, proche allié du Premier ministre Guillaume Soro et commandant de zone de longue date de Bouaké. Deux autres témoins interrogés par Human Rights Watch ont déclaré qu’ils ont vu Ousmane dans un véhicule qui a exposé le corps torturé et exécuté d’un chef de milice d’un sous-quartier de Yopougon connu sur le nom de Koweit vers le 5 mai. Ousmane supervise les opérations des forces républicaines à Yopougon.
Human Rights Watch a non seulement recueilli des informations sur des meurtres, mais aussi interrogé des jeunes hommes qui avaient été arrêtés par les Forces républicaines et ensuite libérés, et documenté la détention arbitraire et le traitement inhumain de bon nombre d’autres jeunes hommes – souvent arrêtés pour aucune autre raison apparente que leur âge et leur groupe ethnique. Presque tous les ex-détenus ont indiqué avoir été frappés à plusieurs reprises avec des crosses de fusils, des ceintures, des cordes et à coups de poing pour leur arracher des informations sur l’endroit où des armes étaient cachées ou pour les punir pour leur appartenance présumée aux Jeunes Patriotes, un groupe de miliciens pro-Gbagbo. Plusieurs ex-détenus ont fait état d’actes de torture, notamment l’arrachage de dents d’une victime et le placement d’un couteau brûlant sur une autre victime, la coupant ensuite.

Human Rights Watch a appelé le gouvernement Ouattara à assurer immédiatement un traitement humain de toutes les personnes détenues et de fournir sans entrave l’accès aux sites de détention aux observateurs internationaux et membres de la division des droits de l’homme de l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (Opération des Nations VI Côte en d’Ivoire, ONUCI).

Les témoins ont souvent identifié les assassins ou les agresseurs en détention comme étant les Forces républicaines qui sont descendues sur Abidjan en provenance de leurs bases du nord, vêtus d’uniformes et de bottes militaires et arrivant souvent dans des véhicules marqués FRCI. Ces forces sont supervisées par Soro et le président Ouattara. De nombreux témoins et deux soldats qui avaient participé aux massacres ont déclaré que des commandants de rang moyen et supérieur avaient été présents à l’endroit même où certains meurtres ont eu lieu, ou à proximité.

Human Rights Watch a appelé le gouvernement de Ouattara à mettre en congé administratif immédiat, dans l’attente d’une enquête, les commandants contre lesquels il existe des preuves crédibles d’implication, soit directement, soit par la responsabilité de commandement, de meurtres, de tortures ou d’autres exactions graves. Au minimum, cela devrait inclure Chérif Ousmane et Ousmane Coulibaly pour d’éventuelles exactions commises à Yopougon et le capitaine Eddy Médy pour son rôle dans la supervision de l’offensive de l’ouest qui a fait des centaines de morts parmi les civils.

Le retrait des milices pro-Gbagbo a également laissé une trace sanglante au cours de la bataille finale pour Abidjan, a déclaré Human Rights Watch. Human Rights Watch a identifié et documenté l’assassinat de plus de 220 personnes par des groupes de miliciens pro-Gbagbo dans les jours et heures avant d’être contraints d’abandonner Abidjan. Le jour après que les Forces républicaines ont capturé Gbagbo, ses milices se sont déchaînées dans plusieurs zones de Yopougon, tuant plus de 80 personnes originaires du nord de la Côte d’Ivoire et des pays voisins d’Afrique occidentale en raison de leur soutien présumé à Ouattara.

Un homme de 65 ans qui se trouvait là a raconté comment des miliciens avaient tué cinq de ses fils après avoir fait irruption dans sa résidence le 12 avril, le lendemain de l’arrestation de Gbagbo. Les corps ont été enterrés dans une petite fosse commune, faisant partie de 14 sites identifiés par Human Rights Watch rien qu’à Yopougon. Human Rights Watch a documenté sept cas de violences sexuelles perpétrées par des miliciens, en particulier à Yopougon, accompagnés souvent par l’exécution de l’époux de la victime.

Au moins 3 000 civils ont été tués lors de la crise postélectorale du fait de graves violations du droit international de la part des forces armées des deux bords, a indiqué Human Rights Watch.

Le 19 mai, le procureur de la Cour pénale internationale (CPI) a fait connaître son intention d’ouvrir une enquête sur les crimes commis en Côte d’Ivoire. Une enquête de la CPI pourrait apporter une contribution importante à la lutte contre l’impunité, mais Human Rights Watch a aussi exhorté l’administration Ouattara à tenir des procès nationaux équitables afin de garantir la justice pour les victimes et d’encourager le respect pour l’État de droit dans le pays dévasté par le conflit.

Human Rights Watch a présenté ses conclusions au ministre de l’Intérieur Bakayoko Hamed, qui a promis de convoquer une réunion d’urgence avec Soro et les principaux commandants des forces républicaines. Il a également assuré que le gouvernement Ouattara ne saurait protéger les forces militaires et de sécurité contre des poursuites pour les crimes qu’elles avaient commis ou qu’ils commettent. Les engagements du ministre ont été un signe positif et devraient être tenus rapidement, a ajouté Human Rights Watch.

«Si le président Ouattara envisage sérieusement de mettre cette décennie de violence à sa fin, il doit immédiatement suspendre et d’enquêter sur les commandants responsables de ces abus horribles”, a déclaré Mme Dufka. «Ceux qui seront inculpés pour crimes graves des deux côtés doivent être traduits en justice.”

Lire l’intégralité du communiqué en anglais en cliquant ici