Le Blog de Aymard

La liberté d'expression dans sa quintessence

Archives de Tag: guinée

Sékou Touré ou l’apogée du patriotisme africain

Je vous propose un article paru dans le Courrier d’Abidjan de Mars 2007.

Un peuple qui ne connaît pas son histoire est condamné à se répéter. Les patriotes africains qui sont aujourd’hui encore confrontés à leurs maîtres de toujours pour la récurrente problématique de leur autodétermination devraient connaître leur histoire. Ils devraient revisiter, avec leurs propres yeux et leurs propres consciences, les différents héros de la Résistance africaine, que les vainqueurs d’hier ont traîné dans la boue.

Les patriotes africains d’aujourd’hui devraient s’atteler à construire un pont historique reliant les dignes fils d’Afrique d’hier à ceux d’aujourd’hui, pour donner un sens et un mouvement à leur lutte historique.

‘EST pour cela que je salue du fond du cœur l’initiative du Palais de la Culture d’Abidjan, qui a décidé d’ouvrir sa saison culturelle 2007 en nous faisant redécouvrir un authentique fils de l’Afrique digne de tous les temps : Ahmed Sékou Touré, président de la République de Guinée de 1958 à 1984.

Malgré tous les enseignements que j’ai personnellement tiré de la crise ivoirienne, malgré la méfiance logique et lucide que j’ai acquise vis-à-vis de l’histoire dite officielle, j’ai découvert à ma grande surprise qu’un peu de la boue dont l’Occident avait couvert Sékou Touré était restée dans un coin de ma tête. Je suis sorti du Palais de la culture transformé, ébloui par la lumière de la vérité sur un authentique héros de l’Afrique digne. Comme le disait Sékou Touré lui-même : « La Vérité n’est jamais isolée » (en réponse à un journaliste français toujours les mêmes qui évoquait son prétendu isolement international).

J’ajouterai que la Vérité est aussi intemporelle, car les propos que j’ai entendu le Président Sékou Touré tenir dans un documentaire datant de plusieurs dizaines d’années m’ont semblé d’une surprenante actualité. Et l’homme lui-même était si élégant, si éloquent et si pétri de culture qu’on en arrive même à se demander si le patriotisme africain n’avait pas perdu en qualité au fil des années !

Finie l’extase, venons-en aux faits. Qu’ai-je découvert cet après midi du jeudi 11 janvier 2007 au Ciné club du Palais de la Culture et qui m’a tant émerveillé ?

1. La démythification du Général de Gaulle

Quand Sékou Touré reçoit le Général de Gaulle le 25 Août 1958, ce dernier est déjà une légende vivante aussi bien en France que dans tout l’espace francophone sous influence française. Vénéré par les chefs d’Etat et accueilli dans la ferveur populaire du Tchad à la Côte d’Ivoire en passant par Madagascar et le Congo Brazzaville, le général de Gaulle ne s’attend pas du tout à tomber sur un Sékou Touré absolument décomplexé, qui l’accueil en « collègue » comme il le dit lui-même. Mais l’accueil à Conakry recèle une autre particularité que nous révélera notre guide culturel du jour (Sidiki Bakaba) : tout au long du chemin qui mène de l’aéroport le Président Sékou Touré avait fait mettre en scène tous les crimes contre l’humanité dont la France s’était rendu coupable de l’esclavage à la colonisation (en lieu et place des danses et autres festivités folkloriques servies ailleurs). Sans oublier le discours qu’il lui tient, dans lequel il lui rappelle qu’en tant que héros d’un peuple qui a souffert d’une occupation (et qui a bénéficié de l’aide des Africains pour se libérer), il était bien placé pour comprendre le désir de liberté des Africains. S’en suivit donc le « NON », un « NON » d’autant plus retentissant et historique qu’il a été adressé à l’homme du « NON » en France ! Le petit fils de l’Almamy Samory Touré explique une vingtaine d’années plus tard dans le documentaire que son histoire et son éducation lui interdisait de se soumettre docilement à un autre homme, fut-il un colon et fut-il le général de Gaulle lui-même en personne. « Un homme qui a aimé la Vérité et l’a pratiquée ; un homme qui n’a eu peur que de Dieu et du peuple, mais pas des autres hommes ! », voilà ce qu’a répondu Sékou Touré à la dernière question du journaliste à la fin du premier des trois documentaires que nous avons visionnés ce jeudi.

2. Le combat pour la Vérité, la réciprocité, et l’universalité

Quand on s’interroge profondément sur le destin médiatique et occidento-historique de Sékou Touré (ce que je faisais dans cette salle du Palais de la Culture pendant que passaient les documentaires sur sa vie), on peut se poser une question : Pourquoi l’histoire occidental et les médias dominants voudraient-ils nous faire croire que, comme par hasard, celui des fils de l’Afrique qui s’est montré le plus digne lors de la campagne du général de Gaulle pour sa fameuse Communauté, s’est avéré être un sale dictateur sanguinaire et paranoïaque ?

La vérité, c’est que dès que Sékou Touré a dit son oh combien courageux « NON », la machine coloniale française s’est déchaîné contre lui pour prouver une chose : qu’il n’a aucun salut en dehors de la soumission et de la docilité pour les Africains ! Les Français ne partent donc pas gentiment comme l’avait promis le général de Gaulle lors de sa campagne ; ils partent en sabotant toutes les infrastructures et tout le matériel qui existaient en Guinée à l’époque. Mais ils ne se sont pas contentés que de ça. Ils ont aussi en permanence fomenté des coups d’Etat en finançant et en armant les esclaves mentaux et autres collabos de la Guinée ou de son voisinage. Ensuite, comme dans la crise ivoirienne aujourd’hui, ils ont utilisé leurs puissants médias pour faire passer les assassins et les criminelles pour des victimes angéliques, et le Président Sékou Touré pour le bourreau, le sanguinaire, le dictateur, le paranoïaque ! Toujours faire passer le vice pour la vertu et vice-versa ! Sékou traité hier comme Mugabe, Kagame, Gbagbo sont traités aujourd’hui ! ! !

Mais ce que les documentaires montrent, c’est le combat héroïque de Sékou Touré pour la vérité, la réciprocité et l’universalité des jugements et des concepts. Extrait.

M. le président, on dit qu’il y a des prisonniers politiques en Guinée. Oui ou non y a-t-il des prisonniers politiques ?

Ce ne sont pas des prisonniers politiques les mercenaires qui ont été arrêtés à la suite d’une agression dont nous avons été victimes. J’appelle prisonnier politique, un homme qui par écrit, par parole, pose, et de façon contradictoire avec le régime administrant le pays, les problèmes du pays. J’appelle cela délit d’opinion si cet homme était inquiété. Mais celui qui est allé à l’extérieur, se mettre au service de l’impérialisme, s’enrôler, subir des préparations militaires, emprunter des bateaux étrangers, venir dans son propre pays, avec les armes et les munitions pour assassiner les hommes de son pays, et nous avons eu 360 victimes, ces hommes-là ne sont pas des prisonniers politiques. Ils n’ont qu’à répéter demain leur forfaiture, le peuple de Guinée leur prouvera qu’il est un peuple conscient et résolu dans la défense de sa liberté et de sa souveraineté. Sur ce plan, je n’ai de compte à rendre à personne qu’à mon peuple. Et vous savez, le peuple sait quelle est sa position à l’égard de son régime.

M. le président, pour donner peut-être plus de poids à ce que vous venez de dire, permettrez-vous à une organisation internationale, comme la Croix rouge, de venir ici, chez vous, constater ?

La Croix rouge peut venir à tout moment. D’abord, nous ne sommes pas membres mais je l’accepte pour faire le démenti aux menteurs qui en France écrivent ou parlent. Pas seulement la Croix rouge, tous ceux qui n’aiment pas la Guinée, mais pourvu qu’ils puissent vous dire la vérité, sont autorisés à venir en Guinée, circuler dans tous le pays. S’ils veulent visiter les prisons, qu’ils les visitent.

La Croix rouge internationale

Vous pouvez prendre n’importe quelle organisation, de votre préférence.

M. le président, autre problème épineux auquel vous vous attendez bien sûr, celui des Français qui ont disparu en Guinée. Comptez-vous, lors de ce voyage officiel, donner des assurances aux familles qui attendent en France, en tout cas c’est ce qu’elles disent, la vérité sur cette affaire ?

Je ne connais aucun Français qui ait perdu la vie en Guinée. Je connais des ministres, des ambassadeurs guinéens qui se sont vendus aux puissances étrangères…

Qui avaient la double nationalité

Mais s’ils ont la double nationalité, c’est leur affaire. Pour moi, ce ne sont pas des Français, ce sont des Guinéens. Ils ont épousé des citoyennes françaises ; ils ont eu ainsi la double nationalité par rapport à votre législation. Mais pour moi, ce sont des Guinéens. Ils ont été élus députés comme Guinéens. Ils sont membres du gouvernement en titre parce qu’ils sont Guinéens. Et les comptes à l’extérieur qu’on leur a ouverts, les dollars, les francs français, les deutschemark qui tombaient à leur compte sont de la trahison. C’est une forfaiture qu’ils ont commise, ceux-là. Et la France que je connais, le peuple français que je connais ne peut pas soutenir la forfaiture et les auteurs de crime à l’endroit du peuple qui les a engendrés.

M. le président, la France ne veut pas se mêler de politique. Elle demande tout simplement, ou plutôt les familles demandent qu’est-ce qui leur est arrivé ? Est-ce que vous pouvez répondre à cette question ?

Je pose une question. Je suppose que ma fille épouse un Français. Que ce Français soit ministre, ambassadeur, officier supérieur ou simple ouvrier et qu’il porte atteinte à la sécurité de la France, qu’il trahisse sa nation. Qu’il est finalement condamné par les juridictions françaises. Ai-je moi un compte à demander au gouvernement français s’agissant de ce Français. J’ai trop de respect pour le peuple français et le gouvernement français, et je ne m’amuserai jamais à poser une telle question au gouvernement français.

M. le président, si je vous comprends bien sur cette affaire, ces huit Français …

Huit Guinéens. Ils sont Français pour vous. Dites les huit Guinéens. Ils ont été condamnés par le peuple guinéen et exécutés. Et vous ? Voyez Historia n°36 intitulé : « Les français contre les Français ». L’auteur de l’article se félicitait que 17 communards aient été exécutés par le peuple parce que ceux-là incarnaient la trahison vis-à-vis de leur patrie, la France. Il se félicitait que le peuple français, patriote qu’il est, ait réglé le compte à la plupart des traîtres. 110 000 traîtres ont été directement jugés, exécutés par le peuple. Alors vous croyez que la logique c’est pour la France ? La logique n’existe pas pour l’Afrique, le sentiment patriotique n’existe pas pour la Guinée ? Je ne voudrais pas répondre à cette question. Nous voulons faire l’amitié. Tenons compte de l’identité et aussi de la différence. L’identité, notre commune volonté à coopérer sur la base de l’égalité dans l’intérêt de la France et de la Guinée. La différence, je suis Guinéen, vous êtes Français.

M. le président, on dit qu’une page est tournée entre la France et la Guinée. Est-ce que c’est vraiment votre sentiment ?

C’est ma volonté. C’est mon espoir. Chez nous, c’est tourné. Mais puisqu’on parle toujours de huit Français, des Guinéens traîtres, je me demande maintenant si la page est encore tournée en France ou si vous êtes toujours en train de relire les pages du passé, des erreurs du passé que vous avez commises en notre endroit. Ce n’est pas nous qui avons commis des erreurs à l’égard de la France. C’est la France qui a commis des erreurs en notre endroit. Et, je suis sûr que si le peuple français savait les dessous de cette affaire d’agression, eh bien, il donnerait nettement raison à la position guinéenne parce que je connais la logique qui sous-tend les activités du peuple français.

Pas tous.

Et j’estime qu’un parti socialiste doit se réclamer du peuple français, incarner les valeurs morales, idéologiques et historiques du peuple français, défendre la vérité historique et la vérité sociale de la France. C’est pourquoi je garde l’espoir, pour moi, que la page est tournée. Et qu’on ne me fasse pas revenir sur ce triste passé.

M. le président, quand les journaux, les livres d’histoire disent : Sékou Touré est l’un des grands leaders révolutionnaires. Est-ce que vous acceptez ce jugement historique sur vous ?

Je laisse à chacun le soin d’apprécier ce qu’il voit. Mais ma vocation est de faire la révolution avec mon peuple et pour mon peuple. Ma volonté est de demeurer serviteur de mon peuple. Entre l’être et l’avoir, j’ai choisi l’être. L’identité, la personnalité que je voudrais confondre avec la vérité et la justice dans toutes les attitudes.

Quelle image de vous aimeriez-vous que l’histoire colporte ?

C’est de dire que c’était un homme qui a été au service de son peuple. Un homme qui a aimé la vérité et l’a pratiquée. Un homme qui n’a eu peur que de Dieu et du peuple, mais pas des autres hommes.]

Voici l’homme que j’ai découvert ce jeudi 11 janvier 2007 ! Et là, vous n’avez là qu’une toute petite partie de l’histoire !

Si notre Afrique n’était pas si remplie de complexés et d’esclaves mentaux, Sékou Touré serait aujourd’hui l’équivalent, dans notre mémoire et dans nos esprits, de ce que de Gaulle représente pour les Français. Il est le premier des temps modernes à avoir dit « NON ». Il a même dit « NON » à l’homme devenu célèbre pour avoir dit « Non ». Il s’est voulu son égal. Moi, je pense même que, de mon point de vue, du point de vue africain, qu’il est aujourd’hui son supérieur ! Cet homme-là mérite d’être connu et réhabilité.

(N.B : Heureusement, un site Internet existe aujourd’hui sur Sékou Touré :

www.sekoutoure.com).

Sylvestre Konin (sylvestre_konin@yahoo.fr)

© Copyright Le Courrier d’Abidjan

Publicités

Campagne de dénigrement : Pourquoi Jeune Afrique diabolise Gbagbo

Même en prison, le Président  Laurent Gbagbo continue de hanter le confrère  françafricain  Jeune  Afrique  qui ne manque  plus d’occasion de le dépeindre faussement en noir. Dis-moi ce que tu lis, et je te dirai qui tu es. On ne dira pas que Jeune Afrique, le porte-voix de la mafia françafricaine qui pille le continent noir est le journal préféré des Africains, surtout de  la jeune génération d’aujourd’hui.

Mais comme il s’appelle «Jeune  Afrique», tout est bon pour ce brulot de  se donner des ambitions en trompe-œil. Plus précisément auprès de l’élite du continent qui rêve de démocratie et de liberté. Le journal ne voudra pas officiellement travailler contre une aspiration continentale, de peur de  se voir coller l’étiquette d’ennemi public numéro un des Africains. Et pourtant, c’est ce qui est vrai.

Aujourd’hui, il est quasiment établi que  Jeune Afrique travaille plus à plaire  à l’Elysée que de traduire les aspirations de la nouvelle Afrique qui se dessine.  Au point de jouer continuellement le jeu de la France et de ses alliés occidentaux sur le continent  africain. Un dictateur décrété depuis les bureaux  douillet  de l’Elysée est  tout de suite répercuté  sur le continent par ce journal. C’est le rôle qui lui a  été confié pour les intérêts de l’Empire.

Sur le terrain,  se trouvent  d’autres africains  prêts  à tout pour le pouvoir, donc répercuter à cœur joie, ces discours rédigés et corrigés de l’occident. Paris peut donc déclencher une guerre en Côte d’Ivoire, sous prétexte que le Président Laurent Gbagbo est un dictateur, ce confrère qui traine pourtant plusieurs dizaines d’années d’existence, se met dans la danse ave un mercenariat digne des grands maîtres chanteurs. « Connaissant ses  chiffres de ventes, on se demande  comment  ce journal fait-il pour survivre ? », s’est un jour  interrogé un confrère français  d’un grand  magazine parisien. La question est vient à propos. Mieux, elle permet de comprendre pourquoi ce canard hait tant Gbagbo, et tous les Présidents africains qui se veulent plus proches de leurs peuples. Cette publication qui excelle plus dans les publi-reportages que dans la pratique du journalisme vrai, aime bien la compagnie des dictateurs comme Wade, Compaoré, Ouattara  que Paris porte à bout de bras contre la volonté  populaire. Ce qui lui ouvre grandement les portes de ces palais  qui ont visiblement  beaucoup de choses à cacher. Ne cachent-ils pas des choses sombres dans leurs placards ?

Un article très laudateur à l’endroit de ces présidents est payé cash. C’est pourquoi le Président Laurent Gbagbo a beau dire «jugez-moi sur mes actes», que cela reste sans importance pour ce journal, préférant se mettre à la mode française pour haïr et combattre brutalement toute démarche souverainiste sur le continent. C’est donc ce que le Président Laurent Gbagbo donne qui  détermine tout.

On se souvient qu’au sommet de l’Ua ce journal avait dépeint totalement en noir le ministre Essy Amara, qui pour son second mandat à la tête de cette institution, était opposé à Alpha Konaré, l’ex-président malien. La vérité étant que la Côte d’Ivoire a refusé de céder au chantage des dirigeants de ce journal. Une véritable campagne de dénigrement avait donc été déclenchée contre les institutions ivoiriennes à l’échelle continentale. Et cela avec la bénédiction de l’Elysée qui  voyait d’un mauvais œil, l’émergence d’un cadre ivoirien de surcroit proche de Gbagbo dans une institution internationale. L’objectif étant de faire obstacle à la Côte d’Ivoire par tous les moyens. Et il n’y a pas que le Président Laurent Gbagbo qui subit les pages noires de  ce canard.

Dadis  Camara, l’ex-Président de la Guinée a aussi essuyé  la colère de cette publication. Il s’est tout de suite vu coller une étiquette de pire des dictateurs, simplement parce que cet officier de l’armée guinéenne  a refusé de céder au chantage honteux des «mercenaires de la plume» de Jeune Afrique. Qui avaient proposé à l’ex-président guinéen des services de conseillers en communication, contre forte rémunération. Alors qu’à côté, le peuple guinéen croupit dans la misère. Evidemment, l’homme a dit niet à ce journalisme d’un autre genre. On connaît la suite… Le Président Laurent Gbagbo, aujourd’hui dans les geôles d’Alassane Dramane Ouattara, reste une cible pour ce journal qui ne fait qu’amplifier sa diabolisation. Jeune Afrique a décidé de le livrer sans jugement à la justice internationale. Il ne mérite même pas d’être un présumé coupable, comme cela se fait dans les pays dits de Droit.

Pour le confrère, Gbagbo doit être comptable des actes posés par les ex-Fds, même s’il ne lui reconnaît pas le statut de chef d’Etat durant la période postélectorale. Ce qui n’est pas le cas pour Ouattara qui est exempte de tout reproche devant les crimes de masse commit par les Frci, une armée hétéroclite qu’il a pourtant créée par décret depuis son refuge doré du Golf hôtel. Ainsi va la vie dans cette grande «piscine» qu’est Jeune Afrique où ne nage pas qui veut. Surtout ceux qui croient en l’Afrique. Ce journal a vu un grand nombre de ses journalistes partir rien que pour  l’honneur, et surtout au nom de l’Afrique qu’on leur demande de piétiner pour  hisser au pinacle, des Présidents d’Opérette. Francis Kpatindé  a eu raison de plier bagages. Théophile Kouamouo a fini, lui aussi, par claquer la porte. Ce digne fils de l’Afrique refusait tout simplement de polir la dictature d’Alassane Dramane Ouattara, tel qu’on lui demandait. Une vraie aberration, surtout que  la presse parisienne se force  quand même aujourd’hui de dénoncer  les horreurs de ce pouvoir.

Guehi  Brence

Le Bénin, 9eme pire économie africaine selon Slate Afrique

S’inspirant des méthodes du magazine américain Forbes, le magazine d’information en ligne Slate Afrique a publié la semaine passée la liste des dix pays qui d’après lui connaissent les pires performances économiques en Afrique cette année. Le Bénin y figure en neuvième position avec des pays comme Madagascar, la Côte-d’Ivoire, la Guinée Equatoriale ou encore le Lesotho.

La méthode utilisée par les journalistes de ce magazine dirigé par le Français Jean-Marie Colombani, ancien directeur du quotidien Le Monde (1994-2007) a consisté à utiliser les chiffres de la croissance économique tels que publiés par le Fonds Monétaire International (FMI), l’Indice de développement humain (IDH) calculé par le PNUD et le classement de Transparency International sur le taux de corruption dans chaque pays du monde.

A la charge du Bénin, il est cité notamment la corruption, la très faible croissance économique et l’atmosphère politique peu propice aux activités économiques. Voici l’intégralité de l’article publié le 26 juillet 2011 par Slate Afrique. Rappelons que ces derniers mois, tous les classements effectués par la Banque Mondiale ou le FMI ou encore Transparency International mettent systématiquement le Bénin dans une très mauvaise posture par rapport aux autres Etats.

Les 10 pires économies africaines

Loin du «miracle économique africain», certains pays du continent cumulent les tares et les retards bien souvent aggravés par des crises politiques désastreuses.

Le miracle économique africain se serait-il évanoui ? L’économie du continent n’est pas au mieux de sa forme en 2011. Les révolutions arabes, la crise politique en Côte d’Ivoire, ou encore la hausse du prix du pétrole et l’inflation qui en découle, sont autant de raisons qui poussent la Banque africaine de développement (BAD) à prévoir un ralentissement économique cette année.

Toutefois, les 54 Etats du continent ne sont pas tous logés à la même enseigne. Le classement 2011 du magazine américain Forbes, qui prend en compte tous les pays du monde, place Madagascar en tête des pires dégradations économiques de ces trois dernières années. Car la Grande Île s’enfonce depuis 2009 dans une crise politique qui provoque une baisse de la croissance.

Pour obtenir ce résultat, Forbes liste les 10 pays du monde ayant actuellement le plus faible taux de croissance du produit intérieur brut réel (PIB) (source CIA The World Factbook). Ce même classement tient compte des projections établies par le Fonds monétaire international (FMI) pour l’année 2011, ainsi que le taux de corruption mesuré par Transparency International. Car ce dernier «affecte tout le développement économique, pas seulement les revenus», précisait un membre de l’ONG à Forbes.

Il est établi ci-dessous un classement, non des «pires» économies du monde comme celui de Forbes, mais des «pires» économies africaines. La méthode est toutefois la même que celle du magazine américain: elle repose sur les indices fournis par la CIA, le FMI, la Banque mondiale et de l’ONG Transparency International. En outre, l’indice de développement humain (IDH) est également pris en compte. Il est calculé par le programme des Nations unies pour le développement (Pnud) à partir des moyennes nationales de l’espérance de vie, du niveau d’éducation, et du niveau de vie (PIB par habitant).

Comme le notait l’auteur du classement Forbes Daniel Fisher, il ne faut pas s’étonner de ne pas voir y figurer la Somalie. Car bien que détenant le triste record du pays le plus corrompu ainsi que celui dont les indicateurs sont les moins mis à jour, la Somalie a actuellement une croissance du PIB plus stable que de nombreux pays figurant dans le «top 10» ci-dessous.

10. CÔTE D’IVOIRE

La crise postélectorale de l’ancienne locomotive de l’Afrique de l’Ouest est un coup dur pour l’économie. Déjà affectée par un ralentissement depuis la fin de la guerre civile en 2003, la croissance du PIB ivoirien devrait, selon le FMI, s’effondrer de 2,6% en 2010 à -7,5% en 2011.

Et notamment car les exportations de cacao, la force économique du pays, avaient été interrompues pendant la crise. Après l’arrestation du président sortant Laurent Gbagbo le 11 avril, le pays espère retrouver une croissance positive en 2012.

Dans cette perspective, la France compte rester le «partenaire de référence de la Côte d’Ivoire», avait déclaré le Premier ministre François Fillon lors de sa visite à Abidjan le 14 juillet 2011.

9. BÉNIN

Le pays était sur la bonne voie jusqu’à ce que la crise économique divise de moitié la croissance du Bénin, d’où cette position dans le classement. A plus de 4%, la croissance de son PIB est retombée à 2,5% en 2010. Le pays peut toutefois compter sur sa production de coton, sa principale force, pour regagner du galon.

Cette dégradation économique du Bénin s’est par ailleurs incarnée lors des vagues de protestation suivant la réélection du président sortant Boni Yayi en mars 2011. Celui-ci a été accusé d‘avoir surendetté le pays et d’avoir «utilisé l’argent public à des fins électoralistes», notait le journaliste Marcus Boni Teiga.

8. LESOTHO

L’économie de ce petit d’Afrique australe dépend presque entièrement de l’Afrique du Sud, dans laquelle il est enclavé. Le Lesotho est cependant riche de sa principale ressource naturelle: l’eau, qu’il vend au pays voisin et lui permet d’être indépendant à 90% en matière d’énergie électrique.

Malgré une croissance économique rapide, le pays garde un IDH faible. La défaillance de l’Etat s’est aggravée en 2011 et le pays reste le 12e Etat le moins avancé au monde (PMA).

7. ÉRYTHRÉE

L’économie du deuxième plus récent Etat d’Afrique, qui a pris son indépendance en 1991, souffre durablement du conflit qui l’a opposé à l’Ethiopie entre 1998 et 2000. Elle repose principalement sur une agriculture de subsistance, mais le sous-sol du pays regorgerait de minerais, un secteur qui n’est pas développé.

Pour en tirer parti, il faudrait que le Front pour la démocratie et la Justice d’Issayas Afeworki (le parti unique du président) exprime sa «volonté d’installer un vrai marché économique» en Erythrée, écrit le CIA World Factbook — l’économie du pays étant effectivement peu favorable aux entreprises privées.

6. COMORES

L’archipel de l’océan Indien est le deuxième pays le plus pauvre du monde en terme de PIB, après Sao Tomé-et-Principe. Sa croissance devrait stagner en 2011.

Les habitants vivent de la pêche et de l’agriculture vivrière. L’archipel des Comores est riche de sa vanille, son clou de girofle et de l’ylang-ylang. Il peine cependant à assurer son autosuffisance alimentaire. AInsi, l’argent envoyé par la diaspora soutient activement l’économie.

En outre, le pays du président Ikilikou Dhoinine, élu le 26 mai 2011, figure parmi le top 20 des Etats plus corrompus.

5. SWAZILAND

Malgré un IDH moyen, il est difficile de dire que l’économie du pays se porte bien. Elle repose principalement sur l’exportation de sucre. Comme le Lesotho, le Swaziland est dépendant de l’Afrique du Sud, vers qui il exporte 60% de sa production.

Les projections du FMI pour ce petit Etat enclavé sont désastreuses, avec une croissance du PIB qui se réduirait à 0,5% en 2011. Le pays est classé 8e en prenant en compte tous les continents (Forbes).

4. GUINÉE

L’économie guinéenne a souffert de la mauvaise gestion de la junte militaire en 2009, qui a provoqué inflation, corruption et placé le pays en tête des Etats les plus défaillants au monde.

La Guinée a pourtant d’importantes ressources naturelles: il détient deux tiers des réserves mondiales en bauxite, mais possède de l’or, des diamants, et un gros potentiel de production hydroélectrique.

Le retour à la stabilité politique, avec Alpha Condé, le premier président élu démocratiquement en décembre 2010 fait espérer un redémarrage de l’économie. De 1,9% en 2010, la croissance pourrait atteindre 4% en 2011.

3. ANGOLA

L’Angola, qui fait partie de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) depuis 2006, tire la majorité de ses revenus de l’or noir. Ce secteur contribue en effet à 85% du PIB. Mais le taux de croissance du pays a chuté de 13,8% en 2008 à 1,6% en 2010, notamment en raison de la baisse du prix du pétrole.

D’autre part, l’Angola est le 6e pays le plus corrompu d’Afrique selon Transparency International et présente un indice de développement humain faible malgré un revenu national brut (RNB) par habitant élevé —ce qui reflète une répartition des richesses particulièrement inégale.

2. GUINÉE ÉQUATORIALE

Les deux «premiers» de ce classement ont en commun une croissance négative de leur PIB en 2010. -0,8% pour la Guinée équatoriale en 2010, alors qu’elle plafonnait à 10% en 2008. Comme l’Angola, le pays a souffert de la baisse du prix du pétrole. Il s’agit par ailleurs du 5e pays africain le plus corrompu.

Le grand paradoxe de la Guinée équatoriale est qu’il fait partie des PIB par habitant les plus élevés au monde grâce aux revenus du pétrole, mais se retrouve parmi les pays les moins avancés (PMA) au regard de la pauvreté de la population.

1. MADAGASCAR

Tous les indicateurs économiques de la Grande Île sont actuellement dans le rouge: une croissance négative (-2% en 2010), un IDH faible, un RNB par habitant faible, un Etat défaillant et une crise de confiance de la part des investisseurs étrangers depuis la prise de pouvoir de l’ancien maire de la capitale, Andry Rajoelina, en mars 2009. La perspective de croissance en 2011 est également faible aux yeux du FMI.

Le potentiel économique de Madagascar est inexploité malgré des ressources naturelles abondantes. A la campagne, la population vit toujours de la culture sur brûlis, aggravant le problème de la déforestation; sur les côtes et dans les réserves naturelles, les touristes se font attendre; et plus généralement, les forces vives du pays préfèrent attendre le retour à la stabilité politique pour se lancer dans des projets.

Agnès Ratsimiala

La Guinée sombrera…………….bon débarras

C’est une certitude mathématique, la Guinée sombrera, ce n’est plus qu’une question de temps, en raison non pas de la difficile équation posée aux guinéens, à savoir les défis contre l’injustice et la pauvreté, mais de la façon dont l’autorité en place propose sa résolution.

Ce titre volontairement provocateur, faisant référence au pamphlet d’Yves PACCALET, Ecologiste français et ami de la planète, « la planète disparaîtra…. » n’est ni une prémonition ni une prédication ; mais le constat d’une collision de multiples bêtises, dont l’addition aboutit à un cocktail explosif dont les détonateurs se mettent progressivement en place de façon insidieuse.

Dans l’équation tribale aux arômes suffocants X, Y, Z, et T, l’idée consistant à exclure la « saboteuse » variable Y correspondant aux ressortissants d’une région naturelle désignés par quelques incendiaires en arc comme étant venus d’ailleurs il y a quelques siècles (…), donc « étrangers » en Guinée (!) est un dangereux goulot d’étranglement qui asphyxiera notre nation.

Et comme on a changé de siècle, les hommes résisteront et la guinée sombrera

Dans son délire mathémati(éthni)que, les données politiques modernes d’un monde devenu complexe et globalisé, combinées de cinquante ans de casses économique et sociale ont semblé donner le tournis à Monsieur Alpha CONDE, déjà en déséquilibre, lui révélant des lendemains incertains, en raison du creux de ses compétences en tant qu’hommes d’Etat rassembleur..

Ces nouvelles autorités, face au mur de l’Atlantique, découvrant subitement qu’il ne sert de grimper car la solution n’étant pas de l’autre côté du mur, concèdent leur usurpation du titre de professeur, docteur, expert, honorable, éminence et trempent dans une cynique médiocrité: diviser les guinéens.

Faire croire à certains que les autres sont les ennemis de la nation.

En réalité, Alpha CONDE n’aime personne. Il a entre ses mains un gros jouet au sein duquel croupissent dix millions d’âmes. Il ne maîtrise pas le mode d’emploi. Il l’a su dès janvier 2011 mais il a honte d’avouer ses carences. Alors il accusera les autres camarades de récré de casser son jouet pour l’empêcher de marcher. Il ira jusqu’à tuer s’il le faut.

Et comme on a changé de siècle, les hommes résisteront et la guinée sombrera.

Monsieur Alpha CONDE le sait, la partie est jouée. Il ne laissera pas son nom dans l’Histoire des Grands hommes. Désormais, il s’emploiera à durer. Les réunions de travail, les stratégies, les taxes et impôts des guinéens ne serviront plus qu’à cela.

Et comme on a changé de siècle, les hommes résisteront et la guinée sombrera.

Dès lors, plus facile aura été d’exclure, de calomnier, de manipuler, d’orchestrer, de monter les uns contre les autres, en prônant une solution simpliste du genre X, Z, et T sont symétriques, seul Y est courbé pour ne pas dire tordu, puisqu’ intrus, donc sources de tous les problèmes pour la construction de la maison Guinée : CQFD.

Ainsi, sans résoudre l’équation de façon académique, on nous sert une solution n’obéissant qu’à des principes déviants, qu’à des théorèmes sombres et populistes, qu’à des formules dissoutes dans des discours rappelant l’ambiance qui régnait à Kigali, au début des années « 90 ».

Tiens, parlons de Rwanda. Les Tutsi, d’un teint clair, « beaux » selon les colons Wallons, s’étaient vu propulser au-devant de l’administration en défaveur des Hutus, brave peuple pastoral au teint plus foncé d’origine bantoue, par les colonisateurs qui érigent un système clanique hiérarchisé et discriminatoire.

Quand l’influence des Tutsis (maintenant plus instruits) a grandi, ils revendiquèrent l’indépendance du pays en 1959. Les Belges, mécontents de cette « ingratitude », changent de fusil d’épaule et favorisent dès lors l’émergence d’un président Hutu. La répression contre les Tutsis fut érigée en mode de gouvernance par les extrémistes Hutus. Plusieurs milliers de Tutsis traversèrent la frontière vers l’Ouganda notamment l’élite. C’est à partir de ce pays qu’ils organisèrent leur résistance sous la direction de Paul Kagamé. La suite on la connaît. 800.000 Rwandais massacrés selon l’ONU, 1 million de victimes selon les autorités Rwandaises.

Je ne vais pas faire ici le rappel de la crise Ivoirienne mais l’on doit se poser la question desquels des deux scénarios est plus probable en guinée, car la marmite est bouillante. Les ingrédients d’une guerre civile génocidaire sont réunis. Il ne manque plus que l’élément déclencheur.

Certains de ces éléments déclencheurs se mettent en place peu à peu sans qu’on ne s’en rende compte vraiment :

La « tentative d’assassinat » d’Alpha CONDE :

Tout délit ou crime cache nécessairement un mobile, un but, un objectif. Nous sommes ainsi en droit de se demander quel fut le mobile de cette agression ?

Supposons un moment que ce ne fut pas une pseudo agression. La prise du pouvoir par les assaillants étant exclue vu leur faible nombre, un autre but jusque là non évoqué, pourrait être celui de la déstabilisation du pays afin de déclencher une guerre civile pour exécuter le fantasme de certains extrémistes qui n’arrêtent pas d’inviter une partie des guinéens, étrangers à leurs yeux, dont Monsieur Alassane CONDE, d’aller en Somalie, ou ailleurs….

Dans cette hypothèse, la communauté qui tire le plus de bénéfice du dénouement heureux de Kipé est bien celle des peuls.

Essayons d’imaginer que Monsieur Alpha CONDE mourut dans cette attaque. La chasse aux peuls aurait commencé dès l’aube. Militaires, milice de parti, policiers, militants et sympathisants de CONDE se seraient déployés partout à Conakry ainsi que dans les villes où ils ont une représentation majoritaire, ériger des barrages pour empêcher toute fuite,  investir les maisons, violer, tuer, saccager.

Et comme on a changé de siècle, les hommes résisteront et la guinée sombrera.

Un militaire se serait déclaré président. Vu la configuration actuelle de l’armée, aucun espoir vers un Etat stable et protecteur n’aurait été possible.

On a donc frôlé le pire. Pour cette raison, il serait sage d’arrêter de spéculer sur la participation d’éléments appartenant à une « certaine communauté », mais plutôt de faire la lumière sur la disparition de Monsieur BAH Oury et de tous les autres.

La grandissante injustice :

Nos élites se sont toujours moquées de nous. La vérité est que chacun veut le pouvoir, rien de plus.

Dans le cheminement démocratique qui nous a conduits dans cette impasse, des étapes essentielles ont été bâclées, et cela nous perdra.

Le modèle démocratique occidentale contemporain transplanté en pleine savane africaine ne peut que laisser des dégâts à catastrophe majeure.

Nous devons partir de nos modèles de Société pour concevoir des institutions qui nous ressemblent. La démocratie n’a pas été inventée en Europe. Les anciens empires et Royaumes africains ont connu un mode de gouvernance qui laissait place à l’alternance dans la paix : le Futah théocratique en est l’exemple.

La démocratie n’est pas qu’une affaire d’élection, c’est avant tout un modèle du comment vivre ensemble au quotidien, comment les droits et les obligations des citoyens sont répartis, quels sont les verrous pour empêcher l’arbitraire, quelles institutions fiables pour garantir le principe d’égalité.

Or, le manque de maturité politique de nos dirigeants doublé d’un cadeau institutionnel octroyant tous les pouvoirs au Président de la république, fait que celui-ci fait la pluie et le beau temps, au détriment du principe fondateur de la démocratie : la séparation des pouvoirs, chère à Montesquieu, et à tout peuple aspirant à la paix.

La présidentialisation à outrance des régimes en Afrique est une tare qu’il faut tarir. Tout le charivari au tour du recensement ou du calendrier électorale n’est qu’une farce. Une perte de temps. Nous préférons professer des mensonges, et cultivons des guinéens malhonnêtes. Cultivons le vent, on récoltera une tempête de sable.

Parlant des leaders politiques, ils n’ont pas pesé de leur poids pour nous offrir les fondements solides d’une nation à guérir de ses démons. En filant du coton moisi, le tissu social ne pouvait que se déchirer.

Sachant que nous avons toujours souffert de l’omnipotence du chef suprême, seul maître à bord, pourquoi n’ont-ils pas modéré ses prérogatives constitutionnelles  en octroyant le véritable pouvoir au peuple exercé par ses représentants ?

– Si la démocratie est le pouvoir du peuple, pourquoi n’ont-il pas plébiscité les législatives avant la présidentielle, afin de parer à toute idée d’un Etat d’exception, comme c’est le cas aujourd’hui en Guinée ?

– Sachant que Hadja Rabiatou avait des lacunes de personnalité doublée d’un déficit technique dans la gestion législative de la transition, pourquoi n’ont-ils pas choisi une femme ou un homme calibré pour ce poste ?  Pourquoi ?

A bien réfléchir, je crois comprendre que la réponse à ces questions se trouve dans un calcul politicien.

Concernant Monsieur DALEIN et Monsieur Sidya TOURE, chacun pensait pouvoir être élu, donc bénéficier de ces largesses institutionnelles, sauf que là, les prévisions ne sont pas tombées. C’est l’autre qui est président.

Bien que je ne soupçonne pas ces deux leaders de couver un dictateur en eux, je me suis permis quand  même de penser qu’ils n’ont pas voulu renoncer à cet éventuel confort. Juste au cas où. Mais je n’accablerai pas longtemps mes frères de l’opposition par ces temps difficiles où la solidarité doit primer. Je dénonce juste le sacrifice de l’intérêt général.

La concentration des pouvoirs aux seules mains du président, décoré d’une Justice fantoche et d’un parlement de troubadour est source d’injustice sociale et génèrera tôt ou tard de frustration. Abdoulaye WADE a été un bon Président, à mon avis, mais il a trop duré. La seule preuve de démocratie réussie réside dans l’alternance, guère dans les discours.

Peuple de Guinée, je suis désolé,   la Guinée sombrera……………je le crains.

Boubacar BARRY

Valence-France

Débats sur le fichier électoral en Guinée, jusqu’où ira Alpha Condé ?

Les vieux démons semblent être de retour en Guinée Conakry à la faveur des préparatifs des élections législatives prévues pour la fin de l’année. L’inimitié mal contenue que se vouent mutuellement le chef de l’Etat Alpha Condé et son challenger de la présidentielle de novembre 2010, Cellou Dalein Diallo, devenu son principal opposant, refait surface. En effet, les deux hommes s’étripent par rapport au fichier électoral. Le candidat malheureux de la dernière présidentielle s’oppose à la volonté de l’opposant historique devenu chef de l’Etat, de faire un nouveau recensement en vue de disposer d’un nouveau fichier électoral. Il est aussi farouchement contre la volonté du président de la république de donner l’organisation des législatives à venir au ministère de l’Administration du territoire et de la Décentralisation (MATD). Les esprits s’échauffent à l’orée des législatives comme ce fut le cas pendant l’entre-deux tours. A l’époque, les débats avaient fait rage avec la proposition du Premier ministre de la transition, Jean-Marie Doré, de réviser la Constitution pour faire jouer un rôle de premier plan au ministère de l’Administration du territoire et des Affaires politiques (MATAP) d’alors dans l’organisation du second tour au détriment de la CENI qui n’avait pas bien organisé la première manche du scrutin. On croyait la question définitivement tranchée mais elle resurgit avec l’intention prêtée au professeur Alpha Condé de mettre sur la touche la CENI dans le pilotage des prochaines législatives. Par contre, concernant la révision du fichier électoral, le chef de l’Etat ne fait pas mystère de ses intentions. Chaque fois qu’il en a l’occasion, il ne cesse de marteler que le fichier en question comporte des anomalies dont la correction passe par un nouveau recensement du corps électoral. A ce niveau, on a du mal à suivre le professeur de droit. Le fichier en question n’a pas encore une année d’existence et n’a donc pas pris des rides au point qu’il faille le substituer à un autre. Tout ce qu’il demande, c’est juste une réactualisation consistant d’une part à y faire entrer les jeunes qui n’avaient pas l’âge requis pour voter (18 ans) au moment de sa confection et d’autre part, à l’expurger des morts et éventuellement de tous ceux qui ont perdu leurs droits civiques. Pour cela, on n’a pas besoin de tout chambouler, de tout reprendre à zéro. La révision partielle qu’il faut faire ici permet de gagner en temps et en ressources financières. En effet, ce serait un pari difficile à relever que de vouloir effectuer un nouveau recensement pour disposer à temps d’un fichier pour les législatives en fin d’année. En outre, le nouveau recensement nécessitera un financement pour lequel la Guinée pourrait être amenée à se tourner vers des bailleurs de fonds extérieurs. Il est permis de douter que les bailleurs délient les cordons de la bourse au regard de la tournée effectuée par Cellou Dalein Diallo dont l’objectif est de convaincre les pays occidentaux de ne pas favoriser le projet de son challenger. Alpha Condé s’acharne contre un fichier sur la base duquel il a été élu, il y a à peine une année, sans l’avoir jamais ouvertement remis en cause. Aujourd’hui, avec son attitude, on se demande s’il n’est pas lui-même intimement convaincu qu’il n’a pas été bien élu, auquel cas il veut changer le fichier après coup pour se donner bonne conscience. A vrai dire, Condé doit souvent savoir mettre de l’eau dans son vin et voir les intérêts du pays plutôt que ceux de son seul camp. Il a intérêt à signer un pacte de non-agression avec Dalein Diallo qui peut bien nuire à son mandat s’il estime être payé en monnaie de singe après avoir renoncé, au nom de la paix sociale, à contester les résultats de la présidentielle dont il continue à se considérer comme le véritable vainqueur.

Séni DABO, le pays

Quatre mois après la prise de pouvoir de Alpha Condé : Entre illusions et réalités

Excès de zèle, inflation, corruption, tracasseries administratives, climat de peur, ethnicisation des secteurs économiques,  mesures hasardeuses, désordre… Le nouveau Président guinéen, Alpha Condé, a du pain sur la planche pour assainir une Administration moribonde et mettre son pays sur les rails du développement. Mais aussi pour inculquer une nouvelle mentalité chez ses concitoyens et changer leurs habitudes. En partance de Kolda vers la Guinée, à traver les montagnes du Fouta-Djallon, on se rend compte de l’énormité du chantier du Président Condé.

«Ta carte de visite !» Sur un ton autoritaire et d’une voix rauque, la jeune femme en treillis demande un document justifiant notre état de santé. Se sentant incomprise, elle ap­­pelle un collègue à la rescousse. «Bangoura, fabéba ! (Bangoura, viens)», lance-t-elle alors en langue soussou, l’air un peu désemparée. Et ce dernier de se précipiter en bom­bant le torse. «Expliques-lui», dit-elle. «Elle vous demande de présenter votre carnet de santé parce que vous lui avez montré une Carte d’identité sénégalaise», précise l’agent. On comprend alors que la policière demande le carnet de santé. Et faute de ce document, elle demande 5 000 francs guinéens (Fg) (entre 400 et 500 francs Cfa). N’ayant pas cette devise, un emprunt chez un pas­sager permet de régler le problème.

Cinquante mètres plus tard, tous les passagers se présentent cette fois au poste de Gendarmerie. Re­belote : 5 000 Fg à payer cash ! Nous sommes à Bhoundou Four­dou, premier poste frontalier dans le territoire guinéen, et déjà les signes annonciateurs d’un pays qui se cherche encore, d’un Etat déstructuré, sont là. D’ailleurs, à mesure qu’on s’approchait de ce premier barrage en Guinée, l’inquiétude gagnait les voyageurs. Chacun se demandait quel sort allait être le sien.

En effet, depuis que le nouveau Président, Alpha Condé, a fini de prendre ses marques, la peur et la méfiance sont de retour chez certaines populations. Comme du temps de Sékou Touré. Les centaines de migrants, à majorité peulh, ne sont guère épargnés par les contrôles draconiens à toutes les frontières du pays. Policiers et gendarmes se sont lancés dans une véritable chasse au trésor. La raison ? Il se susurre dans les loumas, gares routières et autres lieux publics que les commerçants peulh ont entamé une fuite de leurs capitaux vers les pays voisins. Une façon pour eux de ne pas voir leur fortune «confisquée» par Alpha Condé qui, pendant la campagne électorale, avait déclaré la guerre à la «mafia peulh».

HALTE POLICE

Alors pour empêcher cette migration des capitaux, la sévérité des contrôles est monté d’un cran. Déjà à la gare routière de Kolda, l’on apprend que plusieurs voyageurs ont été dépouillés de leur argent à Mis­sira, l’autre point de passage entre les deux pays, et plus proche pour les usagers venant de la Mo­yenne-Casamance. On raconte qu’ici les passagers sont souvent fouillés, les bagages détachés et passés au peigne fin, et de façon arrogante. On prévient de bien garder son argent et, si possible, de ne pas en emporter beaucoup. Mais on ne passera pas par Missira, parce que le con­ducteur, comme la plupart de ses collègues, préfère désormais faire le grand tour pour entrer en Guinée, c’est-à-dire en passant par Bhoun­dou Fourdou, un itinéraire plus pratique pour les voyageurs en provenance de Dakar. Là-bas, les passagers ont eu plus de peur que de mal : ils n’ont pas été fouillés. Tout comme à Sambailo, 2e poste frontalier, situé à une cinquantaine de kilomètres.

Toutefois, les voyageurs sénégalais ne sont pas au bout de leur pei­ne. Une vingtaine de mètres plus loin, ils vont casquer à nouveau 5 000 Fg. Au premier poste de la Police, on balance directement un billet de banque à l’agent en faction. Ce qui déclenche son ire : «Hey, ce n’est pas comme ça qu’on fait, ici on est dehors.» Il conduit tout le groupe à l’intérieur. Discrétion oblige, même si ici, pour y mettre un peu de forme, les noms des passagers sénégalais sont con­signés dans un registre de fortune.

Dehors, des agents en civil veillent au grain. Un passager d’expliquer que cette histoire d’argent contre carte d’identité étrangère n’est pas l’apanage de la Guinée. La réciprocité est appliquée côté sénégalais. Sauf que là un Guinéen ne paye qu’une seule fois (500 Cfa) et non quatre fois. Et qu’en est-il de l’intégration africaine ? Un rêve ! Ce qui est une réalité, en revanche, c’est cette part importante de Soussous et de Malinkés dans les corps militaire et paramilitaire en Guinée. A l’aller comme au retour, tous les agents rencontrés sont de ces ethnies. Alors que le secteur marchand, lui, est dominé par les peulh. Dans ce pays, l’ethnicisation de l’économie n’est pas seulement en marche, c’est une valeur.

Les voyageurs ne sont pas les seuls à remuer les cordons de leur bourse. Le conducteur aussi, à cha­que poste, est obligé de glisser quelques billets aux agents. C’est tellement ancré dans les mœurs qu’avant même de stationner il avait déjà fait l’appoint. Pour ne pas perdre du temps ! Et à aucun moment, ni les policiers ni les gendarmes ne sont venus s’assurer de l’état du véhicule et de la sécurité des passagers. Pourtant, il y avait de quoi ! Puisque dans notre véhicule de sept places, il y avait neuf personnes. Et personne ne conteste. De toute façon, on s’en accommode, ou on ne voyage pas. «On est obligés de faire de la surcharge, sinon il ne va rien nous rester avec tout ce que nous prennent les policiers et les gendarmes, sans compter les frais de carburant et d’éventuels pannes», souligne le conducteur. Les agents ferment les yeux, et cela a toujours été ainsi. «Ils ont intérêt à ne rien dire parce que sinon ils n’auront plus rien à bouffer. C’est grâce à cet argent qu’ils survivent parce qu’ils ont un salaire insignifiant», poursuit notre interlocuteur.

LA GUERRE AUX CAMBISTES

Entre les deux postes, on entre dans une gargote à la recherche de devise guinéenne. A peine le besoin exprimé, la restauratrice, un brin paniquée, pria à voix basse de ne pas «parler de ça ici». C’est devenu un tabou,  alors qu’il y a seulement deux mois, les voyageurs, aussitôt leur véhicule stationné, étaient envahis par des cambistes proposant du franc guinéen. Le change se faisait à l’œil nu, et tout le monde y trouvait son compte. Aujourd’hui, le nouveau gouvernement a interdit cette activité qui se pratiquait dans les coins de rue, dans les loumas et les gares routières. Ces bureaux de change fictifs et ambulants sont accusés d’avoir fait chuter la devise guinéenne. Dr El-hadj Bah, professeur assistant en Economie à l’Université d’Au­ckland (Nouvelle- Zélande) n’en est pas convaincu. Dans la presse guinéenne, il explique : «Le Président (Condé, Ndlr) pense que c’est la faute aux bureaux de change fictifs. Cette accusation facile ignore les principes économiques. Dans un système où la monnaie est libre de fluctuer, le taux de change dépend de l’offre et de la demande. Si la masse monétaire augmente par une émission de la Banque centrale, l’inflation augmente et entraîne une chute proportionnelle du franc guinéen. D’un autre côté, si la rentrée de devises (à travers les exportations ou les envois des expatriés) diminue, la monnaie nationale chu­te. Si le taux de change est fixe, la banque centrale doit avoir suffisamment de réserves en devises pour soutenir la devise. Car la banque doit être en mesure de satisfaire la demande en devises. Ce qui est loin d’être le cas de la Banque centrale.» Toujours est-il que cette mesure très décriée par les cambistes et les consommateurs a renforcé la clandestinité. Méfiants, les cambistes ne font plus le troc avec des inconnus.

Il est 8 heures ce matin lorsqu’on est arrivé à Labé après 24 heures de trajet. Et toujours pas moyen d’acheter du Fg. A chaque fois, c’est la même réponse : «On ne connaît pas de cambistes» dans le secteur. On passe alors par un familier des marchands de devise. Ce jour-là, 5 000 Cfa valait 75 000 Fg, signe de la fluctualité du change, le même montant valait 7 000 Fg de plus une semaine plus tôt. Le dimanche suivant, jour de Louma à Timbi Madina, à une trentaine de kilomètres de là, permet d’en savoir davantage sur les conditions de travail des cambistes. Sur les lieux, des éléments de la Gen­darmerie sont en train d’embarquer des cambistes prix en flagrant délit. On apprendra plus tard, qu’ils ont été relâchés et que leur argent n’a pas été confisqué (?). Amadou Sirifou n’en faisait pas partie, il continue le troc en regardant à gauche et à droite. Si un client «sûr» (c’est-à-dire pas un policier en civil) arrive, il s’éclipse avec lui dans un endroit sûr. «On ne sait plus quoi faire, car c’est de cela que nous vivons. Il (Alpha Condé, Ndlr) a détruit le pays alors qu’il vient de s’installer», se lamente le cambiste.

UN SAC DE RIZ A 350 MILLE Fg

En Guinée, avec la chute vertigineuse de la devise, le panier de la ménagère, est de plus en plus vide, avec cette inflation galopante. Par endroits, le prix du sac de riz de 50 kg a grimpé jusqu’à 350 000 Fg (environ 25 000 Cfa). Avant l’élection de Alpha Condé à la Présidence, en octobre dernier, il s’échangeait autour de 250 000 Fg. Le litre de miel qui oscillait entre 10 000 et 12 000 Fg se paye aujourd’hui à 20 000 (environ 2 000 Cfa). En gros, toutes les denrées de première nécessité ont connu une hausse de parfois 90%. Parmi les multiples raisons évoquées, les caisses de l’Etat qui sont vides. Dans les médias comme dans la rue, on entend que «les caisses de l’Etat ont été dilapidées pendant le règne du Cnd (Conseil national pour la démocratie et le développement)», que le nouveau gouvernement n’aurait trouvé que «400 Us dollars» dans les coffres de la Banque centrale de Guinée, que «beaucoup d’opérateurs économiques ont retiré leurs avoirs de la banque», parce que «les banquiers avaient prévenu leurs clients que s’ils ne retiraient pas leur argent, ils risquaient de tout perdre parce que les autorités de la transition étaient en train de vider les banques».
Une autre explication est qu’au niveau du Port de Conakry, le prix ac­tuel du dédouanement d’un con­teneur est de 100 millions Fg, alors qu’il était de moitié il y a moins de quatre mois. Une hausse qui a obligé certains opérateurs à livrer leurs conteneurs au Port d’Abidjan ou de Dakar, avant de les acheminer à Conakry par voie terrestre.  En répercutant ainsi tous ces frais dans le prix de vente, c’est le consommateur qui trinque. Hormis les interminables décrets de Alpha Condé qui donnent lieu à des moqueries, l’inflation est l’actualité dominante.

«JOUR DE PAGAILLE»

En Guinée, on dit que malgré «l’absence d’un Etat fiable, les populations ont toujours de l’imagination pour s’en sortir toutes seules». De l’imagination certes, mais parfois dans le désordre et l’excès, comme à la gare routière de Dakar-Labé. Ce lundi, jour de notre retour, comme tous les autres, est «jour de pa­gail­le», tel que baptisé par les transporteurs : cacophonie, insécurité, dé­sordre y règnent. Les lundis où pres­que 90% des voyageurs à destination du Sénégal prennent congé de leurs proches, il n’y a pas de tour de rôle chez les transporteurs comme les autres jours de la semaine. A chacun de se démerder pour remplir son véhicule. Chacun pour soi, les coxeurs pour tous ! Et le spectacle est insoutenable pour les voyageurs, «agressés» dés l’entrée de la gare routière, par une dizaine d’individus cherchant à vous embarquer dans tel ou tel autre véhicule.

Ouf de soulagement de se voir tirer de force vers un véhicule pres­que rempli. Plus qu’un passager pour partir. Ce dernier ne tardera pas à venir, mais il nous retardera : le jeune homme n’ayant  pas de carte d’identité obtient du très jeune conducteur la permission d’aller en confectionner une à la mairie, le temps qu’il finisse d’attacher les bagages. Il suffit de s’y rendre -pas même besoin d’un acte de naissance-  et de patienter quelques minutes, pour ressortir avec votre pièce, moyennant 40 000 Fg (environ 4 000 Cfa). Le comble ! Pis encore, les gens semblaient surpris de notre surprise. Qu’à cela ne tienne, l’intéressé ne reviendra pas au bout d’une heure, et le conducteur descend ses bagages, sur la pression des passagers et des rabatteurs.
A 14 heures, le «sept places» quitte le garage avec 11 passagers à bord, dont deux qui ont pris place… dans le coffre. Une cinquantaine de kilomètres après, un barrage improvisé. Le conducteur feint de s’arrêter, avant de prendre la poudre d’escampette. Les gendarmes qui ne l’ont pas poursuivi, ont dû relever l’immatriculation. Le voyage se poursuivra sans encombre. Une à une, le jeunot au volant «avalera» les montagnes du Fouta Djallon, jalonnées de pistes déjà boueuses par endroits et des 20 000 Fg (environ 2 000 Cfa) à payer, du fait d’être Sénégalais et de ne pas détenir un carnet de santé.

Là-bas, en Guinée,  tels les ravins en contre-bas des immenses montagnes de Sita et de Kouncitel, le fossé qui sépare la réalité des promesses d’un lendemain meilleur est plus qu’abyssal. Et pourtant, depuis des décennies, on répète que ce pays regorge de ressources naturelles insoupçonnables qui pourraient en faire le poumon économique de la sous-région…

Thierno DIALLO

Envoyé spécial de Le Quotidien à Labé thdiallo@lequotidien.sn

Le Curriculum Vitae du Continent Africain

CURRICULUM VITAE                                  

NOM : Continent

PRENOM : Africain

AGE : Berceau de l’humanité.

SITUATION MATRIMONIALE : Célibataire avec plus d’un milliard d’enfants.

CONTACT : Au sud de l’Europe, à l’est de l’Amérique.

Objectif : Mettre mes enfants et mes ressources à la disposition des autres pour contribuer à leurs développements.

DOMAINES DE COMPETENCE

Coups d’Etats, guerres, génocides.

ETUDES ET FORMATIONS

-Hautes études à l’ESOCE (Ecole Supérieure Occidentale de Commerce d’Esclaves).
-Hautes études à l’AFRIQUE (L’Africaine de Formation  des Incompétents, Querelleurs, Usurpateurs et Egoïstes).

DIPLÔMES OBTENUS

-Le MRTS (Médaille de Reconnaissance du Tirailleur Sénégalais).

-Le GPRTT (Génocide le Plus Rapide de Tous les Temps).

-Le CPRMPP (Continent le Plus Riche Mais le Plus Pauvre).

-Le CPTS (Continent le Plus Touché par le SIDA).

-Le PMDDP (Premier en Matière de Détournement de Deniers Publics).

-Le CPE (Continent le Plus Endetté).

EXPERIENCES
-Participation aux deux guerres mondiales.

-Mes coups d’Etats:

•1952 : Égypte, Mohammed Naguib renverse Farouk Ier

•1958 : Soudan, Ibrahim Abboud renverse Abdullah Khalil

•1958:  Cameroun,Amadou Ahidjo tue Um Nyobe avec le concours de l’armée française au prix de nombreux massacres

•1963 : Congo, David Moussaka et Félix Mouzabakani renversent Fulbert Youlou

•1963 : Togo, Emmanuel Bodjollé renverse Sylvanus Olympio

•1965 : Algérie, Houari Boumédiène renverse Ahmed Ben Bella

•1965 : Zaïre, Mobutu Sese Seko renverse Joseph Kasa-Vubu et tue Lumumba Patrice

•1966 : Burkina Faso, Sangoulé Lamizana renverse Maurice Yaméogo

•1966 : Burundi, Michel Micombero renverse Ntare V

•1966 : Centrafrique, Jean Bédel Bokassa renverse David Dacko

•1966 : Nigeria, Johnson Aguiyi-Ironsi renverse Nnamdi Azikiwe

•1966 : Ouganda, Milton Obote renverse Edward Mutesa

•1968 : Mali, Moussa Traoré renverse Modibo Keïta

•1969 : Libye, Mouammar Kadhafi renverse Idris Ier

•1969 : Soudan, Gaafar Nimeiry renverse Ismail al-Azhari

•1971 : Ouganda, Idi Amin Dada renverse Milton Obote

•1973 : Rwanda, Juvénal Habyarimana renverse Grégoire Kayibanda

•1974 : Éthiopie, Aman Andom renverse Hailé Sélassié Ier

•1974 : Éthiopie, Mengistu Haile Mariam renverse Aman Andom

•1974 : Niger, Seyni Kountché renverse Hamani Diori

•1975 : République fédérale islamique des Comores, Saïd Mohamed Jaffar renverse Ahmed Abdallah

•1975 : Nigeria, Yakubu Gowon renverse Johnson Aguiyi-Ironsi

•1975 : Tchad, Noël Milarew Odingar renverse François Tombalbaye

•1976 : Burundi, Jean-Baptiste Bagaza renverse Michel Micombero

•1976 : République fédérale islamique des Comores, Ali Soilih renverse Saïd Mohamed Jaffar

•1977 : Congo, Joachim Yhombi-Opango renverse Marien Ngouabi

•1977 : Éthiopie, Mengistu Haile Mariam renverse Tafari Benti

•1978 : République fédérale islamique des Comores, Said Atthoumani renverse Ali Soilih

•1978 : Mauritanie, Mustafa Ould Salek renverse Moktar Ould Daddah

•1979 : Centrafrique, David Dacko renverse Bokassa Ier

•1979 : Guinée équatoriale, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo renverse Francisco Macías Nguema

•1979 : Tchad, Goukouni Oueddei renverse Félix Malloum

•1979 : Ouganda, Yusufu Lule renverse Idi Amin Dada

•1980 : Burkina Faso, Saye Zerbo renverse Sangoulé Lamizana

•1980 : Guinée-Bissau, João Bernardo Vieira renverse Luis de Almeida Cabral

•1980 : Au Libéria, Samuel Doe renverse William Richard Tolbert

•1981 : Centrafrique, André Kolingba renverse David Dacko

•1982 : Burkina Faso, Jean-Baptiste Ouédraogo renverse Saye Zerbo

•1982 : Tchad, Hissène Habré renverse Goukouni Oueddei

•1983 : Burkina Faso, Thomas Sankara renverse Jean-Baptiste Ouédraogo

•1983 : Nigeria, Muhammadu Buhari renverse Shehu Shagari

•1984 : Guinée, Lansana Conté renverse Louis Lansana Beavogui

•1984 : Mauritanie, Maaouiya Ould Taya renverse Mohamed Khouna Ould Haidalla

•1985 : Ouganda, Basilio Olara Okello renverse Milton Obote

•1985 : Soudan, Swar al-Dahab renverse Gaafar Nimeiry

•1986 : Soudan, Ahmed al-Mirghani renverse Swar al-Dahab

•1987 : Burkina Faso, Blaise Compaoré renverse Thomas Sankara

•1987 : Burundi, Pierre Buyoya renverse Jean-Baptiste Bagaza

•1987 : Tunisie, Zine el-Abidine Ben Ali renverse Habib Bourguiba

•1989 : Soudan, Omar el-Béchir renverse Ahmad al-Mirghani.

•1990 : Libéria, Prince Johnson renverse Samuel Doe

•1991 : Mali, Amadou Toumani Touré renverse Moussa Traoré

•1992 : Algérie, le Haut conseil de securité renverse Chadli Bendjedid

•1995 : République fédérale islamique des Comores, Ayouba Combo renverse Said Mohamed Djohar

•1996 : Burundi, Pierre Buyoya renverse Sylvestre Ntibantunganya

•1996 : Niger, Ibrahim Baré Maïnassara renverse Mahamane Ousmane

•1997 : Zaïre/République démocratique du Congo, Laurent Désiré Kabila renverse Mobutu Sese Seko

•1999 : Union des Comores, Azali Assoumani renverse Tadjidine Ben Said Massounde

•1999 : Côte d’Ivoire, Robert Guéï renverse Henri Konan Bédié

•1999 : Guinée-Bissau, Ansumane Mané renverse João Bernardo Vieira

•1999 : Niger, Daouda Malam Wanké renverse Ibrahim Baré Maïnassara

•2003 : Centrafrique, François Bozizé renverse Ange-Félix Patassé

•2003 : Guinée-Bissau, Verissimo Correia Seabra renverse Kumba Yala

•2005 : Mauritanie, Ely Ould Mohamed Vall renverse Maaouiya Ould Taya

•2008 : Mauritanie, Mohamed Ould Abdel Aziz renverse Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi

•2008 : Guinée, Moussa Dadis Camara s’accapare du pouvoir à la mort de Lansana Conté

•2009 : Madagascar, Andry Rajoelina dénonce et renverse à une vitesse impressionnante le régime de Marc Ravalomanana

-2010 : Niger, Djibrilla Hamidou renverse Tandja Mamadou

– 2011 : Côte d’Ivoire Ouattara Alassane et le gouvernement français renversent Laurent Gbagbo président élu démocratiquement au prix de nombreux massacres.

AUTRES CONNAISSANCES

Analphabétisme, déscolarisation, chômage et appauvrissement.

LOISIRS

Troubles, faire beaucoup d’enfants et famine.

Par AFROHISTORAMA, L’HISTOIRE SANS HISTOIRES

GUINEE : Cellou Dalein Diallo se prononce sur les 100 jours de pouvoir du Professeur Alpha Condé

Le jeudi dernier, le président de l’UFDG a fait une conférence de presse. Une occasion pour Cellou Dalein Diallo de revenir sur la répression contre les militants et sympathisants de son parti lors de son retour le dimanche dernier et aussi faire un bilan de 100 premiers jours du Président Alpha Condé au pouvoir. Voici le discours préliminaire qu’il a eu à prononcer avant de se prêter aux questions des journalistes.

« Messieurs les Journalistes,

Mes Chers amis,

Je vous remercie de votre présence à cette conférence de presse que je voudrais dédier à la défense de nos libertés. C’est dans cet esprit que je salue tous les guinéens qui sont conscients que l’on ne défend pas la liberté dans le renoncement.

Au premier rang, les militants de mon parti qui, au nom de cette liberté, ont tenu à me réserver ce majestueux accueil de Dimanche dernier. Comment ne pas être heureux et fier de l’ampleur de cette mobilisation, de la chaleur fraternelle qui l’a entouré et de la détermination qu’elle a démontrée face aux forces de la répression. Elle a, sans aucun doute, ébranlé ceux qui sont là où ils ne devraient pas être et qui croyaient que leur besogne avait réussi à nous affaiblir.
Oui, nous restons debout, avec la même foi en Dieu et en ses décisions mais aussi avec la volonté inébranlable d’atteindre nos objectifs politiques. Permettez-moi de saluer ce courage et cet engagement de nos militants, d’exprimer ma profonde reconnaissance pour leur fidélité en ma personne et de rassurer que je ne ménagerais aucun effort pour continuer à être à la hauteur de leur confiance et de la responsabilité qui l’accompagne.

Mon rôle est d’être au milieu d’eux et de montrer le chemin. Et je vais le faire.Mes Chers amis,Dans notre mémoire collective, 2010 sera à jamais une année d’une profonde déception pour le revers de notre espérance politique et d’une grande colère pour les injustices et les violences dont nous avons été l’objet. Toutes nos pensées de compassion et de solidarité aux victimes, à ceux qui ont perdu des proches et des biens, aux femmes violées, aux déplacés de Siguiri et Kouroussa et aux personnes arrêtées, emprisonnées et parfois torturées. A nos morts, je voudrais vous demander une minute de silence. Merci.Mes Chers amis,Vous les journalistes, vous savez mieux que personne combien aurions nous été fondé de refuser le scénario de l’élection présidentielle écrit d’avance, sans nous !

Que les coupables de cette forfaiture ne se trompent pas en croyant que nous avons accepté l’inacceptable par fatalisme ou par résignation.Notre choix de la paix et de la stabilité pour notre pays et pour la sous région tient de notre ses des responsabilités que le monde entier a d’ailleurs reconnu et salué. Ce parti pris au lieu d’inspirer, à ceux qui en ont tiré profit, un discours rassembleur pour que la nation se retrouve avec elle-même, après les profondes blessures causées par l’arme électoraliste et démagogique de l’empoisonnement bidon, c’est plutôt l’arrogance, la haine l’intolérance et l’affrontement qu’ils exacerbent.

Mais nous mettons en garde toute gouvernance qui ne respecterait pas les droits des guinéens, de tous les guinéens ou qui essaierait de dresser les guinéens les uns contre les autres. Il ne faut jamais oublier que le sentiment d’exclusion et de discrimination crée le besoin de violence.C’est pourquoi nous conseillons ceux qui ont utilisé, avec cynisme, tous les moyens pour atteindre leur objectif de pouvoir, de retrouver la sagesse nécessaire à la préservation du tissu social et à la sauvegarde de la cohésion nationale.

Mes Chers amis,D’autres occasions me seront offertes pour montrer combien ce nouveau pouvoir est inefficace t illusoire par son impréparation à gouverner et son impuissance face aux nombreux défis socio-économique qui confrontent le quotidien des guinéens.Ces décisions et contre décisions qui ont fait du changement tant déclamé objet de raillerie populaire !

Ce gouvernement aussi pléthorique que pusillanime dont l’expertise laisse à désirer alors que l’amateurisme n’est plus de raison dans la conduite des affaires publiques ! Cette gestion clanique et ces dons à des copains sur le patrimoine de l’Etat pour services rendus dans le passé ! Que n’aurait-on à dire sur ces 100 jours et ces 1000 serments violés ! Mes Chers amis,

Mais aujourd’hui, il y a plus important : les 100 jours ont démarré dans le sang et finissent dans le sang, c’est-à-dire dans la négation de nos libertés. C’est la défense des principes de notre démocratie qui contient tous les combats y compris celui du pain. C’est le respect scrupuleux de notre constitution, dogme sur lequel il ne nous est pas possible de transiger.

Cette intransigeance nous est imposée par nos morts pour nos libertés, car celles-ci ne sont ni un don de la nature, ni un privilège du destin.Oui nos libertés chèrement acquises sont aujourd’hui menacées, le texte sacré qui les contient est bafoué par son gardien. Je m’adresse à tous les guinéens, sans exclusive, pour qu’on se rassemble et qu’on se retrouve. Pour la démocratie. Et contre tout ce qui la menace. A ceux qui sont subitement devenus amnésiques des luttes qui leur ont permis d’être au lieu de pouvoir om ils font montre d’un autoritarisme d’une autre époque, nous devons leur rendre à tous ce qui touche à nos libertés.

Mes Chers amis,pour cette lutte pour notre démocratie, je sais que beaucoup d’entre vous les journalistes, je ne pense pas aux opportunistes qui ont le destin des feuilles mortes, seront au premier rang du combat. En tout cas, moi, pour reprendre le mot de Léon BLUM, je serais un homme dans un homme et avec les guinéens rassemblés et debout nous refuserons que de nouveau, la nuit de la dictature tombe sur notre pays.

Je vous remercie. »

Le Jour

+224 60 26 96 04

lejourgn02@yahoo.fr

Le « printemps africain » de Alpha Condé pourrait être mis à mal par quelques gelées tardives (1/3)

« Moi, je fais confiance aux peuples africains. On parle du printemps arabe, mais, comme le démontre mon élection, nous vivons actuellement un printemps africain ». Cet homme qui fait le « printemps de l’Afrique » à lui tout seul s’appelle Alpha Condé. Il préside la République de Guinée ; enfin, ce qu’il en reste après quelques décennies de dictature. Il en a été désigné le président (cf. LDD Guinée 026/Mercredi 17 novembre 2010) à la suite d’une campagne au cours de laquelle « l’ex-marxiste » devenu « social-démocrate », « opposant historique » à la dictature guinéenne, leader du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG), n’a pas ménagé sa peine pour stigmatiser les peuls « mafieux qui pillent le pays », « le voleur qui crie au voleur », « des commerçants qui n’ont aucune expérience du pouvoir d’Etat et ont acheté un parti à Diallo » (Cellou Dalein Diallo arrivé en tête au premier tour avec 43 % des voix contre 18 % à Condé mais battu au deuxième tour !).

Christophe Châtelot dans Le Monde avait évoqué « l’ethno-stratégie opportuniste » de celui qui disait vouloir être « à la fois le Mandela et le Obama de la Guinée ». Je crains que Condé ne soit que l’autre façon de dire « Gbagbo » en malinké !

J’ai évoqué, déjà, les exactions et les viols perpétrés en pays peul par des éléments de « l’armée » guinéenne afin de terroriser cette population pendant la période électorale (cf. LDD Guinée 027/Mardi 14 décembre 2010). J’avais reçu le témoignage de victimes, à Dakar, et je n’étais pas confiant quant à la façon d’être de Condé qui me semblait alterner la posture politique et l’imposture idéologique. Les hommes politiques tout comme les hommes d’affaires ont tendance à se construire une légende. A 72 ans, Condé a eu le temps de peaufiner la sienne. Sans, pour autant, faire illusion dès qu’on gratte un peu (cf. LDD Guinée 026/Mercredi 17 novembre 2010). L’opposition radicale, la prison, le socialisme… « Mandela et Obama » permettent, dans les médias, de faire l’impasse sur le monde des affaires et les… affaires de tout ce beau monde. Le problème, c’est que les « opposants » ont une vie politique à éclipses : un jour, ils sont sur le devant de la scène ; le lendemain dans l’ombre (plus souvent encore dans le brouillard). Tandis que président de la République, c’est un job à plein temps. On est sous les projecteurs en permanence. Plus encore quand on a attendu longtemps, très longtemps, ce moment-là et qu’enfin il arrive avec les limousines, les motards, les drapeaux qui claquent au vent, les tapis rouges, les regards concupiscents des uns et des autres qui veulent se faire remarquer du chef.

Condé est en France, en visite officielle. L’occasion de répondre aux questions de Etienne Mougeotte (le « patron » en personne) et de Pierre Prier pour Le Figaro (23 mars 2011). Par les temps qui courent où les « révolutions arabes » sont soutenues et encensées par la droite française, rien de mieux que Le Figaro pour exprimer son tempérament « révolutionnaire ». Condé est l’homme du « printemps africain ». Mais à l’âge qu’il a, il faut reconnaître que ça ne bourgeonne plus guère. « L’opposant historique » a pris ses distances avec l’Histoire. Il a laissé mourir de mort naturelle Ahmed Sékou Touré puis Lansana Conté et a attendu qu’un militaire tire une balle dans la tête de Moussa Dadis Camara et que celui-ci soit exfiltré au Burkina Faso pour qu’une présidentielle (laborieuse) puisse être organisée en Guinée.

A la mort de Conté et après que Dadis Camara se soit emparé du pouvoir, Condé avait proclamé que les « Guinéens n’ont plus peur » et que le « rapport de force » était en faveur de « la population et [de] la communauté internationale » (La Croix, mardi 6 janvier 2009). Conté était mort mais Camara était bien vivant. Et l’on vivra le massacre du lundi 28 septembre 2009 au lendemain des manifestations anti-Camara de Labé, capitale du pays peul, deuxième ville de Guinée et fief de l’opposition. Avant que Camara ne prenne un peu de plomb dans la tête, Condé comptait sur la « communauté internationale » et sa détestation des massacres de civils et des viols des femmes par les militaires. Aujourd’hui, il est pour « les solutions pacifiques en Afrique » et affirme que « si on laissait les Africains régler leurs problèmes, on y arriverait plus facilement ».

La meilleure preuve en est qu’il a fallu plus d’un demi-siècle, la mort naturelle de deux dictateurs et l’assassinat d’un troisième pour que l’on parvienne, enfin, à organiser une élection présidentielle en Guinée et que Condé en soit déclaré vainqueur !

Aujourd’hui, la politique n’est plus sa tasse de thé ; et les relations internationales encore moins. Il est chef d’Etat et son grand souci c’est de remettre de l’ordre dans l’économie guinéenne ; pas l’économie des entreprises, celle des fonctionnaires. « Le système était tellement gangrené que, sur dix fonctionnaires, huit ou neuf sont concernés ». Dans un pays où rien, jamais, n’a fonctionné dans le secteur public, qu’il s’agisse de la santé, de l’éducation nationale, des transports, des infrastructures, etc. et où les salaires étaient payés « à l’occasion », je m’étonne qu’il y ait eu des fonctionnaires « honnêtes » ; sans doute ceux qui, morts de faim, sont au cimetière.

Mais, précise Condé, « comme me l’a demandé l’imam de la grande mosquée, nous allons nous concentrer sur les grands voleurs plutôt que sur les petits ». Espérons que ce ne sera pas qu’une « chasse aux peuls » ! Condé veut « geler tous les contrats passés en 2009-2010 », c’est-à-dire depuis la mort de Conté ; sans doute pour n’être pas désagréable avec les « hommes politiques » qui ont géré la Guinée sous Conté et sont, aujourd’hui, nécessairement, ses alliés.

Condé veut aussi « désarmer » la Guinée : 4.200 militaires vont être mis à la retraite. Et les autres vont « participer à la vie économique. [L’armée] va construire des routes, rénover des usines, et nous sommes en train de créer une brigade agricole ». Mais il ne dit rien de la hiérarchie militaire qui, pendant des décennies, à mis la Guinée en coupe réglée, exploitant les sociétés d’Etat, encaissant les « commissions » sur les contrats, assurant la « sécurité » des sites de production minière, organisant le racket des populations et participant à tous les trafics y compris ceux de la drogue et des êtres humains.

Condé en « Monsieur Propre » ? Avec le « printemps africain », il nous promet un grand nettoyage. Sauf que ce qui nous tombe dessus en ce moment c’est un grand déballage : celui de « l’affaire Getma-Bolloré ». Mauvais calendrier. Jamais personne ne parle de la Guinée mais voilà que Condé débarque à Paris alors que cette affaire passionne la presse française.

Pour la bonne raison que Bolloré est, incontestablement, le groupe privé français le plus ancré au « sarkozysme » et que celui-ci n’est pas au mieux de sa forme à un an de la présidentielle française. « L’affaire Getma-Bolloré », c’est la version guinéenne de « l’affaire Progosa-Bolloré » qui, voici pas loin de deux ans, a fait les beaux jours des médias (cf. LDD Progosa 010 à 014/Lundi 1er à Vendredi 5 juin 2009). Progosa, c’était à Lomé, Getma, c’est à Conakry. Le schéma est le même : manu militari les autorités en place balancent à la mer les gestionnaires du port pour les remplacer par le groupe Bolloré. « J’ai pris une décision souveraine pour les intérêts de la Guinée », commente Condé dans Le Figaro (cf. supra). Mais dans le même temps, les journalistes révèlent le déroulement de l’affaire qui n’a rien à envier (dans le fond, la forme est plus soft : il n’y a pas encore de morts) aux méthodes de Sékou Touré et de Conté. Il faut lire à ce sujet ce que Sylvain Courage dit dans Le Nouvel Observateur (24 mars 2011) de la collusion entre Condé et Bolloré et du rôle de Bernard Kouchner (qui a repris du service comme consultant depuis qu’il a été viré du gouvernement).

Jean-Pierre Béjot

La Dépêche Diplomatique

Guinée : Toumba Diakité demande la grâce de Condé

Après un long moment de silence, le lieutenant colonel Aboubacar Diakité alias Toumba ex-aide du l’ex-chef de la junte au pouvoir en Guinée s’est exprimé ce mercredi sur les antennes des medias d’Etat français. Dans un entretien court l’ex-aide de camps du capitaine Moussa Dadis Camara toujours en exil a demandé au président de la République de Guinée le professeur Alpha Condé de l’accorder sa grâce présidentielle pour qu’il puisse enfin rentrée au pays.

Pour Toumba, le président de la république est le père de la nation guinéenne et le droit de grâce est un pouvoir que lui confère la loi. A la question de savoir s’il ambitionne de se rendre à la justice guinéenne une fois au pays, Toumba est clair : « je n’ai pas confiance à la justice guinéenne et tout le monde est courant du rapport de la commission nationale d’enquête rendu public après les évènements tragiques du 28 septembre 2009 ( Ce jour la garde de Dadis Camara a tiré sur les manifestants au stade du même nom et a tué plus 150 personnes lors d’une manifestation de l’opposition ndlr), cette commission n’incrimine que Toumba Diakité alors que ce n’est pas vraie donc la justice guinéenne n’est crédible ».

Répondant à la question relative au capitaine Moussa Dadis Camara qui ambitionne de revenir au pays, s’il ne le craint pas ? La réponse du lieutenant colonel Aboubacar Sidiki Diakité, alias Toumba est sans ambiguïté « je ne suis sur le chemin de personne et celui qui sera sur mon chemin me trouvera ».

Après cette intervention une fois encore du lieutenant colonel Aboubacar Toumba Diakité sur les antennes des medias d’Etat français après avoir tiré sur Dadis Camara , le 3 décembre 2009, aux yeux de l’opinion nationale, il apparaît clairement que la France sait où se trouve Toumba dont la destination est toujours inconnu du public. Selon certains citoyens guinéens interrogés ce mercredi dans les rues de Conakry, la France sait où se cache Toumba Diakité et la demande de Toumba n’est que formelle car le coup monté contre Dadis Camara n’est pas étrange du professeur Alpha Condé actuel président de la République de Guinée. Alors que pour les autres, Toumba Diakité n’a pas sa place en Guinée mais plutôt à la Cour pénale internationale (CPI) avec son mentor Dadis Camara pour qu’ils répondent de leurs actes dans le massacre du 28 septembre 2009 au stade du même nom. Il reste maintenant de savoir si le professeur Alpha Condé va accorder sa grâce à Toumba ou nom, les jours à venir, nous édifieront.
Ibrahima