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Triomphe confirmé des islamistes en Egypte : Les USA dans le rôle d’idiots utiles

Le scrutin législatif égyptien s’est traduit par une déroute totale pour les formations libérales, démocratiques et laïques; de même que pour les mouvements issus de la révolte contre Hosni Moubarak, l’an dernier. Cela confirme toutes nos analyses sur la révolution virtuelle des blogueurs et sur la réalité islamique de la société égyptienne. Les USA ont aidé un mouvement qui a été capable de renverser un régime sur sa fin, mais s’avère incapable de le remplacer. Il va falloir composer avec le pouvoir issu non de la rue, mais des urnes : les Islamistes.

Ce basculement de l’Egypte est un événement dont les conséquences sont encore imprévisibles et incalculables. Mais une fois de plus, un certain impérialisme démocratique, tentant d’imposer son modèle partout, semble avoir largement joué les apprentis sorciers.

Cette première élection depuis la chute de Hosni Moubarak en février 2011 a été en effet marquée par la victoire écrasante des Islamistes, crédités, toutes formations confondues, d’environ 65% des voix et 70% des sièges… Ils feront ce qu’ils voudront et pourront changer la société égyptienne. Washington, qui ne tire leçon de rien, joue déjà la carte islamist,e malgré les précédentes désillusions et après avoir annoncé le triomphe de la démocratie musulmane. Ben Laden a été un allié, sinon une créature des USA. Faut-il le rappeler?

Les Etats-Unis, avaient repris, ces derniers mois, un dialogue discret avec la confrérie islamiste. En visite au Caire, William Burns, secrétaire d’Etat adjoint, a rencontré des dirigeants du Parti de la liberté et de la justice, issu des Frères musulmans. Son leader a «demandé que les Etats-Unis révisent leur politique (…) en conformité avec (les aspirations) du Printemps arabe», qui a balayé les régimes autocratiques en Egypte, en Libye et en Tunisie. Il a aussi appelé Washington à adopter une «position positive concernant les causes arabes et islamiques».

Le printemps des dupes

William Burns «a félicité le parti pour ses résultats» électoraux et affirmé que son pays était «prêt à aider l’économie égyptienne à surmonter la crise». Les Etats-Unis «respectent le choix du peuple égyptien», a dit William Burns, cité par le communiqué. Washington avait fait savoir, au début janvier, que les Frères musulmans avaient donné des garanties sur le respect du traité de paix conclu, en 1979, entre l’Egypte et Israël, premier allié des Etats-Unis dans la région. Mais, certains signes montrent un durcissement des militaires toujours au pouvoir et certains, en Israël, craignent une surenchère.

Le responsable américain n’a pas, en revanche, rencontré de responsables des partis fondamentalistes salafistes, crédités de plus 25% des voix, dont la percée électorale constitue, de fait, la grande surprise dans la surprise du scrutin.

L’élection des membres de l’Assemblée du peuple doit être suivie, à partir du 29 janvier, de celle des sénateurs de la Chambre haute consultative. Le cycle électoral complet s’achèvera avec une présidentielle, au plus tard fin juin. D’ici là, les Islamistes auront imposés leur marque. Un mouvement électoral est en cours, qui transforme le premier pays arabe, allié des USA et ayant signé un traité de paix avec Israël, en puissance islamique. Ce n’est pas rien.

Washington a cru que quelques jeunes branchés pouvaient imposer leur choix au peuple. Moubarak est tombé parce que, comme Ben Ali, son régime était en hiver et déconnecté du peuple. Mais sa chute ne profite en rien aux forces de la liberté occidentalisées, médiatisées, mais ultra minoritaires. L’Egypte affirme son identité musulmane à travers un vote très net pour un islamisme politique. Il est décidément le grand gagnant de ce qui apparaît, de plus en plus, comme « un printemps des dupes ».

Jean Bonnevey sur METAMAG

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Binyamin Ben-Eliezer : “le nouveau régime d’Egypte va devenir notre ennemi”

Les Israéliens qui, ont été très heureux d’avoir réussi à évincer Kadhafi de la tête de la Libye, commencent à regretter leur grand ami  Hosni Moubarak comme, en témoigne les propos de Binyamin Ben-Eliezer, rapportés le 16 novembre par JSSNews.

Pourquoi s’inquiètent-ils ? La raison est simple, les frères musulmans sont en passe de contrôler l’exécutif égyptien or, sans l’appui des nouveaux dirigeants de l’Egypte il sera difficile de raccorder les divers pipelines au réseau Israélien (ceux qui viendront de Libye, du Soudan et d’Hassi Messaoud).

Binyamin Ben-Eliezer : “le nouveau régime d’Egypte va devenir notre ennemi”

Binyamin Ben-Eliezer, très grand député israélien, tenait une place spéciale dans les relations israélo-égyptiennes pendant le règne Hosni Moubarak. Ben-Eliezer a toujours été reçu chaleureusement au Caire avec les honneurs et un traitement spécial. Et sa capacité à converser en arabe,  sans accent, l’a sans doute aidé à développer cette relation privilégiée avec le leader arabe déchu.

Ben-Eliezer, un travailliste de la première heure, met aujourd’hui en garde Israël contre une “menace possible”. Selon lui, “le nouveau régime d’Egypte va devenir notre ennemi.”

Un de ses assistants, contacté par JSSNews, a expliqué que Ben Eliezer “suit la situation de très près, il a des tonnes d’informations et d’amis qui vivent en Egypte et qui lui donnent des informations dont on n’entend pas parler en Occident.” Selon notre source “le député suggère aujourd’hui à la Nation israélienne de se préparer à un pareil conflit.”

Ben-Eliezer a d’ailleurs lui-même été très clair lors de la dernière réunion du Comité défense de la Knesset. A la surprise générale, il a demandé à Avigdor Lieberman, qui tenait ce jour-là comme discours le fait de pouvoir “intervenir en urgence.” “Ce que j’ai à vous dire mérite une sérieuse attention. Et de l’action!”

“Nous sommes au milieu d’une tempête ou un tremblement de terre”, a expliqué le député à ses collègues. “Je ne vois pas ce tremblement de terre se calmer. Dans un avenir très proche, il y aura des élections en Egypte. Pour la première fois dans l’histoire, les Frères Musulmans vont récupérer au moins un tiers des sièges au parlement. Au lieu du nationalisme, nous allons recevoir de l’islamo-isme “.

Ben-Eliezer a ensuite averti que personne ne peut prédire le prochain gouvernement du Caire. “Nous devons comprendre qu’il est possible de nous retrouver au milieu d’une confrontation militaire avec l’Egypte. Nous avons déjà un problème concernant le Sinaï devenu un tremplin pour le terrorisme. Contrairement à Gaza, ici, nous n’avons pas la liberté d’agir, militairement parlant, comme nous le souhaitons, cela doit être pris en compte “.

Jonathan-Simon Sellem – JSSNews

Les islamistes à l’heure des « révolutions »

Académiquement bien estampillée, la thèse post-islamiste semble se confirmer dans les révoltes qui continuent de secouer le monde arabe. Ces mouvements de contestation non contrôlés, nous dit- on, est l’œuvre d’une génération face-book, sans lien organique avec les tendances islamistes.

L’idée fait sans doute écho à la thèse d’Olivier Roy, corroborée par Gilles Kepel, selon laquelle l’islamisme est bel et bien mort de sa confrontation avec les régimes autoritaires et des tensions qu’il éprouve face à la modernité. Selon le chantre de l’échec de l’islam politique, « L’islamisme est fini, comme solution politique et comme idéologie. Mais les islamistes sont là, et c’est donc la grande inconnue.» A l’en croire Penda Mbow, ces « mutations » doivent beaucoup au combat mené par des intellectuels, notamment des féministes, qui ont su convaincre de la nécessité de reconnaitre la neutralité de l’Etat par rapport à la religion. Refusant de faire feu de tout bois, elle pronostique en faveur des femmes qu’elles jugent mieux à mêmes de chaperonner cette grande œuvre révolutionnaire.
Pourtant rien n’est moins évident que l’absence des mouvements islamistes dans les manifestations qui ont provoqué la chute des régimes autoritaires arabes. Les témoignages de Gilbert Achar et de Patrick Haenni pour le cas de l’Egypte, révèle suffisamment le rôle « significatif » que fut celui des Frères musulmans. Tous les deux ont respectivement retracé dans le Monde diplomatique du mois de mars et sur oumma.com les étapes qui ont marqué l’intervention des islamistes et leur option pour « une transition dans l’ordre », telle que prônée par les Etats-Unis et conformément à leur orientation idéologique. On semble par ailleurs ignorer les interventions télévisées de l’un des plus grands savants égyptiens, Youssouf Qaradawi, l’intervention d’une partie des savants de l’institut AL Azhar et le symbole du vendredi dans l’imaginaire des citoyens qui, bien que sécularisés, n’en demeurent pas moins attachés à leur religion.

Les pays arabes donnent l’impression d’avoir basculé tous et d’un seul trait dans le camp de la modernité politique. Ce nouveau tournant va rompre, aux yeux des tenants du post-islamisme, avec le face à face entre autoritarisme et islamisme pour devenir un combat démocratique. Le discours et la nouvelle posture des leaders islamistes confortent cette attente à l’instar de Rached Ghanouchi qui déclare ne pas être candidat aux prochaines élections présidentielles. L’islamisme turc est présenté comme le modèle toléré dont les figures de l’islam politique devront s’accommoder pour être en phase avec les principes démocratiques. On se soucie moins de savoir ce que ces derniers pensent ou comptent faire après que ce vent de liberté aura fini de dévoiler toutes les options envisageables. Cette tendance visant à disqualifier les islamistes est sujette à de sérieuses réserves et emprunte, à bien des égards, les contours de la simplification et des raccourcis.

Estimée à 20% par Olivier Roy et à 30% par Tariq Ramadan, la force des islamistes dans les pays en ébullition ne saurait échapper à la vigilance des spécialistes dignes de ce nom. Le militantisme l’emportant sur l’analyse, l’on fait fi de ce paramètre oh combien déterminant. C’est d’ailleurs avec beaucoup d’ironie que le leader de la section féminine de l’islamisme marocain, Nadia Yassine aborde la faible représentativité des partis politiques de son pays. Silencieuse sur le nombre de militants que compte le mouvement Justice et Spiritualité, pour des raisons de sécurité, elle envisage une réforme en douceur plutôt que des « césariennes historiques ». Ce raisonnement a guidé l’intervention des mouvements islamistes qui s’inscrit en droite ligne de la théologie d’un classique comme le Cheikh ibn Tayimiyya.

Par rapport au succès relatif du modèle turc qui semble emporter l’enthousiasme de tant d’observateurs, les leaders islamistes rappellent les spécificités qui caractérisent leur contexte sans cacher leur admiration à l’égard de leurs frères. Ni Nadia Yassine, ni Rachid Ghanouchi, encore moins Jamil Mansour ne se figurent le cas turc comme « un modèle clé en main », pour reprendre la figure de proue des sœurs marocaines.

A la différence de beaucoup d’autres spécialistes, François Burgat et Vincent Geisser considèrent que le prisme déformant du discours a depuis très longtemps trahi la vérité des faits. En témoigne l’interminable débat et les nombreuses publications consacrées à Tariq Ramadan. Règle de méthode, Burgat invite ses collèges à se rapprocher davantage des islamistes, de consulter leur bibliothèque au lieu de se limiter à leurs déclarations. Jean François Bayart n’hésite pas dans son ouvrage intitulé l’islam républicain, de traiter le Premier ministre turc de « redoutable animal politique » pour son habilité à surfer aussi bien sur le registre nationaliste que celui de l’islam.

L’on se tromperait nous mêmes sur les raisons de ces travers en les imputant à un défaut de rigueur scientifique. Leur persistance est révélatrice d’un engagement pour une vision autrement plus idéologique que l’idéologie qu’il s’agit de saper.

On est davantage persuadé du poids des rapports de force politico-économiques sur les recherches scientifiques largement tributaires des paradigmes forgés à partir de l’occident. Les média ne pouvant pas, pour des raisons objectives, nous aider à sortir de ce carcan, l’heure de vérité semble encore trop éloignée pour qu’on puisse escompter de ce vent de liberté un meilleur traitement des questions liées à l’islam et à l’islamisme. Le passif intellectuel est suffisamment lourd pour que les chercheurs et autres spécialistes prennent conscience du déni de justice qu’ils pratiquent à l’égard de leur objet d’étude.

Ousmane Abdoulaye BARRO

Titulaire d’un DEA en Science Politique à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis – SENEGAL

Ousmaneabdoulayebarro@yahoo.fr

De Tunis à Mexico : La Diplomatie Française en Chute Libre

Par quelque bout qu’on prenne la diplomatie française depuis l’avènement de Nicolas Sarkozy au pouvoir, elle n’apparaît pas en tout cas comme le domaine qui inscrira le président français au Panthéon des grands hommes d’Etat français. Il a eu pourtant sur ce plan, beaucoup d’initiatives importantes pour se tailler une enveloppe d’homme d’Etat international.

COMPLICITES DE LA COMMUNAUTE INTERNATIONALE


Ben Ali et Nicolas Sarkozy

Nicolas Sarkozy et Felipé Calderon

Avec les USA, ça n’a pas vraiment marché, la lune de miel. On a tôt fait de lui rappeler que la grandeur d’un homme d’Etat se mesure à la grandeur de son pays et que l’amour platonique n’existe pas entre Etats.

Avec l’Europe, on a fait mine, par politesse, d’accepter son activisme mais finalement, il est vite apparu agaçant, même pour les plus accommodants comme Angela Merkel et il a dû quelque peu rentrer dans ses petits souliers.

Avec les pays émergents, on ne peut pas dire qu’il ait trouvé un créneau pour panser ses déceptions et mieux faire valoir ses ambitions. La plupart de ces pays ont l’œil rivé sur un futur où ils voient la France derrière eux, et lorsque dans ce lot, on s’appelle la Chine, on peut même se permettre des vexations sans s’attirer ni colère ni remontrance. La Guerre de l’opium, c’est bien loin !

L’Afrique apparaissait par contre le territoire où la diplomatie française espérait, même en recourant à la politique de la canonnière, préserver ses zones d’influence. Mais la Coloniale n’est plus ce qu’elle était ! Et cette mutation s’exprime de mille manières.

Dans les pays arabes,  la révolution qui gronde n’est rien moins qu’une forme de désaveu de la communauté internationale et particulièrement de la France et des USA. Si ces pays arabes sont devenus ce qu’ils sont (des zones de dictature où l’arbitraire aidant, le sang a fini par couler) c’est bien parce qu’on a développé en ce qui les concerne, des théories les plus bizarres, les encourageant à évoluer dans la marginalité démocratique. Ces pays, disait-on, n’ont pas vocation naturelle à vivre en démocratie : il y a comme incompatibilité structurelle entre Islam et démocratie.  D’ailleurs, ils réussissent finalement bien, affirmait-on, dans leur type de gouvernance car finalement, de quoi ont besoin les peuples d’Afrique (du Maghreb ou de l’Afrique au sud du Sahara) sinon que de nourriture, d’éducation, de soins de santé ? Les  libertés formelles ne nourrissent pas tant que ça son homme ! Et on faisait les louanges à n’en plus finir d’un Ben Ali, d’un Moubarak…  joignant même la parole à l’acte, on aidait ces pays « exemplaires » à maintenir le rythme de croissance et la stabilité grâce à des livraisons d’armes, de matériel de surveillance et de maîtrise des faits d’émeute.

Les Tunisiens, les Egyptiens et les autres peuples arabes qui sont en train de suivre leur exemple, disent aujourd’hui à la communauté internationale, ceci : « Vous êtes les auteurs moraux, les commanditaires de ce qui nous arrive. Vous nous avez encouragés à ne pas pratiquer la démocratie, vous nous avez armé pour réprimer ceux qui la revendiquaient, vous avez recélé les fonds détournés par les dictateurs et planqués dans vos banques ; tout ça pour les besoins de vos propres croissances. Vous êtes donc aujourd’hui comptables de ce qui arrive à nos pays comme le sont les dictateurs que vous avez longtemps maintenu au pouvoir ». C’est ça la vérité.

DIFFICILE RECONVERSION DEMOCRATIQUE

Si très vite, les USA en ont tiré les leçons, mettant fin aux célèbres impairs du vice-président Joe Biden et de la Secrétaire d’Etat Hillary Clinton (qui tentaient encore de venir en aide à l’Ami Moubarak pour changer de cap en se convertissant à la vitesse de la mouche du coche en défenseur de la démocratie voire même en instigateur), en France, la reconversion a été lente et difficile. Les impairs se sont multipliés et les découvertes de connexion jusqu’aux derniers jours de dictature,  ne pouvaient que compliquer les choses.

C’est alors qu’en interne, l’Affaire Laetitia  est arrivée. En prenant à bras le corps ce dossier, en montrant le souci du pouvoir vis-à-vis de ce secteur sensible de la Justice, on pouvait détourner les regards de l’extérieur en touchant la corde émotive des Français. Mais le gouvernement français a manqué de manière. Les mots forts prononcés contre la Justice, emportant non seulement immixtion mais aussi condamnation sans procès des magistrats, ont entraîné une révolte peu connue dans ce monde plutôt astreint à la réserve.

Le gouvernement, alors, dont le crédit chutait en proportion des gaffes de son ministre des Affaires étrangères, a cru voir dans le dossier Florence Cassez, ce secours qui pourrait tout effacer pour lui permettre de tout recommencer.


Florence Cassez, en 2008, dans sa prison
(Photo AFP/RONALDO SCHEMIDT)

Une jeune Française, belle, condamnée (dans une prison où l’on n’est pas tendre avec les détenus) à la peine démesurée de 60 ans pour enlèvements, ça vaut en cette période pré-électorale, de battre le ban et l’arrière-ban pour aller sauver ce morceau de France à l’étranger. Si on a pu le faire au Tchad, pourquoi ne le pourrait-on pas au Mexique ? Alors, « allons-zy, allons-zon » !

Mais finalement, c’est le grand flop ! On a oublié que le souci de la défense des ressortissants français à l’étranger ne pouvait pas s’accommoder d’une diplomatie intrusive, marchant par le commandement, le comminatoire comme au plus fort de la période coloniale. Cette époque-là est terminée en Afrique en 1960 comme elle est terminée depuis 1867 après  la chute de  Maximilien que Napoléon III avait envoyé au Mexique en 1864 pour tenter d’implanter un Empire bis.

La réaction actuelle du Mexique, Etat souverain, jaloux de son indépendance, est en tout point pareil à celle de la Côte d’Ivoire : ce n’est pas à la France de venir décider à la place des organes suprêmes de nos pays, ce que doit être le Droit. En  Côte d’Ivoire, un Conseil constitutionnel a tranché en matière électorale en dernier recours ; nulle autre instance, nulle autre puissance étrangère, ne peut venir la contraindre de réformer son jugement ni même tenter d’évoquer le contentieux pour trancher directement en faveur du candidat de son choix ! Au Mexique, la Cour de cassation a confirmé la condamnation à 60 ans de prison de Florence Cassez. Elle est peut-être injuste, surtout que la demoiselle clame son innocence, mais c’est ainsi. Nulle autre juridiction en cette matière pénale ne peut plus dire quoi que ce soit dans cet arrêt définitif. Dans un cas comme dans l’autre (Côte d’Ivoire, Mexique), nous avons des affaires passées en force de chose jugée. Ca, c’est le Droit qui est appliqué dans tous les pays de Droit, qui obéissent aux standards internationaux en la matière.

Voilà que des pays moins développés économiquement et démocratiquement que la France font des leçons de droits de l’Homme et de démocratie au pays qui s’en réclame être la patrie universelle !

Mais le comble, dans tout cela, c’est qu’on se coupe toujours les cheveux en quatre pour savoir pourquoi, alors que ses prestations sont si affligeantes pour l’image de la France et la sienne propre, Nicolas Sarkozy persiste à garder sa MAM (Michèle Alliot-Marie). En Afrique, certains ont trouvé l’explication depuis bien longtemps à travers ce proverbe : «Quand un âne veut vous terrasser, vous ne voyez plus en lui aucune partie où vous approcher, même pas les oreilles ». Peut-être bien qu’à force,  la Côte d’Ivoire, les pays arabes et le Mexique, risquent bien de confirmer ce dicton pour ce qui concerne Nicolas Sarkozy à la prochaine présidentielle !

La Rédaction

San Finna N°604 du 21 au 27 Février 2011

La France serait-elle rétive aux changements en Afrique noire ?

Après la chute inattendue de Ben Ali et de Moubarak sous la pression de la rue, la France ne semble toujours pas prendre la mesure de cette histoire qui s’écrit chaque jour en directe sous nos yeux. Elle est sans doute persuadée que ce qui se passe dans le monde arabo-musulman, en Afrique du Nord, ne se produira jamais en Afrique Noire.

En effet, alors que l’Amérique de Barack Obama a vite compris que les temps ont changé et s’emploie résolument à accompagner très activement les mouvements populaires de lutte pour la liberté et l’instauration d’une véritable démocratie partout dans le monde (tous les observateurs avisés savent que Washington a été un acteur essentiel dans les dossiers tunisien et égyptien ; comme ils l’ont fait pour Ben Ali, les Américains ont poussé Moubarak à partir même s’ils ne le disaient pas ouvertement), la France de Nicolas Sarkozy elle, continue de ne pas prendre en compte les aspirations à liberté et la démocratie des peuples noirs africains.

Visiblement rétive aux changements en Afrique noire, la France s’évertue au contraire à perpétuer à travers sa diplomatie des pratiques d’un autre âge basées sur le soutien aux régimes dictatoriaux et corrompus, et donc sur l’humiliation et l’assujettissement des peuples de ses anciennes colonies africaines. Et pour cause ! Alors que le monde entier a les yeux rivés sur ce qui se passe dans le monde arabo-musulman, l’ambassadeur de France au Congo Brazzaville, Jean-François Valette qui n’ignore pourtant rien de la misère et des difficultés quotidiennes des Congolais (cf. photos ci-dessous à titre d’illustration) a choisi de rassurer le pouvoir de Brazzaville sur le soutien de son pays en ces temps difficiles où le doute et la peur gagnent toutes les dictatures du monde entier. Cette marque de soutien de la France au régime dictatorial et corrompu de Brazzaville s’est matérialisée par une distinction honorifique décernée à M. Jean Dominique Okemba, neveu et conseiller spécial du cynique dictateur sanguinaire congolais Denis Sassou Nguesso, qui a ainsi été élevé par Jean-François Valette au grade d’officier dans l’ordre de la Légion d’Honneur française.

Dans le contexte actuel, il est difficile en effet de ne pas interpréter cette distinction honorifique décernée à Jean Dominique Okemba par l’ambassadeur de France au Congo comme une marque de soutien de la France à un régime de fer honteusement justifié par la nécessité de la stabilité et de la sécurité de ce pays. La France continue donc de soutenir un régime autoritaire qui tue, musèle et paupérise son peuple depuis vingt-sept ans.

Et d’ailleurs Jean-François Valette ne s’est embarrassé d’aucune précaution pour le faire savoir puisqu’il a expliqué que cette distinction honorifique est une reconnaissance par la France des qualités et de l’action de Jean Dominique Okemba dans le domaine militaire, sécuritaire et diplomatique et qu’elle traduit l’excellence des relations d’amitié, de fraternité et de coopération entre la France et le Congo.

Et il l’a fait au nom de la France et de son Président Nicolas Sarkozy comme il l’a clairement indiqué de son allocution : «… C’est dans cette dernière donc, l’administration de l’Etat, que notre Président de la République a souhaité mettre en avant aujourd’hui à travers les trois dimensions qu’incarne M. Jean Dominique Okemba. Tout d’abord son rôle en tant que militaire qui permet de rappeler que l’armée est un élément central dans la stabilité des pays. Vous avez amiral commencé votre carrière comme homme du rang et vous avez gravi les échelons de cette institution, vous la connaissez donc bien et vous savez comme tous qu’elle est la clé de l’unité nationale.

Ensuite la sécurité, tous ceux qui ont œuvré dans ce domaine particulier savent combien il est délicat. A l’heure où les menaces deviennent plus nombreuses, plus immédiates et en même temps plus insaisissables (…). Enfin, la reconnaissance d’aujourd’hui s’adresse également au diplomate qui a travaillé au sein des ambassades du Congo, notamment en République démocratique du Congo (RDC). Ce domaine est celui de la négociation permanente, des compromis souvent difficiles mais qui permettent de garantir la bonne entente…», a déclaré Jean François Valette.

Donc après M. Jean-Paul Pigasse, ce mercenaire économique crapuleux qui, on se souvient, avait été décoré par l’ancien Président français Jacques Chirac de la même légion d’honneur pour sa participation active aux massacres des populations du Sud-Congo, c’est au tour de Jean Dominique Okemba d’être honoré de cette haute distinction française pour ses soi-disant qualités de bon militaire, de bon sécurocrate du régime sanguine de l’ami Denis Sassou Nguesso et de bon diplomate (selon la France).

Or chacun sait que le malaise qu’éprouvent les Congolais face au régime de Denis Sassou Nguesso est tellement profond qu’il n’est plus tenable. C’est une réalité indéniable que M. Jean François Valette ne peut ignorer comme tous les diplomates en poste à Brazzaville. Donc en agissant ainsi, la France ferme délibérément les yeux sur le décalage fragrant qui existe entre ce que dit le pouvoir dictatorial de Brazzaville et la réalité sur le terrain. C’est pourquoi nous disons qu’en refusant de suivre le cours de l’histoire et en continuant de soutenir les régimes autoritaires et ultra-répressifs comme celui de Denis Sassou Nguesso, la France risque de se disqualifier elle-même en Afrique et sur la scène internationale.

Cliquer sur le lien suivant pour voir les images de cette cérémonie de décoration avec du champagne qui coule à flots, contrastant fortement avec les images ci-après de ces malheureux Congolais qui sont abandonnés à leur triste sort, sans abris et les pieds dans l’eau: http://www.congo-siteportail.info/slideshow/61706/

Alors la question est : pendant combien de temps encore les Congolais supporteront-ils cette situation devenue intenable ? Autrement dit, le Congo ne se dirigerait-il pas inéluctablement vers une révolution à la tunisienne et à l’égyptienne ?
Une dernière question pour déterminer : Cette belle image du dictateur sanguinaire congolais Denis Sassou Nguesso embrassant chaleureusement le désormais ex-dictateur déchu égyptien Hosni Moubarak sous le regard bienveillant de Kadhafi ne serait-elle pas tout simplement une image prémonitoire ? Notre réponse à cette question est : Wait and see.

Mais en tout cas ce que nous savons et dont nous sommes sûrs c’est que Sassou Nguesso et son entourage souhaitaient que Hosni Moubarak ne cède pas à la pression de la rue ; ce qui pourrait leur servir d’exemple à suivre et à brondir face à une éventuelle pression internationale au cas où. Mais malheureusement pour eux c’est peine perdue, après le Tunisien Ben Ali, le raïs égyptien Hosni Moubarak n’a pas résisté très longtemps ; poussé par les Américains, il a fini par démissionner au 18è jour de la contestation. A chacun donc de tirer son enseignement.

Bienvenu MABILEMONO

S.G. du Mouvement pour l’Unité et le Développement du Congo (M.U.D.C.)

Le Canard Enchaîné épingle une nouvelle fois les vacances tunisiennes de Michèle Alliot-Marie

Par RFI

C’est une nouvelle révélation délicate pour la ministre des Affaires étrangères. Mise en cause pour ses vacances tunisiennes, trois semaines avant la chute du régime tunisien, Michèle Alliot-Marie est de nouveau dans la tourmente. Le journal satirique affirme que les parents de la chef de la diplomatie française ont conclu une transaction financière d’environ 325 mille euros avec l’homme d’affaires tunisien Aziz Miled, celui-là même qui avait transporté à bord de son jet privé la ministre et sa famille.

Bernard Marie et son épouse étaient déjà associés minoritaires dans la société civile immobilière IKRAM dont étaient propriétaires Aziz Miled et son fils Karim.

Michèle Alliot-Marie est aussitôt venue au secours de ses parents. Dans un communiqué elle s’élève contre les «excès» des nouvelles attaques contre elle, «qui ne grandissent pas ceux qui s’y prêtent». «Leur vie privée leur appartient. Les acquisitions qu’ils effectuent pour eux-mêmes ne concernent qu’eux, et personne d’autre», souligne-t-elle quelques lignes plus loin.

Mardi 15 février au soir, le père de Michèle Alliot-Marie s’est expliqué sur cette transaction, en affirmant qu’ils étaient, lui et sa femme, «seuls responsables de cette affaire», dédouanant ainsi sa fille.

L’opposition est remontée au créneau pour demander à nouveau la démission de la ministre des Affaires étrangères. Le député socialiste Pierre Moscovici est sans concession : «le fond de l’affaire, c’est que Michèle Alliot-Marie n’est plus capable de diriger la diplomatie française, elle est discréditée» a-t-il déclaré mardi soir, après ces nouvelles révélations.

L’Elysée ne fait pour l’instant aucun commentaire. Ces nouvelles turbulences pour Michèle Alliot-Marie risquent de lui coûter cher. Dans un sondage IFOP pour Paris Match publié lundi 14 février, donc avant ces dernières révélations, elle avait chuté de 17 points.

Égypte : l’armée promet des élections dans six mois

La Constitution est suspendue et le Parlement dissous, pour satisfaire aux exigences de l’opposition.Le gouvernement tente d’organiser le retour à une vie normale.

L’armée aux commandes pour six mois. Après deux jours de fête dans les rues du Caire et de flottement à la tête du pays, l’armée égyptienne est sortie du flou, hier. Le Conseil suprême des forces armées, auquel Hosni Moubarak avait confié le pouvoir en démissionnant, vendredi soir, a suspendu la Constitution et dissous les deux chambres du Parlement.

Dans son « Communiqué n° 5 », lu à la télé publique, le Conseil dirigé par le maréchal Tantaoui affirme qu’il « gérera les affaires du pays pour une période de six mois ou jusqu’au terme d’élections présidentielle et législatives ». Dans l’intervalle, une commission va préparer des amendements à la Constitution ¯ très contestée ¯ qui seront soumis à un référendum.

L’opposition satisfaite. Cette clarification devenait urgente. Car, après l’explosion de joie de vendredi soir, l’inquiétude était revenue, samedi, sur la place Tahrir du Caire, centre nerveux des dix-huit journées révolutionnaires qui ont fait tomber Moubarak. Les opposants au régime les plus résolus avaient publié un « Communiqué n° 1 du peuple », où ils réclamaient la dissolution du Parlement, dominé par le PND de Moubarak, et un calendrier précis pour le retour à un régime civil.

Dimanche matin, des escarmouches avaient éclaté quand la police militaire a voulu faire décamper quelques milliers de manifestants encore présents sur la place Tahrir, rendue à la circulation pour la première fois depuis trois semaines. Hier soir, l’opposant libéral Ayman Nour saluait des engagements de l’armée et parlait de « victoire pour la révolution ».

Retour à la normale. Confirmé à son poste par la junte, le Premier ministre Ahmed Chafic ¯ un ancien chef de l’aviation ¯ a indiqué que sa priorité est de « restaurer la sécurité et de faciliter la vie quotidienne des Égyptiens ». Il s’exprimait alors que 13 000 prisonniers, évadés à la faveur des troubles, courent toujours, que des policiers ont manifesté et tiré en l’air au Caire pour réclamer des hausses de salaires et que des entreprises étaient toujours en grève.

Le Premier ministre a aussi promis de s’attaquer à la corruption et, selon certaines sources, plusieurs ministres auraient reçu l’interdiction de quitter le territoire. Ahmed Chafic a enfin assuré qu’Hosni Moubarak se trouve toujours à Charm el-Cheih (mer Rouge), démentant une rumeur selon laquelle le raïs déchu aurait fui l’Égypte.

Dix-huit pièces de grande valeur, dont deux statues de Toutankhamon, ont été dérobées au Musée égyptien du Caire, pendant les troubles, a annoncé, hier, le patron des antiquités, Zahi Hawass.

Plus d’informations dans le journal Ouest-France

Moubarak est parti et c’est le peuple qui a gagné : Pas les Occidentaux, eux qui l’avaient fait « PHARAON » !

Après 18 jours de manifestations, les Egyptiens ont gagné : le ‘Sphinx’ s’est envolé le 11 février 2011 pour Charm el Cheik, très loin de la capitale, après que des chaussures aient été lancées sur ses effigies sur la désormais historique Place Tahrir du Caire. Quelle victoire pour le peuple et quelle  honte pour le dictateur déchu ! Quel bonheur pour des millions de personnes dans le monde entier qui voient la fin d’une dictature. Mais ce ne fut pas évident.


Hosni MOUBARAK

Le ‘Pharaon’  a résisté. Il faisait dire (et on le disait même en Occident) qu’il n’était pas un Ben Ali ; il ne lâchait que des bribes de pouvoirs au fur et à mesure que la mobilisation se faisait forte. Mais la chose ne pouvait qu’arriver car des millions de personnes déterminées manifestaient dans les rues sans discontinuer et n’entendaient pas bouger jusqu’à l’atteinte de l’objectif. Oui, les Egyptiens ont bien joué : Moubarak a fini par lâcher prise  et on ne peut que le comparer à  Ben Ali.

On aurait pu penser un moment qu’il se suiciderait ! S’il l’avait fait, ça en aurait bouché un coin aux manifestants qui auraient eu la victoire moins belle. Heureusement donc que cela s’est passé sans cet acte de bravoure.

Mais ce qui gêne un peu aujourd’hui, c’est que les Occidentaux n’arrêtent plus de s’auto-féliciter !  Et on n’a pas de gêne à faire passer en boucle, sur les chaînes de ces pays, des reportages sur la dictature d’Hosni Moubarak, sur toutes les richesses qu’il a  volées au pays : 50 milliards d’euros,  des biens immobiliers partout,  des villas de stars et hôtels de luxe… Pourquoi ne pas l’avoir dénoncé hier ? On se rappelle pertinemment  la position américaine au début du conflit : Joe Biden, le vice-président n’avait-il pas affirmé que Moubarak n’était pas un dictateur, Hillary Clinton que le pays était très stable ? C’est pour cela qu’il faut marteler que c’est le peuple égyptien seul qui a eu gain de cause et surtout pas grâce à ces Occidentaux qui vont essayer maintenant de tirer la couverture à eux. Sur une chaîne française, on a même entendu, quand Moubarak essayait de reprendre la main, à quelques jours de la chute de Moubarak, que de politique, la crise était devenue sociale !! Bien vrai qu’au dernier moment, les Occidentaux l’ont lâché et mal lâché –on peut même dire qu’ils l’ont trahi- (savez-vous qu’à peine Moubarak tombé, la Suisse s’est vantée d’avoir gelé tous ses avoirs ?) mais il ne faut pas oublier que ce sont  eux qui l’ont fait  roi et qui ont profité de son pouvoir, 30 années durant. Alors, aujourd’hui, ils devraient être dans leurs petits souliers et ne pas  se vanter d’avoir aidé afin que la voix populaire triomphe. Non, ils ont navigué à vue pour ensuite, quand tout était perdu pour Moubarak, se rallier aux manifestants !

Il faut espérer maintenant que le vice-président, le militaire Omar Souleimane, qui s’est engagé à instaurer une réelle démocratie, respecte sa parole.

En guise de conclusion, la  révolution du monde arabe est bel et bien en marche ; les Algériens viennent d’emboîter le pas avec leur  grande marche à Alger le  samedi 12 février. Ils ont annoncé qu’ils iraient au bout. La Jordanie, la Syrie, le Yémen, la Libye, l’Arabie Saoudite, le Maroc et que savons-nous encore, sont sur la sellette. Mais pas seulement. Elle va déferler aussi, et logiquement, sur l’Afrique subsaharienne   ! On y est déjà. La preuve ? Sur le Net que les jeunes appellent à manifester le 21 Février 2011 à 10 H pour chasser Ali Bongo du pouvoir ; l’opposant camerounais Mboua Massock vient aussi de lancer le mot d’ordre « La Résistance jusqu’au bout » pour chasser Paul Biya : à partir du 23 février. C’est parti comme on dit !

CY

San Finna N°603 du 14 au 20 Février 2011