Le Blog de Aymard

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Archives de Tag: Ibrahim Coulibaly

Est-ce que ce monde est sérieux ?

Le nouveau courrier

Les taureaux qui sont «sacrifiés» au cours des moments de sadisme collectif que sont les corridas philosophent-ils au moment de s’éteindre ? Oui, si l’on en croit un texte de Francis Cabrel, qui s’est mis pour les besoins de la cause poétique, dans la peau de l’un d’entre eux. Subissant la folie des hommes, qu’il entend rire lorsqu’il «râle», danser lorsqu’il «succombe », s’amuser «autour d’une tombe», il s’interroge, au sujet de la civilisation violente qui le met à mort : «Est-ce que ce monde est sérieux ?»

Ces derniers mois, alors que l’actualité internationale s’emballe et que la recolonisation violente de larges pans de la planète se masque derrière un storytelling qui abêtit une opinion occidentale encore plus anesthésiée en cette période estivale, les Africains devraient-ils avoir honte de s’identifier à des bovins ployant sous les lances d’impitoyables toreros ? A bien y réfléchir, pas forcément. En tout cas, il est légitime, en observant les différents épisodes de la guerre «au nom de la démocratie» lancée par un Occident quasi-ruiné en Afrique et dans le monde arabe, de se poser mille et une fois la question : est-ce que ce monde est sérieux ?

La démocratie, ça signifie que le parti au pouvoir organise les élections ou il est juge et parti

De manière générale, les observateurs africains et occidentaux ont considéré, au fil du processus de démocratisation, que les administrations nationales étaient trop liées aux pouvoirs en place sur le continent et étaient disqualifiées pour organiser des élections. On a donc conçu les Commissions électorales indépendantes (CEI) pour en finir avec l’emprise de régimes tricheurs «par nature». En Côte d’Ivoire, une CEI mêlant  représentants de l’administration, de la société civile, du gouvernement et des partis politiques existait avant les accords de Linas-Marcoussis.  La «très très démocratique» communauté internationale a estimé qu’elle n’était pas assez équilibrée.

L’opposition et son bras armé, soutenus par leurs alliés internationaux, ont exigé le contrôle de cette institution, notamment à travers une farce qui a consisté à créer trois sigles, donc trois «organisations», pour désigner un seul et même mouvement armé. Il n’était pas bon, disait-on, que le président d’alors – un vrai boulanger, n’est-ce pas ? – ait la haute main sur le processus électoral.

Etre ami des pays les plus puissants du monde est-il un brevet de sainteté ? En tout cas, il y a mille et une raisons de se poser la question du taureau de Cabrel: Est-ce que ce monde est sérieux ?

Au Cameroun, les Etats-Unis mettent la pression sur Elecam, l’instance chargée des élections, et exigent la mise en place d’un «organe vraiment indépendant ». Matthew Miller, ambassadeur des Etats-Unis, a refusé d’honorer de sa présence la cérémonie de prestation de serment des membres d’Elecam. «Nous sommes déçus par la composition de Elecam. Elle n’est pas représentative de la société camerounaise dans son ensemble», a-t-il affirmé. Pendant ce temps, son «collègue» en service en Côte d’Ivoire, Philip Carter III, apporte son soutien enthousiaste à une CEI totalement monopolisée, aujourd’hui, par les partis et les mouvements rebelles faisant partie de la coalition qui a porté Alassane Ouattara au pouvoir. Ni l’opposition, ni la société civile n’y ont le moindre pouvoir décisionnel. En «dictature», c’est l’administration «corrompue» qui organise les élections. Après la «guerre pour l’installation de la démocratie» en Côte d’Ivoire, c’est la coalition au pouvoir, qui présentera bien entendu des candidats, qui est appelée à arbitrer entre ses poulains et «le reste du monde». Formidable, non ?

La déstabilisation des  états faibles : la doctrine d’Abidjan apliquée en Libye et en Syrie

Les officiers français ont toujours aimé théoriser, modéliser, expérimenter des schémas de belligérance susceptibles d’être mis en oeuvre sur plusieurs fronts, en sacrifiant à quelques adaptations locales. C’est ainsi que la théorie de la «guerre révolutionnaire», conçue en Indochine, va être «exportée» (pour le pire) en Algérie, en Amérique latine et au Rwanda. A bien y réfléchir, un «logiciel» d’un nouveau type n’a-t-il pas été expérimenté au cours de ces dernières années en Côte d’Ivoire ? En tout cas, en Libye comme en Syrie, le début des événements s’apparentent en certains points au 19 septembre 2002 d’Abidjan. Les concepts de rébellion armée et de révolution populaire sont ainsi amalgamés au profit des guerilleros pro-occidentaux, dont la cause improbable est «vendue» par les médias dominants, qui passent relativement sous silence les sources de leur approvisionnement militaire. Qui font comme si une «colère» plus ou moins partagée est capable «d’accoucher» toute seule d’armes provenant d’opportunes  basearrières, de camions de transport de troupes…

Les parallèles sont plus que troublants. En Libye, le CNT utilise des techniques expérimentées en Côte d’Ivoire pour saper les bases de l’Etat et créer ce que le philosophe Léo Strauss appelait avec cynisme «le chaos constructeur». En 2002 à Bouaké et en 2011 à Abidjan, les combattants pro-occidentaux ont ouvert les portes des prisons dans leur avancée, enrôlé les occupants des lieux et accentué l’insécurité. Les rebelles libyens ont fait de même à la prison de Maya, à 25 kilomètres de Tripoli. Les reporters qui font des analyses alternatives à celles des médias dominants expliquent également que des armes ont été larguées depuis plusieurs jours à Tripoli, à des membres de «cellules dormantes» de la rébellion et à des commandos des Forces spéciales étrangères infiltrés dans la capitale libyenne. On voit que les méthodes de la rébellion et du «commando invisible» d’Ibrahim Coulibaly, assassiné à la grande satisfaction des services spéciaux étrangers qui l’ont aidé à faire ce qu’il a fait d’Abobo avant d’y mourir, ont été reproduites de manière quasiment parfaite. Après-demain, la «doctrine d’Abidjan» sera étudiée dans les écoles de guerre !

De qui  le Bahreïn se moque t il ?

Avez-vous, vous aussi, ri aux éclats après avoir lu ou entendu que le Bahreïn, aux côtés de l’Arabie saoudite et du Koweit, a rappelé son ambassadeur en Syrie pour «protester» contre la «répression» du mouvement de contestation du régime de Bachar El-Assad ? Avez-vous voulu rappeler au rédacteur de la dépêche évoquant la question ou au présentateur du bulletin d’information annonçant la nouvelle que le Bahreïn lui-même avait violemment maté ses contestataires, avec l’appui militaire de l’Arabie Saoudite et la complicité des Occidentaux, qui se sont gardé de demander «le départ imm&eacurvant les différents épisodes de la guerre «au nom de la démocratie» lancée par un Occident quasi-ruiné en Afrique et dans le monde arabe, de se poser mille et une fois la question : est-ce que ce monde est sérieux ?

Théophile Kouamouo

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Abdoulaye Traoré : « C’est Ouattara qui a payé les armes pour nous »

Le texte publié ci-dessous provient de deux interviews de Abdoulaye Traoré alias AB, ex-rebelle ivoirien et ex-chef de guerre de la capitale des 18 Montagnes de Man.

Après sa sortie de prison au Mali, Abdoulaye Traoré alias AB, a regagné Abidjan. Dans cet entretien il dénonce les pratiques mafieuses de Guillaume Soro, Alassane Ouattara et du facilitateur, Blaise Compaoré dont le seul but est de faire tomber le Président Laurent Gbagbo. Il dénonce la complicité de certains pays.

Cela un fait bon moment qu’on ne vous entend plus. Qu’est-ce qui explique cela ?

Nous sommes là. Des personnes ont voulu nous réduire au silence. Elles ont monté un coup contre nous pour qu’on nous mette aux arrêts au Mali. Elles ont manipulé la brigade judiciaire malienne. Nous avons passé au moins deux mois dans les geôles de la brigade judicaire sans réel motif. Notre avocat a cherché en vain à savoir les raisons de notre arrestation. Quelques jours après, cette police soutient qu’elle a un mandat d’arrêt international contre nous. Notre avocat a avisé l’Interpol à Abidjan pour vérifier la véracité de cette affirmation. On s’est rendu compte qu’il s’agissait d’un complot et qu’il n’y avait rien contre nous. Un autre jour, les responsables de la brigade viennent signifier que notre arrestation est due à notre implication dans les dernières attaques de Man. Ce qui est faux. Le procureur leur a demandé les raisons de notre arrestation. Nos proches ont été mis aux arrêts. On a tout pris dans notre maison. Des documents ont été emportés.

Avez-vous des soupçons sur des personnes ?

Blaise Compaoré, des autorités maliennes, Guillaume Soro et sa bande. Sans oublier Tiken Jah. C’est le commandant de brigade qui nous l’a signifié. Selon lui, notre arrestation est une affaire politique. Mieux, il nous demande de pouvoir régler ce problème avec le ministre de la Sécurité malienne. Ainsi notre avocat a pris attache avec ce dernier. Il a confirmé les dires du commandant. Ils ont tenté de m’éliminer par empoisonnement en me donnant des médicaments. Sous prétexte que ce sont des remontants. Cela n’a pas marché. Un matin, ils nous ont envoyé devant le directeur de la police. Ce dernier nous annonce notre liberté. Mais il nous demande de ne plus faire des déclarations pour attaquer les personnalités citées plus haut si nous tenons à notre vie. Parce qu’elles n’ont pas apprécié nos interventions dans les journaux proches du Président Laurent Gbagbo. En plus, il nous reproche d’avoir fait échoué une attaque sur Abidjan.

Comment ?

Ils devaient attaquer le régime d’Abidjan dans le courant du mois de Mars. Leur coup ayant échoué. Ils estiment que c’est nous qui avons informé à Abidjan. Alors que nous n’avions aucune information. Le coup était préparé depuis Ouagadougou. Nous vous avons dit dans une interview que Blaise Compaoré ne joue pas franc jeu. Il tient Soro dans sa main. C’est l’une des raisons du blocage dans l’application de l’Accord de Ouagadougou. Alassane Ouattara est également dans le coup. C’est lui le vrai père de la rébellion. Il veut prendre le pouvoir par les armes. Parce qu’il est convaincu qu’il ne pourra pas gagner les élections par les urnes. Toutes ses manigances qu’il a voulu faire pendant les opérations de l’audience foraine, de l’indentification et de l’enrôlement ont échoué. Le seul recours dans ce combat, sont les armes. Il est toujours dans la logique de coup d’Etat. Il n’a pas baissé les bras. Le pouvoir doit être vigilent. Alassane ne veut pas aller aux élections. Il est soutenu par Blaise Compaoré.

Pourquoi ?

Les Français ont mis la pression sur Blaise Compaoré. On lui demande de s’arranger pour qu’Alassane prenne le pouvoir. Il ne faut pas que les élections aient lieu. Blaise Compaoré veut se représenter aux présidentielles prochaines. Alors que la constitution de son pays ne le permet pas. Il veut avoir la caution de la France pour la tripatouiller. Ce qui a été fait. En retour, il doit satisfaire aux exigences de Sarkozy par rapport à la Côte d’Ivoire.

Quelle a été réellement l’implication de M. Blaise Compaoré dans la rébellion?

En 2000, Blaise Compaoré  nous a envoyés à Pô, après à Frakrô où nous nous sommes entraînés avant de venir attaquer le 19 septembre 2002. C’est pour tout cela qu’il ne peut pas se mêler aux autres présidents du panel de l’Union africaine et venir gâter le résultat de leur travail. Lorsque j’ai parlé dans la presse en 2008, j’ai dit qu’on ne pouvait pas aller aux élections sans le désarmement. Blaise Compaoré était Facilitateur, mais on est allé aux élections sans le désarmement et voilà les conséquences. J’ai bien dit en 2008 que Blaise Compaoré allait venir mélanger ce pays et faire tuer beaucoup de gens. J’avais prévenu que les gens allaient distribuer les fausses cartes d’identité au Nord ; j’avais également signalé la participation de la France. C’est la France, avec le Général Johanna et Alain, qui nous faisaient contourner les positions des Fds pour pouvoir prendre des villes.

Et comment cela se passait-il ?

Les Français donnaient le système, ils nous disaient comment les Fds sont placées. On contournait, on faisait l’infiltration et lorsqu’ils arrivaient, ils nous distribuaient les armes. En fait, ils nous indiquaient des endroits où ils déposaient les armes pour nous. Par la suite, nous, on va les récupérer là-bas et puis on frappe !

Les Français mêmes, la Licorne ?

Oui, les militaires français, avec l’adjudant Raymond, signalaient les dispositifs de l’adversaire et distribuaient les armes à des points précis. A Man, par exemple, lorsqu’on voulait rentrer là-bas, on a discuté avec eux, ils sont allés cacher les armes quelque part, au cimetière. Ils nous ont indiqué que la poudrière des Fds était à la Préfecture de Man. J’ai fait l’infiltration, et lorsque nous sommes arrivés, nous avons frappé de prime abord sur la poudrière afin de disqualifier les Fds, puis nous avons avancé. C’est le même système que l’Onuci est en train de faire actuellement à Abobo. Ils sont là-bas, ils font entrer les armes et ils les partagent. Ce sont les mêmes qu’ils ont cachées quelque part, qu’ils ont utilisées pour frapper. C’est comme présentement, ils cherchent les poudrières d’Abidjan pour les attaquer.

Mais comment les soldats français trouvaient-ils les poudrières des Fds, par hélico ?

Non, ce n’est pas toujours par hélico, mais avec des complicités internes.

Alassane Ouattara a toujours nié la paternité de la rébellion…

Il ne peut tenir de tels propos. Il faut qu’il soit sincère. C’est lui qui a payé les armes pour nous. Nous disposons de quels moyens pour les payer. Chaque fin du mois, il déboursait la somme de 25 millions Fcfa pour notre nourriture. Alassane Ouattara ne dit pas la vérité. Nous sommes prêts à faire un débat avec lui. Nous avons les preuves. Ce monsieur montre qu’il est poltron. Il n’a pas les couilles pour assumer. Il nous a armés. Maintenant il fuit ses responsabilités. Ce sont les armes qui ont fait qu’il est devenu candidat exceptionnel. Le moment viendra où nous allons tout déballer. On le comprend il a peur d’aller au Tribunal pénal international. Dans tous les cas, il va répondre de ses actes un jour. Nous avons intégré la rébellion avec bon nombre de jeunes pour la cause d’Alassane Ouattara. Nous avons eu plusieurs réunions avec lui-même à Ouagadougou avant les attaques du 19 septembre 2002. Quelques fois, il nous faisait venir certains de ses émissaires. Il s’agit de Hamed Bakayoko, Amon Tanoh, Aly Coulibaly, Amadou Gon…

Tout le monde sait que c’est Ouattara qui nous a mis dans cette situation. Pour nous préparer, il a pris attache avec les autorités du Burkina Faso et du Mali pour qu’on soit logé et entraîner dans un camp militaire. Ce dernier a accepté. Ce qui a facilité notre attaque. On se rappelle quant le général français Joana est venu nous voir à Man. Il nous a demandé de faire tout pour qu’Alassane Ouattara arrive au pouvoir. Et qu’ils sont prêts à nous apporter un soutien logistique. Puisque la France veut que ce soit lui le nouveau Président de la Côte d’Ivoire pour remplacer Laurent Gbagbo. Il a tenu parole. Nous avons reçu du matériel, des treillis. Nos hommes ont été entraînés. En plus, l’armée française nous servait d’éclaireur. Ce sont les soldats de la Licorne qui nous donnait la position des Forces loyalistes. Si nous devons allés devant les tribunaux pour répondre de nos actes, Alassane Ouattara ne va pas échapper. On connait ceux qui ont fait le recrutement des hommes pour intégrer la rébellion.

C’est qui ?

C’est IB. Il était supervisé par des proches d’Alassane Ouattara. Aly Coulibaly, Hamed Bakayoko… Dans ces conditions est-ce qu’il peut nier la paternité de la rébellion ? Il faut qu’on nous prenne au sérieux. En plus la majorité des chefs de guerre ont été ses gardes du corps. A savoir : IB, Tuo Fozié, Mobio… Pendant que nous étions sur le terrain, on recevait toujours les encouragements d’Alassane Ouattara par des coups de fil téléphonique. Il nous demandait de tenir bon. Et de ne pas lâcher prise. Puisqu’on était plus loin de la victoire. On se rappelle également que lorsque les loyalistes avaient pris Man, il était dans tous ses états. Il était furieux.

En faisant de telles déclarations, n’avez-vous pas peur pour votre vie ?

On meurt une seule fois. Nous n’avons peur de rien. Nous ne craignons rien. Si nous avons peur, on ne serait pas venu à Abidjan. Nous avons le droit de dire la vérité rien que la vérité. Huit ans après la guerre, nous nous sommes rendu compte que nous avons pris le mauvais chemin. Nous ne disons pas cela pour que les Ivoiriens nous pardonnent. Nous reconnaissons avoir été induits en erreur. Ne dit-on pas que l’erreur est humaine.

Tiken Jah a quel rapport avec la rébellion ?

Notre arrestation au Mali a été menée par Tiken Jah. Nous étions en Libye lorsqu’il nous a demandé de venir le rejoindre au Mali pour parler affaire. Nous n’avons pas trouvé de problème. Puisqu’avant l’attaque du 19 septembre 2002, c’est lui qui était notre tuteur au Mali. Quelques jours après notre arrivée, nous sommes mis aux arrêts. Pendant notre incarcération, il n’a pas mis les pieds. C’est après que nous avons été informés que ce dernier a été actionné par les services de Guillaume Soro et malien pour nous conduire dans ce traquenard. C’est l’un des pions essentiels de la rébellion. Il a joué un rôle très important. C’était un pion essentiel. Il était chargé d’héberger tous les éléments à Bamako. C’est lui le tuteur. Il nous a mis dans toutes les conditions. Il organisait des concerts. Les fonds recueillis étaient mis en notre disposition. Il s’est enrichi dans la rébellion. Il faisait du trafic du coton. C’est son petit frère qui était chargé de convoyer les camions vers le Mali. Il était dans un deal avec Kouakou Fofié.

C’est grave ce que vous dites ?

En quoi c’est grave. C’est la vérité. Il le sait. Il ne peut pas le nier. C’est lui qui était chargé de galvaniser les troupes à travers des chansons. Il nous encourageait à réussir notre mission. Toutes ces connexions ne veulent pas de la fin de la guerre. Il mange dedans. C’est pourquoi, cela nous fait sourire quant on parle de désarmement.

Pourquoi ?

Le Président Laurent Gbagbo refuse de prendre certaines responsabilités. Parce que Guillaume Soro roule pour Alassane Ouattara. Il travaille pour lui. Il envoie le pouvoir en bateau. Lorsque nous avons entendu dire que les deux se battent. C’est un camouflet pour distraire les gens. Ils ne vont pas déposer les armes. Alassane Ouattara n’a pas donné son accord. Il veut que ces hommes soient en armes jusqu’aux élections. Au cas où, il ne les gagne pas, il pourra contester les résultats. La dernière tournée d’Alassane dans le Nord était d’aller galvaniser les soldats à ne pas déposer les armes. Sinon ce serait sa mort politique. Il est allé leur dire qu’il compte sur eux à rester toujours en armes. Nous pensons qu’il faut les désarmer par la force. Sinon on va rester dans cette situation.

Sur quoi basez-vous pour dire qu’il n’y aura pas de désarmement ?

On se connaît. Il y a deux personnes qui peuvent leur demander de déposer les armes. Blaise Comparé et Alassane Ouattara. Malheureusement les deux personnes ne jouent pas franc jeu. Ils sont dans leur logique d’en découdre avec le Président Laurent Gbagbo.

On a assisté à l’encasernement des premiers éléments des Forces nouvelles.

Nous sommes dans un jeu de roublardise. Lorsque les gens venaient pour constater nos armes dans le cadre du désarmement, on embarquait nos armes pour aller les cacher à Ouagadougou. Nous savons de quoi on parle. Quant on dit qu’ils ont encasernés des gens et qu’ils ont pris leurs armes, c’est du faux. Ce sont des kalach. Nous allons vous dire que les hommes de Soro veulent attaquer. Ils attendent les failles pour frapper. Nous ne savons pas pourquoi, le Président Gbagbo continue de leur faire confiance. Ils veulent l’avoir à l’usure.

A vous entendre, il y a un danger sur les élections ?

Blaise, Soro et Ouattara ne veulent pas des élections. C’est le pouvoir qui se fatigue. C’est le départ à la tête du pays de Gbagbo qui les intéresse. Pour eux, ils n’ont pas pris les armes pour organiser des élections où ils vont sortir perdants. Il faut remarquer que toutes les revendications qu’ils ont demandées au Président Laurent Gbagbo ont été satisfaites. En retour ils n’ont rien donné. Même pas le désarmement. Cela doit interpeller les uns et les autres. Ils ne sont pas prêts. Nous pensons qu’il faut imposer le désarmement. Nous vous disons que Soro et Ouattara jouent dans le même camp. La preuve, Soro a décidé de partir de la tête du mouvement. Il a mis un intérimaire. Tout cela pour distraire les gens. Les hommes d’Alassane Ouattara ont pris le pouvoir. Affoussy Bamba est devenue porte-parole. Mamadou Koné est devenu secrétaire général par intérim. Ces deux personnes sont des inconditionnels du mentor du RDR.

Pourquoi êtes-vous arrivé à Abidjan ?

Nous avons détourné l’attention des autorités maliennes. Nous étions obligés de nous déguiser pour regagner Abidjan. Nous avons décidé de mettre fin à notre exil. Nous ne pouvons plus accepter de prendre les armes pour venir attaquer à nouveau notre pays. En plus, pour notre propre sécurité, nous ne pouvons rester à Bamako. Nous regrettons tout ce que nous commis comme atrocités et dégâts. Nous demandons pardon aux populations ivoiriennes. Nous sommes prêts à répondre de nos actes. Nous ne serons pas les seuls à tomber. Alassane Ouattara et certains de ses proches ne vont échapper. Nous sommes prêts à aller devant le Tribunal pénal international. Nous souhaitons qu’il nous convoque. Nous avons beaucoup de choses à dire.

Comment s’est passé concrètement le casse de la Bceao ?

Ce qui s’est passé à la Bceao, ce sont des instructions venues d’en haut jusqu’à nous. On a eu des instructions. J’ai une documentation et des Cd sur la répartition des fonds, où l’argent a été gardé, etc. Chacun a parlé sur le Cd, ce qu’il a eu dans le casse, tout. Vous savez, avant comme on était ignorant,  chacun a parlé, a fait le travail, sans s’en rendre compte que ça peut le condamner demain. C’est comme le Cd de Koné Zakaria où il explique que Alassane est le père de la rébellion, sans savoir que ça pouvait se retourner contre lui, c’est la même chose. Nous étions ignorants. C’est maintenant que nous comprenons que nous avons pris des risques. Sinon j’ai le Cd du partage, le montant qui est parti à Ouaga, combien on a reçu, par où c’est passé, tout…

Et le Président Compaoré, il a eu sa part ?

Tout le monde a eu sa part ! Tout le monde a eu ! Ce n’est pas ceux qui ont donné les instructions qui ne vont pas avoir leur part. A un moment, il n’y avait pas d’argent pour acheter les armes. Donc il fallait trouver un système pour casser la banque pour trouver de l’argent et payer les Pa et les Rpg, etc. Ils ont demandé un montant. C’est comme la campagne d’Alassane Ouattara. Sa campagne, c’est l’argent de la Bceao qui l’a financée. Voyez bien, est-ce qu’un homme, même s’il a travaillé pendant cent (100) ans, peut-il avoir l’argent de la sorte ? Comment ? Soyons clairs, soyons dans la logique, disons-nous la vérité. Il n’a jamais été Président, comment a-t-il pu avoir cet argent  pour faire cette campagne qu’il a faite ? On sait d’où ça provient, on sait qu’il y a eu trois agences attaquées : Korhogo, Man, Bouaké. Et on sait les contenus qui sont partis, on sait! Son émissaire venu chercher l’argent, on connait ; les soldats burkinabés venus chercher aussi, on connait ! l’immatriculation de la voiture burkinabé venue convoyer l’argent, on connait ! Donc, qu’ils arrêtent de fatiguer le président Gbagbo. Ce sont eux mêmes qui ont pris l’argent de la Bceao pour faire leur campagne. Nous, on a pris des morceaux- morceaux, moi, je reconnais ce que j’ai pris, mais que chacun reconnaisse ses faits !

Lire l’interview de Abdoulaye Traoré dans le journal le temps (Décembre 2008) : « Alassane Ouattara a demandé à Blaise Compaoré de l’aider à renverser le pouvoir de Gbagbo »

Lire l’interview de Abdoulaye Traoré dans le journal le temps (Février 2011)  : « Blaise Compaoré a eu sa part dans l`argent du casse de la Bceao »

Côte d’Ivoire : Les partisans d’IB saisissent la CPI

Ibrahim Coulibaly dit « IB »

Les partisans du sergent-chef Ibrahim Coulibaly ne veulent pas qu`on passe par pertes et profits la mort de leur leader. Ils ont donc demandé officiellement à la Cour pénale internationale (CPI) d`ouvrir une enquête sur la mort de cet ex-sergent chef des Forces armées nationales de Côte d`Ivoire (-Fanci).

Et pour donner plus d`échos à leur voix, ils ont mis sur pied une organisation baptisée « Collectif pour la justice sur l`assassinat d`Ibrahim Coulibaly ». Hier dimanche 3 juillet 2011 sur Radio France inter (RFI), le président de ce collectif, Vè Fofana a déclaré avoir demandé à la CPI d`enquêter sur la mort d`Ibrahim Coulibaly. « Nous avons des informations que nous mettons à la disposition du procureur de la CPI afin que la vérité soit sue sur l`assassinat du « Général » Ibrahim Coulibaly », a-t-il confié. Vè Fofana va même plus loin pour demander au procureur Luis Moreno Ocampo d`ouvrir également une enquête sur les massacres en Côte d`Ivoire depuis 2003. « Nous mettrons les informations que nous avons à la disposition de la CPI. La justice fera son enquête et pourra situer les responsabilités des uns et des autres. Il faut aussi qu`on puisse enquêter sur les massacres en Côte d`Ivoire depuis 2003 », a-t-il ajouté, qualifiant la mort d`IB de crime de guerre à élucider. IB, faut-il le rappeler, avait été sommé de déposer les armes par le président Alassane Ouattara. Soupçonné de ne pas vouloir se plier à cette exigence et de faire du chantage aux nouvelles autorités, alors qu`il réclamait une audience au chef de l`Etat, il a été tué le 27 avril dernier à Abobo PK 18, son fief, après une offensive menée par les Forces républicaines de Côte d`Ivoire (FRCI) sur ses positions. Et depuis lors, les versions divergent sur les circonstances de sa mort. Selon le porte-parole du ministre de la Défense, Allah Kouakou Léon, IB a été tué après un affrontement entre ses hommes et les FRCI, quand les proches de la victime parlent d`assassinat. « Nous sommes dans un crime de guerre et la CPI est habileté à enquêter sur les crimes de guerre et à poursuivre ces crimes. Nous nous en remettons à la CPI pour que la lumière soit faite d`autant plus que Ouattara lui- même demande à la CPI d`enquêter sur les crimes de guerre qu`il y a eu en Côte d`Ivoire pendant la crise post-électorale », a soutenu le président du Collectif. La demande d`enquête, soulignons-le, a été faite il y a maintenant trois semaines. Après la mort d`IB, ses partisans ont reclamé que la lumière soit faite sur sa mort. Le président Ouattara qui dit avoir demandé que le chef du commando invisible soit pris vivant, tout comme il l`avait indiqué pour l`ex-président Laurent Gbagbo, a ordonné une autopsie pour y voir clair. Cette fois, c`est le concours de la CPI qui est sollicité pour savoir dans quelle circonstance IB a été tué et qui en a donné l`ordre.

Y.DOUMBIA, L’Inter

Pourquoi Ouattara est mal parti ?

Appui trop voyant de Paris, Soro trop puissant, tueries dans l’ouest et maintenant assassinat d’IB. La présidence d’Alassane Ouattara est décidément mal partie.

Il promettait la paix et la réconciliation à une Côte d’Ivoire traumatisée par une décennie de crise politico-militaire. Mais pour Alassane Ouattara, difficile vainqueur de la présidentielle de novembre, le chemin menant au palais présidentiel est jonché de cadavres.

IB trop gênant

Ibrahim Coulibaly dit «IB» gênait. Cet ancien putschiste, grand rival du tout-puissant Premier ministre Guillaume Soro, estimait à juste titre avoir contribué à la chute de Laurent Gbagbo. A la tête du «commando invisible», il a enclenché une guérilla urbaine dans Abidjan, la grande métropole peuplée de 5 millions d’habitants.

Ses combattants –«invisibles» car se fondant dans la population, souvent originaires du Nord du pays– ont dès le début de l’année choisi la confrontation avec les militaires de Gbagbo, alors que Ouattara et Soro, retranchés dans l’Hôtel du Golf d’Abidjan, donnaient du temps au temps, se refusant à faire parler les armes, face à un Gbagbo obstiné, de plus en plus isolé mais toujours aux commandes.

Le «commando invisible» a d’abord fait parler de lui à Anyama et surtout Abobo, dans la banlieue nord d’Abidjan. «Abobo la guerre», immense quartier spontané, en grande partie un bidonville de plus d’un million d’habitants. C’est là qu’a débuté la «bataille d’Abidjan». L’armée de Gbagbo n’a rien pu faire. Elle a d’abord perdu le contrôle de la rue, se regroupant dans le camp commando.

Les blindés légers parcouraient à toute vitesse les rues poussiéreuses en tirant à l’aveuglette à la kalachnikov et à la mitrailleuse. Les mortiers, installés en périphérie du quartier, tiraient au hasard. Des obus sont tombés sur un marché. Sur des habitations. Les civils étaient les premières victimes.

Puis le commando invisible a pris la quasi-totalité d’Abobo et d’Anyama, débordant alors sur les quartiers plus résidentiels d’Adjamé et de Cocody. Déjà, certains observateurs faisaient remarquer que ces combattants bardés de gris-gris étaient davantage anti-Gbagbo que pro-Ouattara.

Selon certaines versions, les hommes d’IB ont même essayé de «doubler» les forces pro-Ouattara, arrivées aux portes d’Abidjan. Le «commando invisible» aurait pris la Télévision d’Etat RTI et marché sur le palais présidentiel au Plateau, avant même que les Forces républicaines d’Alassane Ouattara n’entrent dans Abidjan…

Mais ils auraient été repoussés par les forces de Gbagbo et n’auraient guère reçu de soutien du ministre de la Défense du président Ouattara, un certain Guillaume Soro. Après la victoire finale, IB a réclamé sa part du gâteau.

Il aurait pu être arrêté, il a été tué.

Duékoué, le cauchemar

Que s’est-il passé à Duékoué pendant la prise par les forces pro-Ouattara de ce grand carrefour de l’Ouest, le 29 mars? Mais aussi juste avant et juste après? Il y a eu des centaines de morts, environ 800 selon plusieurs ONG, dont Amnesty et Human Rights Watch (HRW).

Les Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI), qui en quelques jours seulement ont pris le contrôle de la moitié Sud du pays, ont «dérapé» dans l’Ouest, notamment à Duékoué.

Avant la chute de la ville, les milices pro-Gbagbo aidées de mercenaires libériens ont attaqué les populations originaires du Nord et les ressortissants du Burkina et du Mali, nombreux à travailler dans les plantations de cacao.

Mais la prise de la ville s’est ensuite accompagnée de centaines de morts, notamment dans le quartier Carrefour, dans l’ouest de Duékoué. Les victimes étaient essentiellement des Guéré, ethnie réputée favorable à Gbagbo.

Les forces dirigées par Soro se sont défendues: elles ont reconnu que des personnes avaient été tuées, notamment par leurs combattants, mais assuré qu’il s’agissait de miliciens et non de civils. Plusieurs témoignages recueillis par des défenseurs des droits de l’Homme font toutefois état de femmes et d’enfants parmi les victimes…

Les exactions commises à Duékoué sont considérées comme des crimes de guerre et donc passibles de la Cour pénale internationale (CPI). Le président Ouattara a promis que justice serait faite, que les coupables seraient arrêtés.

Aujourd’hui encore, 30.000 personnes terrorisées s’entassent dans des conditions sanitaires déplorables à la Mission catholique de Duékoué. Parmi eux, des Guéré qui ont peur de rentrer chez eux. Mais aussi des miliciens craignant à raison une justice expéditive.

Pourtant, le chemin de la réconciliation passe par Duékoué. Si le président Ouattara ne punit pas les criminels dans ses propres rangs, l’Ouest ivoirien risque de lui échapper.

French touch

Sans l’appui militaire de la France, agissant sous mandat de l’ONU, Ouattara n’aurait pas gagné la «bataille d’Abidjan». Ses forces, qui ne disposaient par d’armes lourdes, qui opéraient sur un terrain qu’elles ne connaissaient pas ou prou, butaient sur le dernier carré de combattants de Gbagbo, un mélange de troupes d’élite, de mercenaires et miliciens qui se sont battus avec l’énergie du désespoir pour protéger le bunker présidentiel.

Ils avaient notamment un avantage de taille, des véhicules blindés légers qui «explosaient» les pick-up armés de mitrailleuses des forces pro-Ouattara. L’assaut final traînait en longueur. Il a fallu les missiles des hélicoptères de la force française Licorne et de la mission onusienne (Onuci) pour ouvrir des brèches dans lesquelles les hommes de Soro se sont engouffrés.

Mais combien de temps le président Ouattara, affublé pendant quatre mois du qualificatif «reconnu par la communauté internationale», mettra-t-il pour faire oublier qu’il est arrivé au palais présidentiel dans les valises de la force Licorne. La «French Touch» ne sera pas facile à effacer. Elle a été trop décisive dans la victoire finale.

Super Soro

Mais l’autre problème de Ouattara, ce ne sont pas les Français. C’est son propre Premier ministre, ministre de la Défense, homme tout-puissant, homme redouté. Guillaume Soro. Qui n’a pas 40 ans.

Autant Ouattara a une image de technocrate, figé dans une posture présidentielle, qui l’éloigne du peuple. Autant Soro est charismatique, sait parler au peuple. Il a donné à Ouattara la victoire des urnes. Cela n’a pas suffi. Il lui a donné la victoire militaire, lui l’ancien chef rebelle qui a mené ses troupes jusqu’à Abidjan.

Soro a gagné la guerre mais ne sera pas l’homme de la paix. C’est un classique de l’histoire contemporaine. Churchill a résisté puis a battu Hitler. Mais les électeurs l’ont boudé ensuite. Comme le général De Gaulle.

Les jours de Soro comme Premier ministre sont donc comptés. Ouattara doit satisfaire son autre allié, Henri Konan Bédié. Le prochain chef de gouvernement sera en conséquence issu de son camp.

Mais que faire de «Super Soro»? Créer un poste de vice-président? Pourquoi pas. Mais quel chef d’Etat aimerait avoir comme numéro 2 un homme si puissant, si jeune, si ambitieux?

L’exclure du pouvoir? Cela serait dangereux. Soro s’est habitué aux ors de la République d’un pays qui, malgré la crise, reste le plus riche de l’Afrique de l’Ouest francophone.

Que faire de Soro? Pour le président Ouattara, c’est la question numéro un. La réponse ne devra pas tarder, elle devra être claire. Elle déterminera l’avenir du pays. Elle dira si le «miracle ivoirien» est toujours possible ou si le cauchemar continue.

Source : slateafrique.com

Arsene Dogba (politologue) : Mr Alassane se trouve à la tête d’un pays ruiné par lui-même

Lynx.info : Comment le politologue que vous êtes décrit la Côte d’Ivoire actuelle ?

Arsène DOGBA : La Côte d’Ivoire peut simplement être décrite comme un Etat en total déconfiture, un état défaillant. Arrivez en Côte d’Ivoire et vous verrez qu’aucune institution ne fonctionne véritablement là-bas. Pas même le pouvoir exécutif. L’Etat ne peut même plus assurer son devoir régalien qui consiste, entre autres, à veiller sur la sécurité des biens et des personnes vivants en Côte d’Ivoire. Au plan international, le pays a cédé sa souveraineté, à tant qu’état indépendant, à plusieurs entités institutionnelles (Union Européenne, USA, Union Africaine) à plusieurs multinationales (Bouygues, Bolloré, Cargill, Total, etc.…). Bref à l’assemble de la communauté internationale (ONU), y compris la CEDEAO. Cela me semble un cas isolé dans la vie des états modernes. Surtout en ce qui concerne les relations entre les états indépendants dans ce nouveau contexte de mondialisation.

Lynx.info : La carte politique avec le front entre Houphouetistes, voit l’arrivée  du FN de Guillaume Soro. C’est une opportunité ou une aubaine pour Alassane Ouattara ?

Opportunité ou aubaine, c’est Alassane seul qui sait ce que l’arrivée prochaine des Forces Nouvelles sur la scène politique représentera pour son parti, le RDR ou pour la coalition des Houphouetistes, le RHDP. Pour moi, les dirigeants de ce mouvement rebelle (ce n’est pas encore un parti politique) gagneraient à le dissoudre le plus tôt possible pour éviter qu’il réveille davantage les souvenirs des atrocités commises depuis 2002. Mais, si les « Forces Nouvelles » devait se muer en parti politique légalement constitué, avec Soro Guillaume en tête, M. Alassane perdrait un allié de taille d’autant que Soro lui a servi de marche pieds dans sa longue marche vers le coup d’état du 11 Avril 2011 qui l’a porté au pouvoir.

Lynx.info : Prenons les chiffres de la communauté internationale, avec 46% qui ont voté pour Laurent Gbagbo. Comment expliquez-vous qu’Alassane Ouattara semble faire fi ?

L’agenda réel d’Alassane Ouattara me semble être autre que celui de gérer autrement la Côte d’Ivoire pour le bonheur des populations ivoiriennes. Sinon, comment comprendre qu’après l’arrestation du Président Gbagbo, le 11 Avril 2011, par les forces spéciales Françaises et sa mise en résidence surveillée dans un endroit tenu secret, la chasse aux militants, aux cadres de LMP  et aux Bétés, l’ethnie de Gbagbo, continue. Je pense que l’agenda caché d’Alassane était de se venger des ivoiriens qui lui auraient dénié la nationalité ivoirienne. Pour vivre aujourd’hui sans crainte en Cote d’Ivoire qui compte 60 ethnies, il faut être Dioula (son ethnie) ou Baoulé (l’ethnie de Bédié).

Pour revenir au fond de  votre question, je vous remmène à la carte électorale du premier tour de la présidentielle.  Parce que les résultats représentés sur cette carte indiquent clairement la force politique de chacun des trois principaux leaders ivoiriens, notamment, Gbagbo, Bédié et Alassane. Cette carte électorale nous indique que la zone d’influence de Laurent Gbagbo part du grand Ouest (Biankouma) jusqu’au Nord-est (Tehini), aux portes de Kong, la ville d’origine d’Alassane. De l’Ouest à l’Est,  cette zone d’influence LMP couvre tout le grand sud à l’exception des régions des lacs et du N’zi Comoé. Sur les 19 régions de la Cote d’Ivoire, le président Gbagbo a remporté dans 11 régions, ce qui représente 57.89 % du territoire national alors qu’Alassane n’a remporté que dans seulement 06 régions localisés dans la zone Nord sous contrôle rebelles. Ce qui représente 31.57 % du territoire. Si nous considérons les faux résultats du second tour certifié par l’ONU, le candidat Gbagbo a obtenu à lui tout seul 2.107.055 voix soit 45,9 % du vote tandis que les 2.483.164 voix soit 54,1 % du faux gagnant, Alassane, constitue la somme des voix transférées du PDCI (3eme au 1er Tour), de l’UDPCI (4eme) et du PIT à son parti, le RDR.

Au regard de ces résultats, il n’est pas faux d’affirmer que le président Gbagbo est le leader politique le plus populaire de Côte d’Ivoire. Cette popularité a même été renforcée par la barbarie du 11 Avril dernier, les tueries et les pillages des forces de M. Ouattara. Alassane ne doit donc pas faire fi d’une telle personnalité s’il veut vraiment gouverner la Côte d’Ivoire dans la sérénité.

Lynx.info : Pour le politologue et écrivain Bernard Doza, le PDCI peut cesser de rêver, c’est Guillaume Soro qui est  aux commandes. C’est ça ?

M. Doza n’a peut être pas tord. Aujourd’hui Alassane n’a aucun contrôle de son nouveau pouvoir. Il est conscient de son impopularité puisqu’il sait que sa valeur réelle est 22% de l’électorat ivoirien. Un pourcentage obtenu par la commission LMP chargée des élections après le premier tour. Les experts LMP ont déduit les voix frauduleusement données à Ouattara au nord des résultats définitifs. Nous l’avions dit plus haut, Alassane n’a aucune popularité sans le PDCI. C’est grâce au transfert des voix issues du PDCI, de l’UDPCI et du PIT qu’il a pu obtenir les 48,10 % des voix annoncées par le Conseil Constitutionnel ivoirien. Par conséquent, une rupture avec le PDCI  mettrait son pouvoir en face d’une opposition (PDCI et FPI) qui détiendrait environ 75 % de l’électorat national. Sa survie politique dépend donc de la survie du RHDP. Pour ce qui concerne Soro Guillaume, avec le nouveau parapluie militaire qu’il vient d’obtenir de la France, Alassane peut se débarrasser d’un seigneur de la guerre (Soro) devenu trop gênant. Ne l’a-t-il pas fait avec Ibrahim Coulibaly (IB) ?

Lynx.info : Beaucoup d’analyses voient venir un déchirement entre Houphouetistes. Vous êtes aussi d’avis ?

Il y a beaucoup de chance que le fossé s’élargisse entre les houphouetistes avec le maintient de Soro Guillaume au poste de Premier Ministre, un poste que Alassane avait promis au PDCI. Il y a aussi que beaucoup de militants du vieux parti n’ont pas apprécié du tout les bombardements d’Abidjan qui ont permis l’arrestation de Gbagbo. Car beaucoup croyaient qu’Alassane n’en arriverait pas là. Ceux-là vont donc grossir le rang des partisans du dissident (PDCI) M. Atse Jean Claude qui travaillait déjà dans le sens de la rupture avec le houphouetistes, membres du RHPD. Cet houphouetiste ultraconservateur avait même prévu un congrès extraordinaire du vieux parti en Avril passé. Malheureusement, leur action a été arrêtée par la chute du président Gbagbo. Ce clan Atse Jean Claude s’oppose à la fusion RDR-PDCI et récusait le règlement de la crise post-électorale par la voie des armes. Avec les événements du 11 Avril 2011, la fracture s’est davantage élargit entre les houphouetistes puisque le camp Atsé Jean Claude est aussi recherché comme les militants de Gbagbo.

Lynx.info : Comment expliquez-vous qu’Alassane a plutôt voulu changer tout ce qui était l’Etat de Côte d’Ivoire au lieu d’apporter des touches comme dans tous les pays sérieux ?

Malheureusement, depuis l’arrivée d’Alassane en Côte d’Ivoire, le pays ne fait plus parti des nations sérieuses. Si vous lisez le projet de société et le programme de gouvernement que M. Alassane a présenté aux Ivoiriens pendant la campagne électorale de 2010 vous verrez bien que c’est la copie conforme du programme de refondation du président Gbagbo. Il n’a rien proposé de nouveau aux Ivoiriens dans ce qu’il appelle « ADO Solutions». Il n’avait donc rien de nouveau à proposer. Il voulait être président de Côte d’Ivoire pour protéger les intérêts français. Il fallait qu’il le devienne contre vents et marrées. C’est ce qui s’est passé. A l’origine, le président reconnu par l’ONU n’avait pas de plan pour détruire la Côte d’Ivoire. Parce qu’il voulait quand même hériter d’un pays debout. Mais tout est arrivé après sa défaite et grâce au soutient de la communauté internationale avec la France en tête. Ce soutient tenait lieu d’une licence pour autoriser tous les moyens nécessaires pour déloger le président Gbagbo et occuper sa place.

Depuis le 11 Avril 2011, Mr Alassane se trouve à la tête d’un pays ruiné par lui-même. Il lui revient maintenant de prendre la facture à son compte. Je vous assure que cinq ans de mandat, même tranquille, ne suffiront pas pour ramener la Côte d’Ivoire au niveau du développement où elle était avant la chute de Gbagbo. Pour la simple raison qu’en cette période de restriction budgétaire en Europe et aux Etats-Unis et avec le départ de son ami DSK du FMI, Alassane n’aura pas les ressources financières nécessaires pour payer la facture de la reconstruction et amorcer le développement. Les exigences domestiques de ses alliés occidentaux feront que leur priorité ne sera pas la Côte d’Ivoire.

Lynx.info : …. Sarkozy voudrait garder les militaires français en côte d’Ivoire.  Comment le politologue que vous êtes explique la présence d’une force étrangère dans un pays souverain ?

Cette force étrangère est en Côte d’Ivoire depuis l’indépendance. Et cela n’a pas empêché au pays le progrès que nous connaissons. Comme au Japon et en Corée du Sud avec la présence des forces Américaines, cette couverture sécuritaire a certainement contribué au développement de la Côte d’Ivoire. Mais ce qu’il faut faire remarquer est qu’au lendemain des indépendances cette présence française était nécessaire. Aujourd’hui les temps ont changé et la technologie militaire aussi. Une force amie n’a donc plus besoin de s’établir sur place pour intervenir en cas de besoin. En plus, si les pères fondateurs pouvaient être fiers d’avoir une force étrangère sur leur territoire au lendemain des indépendances, ce n’est plus le cas pour la nouvelle génération d’Africains qui sont assez jaloux de la souveraineté de leurs pays. C’est vrai que la question de la souveraineté devient de plus en plus discutable avec les nombreuses ingérences des Etats, des institutions internationales, des multinationales et même des Organisations non gouvernementales. Mais nous n’en sommes pas encore au déni de cette souveraineté à l’Etat. Il faut donc respecter et protéger ce qui lui reste comme souveraineté. Et cela passe par la maitrise de la sécurité et de la défense nationales. Quand un Etat livre ce pan de sa souveraineté à un état tiers, il se dénie sa propre souveraineté, son indépendance.

Lynx.info : La réconciliation entre ivoiriens. C’est bien ou mal parti ?

A notre avis la réconciliation entre les ivoiriens est mal parti pour au moins trois raisons : Premièrement, l’attitude de M. Alassane pendant les trois jours de deuil qu’il a décrété les 12, 13 et 14 Mai. Pendant que les ivoiriens pleuraient leurs morts, il fêtait à Dakar et à Ouaga. Cette attitude laisse croire qu’il est conscient que ces hommes n’ont pas encore fini de tuer. Ce qui fait que les ivoiriens s’interrogent encore sur l’opportunité de la cérémonie. Deuxièment, jusque là Alassane n’a posé aucun acte qui rassure ; les principaux opposants avec qui il devait se réconcilier sont toujours en prison, dans les forêts ou en exil. Troisièment, la personnalité qu’il a choisie pour conduire la commission de réconciliation. M. Konan Banny n’est pas la personne indiquée pour ce boulot du fait qu’il est partie prenante au conflit. N’oublions pas qu’il a été l’un des Premiers Ministres (2005-2007) issu des Accord de Marcoussis.

Lynx.info : Selon-vous qu’aurait dû faire les nouvelles autorités ?

Nous croyons que la première action qu’Alassane aurait posée est la mise en liberté sans condition du Président Gbagbo et de tous les autres prisonniers politiques. Ce qui lui permettrait d’entamer une discussion franche et privée avec son frère Gbagbo pour qu’ensemble ils rassurent les ivoiriens, la communauté internationale et les investisseurs. Ceci aurait l’avantage de décrisper la situation sécuritaire sur le terrain et de remettre donc le pays sur la voie du développement. Je pense donc que la libération de Gbagbo et des cadres LMP est la clé de la réconciliation en Côte d’Ivoire. Il faut le faire sans trop attendre. En ce qui concerne la commission de réconciliation, elle aurait pu être dirigée par une personnalité neutre. Surtout pas politiquement marquée.

Lynx.info : Comment expliquez-vous qu’en Europe, Alassane Ouattara ait acquis un soutien jamais accordé à un opposant  africain ?

Les états n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts, dit-on. Il n’y a donc pas d’ami à mettre au pouvoir ici, il y a plutôt les intérêts des européens à protéger. Mais plus particulièrement le pouvoir de Nicolas Sarkozy et les intérêts stratégiques de la France à protéger. En Côte d’Ivoire, celui qui par sa position idéologique (Liberal) peut le faire mieux est M. Alassane Ouattara. Ce n’est donc pas sa personne qui intéresse le gouvernement français, l’Union Européenne ou les Etats-Unis. C’est plutôt ce à quoi il va leur être utile qui prime pour ces impérialistes. Il faut vraiment cesser de faire allusion à une quelconque amitié entre Sarkozy et Alassane quand il s’agit de justifier son soutient par la communauté internationale. A preuve les amis socialistes de Gbagbo n’ont rien faits pour lui. M. Sarkozy soutient donc Alassane pour que ce dernier l’aide à conserver son poste en France et pour sécuriser les contrats des gisements pétroliers en Côte d’Ivoire.

Lynx.info : Quel regard portez-vous sur l’Union Africaine et les Chefs d’Etat africains avec les drames ivoiriens et libyens ?

L’Union Africaine a échoué, les dirigeants Africains ont tous échoué. Et c’est dommage que notre continent traine encore des leaders comme Wade, Compaore, Goodluck. Ces trois personnages mettent en mal la sécurité du continent. Ils sont corrompus et n’ont aucune personnalité. Nous ne sommes pas fier d’eux. Pas du tout. Le premier s’accroche au pouvoir, le deuxième est élu à plus de 80% et le troisième a tué environ un millier de personne après son élection, selon une ONG local, Civil Rights Congress. Mais cela n’a pas eu d’écho auprès des medias internationaux et des autorités occidentales parce qu’il est un de leurs pions en Afrique. C’est dommage pour l’Afrique. Comme l’ONU, l’Union Africaine est devenue un agent au service de l’impérialisme occidental.

Lynx.info : Je vous remercie Mr Dogba

C’est moi qui vous remercie pour l’occasion que vous me donner d’apporter ma contribution à ce débat sur le retour de la France en Afrique par la Côte d’Ivoire après 50 années d’indépendance.

Interview réalisée par Camus Ali Lynx.info

Côte d’Ivoire : Le film de la mort d’Ibrahim Coulibaly

Militaire ayant le grade d’adjudant à la garde républicaine, Dramé Abdramane se souvient encore de la journée où l`ex-sergent-chef   Ibrahim Coulibaly et ses éléments ont fait irruption à son domicile lors de leur fuite du quartier général (QG) du commando invisible situé à la cité Coccinelle, à quelques encablures de la société Unicafé. Le vendredi dernier, il a accepté de nous raconter le calvaire que son épouse, ses enfants et lui ont vécu, ce jour-là.

Avant hier (Mercredi 29 avril 2011:Ndlr), quand ça commencé à tirer vers le QG de IB, des éléments qui lui sont proches ont commencé à fuir. Or lorsqu`on est assis chez moi, on aperçoit les rails. Donc on a vu des groupes de personnes passés. C`était des gens d`IB. Ils étaient en tenue civile et se dirigeaient vers la route d`Anyama. En regardant où ma voiture est garée (…il nous montre sa voiture totalement endommagée par les échanges de tirs de roquettes), juste après le mur, on a vu des gens en tenue civile, armés de kalachs. Lorsqu`on a constaté ce fait, j`ai dit à ma femme qu`on dirait qu`il y a des gens en kalachs dans le quartier qui tentent de fuir. C`est en regardant ces gens en fuite qu`on a vu une de nos sœurs qui allait sans le savoir tout droit en leur direction. Immédiatement, j`ai signalé à ma femme la présence de notre soeur qui s`appelle Awa. Quand elle s`est rendue compte que des gens armés étaient face à elle, elle a commencé à fuir. J`ai donc crié en malinké à maintes reprises: Awa vient ici! Elle a fui pour venir se réfugier chez moi.

Lorsqu`on a ouvert la porte, ma femme les a vus se diriger vers notre maison. Comme je suis connu comme un militaire, ma femme s`est inquiétée du fait que ces hommes armés pourraient en vouloir à ma personne. Elle m`a conseillé de me cacher et que s`ils me demandaient elle leur dira que je ne suis pas là. (Quelques instants, son épouse arrive Ndlr). Quand ils sont venus, ils ont salué et ont demandé si j`étais là. Elle leur a dit que j`étais allé au travail, avant de leur demandé s`il y avait un problème. Ils lui ont dit qu`ils sont en train de sécuriser le quartier. Ils ont tourné là quelques instants et sont sortis de la maison. Après quelques minutes, ils sont revenus, cette fois-ci en compagnie d`IB lui-même et de son staff, près de dix personnes en armes. IB lui-même était armé. Il avait près de trois à quatre armes sur lui, selon ce que ma femme m`a dit parce que moi, je m`étais déjà caché. Ils sont venus et sont allés directement dans mon salon et se sont installés.

Ils ont demandé qu`on leur donne de l`eau glacée. Ensuite, ils ont rassuré ma femme en lui disant de ne pas s`inquiéter et que rien n`allait lui arriver si elle respectait ce qu`ils lui diraient. Ils ont pris nos téléphones portables et promis de partir la nuit tombée. Ils ont demandé qu`elle leur fasse du thé. Après ça, elle m`a retrouvé dans la chambre et m`a demandé si j`entendais ce qu`ils disaient. J`ai répondu non et souhaité qu`elle laisse la porte entrouverte. C`est là que j`ai entendu IB parler au téléphone à un général togolais. Il disait à ce général qu`il ne comprenait pas l`attaque menée contre lui alors qu`il était sur le point de rassembler ses éléments aujourd`hui (mercredi dernier) pour le désarmement. Il a invité le général à demander aux Frci de se retirer afin qu`il rejoigne son QG et rassemble ses hommes et rende les armes.

C`est alors que j`ai su que c`était réellement IB. Ça n`a pas mis du temps quand les éléments des Frci se sont signalés vers notre domicile. Les hommes d`IB ont dit à ma femme de sortir pour aller dire qu`il n`y avait personne ici. Quelques instants après, on a entendu une voix nous invitant de sortir de la maison. Des tirs se sont ensuite fait entendre. C`était des tirs de sommation. Un des éléments d’IB a répliqué en tirant en leur direction. IB s`est fâché et lui a demandé pourquoi il tirait. C`est en ce moment qu`il y avait la débandade chez moi. Ils ont occupé toute ma maison. Et c`est là que j`ai vu IB en personne. Quand ils ont tiré, les Frci n`ont pas fait de cadeau. Ils ont “rafalé“ et ils ont envoyé une roquette qui est partie directement dans ma chambre. On a entendu un bruit terrible. Il y a l`un des gars d`IB qui a soulevé mon lit et voulait se mettre en dessous mais comme il est en forme, il n`a pas pu. C`était la panique. Ils ont demandé à ma femme de leur donner ses boubous.

Elle leur a dit qu`elle n`en avait qu`un seul. Et c`est ce qu`elle portait ce jour-là. Un deuxième coup de roquette a retenti. Et le plus baraclé d`entre eux s`est écroulé. Le sang coulait de partout. Prise de panique, ma femme a commencé à les supplier en malinké: pardonnez, pardonnez, je suis avec ma famille. C`est là où les tirs ont cessé. Et elle m`a aidé à sortir en me mettant au dos. Quand on est sorti, il lui ont demandé qui j`étais, elle leur a dit que j`étais son mari. Ils nous ont emmenés par la suite vers Zakaria (Commandant mystique des Frci Ndlr). Zakaria nous a demandé si IB était bel et bien chez nous. Je lui ai dit oui qu`il était effectivement dans ma chambre. Ensuite, il a cherché à savoir si on avait des gens là-bas. Ma femme lui a dit qu`on y avait nos enfants. Il a promis de les faire sortir. Un premier groupe a pu sortir. Le plus grand des enfants a été conduit chez les voisins. Ce qui nous a énormément soulagé. C`est après cela qu`il y a eu le bombardement de la maison. On a rien vu par la suite si ce n`est qu`IB avait trouvé la mort au cours de ces affrontements. Quand tout est fini, Zakaria et Vetcho m`ont reçu. Sincèrement, j`ai eu la plus grande peur de ma vie. Surtout lorsqu`une roquette a pété dans ma chambre. C`était comme un éclair.

Propos recueillis par DIARRA Tiémoko

Soir Info

Soro Guillaume, est il devenu un serial killer ?

Les derniers enregistrements vidéo publiés par le sulfureux site d’information Abidjan.net, donnent  des informations très intéressantes sur la véracité de l’arrestation du président Laurent Gbagbo :

1) Un des chefs rebelles, après avoir rendu compte de son entretien avec cette dame rencontrée dans la court de la résidence présidentielle, ajoute clairement ceci : «…j’ai vu sortir Gbagbo du sous-sol portant un gilet pare-balles de l’armée française.»  Ce qui accrédite la thèse selon laquelle, l’arrestation du président Gbagbo a bel et bien été opérée par des éléments forces spéciales Françaises. Sinon comment ce gilet français se serait-il retrouvé dans le bunker présidentiel?

2) Ce même enregistrement dit aussi que le ministre Désiré Tagro est sorti, à deux reprises, du bunker avec un drapeau blanc pour tenter une négociation de reddition. Ce qui confirme qu’il n’a pas pu tenter de mettre fin à ses jours en se tirant une balle dans la bouche, contrairement à la version donnée par l’ambassadeur de France et Soro Guillaume lui-même. Il a donc purement et simplement été liquidé après son arrestation.

Je note d’ailleurs une similitude troublante entre deux faits apparemment sans liens et qui expliqueraient la liquidation du ministre Désiré Tagro et de IB.

Analyse : Désiré Tagro, en sa qualité de ministre de l’intérieure, est bien celui qui a négocié et fait signer le contrat avec la SAGEM et sous la supervision de Soro Guillaume. Or, ce dernier (Soro Guilllaume) fût soupçonné (accusé?) notamment par le président Mamadou Koulibaly d’avoir touché une grosse commission dans la signature de ce gigantesque contrat. S’il y a donc un témoin, qui puisse détenir les preuves matérielles de ces accusations, c’est bien le ministre Désire Tagro. Il a donc, selon mon analyse, été purement et simplement  éliminé. Quant à IB, sa mort là aussi est très troublante. Un de ses lieutenants, le nommé «Bauer», faisant le récit de sa dernière conversation téléphonique avec IB affirme : «…Le général (IB) était acculé et s’est retranché dans une court commune dernière l’usine UNICAFÉ. Un de nos éléments, qui était avec lui, a brandit un drapeau blanc en criant aux FRCI de ne plus tirer et que IB était prêt a se rendre… » IB a pourtant été froidement abattu. La presse affirmera, en outre, le lendemain que Soro Guillaume avait pourtant reçu l’ordre (d’Alassane Ouattara) de prendre IB vivant. Mais Soro Guillaume a encore une fois fait le choix de faire liquider IB.

Conclusion : Soro Guillaume, a profité de cette crise pour régler des comptes personnels et surtout éliminer d’éventuels obstacles à son ascension vers le pouvoir suprême.

Christian CASIMIR

Purmerend (Pays-Bas)

« IB » mort, Une preuve parfaite qui disparaît

Il y a des gens comme ça qui sont tellement emmerdants, tellement « casse-couilles », qu’on en vient souvent, pour s’en débarrasser, à imaginer pour eux une solution finale. Incontestablement, je pense qu’« IB » faisait partie de ces gens.

Depuis qu’il a bu le biberon de la complotite, le Sergent « IB » qui s’est autoproclamé Général, a été tellement transfiguré que sa vie en a été totalement transformée. Il ne vivait que pour ça, que par cela.


Le Général « IB »

Le problème, c’est que l’homme avait une si haute idée de lui-même qu’il ne supportait pas de jouer les seconds rôles, de mâcher le boulot pour d’autres et comme j’aime à le dire, jouer du violon pour faire danser les autres.

Le coup de feu pour faire chuter Bédié comme tous les coups de feu échoués avant, c’est lui. Les tentatives de se débarrasser de Gueï, c’est encore lui. Les actions menées contre Gbagbo, il a eu sa patte dedans.

Quand on a crapahuté comme lui, mené une telle vie de maquisard, exposé sa vie sans compter, on ne peut pas se résoudre à laisser tout le temps le tapis rouge, les grands hôtels, les grands postes, à des gens qui finalement, n’ont pour eux que d’être des gratte-papiers ou des diplômés. Et il a fini par sortir de ses gongs pour réclamer son dû après avoir été de ceux qui ont donné le dernier coup de reins pour faire chuter Laurent Gbagbo et hisser Alassane Ouattara sur le pavois.

Mais ce n’est pas seulement ses ambitions qui l’ont perdu, c’est qu’il était aussi une grande gueule, au propre comme au figuré, qui ne savait pas la fermer. Sa promptitude à faire des aveux pour tenter de rectifier l’Histoire, pour redistribuer les rôles des uns et des autres, en atteste. N’avait-il pas dans un de ses moments de dépit et de stress amoureux, révélé au monde entier comment les évènements de 2002 en Côte d’Ivoire s’étaient passés et qui les avait financés de bout en bout ? Et comme ma foi, cette grande gueule connaissait pas mal de choses qui peuvent conduire bien de chefs d’Etat devant des juridictions pénales internationales, personne ne pouvait imaginer qu’après sa dernière revendication sur le partage du pouvoir, il n’ait comme signé son arrêt de mort.

C’est pour cela sans doute que la première surprise passée, on ne s’émeut pas outre mesure de sa disparition. Beaucoup auront même poussé un « ouf » de soulagement. Mais attention, pour blanchir le passé de certains responsables, beaucoup comme lui pourraient aussi passer à la casserole s’il leur venait l’esprit de vouloir violer l’ « omerta » ou même de jouer un tant soit peu aux maîtres-chanteurs. Le nettoyage ne pourrait faire que commencer.

VT

San Finna N°614 du 02 au 22 Mai 2011

Côte d’Ivoire : Ouattara et le pouvoir ensanglanté

Depuis le mercredi 27 avril 2011, le commando invisible n’a plus de chef. Le sergent-chef Ibrahima Coulibaly, alias « général IB » qui en faisait office est tombé sous les balles des Forces Républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI). A la surprise générale, la nouvelle armée ivoirienne a lancé hier une offensive contre le quartier d’Abobo, fief des hommes d’IB. Le chef du commando invisible serait tombé avec quelques uns de ses hommes. Du côté des forces loyales à Alassane Dramane Ouattara, on ne déplorerait que quelques blessés…

Mais au lendemain de cette nouvelle, on se demande ce qui a conduit à la mort d’IB. Car ce dernier avait, ces derniers temps, laissé entrevoir une preuve de sa bonne foi en s’engageant à prêter allégeance au nouveau président ivoirien. Il avait même accepté le principe du désarmement de ses quelques 5 000 hommes. Il voulait juste certaines doléances de sa troupe au président Alassane Dramane Ouattara.

Certains médias, qui ne se sont manifestement pas encore remis de la joie qu’ils ont éprouvée après la capture de Laurent Gbagbo, présentent Ibrahima Coulibaly comme un homme gênant et dangereux pour le régime en place. Seulement, on n’arrive pas encore à comprendre comment et pourquoi IB était gênant ? La mort d’IB est d’autant plus difficile à comprendre et à accepter que certains de ses proches disent que lui et ses hommes n’ont eu de cesse de crier leur volonté de se rendre, tout juste avant de recevoir la balle fatale.

En réalité, on a l’impression qu’Alassane Ouattara a cédé là à la volonté de son premier ministre de régler des comptes personnels. En tout cas, la seule personne qui avait intérêt à une telle issue semble bien sûr Guillaume Soro. C’est lui et IB qui étaient rivaux et qui se regardaient en chiens de faïence. Seulement, Alassane Ouattara n’avait pas à intégrer cette logique-là.

Non seulement c’est une démarche qui ne peut que desservir la réconciliation qui est perçue par tous les analystes comme le véritable chantier qu’Ouattara a en face de lui. Mais aussi, du point de vue de la communication politique, on peut en déduire que le véritable chef du nouveau régime est justement Guillaume Soro. Alassane Ouattara n’étant qu’un faire-valoir de celui qui passe formellement pour être son chef de gouvernement, en plus d’être perçu comme un pantin de la communauté internationale.

Mais par-dessus tout, l’assassinat d’IB (car c’est bien d’un assassinat dont il s’agit), vient s’ajouter à une certaine liste qui pourrait inciter à croire que le pouvoir que s’apprête à prendre Alassane Ouattara est quelque tacheté de sang. D’abord, lors de la l’offensive visant à conquérir Abidjan, les troupes du tandem Soro-Ouattara sont soupçonnées par plusieurs ONG internationales de défense et de promotion des droits humains, d’exactions dans la partie occidentale du pays et plus particulièrement à Duékoué.

Ensuite, le jour de la prise du bunker-forteresse de Laurent Gbagbo, l’ancien ministre de l’intérieur de Gbagbo, Désiré Tagro, a été mortellement atteint. Pourtant, des témoignages ont rapporté qu’il avait brandi un mouchoir blanc pour dire qu’il se rendait. De la même façon, le responsable des jeunes patriotes et autre rival de Guillaume Soro est encore introuvable. A tout cela, s’ajoutent bien entendu tous les règlements de comptes pour des raisons à la fois politiques et ethniques auxquelles se livrent certains membres des FRCI et dont on ne parle point.
Le président Ouattara devrait ne pas se laisser omnibuler par l’ivresse du pouvoir. Il devrait se tenir lucide et éviter de poser des actes qui pourraient davantage rendre ingouvernable son pays. Pour cela, il doit tout de suite faire arrêter cette frénésie vengeresse. Il doit lui-même s’affirmer comme un chef et le véritable président de la Côte d’Ivoire.

Autant cette condition est primordiale, autant elle est difficile à satisfaire. De nombreux observateurs pensent que le fait que Guillaume Soro ait été explicitement un des acteurs-clés de l’occupation effective du fauteuil présidentiel par Ouattara est en soi un handicap pour ce dernier. Il devrait alors composer nécessairement avec les humeurs de son ministre de la défense, au risque de connaître lui-même le sort qui est aujourd’hui celui d’IB ou de Gbagbo.

Mais c’est le silence relatif de la communauté internationale qui est encore plus troublant. En réalité, on a l’impression que cette communauté internationale est quelque peu embarrassée. Il lui serait malaisé de taper sur son poulain avant même que celui ne soit investi. Dans ces conditions, une démarche plus discrète serait très appropriée. Ce qui ne sera pas difficile, vu que c’est la méthode par excellence dont use la diplomatie.

Boubacar Sanso Barry pour GuineeConakry.info

Côte d’Ivoire : Les agresseurs de Laurent Gbagbo se mangent entre eux – Ibrahim Coulibaly tué par les hommes de Guillaume Soro

IB l’ex putchiste et chef du « commando invisible »

Malgré sa participation à la chute de Laurent Gbagbo, «IB» était perçu comme une menace par le pouvoir…

Les forces du président ivoirien Alassane Ouattara ont tué mercredi soir l’ex-putschiste Ibrahim Coulibaly, dit «IB», chef du «commando invisible» dans le nord d’Abidjan, qui était perçu comme une menace par le pouvoir même s’il avait contribué à la chute de Laurent Gbagbo.

IB a pris une famille en otage avant d’être tué

Plusieurs centaines de membres des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI), équipés de pick-up surmontés de mitrailleuses lourdes et de lance-roquettes, ont lancé mercredi matin une attaque d’envergure contre le fief d’«IB» dans le quartier populaire d’Abobo (nord), a constaté l’AFP. Après cette «opération de sécurisation et de pacification», «IB est allé se réfugier dans une cour (d’habitations) non loin d’une usine à PK-18 (secteur nord d’Abobo)», a déclaré à l’AFP le capitaine Léon Kouakou Alla, porte-parole du ministère de la Défense.

Dans cette cour, Ibrahim Coulibaly «a pris en otage toute une famille. Les FRCI ont effectué des tirs de sommation à deux reprises et il a réagi avec des tirs nourris. Les FRCI n’ont eu d’autre choix que de riposter, et la riposte lui a été fatale», a ajouté le porte-parole. L’affrontement qui a eu lieu vers 20h (22h heure française) a fait «deux soldats tués et plusieurs blessés» côté FRCI, et «sept morts» dans le camp adverse, dont «IB» lui-même, a-t-il précisé.

IB préparait une «contre-offensive»

Les FRCI avaient durant la journée progressé dans son fief sans rencontrer de réelle résistance, alors que la population se terrait chez elle ou avait fui la zone, a constaté un journaliste de l’AFP. Mais à la mi-journée, l’ancien putschiste se disait en «lieu sûr» et assurait même qu’«en temps opportun» il lancerait une «contre-offensive».

Le «commando invisible» avait contribué à la chute de l’ex-président Laurent Gbagbo le 11 avril, en déstabilisant son régime par la prise de contrôle progressive du nord d’Abidjan au début de l’année. Le président Ouattara avait appelé vendredi l’ex-putschiste de 1999 et 2002 à désarmer ses hommes, sous peine d’y être contraint par la force.

Guillaume Soro a pris le dessus

«On demandait une semaine, dix jours, le temps de bien expliquer aux combattants qu’ils doivent désarmer sans conditions. Il faut les convaincre qu’ils peuvent déposer les armes sans craindre pour leur vie», avait déclaré à l’AFP au début de l’offensive Félix Anoblé, numéro deux du «commando invisible». «IB» avait demandé à être reçu par le chef de l’Etat pour se mettre à sa disposition. Son entourage avait mis en cause le Premier ministre Guillaume Soro, accusé de faire obstacle à cette demande.

Guillaume Soro a été l’adversaire historique d’Ibrahim Coulibaly au sein de la rébellion responsable du putsch raté de 2002 contre Laurent Gbagbo, force dont il prit finalement la tête et qui forme désormais le gros des FRCI. Des affrontements meurtriers avaient opposé en 2004 le camp Soro et celui d’«IB».

De 1.000 à 3.000 morts dans les violences post-électorales

Ibrahim Coulibaly, l’un des personnages les plus mystérieux de la scène ivoirienne depuis une décennie, avait revendiqué ces derniers jours sa part dans la chute de Laurent Gbagbo, tout en assurant se placer sous l’autorité d’Alassane Ouattara, dont il avait été le garde du corps. Abobo était l’un des derniers quartiers d’Abidjan qui échappaient au contrôle des FRCI. Elles doivent encore éliminer la menace des miliciens pro-Gbagbo de Yopougon (ouest), qui opposent toujours une résistance farouche.

Dans un entretien au quotidien français La Croix à paraître jeudi, Alassane Ouattara a évalué à près de 3.000 morts le bilan des violences post-électorales en Côte d’Ivoire, tandis que les Nations unies font état de près de 1.000 morts. Il a annoncé qu’il prévoyait d’organiser sa cérémonie d’investiture le 21 mai et qu’il allait créer «d’ici deux semaines» une commission Vérité et Réconciliation à la sud-africaine. Il compte nommer un «gouvernement d’union nationale» avant la fin mai.

© 2011 AFP