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“Côte d’Ivoire : le coup d’Etat” – Le livre-enquête qui passionne le monde

Un coup d’Etat contre Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire ? Jusqu’à présent la thèse prospérait surtout dans les milieux proches du président déchu, désormais entre les mains de la Cour pénale internationale CPI), et dans quelques cercles panafricanistes dont l’audience dépasse rarement les réunions de la gauche radicale. Elle fait aujourd’hui l’objet d’un livre réclamé par un nombre croissant de libraires, du moins en France, puisqu’il semble en revanche quasiment introuvable à Abidjan.

Au terme d’une enquête de plusieurs mois, le journaliste franco-camerounais Charles Onana entend démontrer que la chute de Laurent Gbagbo était programmée de longue date : par Paris, par certains chefs d’Etat voisins étroitement liés à la France, notamment Blaise Campaoré, le président burkinabé peu réputé pour sa fibre démocratique, et enfin par les ex-rebelles du Nord sur lesquels Alassane Ouattara s’est appuyé pour prendre le pouvoir. À ceux qui lui reprocheront une vision trop « complotiste », Onana rétorque qu’il ne s’agit pas en l’occurrence d’une vulgaire barbouzerie, comme l’Afrique en a connu tant, mais d’une option d’Etat : un président trop indépendant à la tête d’un pays considéré, à bien des égards, comme stratégique, gênait. Il fallait donc le « dégager ».

Auteur de plusieurs ouvrages sur l’Afrique et notamment le Rwanda et la RDC (Congo-Kinshasa), le journaliste ne nourrissait aucun préjugé particulier à l’égard des divers acteurs du drame. S’il attaque durement la France dans le cas ivoirien, il a refusé d’enfiler les patins de la pensée unique lors du génocide rwandais et, ainsi n’assimile-t-il pas le rôle de l’armée française à celui de la Wermarcht.

Le livre décortique plusieurs épisodes troublants des relations franco-ivoiriennes et dresse un portrait très à charge contre le nouveau maître de la Côte d’Ivoire. Alassane Ouattara y est croqué sous les traits d’un opportuniste, intrigant et cynique, prêt à toutes les alliances pour parvenir à ses fins. On peut ne pas adhérer à l’ensemble mais l’ouvrage d’Onana a le mérite d’éclairer différemment la crise ivoirienne dont les racines remontent  aux lendemains de l’indépendance.

Il paraît au moment où la victoire militaire de Ouattara, acquise uniquement grâce à l’intervention de la France, se double d’un triomphe politique aux élections législatives qui se sont tenues le 11 décembre dernier. Avec 127 députés sur 255, le Rassemblement des Républicains de Côte d’Ivoire (RDR), son parti, obtient la majorité absolue dans la nouvelle Assemblée et pourrait le cas échéant se passer de l’aide du PDCI, le vieux parti houphouëtiste d’Henri Konan Bédié, son allié à la présidentielle. Ce peut être une source de tension. Il y a en bien d’autres dans le pays. Le 19 décembre, plusieurs civils ont ainsi été abattus par des membres des FRCI, le nouveau nom donné aux ex-forces rebelles, dans une commune de l’ouest du pays.

Après les massacres à grande échelle commis par les ex-rebelles lors de leur offensive au mois d’avril dernier, la région n’a toujours pas retrouvé la paix. Et en dépit de promesses répétées, Alassane Ouattara n’a toujours pas validé l’arrestation de ceux de ses anciens alliés qui se seraient rendus coupables de crimes de guerre.

La lecture du livre d’Onana tombe donc à point nommé pour mieux comprendre le parcours et les motivations de celui qui rendra visite à son ami Nicolas Sarkozy au début de l’an prochain. Marianne2 propose à ses lecteurs de larges extraits de deux chapitres.

Le 6 novembre 2004, deux avions Sukhoï 25 appartenant aux forces armées ivoiriennes (FANCI) et pilotés par des mercenaires biélorusses bombardent le camp militaire français du lycée Descartes à Bouaké causant la mort de neuf soldats français et d’un civil américain. Trente-huit soldats français seront également blessés au cours de cette attaque. À Paris, on accuse immédiatement le chef de l’Etat ivoirien, Laurent Gbagbo, d’être à l’origine de cet acte criminel.

Une décision du président Jacques Chirac est aussitôt transmise par Michèle Alliot-Marie au chef d’état-major des armées, le général Henri Bentegeat, l’autorisant à détruire l’aviation ivoirienne. Peu après, deux MI 24 et deux Sukhoï 25 sont rendus inopérants. Tout laisse croire à cet instant que la riposte française est légitime. Simplement, un problème se pose. Au lieu de rechercher les auteurs de l’attaque contre les soldats français afin de les mettre à la disposition de la justice, les autorités françaises les laissent s’enfuir vers le Togo puis hors d’Afrique.

Dans la période qui précède le bombardement, la Côte d’Ivoire est coupée en deux. Toute la partie nord du pays se trouve sous le contrôle des forces rebelles pro-Ouattara. Le Sud, incluant Abidjan, est la seule zone placée sous l’autorité des forces gouvernementales. Entre les deux, il y a ce qu’on qualifie de « zone de confiance », placée sous le contrôle de l’armée française. Malgré ce grave problème de partition de fait du pays et d’occupation illégale d’une partie du territoire par les rebelles, « la communauté internationale », c’est-à-dire essentiellement pour l’occasion les Etats-Unis et la France, presse néanmoins Laurent Gbagbo dont le mandat arrive à expiration d’organiser les élections présidentielles en 2005. (…)

L’accord d’Accra III du 30 juillet 2004 exige pourtant que les rebelles procèdent au désarment au plus tard le 15 octobre de la même année. Lorsque la date butoir arrive, les rebelles d’Alassane Ouattara ne sont ni blâmés ni sanctionnés pour non respect de leurs engagements. Laurent Gbagbo comprend alors qu’il n’a plus le choix. Le président choisit de reconquérir militairement le Nord du pays devenu un bastion des forces rebelles.
Le 2 novembre 2004, le colonel Mangou qui dirige les opérations des forces gouvernementales sur le terrain, informe un officier supérieur français de l’imminence d’une offensive contre les rebelles.

Dans la même journée, on assiste à un déploiement des avions Soukhoï 25 à l’aéroport de Yamoussoukro. À quelques pas de là, un avion Antonov 12 immatriculé TU VMA procède au déchargement du matériel de combat. Il effectue plusieurs rotations entre Abidjan et Yamoussoukro pour livrer des armes et des munitions aux soldats de l’armée ivoirienne. C’est alors que l’ambassadeur de France en Côte d’Ivoire, Monsieur Gildas Le Lidec, et le général de la force Licorne, Henri Poncet, décident de se rendre chez le président Gbagbo pour essayer de le dissuader de mener cette offensive contre les rebelles. Ils essuient un refus : le chef de l’Etat ivoirien n’a pas l’intention de reculer. Le lendemain, 3 novembre vers 11h15, peu après le conseil des ministres à Paris, le président Jacques Chirac, déjà informé, téléphone directement au président Laurent Gbagbo pour le mettre en garde contre le risque d’incidents graves entre les troupes ivoiriennes FANCI et les forces françaises de la Licorne.

Mécontent de la fermeté qu’affiche son homologue Laurent Gbagbo, le président Chirac élève la voix oubliant vite que son interlocuteur est attentif à la fois à la forme et au contenu de son propos. Soudain, le président Gbagbo, qui l’écoute depuis un moment, l’interrompt et lui dit que sa décision de lancer l’offensive est déjà prise, qu’il souhaitait simplement l’en informer. Il raccroche le combiné. Le président Gbagbo explique : « Après cet échange avec Jacques Chirac, nous avons décidé de conduire l’attaque contre les rebelles avant la date effective afin que la France ne puisse pas réagir contre notre initiative militaire ».

Pourtant, quelques jours avant l’offensive de l’armée ivoirienne, les officiers français étaient déjà au courant, du fait des indiscrétions des officiers ivoiriens, des préparatifs de l’attaque contre les rebelles  (….)

Dans la matinée du 4 novembre 2004, l’offensive est donc lancée contre les rebelles. Elle porte exclusivement sur des objectifs militaires des Forces Armées des Forces Nouvelles situés dans la région de Bouaké.

Le lendemain, l’offensive ivoirienne se poursuit dans la zone des rebelles. Les Sukoï 25 et les MI 24 pilonnent les positions militaires rebelles. Un rapport confidentiel de l’ONUCI daté du 9 novembre 2004 souligne que les bombardements de l’armée ivoirienne ont atteint des cibles militaires. Selon des sources proches de l’ONUCI, « il suffisait d’un jour supplémentaire de bombardements de l’armée ivoirienne et la rébellion du Nord aurait été complètement anéantie ». Cette perspective était inacceptable pour l’Elysée.

C’est dans ce contexte de tension et de parti pris politique que survient l’attaque contre le cantonnement français le 6 novembre 2004 à Bouaké.

Qui a donné l’ordre de bombarder le camp français de Bouaké et dans quel objectif ? Selon les informations en notre possession, le président Laurent Gbagbo semble n’avoir pas même été informé de ce qui allait réellement se produire ce jour-là (….) Le bombardement du camp français fut un acte délibéré et fortement suggéré aux pilotes mercenaires pour incriminer monsieur Gbagbo. Dans quel intérêt Laurent Gbagbo, qui cherchait des voies d’apaisement avec la France, aurait-il poussé ses soldats à commettre un tel acte contre des militaires français ? Il est évident que même un piètre sous-officier rongé par la mégalomanie n’aurait jamais envisagé de bombarder un campement de soldats français à ce moment-là.

Le général Poncet, contrairement à ce qu’il a avancé un temps dans la presse, sait qui a donné l’ordre de tirer sur le lycée Descartes à Bouaké.

Revenons sur le déroulement des faits et l’on comprendra davantage l’étrange attitude des autorités françaises. Dès le 2 novembre 2004, lorsque les Sukhoï 25 arrivent à l’aéroport de Yamoussoukro, un détachement de recherche du 2ème régiment de Hussards reçoit l’ordre de les surveiller. Deux équipes, se relayant chaque jour, auront ainsi les yeux rivés sur le tarmac. Elles notent, filment et relèvent tous les détails susceptibles de fournir des indications sur les actions des Sukhoï 25. Les Français réussissent même à photographier les pilotes des Sukhoï 25 ainsi qu’une partie du personnel navigant. Toutes ces données sont envoyées au bureau de renseignement G2 du PCIAT (Poste de Commandement Interarmées de Théâtre) à Abidjan. Les mêmes informations sont également transmises au bureau du chef d’état-major des armées à Paris ainsi qu’à la DGSE (Direction Générale de la Sécurité Extérieure) et à la DRM (Direction du Renseignement Militaire). Nul ne peut donc prétendre que l’information n’est pas disponible sur les Sukhoï 25 et sur leur personnel.

Lorsque l’attaque est achevée, la première décision qui vient de Paris est la destruction des Sukhoï 25 et pas une demande d’arrestation du commando qui vient de liquider les militaires français et d’en blesser d’autres. D’ailleurs, l’ordre de destruction des Sukhoï ivoiriens a été diversement apprécié au sein de la Force Licorne.

Dans la tension et la confusion qui règnent autour de la mort des soldats français à Bouaké, certains officiers se rendent vite compte, à leur grand étonnement, que le pouvoir politique n’est pas très intéressé de voir une enquête s’ouvrir sur cette attaque particulièrement brutale.

Le lendemain, 7 novembre, le général Poncet et ses hommes arrêtent neuf ressortissants ukrainiens, quatre ressortissants biélorusses et deux ressortissants russes. Au total, quinze personnes suspectes sont immédiatement placées en rétention dans un hangar par les militaires français.

Alors qu’un gendarme du commandement des opérations spéciales tente, avec quelques militaires, de les interroger pour en savoir davantage sur leur responsabilité éventuelle dans le bombardement contre le lycée Descartes, un ordre venant du Quai d’Orsay exige la libération immédiate des mercenaires slaves détenus par les Français. « Pour demander l’extradition de ces ressortissants, il aurait fallu qu’un mandat international soit délivré. Cela n’a pas été le cas. A l’époque, nous n’avions aucun élément de preuve, les photos par exemple n’étaient pas déterminantes. Nous n’avions donc rien à leur reprocher » expliquera le ministre de la Défense Michèle Alliot-Marie. Ses propos font bondir les experts et certains militaires (…)

Prétendre que la France avait besoin d’un mandat d’arrêt international pour procéder à l’arrestation des suspects n’est pas totalement exact car la loi du 14 avril 2003 réprimant l’activité des mercenaires offrait une singulière opportunité d’auditionner ces personnes qui avaient, pour certaines, participé au transport de munitions de l’avion Antonov 12 et pour d’autres, des liens avec les pilotes des Sukhoï 25. En outre, affirmer qu’il n’y avait rien à leur reprocher signifie au moins que les informations accumulées par les militaires et les services de renseignements français étaient sans intérêt, au plus qu’elles n’avaient aucun lien avec le bombardement de Bouaké.

Le 11 novembre 2004, à la demande expresse de l’ambassadeur de France, les Français remettent, sans trop renâcler, les quinze mercenaires aux autorités consulaires russes. Après cet épisode particulièrement confus, les autorités françaises s’illustrent à nouveau en laissant, cette fois, les pilotes du Sukhoï 25 s’évader. Que s’est-il passé ? Quelques jours après le bombardement, les auteurs s’éclipsent clandestinement vers le Togo, pays voisin de la Côte d’Ivoire. Au cours d’un contrôle routier à la frontière du Ghana et du Togo, ils sont arrêtés à bord d’un car par les forces de police togolaises (…)

Au vu des éléments, le ministre de l’Intérieur togolais, qui remarque la fébrilité des services de renseignement français à l’annonce des ces arrestations, cherche à comprendre pourquoi la France ne s’empresse pas d’exiger l’extradition des suspects biélorusses afin que la justice française fasse la lumière au plus vite sur cette étrange affaire. Ne voyant rien venir, les autorités togolaises se lassent de garder indéfiniment les Biélorusses en prison.

Selon certains observateurs, le comportement des autorités françaises dans ce dossier est plus que troublant. Elles vont d’ailleurs multiplier à l’infini les obstacles au travail des juges. Ceci nous a été confirmé par la juge Brigitte Raynaud qui était chargée, dès le début, du dossier (…)

La première personne qui ne montre pas une franche détermination à connaître les auteurs et les commanditaires de l’attaque du lycée Descartes est bien la ministre Michèle Alliot-Marie.

Pourquoi la ministre, Michèle Alliot-Marie, a-t-elle laissé s’évader les auteurs du bombardement de Bouaké alors qu’ils étaient arrêtés par les autorités togolaises et mis à la disposition des autorités françaises ? Pourquoi n’a-t-elle pas facilité le travail de la justice française alors que celle-ci était disposée à tirer cette affaire au clair ? Pourquoi avoir refusé de faire une autopsie des corps des militaires pour aider la justice à démasquer éventuellement le président Gbagbo ? Pourquoi avoir inversé les corps des soldats dans les cercueils au point d’ajouter à la douleur des familles, un traumatisme inutile ? Pourquoi ne veut-on pas connaître qui a ordonné le bombardement de Bouaké ? Pourquoi l’Elysée n’a jamais encouragé la déclassification de tous les documents demandés par les juges s’il n’y a rien à craindre de son côté ? A qui la vérité sur cette affaire pose réellement problème ?

Il faut avouer que ce n’est certainement pas au président Laurent Gbagbo. Il nous a confié : « Nous ne savons pas dans quelles circonstances précises les neuf Français ont trouvé la mort. L’ambassadeur de France en Côte d’Ivoire, Monsieur Le Lidec m’avait téléphoné pour m’annoncer que les Biélorusses avaient été arrêtés à Abidjan par les militaires français. J’étais donc très heureux de savoir qu’ils étaient aux arrêts et surtout que la vérité allait éclater. Nous avons cru que nous allions savoir pourquoi les soldats français avaient été tués et qui avait donné l’ordre de commettre un tel acte. J’ai finalement appris qu’ils avaient été libérés par les Français et nous n’avons jamais reçu le moindre procès-verbal d’audition les concernant ni des éléments d’une enquête préliminaire sur leur arrestation en Côte d’Ivoire. J’ai par la suite appris qu’ils avaient été arrêtés au Togo et que le ministre de l’Intérieur du Togo les avait entendus. Ce dernier aurait essayé en vain de joindre les ministres français de la Défense et de l’Intérieur pour obtenir l’extradition des suspects biélorusses. Jusqu’ici, nous ne savons toujours pas qui a tué les soldats français ni pourquoi ils ont été tués. Ceci signifie qu’on peut formuler des hypothèses sur cette affaire ».

Le cacao, Armajaro, l’argent et les Ouattara

L’arrivée de monsieur Alassane Ouattara, « candidat reconnu par la communauté internationale », au pouvoir en Côte d’Ivoire répond aussi bien aux aspirations personnelles du président Sarkozy qu’à celles des spéculateurs de la filière café-cacao et du clan Ouattara dont Madame Ouattara née Dominique Nouvian et son fils, Loïc Folloroux, sont des piliers indispensables.

Le rôle de madame Ouattara est capital à la fois dans l’ascension de monsieur Alassane Ouattara et dans le soutien dont il bénéficie dans les milieux, politiques, financiers et médiatiques occidentaux. Selon le député Ben Soumahoro, voisin et ami de longue date de madame Ouattara en Côte d’Ivoire, « Dominique Nouvian a tout fait pour Alassane Ouattara. Sans elle, dit-il, il ne serait jamais devenu Premier ministre ni même président de la Côte d’Ivoire. »

Dirigeante d’entreprises et « tigresse du business » comme la qualifie la presse économique, Dominique Nouvian a réellement commencé à gagner beaucoup d’argent lorsqu’elle s’est emparée des biens immobiliers du président Houphouët-Boigny avec qui elle entretenait des relations intimes. C’est ainsi qu’elle s’est retrouvée à gérer, à travers sa société AICI, le patrimoine personnel du chef de l’Etat ivoirien et, d’une certaine façon, celui de l’Etat ivoirien.

Elle l’admet du bout des lèvres dans une correspondance du 22 juillet 1997 adressée à l’huissier de la fille d’Houphouët-Boigny, Hélène Houphouët-Boigny, qui lutte depuis des années contre ceux qui ont spolié voire escroqué son père : « En effet, dit Dominique Ouattara, du vivant de monsieur le président Houphouët-Boigny, la société AICI International a assumé la gestion de divers biens immobiliers appartenant à certains membres de sa famille et a procédé à des transactions tant à Paris qu’à Abidjan pour des personnes proches de son entourage. À la demande du président, nous avons géré plusieurs patrimoines immobiliers appartenant à des membres de sa famille. (…) Le seul bien immobilier que j’ai géré au nom de monsieur le président est l’ensemble de villas sises à Marne-la-Coquette en France (…) ».

Profitant des faiblesses du vieux président dont l’âge et la maladie ne permettaient plus une grande résistance ni sur le plan politique ni sur le plan physique, Dominique Nouvian, qui était déjà, selon Ben Soumahoro, à la même époque, la compagne d’Alassane Ouattara, impose ce dernier à Houphouët-Boigny (…)

Pendant les trois ans qu’ils passent à la tête du gouvernement ivoirien (1990-1993), Ouattara et sa compagne Dominique Nouvian travaillent à consolider leurs affaires et leurs relations avec les milieux financiers occidentaux. À ce moment-là, le cacao attire déjà les spéculateurs internationaux et différents investisseurs étrangers qui deviendront peu après des proches du clan Ouattara.

Houphouët-Boigny avait tout de même essayé de faire plier ces nouveaux prédateurs en décrétant un embargo sur le cacao à la fin des années 80, peu avant l’arrivée d’Alassane Ouattara au poste de Premier ministre (…)

Premier producteur mondial de cacao pendant des décennies, la Côte d’Ivoire a été longtemps sous le contrôle exclusif des hommes d’affaires français et de la classe politique française. La disparition d’Houphouët-Boigny et surtout l’entrée d’Alassane Ouattara sur la scène politique ivoirienne ont sensiblement modifié cette situation.

Dans le domaine du cacao, d’autres acteurs anglo-saxons plus influents mais plutôt discrets ont gagné du terrain. Il y a par exemple la société anglaise Armajaro et les deux géants mondiaux de l’agro-alimentaire que sont la société américano-hollandaise Cargill et l’Américaine Archer Daniels Midland (ADM). Différentes sociétés comme la Suisse Barry Callebaut et Olam sont également présentes en Côte d’Ivoire. Ces entreprises ont installé des comptoirs d’achat à proximité des plantations, imposant leurs prix parfois supérieurs à ceux du marché mondial et anéantissant complètement le tissu des entreprises locales qui servaient jusque-là d’intermédiaires entre les planteurs et les gros exportateurs.

Sous l’influence du FMI et de la Banque Mondiale, monsieur Alassane Ouattara livre la Côte d’Ivoire à l’ultralibéralisme entre 1990 et 1993. Ecarté du pouvoir à la mort d’Houphouët-Boigny, il commence à agir dans l’ombre en attendant de revenir aux affaires pour achever le travail qu’il avait commencé avec l’aide de sa compagne. Le dossier du cacao en est une parfaite illustration.

En moins d’une décennie, le géant anglais Armajaro devient le leader mondial du chocolat. Il pénètre le marché ivoirien et obtient son agrément en 2000 par le canal d’Alassane Ouattara qui l’avait demandé au président Gbagbo. Le fils de Dominique Nouvian est devenu le directeur de la branche Afrique d’Armajaro à Abidjan. Il est également actionnaire de la société de sa mère AICI international.

Lorsque Laurent Gbagbo est victime d’un coup d’Etat fomenté avec l’aide du Burkina Faso en 2002, le cacao ivoirien prend immédiatement le chemin de Ouagadougou, la capitale burkinabé. Ne possédant pourtant pas de véritable plantation de cacao et dépendant économiquement de la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso devient, à cette période, exportateur de cacao sous le regard complice de « la communauté internationale ». Des convois nocturnes et bien surveillés par les rebelles d’Alassane Ouattara transportent, via la frontière nord placée sous leur contrôle avec l’aval des autorités burkinabés et le silence bienveillant des forces françaises, des centaines de milliers de tonnes de cacao ivoirien à destination du Burkina Faso. Divers négociants peu scrupuleux, établis dans ce pays, orientent des centaines de remorques remplies de cacao ivoirien vers les ports de Lomé au Togo et de Monrovia au Libéria. Plusieurs cargaisons contenant des milliers de tonnes de cacao ivoirien seront ainsi régulièrement acheminées vers l’Europe et les Etats-Unis (…)

Certains acteurs de la filière café-cacao remarqueront la présence d’un personnage clé de la rébellion proche du clan Ouattara : monsieur Adama Bitogo. C’est lui qui avait été chargé pour le compte de la rébellion de vider la Côte d’Ivoire de son cacao. Il en faisait ainsi sortir clandestinement plusieurs tonnes via la frontière avec le Burkina Faso et acheminait le cacao vers la ville burkinabé de Bobo-Dioullasso où les cabosses étaient conditionnées dans une usine pouvant traiter jusqu’à 500 tonnes par jour. Le cacao ainsi traité était ensuite conditionné puis acheminé vers le port de Lomé par camions et chargé sur les navires de la SDV (groupe Bolloré). Monsieur Adama Bitogo va devenir par la suite un homme important dans le processus électoral en Côte d’Ivoire pour le compte de la rébellion et d’Alassane Ouattara. Fondateur en octobre 2007 de la société SNEDAI chargée de l’identification des électeurs en Côte d’Ivoire, il sera tour à tour conseiller diplomatique du chef rebelle Guillaume Soro puis directeur de campagne d’Alassane Ouattara pour la région de l’Agnéby (…)

Pendant qu’Adama Bitogo s’implique beaucoup pour le clan Ouattara dans le secteur du cacao, Alassane Ouattara, lui, ne tarde pas à sortir complètement du bois dès qu’il croit possible son retour au pouvoir à Abidjan. Et l’on peut observer l’évolution du clan Ouattara à travers les réactions de son principal allié : le spéculateur Antony Ward, cofondateur du fond spéculatif britannique Armajaro, lequel est particulièrement actif dans la fluctuation des cours mondiaux du cacao.

En août 2002, soit moins d’un mois avant le coup d’Etat raté du 18 septembre de la même année contre le président Laurent Gbagbo, Antony Ward surnommé « chocolate finger » ou « doigt en chocolat » achète par anticipation près de 200 000 tonnes de fèves de cacao et réalise un bénéfice de plus de 60 millions d’euros pendant que le sang coule en Côte d’Ivoire. Dans les milieux proches du président Gbagbo, on soupçonne Armajaro de financer la rébellion avec le cacao ivoirien. Le spéculateur se tait.

Dès le 24 janvier 2011, un communiqué du chef rebelle Guillaume Soro, venant du bunker de l’hôtel du Golf où campent monsieur Ouattara et les rebelles, demande aux opérateurs économiques d’arrêter immédiatement « toute exportation de café et de cacao à compter du 24 janvier 2011 et ce jusqu’au 23 février 2011 ». La réaction du président Gbagbo est, elle aussi, immédiate. Dans la même journée, le ministre délégué au Budget, monsieur Justin Koné Katinan, aujourd’hui porte-parole du président Gbagbo, déclare le communiqué des rebelles pro-Ouattara nul et non avenu. Il tente de rassurer les exportateurs de café-cacao et les exhorte à poursuivre leurs activités en Côte d’Ivoire. En réalité, la machine de guerre économique, accompagnée de pressions politiques, en faveur du clan Ouattara, est lancée.

Son appel est entendu par la société anglo-hollandaise Cargill qui suspend aussitôt l’achat du cacao ivoirien par sa filiale basée à Abidjan. « Nous avons arrêté les achats ce matin (ndlr, 24 Janvier 2011) pour une période indéterminée. Il s’agit d’une décision de la direction. »

À l’annonce de ces décisions, les cours du cacao s’envolent au Nyse Liffe prenant 7% lors des premiers échanges. Soulignons que Cargill achète environ 15% de la production du cacao ivoirien et que cette décision est donc un coup dur infligé au régime du président Gbagbo. La décision de Cargill, qui est à la fois politique et économique, vise simplement à priver le chef de l’Etat Laurent Gbagbo, rejeté et condamné non pas par les Ivoiriens mais par « la communauté internationale », de moyens financiers pour gérer son pays.

Monsieur Alassane Ouattara, sachant qu’il a le soutien non pas des Ivoiriens mais des multinationales agro-alimentaires anglo-saxonnes et des milieux d’affaires et politiques français, déclare sur une chaîne de télévision française que Laurent Gbagbo tombera « comme un fruit mûr ». La bataille pour la présidence en Côte d’Ivoire devient l’objet d’une guerre violente sur le plan militaire et d’une spéculation boursière pour les leaders mondiaux du cacao. Le porte-parole du président Gbagbo, Justin Konan Katinan, explique ce qui s’est réellement passé dans les coulisses avant la chute du président Gbagbo :

« En ce qui concerne la suspension des exportations du cacao de janvier 2011, il est clair que  sous le couvert des sanctions de l’Union Européenne, se cachait une vaste opération spéculative sur le cacao menée par Armajaro. En effet, en juillet 2010, tout juste avant les élections de novembre, cette société a acheté un fort tonnage de cacao, au delà de ses achats habituels. Les services de la filière café cacao parlent de plus de 200 000 tonnes de produits achetés par ladite société. Ces énormes achats ont fait réagir les autorités chargées de gérer la filière café cacao. La crise née des élections devait logiquement entraîner une augmentation des prix sur le marché international. Cette embellie allait bénéficier à ladite société qui avait décidé d’écouler le cacao à prix d’or. Ainsi, la décision du 24 juillet, en provoquant une pénurie du produit sur le marché international, a donné l’occasion d’écouler à un prix ultra élevé le stock monumental constitué par la société Armajaro. Donc Loïc Folloroux, bénéficiant d’informations de première main de la part de ses parents (Dominique et Alassane Ouattara) sur les différentes actions de  déstabilisation en cours dans le pays, a probablement informé ses partenaires et la société Armajaro a pu constituer des stocks à des fins spéculatives.

C’est exactement ce qu’elle avait fait en 2002, un an seulement après avoir obtenu son agrément en Côte d’Ivoire. Cette spéculation lui avait permis de financer la rébellion. Ce que je peux dire sur cette affaire, c’est que les achats et la constitution de stocks étaient des pratiques méconnues des sociétés d’exportation en Côte d’Ivoire jusqu’à l’avènement d’Armajaro.

Il faut dire de façon générale que la quasi-totalité des exportateurs ont triché avec l’Etat de Côte d’Ivoire. En effet,  dans le cadre de l’enquête demandée par le président Laurent Gbagbo sur les supposées malversations dans le secteur du café-cacao, des experts commis par le tribunal étaient arrivés à des conclusions très graves impliquant la quasi-totalité des exportateurs. Les experts ont établi des fraudes qui portaient à la fois sur la quantité des produits exportés déclarés et la quantité réelle recoupée par les experts. Ils ont également établi une fraude sur l’exportation du cacao en sous grade. Il s’agit en principe d’un produit qui ne remplit  pas les conditions d’exportation pour lesquels l’État consent un abattement sur les droits de douane à l’exportation au profit de l’exportateur.

Ces malversations ont occasionné un manque à gagner pour l’Etat de plus de 1300 milliards de francs CFA soit 2 milliards d’euros sur huit ans de 2002 à 2009. Bien que certains points de ce rapport soient de mon point de vue exagérés, il révèle néanmoins des cas graves de fraude. Certaines sociétés dont Armajaro avaient même signé des engagements pour payer les rappels qui relevaient de leurs manquements à la loi.

Je retiens que même informé, le ministre de l’Economie et des finances d’alors, monsieur Charles Diby, n’a jamais actionné les services de son ministère pour recouvrer ces sommes. Tous les exportateurs étaient conscients que ce dossier allait ressurgir. D’où leur alignement sur le camp Ouattara. » .

Tout au long de la période de tension entre le président Laurent Gbagbo et monsieur Ouattara, on verra les cours du cacao fluctuer au gré des « victoires militaires des rebelles » d’Alassane Ouattara (…)

Une fois le président Gbagbo renversé, la première décision de monsieur Ouattara a été de réouvrir le port d’Abidjan pour permettre la reprise des exportations de cacao. Une décision saluée par Armajaro, l’Elysée et autres géants du cacao. L’armée française a été réquisitionnée pour assurer la sécurité du port afin que les principaux « actionnaires » de la crise ivoirienne bénéficient de leurs dividendes une fois le gênant président Gbagbo écarté du pouvoir.

Côte d’Ivoire, Le coup d’Etat de Charles Onana, Editions Duboiris, 20€

Alain Léauthier – Marianne

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Roland Dumas : Les Israéliens manipulent les services de renseignements français (DST) comme bon leur semble

Al manar – Dans son dernier livre intitulé « Coups et blessures – 50 ans de secrets partagés avec François Mitterrand« , l’ancien ministre des Affaires étrangères Roland Dumas parle de ses souvenirs auprès de l’homme, mais aussi… (Et c’est là où l’auteur étonne et détonne), il dénonce l’ingérence israélienne dans les affaires françaises ! Pour ce faire, l’homme a dû enlever ses gants diplomatiques, et se livrer à cœur ouvert : sans un seul tabou, il parle de tout, relate tout, explique tout, sans fioriture ni faux-semblants.

Les Israéliens manipulent la DST

« Les Israéliens en font à leur guise en France, et manipulent les services de renseignements français (DST) comme bon leur semble », dénonce-t-il, non sans courage.

Il évoque les circonstances qui ont entouré la visite du chef de l’organisation de libération de la Palestine Yasser Arafat en France à la fin des années 80, assurant être lui-même l’architecte des relations avec le leader palestinien.

Selon lui, Mitterrand n’était pas contre l’idée de le rencontrer mais craignait la réaction du lobby juif : « le lobby juif, comme l’appelait Mitterrand, œuvrait ardemment. Les pressions étaient très fortes lorsque j’ai annoncé que je comptais rencontrer Arafat durant sa visite au parlement européen en septembre 1988. J’ai obtenu du président Mitterrand après de pénibles tractations la permission de l’accueillir. Après m’avoir répété ses mises en garde, il m’a dit : bon d’accord, mais tu en assumeras la responsabilité…peut-être voulait il insinuer par-là ma démission si les choses tournaient mal ».

Et d’ajouter : « je ne suis pas d’accord avec la politique israélienne, j’ai toujours été fidèle au principe d’équilibre instauré par le général de Gaule au Moyen Orient. Les peuples arabes ont droit au respect. La politique israélienne actuelle inspirée des activités proches des sionistes ne suit pas le bon chemin ».

Les révolutions arabes auront un impact fort sur Israël

Dans son ouvrage paru le mois d’avril dernier, le diplomate français estime que les révolutions arabes sont l’événement le plus important après celui la fin du colonialisme et celui de la chute du mur de Berlin, et leur impact sur Israël sera formidable. Mais d’après lui, l’Égypte est en train de payer le prix de l’humiliation qu’elle a fait pâtir au peuple Palestinien, et ce de par son laxisme avec les Américains et les Israéliens.

Bachar El Assad est un homme charmant.

L’ancien ministre français des affaires étrangères s’est longuement attardé sur la Syrie.
Il a révélé avoir visité l’ancien président syrien Hafez Al Assad en 1992 sur une suggestion de Shimon Perez qui était alors chef de la diplomatie israélienne.

Rapportant leur longue discussion qui a porté sur le Liban, durant laquelle Assad s’est attelé à lui expliquer que le Liban est une terre syrienne et que les problèmes sont dus aux Britanniques et aux français qui ont opéré un partage injuste, Dumas affirme qu’il sentait qu’Assad voulait par là le taquiner sans aller pour autant jusqu’à mettre en question les frontières léguées par le colonialisme.

« Bien au contraire, c’est une chose qu’il a refusée, lorsque certains leaders maronites le lui ont suggérée, comme l’a rapporté Karim Bakradouni », un ancien responsable des Phalanges-les Kataëb.

Indiquant avoir aussi connu le président syrien actuel Bachar El Assad, il le qualifie « d’homme charmant qui détient un esprit plus ouvert que celui de son père, un esprit pétillant, qui ne récuse pas les questions embarrassantes », estimant que les israéliens se trompent de ne pas négocier avec lui.

Pas d’armes nucléaires en Iran

Roland Dumas a consacré un chapitre important à l’Iran, qu’il a visité plusieurs fois pour y rencontrer son ancien homologue Ali Wilayati et l’ancien président Ali Akbar Hachémi Rafsanjani.

« La bombe nucléaire iranienne est à mon avis à l’instar des armes de destructions massives de Saddam Hussein. C’est-à-dire que je n’y crois pas. Tout ce qui se passe n’est que de l’intoxication. Les tergiversations de la politique française sont dues à des immixtions aux origines connues », a-t-il signifié, signalant que la présence d’Israël aux portes rend toute analyse différente suspecte.

Dumas défend le point de vue iranien qui explique la nécessite d’édifier des réacteurs nucléaires pour des besoins énergétiques vu que leur stock en pétrole devrait tarir dans 60 ans. « Ce qui est vrai est que les Iraniens veulent poursuivre leur programme nucléaire civil et que tous les rapports indiquent qu’il n’y a pas d’armes nucléaires », conclut-il.

Les otages français et l’avenir de Chirac

Dumas a également évoqué l’affaire des otages français détenus au Liban au milieu des années 80 du siècle dernier, incombant le retard de leur libération à l’intrusion de Jacques Chirac et de son équipe dans les négociations menées entre Mitterrand et les Iraniens. Il y dévoile que le président de gaullien qui en était au summum de sa campagne électorale a accordé aux Iraniens un marché plus séduisant pour que leur libération soit effectuée grâce à lui, et ce en faveur de son avenir politique.

Roland Dumas n’hésite pas révéler son parcours personnel, sa vision politique et ses choix de vie, en tant que résistant, sympathisant puis socialiste dès 1942, ancien journaliste, avocat réputé, député, dandy, ministre puis président du Conseil constitutionnel.

Il évoque son militantisme pour la défense des militants algériens du Front de libération dans les années 60, ses secrets en particulier avec les présidents et les rois arabes…

Roland Dumas, qui a bénéficié d’une relaxe dans l’affaire ELF en 2003, avait démissionné comme président du Conseil constitutionnel en 2000, après avoir été accusé de favoritisme, lors de l’embauche de son ancienne maîtresse, Christine Deviers-Joncour. Il ne manquait plus que cet épisode croustillant des années Dumas.

France : La République des ripoux

Affaires politico-judiciaires en France : La République des ripoux

Hamlet aujourd’hui n’aurait plus invectivé le royaume du Danemark ; il se serait plutôt écrié : « Il y a quelque chose de pourri… dans la République française ». A raison, car l’actualité hexagonale ces derniers temps est pleine de multiples affaires sales qui s’éventent et éclaboussent les hommes politiques : enquêtes et procès se suivent à la chaîne. Au moment où le procès Clearstream, ce faux listing de comptes bancaires à l’étranger sur lequel on aurait rajouté le nom de Nicolas Sarkozy pour compromettre son ascension politique, s’achève avec un non-lieu pour le principal accusé, Dominique de Villepin, celui sur le système de corruption dans le monde de l’immobilier au profit de la Mairie de Paris avec Jacques Chirac dans le viseur de la justice se poursuit.

Et voilà que les révélations de l’avocat Robert Bourgi sur les djembés bourrés de billets de banque que des chefs d’Etas africains le chargeaient de convoyer à l’Elysée pour Chirac et Villepin lui valent d’être entendu par la Brigade française contre la délinquance financière, ce qui prélude à une autre affaire judiciaire pour les éléments de la galaxie chiraquienne. Si Sarkozy jouait la bonne sœur offusquée parce que les chiraquiens attentaient à sa vertu, le voilà bien marri depuis la sortie du livre pavé de Pierre Péan « Les Mallettes de la Républiques », qui démontre qu’en 2007 son clan aurait bénéficié des largesses d’Omar Bongo.

Et comme si cela ne suffisait pas, resurgit l’affaire des rétrocommissions de Karachi qui auraient servi à la campagne d’Edouard Balladur dont il était le porte-parole en 1995 : deux intimes de Sarkozy, Nicolas Bazire et Thierry Gaubert sont actuellement en garde à vue. Pourquoi subitement cette saignée de révélations, cette flopée de scandales ? Yves Bertrand, patron des Renseignements généraux de 1992 à 2004, emporté par l’affaire Clearstream, écrivait dans son livre (1) : « Les scandales font partie de la vie politique comme l’instrumentalisation. Dès qu’une affaire peut déstabiliser l’adversaire, on la sort en utilisant à fond les médias ». Propos fort éclairants d’un sachem de la manipulation.

Et l’histoire de France est coutumière des coups tordus, des chausse-trapes, des assassinats médiatiques et des meurtres symboliques, surtout à l’approche des élections présidentielles. La France, c’est la République des Tontons flingueurs ! Il faut zigouiller l’adversaire politique pour l’écarter de la course à l’Elysée. Et la ni Gauche ni Droite n’a le monopole de cette vilénie. Les petits meurtres entre amis ou ennemis intimes est la distraction favorites des politiques français sans distinction idéologique.

Pour souvenir : « l’affaire des fuites » en 1954 sous Mendès-France en vue de discréditer un jeune ministre de l’Intérieur qui s’appelait…Mitterrand, « l’affaire Markovic », du nom du garde du corps d’Alain Delon tué d’une balle dans la tête et dont la presse fuitera qu’il détient des photos compromettantes d’une épouse partouzarde d’un homme politique. C’était sous la présidence de De Gaulle en 1968 et ce montage visait à salir Georges Pompidou à travers sa compagne. Il y a eu les diamants empoissonnés de Bokassa en 1979 ; une cabale montée par les mitterrandiens et qui eut raison de Valery Giscard d’Estaing.

Ce qui est certain, c’est que ces scandales à répétition sont des boules puantes qui rendent nauséabonds les milieux politiques français et les discréditent aux yeux des Africains, dont ils sont si prompts à dénoncer la corruption. La France serait-elle une République bananière ? Sarkozy avait promis de nettoyer les écuries d’Augias, mais tout laisse croire que l’affaire de Karachi sera la déflagration qui va l’emporter comme les diamants le furent pour Giscard. Alors « Le balayeur balayé » pourrait bien être son chant de sortie de l’Elysée.

Saïdou Alcény Barry

L’Observateur Paalga

19 septembre 2002-19 septembre 2011: Il y a 9 ans, les hommes de Ouattara attaquèrent la Côte d’Ivoire

19 septembre 2002-19 septembre 2011 : Il y a 9 ans, les hommes de Ouattara attaquèrent la Côte d’Ivoire

19 septembre 2002-19 septembre 2011. Neuf ans que la Côte d’Ivoire a été secouée par une tentative de coup d’Etat qui s’est rapidement muée en rébellion armée. Neuf années pendant lesquelles la communauté dite internationale a essayé par tous les moyens de nier la souveraineté d’un Etat et a réussi au bout du compte à installer son homme au pouvoir. Quand dans la nuit du 18 au 19 septembre 2002, les Ivoiriens entendent les premiers coups de canon, ils sont d’abord incrédules.

Personne ne comprend que dans un pays qui, un mois à peine avant, avait formé un gouvernement de large ouverture, des gens prennent des armes contre le président en place. En effet, début août, le Rdr d’Alassane Dramane Ouattara avait rejoint le gouvernement du Président Laurent Gbagbo où siégeaient déjà le Pdci-Rda d’Henri Konan Bédié, le Pit de Francis Wodié et les partisans du général Robert Guéi. L’attaque avait fait plus de 300 morts en une nuit parmi lesquels le ministre de l’intérieur Emile Boga Doudou et le général Robert Guei, ancien chef de la junte militaire, qui avait pris le pouvoir en décembre 1999. Mais le président Laurent Gbagbo n’avait pas été renversé et les assaillants s’étaient repliés sur le nord du pays y formant un kyste.

Très vite, l’on s’aperçut que la France n’était pas étrangère à cette attaque. D’abord parce qu’elle avait refusé d’aider le régime en place à faire le ménage comme le stipulent les accords de défense, mais elle montrait des signes évidents qu’elle avait partie liée avec la rébellion. Les négociations d’Accra, puis de Lomé qui étaient placées sous les auspices des organisations sous-régionales ont donc été copieusement torpillées. Les pourparlers de Linas-Marcoussis en banlieue parisienne était l’occasion rêvée par le gouvernement Jacques Chirac de porter l’estocade à un régime ivoirien qu’il n’avait pas en estime. Aidé de son ministre des affaires étrangères et complice de tous les temps, Dominique Galouzeau de Villepin, Jacques Chirac tenta de dépouiller le président ivoirien élu, Laurent Gbagbo, de tous ses pouvoirs pour les remettre au mouvement rebelle. La pilule fut difficile à avaler. Le peuple ivoirien résista héroïquement à l’imposture. Les manifestations de rue succédèrent aux meetings publics et la France décida de changer de fusil d’épaule. Il fallait désormais contraindre Gbagbo à organiser des élections dont les résultats étaient connus d’avance. Point n’est besoin de rappeler toutes les péripéties de la crise ivoirienne. Nul n’ignore que le président Laurent Gbagbo a parcouru presque toutes les capitales africaines à la recherche de la paix. Il a finalement pensé que l’accord politique de Ouagadougou qui était un accord inter ivoirien était la potion qui allait soigner la Côte d’Ivoire. Au résultat, c’est raté. Nicolas Sarkozy qui, entre-temps a remplacé Jacques Chirac au palais de l’Elysée était pour Laurent Gbagbo un poison pire que Chirac.

Au terme d’une élection présidentielle organisée dans un environnement armé, la France avait désigné son élu : Alassane Dramane Ouattara. Celui pour qui le coup du 19 septembre 2002 avait été monté. Et pour l’installer au pouvoir, une guerre coloniale horrible. Des hélicoptères français et onusiens qui ont largué des tonnes de bombes sur la résidence d’un chef d’Etat en fonction.

Laurent Gbagbo capturé par l’armée française et remis à ses ennemis, les objectifs de la rébellion armée sont atteints. Combien d’Ivoiriens y ont laissé leur vie ? Sur combien de corps a-t-on marché pour parvenir au Palais ? Neuf ans après, la Côte d’Ivoire n’a toujours pas retrouvé la paix. Et en plus, elle a totalement perdu sa souveraineté.

Augustin Kouyo, Notre voie

Sans commentaire

Présidentielle 2012 en France : Sarkozy «regarde» vers Abidjan

Les candidats à la présidentielle de mars 2012 en France, dont Nicolas Sarkozy, cherchent sans doute activement les fonds pour leur campagne. Et il n’est pas difficile d’imaginer qu’ils vont se tourner vers les financements occultes en provenance des pays africains, comme cela est de coutume.

L’auteur du coup d’Etat contre Laurent Gbagbo, Nicolas Sarkozy, va faire campagne pour la présidentielle de mars 2012, en France. Il lui faudra, bien sûr, des fonds. Mais où les trouver, en pleine crise ? La réponse à cette question coule de source. Et de bonne source. L’avocat Robert Bourgi, à la suite de bien d’autres, a confirmé que ce sont les pays africains qui financent les campagnes des candidats à la présidentielle en France. Il a avoué avoir transporté lui-même des valises bourrées de billets, de la part de Laurent Gbagbo à Jacques Chirac et à son Premier ministre d’alors, Dominique de Villepin. Au-delà des comptes que Sarkozy règle à ses adversaires et concurrents, entre deux putschs en Afrique (Côte d’Ivoire puis Lybie) et quelques complots à l’Elysée, un détail de l’affaire, regardée de près, prend tout son sens.

En effet, dans son témoignage qui assaisonne cette affaire, le président du parlement ivoirien révèle que le porteur de valises sales lui a tenu les propos suivants, en 2002 : ‘’Quand on veut faire de la politique, on est généreux’’. Ce bout de phrase, repris allègrement par l’agence France presse (Afp) dont on connaît le rôle dans le volet médiatique des cabales parisiennes ne serait-il pas un message à l’endroit de ceux qui n’ont pas encore préparé les valises ? On sait que c’est à partir d’Abidjan que Paris gère les intérêts français en Afrique de l’Ouest. En juillet dernier, le Premier ministre français, François Fillon, est venu signer un nouveau pacte colonial avec Ouattara, qui permettra à la France de continuer à exploiter la Côte d’Ivoire.

Le temps de la reconnaissance des services rendus

Au passage, il n’a pas manqué de révéler, à la stupéfaction de tous, que les salaires des fonctionnaires ivoiriens sont payés par le Trésor français depuis l’instauration du régime Ouattara. Y a-t-il un ‘’service’’ plus grand qu’on puise rendre à un régime, après s’être décarcassé pendant 10 ans pour l’installer au pouvoir par un coup d’Etat ? Ouattara devra se montrer plus que «généreux», en raison des énormes «services» que Sarkozy lui a rendus. Même si, agacé d’être traité de «pion de la France», le nouveau locataire du palais clame qu’il n’est «redevable à personne», on se doute qu’il ne peut pas prendre le risque de tenir un tel discours à la Sarkozy. Selon des observateurs, Ouattara ne fera pas l’exception pour ce qui est du financement occulte que Paris attend d’Abidjan pour la présidentielle de 2012. De gré où de force, il devra s’exécuter quand on le lui demandera. Comme Laurent Gbagbo a été contraint de le faire, sous la menace des canons français. Il y a donc fort à parier que les valises continueront de circuler entre Abidjan et Paris, par le truchement du successeur de Robert Bourgi qui a lui-même pris le relais de Jaques Foccart. Et le poids de la reconnaissance à l’égard de l’Elysée pourrait être tel qu’il ne suffira certainement pas au régime en place d’être simplement ‘’généreux’’ comme Gbagbo l’a été vis-à vis de Chirac. Il lui faudra être ‘’très généreux, particulièrement généreux’’ avec les parrains.

La largesse du pouvoir en place à Abidjan à l’égard de Sarkozy sera sans doute le premier véritable test pour Ouattara dans le giron des hommes de la Françafrique. S’il veut réussir cet examen de passage, il devra faire beaucoup d’effort pour être le premier, c’est-à-dire le plus généreux de la classe. Et, en la matière, Ouattara connaît bien ses leçons. Il l’a déjà démontré en 1990, en bradant, pour un franc symbolique, les secteurs vitaux de l’économie ivoirienne à la France. Il lui faudra tout simplement réviser un peu. Ouattara, Premier ministre du bélier de Yamoussoukro, ne ressemblera certes jamais à d’Houphouët- Boigny, l’apôtre de la paix. Car il est arrivé au pouvoir à la suite d’un coup d’Etat qui a fait couler le sang des innocents sur la terre ivoirienne. Mais il devra maîtriser parfaitement la table des matières de la Françafrique, à commencer par le financement de la campagne de ses tuteurs. Sinon, gare à lui ! Bien de chefs d’Etat africains, même après une parfaite lune de miel avec la France, ont payé cher leur brusque écart, quand ils ont tenté de prendre leur distance aves Paris. L’Elysée attend donc actuellement ses «valises» en provenance d’Abidjan.

K. Kouassi Maurice, Le Temps

R-Bourgi : Une bougie sans flamme

Robert Bourgi, ami et conseiller de Nicolas Sarkozy, a tenté de s’attirer de la lumière en ce temps de galère pour la droite au pouvoir en France. Il a tenté de révéler quelque chose sur le couple Chirac-Villepin, apparemment opposé à la réélection de celui qui a renforcé dans le monde, le sentiment anti-français.

L’histoire a consisté à exposer comment la campagne présidentielle sous Chirac a été financée. Bourgi veut paraître une bougie dans la double querelle Chirac-Sarkozy, Villepin-Sarkozy. Cette bougie se révèle sans flamme puisqu’elle n’éclaire personne. La blancheur de l’interview n’est qu’une illusion de couleur. En effet, le sieur Bourgi Robert est un instrument au service de la manipulation du candidat à sa propre succession.

Quelle crédibilité faut-il accorder à un conseiller et ami personnel de Sarkozy qui accuse sans ménagement,  » les anciens patrons  » de son mentor dans un contexte bien marqué par la précampagne présidentielle de 2012 et le jugement en appel de l’affaire Clearsteams ? Aucun crédit. L’homme du Président est sur un réseau sans tonalité. Les deux personnalités mises en cause ont déjà exprimé leur démarcation vis-à-vis de la politique menée par le Président Nicolas Sarkozy.

La vision présidentielle a plongé la France dans la précarité. Au plan des relations internationales, la diplomatie française ne ressemble qu’à une fleur en période d’harmattan. Méconnaissable, elle est devenue une diplomatie de promotion d’armes à feu.

Quel est l’intérêt de l’interview de Robert Bourgi ? Cette conversation a un double intérêt. D’abord, elle vise à saper le moral à l’ancien patron de Sarkozy, Villepin, qui constitue au sein de la majorité, le contrepoids à sa politique d’improvisation sans culture de performance. Ensuite, le soutien de Chirac n’est plus évident avec l’humour positif sur François Hollande. Dans l’affaire Clearsteam, on sait bien que le jugement en appel, – le droit reste le droit-, est probablement en défaveur de l’ancien ministre de l’intérieur. Il s’agit donc de faire des révélations pour détourner l’attention de l’opinion. C’est donc une histoire qui aurait pu faire l’objet d’un livre. Bourgi Robert amuse l’opinion avec une histoire qui n’aura aucune incidence sur le cours du système des choses. La francophonie politique est faite de ces choses horribles. Qui ne sait pas que l’Afrique est dirigée par des potentats qui ne sont pas assez conscients de leur rôle historique?

Avec de Gaulle, la France n’a pas d’amis mais des intérêts. Celui qui détermine et conduit cette politique d’intérêt, c’est le Président de la République. Bourgi ne dit rien de nouveau. Pire, il ennuie les lecteurs et ne fait finalement aucune révélation si ce n’est de démontrer qu’il demeure un valet  » heureux  » du  » sarkozysme  » désormais en lambeaux.

Que l’argent du contribuable ivoirien atterrisse à Paris, ce n’est pas nouveau. Ce n’est pas une information. La Côte d’Ivoire reste et demeure une vache à lait pour la France. Qui ne le sait pas ? Le nourrisson ivoirien le sait. Depuis la maternité, il sait très bien qu’il a un destin bloqué. Ce que Houphouët a institué pour abrutir son peuple n’est pas une curiosité particulière en France. Aussi grand qu’il puisse nous paraître, Bourgi Robert s’est fait noyer dans un gobet de café cacao ! Yako ! Son interview, sa bougie à lui, comme le constate le lecteur, est sans flamme.

H-Tauyé, la presse du jour bénin

L’Interview qui fait polémique : « J’ai vu Chirac et Villepin compter les billets de la françafrique »

Bourgi: « J’ai vu Chirac et Villepin compter les billets de la françafrique »

L’avocat Robert Bourgi, successeur de Jacques Foccart, révèle vingt-cinq ans de pratiques occultes sous Chirac. Pour la première fois, un homme avoue des financements occultes en provenance d’Afrique.

L’avocat français Robert Bourgi, conseiller officieux pour l’Afrique du président français Nicolas Sarkozy, a affirmé dans une interview au «Journal Du Dimanche» (JDD) avoir «participé à plusieurs remises de mallettes à Jacques Chirac», et avoir également remis des fonds occultes à Dominique de Villepin.

Les deux hommes visés par ces accusations ont confié leur intention de porter plainte et, à gauche comme à droite, les politiques n’ont pas manqué de réagir à cette nouvelle affaire.

Pourquoi prendre la parole aujourd’hui?

Avant toute chose, je veux dire que je parle en mon nom personnel, je ne suis mandaté par personne. Pierre Péan, que je connais depuis vingt ans, est venu me voir pour son enquête sur Alexandre Djouhri et, de fil en aiguille, nous avons un peu parlé de quelqu’un que je connais bien, Dominique de Villepin. Depuis quelques jours, j’observe, je lis et j’entends les commentaires de ce dernier sur l’enquête de Pierre Péan. Trop, c’est trop. À 66 ans, j’en ai assez des donneurs de leçon et des leçons de morale… J’ai décidé de jeter à terre ma tunique de Nessus, cet habit qui me porte malheur et que je n’ai jamais mérité.

Dans le livre de Pierre Péan, vous racontez comment Villepin vous a déçu…

J’ai travaillé avec Dominique pendant des années. Nous avons été très proches, comme on peut être proche d’un ami, de quelqu’un que l’on connaît intimement. Et puis, fin 2005, brutalement, il m’a chassé. Oui, il m’a déçu. N’est pas de Gaulle qui veut. L’entendre donner des leçons, lui que je connais de l’intérieur, m’exaspère.

À quand remonte votre première rencontre?

En mars 1997, le jour de l’enterrement de mon maître, Jacques Foccart, Dominique de Villepin m’appelle et me dit qu’il m’attend le soir même dans son bureau. Ce soir-là, à l’Elysée, il y a Jacques Chirac. Le président me demande de reprendre le flambeau avec Villepin… Et souhaite que je l’initie à ce que nous faisions avec le « Doyen », comme j’appelais Foccart.

C’est-à-dire?

Pendant trente ans, Jacques Foccart a été en charge, entre autres choses, des transferts de fonds entre les chefs d’État africains et Jacques Chirac. Moi-même, j’ai participé à plusieurs remises de mallettes à Jacques Chirac, en personne, à la mairie de Paris.

«Il n’y avait jamais moins de 5 millions de francs»

Directement?

Oui, bien sûr. C’était toujours le soir. « Il y a du lourd? » demandait Chirac quand j’entrais dans le bureau. Il m’installait sur un des grands fauteuils bleus et me proposait toujours une bière. Moi qui n’aime pas la bière, je m’y suis mis. Il prenait le sac et se dirigeait vers le meuble vitré au fond de son bureau et rangeait lui-même les liasses. Il n’y avait jamais moins de 5 millions de francs. Cela pouvait aller jusqu’à 15 millions. Je me souviens de la première remise de fonds en présence de Villepin. L’argent venait du maréchal Mobutu, président du Zaïre. C’était en 1995. Il m’avait confié 10 millions de francs que Jacques Foccart est allé remettre à Chirac. En rentrant, le « Doyen » m’avait dit que cela s’était passé « en présence de Villepinte », c’est comme cela qu’il appelait Villepin. Foccart ne l’a jamais apprécié… Et c’était réciproque.

Pourquoi?

En 1995, Juppé et Villepin se sont opposés à ce que Foccart occupe le bureau du 2, rue de l’Élysée, qui était son bureau mythique du temps de De Gaulle et Pompidou. Le « Doyen » en avait été très amer. Il avait continué à apporter les fonds, mais il avait été humilié.

À combien évaluez-vous les remises d’argent de Foccart venant d’Afrique?

Incalculable! À ma connaissance, il n’y avait pas de comptabilité. Plusieurs dizaines de millions de francs par an. Davantage pendant les périodes électorales.

Jacques Chirac, accusé par Jean- Claude Méry dans sa fameuse cassette d’avoir vu une remise de 5 millions de francs, a toujours démenti tout cela…

Je sais ce que je dis. Je sais ce que j’ai fait.

«À l’approche de la campagne présidentielle de 2002, Villepin m’a carrément demandé « la marche à suivre»

Que faites-vous donc à partir de 1997, à la mort de Foccart, avec Dominique de Villepin?

Je l’ai présenté aux chefs d’État africains. Au début, ils se sont étonnés de devoir traiter avec Villepin, qui avait déjà son discours officiel sur la « moralisation »… Je leur ai dit que c’était une décision du « Grand », autrement dit de Chirac. Je dois dire que Villepin s’y est bien pris avec eux. Que le courant est bien passé. Il a su y faire… Il m’appelait « camarade » et s’est mis à m’offrir du whisky pur malt de 1963.

Et les remises de valises ont continué?

Elles n’ont jamais cessé. À l’approche de la campagne présidentielle de 2002, Villepin m’a carrément demandé « la marche à suivre ». Il s’est même inquiété. C’est sa nature d’être méfiant. Je devais me présenter à l’Élysée sous le nom de « M. Chambertin », une de ses trouvailles. Pas question de laisser de traces de mon nom. Par mon intermédiaire, et dans son bureau, cinq chefs d’État africains – Abdoulaye Wade (Sénégal), Blaise Compaoré (Burkina Faso), Laurent Gbagbo (Côte d’Ivoire), Denis Sassou Nguesso(Congo-Brazzaville) et, bien sûr, Omar Bongo (Gabon) – ont versé environ 10 millions de dollars pour cette campagne de 2002.

Alors que ces fonds en liquide ne figurent sur aucun compte officiel, que les fonds secrets avaient été supprimés par Lionel Jospin, que l’affaire Elf avait mis en lumière les fortunes occultes des chefs d’État africains…

C’est l’exacte vérité. Un exemple qui ne s’invente pas, celui des djembés (des tambours africains). Un soir, j’étais à Ouagadougou avec le président Blaise Compaoré. Je devais ramener pour Chirac et Villepin 3 millions de dollars. Compaoré a eu l’idée, « connaissant Villepin comme un homme de l’art », a-t-il dit, de cacher l’argent dans quatre djembés. Une fois à Paris, je les ai chargés dans ma voiture jusqu’à l’Élysée. C’est la seule fois où j’ai pu me garer dans la cour d’honneur! C’était un dimanche soir et je suis venu avec un émissaire burkinabais, Salif Diallo, alors ministre de l’Agriculture. Je revois Villepin, sa secrétaire, Nadine Izard, qui était dans toutes les confidences, prendre chacun un djembé, devant les gendarmes de faction… Les tams-tams étaient bourrés de dollars. Une fois dans son bureau, Villepin a dit : « Blaise déconne, c’est encore des petites coupures! »

«Lors des grandes remises de fonds, j’étais attendu comme le Père Noël»

Comment écoulait-il ces fonds? Pierre Péan a demandé à Éric Woerth, trésorier de la campagne de 2002, qui n’a jamais eu vent de ces espèces…

Je ne sais pas ce que Chirac et Villepin en faisaient. C’est leur problème.

Vous dites que Laurent Gbagbo aussi a financé la campagne de Jacques Chirac en 2002…

Oui. Il m’avait demandé combien donnait Omar Bongo, et j’avais dit 3 millions de dollars. Laurent Gbagbo m’a dit : « On donnera pareil alors. » Il est venu à Paris avec l’argent. Nous nous sommes retrouvés dans sa suite du Plaza Athénée. Nous ne savions pas où mettre les billets. J’ai eu l’idée de les emballer dans une affiche publicitaire d’Austin Cooper. Et je suis allé remettre le tout à Villepin, à l’Élysée, en compagnie d’Eugène Allou, alors directeur du protocole de Laurent Gbagbo. Devant nous, Villepin a soigneusement déplié l’affiche avant de prendre les billets. Quand on sait comment le même Villepin a ensuite traité Gbagbo, cela peut donner à réfléchir…

 Jacques Chirac était-il au courant de toutes les remises d’espèces?

Bien sûr, tant que Villepin était en poste à l’Élysée. Lors des grandes remises de fonds, j’étais attendu comme le Père Noël. En général, un déjeuner était organisé avec Jacques Chirac pour le donateur africain, et ensuite, la remise de fonds avait lieu dans le bureau du secrétaire général. Une fois, j’étais en retard. Bongo, qui m’appelait « fiston » et que j’appelais « papa », m’avait demandé de passer à 14h 45. Nadine, la secrétaire de Villepin, est venue me chercher en bas et m’a fait passer par les sous-sols de l’Élysée. J’avais un gros sac de sport contenant l’argent et qui me faisait mal au dos tellement il était lourd. Bongo et Chirac étaient confortablement assis dans le bureau du secrétaire général de l’Élysée. Je les ai salués, et je suis allé placer le sac derrière le canapé. Tout le monde savait ce qu’il contenait. Ce jour-là, j’ai pensé au Général, et j’ai eu honte.

«Dominique est quelqu’un de double»

Après la réélection de 2002, Villepin a quitté l’Élysée pour le ministère des Affaires étrangères. Avec qui traitiez-vous?

Toujours avec lui. Cela a continué quand il est passé au Quai d’Orsay, à l’Intérieur, et aussi quand il était à Matignon. Place Beauvau, un nouveau « donateur », le président de Guinée équatoriale Obiang NGuéma, a voulu participer. J’ai organisé un déjeuner au ministère de l’Intérieur, en présence du président sénégalais Abdoulaye Wade et son fils Karim, au cours duquel Obiang NGuéma a remis à Villepin une mallette contenant un million et demi d’euros. Parfois, Dominique sortait directement l’argent devant nous, même si je venais accompagné d’un Africain, et, sans gêne, il rangeait les liasses dans ses tiroirs. Pour l’anecdote, je lui laissais parfois la mallette sans qu’il l’ouvre en lui donnant le code de la serrure… Une autre fois, lorsqu’il était à Matignon, Villepin s’impatientait parce que l’ambassadeur du Gabon était en retard. Il est finalement arrivé tout essoufflé avec un sac contenant 2 millions d’euros. « C’est lourd », disait-il… en frôlant l’infarctus.

À cette époque, en pleine affaire Clearstream, Dominique de Villepin a toujours évoqué les consignes présidentielles de « moralisation de la vie publique »…

Oui, en public, il a toujours eu ce discours. Dominique est quelqu’un de double. Un individu à deux faces. Pendant toute la période Clearstream, à plusieurs reprises, il était euphorique. « On va bourrer le nabot », disait-il en parlant de Nicolas Sarkozy. Il était certain, pendant des mois, que l’affaire Clearstream allait tuer politiquement son rival. Au total, après qu’il eut quitté l’Élysée, j’estime avoir remis à Villepin, en direct, une dizaine de millions de dollars. Et, outre cet argent liquide, je lui ai remis des « cadeaux »…

Quel genre?

Je me souviens d’un bâton du maréchal d’Empire, qui lui avait été offert par Mobutu. Bongo et Gbagbo lui ont aussi offert de superbes masques africains. Bongo lui a offert des livres rares, des manuscrits de Napoléon… Chirac a reçu des cadeaux splendides, aussi. Je me souviens d’une montre Piaget offerte par Bongo, qui devait réunir environ deux cents diamants. Un objet splendide, mais difficilement portable en France…

Comment savez-vous cela?

J’avais accès au gestionnaire du compte parisien d’Omar Bongo, et il m’est arrivé d’aider certaines personnes proches de Dominique, qui en avaient besoin. Avec « papa », nous avions un code: entre nous, nous appelions Villepin « Mamadou », parce qu’autrefois un secrétaire général du président gabonais se prénommait ainsi. Il me suffisait de dire : « Papa, ‘Mamadou’ a besoin de quelque chose. » Et Omar Bongo me disait de faire le nécessaire.

«Grâce à son ingratitude, je suis allé voir Nicolas Sarkozy»

Vous disiez que les remises d’espèces ont continué quand Villepin était à Matignon…

Bien sûr. Les présidents africains avaient dans la tête que Villepin allait préparer la présidentielle. Omar Bongo, place Beauvau, lui avait dit : « Dominique, entends-toi avec Nicolas. » Et Villepin lui avait ri au nez et lui avait répondu : « J’irai à Matignon, puis à l’Élysée. » Il avait un sentiment de toute-puissance à cette époque. Je me souviens d’un jour, au Quai d’Orsay, où sa secrétaire m’appelle en urgence. « Camarade, un double whisky aujourd’hui, la ration John Wayne », me lance Dominique dans son bureau. Il avait quelque chose à me dire : « Aujourd’hui, j’ai atteint l’âge du général de Gaulle le jour de l’appel du 18 juin, j’ai 49 ans, Robert! Je serai l’homme du recours! » Il a prononcé plusieurs fois cette phrase – « Je serai l’homme du recours » – en imitant la voix du Général. En rentrant chez moi, j’ai dit à ma femme qu’il y avait peut-être un problème…

Comment cela s’est-il arrêté et pourquoi?

 Fin 2005, la dernière semaine de septembre. Nadine, sa secrétaire, m’appelle selon le code : « Nous allons acheter des fleurs. » Cela voulait dire que l’on se retrouve devant le Monceau Fleurs du boulevard des Invalides. Elle venait me chercher en voiture pour m’amener à Matignon. Ce jour-là, elle m’a fait entrer par l’arrière et m’a laissé dans le pavillon de musique. Villepin m’a fait attendre une demi-heure. J’ai tout de suite eu l’intuition qu’il y avait un problème.

Que s’est-il passé?

Il est arrivé et a lancé un drôle de « Alors, camarade, ça va? », avant de m’expliquer : « L’argent de Sassou, de Bongo, de tous les Africains, sent le soufre. C’est fini », a-t-il poursuivi… Je me souviens de sa phrase : « Si un juge d’instruction vous interroge, vous met un doigt dans le cul, cela va mal finir. » Il parle exactement comme cela. Je l’ai bien regardé. Je lui ai dit qu’il m’emmerdait et je suis parti en serrant la mâchoire. Il m’a couru après en disant « camarade, camarade! », m’a rappelé cinq ou six fois dans les jours qui ont suivi. J’avais décidé que ce n’était plus mon problème. Grâce à son ingratitude, je suis allé voir Nicolas Sarkozy.

Comment cela?

Nicolas Sarkozy m’a écouté, je lui ai raconté tout ce que je vous raconte aujourd’hui. Même lui, il m’a paru étonné. Je l’entends encore me demander : « Mais qu’est-ce qu’ils ont fait de tout cet argent, Robert ? » Il m’a dit aussi : « Ils t’ont humilié comme ils m’ont humilié, mais ne t’inquiète pas, on les aura. » Je l’ai revu la semaine suivante. Nicolas Sarkozy m’a dit : « Robert, là où je suis, tu es chez toi », et m’a demandé de travailler pour lui, mais sans le système de financement par « valises ».

«L’argent d’Omar Bongo a payé le loyer pendant des années»

Les financements africains auraient-ils cessé pour la campagne de 2007? Difficile à croire… D’autant que Sarkozy, à peine élu, s’est rendu au Gabon et a annulé une partie de la dette gabonaise…

Je dis ce que je sais. Ni Omar Bongo ni aucun autre chef d’État africain, par mon intermédiaire, n’a remis d’argent ni à Nicolas Sarkozy ni à Claude Guéant.

Vous étiez proche de Laurent Gbagbo, vous n’avez pas été invité à l’intronisation d’Alassane Ouattara…

Laurent Gbagbo est un ami de trente ans. Il m’a raccroché au nez la dernière fois que je l’ai appelé. J’étais dans le bureau de Claude Guéant et c’était dans les derniers jours avant sa destitution… Il ne voulait plus prendre ni Sarkozy ni Obama au téléphone. Il ne voulait rien entendre et m’a dit : « C’est la dernière fois que je te parle. » Par la suite, tout le monde le sait, Alain Juppé m’a fait enlever de la liste des invités pour l’intronisation de Ouattara.

Vous en voulez à Alain Juppé…

Lui aussi me fait sourire quand je l’entends donner des leçons de morale. Je vais finir par cette histoire qui remonte à 1981. Alain Juppé a pris la tête du Club 89, un cercle de réflexion de chiraquiens qui s’est installé dans de superbes locaux de l’avenue Montaigne. C’est moi qui ai signé le bail du loyer, qui était de 50.000 francs mensuels, une somme pour l’époque. D’ailleurs, le téléphone du 45, avenue Montaigne était à mon nom! L’argent d’Omar Bongo a payé le loyer pendant des années, entre 1981 et 1992. Les espèces du président gabonais ont fait vivre les permanents pendant des années… Le secrétaire général du Club 89, Alain Juppé, ne pouvait pas l’ignorer. Je sais qu’aujourd’hui tout le monde a la mémoire qui flanche. Moi, pas encore.

Laurent Valdiguié, Le Journal du Dimanche

La France : Un éternel Etat délinquant

L’appellation « Pays des droits de l’homme » dont on labélise la France en raison des philosophes du siècle des Lumières et de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 n’a jamais été, hélas, qu’un simple vœu pieu. La révolution française est bien loin ! Car si l’on observe le comportement de la France en Afrique – francophone s’entend – depuis ces deux derniers siècles, il y a de quoi être épouvanté ! Tant le pays des « Droits de l’homme » est le pays occidental le plus mafieux. Un pays dont les crimes de ses dirigeants sont perpétrés au fil du temps sans qu’aucun œil n’ose ciller et dans la plus grande impunité.

De la traite négrière jusqu’à la coopération, en passant par l’esclavage régi par le Code noir de Louis XIV, la colonisation marquée par le Code de l’indigénat et le travail forcé, la France est restée égale à elle-même. Pire, il se dégage une scandaleuse constante.

Nos Etats postcoloniaux demeurent marqués jusqu’aujourd’hui par des exactions, tueries et autres atteintes graves aux droits de la personne humaine perpétrés par un pays qui se prétend patrie de la liberté, de l’égalité et de la fraternité. Nous endurons encore les conséquences de ces actes odieux dont les effets psychologiques, économiques, culturels, politiques pèsent encore lourdement sur notre destin. Jugez-en vous-mêmes :

1- Décembre 1944 : Massacre du camp de Thiaroye (Sénégal)

L’administration coloniale réprime brutalement et férocement une mutinerie de soldats noirs qui manifestaient pacifiquement pour réclamer leurs arriérées de soldes. Bilan : 380 « mutins » froidement abattus.

2- Mai 1945 à Sétif (Algérie)

La police coloniale ouvre le feu sur des manifestants qui réclamaient l’indépendance de l’Algérie et la libération de Messali Hadj, chef du parti populaire Algérien (PPA). Bilan : plusieurs milliers d’algériens abattus.

3- De mars 1947 en décembre 1948 à Madagascar

Répression brutale d’une manifestation pour l’indépendance. Bilan : 80 000 morts, villages saccagés et incendiés.

4- De 1954 en 1960 en Algérie

Prétextant de l’insurrection algérienne, sous la conduite du Front de libération Nationale (FLN), l’occupation française massacre environ un million d’Algériens.

5- De 1945-1971 : Massacre au Cameroun

En pays Bamiléké, la boucherie fait environ 400.000 morts. Des villages rasés au napalm.

6. 1967 : La guerre civile du Biafra (Nigeria)

Pour se voir céder les droits exclusifs d’exploration et d’extraction du pétrole, de l’or, de la colombite, de l’étain, de l’uranium et de charbon dans la province du Biafra, la France suscite une effroyable guerre civile menée par Odumegwu Ojukwu. Bilan : environ un million de morts.

7- 1994 : Le génocide rwandais

La France arme et entraine la milice extrémiste Hutu « Interahamwes » qui a massacré environ 800 000 Tutsis au Rwanda.

8- Le 19 septembre 2002 en Côte d’Ivoire

La France organise et entretien une bande armée en Côte d’Ivoire pour renverser le régime de Laurent Gbagbo. Bilan : des milliers de morts. Puis, en 2004, les militaires français tirent sur une de manifestants ivoiriens désarmés. Bilan : 57 morts et 2200 blessés.

9- Les coups d’Etat de la France en Afrique

– Le renversement et l’assassinat, en janvier 1963, du premier président de la République du Togo, Sylvanus Olympio.

– Le 18 février 1964, la France vole au secours de Léon M’ba déposé par des officiers progressistes de l’armée gabonaise. Il est réinstallé au pouvoir par des para-commandos.

– En janvier 1977 au Bénin, échec d’une tentative de coup d’état, menée par des mercenaires conduits par le tristement célèbre mercenaire de l’Elysée, Bob Denard.

– Le 21 septembre 1979, la France lance l’opération dite Barracuda pour installer David Dacko au pouvoir à Bangui, en remplacement de l’empereur Bokassa, devenu encombrant et surtout embarrassant avec ses histoires de diamants offerts à son « cher parent » Giscard d’Estaing.

– Le 11 avril 2011, l’armée française capture avec une rare violence le Président Laurent Gbagbo et le fait remplacer par un Gouverneur local. Bilan : des milliers de morts.

Comme on le voit clairement, la France est un vrai empire colonial dont les méthodes n’ont pas variées. Ce qui montre combien nos indépendances n’ont été qu’une sinistrissime continuation de la tragédie africaine. En effet les pays africains, ex-colonies françaises, sont les parties du monde les plus durement touchées par la pauvreté, la maladie et l’ignorance. Ce sont en outre les régions les plus endettées, sans que l’on puisse dire à quoi ont servi les sommes colossales « offertes » par la France généreuse. En fait, nous sommes délibérément affamés, et notre dignité piétinée, par une France toujours plus insatiable, par l’intermédiaire des régimes qu’elle installe à tour de bras. Ce sont des gens avides, assoiffés de gloire.

Il faut le dire tout net. La France se moque du monde entier, et manipule l’opinion internationale. L’Union Européenne, l’ONU et à l’Union Africaine ? Tous ces groupements transnationaux sont à la solde du pétrole et autres richesses minières de l’Afrique. Un pillage finement orchestré, et complètement banalisé dans leur différente opinion publique.

La défense de la démocratie ? Quelle comédie sinistre et honteuse quand on se rappelle le discours de la Baule. En effet, ce discours de Mitterrand était rempli d’espoirs nouveaux pour le continent noir. Mais en temps, la France de Mitterrand ne s’embarrassa de fioritures pour sauver ses « amis », faisant ainsi le choix des compromissions mafieuses qui meurtrissent encore aujourd’hui le continent africain. Il ne resta plus à Jacques Chirac que de tuer tout espoir de renouveau en Afrique. En 1987 à Dakar alors qu’il était premier ministre, Jacques Chirac annonça qu’il préfère « le parti unique multitendanciel ». Une notion brumeuse, certainement pour les attardés que nous sommes. A Abidjan en 1990, Jacques Chirac, avec tout le sérieux qu’on lui connaît quand il s’agit de l’Afrique nous lança que « le multipartisme est un luxe que les pays en développement n’ont pas les moyens de s’offrir. » Avec Nicolas Sarkozy et ses expéditions guerrières, le cynisme est des plus époustouflants… Pour lui, l’Afrique n’est pas entrée dans l’Histoire (sic). Entendu qu’entrer dans l’Histoire c’est perpétuer la barbarie séculaire qui remonte à l’invasion de l’Afrique et à l’esclavage ; c’est installer sur le continent des criminels sur fond de fleuves de sang humain parce que sa survie en dépend, et parce qu’elle pense que c’est la seule méthode qui vaille.

Il a eu trop tôt raison Georges Clémenceau quand il disait : « Une goutte de pétrole vaut bien une goutte de sang. » C’est l’Afrique qui a fait la France au prix de son sang. Ainsi écraser les démocraties en pillant, tuant et violant est donc tout à fait légitime pour la France. Quiconque aspire à devenir « Gouverneur délégué » de la France dans son pays ne peut manifestement y parvenir sans l’onction et la bénédiction de l’Etat français. De même, quiconque de ces « Gouverneurs délégués » en place ne se plie pas aux règles du Pacte colonial de la françafrique est débarqué, arrêté au mépris de la moindre loi, quand il n’est pas tout simplement assassiné, et remplacé par un autre postulant.

Ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire depuis le 19 septembre 2002 ne se serait jamais produit si la France n’était pas au centre de cette barbarie. C’est à un véritable déni de démocratie, et donc de progrès que s’est livrée la France. Qui ne peut concevoir ses rapports avec ses ex-colonies que sous la forme de telles inhumanités. Il apparaît en effet que les actions de Sarkozy tout comme celles de ses prédécesseurs, fossilisées de façon héréditaire, aient consisté à systématiquement bafouer toute possibilité d’affirmation des droits de l’Homme en Afrique et à y semer, non pas ces valeurs universelles de démocraties qui élèvent l’Homme et le libèrent, mais celles qui l’animalisent et qui s’interposent entre les Africains et leurs libertés.

Nous devons sortir du supplice infernal qui nous lie à la France coloniale. L’Afrique n’a pas besoin ni de l’aide de la France, ni de son omniprésence. La prétendue générosité de la France est une aide empoisonnée. Elle rappelle l’histoire de ce pompier-pyromane qui s’active à éteindre l’incendie qu’il a provoquée. Tout cela, dans le seul objectif de se faire acclamer en héros… Les peuples africains n’ont que trop souffert de ce paternalisme qui créateur de souffrances inutiles. Ce dont nos pays ont besoin aujourd’hui, c’est que la France les laisse en paix pour que seuls, ils retrouvent les équilibres politiques et économiques naturels qui lui permettraient de sortir de la pauvreté et de l’instabilité politique grâce à son propre génie.

Autrement dit, la solution aux nombreux problèmes de l’Afrique passe nécessairement par la mise à mort de la politique mafieuse de la France en Afrique, afin de permettre l’avènement d’une vraie coopération bénéfique pour tous. Il faut surtout que la France, pour son propre bien aussi, accepte la nature incontournable des aspirations démocratiques de nos peuples.

Nikitta Kadjoume – Refletci.webself.net

Alors que la chute de Gbagbo n’a pas livré ses secrets, Abidjan regagne sa place dans la Françafrique

C’est WikiLeaks qui le suggère implicitement en  levant  le voile sur les relations Sarkozy-Ouattara. Suivez la femme, comme dans un polar… À en croire ce site qui défraie les chroniques avec ses révélations secret-défense, le nouveau président ivoirien aura bel et bien été installé dans le palais présidentiel d’Abidjan par les forces françaises stationnées en Côte d’Ivoire sous le vocable de Licorne.

Ouattara ne serait alors plus qu’un nouveau pion dans le dispositif françafrique que le président français a réanimé après avoir juré en 2007 abolir pour le remplacer par des relations franco-africaines plus seines, fondé sur l’équilibre gagnant-gagnant. Le site WikiLeaks révèle que Nicolas Sarkozy était en grande amitié avec Alassane Ouattara bien avant qu’il n’occupe l’Élysée. Le président français a tissé des liens avec son homologue ivoirien lorsqu’il était ministre de l’Intérieur de Jacques Chirac, lequel avait totalement mis à l’écart l’opposant ivoirien qui avait été sur le tard premier ministre du père de l’indépendance ivoirienne, Félix Houphouët-Boigny mort en 1993 et qui constituait avec son homologue gabonais, Omar Bongo, mort en 2009, l’épine dorsale de la Françafrique. Jacques Chirac n’aurait pas apprécié qu’Ouattara ait convolé en noces avec l’ex-femme d’Houphouët-Boigny. Un diplomate français a raconté à un homologue américain que les relations des Français avec le camp Ouattara étaient rompues parce que Chirac n’acceptait pas son mariage avec “la femme” d’Houphouët. Les sentiments de Chirac vis-à-vis d’Ouattara étaient tels que personne, au ministère des AE ou à la présidence, ne cherchait le contact avec Ouattara, avait précisé le diplomate français.

Chirac soutenait Henri Konan Bédié, rival d’Ouattara dans l’opposition à Laurent Gbagbo. Ces confidences, qui ont manifestement déconcerté les Américains, sont rapportées dans un télégramme envoyé au département d’État par l’ambassade US à Paris, le câble est classé “secret/noforn”, le plus haut degré de classification possible. La femme par laquelle la rupture a prévalue est une Française qui en est à son troisième mariage. Dominique Nouvian est née il y a 57 ans à Constantine et a épousé en première noce un concitoyen Folloroux. Le couple s’est installé en Côte d’Ivoire en 1973 lorsque Folloroux y avait été affecté comme professeur au lycée technique d’Abidjan. Celui-ci décéda dix ans plus tard, la laissant avec deux enfants. Femme avisée, elle fonda AICI, une société de gestion immobilière à qui Houphouët a confié tous ses biens dans la pierre, et pas seulement en Côte d’Ivoire. C’est aujourd’hui un groupe prospère, en Afrique et en France.

Femme d’affaires à succès et blonde, Dominique connaît le vieil Houphouët-Boigny et voit ainsi s’élargir ses contacts politiques et son influence dans son pays d’adoption mais aussi en France. Proche des milieux d’affaires français dont Martin Bouygues, Bolloré et tous les autres patrons qui s’alimentent dans les réseaux de la Françafrique, le couple Ouattara serait entré en relations avec Nicolas Sarkozy qui était lui aussi bien introduit dans les milieux du CAC 40. Plusieurs médias ivoiriens, et parfois français (comme Le Point) affirment que l’actuel président français les a mariés en 1991 alors qu’il était maire de Neuilly. En outre la femme d’Ouattara était proche de Cécilia la seconde femme de Sarkozy, Dominique Ouattara devenu la première Dame de Côte d’Ivoire est aujourd’hui à la tête d’un petit empire, qui s’étend à la franchise des salons de coiffure Jacques Dessange aux États-Unis ou à la direction de Radio Nostalgie Afrique. Son groupe immobilier pèse 1,3 million d’euros de chiffre d’affaires en 2009.

Et pour terminer ce tour, il faut également ajouter que la communication et le marketing d’Ouattara ont été assurés par une boîte française  de com. (PB COM International) dont la patronne Patricia Balme a ses entrées à l’Élysée, notamment auprès de la cellule Françafrique.

C’est une proche du président français. La Françafrique a ainsi de bons jours devait elle, à moins que l’Afrique sub-saharienne ne soit contaminé par le Printemps arabe.

Par : Djamel Bouatta sur http://www.liberte-algerie.com