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Zimbabwe : Les jours de Robert Mugabe, 87 ans, sont comptés

Zimbabwe: pourquoi Mugabe ne veut pas partir

Robert Mugabe et Mahmoud Ahmadinedjad de l’Iran

Les jours de Robert Mugabe, 87 ans, sont comptés. Selon les notes diplomatiques américaines divulguées par Wikileaks, le président du Zimbabwe, rongé par un cancer de la prostate qui s’est étendu à d’autres organes, pourrait mourir en 2013. C’est du moins ce qu’affirmait un télégramme envoyé en juin 2008 à Washington par l’ambassade des Etats-Unis à Harare, citant plusieurs sources qui donnaient entre trois à cinq ans d’espérance de vie au chef de l’Etat zimbabwéen. Parmi ces sources, les médecins de Mugabe, ainsi que Gideon Gono, le gouverneur de la Banque centrale, qui aurait demandé – en vain – à son patron de quitter le pouvoir. Embarrassé par ces révélations, Gideon Gono les a aussitôt qualifiées de «fiction».

Ces informations, pourtant, ne relèvent pas du scoop au Zimbabwe. Tout le monde sait qu’à chaque fois que Mugabe s’envole pour Singapour, c’est pour s’y faire soigner. Et ce n’est un secret pour personne: le «Vieux crocodile», comme on le surnomme chez lui, est bien décidé à mourir au pouvoir. «Je suis né au Zimbabwe, j’ai grandi au Zimbabwe, je me suis battu pour le Zimbabwe, je mourrai au Zimbabwe, je serai enterré dans ma patrie et nulle part ailleurs»… Robert Mugabe martèle cette phrase à longueur d’année, dans les bulletins d’informations que lui consacre la télévision nationale.

Père de l’Indépendance, acquise en 1980 après une longue lutte de libération nationale, il fait partie de ces présidents qui considèrent que leur pays leur appartient. Il a toujours rejeté le projet d’une retraite en exil, en Malaisie par exemple – une idée que ses proches lui soufflent à l’oreille depuis dix ans. Son refus de quitter le pouvoir ne relève pas du seul entêtement autocratique. Il s’explique aussi par sa peur d’avoir à répondre devant la justice internationale des massacres perpétrés en 1983 par son régime.

Formé à l’université sud-africaine de Fort Hare, fréquentée avant lui par Nelson Mandela, le nationaliste africain s’est brouillé dans les années 1960 avec Joshua Nkomo, le leader de l’Union du peuple africain du Zimbabwe (Zapu). Ce mouvement était alors la principale résistance à l’apartheid modéré que pratiquait la Rhodésie de Ian Smith. En 1963, Robert Mugabe lance l’Union nationale africaine du Zimbabwe (Zanu). Emprisonné pendant 10 ans, il part au Mozambique à sa libération, en 1974, d’où il mène la guerre d’indépendance. Il négocie aux côtés de Nkomo les accords de Lancaster, qui aboutissent à la libération du pays.
Mais une fois au pouvoir, en 1980, il se débarrasse de toute opposition et réprime le parti de Joshua Nkomo dans son fief, la région du Matebeleland, où réside l’ethnie ndébélé. Personne n’a oublié les massacres de civils qui ont fait 20 000 morts dans le Sud-Ouest du pays.

Perpétrés par la “cinquième brigade”, une unité spéciale formée en Corée du Nord, ces crimes ont durablement ethnicisé la vie politique zimbabwéenne, entre la majorité shona qui soutient la Zanu de Mugabe et la minorité ndébélé acquise à l’opposition de Morgan Tsvangirai.
Signe d’une impatience grandissante au sein du parti au pouvoir: Jonathan Moyo, ancien ministre de l’Information (2000-2005), membre du politburo de la Zanu-PF, a condamné pour la première fois le 14 août dernier les fameux massacres. Une «page sombre de notre histoire», a déclaré ce candidat à la succession, évoquant une réaction «outrageusement disproportionnée» des autorités à l’époque. Jonathan Moyo est persuadé que Mugabe est en trop mauvaise santé pour se présenter aux prochaines élections, en 2012. De leur côté, les familles des victimes n’ont jamais eu droit au moindre mot d’excuse, et encore moins à des réparations.

Qualifié de «moment de folie» par Mugabe lui-même, en 2007, cet épisode douloureux, sur lequel l’opposition demande un débat national, pèse toujours lourdement sur la vie politique du Zimbabwe.

SlateAfrique

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