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SENEGAL : Le ticket de la honte

Qui a dit qu’en Afrique, il n’y a pas de vieux magiciens ?

Abdoulaye Wade, le magicien

Le Président sénégalais n’en finit pas d’étonner et de décevoir. Il aura tellement joué de tours et procédé à de renversants retournements de veste en cette année 2011 que ceux qui, avaient vue en son accession au pouvoir en 2000 une aubaine et un espoir pour l’Afrique sub saharienne ont fini par déchanter.

On n’a pas besoin de sortir des cuisses de Jupiter pour comprendre que notre vieux sénégalais n’a pas et vraiment pas l’intention de quitter le pouvoir sans avoir l’assurance qu’après lui, ce sera son fils. Le patriarche sénégalais qui, il y a quelques semaines jouait les donneurs de leçon en traitant  Kadhafi de dictateur, voit la carrière politique de son fils s’écrire en pointillés ; les sénégalais le lui ont déjà démontré en refusant l’accession de Karim Wade à la mairie de Dakar en mars 2009. S’arc-boutant et contre vents et marées, le lièvre de Kébémer comme aimait l’appeler Senghor tient à faire de son fils un Chef d’Etat  alors que les sénégalais ont refusé de le faire maire. Ce que le peuple rejette, on peut l’obtenir par la loi. La constitution peut être torturée, charcutée pourvu qu’on parvienne à y insérer le ticket présidentiel et surtout cette fameuse clause visant à l’organisation d’un scrutin à un tour au lieu de deux comme dans les actuelles dispositions de la loi fondamentale sénégalaise.

Sur ce point précis, Wade comptait emboîter le pas à Joseph Kabila qui, pour faciliter sa réélection aux élections présidentielles de Novembre 2011 avait exprimé en Janvier 2011 le  vœu de modifier la constitution afin que l’élection présidentielle ait lieu en un seul tour. Comme quoi, les hommes politiques Africains rivalisent d’ardeur et d’imagination quand il faut s’accrocher au pouvoir.

Avec le ticket présidentiel, le vieux sénégalais pourra choisir aisément son dauphin et l’imposer à la tête du pays en cas d’invalidité pour assurer la continuité de la françafrique. Laisser toute latitude à Wade de choisir son propre successeur est un coup d’état constitutionnel comme l’a dénoncé Alioune Tine, le président de la Rencontre Africaine de défense des droits de l’homme (Raddho) et, il va le payer cher puisque le gouvernement sénégalais a décidé d’entrer en guerre contre toutes les organisations non gouvernementales qui sont montés au créneau pour dénoncer le projet de loi. A cet effet, il sera mis fin aux exonérations fiscales accordées aux Ong.

En 2001, c’était Joseph Kabila qui succéda à son père Laurent Désiré Kabila qui venait d’être assassiné. En 2005, alors que le général Gnassingbé Eyadéma venait de rendre l’âme, le 5 février après 38 ans de règne sans partage, son fils, Faure Gnassingbé se voit confier par l’armée les rênes du pouvoir puis organisa des élections « globalement démocratiques » selon Sarkozy pour légitimer son pouvoir. En 2009,  Ali Ben Bongo, fils d’Omar Bongo, succéda à son père à la présidence du Gabon lors de l’élection du 30 août 2009, malgré la contestation de Pierre Mamboundou, candidat de l’Union du peuple gabonais (UPG) et de l’ancien ministre de l’Intérieur André Mba Obame. Cela fait déjà assez d’exemple ; Wade voulait bien s’en servir pour faire de son fils l’héritier de la famille Wade compte tenu de l’impopularité de ce dernier mais, c’était sans compter avec l’hostitilité de la classe politique et du peuple sénégalais. Notre vieil homme a dû reculer en retirant tout le projet de loi qui, prévoyait l’élection simultanée au suffrage universel direct d’un président et d’un vice-président.

Une bouffée d’oxygène pour l’opposition qui,  consolidée avec la société civile sénégalaise a su à l’unisson, se lever contre ce toilettage de leur constitution. Après le débat sur le ticket présidentiel, doit se poser celui de la constitutionnalité de la candidature de Abdoulaye Wade à l’élection présidentielle de Février 2012 puisqu’il clôture son second mandat à la tête du pays.

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RDC : «Qui a tué Laurent-Désiré Kabila ?»

« Qui a tué Laurent-Désiré Kabila ? ». C’est le titre d’un documentaire diffusé ce 27 avril 2011 sur la chaîne de télévision, France O. Une chaîne disponible, partout dans le monde, sur le bouquet Canal Satellite Horizon.Depuis le 16 janvier 2001, jour de l’assassinat du président Laurent-Désiré Kabila, l’énigme persiste. On ne sait pas toujours pas qui est derrière la main de Rachidi, l’assassin du président. Dans ce documentaire, de nombreux Congolais témoignent. Le mystère commence à s’éclaircir. L’un des deux auteurs du film, Arnaud Zajtman, répond aux questions de RFI.

Depuis le 16 janvier 2001, c’est une énigme. On ne sait pas toujours pas qui est derrière la main de Rachidi, l’assassin du président Kabila. Dans ce documentaire, de nombreux Congolais témoignent. Le mystère de ce complot commence à s’éclaircir. L’un des deux auteurs du film, Arnaud Zajtman, répond aux questions de RFI.

RFI : Arnaud Zajtman, dans le documentaire que vous avez réalisé sur l’assassinat de Laurent-Désiré Kabila, le 16 janvier 2001, vous partez d’un constat : aucune des trente personnes condamnées à mort en 2003 n’est coupable de ce meurtre.
Arnaud Zajtman : Aucune n’est coupable de l’assassinat de Laurent-Désiré Kabila.

RFI : On sait qui a tué Laurent-Désiré Kabila, dans son bureau du palais de marbre, c’est Rachidi Kasereka, l’un de ses gardes du corps. Mais dix ans après, on ne sait toujours pas qui a commandité cet assassinat.

A.Z. : Effectivement, dans le film, j’ai suivi les pistes, à savoir celles d’un petit nombre de gardes du corps. Ils étaient liés à un homme d’affaires libanais qui en a assuré la logistique et qui, lui-même, avait des contacts avec le groupe rebelle pro-rwandais RCD (le Rassemblement congolais pour la démocratie). Ces rebelles, à l’époque, occupaient l’est de la RDC. Et ces mêmes gardes du corps avaient également, à l’époque, des contacts avec l’attachée de Défense de l’ambassade des Etats-Unis. Et donc, d’après mes investigations, toutes ces personnes sont, à différents égards, impliquées dans le complot.

RFI : On connaît Rachidi Kasereka, ce garde du corps qui a tiré et qui a ensuite été abattu par l’aide de camp du président, Eddy Kapend. On connaît moins Georges Mirindi, autre garde du corps, complice de Rachidi. Il attendait celui-ci avec un véhicule à l’extérieur de la présidence et il s’est enfui.

A.Z. : En effet, il y a eu un complot dans lequel un petit nombre de gardes du corps étaient impliqués, Mirindi étant le seul rescapé de cette aventure. Mais au moment où il faut trouver des coupables, ceux ayant été impliqués dans le complot et ayant réussi à fuir, c’est tout l’entourage de Laurent-Désiré Kabila qui est arrêté et aujourd’hui ils sont encore cinquante à Makala, dans la prison centrale de Kinshasa parmi lesquels Eddy Kapend qui pourtant a tenté de sauver le régime.

RFI : Alors Mirindi, ce complice de Rachidi, vous l’avez retrouvé, il est en Suède où il est exilé. Dans ce film, il vous parle, mais malheureusement, il vous ballade un peu ?

A.Z. : Il nous ballade complètement. Mais l’image ne ment pas. On voit qu’il nous ballade, on le voit dans son attitude physique. C’est cela que nous avons montré. Nous ne sommes pas de la police. Je n’ai pas de moyens coercitifs pour forcer les gens à me dire la vérité.

RFI : Première piste que vous explorez, celle du commandant Anselme Masasu. Rachidi et Mirindi étaient des hommes du commandant Masasu que Kabila avait fait exécuter deux mois plus tôt. Les hommes de Masasu auraient-ils voulu venger sa mort ?

A.Z. : En effet, les gardes du corps de Laurent-Désiré Kabila avaient été recrutés par Masasu qui est ce compagnon d’armes que Kabila fait tuer au mois de novembre. Et c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase, l’élément qui vient rajouter à la frustration déjà grande des gardes du corps puisqu’ils sont mal payés. Laurent-Désiré Kabila est imprévisible. De temps en temps, il envoie ses gardes du corps au cachot. Donc l’assassinat de Masasu ne vient que renforcer les frustrations des gardes du corps.

RFI : Deuxième piste : Bilal Héritier, cet homme d’affaires libanais que Kabila a écarté du marché du diamant quelques semaines plus tôt. Est-ce une piste sérieuse ?

A.Z. : C’est une piste sérieuse effectivement dans l’organisation du complot, à savoir que Bilal Héritier, à l’époque où le pays est divisé, a déjà des contacts dans l’est du Congo occupé par les rebelles pro-rwandais du RCD. C’est lui qui fournit la logistique de l’assassinat. C’est lui qui fournit un appartement mis à la disposition des gardes du corps qui font le coup. Et le soir de l’assassinat, c’est chez lui que trouve refuge le complice de l’assassin, Georges Mirindi.
Les services de sécurité apprennent que Georges Mirindi s’est réfugié là-bas. Et donc en représailles, c’est le major Lengue un proche parmi les proches de Joseph Kabila (le fils) qui va arrêter onze Libanais qui seront ensuite exécutés, ce qui nous laisse penser que cette arrestation s’est faite sous les ordres de Joseph Kabila. Donc onze ressortissants libanais, qui eux-mêmes sont innocents, mais qui étaient pour leur malheur voisins d’un diamantaire libanais qui, lui, était impliqué dans le complot.

RFI : Troisième piste : le Rwanda. Vous indiquez dans le documentaire que, juste après l’assassinat, Mirindi le garde du corps et Héritier l’homme d’affaires libanais s’enfuient à Goma dans l’est, c’est-à-dire dans la zone sous contrôle rwandais.

A.Z. : Ils s’enfuient dans la zone sous contrôle de la rébellion congolaise soutenue par le Rwanda. En effet, j’ai rencontré d’ailleurs à l’époque Bilal Héritier dans la résidence du secrétaire général du RCD de l’époque, Azarias Ruberwa. Ces deux hommes étaient, à l’époque, très proches, ce qui nous laisse penser que le RCD et probablement le Rwanda en savaient quelque chose. D’ailleurs, le soir de l’assassinat, c’est l’un des responsables de la sécurité du Rwanda qui dit à un diplomate britannique « ce sont nos hommes qui ont fait le coup ».

RFI : Ce fameux Bilal Héritier n’a pas voulu parler dans votre film ?

A.Z. : Il nous a donné rendez-vous en Afrique du Sud. Je suis allé jusqu’en Afrique du Sud pour le rencontrer. J’ai eu une conversation téléphonique avec lui avant d’y aller. Je lui ai parlé au téléphone une fois arrivé en Afrique du Sud, mais assez vite, le téléphone ne répondait plus. Et effectivement, il n’a pas voulu parler.

RFI : Quatrième piste : les Etats-Unis. Vous vous demandez si, comme pour l’assassinat de Lumumba 40 ans plus tôt, en 1961, les Américains n’ont pas été mis au courant avant le crime et auraient laissé faire ?

A.Z. : En effet, j’ai recueilli les témoignages de l’ancienne attachée de Défense de l’ambassade américaine à l’époque. Il s’agit d’une femme, le colonel Sue Ann Sandusky, dont la carte de visite a été trouvée dans les affaires de Rachidi, l’assassin. Elle m’a confirmé qu’elle était en contact avec les gardes du corps, qu’elle leur offrait des bières. Mais évidemment, elle nie toute implication dans l’assassinat. On peut comprendre qu’elle tente de nouer des contacts dans le sérail, mais on se demande quand même de quoi elle a pu parler avec de jeunes gardes du corps swahiliphones à l’époque.

RFI : Chacun sait que les vrais coupables sont donc dans la nature. Vous montrez d’ailleurs un Joseph Kabila mal à l’aise, lors d’une conférence de presse où il répond à une question que vous lui posez sur ce sujet. Mais vous donnez aussi la parole à un « kabiliste », le sénateur Abdoulaye Yerodia, qui a cette phrase terrible : « Je pense que ce n’est pas Eddy Kapend le coupable. Mais on ne peut lutter en faveur d’Eddy Kapend que si l’on trouve un autre coupable ».

A.Z. : Effectivement, c’est avec un cynisme déconcertant qu’Abdoulaye Yerodia nous donne en fait la position du régime sur cette affaire, à savoir : il faut que des gens payent pour asseoir ce pouvoir, il faut que des gens payent pour cet assassinat.

Propos recueillis par Christophe Boisbouvier