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Libye : cas d’école de la lutte idéologique

Libye : cas d’école de la lutte idéologique par, Omar Mazri sur libération-opprimés

Dans « Libye : cas d’école de la lutte idéologique » nous avons vu quelques aspects de la lutte idéologique : guerre psychologique,  guerre médiatique, instrumentalisation des appareils bureaucratiques onusiens, faux témoignages des droits de l’homme et caution des rentiers de l’Islam qui tous ont donné la caution idéologique, politique, morale et religieuse à l’agression d’un pays souverain par la coalition néo colonialiste et islamophobe. Lutte idéologique ou les idées de la Jamahiriya libyenne ont été matraquées au profit d’une lecture ethnocentriste de la démocratie et des droits de l’homme contre la démocratie directe, décentralisée et participative, au profit d’un mode de vie occidental au détriment du progrès social atteint par les Libyens, au profit d’une illusion de Charia islamique par des cœurs qui ne connaissent ni la miséricorde ni la loyauté ni la vision géostratégique au profit d’une caricature épouvantail de l’Islam qui sert les intérêts des néo Croisades et dessert les intérêts des Musulmans.

La lutte idéologique vise à imposer les idées de l’Occident colonisateur et à faire taire toute voix et toute idée qui lui sont hostiles, différentes ou indépendantes. La lutte idéologique fait taire par différents moyens : diaboliser et criminaliser le porteur de l’idée sinon l’éliminer physiquement, faire porter ses idées par ceux qui ont la vocation de les falsifier ou mal les représenter, donner la parole à ses détracteurs et isoler le porteur de l’idée, pousser ses auditeurs (peuple, lecteurs, partisans) à douter de lui ou à s’occuper d’autre choses grâce au mensonge, à la diversion, au sensationnel, à la manipulation.

Nous avons vu que cette lutte une fois qu’elle a atteint son objectif, assassiner Mouammar Kadhafi elle s’est appuyé ensuite à faire de la diversion en faisant circuler l’idée que Seif-al- Islam allait se rendre à la cour pénale internationale. La lutte idéologique visait trois objectifs : Accréditer l’idée que Kadhafi aurait des révélations et que sa mort est un soulagement pour tout le monde et que Seif-al-Islam en se livrant allait faire la lumière sur ses révélations et rendre justice à son père. La lutte idéologique consiste à nous faire croire que la CPI est un tribunal de justice et non un instrument juridico politique de la lutte idéologique. En accréditant cette thèse par la force de persuasion nous faisons oublier l’essentiel : l’agression de la Libye par l’OTAN et son soutien par des savants religieux musulmans est une agression pure et simple, une transgression flagrante du droit international et une transgression de la Charia islamique dont les savants musulmans et les prédicateurs inféodés n’ont jusqu’à présent fournis aucunes justifications religieuses et ne pourront jamais donner au monde musulman une explication pouvant répondre à la question si tuer un prétendu tyran doit passer par la destruction d’un pays, la mort de milliers d’innocents et sa mise sur la voie d’une guerre civile de 100 ans allumée par une forteresse militaire et pétrolière américano sioniste.

Mettre la lumière sur Seif-Al-Islam est un objectif de la lutte idéologique pour faire de la Libye non plus une affaire du peuple libyen mais une affaire de famille dont il faut éradiquer tous les membres pour faire diversion le temps de mettre les tribus libyennes dans une guerre de mille ans et le temps de voir comment le FMI, la Banque mondiale et l’armée Égyptienne allaient mettre au pas cadencé la révolution égyptienne. Si en Tunisie les vainqueurs islamistes ou laïcs sont prêts à composer avec l’armée tunisienne, le département d’état américain et prendre pour modèle la Turquie hybride et pragmatique d’Erdogan les choses ne se dessinent pas nettement en Égypte avec ses 80 millions d’habitants, l’éclatement des frères Musulmans en cinq parties ingérables, les Nassériens, le mouvement Kifaya, les jeunes révolutionnaires qui continuent de remettre en cause le maréchal et les généraux égyptiens, un rapprochement d’une partie des révolutionnaires avec l’Iran, la frontière avec Israël…

Mettre la lumière sur Seif-al-Islam c’est bien entendu organiser une traque à l’homme comme du temps des cow-boys et des indiens et faire oublier l’assassinat d’un chef d’état dans des conditions justiciables.

C’est aussi faire écran à l’assassinat de l’autre fils de Kadhafi, Mou’tassim billah, qu’on veut montrer comme le fils d’un tyran qui a des privilèges alors qu’il est un général d’armée, issu des écoles militaires et qui a servi son pays en résistant contre l’agression de l’OTAN comme le lui commande son honneur d’officier. Fait prisonnier par l’OTAN il avait droit aux traitements dus à son rangs d’officier de haut rang et à aux respects de la convention de Genève. C’est un crime de guerre que de porter atteinte à la vie, à la dignité et au rang d’un soldat capturé sur le terrain de la bataille. Si l’OTAN peut se permettre de trafiquer les images, les réalités, le Musulman sait qu’il y a le regard d’Allah qui voit et que l’excuse irresponsable des lâches et des inconscients qui nous ont amené à cette nouvelle Nakba «  Il n’a eu que ce qu’il mérite » est la pire transgression envers un prisonnier de guerre de surcroit musulman, fils de musulman, car il s’agit bel et bien d’une guerre où se réjouir et jouir de la défaite même de son ennemi mécréant est tragique. L’Islam est par définition l’Honorificat de l’homme et la Justice. Les Musulmans n’ont pas vocation à humilier les gens ni à se réjouir de leur malheur. La biographie de Mohamed (saws) est là pour témoigner. Salah Eddine libérant Jérusalem est un exemple parmi tant d’autres.

La lutte idéologique continue prenant pour cible Seif-Al-Islam pour en faire l’arbre qui cache la forêt. Le tragico comique est que les « défenseurs de la résistance libyenne » tombent dans le jeu en se faisant les colporteurs des idées nocives et mortifères de la lutte idéologique. Ainsi Seif-Al-Islam est au courant des transactions que Kadhafi faisait pour le transfert de l’uranium dont on a trouvé des futs jetés dans le désert. Bien entendu personne ne viendra nous dire que la Libye « libérée » sera bientôt le plus grand dépotoir de déchets nucléaires et toxiques de l’Occident. Ainsi Seif-Al-Islam est destinataire d’une feuille de route terroriste que Kadhafi lui a léguée pour le venger après sa mort et bien entendu Seif-al-Islam est dépositaire des clés et des codes de la fortune colossale que Kadhafi a détourné à son profit. On continue de salir la mémoire d’un homme assassiné, de se donner bonne conscience en faisant des révélations, de restreindre les libertés individuelles et collectives au nom de Ben Laden ou de Kadhafi qui sont les produits d’un Occident belliqueux et prédateur condamnés à générer sa propre contradiction. Pour son bonheur, face à lui il n’y a ni idéologues ni politiciens, ni intellectuels ni gouvernants qui gèrent ou qui dévoilent ses contradictions structurelles le laissant ainsi lui-même toute la latitude de les gérer, de les maquiller et de nous les revendre à son avantage.

Les Russes experts en pragmatisme capitaliste, en réalisme géopolitique mais aussi en dialectique léniniste nous envoie ce message : « Le fils de Kadhafi Seif-al-Islam qui était jusqu’à présent chef du service spécial « Mukhabarat » (police secrète) jure de venger son père en luttant jusqu’au bout. Donc, le défunt colonel a «bien» légué son plan de «vengeance après l’écroulement du régime». La presse égyptienne, travaillant encore sous ordre des « Mukhabarat », écrit que « l’ex-leader de la Jamahiriya a été l’idéologue et le sponsor du plan secret de «vengeance après la chute du régime». Il a formé un groupe de terroristes internationaux à qui il a légué 28 millions de dollars. Le plan suppose des attentats en Libye, dans les pays arabes et européens. » Les journalistes arabes écrivant en arabe ou langue étrangère ne connaissent pas le conditionnel ou bien continuent d’écrire en lisant les flashes des agences y compris celle du Mossad sans discernement car la culture du bureaucrate et du vassal est enracinée. Il y a eu un début de révolution mais le temps semble s’arrêter entre un passé qui n’est pas révolu et un avenir qui ne veut pas naitre présageant d’une implosion ou d’un avortement de morts nés.

Au-delà du futur hypothétique ou du conditionnel la vérité est tout autre.

Seif-Al-Islam était préparé à jouer un autre destin dans la Libye que celui de venger son père et d’être le chef des terroristes internationaux à la place de Ben Laden. Il semble que la France, sa diplomatie, son armée et son BHL avec leur brutalité traditionnelle ont détruit le plan anglais plein de finesse mais plus nocif, et cela explique sans doute les fuites sur les désaccords entre anglo-saxons et latins avant et après l’assassinat de Kadhafi. Si j’ai écrit près de 300 pages d’analyse sur la Lybie c’est que j’ai probablement lu au moins dix fois plus pour tenter de comprendre et me positionner avec plus de justesse et de justice depuis le début dans une posture d’opposant à Qaradhawi, aux pantins du CNT et aux apprentis révolutionnaires algériens qui font abstraction des processus objectifs socio historiques ou des conditions subjectives psycho spirituelles d’une révolte ou d’une révolution qui ne s’importe pas comme on importe une voiture ou un métro.

La vérité, vraie ou rendue vraisemblable par la lutte idéologique est implacable. Elle est surtout impitoyable quand elle est aux mais des dominants et de leurs vassaux. Seif-al-islam, n’est qu’un simple instrument dans la lutte idéologique qui rappelons-le peut prendre des formes de guerre psychologique, médiatique ou militaire. Si cela convient aux maîtres du jeu, ceux qui nous livrent la lutte idéologique, ils vont le garder vivant, traqué, ou caché oublié sinon ils vont le liquider, le lyncher ou le livrer aux caméras dans un box des accusés ne comprenant toujours pas avec son air naïf ce qui lui arrive car le jeu dépasse sa propre personne et nos propres individualités. Nous sommes face à un empire en perte de puissance et en voie de déclin qui doit montrer sa cruauté et sa capacité de nuisance face à des dominés qui ne voient pas que le dominant est vulnérable malgré son armada sophistiqué. Le plus grand reproche que je fais à Qaradhawi et à ses prédicateurs c’est de ne pas voir la vulnérabilité de l’empire et ses instincts de prédation et de se focaliser sur un homme et sur un pays comme s’ils étaient les maitres du monde ou les maitres du jeu.

Je reprends mot-à-mot l’analyse d’un Algérien censurée car elle pointe dans le mille : « Seif-el- islam a fait ses études en Angleterre, et sur le plan idéologique il a été bien pris en charge par l’empire et la Cité de Londres, la cité du Griffon. Le griffon (la bête qui fait son nid avec des pépites d’or) veille depuis cinq siècles sur les trésors de cette cité. Ce n’était pas dans l’intention de Mouammar el Kadhafi de faire son héritier mais c’était dans celui de la cité de Londres… En 2005 et 2006, leurs relations s’étaient vraiment envenimées. Seif El Islam s’était éloigné de son père et partit pour une tournée occidentale exposée ses peintures. De passage au Canada, à voir la faune qui se précipitait au vernissage de ses peintures, on ne pouvait que rester perplexe pour qui ne connaissait pas les vrais raisons de cet engouement. À sa défense, on pouvait ajouter qu’il était naïf, très naïf, une naïveté qui perçait à travers ses tableaux en hommage à la cause palestinienne. Il faut être naïf pour dénoncer la bête en mettant sa tête dans sa gueule. D’ailleurs en mars 2011, il avait récidivé à Londres. Voici une critique du Gardian sur sa peinture : «Le fils du colonel Kadhafi est sans doute un ambassadeur culturel compétent, mais comme peintre, il n’est même pas un amateur doué : son sentimentalisme n’a d’égal que son incompétence technique.» Cette critique acerbe est faite par une crypto-sioniste Jonathan Jones qui ne voit le beau que dans son minois. ».

En effet l’impérialisme investit ses pépites sur les naïfs ou sur les ambitieux sans scrupules mais jamais sur des hommes avisés, doués et d’un caractère trempé. Cela ne veut pas dire que Seif-al-Islam était un traitre mais qu’il était malléable et qu’il pouvait à son insu être projeté au devant de la scène et mis sous les feux de la rampe comme successeur de Kadhafi. Ils sont sur tous les plans des oppositions de caractère et de vision du monde. Le père est anti occidental, bédouin, africaniste, machiavélique. Le fils est angélique, naïf, occidentalisé, « civilisé ». Là où le père est sous pression internationale, le fils apparait comme l’homme de la situation en faveur de l’ouverture vers l’Occident. L’Occident dans sa lutte idéologique met plusieurs feux et ouvre plusieurs fronts de lutte il a investit sur la ligue des droits de l’homme, sur les représentants à l’ONU, sur la bourgeoisie libyenne, sur les mécontents, sur les opposants. Seif-al-Islam dans l’équilibre tribal et la vénération des libyens pour leur guide pouvait apparaitre comme un successeur potentiel dans une transition suite à une révolution colorée dont l’intéressé lui-même n’aurait jamais compris comment il s’est trouvé à la tête d’une République « démocratique » ou d’une Monarchie « constitutionnelle » écartant son père selon les vielles traditions de l’empire britannique dans ses anciennes colonies.

Plusieurs éléments sont intervenus pour fausser ce scénario : la Révolution en Égypte qui a fait tomber un pilier du nouvel ordre mondial dans l’espace arabo musulman, les appétits et les empressements des vassaux du CNT, l’intervention de BHL qui intervient pour répondre aux empressés et apporter secours au Président Sarkozy en lui donnant un marchepied international, une guerre à la mesure de ses ambitions bonapartistes. Il doit y avoir d’autres raisons que le temps va dévoiler.

La stupidité française, la Fatwa de Qaradhawi incitant au meurtre, la conjoncture de la crise mondiale ont épargné au naïf d’être un Brutus, un Judas ou un Khalifat Thani. C’est sans doute dans ce genre de situation où on comprend que le Décret divin qui fixe le destin d’un homme sans lui ôter son libre arbitre intervient pour l’accomplissement du Dessein divin Sage, Juste mais échappant à notre entendement humain limité. Seif-al-Islam se trouverait à la pointe du combat conduisant la résistance libyenne ou une partie de la résistance libyenne et cette posture est un échec cuisant à la politique impériale anglo-saxonne dont les répercussions ne vont pas tarder à se manifester au sein de l’OTAN ou lors de la distribution du butin de guerre entre pays alliés de la coalition. Les Cocoricos sur les télévisions françaises sont en réalité des couacs dans les chancelleries impériales. Allah fera dévoiler la vérité de la manière la plus inattendue et la plus surprenante…

La plus grande stupidité pour les empires latins et anglo-saxons est de lire l’histoire des autres à travers leurs prismes idéologiques et culturels et ainsi une partie des jeux d’ombres et de lumières leur échappe et ainsi ils sont comme le dit le général Giap de mauvais élèves de l’histoire. Un cancre normal redouble sans porter préjudice aux autres. Les cancres impérialistes laissent derrière eux des pays en deuil de milliers de morts, d’estropiés à vie, en sinistres sanitaires, économiques et sociaux…

Comme le souligne l’anonyme algérien « Ce n’était pas dans l’intention de Mouammar el Kadhafi de faire Seif-al-Islam son héritier mais c’était dans celui de la cité de Londres. Si el Kadhafi avait une quelconque intention à sa succession, c’était plutôt en sa fille Aicha. ».

Le CNT AVEC SES LAïcs et ses islamistes semblent faire l’impasse de l’assassinat d’Allendé et l’installation de Pinochet par la CIA avec une différence fondamentale : Pinochet se représente comme l’allié légitime des Etats-Unis et  offre la garantie de représenter le cadre idéologique de la droite chilienne pro américaine. Sur le plan idéologique, religieux et sociologique nous sommes dans une configuration totalement différente qui laissent entrevoir des surprises, des retournements, des contre synergies, de l’entropie nulle part égalée.

Les proches de Kadhafi qui ont rejoint le CNT et ceux qui ont initialement formé le CNT trop focalisés sur Seif-Al-Islam n’ont pas vu que Kadhafi donnait plus d’importance à sa fille Aicha. Aveuglés par leur complot ils ne voyaient les  raisons  qui pouvaient faire de Aicha la légataire politique de Kadhafi : la politique d’émancipation de la femme que Kadhafi a menée, sa garde prétorienne féminine comme une insulte aux monarchies du Golfe qui ont confié leur sécurité aux troupes spéciales françaises, anglaises et américaines, les compétences d’avocate de Aïcha, sa conscience politique et son évacuation en Algérie dès les bombardements de l’OTAN. Kadhafi et ses proches collaborateurs, les volontaires libyens qui lui sont resté loyaux et son fils général d’armée ont livré bataille comme Hannibal protégeant en vain Carthage contre Scipion l’Africain. Aicha est sur la terre de Jugurtha celui qui a livré bataille contre Rome et son puissant empire.

Aicha est sur la même terre foulée par Okba Ibnou Nafa’â et Moussa Ibnou Nosayr fondateurs des villes nouvelles de l’Islam en Égypte, en Libye, en Tunisie, en Algérie, au Maroc et en Mauritanie fédérant les anciens empires pharaoniques, libyques et numides sous la bannière de l’Islam libérateur des peuples de l’oppression des Romains.

Le peuple algérien aura le courage et la détermination de dire non à ceux qui veulent exiler Aicha de la terre natale de son fils l’Algérie et de sa résistance aux colonisateurs. Ils diront au colonialisme, aux savants courtisans, aux prédicateurs en eaux troubles et aux revanchards ce qu’ont dit les Constantinois arabo berbères au Khalife ottoman qui voulait exiler et assassiner le bey turc qui a gouverné Constantine en s’insurgeant insurgé contre le despotisme de l’empire ottoman le Dey d’Alger :

Les Arabes ont dit

Nous ne livrerons pas Salah bey

Ni ne livrerons ses biens

Dussions-nous tous mourir

Et voir s’accumuler les cadavres

[…]

Le peuple s’est rué, affolé?

Ô mon Dieu, quelle journée!

Quand la ville fut encerclée et les portes

Refermées

Salah est sorti, désemparé, tête nue

On a pénétré dans sa demeure

[…]

Si j’avais su que cela m’arriverait

Je serais allé dans la campagne

J’aurais planté une tente à mes fils

Et j’aurais vécu parmi les campagnards.

[…]

Ô Hamûda mon fils!

Prends soin de la famille

Ainsi est la vie!

On ne peut lui faire confiance.

[…]

Montrez-moi sa tombe, ô mes Seigneurs

Afin que je soulage ma peine

Des vents et des vents pourront souffler

Mais qui remplacera Salah.

Dans la ville de Constantine!

Pleurez-le, ô assemblées!

Salah a été sacrifié !

Un noir à la maison blanche

Un Noir à la Maison Blanche, par aymard

Le mardi 4 novembre 2008, suite à la victoire de Barack Obama sur le sénateur républicain John Mccain, toute l’Afrique a vibré, les Africains avec. J’ai encore en mémoire la sale journée que j’ai dû passer à l’époque parcequ’ayant été empêché de faire la grasse matinée ; le téléphone ne cessant de sonner et à chaque appel, c’était pour m’entendre dire que l’Afrique était sauvée et surtout cette phrase qui m’a réveillé définitivement : « le continent va sortir du sous-développement ». Même si je n’étais pas devin, je m’époumonais à expliquer à mes interlocuteurs que Barack Obama a été élu pour régler les problèmes des américains et non ceux des Africains. Je pense aujourd’hui avoir pleinement raison en ayant préconisé la prudence à l’égard de ce nègre qui n’est en effet qu’une marionnette placée au pouvoir pour jouer le messie avec le résultat que nous avons. Il me rappelle un certain Kofi Annan à l’Onu. Ce Ghanéen, entré à l’Onu en 1962 pour devenir 35 ans plus tard secrétaire général a été une sorte de pantin aux mains des américains. C’est sous son mandat qu’il y a eu plus de conflits et de massacres. Il s’est personnellement investi en RDC pour que Kabila soit élu au détriment de Tsisekedi, le « sphinx de Limete » qui depuis, je pense appelle à une insurrection populaire. C’est lui qui envoya en Côte d’Ivoire après le coup d’état raté de septembre 2002, le béninois Albert Tévoédjrè en tant qu’envoyé spécial de l’Onu. Tévoédjrè qui, n’a d’ailleurs rien apporté de bon pour son propre pays depuis 1960 a osé dire à la délégation du FPI qui s’agaçait de son trop grand rapprochement avec les rebelles, de se comporter comme des gens civilisés et laisser l’Onuci travailler ; cette dernière travaillant bien évidemment au renversement de Laurent Gbagbo comme on a pu le constater par la suite en vue de l’installation d’Alassane Ouattara qui devient neuf ans plus tard soit en Avril 2011, le Président de la République de la Communauté Internationale. Son passage en tant que 1er ministre aura laissé un goût sucré à ses soutiens internationaux ; période pendant laquelle cet économiste cède aux bras financiers de la Françafrique toutes les entreprises d’Etat de la Côte d’Ivoire. Aucun secteur n’a été épargné. Bouygues, France Telecom ou encore Bolloré se frottent les mains. Martin Bouygues a l’Eau et l’Electricité mais aussi la plate-forme pétrolière d’Azito, les Grands moulins, l’exploitation de l’or et du diamant, le gaz, le chantier du troisième pont d’Abidjan… France Telecom, la téléphonie et Vincent Bolloré le transport multimodal et les ports. Ses maîtres, nostalgiques de cette époque ont tout mis dans la balance pour le faire revenir aux affaires ; même s’il a fallu tuer 3.000 ivoiriens.

Barak Obama disais-je, a été placé au pouvoir pour jouer le messie et il semble bien adorer ce rôle qu’il joue à merveille.

Comme le pygmé de l’Elysée, son compère de France, Obama est un médiaphile. Il adore le spectacle. Le voir marcher en se dandinant et en balançant les bras me fait sourire et me fait chaque fois penser à John Travolta dans « Saturday Night Fever ». A la maison blanche, aux conférences de presse il arrive en sautillant. Il descend les passerelles des avions en sautillant. Puis, quand il arrive, il annonce votre mort tout en souriant.

Pendant la campagne électorale, il avait promis la fermeture de la prison de Guantanamo, le retrait des troupes américaines d’Afghanistan et d’Irak, la création d’un Etat palestinien. Rien de tout cela n’a été obtenu à ce jour même pas un angstrœm d’État palestinien et pourtant ce ne sont pas les palestiniens qui ont voté pour son élection. Il s’était engagé en 2008 à doubler l’aide au développement, à soutenir l’initiative d’allègement de la dette des pays les plus pauvres, à investir 50 milliards dans la lutte contre le Sida ainsi de suite. Et pourtant, c’est le même Obama qui approuve le coup d’état perpétré en Côte d’Ivoire et ordonne l’assassinat de Kadhafi en Libye bref, le renversement de deux (02) régimes qui avaient des résultats économiques et sociaux mémorables avant qu’ils ne soient attaqués le premier en 2002 par une horde de mercenaires africains venus du Burkina et alimentés en armes par la France et le second en 2011 par des islamistes d’Al Qaeda, des soldats du Qatar, des forces spéciales occidentales dont américaines. Et dire que cet homme est prix Nobel de paix !

Hélas, le prix Nobel de la paix est l’instigateur de guerres et de conflits un peu partout et donc, pour la crédibilité du Comité d’Oslo, ce prix doit lui être retiré. Il appelle ouvertement à la violence puisqu’en s’opposant à la reconnaissance de la Palestine par l’ONU, avant cela par l’UNESCO dont il a fait couper les vivres, il participe de ce fait à radicaliser la position du Hamas qui ne restera pas les bras croisés face à Israël qui, non content d’étrangler économiquement la Palestine a décidé d’occuper Jérusalem-Est en y construisant davantage de logements après avoir détruit les plantations d’oliviers des Palestiniens. Plutôt que de pratiquer la paix pour laquelle ce prix lui a été décerné, il a décidé de faire du terrorisme d’État, en appelant à l’assassinat d’un Chef d’Etat bref, un praticien du crime de masse comme témoigne le bilan macabre de l’expédition libyenne : 70.000 morts. Bientôt – réélection oblige – il pourra se targuer d’avoir fait plus que Georges W. Bush pour protéger les américains du terrorisme.

Bombardements humanitaires en Libye : Les crimes de guerre de Charles Bouchard

Bombardements humanitaires en Libye : Les crimes de guerre de Charles Bouchard par  Bernard Desgagné

Au rayon des crimes contre l’humanité, le Québec avait le faux héros Roméo Dallaire, marionnette de Bill Clinton chargée de laisser la voie libre à Paul Kagame et à ses conseillers militaires étasuniens, architectes du bain de sang qui commença le 1er octobre 1990 et qui se poursuit encore, 21 ans plus tard, au Rwanda et en République démocratique du Congo. Mais aujourd’hui, le Québec a son premier vrai grand criminel de guerre, le lieutenant-général Charles Bouchard, bourreau des Libyens.

En dépit des protestations vigoureuses et après de nombreuses tentatives ratées (par exemple, le 21 mars, le 25 avril et le 30 avril, cette dernière ayant causé la mort du plus jeune fils et de trois petits-enfants de Mouammar Kadhafi), Charles Bouchard a fait assassiner un chef d’État. Il peut, s’il le veut, nier effrontément son crime, mais les révélations du Canard enchainé sont accablantes. Chemin faisant, les tueurs aux ordres de Charles Bouchard ont massacré des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants. Ils ont provoqué le déplacement de centaines de milliers de personnes, peut-être même des millions, aujourd’hui dispersées dans le désert ou dans les pays voisins.

À titre de dirigeant militaire du Dominion of Canada, monarchie à laquelle les Québécois ont été intégrés de force et dont ils ne partagent pas les valeurs militaristes, Charles Bouchard a fait pleuvoir des bombes pendant six mois sur Tripoli, une ville moderne de plus d’un million d’habitants encore prospère récemment. Il a lâché aux trousses des Libyens de race noire une horde de chiens drogués, racistes et assoiffés de sang. Il a orchestré la destruction de Syrte, bijou méditerranéen incarnant la grande réussite économique et sociale que les Libyens et l’Afrique devaient à Mouammar Kadhafi.

L’horreur causée par l’OTAN en Libye

Un échantillon des crimes de guerre de Charles Bouchard

http://www.tagtele.com/videos/voir/75264

Une goutte de vérité dans un océan de mensonges radiocanadiens : Le reportage de Jean-François Bélanger sur les massacres commis à Taouarga par les rebelles racistes auquel l’OTAN a accordé un permis de tuer tous les civils qu’ils veulent.


Engagé par les psychopathes Obama, Cameron, Sarkozy et Harper, qui sont à la tête d’États voyous en faillite n’ayant plus que la guerre comme argument économique, Charles Bouchard les a aidés à faire main basse sur les fonds souverains de 150 milliards de dollars et les réserves connues de 60 milliards de barils de pétrole d’un pays riche. Le ratio de la dette sur le PIB de la Libye est de 3,3 %, soit l’un des moins élevés au monde, comparativement à 85,9 %, 88,5 %, 97,3 % et 101,1 % respectivement pour le Canada, le Royaume-Uni, la France et les États-Unis, grands donneurs de leçon de démocratie par les bombes, qui ont décidé de coloniser militairement l’Afrique et le Moyen-Orient pour s’assurer de pouvoir continuer d’en piller les richesses au profit d’une petite clique de requins voraces, tout en maintenant leurs populations dans la servitude. La Libye, oasis de prospérité et phare pour le tiers-monde, sera désormais le royaume de la barbarie.

Kadhafi un grand héros

L’assassinat sauvage de Mouammar Kadhafi et de son fils Mouatassim par les terroristes à la solde de chefs d’État qui, hier encore, cachaient hypocritement leur projet de liquidation est une cicatrice de plus sur le visage balafré de l’Afrique, continent martyr. Les Africains sont nombreux à avoir pleuré à chaudes larmes la mort du guide, de l’Algérie à l’Afrique du Sud et du Sénégal au Kenya. Les voisins du sud, Mali, Niger et Tchad, de même que le reste de l’Afrique bénéficiaient grandement du dynamisme économique et des investissements de la Libye. Les Noirs étaient les bienvenues chez Kadhafi, un grand panafricaniste qui avait appuyé l’ANC et Mandela, bravant avec un coeur chevaleresque les protecteurs occidentaux des tenants de l’apartheid.

Vanessa Hessler, actrice, mannequin et amoureuse de Mouatassim Kadhafi, a été remerciée de ses services par Telefónica Germany pour avoir osé dire entre autres que « les Kadhafi étaient des gens très simples comme vous et moi ». Elle qui jouait la princesse Irina dans Astérix aux Jeux olympiques, avec le Québécois Stéphane Rousseau, peut aujourd’hui regarder, sur Internet, les derniers moments de l’élu de son coeur aux mains des bêtes sauvages lâchées sur la Libye par l’OTAN.


Les larmes et la colère des Africains paraissent incompréhensibles pour les esprits occidentaux encore trop nombreux à être dupes de la désinformation et à penser que les mauvais clients de Wall Street sont vraiment des dictateurs sanguinaires comme le prétend par exemple Radio-Canada. C’est à eux que je m’adresse surtout, à commencer par mes compatriotes québécois. Pour la plupart des Africains, ce que j’écris n’a rien d’une révélation. C’est l’évidence.

En Libye, la richesse était redistribuée sous l’oeil bienveillant de Kadhafi, qui n’avait rien d’un tyran : soins de santé gratuits, éducation gratuite, logements gratuits, généreuses primes aux études, aide pour les nouveaux mariés. Bref, tout le contraire du projet de désolidarisation sociale que nous propose l’Institut économique de Montréal et que met en œuvre la succursale de Power Corporation au pouvoir à Québec, notamment avec la hausse des frais de scolarité à l’université. Laissons un peu la parole à Mouammar Kadhafi lui-même, qui s’exprimait dans un journal libyen, le 5 avril 2011. Je cite la traduction de ce texte faite par Sam Hamod :

Depuis 40 ans, à moins que ce ne soit plus, je ne me souviens pas, j’ai fait tout mon possible pour donner aux gens des maisons, des hôpitaux, des écoles, et, quand ils avaient faim, je leur ai donné à manger. À Benghazi, j’ai même transformé le désert en terres arables, j’ai tenu tête aux attaques de ce cowboy, Reagan, quand il a tué ma fille adoptive orpheline. Essayant de me tuer, il a tué à la place cette pauvre enfant innocente.

Ensuite, j’ai épaulé mes frères et sœurs d’Afrique avec de l’argent pour l’Union africaine. 
J’ai fait tout mon possible pour aider les gens à comprendre le vrai concept de démocratie, qui consiste en des comités populaires dirigeant leur pays. Mais ce n’était jamais assez, comme me l’ont dit certains. Même ceux qui possédaient une maison de 10 chambres, des costumes et du mobilier neufs, n’étaient jamais satisfaits. Ils étaient si égoïstes qu’ils en voulaient toujours plus. Ils ont dit aux Zuniens et aux autres visiteurs qu’ils avaient besoin de « liberté », de « démocratie » et n’ont jamais réalisé qu’il s’agit d’un système de panier de crabes, où le plus gros bouffe les autres. Ils étaient seulement ensorcelés par ces mots, sans réaliser jamais qu’en Zunie, il n’y a pas de médicaments gratuits, ni d’hôpitaux gratuits, ni de logement gratuit, ni d’enseignement gratuit, ni non plus de nourriture gratuite, sauf quand les gens sont obligés de mendier ou de faire longtemps la queue pour avoir de la soupe.

[…]

Maintenant, je suis attaqué par la plus grande force de l’histoire militaire. Obama, mon petit-fils africain, veut me tuer, priver notre pays de liberté, nous priver de la gratuité de nos biens : logements, médecine, éducation, nourriture, et remplacer tout ça par la grivèlerie à la zunienne appelée « capitalisme. » Or, nous tous, dans le tiers monde, savons ce que cela veut dire. Cela signifie que les multinationales dirigeront le pays, dirigeront le monde, et le peuple souffrira. Voilà pourquoi il n’y a pas d’autre solution pour moi, je dois prendre mes dispositions. Et si Allah le veut, je mourrai en suivant Sa Voie, la voie qui a rendu notre pays riche en terres arables, avec de quoi manger et la santé, et nous a même permis d’aider nos frères et sœurs africains et arabes en les faisant travailler ici avec nous, dans la Jamahiriya libyenne.

Je ne désire pas mourir, mais si cela devait advenir, pour sauver cette terre, mon peuple, tous ces milliers de gens qui sont tous mes enfants, alors qu’il en soit ainsi.

Que ce testament soit ma voix dans le monde. J’ai tenu tête à l’agression des croisés de l’OTAN, résisté à la cruauté, contrecarré la trahison ; je me suis élevé contre l’Occident et ses ambitions colonialistes, et, avec mes frères africains, mes vrais frères arabes et musulmans, je me suis dressé comme un phare de lumière. Quand d’autres construisaient des châteaux, je vivais dans une maison modeste et dans une tente. Je n’ai jamais oublié ma jeunesse à Syrte, je n’ai pas stupidement dépensé notre trésor national, et comme Salah-al-Din, notre grand leader musulman qui sauva Jérusalem pour l’Islam, je n’ai guère pris pour moi-même.

En Occident, sachant pourtant la vérité, certains me qualifient de « fou », de « bizarre », ils continuent de mentir, ils savent que notre pays est indépendant et libre, et non pas sous emprise coloniale, que ma vision, ma conduite est et a été sincère et pour mon peuple, et que je me battrai jusqu’à mon dernier souffle pour garder notre liberté.

Kadhafi n’était pas du tout l’être diabolique que les médias du grand capital, de CNN à l’AFP, en passant par Radio-Canada, nous ont dépeint avec une invraisemblable malhonnêteté. Le meilleur exemple de cette diabolisation est sans doute l’attentat de Lockerbie, auquel aucun Libyen n’a participé, et encore moins Kadhafi. La vérité sur cet attentat se trouve dans « The New World Order Rule of Injustice », d’Edward Herman. Le reste de ce que les médias et les faux experts à gages racontent sur Kadhafi est de la même eau.

La sombre machination saute aux yeux et décrédibilise totalement les calomniateurs de Kadhafi lorsqu’on constate les crimes de masse commis par eux. Ils se sont d’abord voté un prétexte, les résolutions 1970 et 1973 du Conseil de sécurité, pour ensuite montrer leur vrai visage en massacrant les civils qu’ils disaient vouloir protéger et en s’efforçant d’assassiner le plus grand nombre possible de personnalités emblématiques de la Jamahiriya arabe libyenne. Malgré tout, beaucoup de gens conscients de la barbarie nord-atlantique tiennent, en avant-propos, à se dissocier obséquieusement de Mouammar Kadhafi pour préserver leur réputation.

En cette ère de fureur meurtrière, très peu de dirigeants et de personnalités ont eu le courage de défendre inconditionnellement le grand chef d’État qu’a été Mouammar Kadhafi. Hugo Chavez est l’un d’eux, même s’il se sait déjà dans le collimateur de Washington. Il pourrait subir le même sort que Kadhafi, mais, comme ce dernier, il donne à son peuple et à l’humanité toute entière l’exemple de ce qu’est la dignité, la liberté et le courage.

Pour avoir une idée plus complète de l’œuvre et de la pensée de Mouammar Kadhafi, je vous suggère de lire « Les vraies raisons de la guerre en Libye », un excellent survol que l’on doit à Jean-Paul Pougala et qui est daté du 28 mars 2011, ainsi que le Livre vert de Kadhafi lui-même. Personnellement, j’aurais échangé Pauline Marois et l’admirateur du Canada Gilles Duceppe n’importe quand pour un chef comme Kadhafi. (Le favori de Duceppe dans la course à la direction du BQ, Jean-François Fortin, est un grand partisan du bombardement de la Libye. Comme dirait Brassens, « quand on est con, on est con […] petit con de la dernière averse, vieux con des neiges d’antan ».)

La pluie de mensonges

L’aviation libyenne n’a jamais bombardé des civils. Les prétendues manifestations, filmées avec des téléphones cellulaires parkinsoniens, étaient des mises en scène orchestrées par la chaine qatarienne Al Jazeera, dont le directeur général collaborait avec la CIA tandis que les forces armées de son pays faisaient de la sous-traitance pour l’OTAN sur le terrain. Le prétexte de la protection des civils invoqué par l’OTAN est un gros mensonge, et les résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies sont une preuve éclatante, s’il en fallait encore une, que cette institution internationale est complètement manipulée par les maitres du monde, au même titre que beaucoup d’ONG de façade, comme Human Rights Watch et Amnistie Internationale.

Les forces de sécurité libyennes n’ont jamais tiré sur des manifestants pacifiques. Il n’y a jamais eu de soulèvement populaire en Libye. Même Berlusconi a dit que ses homologues Cameron et Sarkozy bombardaient la Libye dans l’espoir que la population de Tripoli se révolte contre Kadhafi, ce qui ne s’est jamais produit, au contraire. Mais en fait, je pense que cet espoir était assez mince et qu’on prévoyait plutôt décimer les résistants jusqu’au bout.

Pour nous faire croire au scénario abracadabrant de la protection des civils, les médias menteurs ont dû, comme dans le cas de Laurent Gbagbo et de la Côte d’Ivoire, nous cacher une information cruciale : l’appui massif de la population au chef de l’État. Le 1er juillet 2011, 1,7 million de personnes sont descendues manifester dans les rues de Tripoli, ville de 1,1 million d’habitants. Plus d’un quart de la population libyenne a convergé vers la capitale pour manifester contre l’OTAN dans l’espoir que son appel serait entendu par la communauté internationale. Or, entre le 1er et le 3 juillet, que nous disait Radio-Canada à propos de la Libye ? Que les rebelles s’apprêtaient à lancer une offensive majeure en direction de Tripoli. Pas un mot sur la manifestation monstre du 1er juillet !

Un quart de la population de la Libye dans les rues de Tripoli pour appuyer Kadhafi. Un peuple victime d’un tyran agirait-il ainsi ? Par comparaison, les médias nous montrent des « scènes de réjouissance » de la supposée « libération », où des analphabètes tirent en l’air en criant Allah Akbar ou font crisser leurs pneus dans les rues, puis des plans rapprochés où l’on voit quelques dizaines de partisans apparemment enthousiastes. Rien qui nous permette de croire en une vraie ferveur populaire.


Les complices de Charles Bouchard

L’œuvre criminelle de Charles Bouchard est le résultat dramatique de l’immoralité la plus abjecte dans laquelle l’Occident s’est enfoncé, rongé par le matérialisme, la cupidité, le mensonge et la haine. Voyez ci-dessous la réaction de joie de Hillary Clinton, incarnation de cette immoralité, à l’annonce de l’assassinat de Kadhafi.

Charles Bouchard n’a pas agi seul, loin de là. Ses patrons, eux-mêmes des marionnettes du grand capital, sont aussi coupables que lui. Harper est un criminel, lui aussi, par exemple. Les hauts placés ont perpétré leurs crimes en toute connaissance de cause et en mentant effrontément à la population. Ils ont massacré les Libyens en sachant pertinemment qu’ils le faisaient pour installer au pouvoir une bande de terroristes fanatisés, qui n’ont pas mis de temps, après la « libération », à dire qu’ils allaient appliquer la charia. Dans sa grande hypocrisie, Ottawa s’est mis à raconter par la suite qu’il allait « militer pour les droits des femmes ».

Sur la scène du drame, Charles Bouchard a eu comme complice les tueurs à gages aux commandes des avions et les terroristes armés par l’OTAN, mais d’autres complices ont également joué un rôle crucial et ont directement participé aux assassinats sur le terrain. Non contents de mettre des idées dans la tête des contribuables occidentaux pour susciter leur consentement, les médias ont participé activement aux bombardements. C’est Charles Bouchard lui-même qui l’a avoué au propagandiste de guerre Michel Désautels, sur les ondes de Radio-Canada, le 31 octobre 2011. Voici l’extrait incriminant :

MICHEL DÉSAUTELS — Donc, s’il n’y avait pas de coordination [entre les rebelles et l’OTAN], il y avait en tout cas du renseignement qui circulait de part et d’autre.

CHARLES BOUCHARD — Bien sûr, les renseignements, euh… Mais les renseignements venaient de beaucoup de sources, dont les médias, qui étaient au sol et qui nous donnaient beaucoup d’information, au travers des intentions, et où étaient les forces terrestres.

Cette déclaration de Charles Bouchard est corroborée par les observations à Tripoli des journalistes indépendants Thierry Meyssan et Mahdi Nazemroaya, qui ont été menacés de mort par de faux journalistes. Essentiellement, les journalistes pointaient les cibles pour l’OTAN, notamment lors des tentatives d’assassinat. Ils pouvaient déposer des balises GPS pour marquer un emplacement exact, en vue d’une frappe ultérieure, ou encore communiquer au moyen d’un téléphone satellitaire avec le centre de commandement et de contrôle de l’OTAN, où le général Bouchard ordonnait les assassinats dans un délai de quelques minutes, puisque des avions d’attaque étaient constamment en vol, à distance de frappe. Ainsi, lorsque les faux journalistes constataient que Kadhafi se trouvait à un endroit, ils appelaient tout de suite Bouchard.

Entrevue avec Thierry Meyssan à la télévision syrienne où il décrit le comportement de certains faux journalistes. L’émission est en arabe, mais M. Meyssan répond aux questions en français.


Entrevue en direct sur Russian Television de Mahdi Nazemroaya, menacé de mort à Tripoli ainsi que Thierry Meyssan, par de faux journalistes occidentaux.

Reportage de Michel Collon

Reportage de Lizzie Phelan

Conférence de Lizzie Phelan


Une enquête doit avoir lieu

Au Parlement d’Ottawa, l’opposition n’a plus le choix et doit réclamer une enquête sur les allégations ci-dessus de crime de guerre commis par le lieutenant-général Charles Bouchard, commandant de l’opération Protecteur unifié, contre le gouvernement conservateur et contre les médias complices. Éventuellement, le premier ministre et le ministre de la Défense eux-mêmes devront être inculpés de crimes contre l’humanité si l’on arrive à faire la preuve qu’ils étaient au courant des cibles et des conséquences réelles des bombardements de la Force aérienne royale du Canada.

L’opposition doit faire vite, car les criminels s’emploient actuellement à effacer rapidement les traces de leurs méfaits. En Libye, tous les témoins gênants seront liquidés. Des exterminations massives auront lieu. Même la CPI participe à la traque en vue d’exterminer ceux qui pourraient révéler beaucoup de choses. Elle a servi un avertissement à Saïf al-Islam, le fils de Kadhafi qui essaie actuellement de sauver sa peau et qui sait pertinemment qu’il ne peut pas se rendre aux terroristes du CNT s’il ne veut pas finir comme son père et ses deux frères. La CPI a prévenu Saïf al-Islam qu’elle ferait « intercepter » l’avion s’il essayait de se rendre dans un autre pays par la voie des airs, ce qui veut dire essentiellement qu’elle fera abattre l’avion, donc qu’elle fera éliminer son illustre passager.

Le temps joue également contre d’autres témoins importants, comme les journalistes mentionnés ci-dessus, qui pourraient être considérés comme des « menaces pour la sécurité nationale » et être liquidés ou mis au cachot.

Syrte en ruines


Prochaine chronique dans quelques jours :

Quelle démocratie sept mois plus tard pour les Ivoiriens « libérés » par les bombardements français et onusiens avec la complicité d’Ottawa ?


Enquête sur le terrain en Afrique de l’Ouest

Déclaration du Conseil Africain de Défense des Œuvres Progressistes de KHADAFI (C.A.D.O- KHADAFI)

Héritières et héritiers des glorieuses traditions de lutte des Samory Touré, Tchaka ZouIou, Béhanzin, Bio Guerra, Kaba, Patrice Lumumba, N’kruma, Sékou Touré, Thomas Sankara et autres illustres disparus qui ont fait le sacrifice suprême de leur vie pour l’honneur de l’Afrique et la dignité des peuples de notre continent, les panafricanistes ci-dessous signataires de la présente déclaration,

 ayant constaté avec une profonde amertume la démission de l’Union Africaine et celle de certains chefs d’ETATS Africains dans leur incapacité à résoudre la crise libyenne en toute souveraineté africaine sans l’intervention de l’occident impérialiste et arrogant,

 constatant que sous le prétexte fallacieux de protéger les populations, l’impérialisme international usant et abusant de la couverture du Conseil de Sécurité de l’Organisation des Nations Unies a bombardé et détruit pendant plus de six mois les réalisations économiques et socioculturelles de 42 années de Révolution Libyenne sous la direction courageuse et intrépide du Colonel Mouammar AL KHADAFI ;

 ayant compris aujourd’hui que les milliers de morts Libyens (enfants, jeunes vieillards, hommes et femmes) du fait de ce bombardement barbare et aveugle n’ont servis qu’à assouvir la soif pétrolière de l’impérialiste spoliateur et prédateur impitoyable ;

  1. expriment par la présente, leur attachement indéfectible et sacré au droit du peuple Libyen à choisir lui-même ses propres dirigeants en toute souveraineté et en toute indépendance et cela à chaque époque de son histoire ;
  2. refusent de se reconnaitre dans l’interprétation injuste et contre véridique qui veut peindre en noir à 100% les 42 années de gestion du pouvoir par le Colonel Mouammar AL KHADAFI et ce en reconnaissant les graves dérives dont son propre Peuple a été victime du fait de sa gouvernance du pays ;
  3. s’engagent à compter de ce samedi 29 Octobre 2011à se constituer en Conseil Africain de Défense des Œuvres Progressistes de Colonel Mouammar Al KHADAFI, dont la mission essentielle est de :

3.1  faire le bilan critique et objectif de l’œuvre accomplie à la tête de la Révolution Libyenne en 42 années afin de faire la part entre ses erreurs à dénoncer et ses œuvres progressistes qui devront être sauvegardées, défendues et promues dans la conscience militante des peuples Africains en général et de la jeunesse en particulier pour préserver le flambeau du panafricanisme qui doit nous conduire inexorablement à l’avènement des Etats-Unis d’ Afrique qui n’est plus un rêve mais une exigence de notre époque qui est celle de la mondialisation et de la globalisation dans laquelle les micro-Etats ¬Nations hérités de la colonisation n’ont ni place ni perspective ;

3.2  susciter de chacun des 53 Etats Africains des Comités Nationaux du Conseil Africain de Défense des œuvres progressistes du guide Mouammar Al KHADAFI, au sein desquels les peuples Africains doivent s’organiser pour exiger des – gouvernements Africains de :

a)      décréter dans chacun des 53 Etats Africains une Journée de Deuil National à la mémoire du panafricaniste Mouammar Al KHADAFI ;

b)      baptiser au moins dans chacune des Capitales Africaines au nom du panafricaniste Mouammar Al KHADAFI en vue de maintenir, dans le cœur des jeunes générations, inextinguible la Flamme Panafricaniste des Kwame N’khumah et Lumumba.

En avant pour l’avènement des Etats-Unis d’ Afrique Aujourd’hui et Maintenant !

Ouvrons tous pour la construction d’une Afrique Libre, souveraine, moderne et solidaire dans la Mondialisation et la Globalisation !

Le Conseil Africain de Défense des Œuvres Progressistes de KHADAFI (C.A.D.O- KHADAFI)

Jean-Paul Pougala : « L’assassinat de Kadhafi repousse la date de la sortie de la monnaie unique africaine »

En réponse aux questions de Serges Tchaha pour le quotidien camerounais l’ACTU édition du 3/11/2011

1. Dévaluation ou réévaluation du FCFA, quel est le scénario que vous pronostiquez ?

La parité fixe du CFA par rapport au Franc Français d’abord et à l’euro est une conception des plus artificielles. Le problème à mon avis ne se pose pas en terme de dévaluer ou réévaluer le CFA avec les déconvenues de l’Euro, mais de profiter de ce tourbillon pour nous poser les bonnes questions : pourquoi en sommes-nous à ce point de subalternité totale de notre économie où on a complètement renoncer au levier monétaire pour ajuster notre politique économie ? La monnaie est le reflet de l’économie d’un pays ou d’un ensemble de pays. Nous sommes arrimés à l’Euro sans qu’on ait la moindre convergence de nos économies à celles de la France qui nous y a amenés. C’est venu, donc le moment d’arracher cette indépendance monétaire sans laquelle l’indépendance politique est un leurre.

L’assassinat de Kadhafi repousse la date de la sortie de la monnaie unique africaine. Il est dans cette nouvelle donne urgent pour nous de nous doter de notre propre monnaie. Le Cameroun souffre d’un déficit de compétitivité avec notre principal et puissant  voisin qu’est le Nigeria à qui nous ne vendons presque rien, alors que nous aurions pu enrichir notre pays grâce au Nigeria voici. Ni nous, encore moins le Benin, le Tchad ou le Niger n’en profite pour une seule et même raison : LE FRANC CFA qui reflète le taux de change praticable en Europe, et le gouvernement Camerounais ou Béninois ne peut nullement jouer sur les taux pour favoriser une quelconque politique d’exportation  vers une zone donnée ou de freiner l’importation en provenance d’autres pays, exactement ce que fait le Nigeria aujourd’hui pour pomper des devises en provenances de ses voisins qui ont le Franc CFA, simplement en abaissant le taux de change du Naira quand il le désire. Ce qui donne la fausse impression aux Camerounais et Béninois qui vont au Nigeria de se sentir plus riches, mais qui en définitive signifie que nos pays sont peu attractifs aux Nigérians, parce qu’ils trouvent tout trop cher, à commencer par le prix des chambres d’hôtel.

La deuxième urgence une fois notre monnaie créée doit être de la rendre inconvertible. La convertibilité du Franc CFA est la principale source de corruption et de transfert illicite vers l’étranger de la richesse des pays qui l’utilisent aujourd’hui. C’est le choix de puissants pays comme la Chine et la Russie qui avec leurs monnaies inconvertibles, peuvent ainsi disposer d’un montant très important de devise parce qu’il devient dès lors plus facile d’exercer un contrôle sur tout détournement de fonds qui quitteraient le pays. Lorsqu’une monnaie est non convertible, comme le Yuan chinois, un fonctionnaire ne peut pas virer le moindre centime dans une banque Suisse, parce que lorsque vous quittez le territoire chinois avec vos billets de Renminbi, une fois à Paris ou à New-York, cela se transforme en simple bouts de papiers qui ne valent absolument plus rien du tout. Ce qui dissuade tous les mal intentionnés qui voudraient causer un tort financier au pays.

Le choix de la France de rendre le Franc CFA convertible était une consciente opération de spoliation de ses ex-colonies, ce qui a plutôt bien marché pour elle jusqu’à ce jour. Car les entreprises françaises installées en Afrique constituent pour la plupart des fonds occultes qu’ils rapatrient en France, en échappant au contrôle fiscal des pays africains. Selon les chiffres fournis par la Banque de France, de 1990 à 1993 en seulement 3 ans devant les rumeurs de la dévaluation du Fcfa, ce sont 928,75 milliards de francs Cfa (1.416 milliards d’euros) qui ont quitté allègrement et clandestinement nos pays en Afrique pour la France. C’est à nous, au moment où on réfléchit de mettre sur pied notre propre monnaie d’éviter de répéter les mêmes erreurs.

2. Quelles conséquences pour une éventuelle disparition de l’euro ?

En temps qu’Africain, je ne me sens nullement concerné par une éventuelle disparition d’une monnaie qui sert d’instrument de soumission de toute une partie de l’Afrique, si ce n’est de profiter de son malheur pour faire un vrai sursaut pour créer notre propre monnaie ou d’adhérer à la monnaie Nigériane, ce qui serait plus logique et de loin moins dommageable que le CFA actuel.

La Chine par exemple réussit un tel exploit de s’enrichir sur le dos des Européens, c’est parce qu’elle joue légitimement son jeu de d’utiliser sa monnaie pour rendre ses produits encore plus compétitifs sur les marchés Européens. Le ridicule pour nous c’est que l’Afrique qui n’a rien demandé paye le prix fort de ces manœuvres monétaires chinoises contre les Européens, parce que ces mêmes produits se trouvent aussi chez nous et tout autant compétitifs en Afrique alors que notre niveau de vie est de loin plus bas qu’en zone Euro. Ce qui empêche les producteurs de la zone CFA de résister à la déferlante de produits chinois. Plutôt que d’accuser les Chinois de concurrence déloyale, nous n’avons qu’à faire comme eux, utiliser notre propre monnaie (à créer) pour rendre nos produits compétitifs sur les marchés européens où on pourrait alors songer à des exportations impensables aujourd’hui avec l’arrimage cet arrimage à l’Euro.

La France nous a liés à l’Euro pour être sure que nos éventuelles productions africaines ne pourront jamais menacer l’économie française. Et nous avons naïvement applaudi à cet arrimage sans comprendre les profonds motifs qui animaient son initiateur. Peut-on rester indéfiniment adolescent dans le concert des nations avec des relations figées qui nous sont dommageables au lieu de cibler nos relations saisons par saisons en fonction de nos intérêts du moment. Malheureusement, nous ne pouvons pas quitter le Franc CFA sans l’accord de la France. C’est pour contourner cette arnaque que Kadhafi avait mis le paquet pour la création de la monnaie unique africaine, parce que sur le plan juridique, une juridiction continentale prenant le dessus sur une autre nationale, la France n’aurait plus eu rien pour s’agripper et continuer de nous spolier. Aujourd’hui quoi faire ? Comment conquérir notre véritable indépendance devant cette situation ?

Jean-Paul Pougala

pougala@gmail.com 

(*) Jean-Paul Pougala est un Ecrivain Camerounais, Directeur de l’Institut d’Etudes Géostratégique et Professeur de Sociologie et Géopolitique à la Geneva School of Diplomacy de Genève en Suisse.

LIBYE : Ah, la belle époque des colonies !

Le président du CNT, Moustafa Abdel Jalil, a récemment vanté les bienfaits de l’occupation italienne en Libye. Une relecture scandaleuse de l’Histoire. Le quotidien italien Il Manifesto s’en indigne.

Moustafa Abdel Jalil saluant le ministre de la Défense italien, Ignazio La Russa

La période du colonialisme italien fut une « ère de développement » pour la Libye, a déclaré Moustafa Abdel Jalil, le président du Conseil national de transition (CNT), le 8 octobre dernier, à l’occasion de la venue en Libye du ministre de la Défense italien, Ignazio La Russa [Peuple de la liberté, ancien sénateur du Mouvement social italien, parti néofasciste].

« Le colonialisme italien a construit des routes et des bâtiment magnifiques, à Tripoli, Derna et Benghazi. Il a introduit le développement agricole, des lois justes et des procès justes : cela, les Libyens le savent bien. » Une « relecture historique » très appréciée par le ministre La Russa : « L’histoire coloniale européenne, nous la connaissons bien, y compris avec ses zones d’ombre ; mais l’Italie a laissé un signe d’amitié. »

Réécrivons nos livres d’histoire, tant qu’on y est ! Si, en 1911, l’Italie a occupé la Libye avec un corps expéditionnaire de 100 000 hommes, elle l’a fait non pas par volonté d’expansionnisme, mais parce qu’en tant que nation civilisée elle voulait inaugurer dans ce pays africain une « ère de développement ». Si, juste après le débarquement, l’armée italienne a fusillé et pendu 5 000 Libyens et en a déporté des milliers d’autres, en réprimant dans le sang la première révolte populaire, elle l’a fait uniquement pour appliquer des « lois justes ». C’était pour imposer la légalité – et non pour écraser la résistance libyenne – que la moitié de la population de la Cyrénaïque (soit environ 100 000 personnes) a été déportée en 1930 dans une dizaine de camps de concentration, tandis que l’aviation italienne bombardait le reste des villages avec des armes chimiques et que la région était fermée par des fils barbelés sur une longueur de 270 km. Et, quand le chef de la résistance, Omar Al-Mokhtar, a été capturé, en 1931, il a été soumis à un « procès juste » : sa condamnation à être pendu était donc légitime.

D’après Jalil, ces « magnifiques routes et bâtiments » ont été construits par l’Italie fasciste pour le bien-être des Libyens. Et, si les autorités coloniales ont confisqué les terres les plus fertiles (environ 900 000 hectares) en reléguant la population vers des terres arides, cela a été fait non pas pour donner ces terres aux colons italiens, mais pour favoriser le développement agricole de la Libye. Le message politique est clair : le gouvernement qu’il préside assurera à la Libye une nouvelle « ère de développement ». Comme celle qu’annonça Mussolini en 1937, quand, sur un cheval blanc, au sommet d’une colline, il leva au ciel son épée en se proclamant le « protecteur de l’islam ».

Manlio Dinucci

http://www.ilmanifesto.it/

Libye : La tombe de la mère de Kadhafi profanée

Pour ceux qui doutaient de la bestialité de ces « rats », pseudo rebelles libyens, ils sont servis. Les Salafistes ont encore frappé en Libye. Après les meurtres et assassinats ciblés de noirs sous supervision de l’OTAN, cette fois-ci, ils s’en sont pris aux morts comme l’a rapporté le quotidien algérien d’information « Réflexion ».

Un groupe de combattants Libyens fanatiques appartenant au courant djihadiste proche d’al Qaida a profané des tombes dans le cimetière de la tribu Kadhafa. Ils ont profané le caveau familial des Kadhafi dans la région de WadiJaraf proche de la ville de Sirte.

Ils ont entre autres, saccagé les tombes, déterré les défunts dont le corps de la mère du colonel Kadhafi, ainsi que celui de son oncle et deux autres membres de sa famille. Ces corps ont été tout simplement brûlés. La tombe de la mère de Kadhafi est celle qui a été la plus visée par ces extrémistes qui l’ont complètement détruite et dont ils ont extrait la terre avant de brûler les ossements.

Cet acte s’ajoute à d’autres actes commis par les éléments de cette secte qui ne se comptent plus parmi lesquels faire manger aux prisonniers pros Kadhafi de la viande de chien, assassiner froidement des personnes au motif que ce sont des noirs, exécuter des centaines de prisonniers, piller les maisons et brûler des zaouias. Dans l’histoire récente, seuls les GIA en Algérie avaient commis de telles profanations de sépultures, destruction des épitaphes et saccage des mausolées des saints.

S’unir ou périr ensemble : quel choix pour l’Afrique ?

Les conditions de la mort de Kadhafi auront fait de lui un héros aux yeux de la grande majorité des peuples africains, n’en déplaise aux maîtres du monde qui ont droit de vie et de mort sur les dirigeants des pays faibles. Il repose désormais, dans nos mémoires, au Panthéon des combattants pour la dignité de l’Afrique à côté de Patrice Lumumba, Barthélémy Boganda, Kwamé Nkrumah et Thomas Sankara et son sang fertilisera cette terre d’Afrique pour que germent une conscience et une résistance à toute épreuve. Son assassinat résulte du croisement de deux objectifs parallèles, l’un interne et l’autre externe, qui ont fini par fusionner pour être offerts au monde sous des aspects digestes.

Le premier objectif de sa mort programmé est dévoilé dans le premier discours du chef du CNT au lendemain de son assassinat : le rejet de la charia par Kadhafi et son refus de s’en servir comme boussole à la constitution Libyenne. Kadhafi a lutté pour une Lybie aux valeurs républicaines, une Lybie moderne libérée des corsets de la religion. Il a été un rempart inébranlable contre la contagion de l’intégrisme religieux qui frappe bruyamment
aux portes des pays arabes et les dérives idéologiques subséquentes. Le rempart a fini par céder face au déferlement torrentiel de l’incontinence religieuse qui peut à présent faire tranquillement son lit avec la bénédiction des parrains occidentaux.

Le deuxième objectif est à rechercher dans son refus d’être un esclave docile qui se satisfait de sa condition et dont l’esprit n’est effleuré par quelque idée d’affranchissement. Le tort de Kadhafi c’est d’avoir voulu rompre les chaines de la servitude en poussant l’outrecuidance à contester l’hégémonie des maitres du monde. Les bases de l’Unité Africaine qu’il a jetées, le premier satellite africain RASCOM financé à concurrence de 300 Millions de Dollar sur un total de 377 Millions, le projet de création d’un Fonds Monétaire Africain qui accélérerait la Fédération des Etats africains pour les libérer des dicktats du FMI sont autant de crimes de lèse-majesté qui ont signé son arrêt de mort depuis les bureaux de Washington et de l’Union Européenne.

Loin de moi l’idée d’épiloguer sur les fondements internes et externes de la  déstabilisation de l’Afrique, fondements sur lesquels je suis amplement revenu déjà et auxquels la presse digne a d’ailleurs consacré de nombreux papiers. Je voudrais plutôt faire remarquer, dans une analyse diachronique, la similitude de la fin tragique réservée aux combattants pour la liberté de l’Afrique.

Le 30 juin 1960, à la cérémonie de célébration de l’indépendance du Congo, après le discours paternaliste et condescendant à l’égard du peuple congolais prononcé par le Représentant du Roi Belge auquel répondait en écho celui d’allégeance du président Kasavubu, Patrice Lumumba, dont l’intervention n’était pas prévue, prit la parole pour restaurer la Dignité de son peuple.

« […] Car cette indépendance du Congo, si elle est proclamée aujourd’hui dans l’entente avec la Belgique, pays ami avec qui nous traitons d’égal à égal, nul Congolais digne de ce nom ne pourra jamais oublier cependant que c’est par la lutte qu’elle a été conquise, une lutte de tous les jours, une lutte ardente et idéaliste, une lutte dans laquelle nous n’avons ménagé ni nos forces, ni nos privations, ni nos souffrances, ni notre sang. C’est une lutte qui fut de larmes, de feu et de sang, nous en sommes fiers jusqu’au plus profond de nous-mêmes, car ce fut une lutte noble et juste, une lutte indispensable pour mettre fin à l’humiliant esclavage, qui nous était imposé par la force. Ce que fut notre sort en 80 ans de régime colonialiste, nos blessures sont trop fraîches et trop  douloureuses encore pour que nous puissions les chasser de notre mémoire ».

En effet, là où le représentant du roi Léopold II infantilisait les dirigeants du peuple congolais en leur demandant de ne pas remplacer par des reformes hâtives les organismes que leur remettait la Belgique et qui rencontrait l’adhésion de Kasavubu, Lumumba répondit par un discours révolutionnaire rythmé par les maîtres- mots Indépendance, Egalité, Lutte, Humiliant esclavage. Son intervention,  loin d’être belliqueuse, s’inscrivait dans une perspective de recadrage du sens d’une cérémonie qui était en train d’être vidée de sa « substantifique moelle ». Il rappela simplement que le Congo, devenu désormais indépendant, se refuse de continuer avec « des paradigmes » de la colonisation par le maintien des lois iniques qui assurent la pérennité du pacte colonial. Dès lors, il a toute la latitude d’initier des reformes institutionnelles et de tracer des perspectives d’avenir pour ses concitoyens. De plus, fort de son indépendance acquise dans la lutte et en vertu des lois internationales, le Congo n’est plus un Etat vassal, mais un Etat à part entière comme la Belgique avec laquelle il entend entretenir des relations d’amitié.

Le refus à la Christophe d’un « pouvoir sans croûte ni mie » ne pouvait que sonner le glas aux ambitions révolutionnaires d’un homme. La suite, nous la connaissons. Lumumba a été arrêté par les Américains et les Belges puis livré au sécessionniste Tchombé qui n’a eu aucun mal à le tuer et à dissoudre son corps dans de l’acide. Ce fut le même scénario en Lybie.

Le 24 Mai 1963 au sommet de l’OUA à Addis Abeba dans un discours à valeur de supplique, Kwamé Nkrumah lance un appel de pied à ses pairs face à l’urgence de réalisation de la fédération des états africains avant que les occidentaux n’exploitent leurs divergences pour éloigner par des manœuvres mesquines la réalisation d’un tel projet qui sortirait l’Afrique de l’ornière. Dans cet extrait que je vous propose, il fait une lecture lucide des indépendances africaines : « Sur notre continent, il ne nous a pas fallu longtemps pour découvrir que la lutte contre le colonialisme ne prend pas fin lorsqu’on a réalisé l’indépendance nationale. Cette indépendance n’est que le prélude d’un combat nouveau et plus complexe pour la conquête du droit de diriger nous-mêmes nos questions économiques et sociales, en dehors des entraves écrasantes et humiliantes de la domination et de l’intervention néocoloniale ». Dès lors, des manœuvres souterraines vont être menées en vue d’amener certains chefs d’Etat à se désolidariser du projet, mais aussi pour déstabiliser le régime de Kwame Nkrumah.

Le 24 Février 1966, alors qu’il était en visite en Chine, un coup d’Etat est perpétré au Ghana qui le pousse à l’exil en Guinée et il meurt le 27 Avril 1972 à Bucarest. Vous y voyez vous une différence notable avec Kadhafi ?

Le 17 Novembre 1986, lors du dîner offert au président français François Mitterrand à l’occasion de sa première visite au Burkina Faso, Thomas Sankara prononça un discours dont les revendications provoquèrent l’ire de son hôte et donnèrent le prétexte à la machine à tuer de se mettre en branle. Lisez plutôt :

« […] C’est dans ce contexte, Monsieur François Mitterrand, que nous n’avons pas compris comment des bandits, comme Jonas Savimbi, des tueurs comme Pieter Botha, ont eu le droit de parcourir la France si belle et si propre. Ils l’ont tâchée de leurs mains et de leurs pieds couverts de sang. Et tous ceux qui leur ont permis de poser ces actes en porteront l’entière responsabilité ici et ailleurs, aujourd’hui et toujours ».

Thomas Sankara n’aurait pas dû dénoncer si vertement le parrainage de la France dont bénéficiaient Jonas Savimbi et Pieter Botha qui ont plongé, pour l’un, son pays dans une guerre qui a duré 25 ans, et pour l’autre, maintenu les noirs d’Afrique du sud dans la politique d’Apartheid. Il n’aurait pas dû interpeller avec « grand mépris » le président français dans une formule d’appel si peu apparentée à l’orthodoxie françafricaine.

Le 15 Octobre 1987, par un coup d’état dirigé par celui qu’il appelait son frère, Thomas Sankara est assassiné froidement jetant ainsi aux calendes grecques les espoirs d’une révolution prégnante. Le schéma burkinabè est-il fondamentalement différent de celui de la Lybie ? , la France se proposa de recevoir tous les chefs d’Etat africains autour d’une grande manifestation avec défilé de toutes les armées nationales. La farce de Nicolas Sarkozy qui consistait à se faire passer pour le président d’un continent qui est entouré de ses sous-préfets était tout trouvée.

Laurent Gbagbo décline l’invitation et toute la classe politique française ainsi que la presse hexagonale ruent dans les brancards. Bien avant cela, il décide de créer des usines de transformation du café et du cacao ce qui à terme constitue une menace pour les industries Suisse, Française et Américaine de chocolat. Des années avant, il proposa à ses pairs à un sommet de l’OUA le prélèvement d’un montant sur le revenu à l’exportation de nos matières premières. C’en était trop pour le président d’un pays à partir duquel la France boucle son budget et qui veut ainsi assécher le marigot par des reformes « hâtives ».

Une rébellion est créée le 19 Septembre 2002 qui peine à assouvir l’attente de la Métropole. Lasse d’attendre, elle se jette elle-même dans l’arène avec ses forces spéciales dans une union de corps avec l’ONU et l’infortuné Gbagbo est renversé le 11 Avril 2011.Au contraire des autres, Gbagbo n’a pas été tué parce que Dieu l’a préservé pour des raisons qu’il est le seul à savoir.

Toutes ces tragédies que nous venons de passer en revue posent la problématique du contenu réel de nos indépendances aujourd’hui, mais en même temps elles rendent impérieux l’avènement d’une solidarité africaine agissante, d’une unité et ce n’est pas utopique d’y croire. Mieux cela actualise plus que jamais l’interpellation de Kwame Nkrumah dans son discours du 24 Mai 1963 à Addis Abeba : « Notre objectif, c’est, maintenant, l’unité
africaine. Il n’y a pas de temps à perdre. Nous devons maintenant nous unir ou périr. Je suis certain que par des efforts concertés et notre ferme propos, nous allons jeter ici même les fondations sur lesquelles s’élèvera une union continentale des Etats africains ».

Si des présidents comme Wade pouvaient cesser de torpiller la solidarité africaine en arrêtant de pousser le ridicule jusqu’à aller rencontrer les rebelles du CNT à Benghazi dès le déclenchement de la crise Libyenne et à affirmer à la Cassandre que la bataille d’Abidjan aura lieu alors que le groupe de contact de l’Union Africaine était au travail. Si des chefs d’Etat comme Blaise Comparé pouvaient cesser de s’illustrer négativement en affirmant sur le perron de l’Elysée qu’il s’occuperait personnellement de la crise ivoirienne. Si des chefs d’états comme Good Luck Jonathan pouvaient cesser d’être des pyromanes chaque fois qu’ils agitent leur armée exterminateur appelée Ecomog. Hélas ! Mille fois hélas !

Quand on regarde les agissements de ces personnalités et qu’on mesure la grande traîtrise des fils d’Afrique qui sacrifient des vies humaines sur l’autel des ambitions politiques, on ne peut que joindre notre voix à celle d’Edem Kodjo pour dire : «…Honte de devoir, une fois de plus, assumer le sang d’un innocent comme le passage obligé d’un transfert chaotique du pouvoir dans une Afrique qui se goberge et se prélasse dans les voies de fait et dont la pratique politique paraît souvent si éloignée de ses traditions ancestrales d’humanisme et de solidarité…». (Mort, où est ta victoire ? J.A n° 1400 du 04 Novembre 1987 sur la mort de Sankara).

Gottha Yves Otché

Professeur de lettres

gotthayvesotche@yahoo.fr

Kadhafi : la mort d’un grand homme

Kadhafi : la mort d’un grand homme ? Est-ce que l’OTAN a voulu aussi tuer le panafricanisme ?

En décembre 2010, à Dakar, au Sénégal, le colonel Mouammar Kadhafi participait au Festival Mondial des Arts Nègres. Il y inaugura, en grande pompe, le monument de « La Renaissance Africaine », une statue monumentale qui pointe son doigt vers le lointain pour, dans l’esprit du concepteur de la statue, faire un signe à celle de la liberté à New-York.

Lors de cet événement majeur, Kadhafi faisait l’unanimité dans la foule et on le vénérait, à la fois, comme le Guide de la Révolution libyenne et l’artisan, le chantre de l’Unité africaine. A l’époque, c’est-à-dire il n’y a même pas un an (!), Kadhafi avait été reçu chaleureusement par le Président du Sénégal, Abdoulaye Wade qui, malgré quelques réticences personnelles, exprima, sur place, l’adhésion de tout un peuple au dit tortionnaire. Le colonel Kadhafi était encensé comme un homme politique porteur d’espoir, l’incontestable leader charismatique de la révolution africaine.

La renaissance africaine

Lors de cette manifestation, en inaugurant la statue monumentale du Festival, Kadhafi prit la parole pour réaffirmer l’urgence de l’unité du continent : « Le monument de la Renaissance Africaine n’est pas un monument du Sénégal mais le monument d’un peuple, le monument pour tout le continent africain… » Puis, il déclara « Il faut que l’Afrique ait une seule armée. Ses armées nationales n’ont pas les moyens de faire face aux forces de l’OTAN et, ce combat, une seule armée c’est un combat pour la vie et la mort ».

Kadhafi reçu par le Président Abdoulaye Wade

A l’époque, Abdoulaye Wade manifestait ouvertement, quand on l’interrogeait, des divergences sur le calendrier de cette unité africaine à construire. Il parlait, contre Kadhafi, de la nécessité d’une transition douce. Aujourd’hui, le leader de la révolution africaine n’est plus et c’est l’Otan qui a imposé son propre calendrier aux velléités africaines d’autonomie. Avec Kadhafi, ce n’est pas seulement un homme qui meurt mais c’est, peut-être aussi, tout un projet, toute une idéologie qu’on enterre : le panafricanisme, l’unité continentale africaine.

Kadhafi n’était pas Frantz Fanon

Ce projet, comme tout projet politique globalisant, uniformateur et quelque peu utopique, était fumeux. L’imagination politique de Kadhafi mûrit dans le désert. Il faut toujours se méfier des idéologies universalisatrices, coupées des réalités politiques, construites dans des déserts géographiques. Le christianisme, comme l’islamisme, en sont aussi.

au Festival Mondial des Arts Nègres

En tout cas, Kadhafi croyait aux chimères nocturnes du désert et il allait, ainsi, de-ci de-là, avec sa djellaba, sa tente bédouine, entourée d’une garde d’amazones officiellement vierges et fusils au bras, parler aux foules, dans des liturgies de balcons. Leader d’un panafricanisme nègre, à partir d’une Libye finalement très « blanche », sa posture ne manquait pas de contradiction. Il était clair que son pays ne pouvait être, en vendant en particulier de l’or noir à bon prix, à la hauteur de l’anticolonialisme africain, celui de l’esprit rebelle des ouvrages de Frantz Fanon que, justement, les éditions de la Découverte viennent de rééditer en un seul volume.

Aux temps « héroïques », le jeune Kadhafi avait, pourtant, financé un grand film, « Le Lion du Désert », où Anthony Queen interprétait le rôle du rebelle, Omar Mojtar, à côté d’Oliver Reed, qui jouait celui du maréchal Graziani. A la fin du film, à côté du cadavre pendu du grand guerrier, le cheik Omar, un jeune homme apparaît, esquissant un geste provoquant : c’était le futur colonel en personne ! Belle époque où les héros de cinéma côtoyaient la grande histoire.

Aujourd’hui, forcément, à l’époque de la 3D et des images de synthèse, celles du lynchage de Kadhafi ont quelque chose de pitoyable, un grand homme dans une conduite d’égout, la peur de la mort, la fragilité de la personne… Nous, en douce, on s’est quand même réjoui de le voir, au moins, posséder un pistolet en or. Chez lui, l’héroïsme de l’anti-occidentalisme n’avait pas tout à fait rendu l’âme.

Avec Nasser : les temps héroïques du panafricanisme

On sent, dans ce pistolet, des appels à la vengeance enflammée, brouillée dans les vapeurs d’alcool et de drogue, au fin fond d’un bunker, avec quelques prières sans conviction à Allah. Dans quelques années, d’autres jeunes, quand ils en auront assez de l’islamisme radical, célèbreront Kadhafi dans leur coin et punaiseront des posters du Colonel dans leurs chambres. Mais, aujourd’hui, le conflit est ailleurs. Il est pour l’uniformisation de la planète sous un nomos global.

Kadhafi, lui-même, l’avait pressenti et, toujours sous la forme de coups de théâtre, il commença, à partir de 2001, à changer de cap, comprenant qu’il lui fallait devenir présentable, s’intégrer, le grand mot, le joli mot, «s’intégrer», du «marche ou crève !» du nouvel ordre mondial. Il sentait bien que cette intégration dans la « communauté internationale » ne lui laisserait pas sa place et que les prédateurs voulaient plus, voulaient faire main basse sur les matières africaines avant que la Chine ne s’en empare. Il comprit qu’il ne pouvait survivre politiquement qu’au prix d’un certain abaissement. Cet abaissement aura été insuffisant.

Emportés dans la tombe des mystères qu’on nous cachera

Pourtant, il en donna des gages mais comme le soulignait le poète Henri Michaux, le problème avec les Occidentaux c’est qu’«ils ne savent pas s’arrêter ». Ils avaient pourtant osé le pardonner pour l’obscur, le toujours obscur, attentat de Lockerbie. On ne saura jamais, non plus, s’il finança réellement la campagne de Nicolas Sarkozy de 2007. Mais qui croira que le coup médiatique de la libération des Bulgares n’a pu se faire sans réelles compensations et autres petits arrangements ?

Finalement, c’est l’armée française qui localisera son convoi, le bombardera en permettant, de fait, son élimination physique, assuré apparemment sur le terrain par un commando qatari, le Qatar ayant joué un rôle décisif dans la prise de Tripoli et l’exécution des plans « libérateurs » de l’Otan. De leur côté, les mercenaires sud-africains du Colonel se seraient repliés en Algérie pour protéger le restant de la famille, tandis que le cadavre du Colonel, à côté d’un de ses fils, a été jeté sur un vieux matelas dégueulasse, dans la chambre frigorifique d’un supermarché.

Il y a quelque chose de tragique et, en même temps, de classique dans le final des hommes forts, « les dictateurs » comme on les appelle : Saddam en Irak, Mouammar en Libye ; certains auraient rêvé de trouver dans la liste Laurent Gbagbo ! Du moins, quand ils meurent ainsi, s’épargne-t-on la comédie grotesque du « crime contre l’humanité » et de la Cour Pénale Internationale, l’exemplarité nouvelle des vainqueurs, exercée au nom des bons sentiments et du juste. Mais on en vient, aussi, à se demander comment finiront, à leur tour, nos leaders démocrates, Prix Nobel de la Paix pour l’un d’entre eux, puisque la roue de l’Histoire, fatalement, tourne et que l’honneur des armes n’est, semble-t-il, réservé qu’aux dictateurs de la vieille école ?

En tout cas, les « démocrates » auront poussé l’hypocrisie jusqu’à exiger des Nations Unies une enquête sur les circonstances de la mort de Kadhafi. Cette enquête devra-t-elle inculper les agents du Kansas qui supervisaient, à distance, le bombardement du drone, entre deux cocas et un paquet de cigarettes ? La résolution de l’ONU du 17 mars établissait un blocus aérien – « no fly zone » – pour la protection de la population civile et les zones peuplées – « to ensure the protection of civilians and civilian populated areas ». Il n’avait jamais été question de bombarder, avec des missiles, le sol libyen !

Quant aux dollars promis pour la tête de Kadhafi, les pauvres types qui l’ont liquidé en ont-ils vu la couleur ? La guerre a de ses mystères et de ses probabilités qu’à la limite, pour gagner des milliers de dollars, il vaut mieux jouer au loto !

Michel Lhomme

Le nouveau logiciel de l’impunité

Le nouveau logiciel de l’impunité

In Le Nouveau Courrier N°338 Du 10 octobre 2011 par Théophile Kouamouo

Le concept d’impunité a été évoqué à maintes reprises en Côte d’Ivoire ou au sujet de la Côte d’Ivoire durant la semaine qui vient de s’écouler. Et pour cause : les juges de la Cour pénale internationale (CPI) ont ouvert la voie à des enquêtes sur les crimes de guerre, crimes contre l’humanité et autres violations graves des droits de l’Homme durant ce qu’il est convenu d’appeler la «crise post-électorale» et – peut-être – depuis le déclenchement de la rébellion dirigée par Guillaume Soro, le 19 septembre 2002.

Justifiant avant toute inculpation la déportation future du président Laurent Gbagbo à La Haye, Guillaume Soro, chef visible de l’insurrection qui a déclenché «le grand malheur» ivoirien, a affirmé qu’il ne fallait pas «laisser survivre l’impunité ». L’impunité des autres, pourraiton rétorquer à celui qui a tenu à affirmer qu’il a dirigé en personne l’attaque du 19 septembre 2002 à Abidjan, et qui a joué au général en costard lors des nombreuses et sanglantes purges internes à la rébellion et bien entendu, entre décembre 2010 et avril 2011, l’apothéose de sa dernière épopée militaire ayant été, si l’on en croit les proches du défunt, la torture et l’exécution d’un Ibrahim Coulibaly désarmé et, pour faire bonne mesure, de plusieurs de ses compagnons.

Le vocable «impunité» a également été utilisé à plusieurs reprises par l’ONG de défense des droits de l’homme Human Rights Watch, qui a publié un rapport où elle est apparue comme le procureur maladroit de Gbagbo, à qui elle a prêté des propos qu’il n’a jamais tenus, et comme l’avocat empressé d’Alassane Ouattara, qu’il ne faut surtout pas – ah bon ! – mêler aux crimes du «commando invisible» et dont les forces n’ont cédé aux crimes massifs que «très tardivement ». Comme en guise de légitime défense, a-t-on envie de suggérer pour en finir avec les sous-entendus indécents ! Quelques mois plus tôt, Florent De Geel, de la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH), tentait de venir au secours du régime ivoirien en sous-entendant, sur SlateAfrique, qu’Amadé Ouérémi, le chef de milice burkinabé qui terrorise Duékoué, n’avait rien à voir avec la hiérarchie officielle de l’armée de Ouattara et de Soro. Ce qui signifie que les tueries innommables de Duékoué ne sauraient être de leur fait.

Mardi dernier, les avocats Roland Dumas et Jacques Vergès se faisaient injurier, et voyaient leur livre «Sarkozy sous BHL» traité de chose «méprisable» par une meute de journalistes «vertueux» parce qu’ils affirmaient que Nicolas Sarkozy, qui assume de manière volubile la direction politique des opérations de l’OTAN en Libye, pourrait être responsable de «crimes contre l’humanité». Voyons donc, tout cela est «excessif» donc «insignifiant», raisonnaient les raisonneurs.

Et pourtant, l’armée française a souvent commis des crimes contre l’humanité en Afrique depuis la décolonisation.

Et pourtant, des forces soutenues par la France officielle ont commis, il y a moins de vingt ans, un génocide au Rwanda. Et pourtant, les organisations de défense des droits de l’Homme les moins compromises nous informent quotidiennement sur les crimes du CNT, qui font, sous le haut commandement de l’OTAN, dans les villes du Sud de la Libye, ce que le «monde libre» se glorifie d’avoir empêché à Benghazi. Un beau, bel et grand massacre !

Ces contradictions apparentes entre un idéal généreux et des pratiques réelles d’une perversité machiavélique constituent le socle du nouveau logiciel de l’impunité. Un nombre incroyable de «partenaires» venant des univers des ONG, des médias, de la diplomatie et du savoir convergent, dans une unanimité inédite, pour imposer une fausse évidence : l’Empire occidental incarnant le bien absolu, ses alliés et lui ne peuvent commettre le mal que par «mégarde», quand ceux à qui il fait la guerre ou qui s’opposent à lui sont d’une perversité «naturelle». Les morts civils causés par les frappes de l’OTAN sont des «bavures», mais l’obus «de Gbagbo» qui serait tombé, nous dit-on, sur un marché d’Abobo, est une «faute morale». Les résolutions 1973 et 1975 interdisent l’usage d’armes lourdes qui peuvent menacer des civils, mais devraient pouvoir autoriser le largage de bombes et de missiles en pleine ville, à Yopougon, à Syrte et partout où tous les civils sont assimilés à des «pro-Kadhafi», donc à de légitimes cibles militaires.

Le nouveau logiciel de l’impunité veut nous faire admettre que le fait que certains criminels contre l’humanité supposés soient pris dans les filets de la «justice internationale» alors que leurs alter ego y échappent effrontément est une bonne nouvelle. Pour mieux saisir l’absurdité d’un tel point de vue, transposons la querelle dans les limites d’un village atchan. Un fils de Mobio a volé les poules d’un fils de Kodo, et un fils de Kodo a volé les poules d’un fils de Mobio. Parce que le chef du village est persuadé que le fils de Kodo est «mauvais » et «a poussé à bout» son adversaire, lui seul doit être arrêté. Alors que le village s’interroge sur une telle logique, celui qui tient le rôle du sage du village tranche en disant qu’il aurait aimé que les deux soient arrêtés, mais que l’arrestation du fils de Kodo est une «avancée» de la lutte contre l’impunité.

Qui peut croire à ce mensonge éhonté ? Personne.

Mais puisque cette nouvelle chorégraphie douteuse se déroule au plan international, l’ignorance des uns et l’indifférence des autres entretiennent les pires absurdités. Jean Pierre Bemba est à la CPI pour des crimes que ses soldats, «loués» à Ange-Félix Patassé, auraient commis. Patassé est mort de sa belle mort, loin de toute angoisse. Bozizé, dont les «libérateurs» tchadiens ont commis des crimes équivalents, gouverne la République centrafricaine, tout juste troublé par de nouveaux bruits de

Bottes Charles Taylor est à La Haye pour avoir financé et soutenu une rébellion meurtrière en Sierra Leone. Blaise Compaoré a trempé dans les mêmes magouilles, mais puisque sa dernière expédition – en Côte d’Ivoire – a été «sanctifiée» par la France et les Etats-Unis, tout va bien pour lui. Ellen Johnson-Sirleaf a financé, nous apprend la Commission Vérité et Réconciliation de son pays, la rébellion sanglante de Charles Taylor, et ne devrait pas, pour cette raison et parce qu’elle est inéligible au regard de la Constitution, rempiler. Mais elle est l’alliée privilégiée des Américains dans la région. Du coup, le prix Nobel de la paix lui a été «offert», pour l’aider à mieux faire campagne.

Dans le monde qui vient, vous pourrez toujours commettre les pires atrocités. Il faudra tout simplement vous assurer d’être du «bon» côté.