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Il faut sauver le soldat Koulibaly… même malgré lui

Il faut sauver le soldat Koulibaly… même malgré lui, par Grégory Protche

Je viens de lire un article de Mamadou Koulibaly, Législatives sous hyper-présidence : Quelques leçons, paru le 16 décembre dans l’Inter. Long. Trop.  Pour masquer le vide : le trop plein ? Comme les chanteurs font 22 titres sur un cd quand ils n’en ont pas trouvé un d’assez fort pour faire un single… le bon. Beaucoup de lignes, de chiffres, mais pas une idée. Pas une idée importante. Essentielle. Et cruciale aujourd’hui. Ce qui est rare venant de lui. Et triste. Du commentaire. De la rhétorique. Du vide. Du bout du stylo. Comme s’il n’avait pas participé, comme s’il ne s’était pas présenté, comme s’il n’avait pas accepté les inacceptables conditions d’élections au mieux inutiles et au pire dommageables.

MK pose trois questions en ouverture de son article.

1) Les partis politiques ont-ils été à la hauteur des enjeux ?

2) La classe politique est-elle encore crédible dans notre pays?

3) Les élections servent-elles encore à quelque chose?

Trois questions fondamentales mais hors de propos. Anachroniques. Dérisoires. Il annonce ensuite que son analyse s’appuiera sur les chiffres de la Commission électorale indépendante… Pourquoi ? Pourquoi faire ? Qui croit encore à l’indépendance de cette commission au point qu’on en ait besoin pour s’en défier…

MK plonge dans une piscine vide sous les yeux du public pour informer celui-ci qu’il n’y a plus d’eau dedans.

Un petit doigt d’égo, lorsque faussement naïf il découvre que sa défaite « semble focaliser » les attentions… c’est désagréable car énoncé presque narquoisement : Mamadou Koulibaly douterait-il (vraiment) de l’attention que les gens intelligents portent à son parcours ? Et donc de son importance dans le jeu politique, non pas seulement ivoirien, mais africain, panafricain même ? Françafricain au moins. Bien sûr que ceux qui voient en lui un traître se réjouissent de son fiasco. Bien sûr aussi que ceux qui pensent que rien n’est si simple sont consternés par cette évitable et inutile Bérézina annoncée. Quand MK rappelle que son parti est né il y a quatre mois à peine et qu’il est privé de ressources par Alassane Ouattara, on a envie de lui dire : autant de raisons de ne pas cautionner un prétendu jeu démocratique aux règles aussi viciées que vicieuses… C’est en comptant ses fractures que le plongeur se souvient qu’il avait vu le gardien vider la piscine.

Alassane Ouattara devient sous sa plume un « hyper président ». Une façon comme une autre de le légitimer, de le sarkozyser, grogneront certains. D’oublier dans quelles conditions il est devenu cet hyper président… Mais là n’est pas le plus grave. Puisque tous les partis ivoiriens ont vu leur audience baisser, en raison d’une abstention qu’il ne commentera pas, celle du Lider, son parti, est à l’unisson. Pas plus, pas moins. Sauf que le Lider, en soi, n’existe pas. Le Lider, c’est son leader : Mamadou Koulibaly. Et c’est tout.

Comme un étudiant fainéant, il paraphrase et traduit les chiffres en mots. Et là, on commence à comprendre le but, naïf, de sa manoeuvre : trouver une explication politique, politicienne, à une erreur intellectuelle. À une faute morale. Lorsqu’il avance que « le vainqueur (RDR, ndlr) a pris soin de violer toutes les règles démocratiques pour mettre en déroute ses adversaires, terroriser les populations, intimider l’électorat et utiliser les moyens financiers de l’Etat pour soutenir les candidats de son choix », ce n’est que pour oser derrière l’infamant : « Le FPI, avec son refus de participer au scrutin, a laissé tomber son électorat et le débat national pour se focaliser sur ses urgences du moment : se réjouir du faible taux de participation ». Comment, moi, Gaulois vaguement au fait des « Ivoireries », puis-je être au courant que le FPI a boycotté  ce scrutin en raison de l’arrestation, suite à l’intervention française, puis du transfert de Laurent Gbagbo devant la CPI, et pas Mamadou Koulibaly ?

Rien n’est pire qu’un intelligent qui joue à l’imbécile, à part peut-être un idiot qui fait le savant.

On peine pour lui en le voyant évoquer la situation politique en Côte d’Ivoire comme si elle n’avait pas été « perturbée » par l’intervention française, comme si cette intervention n’avait pas eu lieu, comme si elle n’avait pas tout changé… Comme si « l’absence » de Laurent Gbagbo n’était qu’un détail.

On a du mal à distinguer encore le pourfendeur du franc CFA et des pratiques de la Françafrique derrière ces coupables et pathétiques omissions : un père, ça ne se tue qu’une fois. Et en reconnaissant Ouattara, il l’avait déjà fait…

Si je pouvais l’interviewer aujourd’hui, ce serait ma seule question : pourquoi le 12 avril 2011, prenant Accra pour Londres et vous-même pour de Gaulle, ne vous êtes vous pas proclamé, en vertu de votre poste de président de l’Assemblée nationale, président de fait puisqu’il y avait vacance du pouvoir…?

L’intelligence ne fait pas tout. Pas plus en politique qu’ailleurs. Il faut du coeur, des tripes et le sens de l’histoire. On ne passe pas à côté d’un destin pour une carrière lorsqu’on s’appelle Mamadou Koulibaly. On n’en a pas le droit.
Même si je persiste, depuis mon petit point de vue, à prétendre qu’il ne faut pas jeter le bébé politique Koulibaly avec l’eau vaseuse du bain électoral ivoirien. Aucun pays ne peut se permettre le luxe de se priver d’un cerveau comme le sien. Bref : il faut sauver le soldat Koulibaly… y compris malgré lui.

Grégory Protche

Rédacteur en chef du Gri-Gri International

Auteur de « On a gagné les élections mais on a perdu la guerre »

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Mamadou Koulibaly : Pourquoi une nouvelle monnaie s’impose à la zone UEMOA

L’idée de la création d’une monnaie indépendante, sans lien avec le passé colonial est plus que d’actualité avec la récession économique sur le continent. Dans cet entretien datant de janvier 2008, le Pr Mamadou Koulibaly, économiste explique pourquoi une nouvelle monnaie s’impose à la zone UEMOA.

Mamadou Koulibaly, président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire et professeur d’économie, fait la lumière sur les dégâts causés dans les Etats membres de la zone franc en raison de l’indexation de leur monnaie sur le franc français, aujourd’hui, sur l’euro.

Dans cet entretien réalisé par Ruth Tete et Soh Tadhieu pour le magazine « New African », Mamadou Koulibaly ne mâche pas ses mots et appelle à la création d’une monnaie indépendante, sans lien avec le passé colonial.

Pourriez-vous expliquer à nos lecteurs quels sont les principaux mécanismes de la zone Franc ?

La zone du franc CFA est une union de coopération monétaire dont les leviers de contrôle se situent à Paris où priment les intérêts de la France. Les États satellites, membres de cette zone, sont des pays d’Afrique occidentale et centrale. La logique qui sous-tend le fonctionnement de cette zone rappelle la manière dont les Etats de l’Europe de l’Est étaient liés à l’ex-Union soviétique par le biais du Pacte de Varsovie à l`époque de la Guerre froide.

Les principes de la coopération monétaire entre la France et les Etats membres de la zone franc ont été énoncés dès les années 1960 dans le cadre d’un pacte colonial. Ce pacte a été modifié par la convention de coopération monétaire du 23 novembre 1972 entre les Etats membres de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC) et la France d’une part, et par l’accord de coopération du 4 décembre 1973 entre les pays membres de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA) et la République française d’autre part. Juste avant que la France n’accède aux demandes d’indépendance des pays africains dans les années 1960, elle a obligé ces Etats à placer 65% de leurs réserves de change sur un compte du Trésor français, après avoir défini un taux de change fixe du franc CFA. Bien que la gestion de cette monnaie ait été confiée à des banques centrales communes [BEAC et BCEAO, ndlr], ces banques n’ont d’africain que le nom. En réalité, elles n’ont aucun pouvoir et ne sont rien de plus que de gigantesques institutions bureaucratiques qui ne décident pas des politiques monétaires. Elles sont là pour faire croire aux pays de la zone franc qu’ils sont maîtres de leur destinée. Les pays de la zone franc continuent de perpétuer un système mis en place par l’ancien bourreau colonial.

Comment décririez-vous la situation financière des pays de la zone franc depuis qu’ils font partie de cette union monétaire ?

La zone franc a engendré un long débat. D’une manière générale, il ne faut pas oublier que cette union a apporté à la France d’immenses avantages en termes de marchés pour ses biens et services. La situation monétaire des pays de la zone franc est une longue histoire de secrets jalousement gardés par la France, dont la seule préoccupation est de préserver ses intérêts. Par exemple, les réserves de change des Etats de la zone franc sont placées sur un compte commun du Trésor français, mais aucun pays africain n’est capable de dire quelle partie de cet argent durement gagné lui appartient. Seule la France a le privilège d’accéder à ces informations. Et pourtant ces fonds, placés sur des « comptes d’opérations », génèrent des intérêts chaque fois que leur montant est supérieur aux besoins d’importation des pays africains concernés. Ces comptes d’opérations, en vertu des accords de coopération monétaires signés par la France et les pays de la zone franc, sont en théorie assortis du principe de découvert illimité. Cependant, les autorités françaises ont inclus, dans les statuts des banques centrales africaines, des mesures, parfois préventives, destinées à éviter que les comptes d’opérations deviennent constamment débiteurs. Les opérations liées au franc CFA sont secrètes et seul le Trésor français connaît le montant des fonds appartenant aux pays de la zone franc placés sur les comptes d’opérations. Seul le Trésor français peut indiquer le niveau de rémunération ainsi que les frais de gestion de compte. Le système est donc opaque et autoritaire.

Les économies de la zone franc sont très vulnérables. Les effets provoqués par le mécanisme de fonctionnement du franc CFA sont asymétriques. Les pays les plus dépensiers de la zone franc peuvent utiliser les réserves de change des pays qui ont une gestion plus prudente. De fait, l’Unité monétaire profite aux pays les plus riches et encourage l’exploitation des pays les plus pauvres. L’existence d’un système monétaire stable et unifié n’a pas conduit à l’émergence d’un système bancaire et financier efficace dans les pays africains de la zone franc. Sur les 107 banques que comptent ces pays, 42 avaient fait faillite en 1990.

Les réseaux bancaires, qui se sont constitués par la suite, dépendent fortement des banques françaises. La France encourage les pays de la zone franc à vivre largement au-dessus de leurs moyens. Quelle différence y a-t-il entre le Gabon dont les réserves de change sont placées en France et le Ghana, qui possède sa propre monnaie ? Ou entre le Cameroun et le Kenya ? Le Bénin et la Tunisie ? Ces questions suscitent des questions légitimes sur le bien-fondé de la zone franc.

La zone franc existe depuis plus de soixante ans. Comment expliquez-vous qu’elle perdure malgré les effets négatifs qu’elle continue de produire dans les pays africains ?

A mon avis, cela est dû à l’influence que la France exerce sur les pays d’Afrique francophone, même si les partisans utilisent les arguments suivants pour défendre leur position : garantie monétaire, qui génère un afflux de capitaux, mesures d’austérité limitant le risque d’inflation et permettant de maintenir l’équilibre de la balance extérieure, et la crédibilité de la monnaie.

Les partisans du franc CFA font semblant de ne pas voir la répression politique et financière qu’ont exercée les présidents français successifs sur les pays africains qui ont tenté de se retirer de la zone franc. Nous avons été témoins de mesures répressives visant à couper court à toute velléité d’émancipation du système : la protection des intérêts français a engendré récemment des crises au sujet de l’uranium au Niger, de l’or au Mali, du pétrole au Tchad, des matières premières et du transfert des actions d’entreprises du service public en Côte d’Ivoire, auxquelles sont à ajouter d’autres crises au Rwanda, en République démocratique du Congo et au Sénégal. Quand le Sénégal a annoncé récemment qu’il avait découvert du pétrole à Saint Louis, le pays a demandé au Vénézuela de l’aider dans son exploitation, et non à la France. Paris a perçu ce geste comme une trahison et une violation des accords de coopération liant la France aux pays de la zone franc et à leurs ressources.

Par ailleurs, les élites et la classe politique africaines n’ont fait qu’empirer la situation en prétendant qu’elles ne possédaient pas les compétences nécessaires pour gérer leur propre monnaie de manière responsable et efficace, à l’inverse des pays occidentaux ou asiatiques. Elles se satisfont de voir les Etats africains être réduits à l’état de contribuables au profit de la France, avec les 65% de réserves de change qu’ils déposent chaque année auprès du Trésor français ! Et pourtant, nos citoyens n’ont pas la nationalité française, et n’ont pas non plus accès aux services publics dont bénéficient les autres contribuables français. Cela conduit à une situation qu’on ne peut que qualifier d’asservissement volontaire, et qui a incité la population et les acteurs économiques à croire qu’ils ne pouvaient se passer de la France. C’est bien dommage car cette idée est totalement fausse. Le monde est vaste : il suffit de vouloir s’y intégrer de façon libre et responsable par le biais du commerce et non de l’aide étrangère qui réduit les gens à la situation de mendiants. Chaque jour, la mondialisation crée des milliers d’opportunités dont nous ne tirons pas profit, parce que nous sommes piégés dans un système inefficace.

Une réunion des ministres des Finances des pays de la zone franc s`est tenue à Paris le 14 octobre 2007. Cette réunion précède traditionnellement la conférence d’automne de la Banque mondiale et du FMI. Vous avez été ministre des Finances de Côte d’Ivoire, et peut-être avez-vous eu l’occasion de participer à ces réunions. Beaucoup d’Africains disent que rien de positif pour le peuple africain ne ressort de ces réunions. Est-ce vrai ?

Je n’ai jamais participé à ce type de réunion quand j’étais ministre des Finances. Mais la plupart des pays de la zone franc sont faibles. Avec des économies sous perfusion, ils n’ont aucun poids dans les décisions prises dans le cadre de ces réunions. On peut donc se demander pourquoi ils continuent de se rendre à ces réunions dans lesquelles ils n’ont aucune voix. En agissant ainsi, ces pays montrent qu`ils sont convaincus que la France peut tout faire pour eux. Nos pays préfèrent choisir la solution de la facilité même si elle met en danger l’emploi, les revenus, l`épargne et les investissements privés. Nous nous rendons complices du piège de la pauvreté dans lequel nous avons été poussés. Pourriez-vous citer au moins trois raisons pour lesquelles les Etats africains devraient se libérer du franc CFA ?

En premier lieu, le franc CFA est coercitif, injuste et moralement indéfendable. Il a favorisé la corruption de l’État. Au moment des élections françaises, les pays de la zone franc sont sans cesse sollicités pour donner des dons aux hommes politiques français, une obligation qui ne peut se justifier. Ces  » cadeaux  » ont été à l’origine de nombreux conflits et ouvrent la voie à de nombreuses autres formes de corruption. Ce sont ces relations qui perpétuent le monopole français dans les pays de la zone franc, malgré la mondialisation. Sous prétexte d’aider les pays pauvres avec l’argent du contribuable français, c’est la classe politique française et africaine qui s’enrichit de manière illicite. Cette réalité justifie à elle seule l’abandon de la zone franc. La libéralisation économique et financière ne peut se produire avec un taux de change fixe et une zone d’influence économique créée artificiellement. En fait, l’émergence de tensions apparues au sein du système monétaire international et les crises financières de ces dernières années portent à croire que le choix du régime de taux de change dépend du système d’engagements pris auprès des autorités monétaires. Et pourtant, la restriction de la liberté des pays de la zone franc dans le domaine de la politique monétaire ne protège pas du risque de dévaluation du franc CFA. Ainsi, dans les années 1990, faisant fi de la clause de découvert illimité, la France a ordonné la dévaluation du franc CFA. Avant la dévaluation, 1 franc français s’échangeait contre 50 francs CFA. En 1994, après la dévaluation, 1 FF s’échangera contre 100 FCFA. Les autorités françaises sont pourtant arrivées à faire croire que le taux de dévaluation était de 50%, alors que nous venions de subir une dévaluation de 100% !

Après l’abandon du système, quel avenir monétaire proposez-vous aux pays africains du point de vue monétaire ?

Etant donné les enjeux, il est nécessaire d’entreprendre des réformes financières et monétaires. La monnaie doit être au service de l’économie. Elle doit s’adapter au contexte économique actuel. A cet effet, il faut permettre aux pays de se prémunir contre les chocs asymétriques, d’améliorer la convergence et l`ajustement macroéconomiques et de financer le développement.

Il est vital aujourd’hui que le franc CFA acquière une autonomie, qu’il se libère du joug colonial. Il est grand temps que les pays africains assument les conséquences d’une politique macroéconomique librement choisie. Il n’y a pas de secret. Il suffit que nous décidions de nous choisir nos politiques et d’en assumer la responsabilité. La liberté n’a de sens que si elle est assortie de responsabilité. Une fois la rupture accomplie, les pays de l’ex-zone franc devront créer leur propre système basé sur des principes simples : accès direct aux marchés internationaux sans tuteur, c’est-à-dire la France, mise en place d’un système fiscal simple sans règles d`imposition incompréhensibles, taux de changes flexible par rapport aux principales monnaies. Pour atteindre cet objectif, les pays concernés ont deux possibilités. La première consisterait à créer des monnaies nationales indépendantes, avec une parité flexible comme les monnaies de l’Union européenne avant l’introduction de l’euro. Cette solution peut fonctionner uniquement si les banques sont privées et indépendantes et que les banques centrales ont la liberté de mettre en œuvre des politiques monétaires crédibles. La deuxième option, c’est que les pays africains s’unissent et créer une monnaie commune, mais cela suppose un gouvernement unique, contrôlée par une banque centrale unique et indépendante du pouvoir politique, ainsi qu’une politique économique monétaire et budgétaire uniques. Quelle que soit la solution adoptée, les États doivent être démocratiques. Ils doivent indiquer clairement à leurs citoyens leurs droits de propriété et leur accorder la liberté de décider s’ils veulent hypothéquer ces droits. Tout commence avec l`attribution du droit de propriété aux citoyens, un droit qui les fera émerger de la pauvreté. Le libre échange fera le reste.

En 2005, vous avez publié un livre intitulé  » Les servitudes du pacte colonial « . Pourriez-vous expliquer brièvement le sujet de cet ouvrage et le message qu’il transmet ?

L’objectif de ce livre était de faire connaître au public le  » pacte colonial « , fondement des accords de coopération franco-africains. Il s’agit d’un modèle institué par la France sous de Gaulle à la veille de l`indépendance des Etats d’Afrique francophones, destiné à contrôler indirectement les affaires de ces pays de manière subtile, sans apparaître en première ligne comme pendant la longue période coloniale. Le livre publie les textes utilisés pour organiser les interventions de l’Etat français, malgré la fin de l’époque coloniale dans les années 1960. Selon ce pacte colonial, les présidents des Etats d’Afrique francophone doivent diriger leurs pays en fonction des intérêts de Paris. L’indépendance s’est donc résumée au transfert de compétences de l’Elysée aux chefs d’État africains, qui doivent faire acte d’allégeance à la France, et non aux peuples qu’ils gouvernent. Paris se charge de leur dicter les politiques à adopter. Ce livre révèle comment les accords de Défense sont en réalité que des accords commerciaux obligeant les Etats d’Afrique francophone à conserver des bases militaires françaises sur leur sol, avec des soldats prêts à intervenir pour chasser les dirigeants récalcitrants afin de les remplacer par des individus plus dociles. Dans ce livre, on découvre que la France détient un monopole sur toutes les matières premières de l’Afrique francophone. On apprend comment la France a pris des mesures pour s’assurer qu’elle conserverait toutes ses prérogatives coloniales après avoir accordé « l’indépendance » aux pays africains. Par le biais de ce pacte colonial, la France est demeurée omniprésente en Afrique francophone et a conservé les avantages d’hier. Paris a confisqué la véritable indépendance des pays d`Afrique francophone.

Nous nous devons de dénoncer collectivement ce pacte colonial. Lors de sa visite au Sénégal en juillet 2007, le fraîchement élu président français Nicolas Sarkozy a reconnu que la colonisation était un crime contre l`humanité, mais a refusé de se repentir. Les Africains doivent dénoncer tous les accords et systèmes qui éloignent l’Afrique des marchés. Le pacte colonial constitue une violation du droit de propriété africain.

Etes-vous parvenu à transmettre ce message à travers ce livre ?

Je pense que oui. Je voulais partager mes convictions avec un grand nombre d’Africains. Et d’amis de l’Afrique, afin qu’ils soient dans une meilleure position pour mesurer les dangers du pacte colonial, du contrôle de l’Etat, et surtout de prendre conscience que la gestion de l’économie sous l’emprise du pacte colonial est une source de pauvreté dans nos pays. Nous ne voulons pas l’aumône ; notre problème n’est pas le manque d’argent. Je suis convaincu que nous devons avant tout revendiquer clairement nos droits de propriété sur nos terres et nos ressources, qui ont été aliénées par les colons, et dont le pacte colonial nous dépossède aujourd’hui`hui. Enfin, je voulais dire que l’Afrique a un besoin urgent de libertés individuelles, d’un contrôle de l’Etat limité, de marchés libres, d’une société ouverte et de la paix, qui ne peuvent exister que si la liberté économique et politique est respectée.

In New African Magazine, Janvier 2008

Adresse à la Haute attention du peuple de Côte d’Ivoire : Comment Ouattara veut construire une autocratie

Ces derniers temps, le débat sur l’existence ou l’inexistence de l’Assemblée Nationale de Côte d’Ivoire a repris de plus belle et s’est accentué cette semaine avec la déclaration faite par le Président de la République à son retour de la session de l’Assemblée Générale en cours de l’Organisation des Nations Unies.

L’affirmation selon laquelle il importe de prendre des mesures diligentes pour « la mise en place de cette importante institution (l’Assemblée Nationale) dont les pouvoirs ont expiré depuis 2005 » appelle de notre part des commentaires de deux ordres, l’un juridique, que nous voudrions rappeler brièvement, et l’autre pratique.

Loin de nous toute idée de relancer la polémique, mais il est un devoir impérieux pour nous d’éclairer objectivement l’opinion publique tant nationale qu’internationale afin que le droit soit dit une fois pour toutes et que la démocratie ivoirienne y gagne pour l’avènement de l’Etat de droit que nous appelons tous de nos vœux.

I. Sur le plan juridique, le Président de la République a tort

La durée de la législature est de cinq ans. Ni la Constitution, ni le Code Electoral, encore moins le Règlement de l’Assemblée Nationale ne limitent le nombre de mandats des députés. Bien qu’élu dans une circonscription et éventuellement avec le parrainage d’un parti politique, le député est investi d’un mandat national non impératif. Le mandat des députés, indépendamment de son échéance normale, peut être abrégé.

Aux termes de l’article 59 de la Constitution, la durée de la législature est de cinq ans ; les pouvoirs de l’Assemblée Nationale expirent à la fin de la deuxième session ordinaire de la dernière année de son mandat.

En application des dispositions ci-dessus, les pouvoirs de l’Assemblée Nationale élue en 2000 et dont la législature a été ouverte le 22 janvier 2001, expiraient le vendredi 16 décembre 2005.

Mais cette législature qui devait durer cinq ans, est encore en place jusqu’à ce jour. Quelles en sont les raisons ?

La réponse à cette question doit être à la fois recherchée dans la lettre et l’esprit de l’alinéa 4 de l’article 59 de la Constitution, et également dans l’avis du Conseil Constitutionnel de décembre 2005 sur la prorogation du mandat de l’Assemblée Nationale.

Selon l’alinéa 4 de l’article 59 de la Constitution, les élections législatives ont lieu 20 jours au moins et 50 jours au plus avant l’expiration des pouvoirs de l’Assemblée Nationale.

L’expiration des pouvoirs de l’Assemblée Nationale élue en 2000 devant prendre fin le 16 décembre 2005, l’élection des nouveaux députés aurait du intervenir 20 jours au moins et 50 jours au plus avant le 16 décembre 2005, soit entre le 27 octobre et le 26 novembre 2005.

L’élection n’étant pas intervenue, les pouvoirs de l’Assemblée Nationale ne pouvaient prendre fin.

Il résulte de ce qui précède que l’élection des nouveaux députés doit impérativement avoir lieu avant l’expiration du mandat des députés en cours.

La lettre de l’alinéa 4 de l’article 59 de la Constitution est confirmée par la pratique constante de l’élection des députés depuis 1960.

II. Malgré l’avis du Conseil Constitutionnel, le Président OUATTARA viole la loi

Le débat sur les pouvoirs de l’Assemblée Nationale au-delà de décembre 2005 a été soulevé en son temps et le Conseil Constitutionnel saisi à cet effet a rendu un avis concluant au maintien de ladite institution dans ses prérogatives jusqu’à l’élection des nouveaux députés.

Abréger le mandat parlementaire en cours pourrait être interprété comme une violation des dispositions constitutionnelles et légales préjudiciable à l’avènement de l’Etat de droit prôné par le Président de la République, Son Excellence Monsieur Alassane OUATTARA.

Il conviendrait en conséquence de laisser vivre l’Assemblée Nationale pour donner toute plénitude au pouvoir nouvellement élu de prendre les dispositions diligentes pour convoquer le collège électoral en vue du renouvellement de ladite Assemblée Nationale.

La fin prématurée du mandat parlementaire ne peut intervenir que dans les cas suivants : démission, déchéance, décès ou acceptation de certaines fonctions, notamment gouvernementales. Le cas d’espèce ne correspond à aucune prescription constitutionnelle et réglementaire.

Au surplus, contrairement aux législations prescrivant les motions de censure du parlement à l’encontre du gouvernement ou de dissolution du parlement par l’exécutif, le système institutionnel ivoirien, qui est un régime de séparation des pouvoirs, n’autorise nullement l’exécutif, donc le président de la République, à abréger le mandat parlementaire.

Au-delà de l’aspect juridique qui peut donner lieu à de multiples interprétations, la réalité quotidienne finit par convaincre les plus sceptiques et vide le contentieux actuel.

III. Sur le plan pratique, le Président OUATTARA saborde les fondements de son pouvoir

Si nous convenons que l’argumentation juridique ci-dessus doit être balayée du revers de la main et que nous abondons dans le sens de l’inexistence de l’Assemblée Nationale depuis le 16 décembre 2005, que faire des quarante (40) lois qui ont été adoptées par l’Assemblée Nationale du 16 décembre 2005 à décembre 2010 et dont certaines fondent la légitimité du pouvoir actuel et son action ?

• Loi n° 2006-12 du 22 février 2006 relative à la prorogation du mandat des membres des organes des collectivités territoriales décentralisées.

C’est cette loi adoptée le 16 février 2006 qui a permis de proroger le mandat des maires, conseillers généraux et conseillers municipaux et sur laquelle le Président OUATTARA s’est fondé pour nommer le Gouverneur du District d’Abidjan et le Gouverneur du District de Yamoussoukro.

• Loi n° 2007- 502 du 31 Mai 2007 autorisant le Président de la République à ratifier le protocole relatif à la création du Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union Africaine.

C’est bien la loi adoptée par l’Assemblée Nationale au cours de sa séance publique du jeudi 24 mai 2007 qui a permis de ratifier le protocole portant création du Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union Africaine dont l’action conduite par un Panel de haut niveau a été déterminante dans la reconnaissance internationale de la victoire à la dernière élection présidentielle du candidat Alassane OUATTARA.

Sans la ratification par la Côte d’Ivoire dudit protocole, « le gouvernement illégitime de Laurent GBAGBO », selon les propres termes du vainqueur de l’élection présidentielle, aurait pu récuser l’intervention de l’instance de l’Union Africaine chargée du règlement des conflits en Afrique.

• Loi autorisant le Président de la République à ratifier le seizième protocole consolidé à la déclaration du fleuve Mano

C’est sur le fondement de cette loi, adoptée par l’Assemblée Nationale le 29 juillet 2009, que le pouvoir actuel a pris part aux dernières réunions de l’organisation des pays riverains du fleuve Mano, dont les travaux ont permis au Gouvernement actuel d’arrêter avec les autres membres de l’organisation des dispositions pour la sécurisation de la frontière ouest de la Côte d’Ivoire.

• Loi organique fixant les attributions, l’organisation et le fonctionnement de l’organe de médiation dénommé le « Médiateur de la République ».

Bien que le Médiateur de la République soit prévu par la Constitution, il a fallu l’adoption par l’Assemblée Nationale de la loi organique fixant les attributions, l’organisation et le fonctionnement de l’organe dénommé le « Médiateur de la République » le Jeudi 25 Juillet 2007 pour que cet organe puisse valablement fonctionner. Et c’est bien cette loi qui a permis au Président Alassane OUATTARA de nommer Monsieur N’golo COULIBALY, son camarade, ami et frère, au poste de Médiateur de la République en remplacement de Monsieur Mathieu EKRA, vieux compagnon de Félix Houphouët-Boigny.

• Loi n° 2007-669 du 27 décembre 2007 portant statut du corps diplomatique

L’un des premiers actes posés par le Président Alassane OUATTARA avant sa prestation formelle de serment au palais présidentiel a été de nommer et accréditer des Ambassadeurs dans certains pays du G8. Ces Ambassadeurs et ceux nommés postérieurement sont régis par la loi n° 2007-669 du 27 décembre 2007 portant statut du corps diplomatique. Cette loi a été adoptée par l’Assemblée Nationale le jeudi 20 décembre 2007.

Cette liste de textes, fondant la légitimité et l’action du Président de la République et du gouvernement actuels et qui n’est pas exhaustive, marque bien clairement que l’Assemblée Nationale de Côte d’Ivoire a continué d’exister au-delà du 16 décembre 2005. L’activité de cette institution traitée avec beaucoup de mépris a permis à l’Etat de Côte d’Ivoire de continuer à remplir ses obligations internationales.

L’existence juridique de l’Assemblée Nationale est un fait établi. Toute autre affirmation ne saurait être admise, à moins que l’on veuille remettre en cause tout ce qui a été fait et se fait sur le fondement des lois adoptées par l’Assemblée Nationale et promulguées depuis le 16 décembre 2005.

Le Président de l’Assemblée Nationale

Mamadou KOULIBALY

Fait à Abidjan, le 28 septembre 2011

Entretien avec Mamadou Koulibaly : « Je suis parti du FPI pour organiser une opposition en face de Ouattara »

Le quotidien d’information béninois Aube Nouvelle a interviewé Mamadou Koulibaly, transfuge du FPI et Président du Lider (Liberté et Démocratie pour la République).

Mamadou Koulibaly est l’une de ces personnalités politiques qu’on ne présente plus en Côte d’Ivoire. Agregé d’Economie à 27 ans, cet universitaire Djoula originaire du Nord de la Côte d’Ivoire et actuel Président de l’Assemblée nationale ivoirienne est l’un des caciques du régime défunt à Abidjan.

C’est à lui d’ailleurs que sont revenues les rênes du parti présidentiel, le Front Populaire Ivoirien (FPI) quelques jours après la chute de Laurent Gbagbo. Mais coup de théâtre, il démissionne avec fracas de la tête du parti et quitte le FPI. Mamadou Koulibaly déterminé a apporté sa pierre dans l’édification d’une nouvelle Côte d’Ivoire, a porté, la semaine dernière, sur les fonts baptismaux son propre parti politique dénommé : Lider (Liberté et Démocratie pour la République) dont il est le président. Dans cet entretien exclusif qu’il a bien voulu nous accorder, il répond à nos questions sans langue de bois et sans rien perdre de sa réputation de bouillant homme politique. Sans tabou, il parle de Laurent Gbagbo, du FPI et des raisons de la chute de son régime sans épargner les nouvelles autorités de la Côte d’Ivoire notamment Ouattara. Africaniste bon chic bon genre, Mamadou Koulibaly croit dur comme fer que sans briser les frontières tribales, le mal qui a amené la Côte d’Ivoire à la décadence guette aussi les autres pays africains. Avec son parti, Lider, il propose une nouvelle alternative à son pays et ceci au-delà des clivages ethnicistes et tribaux. Interview…

Aube Nouvelle : Professeur Mamadou Koulibaly, vous êtes Professeur agrégé d’économie à l’université de Cocody à Abidjan, Président de l’Assemblée Nationale de Côte d’Ivoire, on vous présente comme un grand promoteur de la pensée libérale classique. Vous avez récemment démissionné du Front Populaire Ivoirien, alors que vous venez d’être porté à la tête de ce parti après la chute du régime de Laurent Gbagbo. Pourquoi cette démission ? Est-ce pour exprimer une déception personnelle ?

Mamadou Koulibaly : Merci bien pour la question. J’ai été pendant 20 ans membre du Front populaire ivoirien et ces dix dernières années, je me suis efforcé d’attirer l’attention de mes camarades sur le sens de notre combat, sur l’orientation de notre combat, sur les déviances qui étaient préjudiciables à notre ligne de conduite et à la vie des militants ; malheureusement je n’ai pas été entendu ; j’ai même été combattu parce que revenir à la ligne originelle du FPI gênait pas mal de monde, nous étions au pouvoir et il était question que nous puissions y rester et on ne pouvait se permettre de dévier sans conséquences. Malheureusement les élections sont venues et m’ont donné raison. Ce qui a provoqué mon départ, est que malgré les mises en garde que j’avais pu faire à mes camarades, non seulement on ne m’a pas écouté mais on est allé droit dans le mur. Malgré cela, j’ai essayé d’attirer leur attention sur une orientation que nous pouvions donner à l’opposition une fois que le Président Gbagbo avait été arrêté. Et là encore, je me suis retrouvé mis en minorité au sein de la haute direction du parti qui avait été décapité. Certains voulaient que nous attendions tranquillement que Laurent GBAGBO revienne de sa prison pour nous dire ce qu’il y a à faire. Et moi je pensais que c’étaient nous les hommes et les femmes qui n’étions pas en prison qui pouvions libérer Gbagbo. Entre les deux attitudes, j’ai compris qu’il était difficile pour moi de faire comprendre ma position aux autres. Le parti avait alors trois autres têtes en plus de celle de la direction officielle que je dirigeais à Abidjan. Il y en avait une à Paris et deux à Accra. Il m’était impossible de diriger une telle machine à quatre têtes. Et comme j’avais envie de mettre une opposition forte, une opposition crédible et combative en face de Ouattara, j’ai décidé de démissionner pour créer un parti dénommé : Liberté et Démocratie pour la République (Lider). C’est d’autant plus triste qu’après 20 ans il ne m’était jamais venu à l’esprit qu’un jour je serais parti du FPI mais nous refusons de tirer les leçons de nos erreurs. Il est difficile pour moi qu’après cette crise là, le FPI qui a dirigé la Côte d’Ivoire pendant 10ans, qui pendant 10ans n’a fait aucun congrès de renouvellement de ces structures, pendant 10 ans a géré une crise sans méthode, en soit arrivé à ne pas vouloir faire de bilan, tirer les leçons et construire des perspectives. Il est difficile de construire tant qu’on ne peut pas faire de bilan. Nous sommes allés aux élections sans désarmement alors que dans les accords qui conduisent à la paix, il était nécessaire de faire le désarmement ; nous y sommes allés sans réunification du pays, nous sommes allés aux élections sans qu’il y ait unicité des caisses de l’Etat de Côte d’Ivoire, nous sommes allés aux élections sans redéploiement de l’administration officielle ; toutes ces erreurs là ont fini par nous faire perdre les élections. Il suffisait juste que nous nous réunissions , que nous tirions les leçons, que nous présentions des excuses aux militants, que nous reconnaissions que, en tant que direction nous n’avons pas été à la hauteur et que les militants nous pardonnent et que nous reformulions de nouvelles orientations du parti dans un contexte d’opposition et que nous nous réengageons dans le sens de ce combat. Mes camarades ont trouvé que c’était trop demander et qu’en l’absence de Gbagbo, il n’était pas possible que nous fassions tout cela. Et pour moi, il était difficile de continuer le combat sans bilan. Je suis parti pour tenter d’organiser une opposition en face de Ouattara et c’est ce que je fais.

A.N : Vous venez de créer votre propre parti que vous avez appelé « Lider » et qui s’assigne pour mission la défense des libertés. Doit-on déduire qu’ il n’ avait-il pas de liberté au sein du FPI ? Qu’est-ce qui fera la différence entre votre parti et les nombreux autres qui occupent le paysage politique ivoirien ?

M. K. : Oui, il y a un peu de cela dedans. Le parti s’appelle « Lider » entendez : Liberté et Démocratie pour la République. C’est un parti qui va organiser un plaidoyer en faveur des libertés individuelles, des libertés politiques, la liberté d’entreprise, la liberté de penser, la liberté de culte, de toutes les libertés pas seulement pour la classe politique mais pour tout les citoyens dans une atmosphère d’état de droit et pour la défense des principes de la République. Nous voulons allumer la flamme de la liberté dans le cœur des ivoiriens pour qu’elle devienne l’esprit vital de chacun d’entre eux et qu’ainsi, ils deviennent généreux et acceptent de se supporter les uns les autres et cessent de se battre entre eux pour tout et pour rien. Au FPI nous avons l’habitude de défendre la liberté. Cela fait 20 ans que nous célébrions la fête de la liberté mais nous ne sommes pas arrivés à franchir le pas pour promouvoir les libertés individuelles, la liberté de contrat, la liberté d’entreprise. Nous avons souvent vu des privatisations « gré à gré » que nous avions critiqué souvent sous Ouattara quand il était premier ministre mais une fois au pouvoir nous aurions dû, au nom de la liberté faire des privatisations, utiliser les principes du marché par appel d’offre internationales, nous n’avons pas été capable de cela alors que c’est au nom de l’économie sociale de marché que nous avions gagné les élections de 2000. Il y a beaucoup de manquement que nous avions eu par rapport à la liberté, et Lider aimerait bien renouer avec ces principes fondamentaux de la vie démocratique, des principes qui ont justifié l’engagement de beaucoup de personnes aux côtés de Laurent GBAGBO à l’époque pour la promotion de la démocratie en Côte d’Ivoire.

A.N. : Que répondez-vous à ceux qui pensent que vous êtes parti du FPI pour aller rejoindre vos frères du nord ?

M. K. : J’ai entendu cela mais il ne faut pas prendre ça très au sérieux. Avant même mon départ du FPI certaines voix du parti se plaisaient à me traiter avec les plus grossières inconvenances Si je devrais aller rejoindre mes frères du nord, je ne serais jamais allé militer au FPI. Ouattara était déjà premier ministre en Côte d’Ivoire quand j’étais jeune prof à la fac, ce n’est pas l’occasion qui a manqué pour m’attirer autour de lui. Mais la perception que j’ai de la politique n’était pas du tout la même que ce que je voyais faire. C’était dans les années 90. Malgré cela je suis allé au FPI. Ouattara est revenu opposant à Bédié puis à Gbagbo Laurent, je ne suis pas allé rejoindre mes frères du nord. Ouattara est devenu Président de la République aujourd’hui, je me demande bien pourquoi ils pensent que j’irai rejoindre mes frères du nord. Ceux qui disent ça sont un peu choqués de la défaite du FPI et du Président Gbagbo et ne sont pas encore arrivés à comprendre ce qui nous est arrivé. Voyez-vous, la classe politique ivoirienne a cristallisé le débat par manque d’idées, par manque d’innovations, par manque de vision et de conviction republicaines, et le débat se résume facilement à des questions tribales. Ce qui fait que des gens comme Koulibaly, nordiste, musulman et dioula se retrouve au FPI un parti de Bété, des gens de l’ouest prétendus « anti-dioula » comme le disent aussi mes détracteurs, ne peut être traité que comme un scélérat. Les nordistes qui eux sont considérés comme tous membres de la grande famille des nordistes au RDR chez Ouattara ; les akans, les baoulés, tous les gens du sud qui se disent akans sont considérés comme Akans au PDCI autour de Bédié ; et la classe politique s’est polarisée. On est soit akan avec Bédié, soit quelqu’un de l’ouest avec Gbagbo soit quelqu’un du nord avec Ouattara. Et c’est une politique de tribalisation qu’une bonne partie de l’élite ivoirienne a intégrée. Et ceux qui sont aussi bien au FPI que dans les autres partis et qui sont imbibés par cette grille de lecture, n’ont jamais compris et peut être même accepté que Mamadou Koulibaly musulman du nord ne soit pas au RDR mais plutôt au FPI, un parti supposé de chrétiens de l’ouest. Et pour ces personnes, quand ce sont les gens du RDR, des nordistes qui le disent « je suis un scélérat, un vendu, un traitre à la cause des sudistes », quelqu’un qui est perdu donc un gars à abattre parce qu’il a fait le choix d’aller militer dans un parti qui est anti-nordiste. A l’époque on me présentait comme le dioula de service chez les gens de l’ouest. Pour ceux du FPI même qui me regardent, j’ai jamais pensé qu’ils seraient allés jusqu’ à me le dire fortement, mais à différents moments il m’a été rappelé que j’étais là juste pour donner une coloration nordiste à la chose qu’ils avaient, à leur pouvoir. J’ai entendu cela même à des réunions officielles. Ce sont les mêmes qui disent que Affi Nguessan qui est un akan, est là pour donner une coloration akan au parti de l’ouest. koulibaly est là pour donner une coloration nordiste au parti de l’Ouest mais le fond du parti reste de l’ouest. Cela n’a jamais été ma conception. Je ne suis pas allé au FPI parce que je cherchais à représenter un groupe ethnique au sein d’un parti. J’y suis allé parce que le FPI avait une vision à l’époque, le FPI avait des valeurs, le FPI avait un idéal. Je serai porté à m’accrocher aux questions ethniques que je ne serais pas allé militer au FPI. Pour ceux qui ont une grille de lecture tribale, il faut les inviter à sortir de cette grille de lecture. Koulibaly n’est pas le représentant d’un groupe ethnique nulle part, il n’a jamais prétendu à cela, il ne militera jamais dans un parti pour des raisons ethniques. Malheureusement avec la crise post électorale, je me suis rendu compte que beaucoup était au FPI pour des raisons tribales et n’avaient aucune conviction politique, aucune vision politique, mais ils y étaient parce qu’ils sont du village de Gbagbo, ou de la région de Gbagbo ou du département de Gbagbo. Et ils ne comprennent pas qu’au FPI il y ait d’autres personnes qui ne soient pas présentées de cette façon là. Et que toutes les personnes de l’ouest ne sont pas venues au FPI pour des raisons tribales. De même que de nombreux autres militants de ce parti qui partageaient un même idéal que Laurent Gbagbo. C’est une très mauvaise analyse, une faiblesse psychologique et une faiblesse politique. Heureusement ils ne sont pas nombreux ceux qui pensent ainsi. C’est d’ailleurs ce qui a perdu le FPI. On aurait pu continuer notre lancée comme un grand parti si le tribalisme n’était pas venu gangréner le FPI au point de perdre le président GBAGBO qui s’est laissé emprisonner par un clan tribal.

A. N. : Depuis l’arrestation du Président Laurent Gbagbo, l’avez-vous revu ?

M. K. : Non. Je n’ai pas pu. J’ai essayé quand j’étais encore au FPI. Chaque fois que j’ai eu l’occasion de parler aux autorités au pouvoir, on m’a dit qu’il fallait attendre, que c’était trop chaud pour le faire, que les procédures étant en cours qu’il fallait attendre. On me dit d’attendre. Et maintenant que je ne suis plus au FPI peut-être qu’on ne jugera même plus utile de me laisser le rencontrer. Mais j’aimerais bien rencontrer Laurent GBAGBO pour savoir quelle est sa lecture de la situation actuelle, quels sont ses regrets, quelles sont ces analyses par rapport à tout ce qui s’est passé, lui faire part de toutes les tentatives que j’ai pu faire en son absence pour réorganiser le FPI et de toutes mes déceptions par rapport à cette réorganisation et mes perspectives que je trace avec le nouveau parti et puis savoir ce qu’il pense de tout ça. Je continue de me battre pour pouvoir obtenir l’amélioration de ces conditions de détention et surtout un traitement digne et équitable par la justice qu’elle soit locale ou internationale, à défaut d’obtenir sa libération pure et simple. Laurent Gbagbo et les autres prisonniers de guerre de Ouattara ne doivent pas subir une vengeance justicière. Un justice des vainqueurs. Lider s’opposera à ce type de traitement.

A. N. : Professeur Mamadou Koulibaly, vous qui avez vécu de près les derniers événements en Côte d’Ivoire, Comment entrevoyez-vous la reconstruction de ce pays ?

M. K. : Je pense que ça va être une reconstruction difficile. Parce que la classe politique reste fortement imbibée dans le tribalisme. La classe politique reste fortement imbibée dans la division ethnique, fortement imbibée dans la division régionale. Or tant qu’il en sera ainsi, les haines vont continuer et il est difficile de faire la reconstruction avec des personnes haineuses. Ce que je crois, c’est que politiquement les choses sont en train de revenir progressivement en l’état On entend de moins en moins des coups de feu, il y a encore des exactions graves de temps à autre, mais le taux est en train de baisser. Et nous avions, il y a un mois, de nombreux barrages un peu partout sur le territoire et en particulier à Abidjan, le nombre de barrages a fortement diminué, mais les guerriers des forces républicaines sont encore dans les rues avec des armes , les policiers et les gendarmes n’ont pas encore correctement repris fonction dans les commissariats et les gendarmeries, la police judiciaire, la police criminelle, les différentes branches de la police civile ne sont pas encore en place, et il y a donc des poches d’insécurité et d’exécutions extra judiciaires un peu partout sur le territoire national. Et tant qu’il y aura ces poches d’insécurité, je doute fort que des entreprises veuillent s’installer, que les libertés individuelles puissent être exercées, je doute fort que la relance puisse se faire malgré les milliards de francs qui sont promis. A côté de cela, il y a le gouvernement lui-même, le président Ouattara fonctionne en hyper président. Il gouverne par décrets et ordonnances, il décrète la dissolution de l’Assemblée Nationale sans prendre de texte formel mais de façon totalement illégale. Il adopte un budget de 3.050.milliards prélevés dans les poches des ivoiriens sans avoir leur consentement par quelque représentant que ce soit mais simplement par ordonnance. Il nomme des membres du conseil constitutionnel en suivant une procédure totalement contraire à la constitution sur laquelle pourtant il à prêté serment. Tout cela n’est pas fait pour rassurer et la population, et la classe politique et la communauté internationale. J’espère qu’assez rapidement nous aurons les institutions mises en place pour aller vers l’état de droit. Pour le moment on est encore dans un état d’exception et il est toujours difficile de reconstruire dans un état d’exception. Mais le grand mal qui dirige tout ça, c’est la haine, une haine tribale, et Lider justement entend s’émanciper de toutes ces haines, entend proposer un cadre qui s’inscrirait à égale distance de tous ces pôles ethnicistes pour créer un rassemblement autour de la Côte d’Ivoire. Un rassemblement qui pourrait proposer aux ivoiriens une alternative crédible et pourquoi pas une alternance le plus rapidement.

A. N. : Quelles leçons les pays africains peuvent-ils tirer de cette crise qui a dévasté la Côte D’Ivoire ?

M. K. : Il est difficile de faire de la démocratie en se fondant sur les divisions ethniques. Lorsque les élites africaines, la classe politique africaine, s’émancipera des pièges du tribalisme et de l’ethnicisme, on aura déjà gagné. En Côte d’Ivoire, tout a commencé avec « l’ivoirité » et ça s’est terminé avec des guerres insensées, abominables qui ont fait d’énormes morts parce qu’on a tiré sur la fibre tribale pour coaliser les ethnies les unes contres les autres, et aujourd’hui on en paie le prix fort. Si les pays africains peuvent comprendre qu’ils peuvent faire de la politique sans se fonder sur des considérations ethniques, mais simplement en proposant des programmes fédérateurs à leurs peuples plutôt qu’en les divisant ethniquement pour pouvoir les commander, ce sera déjà un gros avantage. Rassembler pour gouverner est un principe bien meilleur que diviser pour régner. Cela c’est la première leçon. La deuxième, c’est l’état de droit. Par l’Etat, on entend gouvernement sorti des urnes, mais un état de droit doit s’entendre aussi au même sens qu’ « état de pesanteur » c’est-à-dire un Etat dans lequel le droit s’impose à tout le monde y compris les hommes politiques à commencer par le premier d’entre eux le Président de la République. Que les hommes politiques puissent comprendre qu’ils sont les serviteurs de la population et non les maîtres. Troisième leçon, comprendre que la parole donnée est importante. Lorsqu’on signe des accords et qu’on prend des engagements, le strict minimum qu’on demande à un homme politique qui veut faire respecter son leadership, c’est le respect de la parole donnée. Rouler les gens, faire des faux coups, des coups tordus est devenu un principe des classes politiques africaines. Quand on dit que tel est un bon politicien en Afrique, c’est qu’il a le génie des faux coups. Il faut que les cadres africains sortent de ce piège. On peut faire de la politique en respectant la parole donnée, en respectant la liberté de contrat. Et la dernière leçon que j’aimerais souligner, c’est de croire que la communauté internationale peut résoudre tous les problèmes des pays africains. C’est vrai que quand nous avons besoin d’aide pour financer le développement, nous nous adressons à la communauté internationale qui apporte l’aide publique, quand nous avons besoin de régler nos crises, nous nous adressons à la communauté internationale qui apporte les casques bleus, et les armées mises en place par le cadre du conseil de sécurité des nations unies, mais tout cela ne fait que nous enfoncer dans notre propre dépendance. Il est possible que si nous changeons nos comportements, notre façon de faire, que nous sortions de ce piège. Regarder en Somalie, on passe le temps à faire des guerres, et maintenant qu’il y a la famine on demande à la communauté internationale de venir aider, alors qu’il aurait suffi d’appliquer les principes de propriété privée des sols, de liberté de commerce des populations, de l’Etat de droit en Somalie, que ce pays aurait pu produire pour nourrir ces populations et même exporter ailleurs les surplus. Nos famines, nos guerres ne sont que les résultats des mauvaises politiques économiques, les mauvaises privations des libertés. La communauté internationale peut faire l’appoint mais ne peut jamais se substituer à nos solutions. Et ces solutions sont toujours humiliantes pour nous .

Ce qui s’est passé en Cote d’Ivoire a été humiliant pour Gbagbo Laurent, pour Mamadou Koulibaly, humiliant pour les militants du FPI, humiliant pour toute la classe politique ivoirienne, et humiliant pour les peuples africains. On peut tirer d’énormes leçons mais voilà quelques unes que je voudrais partager, les historiens et le temps se chargeront du reste.

A. N. : Vous avez lancé il y a deux ans Audace Institut Afrique ( AIA) , un « Think tank » qui propose une vision libérale du progrès et assure la promotion des droits humains et des libertés économiques. Quelles sont réellement les activités de cet institut ?

M. K. : Cette année le programme d’Audace Institut Afrique a été fortement perturbé par la crise ivoirienne Néanmoins des choses ont été faites, notamment l’audit des libertés économiques en Côte d’Ivoire. Nous entendons élargir l’audit des libertés aux pays francophones d’Afrique de l’ouest pour que progressivement, les populations, les élites, les intellectuels prennent conscience du degré de liberté économique des pays dans lesquels ils vivent, et que des solutions soient proposées pour améliorer les libertés économiques qui sont à la base de la prospérité des peuples. En plus de cela nous avons un institut qui fait du leadership, qui recrute des étudiants par leur assiduité, leur sérieux, pour former des activistes qui peuvent dans leur pays être à la disposition de la cause des libertés individuelles, la cause le l’économie de marché. L’institut part du principe que nos Etats sont en loque et qu’au lieu de nous battre pour les gérer il nous faut commencer par comprendre quel doit être la frontière de leurs actions. AIA forme les jeunes à cet esprit pour qu’ils comprennent que l’avenir est ouvert et que le futur ne leur est pas inaccessible. L’audace est enseignée dans cet institut pour renforcer la croyance des participants en leur propre liberté comme force de changement social en Afrique.

A. N. : Pour conclure cet entretien, un mot à l’endroit de la jeunesse africaine

M. K. : Merci pour cet entretien. Les jeunes africains devraient sortir de la désespérance et l’idée selon laquelle tout est perdu pour eux et qu’il faut aller au bout du monde la- bas chercher leur avenir. Je ne suis pas contre ceux qui vont à l’extérieur chercher leur avenir, je les encourage d’ailleurs à le faire. Mais en même temps il faut que les jeunes africains sachent que quel que soit l’endroit où ils sont, les portes ne sont jamais fermées. S’il leur arrive à un moment donné de désespérer de l’avenir, qu’il clique sur des liens qui sont à leur disposition à partir d’Audace Institut Afrique Qu’ils se disent qu’il y a un institut à Abidjan, il y en a d’autres en Afrique et dans le monde qui proposent une alternative qui sort de l’assistance, de l’étatisme, de la désespoir et qui ouvrent la porte de toutes les libertés que le monde offre aujourd’hui aux hommes. La mondialisation et les nouvelles technologies de la communication offrent d’énormes possibilités aux jeunes mais n’en profitent vraiment que ceux qui se forment correctement dans les grandes écoles et universités du monde. Ceux qui sont mal éduqués ou pas éduqués du tout en pâtissent en général. Les jeunes africains doivent se former car ils vivent dans un monde ou leur concurrent sur le marché du travail n’est pas le voisin de classe mais de nombreux autres jeunes là bas dans les universités américaines et chinoises et d’ailleurs dans le monde.

Propos recueillis par Eugène ABALLO pour AUBE NOUVELLE

Côte d’Ivoire : Mamadou Koulibaly, le 3e homme de la France

Depuis le mardi 11 Juillet 2011 dernier  ce qui était un secret de polichinelle pour les initiés est devenu réalité pour le commun des ivoiriens. Le Professeur Mamadou Koulibaly claque la porte du FPI qu’il a insidieusement voulu faire disparaître de la carte alors que son mentor politique le Président Laurent GBAGBO croupit dans les geôles du sieur dramane ouattara sous préfet fasciste d’Abidjan. Un parricide aurait voulu être commis qu’il n’y en aurait pas meilleure manière.  Le plus amusant ce sont les militants du rdr qui crient victoire croyant que ce qui se passe va affaiblir le Front Populaire Ivoirien dont  l’illustre fondateur Koudou Laurent GBAGBO est devenu un véritable produit marketing panafricain.

Le FPI n’existe plus de fait dans l’inconscient collectif de la grande majorité des ivoiriens tant la renommée du Président GBAGBO lui fait ombrage. Aujourd’hui on parle de pros GBAGBO et non de pros FPI. Le seul nom de GBAGBO suffit à déclencher des hystéries collectives y compris même parmi ses détracteurs les plus irréductibles donc pour des observateurs avisés l’acte de Mamadou Koulibaly devrait être passé pour perte et profit.

A part les aficionados de dramane ouattara qui veulent croire des inepties tout le monde sait que Mamadou Koulibaly joue pour lui depuis plusieurs mois. Si l’ambition du brillant Professeur d’économie est un acte louable en différents points ce qui pose problème c’est le timing et les fallacieuses raisons subjectives évoquées pour justifier ce qui s’apparente à un véritable acte de trahison doublé d’une lâcheté inouïe que seuls les fourbes peuvent justifier.  Non le Professeur Mamadou Koulibaly ne part pas pour les raisons qu’il évoque sinon il serait déjà parti depuis fort longtemps c’est-à-dire avant même les élections de 2010 et le monde entier lui aurait reconnu son courage, son honnêteté et sa probité morale tant exposée.  Non, non et non l’homme politique (numéro 3 de surcroit jusqu’au 11 avril du FPI, ensuite il est devenu numéro 1 par intérim jusqu’au 11 Juillet 2011)  qui est revenu à Abidjan avec l’aide des français, sous escorte française et qui a regagné son domicile comme si de rien n’était alors que ses camarades du parti étaient pourchassés, traqués et assassinés  à travers le pays ne dit pas toute la vérité au peuple ivoirien. Vérité que peu savent et que beaucoup ignorent. Mamadou l’intrépide universitaire et Président de l’assemblée nationale ivoirienne qui a héroïquement claqué la porte au nez et à la barbe du colon lors des assises de Marcoussis en janvier 2003 est mort depuis le mois de Janvier 2011 date de la première approche franche et directe de ses partenaires qui le portent aujourd’hui.  Mamadou est mort vive Koulibaly le 3è homme. Paris tente d’emprunter la voie du milieu pour préparer l’avenir mais hélas on l’a déjà découvert. Elle sera obstruée intellectuellement par la mise à nu de cet autre complot en cours. Comme dramane tout ceux qui seront soutenus par le colon seront frappés du sceau de la suspicion et  automatiquement combattus pour le seul bien être de notre peuple.

Paris prépare déjà l’après  Ouattara

Depuis fort longtemps dans sa guerre contre le Président Laurent GBAGBO, Sarkozy s’est rendu compte de l’impopularité de dramane ouattara mais a décidé de lui créer une adhésion artificielle afin de justifier le braquage électoral à venir sous l’égide de l’ONU comme cela s’est passé en Afghanistan pour Karzaï. Il fallait donc pour cela compter sur des erreurs du camp présidentiel comme l’acceptation de la répartition insensée des commissaires de la commission électorale mais surtout le principe des élections avant le désarmement réel des rebelles pros ouattara. Erreurs qui furent allègrement commises avec délectation et enthousiasme (c’est à se demander comment cela a pu être possible !!!) par le camp du Président GBAGBO. Malgré cela les français ont prévu un 3è homme qu’ils ont trouvé en la personne du Professeur Mamadou Koulibaly.  Vu l’état d’esprit du type il fallait trouver une méthode d’approche intelligente. Là aussi les français qui ont apprivoisé l’entourage du Président GBAGBO mieux que lui-même n’ont pas eu trop longtemps à attendre tant Mamadou Koulibaly a été maltraité et marginalisé par ses camarades du parti. Le cocktail explosif prêt il fallait maintenant le moment et la période post électorale fut donc mise à profit pour porter le coup fatal à la liaison GBAGBO-Koulibaly.

Exilé volontaire au Ghana dès le lendemain du 2è tour remporté  par le Président GBAGBO contre la volonté intrinsèque de Sarkozy (passage sous silence des exactions commises dans le nord sur les observateurs de l’union européenne pour les besoins de la cause), des approches détournées ont minutieusement préparées Mamadou KOULIBALY à l’idée que son heure est venue de voler par ses propres ailes. Nous éviterons à nos lecteurs les tenants et aboutissants des tractations  mais qu’ils sachent que celles-ci finirent par aboutir à la décision du Professeur d’agir dorénavant pour lui-même avec l’aide de ses nouveaux amis. Voici comment un autre brillant intellectuel africain est tombé dans l’escarcelle des français pour la énième fois de l’histoire.

Le 3è homme cueilli il fallait mettre en place la stratégie d’acceptation de ce qui ne paraissait pas évident aux non avertis. Voilà ce qui explique les errements contradictoires du Professeur KOULIBALY depuis son retour d’accra. Tout ceci n’avait qu’un seul but. C’est-à-dire Mamadou KOULIBALY quitte GBAGBO et crée son parti (alors qu’il criait partout qu’il ne crée pas son parti par manque d’argent, le voici 3 semaines plus tard avec un parti en gestation, apparemment DIEU lui a fait tomber l’argent du ciel!!!). Le parti à venir n’a pour seul objectif que de permettre à KOULIBALY de remplacer ouattara à très court terme à la tête de l’état car les français savent qu’il sera difficile au sous préfet de tenir 5 ans à la tête du département ivoirien.  Tous les dramanistes heureux devraient donc se raviser car tout ce qui brille n’est pas de l’or dit un adage bien connu de tous. Comme disent les anglophones WAIT AND SEE !!!!!!!!

Michel LEFEBVRE

M. Koulibaly : Ouattara, c’est 3050 milliards du budget sans l’aval de l’Assemblée Nationale

Alors que le microcosme ivoirien bruisse des rumeurs de restructuration du Front populaire ivoirien, et qu’Alassane Dramane Ouattara brade les fleurons économiques et industriels aux entreprises françaises, Mamadou Koulibaly, président de l’Assemblée nationale et leader de l’opposition, s’exprime sur les sujets cruciaux et rappelle à l’ordre un Alassane Ouattara qui, à peine investi, s’est déjà mué en satrape hors-la-loi.

Un entretien sans fard et constructif, qui augure d’une opposition salvatrice dans un pays à la dérive.

Vous êtes d’ordinaire très critique à l’égard du Fpi. Peut-on globalement dire que les 10 années de gestion du Fpi ont été profitables à la nation ?

Le bilan du FPI est difficile à dresser lorsque l’on sait que dès son arrivée au pouvoir Laurent Gbagbo a opté pour un partage du pouvoir avec les partis d’opposition. Ce partage a ensuite été «institutionnalisé» par les accords de Marcoussis et le FPI a été nettement minoritaire dans les gouvernements qui se sont succédé avec de surcroît des premiers ministres d’opposition. Dans ce contexte, il est difficile d’appliquer un programme et d’avancer efficacement. Sûrement, ce constat est un point positif puisqu’il nous a permis aujourd’hui de refuser d’entrer au gouvernement pour laisser une chance à la nouvelle équipe de mettre en place en toute responsabilité sa politique. Il est important que la notion de responsabilité émerge enfin dans le pays. Le partage du pouvoir n’est non seulement pas propice à cela mais va contre la démocratie même qui nécessite des contre-pouvoirs pour exercer un contrôle sur les dirigeants en place. Si nous partageons tous «le gâteau», plus personne ne contrôle rien et chacun rejette les responsabilités sur l’autre.

Je crois cependant qu’il est important de souligner les actions positives de la politique de refondation du FPI. La Côte d’Ivoire n’a pas connu une seule crise que l’on appelle la crise postélectorale. Elle en a connu plusieurs, dont une que l’on a tendance à oublier. C’est la sévère crise économique des années 80 dont les effets sont encore vivaces de nos jours. Quand nous sommes arrivés au pouvoir en 2000, la Côte d’Ivoire était en faillite avec un taux de croissance du Produit Intérieur Brut (PIB) négatif de -3%. Au moment où nous partions aux élections en octobre dernier, la Côte d’Ivoire avait un taux de croissance du PIB de près de 4%. C’est-à-dire qu’entre 2000 et 2010, nous avons fait un bond de 7 points. Aucun pays au monde, dans une situation de crise comme celle de la Côte d’Ivoire n’a jamais réalisé une telle performance. Et ça été bien pour la Nation en construction.

En ce qui concerne la démocratie, le FPI a à son actif l’élection démocratique de Laurent Gbagbo en 2000. Aussi imparfait qu’ait été le scrutin, il est arrivé au pouvoir par les urnes et cela était un pas en avant après les pages noires de la bataille de la succession d’Houphouët puis du coup d’Etat de 1999. Et ça aussi a été bien pour la Nation en construction.

On peut également mettre à l’actif du FPI l’explosion de la libéralisation de la presse écrite. On a vu ces dernières années nombres de journaux de tous bords fleurir et s’exprimer librement. On ne peut pas dire que cela a fait du mal à la Nation en construction.

Le FPI a également aboli la carte de séjour qui avait été mise en place par le gouvernement Ouattara dans les années 90 et, contrairement à l’idée reçue que le FPI est xénophobe, c’est durant ces dernières années que le nombre de naturalisation a augmenté de manière exponentielle. Et cela a aussi été très bien pour la Nation en construction.

Il faut également souligner le travail réalisé dans le recul de la dette. Notons que la dette de la Côte d’Ivoire remonte essentiellement aux années 70, 80 et 90. C’est au cours de ces trois décennies qu’elle a connu une évolution fulgurante. De 100 milliards de francs CFA, équivalant à 17,7% du PIB en 1973, le montant de la dette est passé successivement à 2371 milliards, soit 75,6% du PIB en 1985 puis 8468 milliards, soit 136% du PIB en 1996. Il a donc fallu être économe et stratège pour faire reculer ce fléau. Grace à la discipline budgétaire, en mars 2009 la Côte d’Ivoire a pu être élue, pour la première fois, à l’initiative PPTE qui vise à annuler cet héritage empoisonné. Nous avions obtenu que les créanciers de la Côte d’Ivoire annulent, à partir de mars 2011, plus de 6400 milliards de francs CFA. Cette bonne gestion mérite d’être soulignée même si la guerre est venue retarder cette perspective. Et Ouattara ne peut construire que sur la base du point de décision obtenu en 2009 par le FPI auprès de la communauté des créanciers de son Etat. N’est-ce pas bien çà pour la Nation en construction ?

N’oublions pas également que sous l’action du FPI, l’organisation de l’Etat a connu une importante métamorphose par une promotion intensive de la décentralisation. Nous sommes passés de la vision du centralisme étatique des quarante premières années de notre Nation à une vision plus libérale où l’Etat concède aux populations la capacité de s’auto déterminer elles-mêmes dans certains domaines du développement local. Il reste encore du chemin à faire pour améliorer ce modèle décentralisé mais le principe a été posé durant cette dernière décennie. Et les populations ont apprécié nous les en remercions.

Il est vrai, comme vous le dites dans votre question, que je ne suis pas tendre avec le bilan du parti car je crois qu’il est inutile de masquer les dérives, mais il est tout aussi important de souligner les acquis et les actes que nous avons posés dans le sens de la démocratie et du progrès. Cela aussi raffermit la démocratie et le FPI est le seul parti capable de se le permettre pour le moment. L’autocritique ne peut faire que du bien à une Nation en construction.

Si tant est que le bilan de Gbagbo est aussi positif, pourquoi les Ivoiriens ne l’ont pas reconduit lors de l’élection du 28 novembre ?

Il y a tellement eu d’urgences à gérer et de négociations stériles après la tentative de coup d’Etat de 2002 et la rébellion qui l’a suivie que la communication dans le pays s’est limitée à la gestion de la crise et aux commentaires sur les accords successifs signés. La communication n’a pas été bonne puisqu’on a donné l’impression d’être dans une situation d’attente de la résolution de la crise, d’attente des élections, alors que cette attente n’était pas dépourvue d’aspects constructifs malgré les freins imposés par le gouvernement d’union nationale. Il faut dire qu’il est moins glorieux d’annoncer que l’on a fait des économies pour réduire le montant de la dette héritée de ses prédécesseurs que de contracter un énorme emprunt pour réaliser des routes, des hôpitaux, des écoles. La bonne gestion n’est pas très populaire car elle ne se voit pas.

De plus, nous avons commis la faute politique qu’il ne fallait pas: aller aux élections sans qu’il n’y ait eu application intégrale de l’accord de Ouaga. Nous sommes allés aux élections sans désarmement, sans redéploiement de l’administration, sans unicité de caisse, sans réunification du pays, et sans la réalisation de bien d’autres exigences de l’APO, qui n’a été qu’un mauvais accord de surcroît mal appliqué. L’issue nous aura été fatale.

Pensez-vous que Ouattara est-il bien ou mal parti pour relever les défis qu’il s’est imposés ?

J’avoue qu’il est un peu tôt pour poser un jugement intangible mais les premiers mois de gouvernance d’Alassane Ouattara interrogent. En effet, s’il ne maîtrise pas ses chefs de guerre, s’il ne libère pas le pays de ces hommes en armes marginaux qui règnent par la terreur, se rémunèrent des vols et rackets, il sera difficile de relever le défi de l’état de droit qui pourtant est le socle de tout notre développement. Quel Ivoirien va vouloir investir dans le pays dans les conditions actuelles de chaos ? Quel investisseur étranger va prendre le risque de lancer des activités ici alors qu’il n’y a de sécurité pour personne? Pourtant si l’économie ne redémarre pas, nous allons de nouveau entrer dans le cycle cauchemardesque de la dette publique. En Côte d’Ivoire, on a coutume de parler de dons de la part des institutions financières internationales mais gardons en tête que ce sont des prêts à l’Etat et au gouvernement à taux non marchands qui, depuis cinq décennies, handicapent l’avenir. De même que nous payons la dette des générations passées, de même nous endettons nos enfants et nos petits-enfants. Au lieu de la richesse, nous transmettons plutôt la pauvreté aux générations à venir. Et çà ce n’est pas bien pour la Nation en construction.

Notons également que comme son prédécesseur, le Président Ouattara gouverne par ordonnances illégales et par décrets dans l’attente des prochaines élections législatives qui ne pourront être organisées qu’en fin d’année. C’est la porte ouverte à tous les abus car il n’y a aucun garde-fou. Rien ne l’empêche pourtant de travailler avec le Parlement au sein duquel ses alliés politiques pourraient lui apporter la majorité des voix. Il y a des décisions importantes à prendre. Le pouvoir absolu sans contrôle et sans contre-pouvoir est très dangereux pour la Nation en construction.

Le budget vient d’être adopté cette semaine par ordonnance sans même avoir recueilli l’avis des représentants du peuple à l’Assemblée nationale. C’est de mon point de vue une grave erreur que je ne manquais pas non plus de relever dans les pratiques de l’ancien pouvoir. On note de toutes parts des critiques du FPI formulées par le nouveau régime, mais on reproduit ses erreurs les plus graves. De surcroît, le Président Ouattara verrouille son système en positionnant ses amis dans les secteurs stratégiques… C’est assez inquiétant car nous sommes loin de cette démocratie au nom de laquelle tant d’ivoiriens sont tombés.

Ce qui me semble inquiétant également, c’est cette passion exercée par l’Etat français sur le Président. Certes il doit beaucoup aux autorités françaises. De ce fait, certaines grandes entreprises françaises se sont taillées la part du lion dans les premiers chantiers mis en œuvre depuis le début de son mandat. Je ne dis pas qu’il faille marginaliser les entreprises françaises, bien au contraire, mais notre pays ne doit pas être la chasse gardée de quelques-unes à l’exclusion de nombreuses et performantes entreprises européennes, américaines ou provenant des pays émergents. Ouattara qui se dit libéral devrait avoir une vision plus ouverte du libre-échange, de l’appel d’offre et de la transparence des contrats et éviter les pièges du protectionnisme qui à terme appauvrit nécessairement. Le monde est grand et ouvert plus que jamais. Nous ne pouvons rester immuablement le regard tourné exclusivement vers Paris car nous risquons de perdre des opportunités intéressantes dans le monde globalisé. Et l’Etat en France a ses propres contraintes avec les déficits énormes de son budget et de son commerce extérieur qui tendent à la présenter comme un Etat qui vit au-dessus de ses moyens.

Je compte sur le temps et espère vivement que l’équipe en place rétablisse l’état de droit, la sécurité et les libertés individuelles au plus vite. Nous avons, à travers ses discours, noté des volontés, il convient désormais de poser des actes concrets. La gouvernance ne peut se limiter à une bonne communication.

Donc, pour répondre à votre question, j’ai le sentiment que le Président Ouattara part mal pour relever ses défis mais il est encore temps de redresser la barre, donc nous attendons avec un œil vigilant.

Le budget 2011 adopté par ordonnance s’élève à 3050 milliards, avez-vous des réserves à poser ?

J’ai répondu à cela dans votre précédente question. Il est inquiétant que le budget n’ait pas été présenté à l’Assemblée nationale pour être débattu entre les députés. Les ordonnances qui instituent ce budget sont illégales. Nous ne savons même pas si ce budget corrige le défaut d’unicité des caisses. Comment ce budget sera-t-il exécuté s’il n’y a pas d’administration redéployée ? Ce budget réunifie-t-il la Côte d’Ivoire ?

Chez Ouattara, on estime que votre Parlement n’est plus représentatif du peuple ivoirien qui l’avait élu pour 5 ans et qu’aucun texte ne permet de proroger le mandat des députés. Doit-t-on soumettre des lois à un parlement illégal ?

Alassane Ouattara, lors de sa prestation de serment, a juré de respecter et de défendre fidèlement la Constitution. Rien dans la Constitution ne lui donne le droit de décréter la fin du mandat du Parlement. Au mieux, il pourrait demander son avis au Conseil constitutionnel, à moins qu’il considère que le Conseil constitutionnel est illégal également. Auquel cas, la prestation de serment qui a eu lieu le serait aussi.

On ne peut pas violer la Constitution et le Président de la République n’est pas au-dessus de la Constitution que je sache. Ceux qui estiment, comme vous dites, chez Ouattara, que le Parlement est illégal devraient mettre aux arrêts tous les députes pour exercice illégal d’activités législatives. Il devrait leur être interdit de mettre les pieds à l’Assemblée nationale. Et chaque fois que quelqu’un se présenterait comme député, il devrait être poursuivi pour faux, usage de faux et usurpation de titre.

Dire qu’aucun texte ne permet de proroger le mandat des députes relève d’une bien curieuse façon de lire le droit chez ceux qui le disent. La législature qui devait durer cinq ans dure jusqu’à ce jour. Quelles en sont les raisons? La réponse à cette question doit être à la fois recherchée dans la lettre et l’esprit de l’alinéa 4 de l’article 59 de la Constitution et également dans l’avis du Conseil Constitutionnel de décembre 2005 sur la prorogation du mandat de l’Assemblée nationale.

Selon l’alinéa 4 de l’article 59 de la Constitution, les élections législatives ont lieu 20 jours au moins et 50 jours au plus avant l’expiration des pouvoirs de l’Assemblée Nationale. L’expiration des pouvoirs de l’Assemblée Nationale élue en 2000 devant prendre fin le 16 décembre 2005, l’élection des nouveaux députés aurait dû intervenir 20 jours au moins et 50 jours au plus avant le 16 décembre 2005, soit entre le 27 octobre et le 26 novembre 2005.

L’élection n’étant pas intervenue, les pouvoirs de l’Assemblée Nationale ne pouvaient prendre fin. Simple question de bon sens. Il résulte de ce qui précède que l’élection des nouveaux députés doit impérativement avoir lieu avant l’expiration du mandat des députés en cours.

La lettre de l’alinéa 4 de l’article 59 de la Constitution est confirmée par la pratique constante de l’élection des députés depuis 1960. Le débat sur les pouvoirs de l’Assemblée Nationale au-delà de décembre 2005 a été soulevé en son temps et le Conseil constitutionnel, saisi à cet effet, a rendu un avis concluant au maintien de ladite institution dans ses prérogatives jusqu’à l’élection des nouveaux députés. Peut-on ignorer cet avis et prétendre respecter la Constitution et ses Institutions?

Abréger le mandat parlementaire en cours pourrait être interprété comme une violation des dispositions constitutionnelles et légales préjudiciable à l’avènement de l’Etat de droit prôné par le Président de la République, Son Excellence Monsieur Alassane Ouattara. Il conviendrait conséquemment de laisser survivre l’Assemblée Nationale pour donner toute plénitude au pouvoir nouvellement élu de prendre les dispositions diligentes pour convoquer le collège électoral en vue du renouvellement de l’Assemblée nationale. La fin prématurée du mandat parlementaire ne peut intervenir que dans les cas suivants: démission, déchéance, décès ou acceptation de certaines fonctions, notamment gouvernementales. Le cas d’espèce soulevé ne correspond à aucune prescription constitutionnelle et réglementaire.

Au surplus, contrairement aux législations prescrivant les motions de censure du Parlement à l’encontre du gouvernement ou de dissolution du Parlement par l’Exécutif, le système institutionnel ivoirien, qui est un régime de séparation des pouvoirs, n’autorise nullement l’Exécutif à abréger le mandat parlementaire, ni le Législatif à renverser l’Exécutif. Si le gouvernement en place veut passer outre les dispositions constitutionnelles, c’est son affaire mais qu’ils ne nous disent pas qu’il n’y a pas de texte en la matière. Il y a des textes, et ces textes seront alors violés.

Qu’attendez-vous de Ouattara aujourd’hui ?

Il est important qu’il rétablisse la sécurité dans le pays et qu’il mette en place un véritable état de droit. Il est crucial qu’il veille à ce que la justice fasse son travail dans le processus de réconciliation. Il faut en effet mettre en exergue toutes les culpabilités sans couleur politique. Il n’y a pas le clan des gentils au pouvoir et le clan des méchants perdants. Il y a des responsabilités de toutes parts et je compte sur lui pour ne pas biaiser le processus au risque d’anéantir toute possibilité de cohésion sociale.

Dans les jours à venir, en vue de préparer les élections locales, en tant qu’opposant, j’attends de lui que l’on engage une discussion sur des sujets de fond : le redécoupage électoral, la future liste des électeurs, l’augmentation du nombre des députés, la recomposition de la Commission électorale, la sécurisation de la campagne et des scrutins. Je souhaite également aborder le sujet du financement des partis politiques. L’accord de Marcoussis a instauré le financement public des partis politiques et il est important de maintenir cette disposition qui permet à l’opposition d’exister, d’exercer sa mission constitutionnelle et de faire connaître leurs droits et leurs obligations aux citoyens électeurs et aux populations en général. N’oublions pas qu’une opposition libre, au même titre qu’une presse libre, est un contre-pouvoir essentiel dans une démocratie. La démocratie ne peut se limiter à un bulletin dans l’urne au risque de muer vers l’autocratie.

Etes-vous, oui ou non, le dauphin constitutionnel ? La question se pose entre quatre murs ?

Votre question est étrange. Pourquoi «entre quatre murs» alors qu’un quotidien (Nord-Sud) s’est également inquiété de cette question dans son édition du 24 juin dernier, et qu’au RHDP cela fait l’objet de spéculations incessantes ? La terreur que laissait transparaitre l’analyse de vos confrères face à l’hypothèse d’empêchement du Président de la République m’a fait sourire ! Cette crainte démesurée pourrait inquiéter les populations quant à la santé du Président !

Pour vous répondre, expliquons que la Constitution de 2000 a supprimé le dauphinat en Côte d’ivoire. Dans l’ancienne Constitution, le Président de l’Assemblée nationale était le dauphin au sens où la constitution lui permettait, en cas de vacance du pouvoir, de terminer le mandat du Président de la République avec les pleins pouvoirs de celui-ci.

Mais, dans la nouvelle Constitution, le Président de l’Assemblée nationale ne peut plus terminer le mandat du Président de la République. Il a au plus 90 jours pour organiser les élections auxquelles il peut être candidat ou pas. En outre, il n’a pas les pleins pouvoirs d’un Président de la République et ne peut changer de gouvernement, ni renvoyer ou nommer un ministre. Il ne peut modifier la Constitution et ne peut organiser de referendum. L’intérim n’est pas le dauphinat. Les deux notions sont totalement différentes. La première se réfère aux structures démocratiques tandis que la seconde à l’environnement monarchique.

Donc, il faut que les populations le comprennent bien et que le RHDP arrête de paniquer à force de ressasser les mêmes arguments fallacieux. Koulibaly n’est pas le dauphin de Ouattara. Koulibaly n’usurpera pas le pouvoir du RHDP. Koulibaly a une opposition à construire face à Alassane Ouattara pour que la démocratie s’ancre en profondeur dans notre pays et en Afrique. Pour l’heure, je suis ma voie qui est celle du plaidoyer en faveur de la construction de la démocratie, du combat pour l’avancée de la liberté, de l’état de droit et de la souveraineté des peuples et des individus dans une Afrique moins violente, plus harmonieuse, plus heureuse et plus ouverte sur le monde.

Interview par Traoré M. Ahmed, in L’Expression

Interview / Mamadou Koulibaly: ‘‘ L’Afrique n’a pas besoin de gouvernement d’union’’ ‘‘Les vainqueurs doivent assumer leur programme’’

( Le Mandat ) Mamadou Koulibaly est l’un des rares dignitaires du FPI de Laurent Gbagbo, à être encore libre de ses mouvements en Côte d’Ivoire, (beaucoup d’autres sont arrêtés ou réfugiés à l’étranger) et s’exprime très rarement. Revenant sur l’avenir du FPI, le président de l’Assemblée Nationale estime que le parti est décapité, et que l’équipe dirigeante devrait se réunir bientôt. Et à la participation de son parti à un gouvernement d’union, Mamadou Koulibaly préfèrerait un vrai rôle dans l’opposition. Entretien !

Pourquoi êtes vous allé à la cérémonie d’investiture du président Alassane Ouattara samedi dernier ?

Par devoir républicain, la Côte d’Ivoire s’est donné un Président de la République et en tant Président de l’Assemblé Nationale, je devais y être.

Est-ce que cela veut dire que vous reconnaissez personnellement Alassane comme Président de la République de Côte D’Ivoire?

Oui, ça ne date pas d’aujourd’hui. J’ai déjà signé une déclaration pour le compte du FPI qui le disait.

A quel moment avez-vous compris que Laurent Gbagbo avait perdu l’élection ?

Après la décision du Panel, le Panel ayant concluant que le vainqueur de l’élection présidentielle était Ouattara. Il fallait que tous les partisans de Gbagbo se rendent compte de l’évidence que Ouattara était le Président de Côte d’ Ivoire depuis cette date.

C’était le Sommet du 10 mars à Addis-Abeba. En ce moment-là vous avez dit que c’était fini ?

Je n’ai pas la date exacte

Au premier tour, Laurent Gbagbo est arrivé premier avec 6 points d’avance sur Alassane Ouattara. En ce moment-là est ce qu’il pouvait gagner ou pas ?

Oui ! En ce moment, tout était possible, si nous avions eu un discours rassembleur, si nous nous n’étions pas focalisés sur des discours qui divisent et qui affaiblissent. C’était un moment clé.

Et c’était un moment clé où le FPI n’a pas su obtenir le ralliement du PDCI-RDA de Henri Konan Bédié ?

Pas du PDCI, mais plutôt de l’électorat du PDCI. Nous avons péché par mauvaise stratégie.

On a souvent dit que Laurent Gbagbo était un boulanger qui roulait ses adversaires dans la farine, mais ne s’est-il pas laissé rouler dans la farine par Guillaume Soro ?

Nous sommes obligés de le constater. Je me suis battu pour que Gbagbo gagne. Mais, malheureusement, nous avons perdu. On ne va pas pleurer éternellement.

Mamadou Koulibaly est-ce que l’échec du FPI n’est pas l’échec d’une expérience socialiste en Afrique de l’Ouest?

Est-ce qu’elle était vraiment socialiste ? Est-ce que nous avons vraiment appliqué notre programme de gouvernement ? Ou est ce que avons- nous fait autre chose ? Je me pose la question.

Est-ce qu’en ces dix dernières années, votre parti n’a pas fonctionné en double commande ? C’est-à-dire une direction officielle et disons un cabinet plus secret ?

Nous sommes tombés dans le piège des partis politiques qui accèdent aux pouvoirs et qui se laissent entraîner par l’ivresse du pouvoir. C’est vrai la personnalité de Laurent Gbagbo était telle, que bien qu’ayant cédé le fauteuil de Président du FPI a Pascal Affi N’Guessan, il ne décidait pas directement des choses, mais chaque fois que nous avons des décisions importantes à prendre pour le partie nous lui posions la question de savoir d’abord si ses décisions ne gênaient pas sa politique générale.

Le rôle de l’armée française dans la chute de Laurent Gbagbo, ça vous choque ?

Non c’était dans la logique des choses. A partir du moment où nous avions signé l’Accord Politique de Ouagadougou, il était évident que les choses allaient se terminer de cette façon là.

Donc vous ne dites pas comme certains partisans de Laurent Gbagbo qui disaient qu’on assiste à une recolonisation de la Côte d’Ivoire ?

Non, on assiste a une remise en ordre de la Côte d’Ivoire, là où nous FPI, nous avions été incapables. On n’aurait eu notre gouvernement à nous. On aurait peut-être mieux gérer la situation. Qu’il n’y aurait pas eu une rébellion et on n’en serait pas là aujourd’hui. Mais le gouvernement mélangé, on a pensé que tout baignait dans l’huile, or l’adversaire nous attendaient au tournant ou l’ennemi nous attendait au tournant. On a été victime de notre grande naïveté.

Le maintient d’une base militaire à Port-Bouët comme le disait Nicolas Sarkozy et comme l’a confirmé Alassane Ouattara. Qu’est-ce vous en pensez ?

De mon point de vue, il n’est pas admissible qu’aujourd’hui encore, les choses entre Paris et Abidjan se passent comme les choses qui se passaient en 1946 ou en 1960. L’assistance permanente de la France en matière monétaire, financière, politique est de nature à infantiliser les Etats, mais pour moi, ce n’est que période passagère. Le moment viendra où les mêmes Etats s’asseyeront autour d’une table pour renégocier et signer d’autres accords.

Quelle est la dernière fois que vous avez parlez avec Laurent Gbagbo ?

Le lendemain du jour, où Affi N’Guessan est rentré d’Addis-Abeba avec les conclusions du Panel, nous nous sommes rencontrés. On a parlé des conclusions du Panel.

Et là vous avez peut-être dit à Laurent Gbagbo que c’est foutu pour vous non ?

Il le pensait lui aussi et nous nous sommes dit qu’il fallait réfléchir pour savoir quelle attitude adoptée, mais depuis je n’ai plus eu de ses nouvelles.

Mais vous lui avez conseillé de renoncer et de reconnaître la victoire de son rival Alassane Ouattara ?

Je garde ça pour moi.

Et depui, plus aucun contact ?

Par la suite, je suis allé à accra jusqu’au 11 avril 2011.

Quand vous lui avez dit ça, il n’a pas du tout apprécié ?

Rire, je lui ai dit quoi ? J’ai eu une démarche au près de certains hommes politiques, mais je n’ai pas eu d’issue. Je me faisais taper dessus de part que d’autre et j’ai préféré m’installer à Accra et attendre la fin pour revenir lorsqu’il y aurait l’accalmie.

Est-ce que vous aviez été menacé par les durs du régime Gbagbo ?

De part et d’autre, les durs des deux camps et ce n’est pas facile de se tenir au milieu avec des tirs groupés venant d’eux.

Vous avez tenté une médiation dans le courant du mois de mars.

Même avant le mois de mars, en tout début décembre, où nous étions encore à 10 ou 15 morts, justement après l’investiture du Président Gbagbo, j’ai suggéré l’idée que les deux camps se rencontrent pour discuter et que c’est comme ça que, ça se passe en Afrique en général. Lorsqu’il y a une crise post-électorale. Et puis lorsqu’on est a 500 ou 600 morts, on utilise ces morts comme moyen de pression pour rapprocher les camps et puis aller a un gouvernement d’union. Et puis des amis et moi, on contacté des cadres autour de Ouattara et il nous a reçus au Golf, nous sommes aller nuitamment.

Secrètement ?

Secrètement et je lui ai demandé si serait bien que Gbagbo et lui se rencontrent secrètement, afin de se parler pour éviter à la Côte d’Ivoire le Chaos. On était dans un bras de fer et on n’était pas du tout écoutés.

Que pensez-vous des camarades FPI qui sont exilés au Ghana voisin et qui rêvent de revanche ?

Nous avons rencontré très peu qui rêvent de revanche. Je les ai vus arriver presque tous.

Nous n’avons pas beaucoup de contact physique, mais nous communiquons au téléphone.

Tous ne rêvent d’une seule chose que de revenir rapidement en Côte d’Ivoire. Ils ont peur de se faire arrêter ou tuer. Ils sont détenus, désargentés avec leurs familles, leurs enfants qui ne vont plus à l’école. Ils n’ont pas l’intension de revanche d’un coup d’ Etat.

Avez-vous les nouvelles de Charles Blé Goudé ?

Non, je n’ai aucune nouvelle de lui.

Demain si Alassane Ouattara vous demande de rentrer au gouvernement d’union nationale, qu’est-ce vous répondrez ?

Si j’arrive à organiser avec l’appui du Secrétaire général du FPI, une réunion du comité central et si ce comité central décide que nous devons répondre positivement à l’invitation du Président de la République Alassane Ouattara, j’aviserais. Mais pour ma propre philosophie, l’Afrique n’a pas besoin de gouvernement d’union. Lorsque l’on va aux élections et qu’il y a un qui gagne, ma philosophie, c’est qu’il prenne l’entièreté du pouvoir, il l’assume complètement pendant la durée de son mandat.

Exceptionnellement, vu la crise qui s’est produite, il ne fallait pas faire un geste qui va dans le sens de la réconciliation avec les principaux partis du pays ?

C’est le raisonnement que nous avons tenu en 2000 quand Laurent Gbagbo a gagné les élections. Ça s’est terminé par une guerre. Aujourd’hui, si l’on veut aller à la réconciliation, le gouvernement d’union n’est pas forcément la solution. Il faut déjà renoncer à la vengeance justicière et permettre à ce que l’opposition s’organise et quelle ait le droit d’exister. En étant dans l’opposition, nous pouvions contribuer à la réconciliation nationale.

Il faut renoncer à la vengeance justicière, qu’est-ce que cela veut dire ? C’est dire qu’il faut libérer Laurent Gbagbo ?

Je pense qu’on peut lui reprocher tous ce qu’on veut, mais il faut reconnaître qu’il n’est pas le seul à voir commis toute les fautes commises. Je ne dis pas au Président Ouattara de ne pas appliquer la justice. Mais, je dis qu’un bon geste de réconciliation montrerait qu’il est capable de pardonner à Gbagbo et à tous les militants de son parti qui sont en ce moment incarcérés à la Pergola à Odienné et à Korhogo. Je dis que se venger n’est forcément pas bon signe.

Est-ce que c’est votre priorité la libération de Laurent Gbagbo et de tous vos camarades qui sont en résidence surveillée?

Le FPI n’est pas à mesure aujourd’hui de poser des préalables. Ce n’est pas la priorité, mais si vous ne pouvez pas juger tous les criminels alors pourquoi ne pas renoncer a cette vengeance et établir un processus qui rétablirait tout le monde. Ou bien vous prenez tout le monde ou bien vous ne faites rien. Si vous faites les choses à moitié, ce serait créer des injustices et ça sa peut-être source de haine et de nouvelles frustrations qui sont des moteurs très puissants d’instabilité politique surtout en Afrique.

Est-ce que vous ne dites pas ça aussi, parce qu’actuellement le FPI est décapité et peut-être que vous n’êtes pas a mesure de réunir un comité central ou parce qu’il y a trop de monde en prison ?

Oui, c’est possible ! Le parti est décapité et surtout apeuré. Les cadres et les militants qui sont à l’étranger ne se sont pas chauds pour revenir maintenant. Ils ont peur. Ceux qui sont Abidjan n’osent pas sortir et puis les cadres ne comprennent toujours pourquoi certaines personnes sont harcelées et d’autres pas. Quels sont les critères qui permettent d’arrêter un tel plutôt que tel autre et lorsque des réunions sont prévues de très nombreux cadres et militants promettent de venir. Mais quand il est l’heure de la réunion on ne les voit pas. Ils me disent tous, mais Mamadou est-ce que tu nous garantis la sécurité ? Je leur dis que je suis incapable et que le ministre de l’Intérieur lui-même me dit que pour le moment, il doit avouer qu’il ne maîtrise pas tout ceux qui sont en ville.

Est-ce que vous pouvez affirmer que le FPI est mort ou est-ce que le FPI doit revenir au pouvoir un jour ?

Le FPI n’est pas mort, le FPI est très affaibli.

Vous vous donnez combien de temps dans l’opposition 5 ans 10 ans ou peut-être plus ?

A court terme 5 ans. Nous sommes sûrs que les législatives à venir vont-être catastrophiques pour nous, mais je pense que dans 5 ans, le président Ouattara trouvera en face de lui un candidat FPI de taille.

Vous êtes le Président du FPI par intérim, êtes-vous près à devenir le Président du nouveau FPI ?

Le président du FPI est pour le moment incarcéré, je me bats pour qu’il puisse retrouver la liberté et c’est le congrès qui décidera. Ça ne fait pas partie de mes plans a moyen et long terme pour le moment.

Si le prochain congrès du FPI vous demande de prendre la présidence du parti est-ce que vous irez ?

Oui, j’irais si le congrès me le demande et si je suis candidat. Mais ce n’est pas encore dans mes priorités. Ma priorité c’est d’abord de reconstituer cette opposition face à Ouattara. Il n’est plus question que l’on retombe dans une question de parti unique. Si dans cette dynamique, je réussissais, Ouattara pourrait avoir en face de lui une bonne opposition et ce serait ma contribution à la réconciliation. Mais si j’échouais sur ce terrain et que le FPI disparaissait, alors Monsieur Ouattara aurait en face de lui des factions dispersés sur l’ensemble du territoire et organisées n’importe comment qui lui rendraient la vie très difficile.

Ce qui n’est pas souhaitable.

Il y a des velléités au sein du RHDP de pérenniser la structure RHDP donc que le RDR rejoigne la ‘‘maison mère’’ le PDCI. Donc, est-ce que vous ne craignez pas que votre pays la Côte d’Ivoire se retrouve en fait avec un RHDP qui règne en maître ?

Le risque existe, on se retrouverait dans les partis uniques et les partis uniques vivent dans la peur d’un coup d’Etat, d’un assassinat. Par contre, s’ils arrivent à s’organiser pour reconstituer l’ancienne famille d’Houphouët sans nous en bastiller, sans bloquer nos comptes, sans nous tuer et qu’ils nous permettaient d’organiser nous aussi le CNRD en face, en grand mouvement d’opposition, on n’irait vers un bipartisme en Côte d’Ivoire. Un grand parti au pouvoir et un grand parti d’opposition. C’est possible et c’est jouable. Et C’est dans se sens que j’aimerais bien avec quelques amis, le Secrétaire général afin de pouvoir travailler et créer en face du RHDP, un grand mouvement d’opposition.
Monsieur le Président merci
Merci à vous

Retranscrite sur le site de RFI
par JB KOUAKOU
(jbkouakou@hotmail.fr)

Les suites de la Guerre en Côte d’Ivoire, le plus dur reste à venir !

Comment ne pas encore parler de la Côte d’Ivoire puisque deux semaines après la chute du président légal, les choses sont loin de se tasser et que les armes crépitent toujours ? Pendant que les médias occidentaux mettent le paquet pour parler de la normalisation en voie, le nouveau régime, après avoir incarcéré sans base légale Laurent Gbagbo, son épouse et de nombreux responsables du FPI, se livre  à une véritable chasse aux sorcières indigne d’un régime qui se dit favorable à la réconciliation. Il tente également de casser le FPI pour avoir le soutien de ceux à qui on peut pardonner, tels Mamadou Koulibaly, Alcide Djedje, et de ceux dont on a besoin, en particulier le président du Conseil constitutionnel, Paul Yao N’Dré.


A la Résidence de Laurent Gbagbo 11-04-2011
Un carnage qu’on voudrait passer sous silence

C’est de bonne guerre pourrait-on dire et beaucoup de gens du camp Gbagbo, fatigués, apeurés, affamés ou qui ont peur de perdre leur job, ont bien envie de dire « Pouce » ! Evidemment, la base du parti créé par Laurent Gbagbo éructe à la trahison. Et dans tout ce méli-mélo où le camp gagnant détruit à la Bolchévique tous les symboles de l’ancien régime comme la « Sorbonne » (célèbre lieu de dialogue) et où les médias sont mis au pas, voici que le redoutable Sergent Ibrahim Coulibaly dit « IB » semble vouloir avoir sa part du « butin » dans cette sale guerre et attaquerait même des éléments de l’ex-rebelle Soro. Eh oui !, on ne passe pas de rebelles à simples citoyens aussi facilement ! Le chef de l’Etat propulsé par l’étranger et les siens risquent de l’apprendre à leurs dépens. Il y aurait aussi des tensions entre les gens de Guillaume Soro et le PDCI-RDA tant au niveau de la primature que de l’affectation des ministères ! Et au moment de boucler, on apprend que la conférence d’Affi N’Guessan, qui voulait s’adresser à la presse pour donner l’avis du parti du Président Laurent GBAGBO sur des points de l’actualité politique, a tourné court, des soldats de Ouattara s’invitant malencontreusement et arrêtant tout,  confisquant le matériel de travail des médias invités avant de conduire manu militari le président du FPI au Golf Hôtel. Le patron du FPI aurait même été molesté devant des forces onusiennes qui n’ont pas bougé devant cette scène de violence inacceptable, et à qui incombe pourtant la protection des lieux ! Mais bon, ce comportement, on le sait, n’est pas nouveau.

Vous lirez donc, outre les articles ci-après, la Déclaration du FPI, pour mieux vous éclairer sur les suites de ce conflit au moment où Alassane Ouattara promet que les deux mois de salaires dus seront payés dès la semaine prochaine grâce à un prêt de… la France contracté sans l’aval de l’Assemblée nationale.

CE FUT L’HORREUR AU PALAIS PRESIDENTIEL

Les journaux occidentaux ont tous préféré les images de la capture du « vilain » Laurent Gbagbo (président élu de Côte d’Ivoire), hagard et le cocard à l’œil Dieu seul sait par quoi, et celle  de son épouse, jetée à terre, frappée au sang par des miliciens pro-Ouattara. « Ah ces dictateurs, c’est bien fait pour eux, tout de même : on ne gère pas un pays comme son bien propre ; il faut respecter le vote de la majorité ! », etc… Voilà ce qu’on pouvait lire entre les lignes de ces journaux pro-Sarkozy. Et la France a fait son boulot, évidemment, rajoutent-ils ! Pas un mot sur le non-désarmement au Nord et le vol des voix dans une dizaine de départements en zone rebelle qui ont permis qu’Alassane Ouattara obtienne plus de 100 % de voix par endroits, sans même les deux voix du représentant du FPI ; rien sur le fait que le chef de l’Etat parvenu au pouvoir par la guerre soit notoirement connu pour être le patron de la rébellion qui a fait plus de 10.000 morts en Côte d’Ivoire ; «Nada » sur le fait que Laurent Gbagbo est un opposant qui n’a jamais voulu faire couler  le sang dans son pays, qui a fait de la prison pour ses idées, qui est le père de la démocratie et de la liberté de presse ! Motus sur  le fait qu’il ait demandé le recomptage de voix, qu’il ait toujours traité ses opposants avec dignité…Bref, il faut justifier le crime !

De grands médias comme Paris Match n’ont pas hésité à mettre les photos les plus choquantes où l’on voit des jeunes rebelles arracher les nattes de la présidente plus ou moins dévêtue et jetée au sol, hébétée ! Avec de telles images, sûr que le canard va bien se vendre ! D’aucuns se sont permis de  critiquer l’air hagard du couple présidentiel, estimant qu’il eût fallu un peu de dignité mais quand on sait  ce qui s’est passé à l’intérieur du Palais, on comprend. Voyez plutôt  la photo ci-dessous qui résume une partie de l’horreur qui s’est déroulée dans la résidence du quatrième président de Côte d’Ivoire. Et quand on sait qu’en plus des bombes, des coups de feu, il y a  eu également des gens torturés et tués, des femmes violées, le tout dans des actions de pillage  frénétique de tous les biens (argent, effets personnels…) et d’énormes beuveries  comme à l’époque des pirates, on frémit à la pensée de ce qu’ont dû endurer ceux des responsables de l’ancien régime !   Pourtant, dès lors que le président Gbagbo avait été capturé par les forces étrangères et remis aux forces d’Alassane Ouattara, plus rien ne justifiait cette barbarie à la résidence présidentielle. Pourquoi avoir laissé faire ? Et ce qui est révoltant, c’est  que quinze jours  après la chute de Laurent Gbagbo,  les tueries de ses partisans et  de nombre de ceux de son ethnie, à ce qu’on dit, continuent.

Voilà ce qu’ont permis les forces onusiennes dans ce beau pays d’Houphouët pour régler un conflit postélectoral monté de toutes pièces et sous le fallacieux prétexte de sauver des…. civils ! A méditer.

 CY

San Finna N°613 du 25 Avril au 01 Mai 2011

Reçu au Golf hôtel hier – Mamadou Koulibaly dit ses vérités à Alassane Ouattara

Le président de l’Assemblée nationale, Mamadou Koulibaly, a été reçu hier mercredi 20 avril 2011 par le chef de l’Etat, Alassane Ouattara. Le chef du Parlement était porteur d’un message de la conférence des présidents de l’Assemblée nationale, avec qui il venait d’avoir une réunion à huis clos.

Voici l’intégralité de la déclaration de Mamadou Koulibaly à sa sortie d’audience.

« J’étais à Accra, j’ai reçu un appel du président Ouattara qui souhaitait me rencontrer. J’avais moi aussi un certain nombre de choses à discuter avec lui, je suis arrivé hier (mardi 19 avril), et ce matin, j’ai eu une audience avec lui. Nous avons parlé de plusieurs sujets, en particulier, je lui ai fait part des préoccupations des députés qui aimeraient bien qu’en tout début de mandat, nous puissions nous inscrire dans la légalité constitutionnelle. Donc, que les ordonnances qui sont prises en ce moment puissent faire l’objet d’une autorisation de l’Assemblée nationale et une régularisation. Et le président a donné son accord. Les députés ont suggéré aussi que nous puissions entrer dans l’application de la Constitution, surtout les problèmes de l’Etat de droit, de respect des libertés individuelles. Le président de la République m’a dit qu’il était conscient de la question et qu’il prenait les dispositions pour qu’il en soit ainsi. Au nom des députés, je lui ai signalé les problèmes de sécurité. L’Assemblée nationale a été pillée, mon domicile à Abidjan et à Azaguié, ma famille menacée et pillée. C’est aussi vrai pour l’ensemble des députés. Nous avons trouvé un corps en putréfaction à l’Assemblée nationale, tous les bureaux cassés et pillés. Les députés se sont demandé dans quelle mesure avoir la sécurité. Le président a donné des instructions pour que l’Assemblée soit sécurisée, parce que depuis les pillages, chaque jour il y a des gens qui passent pour ramasser encore ce qui est resté.

Nous avons parlé d’Etat de droit. Expliqué qu’il était important qu’en début de mandat, conformément au vœu de l’Union africaine, que le président puisse avoir une prestation de serment régulière. Le président a donné son accord. Et je crois savoir, si je ne trahis pas de secret, que le président du conseil constitutionnel, Yao N’dré est en route pour Abidjan et probablement arrive demain et très rapidement, le président m’a dit qu’une cérémonie sera organisée pour rester conforme au voeu de l’Union africaine.

Je lui est dit par ailleurs que par rapport à la sécurité, de nombreux militants du Fpi et de Lmp, ceux qu’on appelle pro-Gbagbo, étaient très inquiets pour leur sécurité dans les quartiers, qu’ils étaient dénoncés, indexés comme si être militants de ce mouvement était une tare, ils se cachaient, ils se sentaient brimés. Ceux qui ont fui et qui sont au Ghana, au Togo et au Bénin, ce serait bien qu’on puisse aller vers une détente pour que rapidement, ces militants se sentent sécurisés dans les quartiers.

Je lui ai de surcroît signalé plusieurs appels reçus d’amis, de familles et de populations qui disent que nous sommes poursuivis et battus dans les quartiers, simplement parce que nous sommes Bété. Cela ne peut pas être un défaut. L’ethnie n’est pas un défaut. L’on peut reprocher des choses au Fpi, ce n’est pas aux Bété qu’il faut faire payer. Si l’on veut reprocher des choses à Laurent Gbagbo, ce n’est pas aux Bété qu’il faut faire payer. Jamais nous n’aurions de réconciliation, jamais nous n’aurions de paix. Le président de la République a pris le téléphone, il a appelé les ministres concernés, pour que des enquêtes soient faites rapidement et que cette situation s’estompe. Parce qu’il n’ a pas envie de gouverner au nom d’une ethnie ou d’un groupe quelconque.

J’ai profité pour lui dire que l’Assemblée nationale faisait sa séance solennelle d’ouverture mercredi 27 avril 2011, première session ordinaire pour l’année 2011. J’en ai profité pour lui dire que la mission, c’est la tension, l’absence d’Etat pour le moment, les fonctionnaires qui ne vont pas travail, les policiers et les gendarmes apeurés, les militaires effrayés, que ce serait bien qu’il parle aux Ivoiriens encore une fois. mais non pas dans une interview classique comme nous l’avons déjà vu, mais que la tribune de l’Assemblée nationale pourrait être une tribune à partir de laquelle il pourrait exactement dire aux Ivoiriens où il va, comment il veut y aller, avec qui et dans quelles conditions de sécurité, de réconciliation, de détente. Les députés m’avaient demandé de lui adresser une invitation pour le 27 avril pour qu’il vienne s’adresser aux Ivoiriens ; Le président m’a dit qu’il donnait son accord et qu’il se préparerait pour cette date.

Je pense que si dans les quartiers, les uns et les autres arrêtaient de se bagarrer, si ceux qui ont les armes arrêtaient de menacer ceux qui n’en ont pas, si ceux qui sont Rhdp arrêtaient de faire peur à ceux qui ne le sont pas, si les représentants locaux du Pdci et du Rdr arrêtaient de faire peur à ceux qui ne sont pas Rhdp, peut-être que nous aurons une chance extraordinaire de reconstruire ce pays.
Si jamais, certains pensent que l’arrivée de Ouattara au pouvoir c’est le pouvoir au Dioula, le pouvoir aux Nordistes, qu’ils peuvent faire ce qu’ils veulent, alors c’est le chaos promis. Jamais il n’y aura de réconciliation, de paix, d’Etat, de nation.

Là où nous sommes, nous sommes loin du fond du puits. C’est vrai que les temps sont durs mais les Ivoiriens pensent que nous sommes tombés, c’est grave, mais il y a pire que la situation dans laquelle nous sommes. Il faut regarder ce qui s’est passé à Haïti ou en Somalie. Donc, on n’a pas encore vu le pire, il existe, faisons tout pour l’éviter ».

Propos retranscrits par H. ZIAO

Source : L’Inter