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Cameroun, Paul Biya ne sera pas candidat : Partira t-il comme Moubarak ou comme Mandela?

Le président Camerounais ne sera pas candidat à sa propre succession lors de la prochaine présidentielle qui, en principe, doit se tenir au mois d’octobre prochain. En effet, selon de source bien introduite, à moins d’un revirement, comme lui seul en a le secret, Paul Biya, au pouvoir depuis 29 ans, ne se représentera pas comme candidat du RDPC pour la prochaine présidentielle. S’il faut en croire des informations venant de son entourage, «il va se retirer pour laisser la place à un autre candidat du RDPC et assurer ainsi le maintient au pouvoir de son parti, comme l’avait fait en 1982 avec l’UNC, son prédécesseur le président Ahmadou Ahidjo». C’est en fait ce que rapporte cette source qui insiste pour dire qu’en renonçant à briguer un autre mandant présidentiel, «Monsieur Biya, non seulement montrera qu’il est un vrai démocrate, mais voudra prendre le monde entier à témoin qu’après lui, ce ne sera pas le chaos dans son pays le Cameroun». Il entant donc, par ce geste historique à la Mandela, préserver la paix et l’unité nationale dans ce pays qui compte plus de 200 tribus et donc les séquelles d’une lutte brutale pour l’indépendance ne sont pas tout à fait disparues.

Bien que cette source pourrait  jurer sur la tête de sa mère, une certaine prudence s’impose. D’autant plus que le concerné n’a pas encore dit mot de son avenir politique. Un silence qui laisse la place à plusieurs hypothèses.

Pour certains, Paul Biya va se représenter, gagner les élections coûte que coûtera et cédera par la suite le pourvoir à un dauphin qu’il aura eu le temps de présenter au Camerounais comme ce fut son cas avec son parrain Ahidjo. Cette période, qu’on qualifie de transition, pourra durer deux ans. Dans ce scénario, il annoncera son départ en 2013, lors de son traditionnel discours de fin d’année au cours duquel il fera le bilan de ses 31 ans de règne, annoncera son retrait définitif de la scène politique, souhaitera bonne chance pour l’avenir du pays qu’il laisse dans la paix, souhaitera bonne année 2014 aux compatriotes, et en fin, dira que Dieu soit toujours avec tous les Camerounais. On pense également que cette période permettra de visser le système contre toutes poursuites judiciaires envers lui et autres membres de son entourage.

Un autre schéma voudrait  qu’il déclare la présidentielle d’octobre prochain reportée pour le premier trimestre de 2012. Le temps pour son parti le RDPC d’organiser un congrès d’ici la fin de l’année 2011 ou au plus tard début de la prochaine année. Rencontre au cours de laquelle il annoncera son départ et laissera le soin aux membres de désigner démocratiquement un successeur légitime qui sera candidat à la présidentielle. Si tel est le cas, alors cas de force majeure s’imposant, l’élection pourrait se tenir avant le mois de mai 2012 ou bien en octobre 2012, si ELECAM n’est pas tout à fait prête.

Le dernier scénario est celui du «advienne que pourra». C’est-à-dire celui d’aller en élection en octobre prochain et vivre avec les résultats et les conséquences d’une réélection. Ce schéma, qu’on redoute, peut mène à cinq façons de quitter le pouvoir comme nous enseignent les derniers changements de régimes en Afrique.

1- Partir par des élections transparentes

Élections transparentes, dites-vous? Personne n’y croit au Cameroun. ELECAM est tellement contestée qu’on n’envisage pas un seul instant qu’elle puisse, dans sa forme actuelle,  organiser des élections transparentes au Cameroun. Surtout que,  même si c’est à elle que revient le rôle de préparer et de tenir des élections. Elle n’a aucun contrôle sur la campagne des candidats et les résultats.  La loi lui interdit de donner les résultats partiels, même pas les estimations. La composition d’Élection Cameroun ne laisse personne penser que Biya et le RDPC organiseraient les élections en envisageant une possible défaite. Raison pour laquelle une bonne majorité de Camerounais pense qu’ELECAM a encore beaucoup de chemin à faire pour envisager la tenue d’élections crédibles et surtout une campagne équilibrée pour les candidats.

2- Quitter suite à un coup d’État

Partir suite à un coup d’État est le pire des scénarios que redoute tout chef d’état. Ils ont beau faire du chef de la sécurité, du chef d’État major, du chef de leur garde rapprochée des proches ou des étrangers, ils ne sont pas à l’abri d’un renversement brutal. Les images en provenance de la Tunisie ou de l’Égypte sont d’ailleurs parlantes. Mamadou Tandja du Niger, un autre Héro devenu Zéro, qui a modifié la constitution pour se maintenir au pouvoir après deux mandats en sait quelque chose. Au fort du Coup d’État qui l’a renversé, il était surpris d’apprendre que c’est un général proche qui le renversait au moment où il l’appelait au secours.

Il se dit même que les dictateurs sont ceux qui dorment le plus d’un seul œil avec l’oreille bien à l’écoute. Ils ont confiance en plusieurs personnes mais s’en méfient en même temps qu’ils les soupçonnent. On ne surprendra personne en disant que, même si le président pense que ses collaborateurs proches sont des hommes intègres sur qui il peut compter, il ne doute pas que si l’occasion se présentait, ils hésiteront à le renverser. Raison pour laquelle, dans ce milieu, on ne fait pas confiance même à son propre fils.

3- Partir comme le président Gbagbo

Même si le Cameroun n’a pas encore ses forces nouvelles comme en Côte d’Ivoire, les lendemains d’une réélection de Paul Biya pourraient rendre le terrain fertile pour une rébellion. Certes les conditions actuelles sont différentes de celle de la Côte d’Ivoire, mais il reste que le Cameroun présente tout de même des éléments susceptibles de faciliter l’allumage d’une mèche difficile à éteindre.

En fait, si la prochaine élection présidentielle se tenait et que Biya la remportait encore, la frustration des uns et des autres pourrait mener à la formation d’une rébellion qui se dirait légitime avec pour mission de contester la légalité du pouvoir jusqu’à ce qu’il tombe. Une bonne franche de la diaspora mais également des camerounais qui en ont marre du président Biya pourrait financer cette rébellion si elle est bien organisée et ayant à sa tête un leader charismatique, connu, accepté et respecté. Ce mouvement aura pour mission soit de renverser le pouvoir soit de parvenir à obtenir des négociations qui aboutiraient à un changement bien visible des mêmes gens qui sont aux commandent depuis 30 ans. Le but étant l’alternance par l’introduction de nouvelles personnes. Très souvent on pense que cela n’arrive qu’aux autres.

4- Partir comme Moubarak

C’est le scénario le plus craint actuellement par le pensionnaire d’Étoudi. Il se dit même que l’homme fort d’Etoudi suit attentivement les procès de ces anciens pairs Moubarak et Ben Ali. Advenait qu’il se représente et gagne la prochaine élection, il pourrait se créer un mouvement social sans précédent qui finirait par l’emporter. Les scènes où on voit l’ex dictateur sur une civière au tribunal au Caire traumatisent autant Paul Biya que les autres dictateurs africains. Ils comprennent que le monde a changé et que cela peut leur arriver aussi.

Souvent mal informé ou pris dans un désir de se maintenir coûte que coûtera, ces dictateurs encore en poste, refusent souvent de prendre en compte les signes avant-coureurs d’une fin annoncée. Ils s’obstinent  et continuent à s’accrocher jusqu’à ce qu’à la suite de plusieurs morts de citoyens, le « assez c’est assez » les rattrapes. Heureusement, cette mauvaise lecture de la nouvelle dynamique du monde, les oblige désormais à répondre de leurs actes devant la justice. Hélas souvent c’est aussi trop tard aussi pour leur entourage, certains de leurs ministres et marabouts partisans du «il est en poste pour rester».

Voir Moubarak sur une civière au tribunal, qui demande pardon à son peuple, se dit prêt à rembourser des milliards de dollars accumulés pendant des années est plutôt surprenant. Par ce procès, on voudrait servir une leçon à ces présidents, bien qu’étant des êtres humains, briment leur peuple, modifient la Loi fondamentale de leur pays pour garder le pouvoir à vie. Monsieur le Président Biya fait bien de demander à ses conseillés de le briefé quotidiennement sur le déroulement des procès Ali et Moubarak. Pour un rappel historique, Hosni Moubarak arrive au pouvoir en 1981 et Paul Biya en 1982.

5-Partir comme Mandela ou Ahidjo

C’est le schéma idéal et souhaité par plus de 95% des camerounais et la quasi totalité de la communauté internationale. Il s’agit surtout de prévenir maintenant et d’anticiper la crise qui pourrait naître suite à la chute des dicteurs qui se maintiennent au pouvoir. Ainsi donc tous souhaitent que Paul Biya se retirer pour privilégier une transition pacifique.

Il y a quelque mois, circulait une lettre attribuée à Franck Biya, fils aîné de Paul Biya, dans laquelle il demandait à sont père de se retirer pour le bien non seulement du Cameroun, mais également pour sa propre famille. S’il faut se référer à la maxime « Il n’y a pas de fumée sans feu », est ce que Franck a vraiment demandé à son père de prendre une retraite bien méritée? Personne ne sait. Tout de même on sait que ni lui, ni l’entourage de Paul Biya n’ont contesté la véracité de cette lettre qui a circulé sur Internet.

Si le fils a peut être bel et bien écrit à papa pour lui demander de céder le pourvoir, on peut dire que par ce geste, il voudrait s’aligner du côté de la majorité des camerounais qui pensent que, comme Ahidjo en 1982 ou Senghor au Sénégal en 1981, le président camerounais doit se retirer après 29 ans de bons et loyaux services afin céder pacifiquement le pouvoir à un autre digne fils Camerounais. D’autant plus que ceux qui soutiennent ce scénario pensent que c’est la seule façon d’assurer aujourd’hui une transition pacifique au Cameroun. Ce serait aussi la manière idéale de montrer qu’après lui, son parti ne se déchera pas à cause du choix d’un successeur légitime. Car en politique, il n’y a pas de testament. La transition se fait qu’en on est encore vivant, ou plutôt qu’en on a encore le pourvoir d’arbitrer différentes ambitions.

C’est pourquoi on ose penser que comme Mandela, Senghor, Ahidjo, Alpha Oumar Konaré, Olusegun Obasanjo, pour ne citer que ceux là, Paul Biya aura à cœur l’avenir de son pays le Cameroun et qu’il cédera le pouvoir maintenant. En lieu et place d’un entêtement qui pourrait l’amener à finir comme Mobutu, Ben Ali ou même le cas le plus médiatisé actuellement que personne n’aimerait ici au pays, le procès de l’ex demi Dieu du Caire, Hosni Moubarak et certains de ses collaborateurs. À cela on ne peut que dire  simplement: «Quelle tragique fin!».
Désormais, il revient au Président Paul Biya de choisir comment il veut quitter la politique et comment il veut rester dans l’histoire de notre pays. Chaque chose ayant une fin qui peut être joyeuse ou dramatique. On peut croire que de sa retraite actuelle et le silence qu’il observe depuis quelques semaines lui donnent l’occasion de faire une bonne lecture de la situation sociopolitique camerounaise et de la nouvelle dynamique mondiale. On ne dira jamais assez, elle est explosive et n’attend que l’étincelle.

Comme le Cardinal Tumi, la Communauté Internationale et bons nombres de camerounais, épris de paix comme vous aussi, je l’exhorte à écouter son cœur et à chosir de partir maintenant à la Mandela. Et on pense que c’est ce qu’il va annoncer dans les prochains jours. Comme en 1982, de retour d’un long séjour en Europe, feu le Président Ahmadou Ahidjo dans une déclaration historique au poste nationale de la Radio Camerounais :

«Camerounaises, Camerounais, mes chers compatriotes, j’ai décidé de démissionner de mes fonctions de Président de la République du Cameroun. Cette décision prendra effet le samedi 6 novembre à 10 h. En cette circonstance capitale, je voudrais du fond du cœur remercier toutes celles et tous ceux qui, depuis bientôt 25 ans, m’ont accordé leur confiance et apporté leur aide dans l’accomplissement de mes lourdes tâches à la tête de l’État. Je voudrais tout particulièrement remercier les militantes et les militants de notre grand Parti national, l’U.N.C. de leur soutien total, constant et inébranlable. « S’il reste beaucoup à faire dans la grande et longue œuvre de construction de notre cher et beau pays, nous avons ensemble accompli après l’indépendance, la Réunification et l’Unification, des progrès considérables dans tous les domaines. Notre pays dispose d’atouts importants. L’unité nationale consolidée, des ressources nombreuses, variées et complémentaires, une économie en expansion continue, des finances saines, une justice sociale en amélioration, une population laborieuse et une jeunesse dynamique, de solides et fructueuses relations d’amitié et de coopération en Afrique et dans le monde. « J’invite toutes les Camerounaises et tous les Camerounais à accorder, sans réserve, leur confiance et à apporter leur concours à mon successeur constitutionnel M. Paul Biya. Il mérite la confiance de tous, à l’intérieur et à l’extérieur ».

« Je vous exhorte à demeurer un peuple uni, patriote, travailleur, digne et respecté. « Je prie Dieu Tout-Puissant afin qu’il continue à assurer au peuple camerounais la protection et l’aide nécessaires à son développement dans la paix, l’unité et la Justice. « Vive le Cameroun ».

Voici que 30 ans après cette démission mémorable du 4 novembre 1982 annoncée au journal de 20 heures, aujourd’hui, la balle est plus que jamais dans le camp de Paul Biya.

Partir comme Mandela ou comme Moubarak? Paul Biya a son destin entre ses mains.

© icicemac.com : Martin Stéphane Fongang

Niger : La fortune de son « Excellence Tandja »

C’est probablement l’une des plus grandes opérations de blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest. Au centre de ce dispositif, des centaines de millions de dollars appartenant à un homme d’affaires que ses interlocuteurs désignent par « Son Excellence Tandja », et qui serait d’après ses dires le fils de l’ex-président nigérien Mamadou Tandja. Questions : quelle est la vraie identité de son Excellence Tandja ? Dans quelle mesure bénéficie-t-il (ou pas) de la protection active ou passive des hautes autorités béninoises ?
Surprise, les billets sont vrais, comme le montre le numéro de série de ce billet de 100 dollars.

La cinquantaine consommée, « Son Excellence Tandja » vit dans une belle villa à Cotonou, avec portail électrique, caméra et double haie de gardes armés. Dans le sous-sol de cette villa, une vingtaine de véhicules de prestige sont garés, allant de la Ferrari à la Porsche Panamera, au 4×4 Range Rover 5L dernier cri, en passant par la Bentley et même la Rolls Royce décapotable, présentée comme étant la voiture du président Mamadou Tandja.

Selon les estimations, ces malles contiendraient environ 1 milliard de dollars. « Son Excellence Tandja » a déclaré à l’un de ses interlocuteurs qu’il dispose de quatre ou cinq caches au Niger, au Togo et au Burkina Faso.
C’est là, dans cette villa cossue, que « Son Excellence Tandja » reçoit les nombreux porteurs de projets, des Occidentaux en général, à la recherche de capitaux. Le rituel de la réception est le même, ressemblant au procédé nigérian bien connu. Le visiteur est d’abord ébloui par la belle collection de voitures. Puis c’est l’escalade. A environ 1,5 kilomètre plus loin, dans une résidence protégée par des gardes de la douane béninoise, c’est le Pérou. Après avoir traversé une forteresse de sécurité, franchi un portique de détection sous le regard vigilant de quatre ou cinq douaniers, « Son Excellence Tandja », accompagné souvent d’un porteur de projets à la recherche de capitaux, est reçu par de hauts gradés qui lui remettent les clés d’un local. Appartenant à l’Etat, à un transitaire en douane ?

Le mystère de la chambre noire

Il s’agit d’une pièce d’environ 6 mètres de long, 5 mètres de large et 2,5 mètres de hauteur. Une trentaine de malles de couleur verte sont entreposées, nous confirment tour à tour deux investisseurs français qui ont eu à faire ce tour. A chaque malle correspond un numéro. Les malles sont remplies de billets de 100 dollars. Nous reproduisons ici un de ces billets, avec son numéro de série, qui devrait permettre à la BCEAO et aux autorités monétaires d’en retracer la provenance. Sur chaque liasse, il y a un lien avec la marque FED. S’agit-il de faux billets ? C’est le réflexe de tout investisseur qui atterrit dans cette caverne d’Ali Baba. Pour tuer tout doute, « Son Excellence Tandja » demande à son visiteur de prendre trois ou quatre billets au hasard dans la malle de son choix et d’aller procéder à des vérifications à la banque. Surprise, les billets sont vrais, comme le montre le numéro de série du billet de 100 dollars utilisé dans l’illustration de cet article.

En guise de prêts de capitaux, cet investisseur reçoit une étrange proposition de « Son Excellence Tandja », qui lui demande de l’aider à délocaliser des capitaux au Panama puis, de là, à les réinvestir aux USA.
Selon les estimations, ces malles contiendraient environ 1 milliard de dollars. « Son Excellence Tandja » a déclaré à l’un de ses interlocuteurs qu’il dispose de quatre ou cinq caches au Niger, au Togo et au Burkina Faso. Selon ses dires, l’argent a été amassé quand son père était président du Niger. La fortune proviendrait de pots de vin prélevés à chaque fois que les sociétés minières venaient renouveler leurs droits d’exploitation. Les groupes miniers payaient environ 250 millions de dollars par mine.

Une étrange proposition

En fait, passée cette visite guidée dans la mystérieuse chambre noire gardée par la douane béninoise, les affaires se compliquent. L’investisseur qui mort à l’hameçon est immanquablement invité à créer une société locale. Ce qui, dans le cas de notre informateur, fut fait après paiement de 50% du capital et des frais inhérents à la structure. Notre porteur de projets créera une société dénommée Moon Export, au capital de 150 000 euros. Les différentes démarches pour la constitution de l’entreprise sont faites à l’aide d’un notaire, Armel Genèse De Souza, qui nous confirmera bien avoir enregistré une telle entreprise.

Seulement, monsieur Armel De Souza, conseiller financier de « Son Excellence Tandja », qui se présente comme docteur d’Etat en Droit, notaire agréé et administrateur d’une grande banque ouest-africaine, ne serait ni enregistré comme notaire à Cotonou (d’après les précisions de la banque en question), encore moins reconnu comme administrateur par ladite banque, qui nie tout lien avec ce notaire. S’agit-il d’une arnaque à la nigériane ? L’argent viré pour le compte de Moon Export dans le compte bancaire ouvert en son nom auprès d’une agence de la fameuse banque en question sera retiré par une personne tierce, au grand étonnement du porteur de projets qui, après avoir signé un accord de prêt de plus de 6,3 millions de dollars, avait présenté des brevets de sa société en garantie.

En guise de prêts de capitaux, cet investisseur reçoit une étrange proposition de « Son Excellence Tandja », qui lui demande de l’aider à délocaliser des capitaux au Panama puis, de là, à les réinvestir aux USA. Toute cette histoire s’est passée entre juin 2010, date du « recrutement » du porteur de projets à Casablanca par un rabatteur, et octobre 2010, quand ledit investisseur, qui a libéré le montant nécessaire à la création de son entreprise, s’est rendu compte qu’il était au centre d’une affaire qui le dépassait. Soupçonnant une opération de blanchiment d’argent à grande échelle, le porteur de projets demande à se retirer et à être remboursé des frais de constitution de sa société, ainsi que des coûts inhérents à ses différents déplacements et démarches. Soit, en tout, 120 000 euros. Il n’en sera rien pour ce porteur de projets qui craint aujourd’hui qu’une autre personne, une autre signature, n’utilise sa société pour effectuer des transferts de capitaux. Cela d’autant qu’une nouvelle société, Stop Exchange Service, a été constituée par la suite à la même adresse que Moon Export, avec l’aide du notaire Armel De Souza.

Bienvenue chez les experts en défiscalisation

D’autre part, il s’avère que « Son Excellence Tandja » a fait recours à une société parisienne, sise rue Lafayette et spécialiste de la défiscalisation. C’est à travers cette société parisienne que la Stop Exchange Service a été ouverte à Cotonou à la même adresse que Moon Export, avec un compte ouvert à la même banque que le compte de Moon Export. Pour faire doublon ?
Quand nous l’avons contacté, le notaire a botté en touche, nous rappelant qu’il a exécuté des missions de création d’entreprise pour des clients. Contacté aussi par nos soins, l’agent de la société française à l’origine de la création de la Stop Exchange Service nous dira n’être qu’un « commercial » de ladite société. En revanche, il confirmera bien l’identité de « Son Excellence Tandja », qui est selon ses dires le fils du président Mamadou Tandja. Un homme courtois qui a « fait de hautes études en France et possède une résidence à Neuilly sur Seine ». La société française en question est-elle en train d’aider « Son Excellence Tandja » à transférer des capitaux dans les paradis fiscaux ? Non, rétorque celui qui se présente comme un « commercial », pour qui « “Son Excellence Tandja” est un client que nous accompagnons dans ses investissements ». Le « commercial » nous précisera que « Son Excellence Tandja » est une personnalité importante accueillie à sa descente d’avion à Lomé et à Cotonou par une limousine qui se gare au pied de son avion. Après l’échange avec le « commercial », nous avons été contactés par mail par le PDG de cette entreprise française championne de la défiscalisation, qui, tout en se disant victime d’une tentative d’extorsion de fonds de la part de notre informateur, rappelle la mission de son cabinet, « spécialiste de la défiscalisation en loi Girardin et loi TEPA ». Nous reviendrons plus amplement sur cette société, ses ramifications et ses opérations étalées sur trois continents dans nos prochaines éditions.

La vraie identité de « Son Excellence Tandja »

En attendant, le mystérieux « Son Excellence Tandja » est aux abonnés absents. Injoignable au téléphone, inaccessible à travers ses mails, cet homme constitue la clé de l’énigme. S’agit-il du fils de l’ancien président nigérien aujourd’hui en prison, ou d’un homme au centre d’un dispositif de blanchiment et de détournement d’argent provenant de l’aide du FMI, de donateurs divers voire d’autres sources ? En se référant au passeport utilisé pour l’établissement des actes notariés et l’ouverture du compte bancaire, il s’agit bien de Abdel Rahman Tandja, diplomate de nationalité nigérienne et fils de l’ex-président nigérien Mamadou Tandja. Autre élément qui plaide pour cette identité, la plainte déposée récemment pour diffamation par l’entreprise française spécialiste de la défiscalisation contre notre informateur. Dans cette plainte déposée devant la justice française apparaît le nom complet du client, Abdel Rahman Tandja. Malgré cette assurance, de nouveaux rebondissements vont faire jour à Cotonou.

Selon un travail de recoupement, nous avons pu recueillir l’autre identité (la vraie ?) de « Son Excellence Tandja ». S’agit-il vraiment du fils de Mamadou Tandja ? Quels sont les liens de « Son Excellence Tandja » avec les banques et, en particulier, avec la banque évoquée dans cet article ? (à suivre)

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