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Madagascar : Ne pas avaliser l’impunité, l’anarchie et la prébende

Le 7 décembre dernier, Nicolas Sarkozy recevait André Rajoelina. Dans le contexte de crise politique que connaît Madagascar, la société civile malgache a tenu à interpeller le président français sur les exigences de sortie de crise pour un pays qui, « depuis le coup d’Etat du 17 mars 2009, se trouve dans un Etat de non-droit où règne la « raison du plus fort », favorisant «l’impunité, l’anarchie et la prébende à tous les niveaux».

Lettre ouverte à Sarkozy

En raison des liens historiques séculaires qui existent entre le peuple malgache et le peuple français, et du positionnement particulier du gouvernement français aux différentes étapes de la crise malgache actuelle, nous, les organisations de la société civile malgache, signataires de cette lettre ouverte, avons l’honneur de vous exposer notre point de vue sur l’évolution du processus de sortie de crise actuelle à Madagascar.

Depuis le coup d’Etat du 17 mars 2009, caractérisé par une prise de pouvoir anticonstitutionnelle, Madagascar se trouve dans un Etat de non-droit où la « raison du plus fort » règne, favorisant l’impunité, l’anarchie et la prébende à tous les niveaux dont les aspects les plus criants sont :

– La violation des droits civils et politiques : interdiction des manifestations de l’opposition, fermeture des radios et télévisions privées non favorables au pouvoir, arrestations arbitraires,…

– Le pillage à grande échelle des richesses forestières et minières en complicité avec certaines grandes puissances,

– La non prise en compte de l’orthodoxie financière dans la gestion des finances publiques,

– La recrudescence du copinage, de la corruption, du népotisme dans la nomination des membres du Conseil Supérieur de la Transition (CST) et du Congrès de la Transition (CT)

Alors que ceux qui ont accédé actuellement au pouvoir au nom du « changement » et de la « révolution », vivent dans l’opulence ostentatoire, la grande majorité de la population se débat dans la misère inimaginable :

– 75,6% de la population malgache sont en dessous du seuil de la pauvreté (-1$ par jour) selon le rapport des Nations Unies de juillet 2011

– Le secteur privé est à bout de souffle. Selon le Syndicat des Industriels de Madagascar (SIM), 210 000 emplois sont supprimés et 884 entreprises obligées de se déclarer en faillite ou en chômage technique depuis 2009.

Excellence,

La Feuille de route, sous la médiation de la Troïka, signée le 17 septembre 2011 par dix entités politiques établies par le Dr Simaõ, présente des incohérences et ne reflète ni l’esprit ni les décisions des chefs d’Etat de la SADC réunis à Sandton les 11 et 12 juin 2011. Mis à part l’article 20, cette feuille de route a repris en totalité celle du Dr Simaõ. Aussi bien dans son interprétation que dans son application, elle devient un objet de blocage du respect des principes de consensualité, d’inclusivité et de neutralité, mais aussi un objet de conflit, compte-tenu du surpouvoir attribué au président de la HAT, ce qui est contraire aux formes républicaines de l’équilibre des pouvoirs. Il est évident qu’étant désignés par le président de la HAT, les « parlementaires » ne peuvent pas jouer librement leur rôle de contre-pouvoir.

Par ailleurs, malgré la mise en place du nouveau gouvernement et des institutions CT et CST, certaines dispositions majeures et prioritaires prévues dans la feuille de route ne sont pas traduites en acte jusqu’à présent, telles :

– La non application des mesures d’apaisement à savoir, la libération des prisonniers politiques, le retour de tous les exilés, l’ouverture des radios et télévisions de l’opposition, le libre accès de tous aux médias publics,…

– Le non respect des critères « juste et équitable », de provenance politique, d’équilibre régional et de genre, dans la répartition des sièges des différentes institutions actuellement mises en place (gouvernement, CST, CT),

– La monopolisation de la gestion de la transition par les seuls partis politiques signataires de la Feuille de route, dont la majorité n’a aucune base légitime, conduit à l’exclusion (Cf. l’analyse de la CNOSC dans son rapport n° 4 pour le Sommet des chefs d’Etat de la SADC à Gaborone et Sandton),

– La désignation par le Président de la HAT des parlementaires sans consulter les avis de la population des régions.

En outre, nous soulignons les éléments essentiels suivants :

– L’élargissement pléthorique et injustifiable des membres de CST et de CT, nécessitant des dépenses colossales, face à la misère de la majorité du peuple malgache,

– Le refus manifeste des responsables des « forces de l’ordre » et du Ministère de la Justice de prendre en compte la Feuille de route.

Excellence,

Malgré l’accord commun sur les principes de consensualité et d’inclusivité dans la résolution de la crise malgache, certains pays et organisations de la Communauté internationale ont biaisé dans l’application de ces principes, contribuant directement ou indirectement à la persistance actuelle de la situation conflictuelle.

De même, malgré l’affirmation de la nécessité du dialogue malgacho-malgache et du rôle essentiel de la société civile dans la résolution de la crise malgache, ces principes n’ont pas été respectés dans les faits. Il n’y a jamais eu une coordination étroite entre les médiateurs internationaux et la médiation nationale en dépit des appels incessants de la CNOSC.

En conclusion,

– Le processus actuel ne peut sortir durablement Madagascar de la crise malgré les apparences et les déclarations de certaines entités au pouvoir ainsi que de pays et organismes étrangers. Les conditions de réussite n’étant pas réunies, ce processus ne mènera pas aux élections transparentes, libres et crédibles, acceptées par tous. Au contraire, les germes de la résurgence et de l’amplification des tensions politiques et d’explosion sociale ne cessent de croître.

– Seul le retour au dialogue malgacho-malgache entre les différentes parties prenantes, avec la participation de toutes les forces vives de la Nation, pourra mettre en place un cadre apaisé, instaurer les bases d’une transition véritablement consensuelle et inclusive en vue de la refondation de la République et la sortie de Madagascar des crises cycliques à travers la tenue des élections crédibles et acceptée par tous, et la réconciliation nationale.

Excellences, nous vous prions d’agréer l’expression de notre haute considération.

Antananarivo, le 7 décembre 2011

Signataires : Lalao Randriamampionona, André Rasolo, Aristide Velompnahy, Serge Zafimahova (Coordination Nationale des Organisations de Société Civile (CNOSC), Georges Ruphin (Conseil des Anciens de la CNOSC), Patrick Zakariasy (ORIMBATO – Association des Gardiens des valeurs traditionnelles), C. Raheriharimahefa G. Ramesoelina (Coalition des Organisations de la Société Civile), Marie Francine Kidja (Fédération pour la Promotion Féminine et Enfantine (Protocole de la SADC sur le Genre), Mahamoudou Ndriandahy (Alliance des Organisations de la Société Civile)

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Madagascar : Andry Rajoelina et la transition élastique

Andry Rajoelina et Marc Ravalomanana, avec le médiateur Joachim Chissano, Maputo, 9 août 2009. REUTERS/STR New

Les grands hommes savent se retirer le moment venu. Aux autres – de moindre stature –, il faut leur montrer la sortie. Au pouvoir, ils y tiennent. Certains y sont nés. D’autres l’ont conquis par la force et projettent d’y rester jusqu’à la fin.

Le récent sommet qui a réuni les dirigeants d’Afrique australe autour de la crise malgache en Afrique du Sud aura accouché d’une souris puisque, l’homme fort (autoproclamé) de Malgache, le président de la Haute autorité de transition, Andry Rajoelina, a rejeté en bloc toutes les propositions de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC). Il estime que l’instance sous-régionale s’est fourvoyée dans une démarche visant à lui ôter toute crédibilité et refuse carrément le retour au pays sans condition de l’ancien Président Marc Ravalomana qu’il a renversé par un coup d’état en mars 2009.

Drôle de rapport que celui de Andry Rajoelina avec le pouvoir. Il peut être un véritable sphinx quand cela l’arrange. Puis se transformer en conteur volubile l’instant d’après. Le sentiment pourrait presque se résumer en une phrase : « Je suis Président et c’est tout ». Le pouvoir quand il n’est pas légitime et légal, devient invariablement obscène… ou même sale.

« Je sais que je serai élu, maintenant ou dans cinq ans » : a-t-il déclaré le 09 mai 2011 à « Jeune Afrique ». On pourrait lui répondre, « alors organise les élections ». Par trois (03) fois les élections ont été reportées dans ce pays et il semble bien que le Président autoproclamé joue les prolongations pour se préparer convenablement à remporter les élections qu’il compte organiser quand, il aura jugé le moment propice.

Renverser un Président démocratiquement élu et installer depuis deux ans sur l’île une dictature n’est pas concevable. Tout pouvoir politique qui ne peut garantir l’égalité des citoyens devant les institutions de même que, la liberté d’expression et de manifestation comme c’est le cas actuellement sur l’île, doit être combattu. La transition malgache court vers un mandat électif puisque bientôt trois années se seraient écoulées depuis le putsch puis quatre années et cinq sans que des élections ne soient organisées ni qu’un climat de paix et une stabilité véritable ne soient installés. Tous les maillons de la société malgache sont disloqués. L’armée se mêle à la politique et oublie son rôle républicain qui exclut son hypothétique neutralité. Il y a anachronisme.

Toute chose qui peut faire école dans une Afrique où poussent comme des champignons les fossoyeurs de la démocratie.

La faute pour une fois encore se retrouve au niveau de nos institutions régionales. Comme l’UEMOA et la CEDEAO qui manquent de vision, de leadership et de responsabilité, la SADC (Communauté de développement d’Afrique australe), a commis l’erreur stratégique et monumentale à Maputo, au Mozambique de refuser de reconnaître Andry Rajoelina après son coup d’Etat puis, l’instant d’après de ravaler ses critiques à son encontre pour légitimer son pouvoir et même valider la proposition de ce dernier d’écarter du processus de transition l’ancien président Marc Ravalomanana pour qui, Rajoelina voue une haine viscérale. Comme quoi, en Afrique les querelles de personnes et le manque de vision peuvent influer dangereusement la vie des Nations.

Les inconsistances de la SADC ont fini par renforcer TGV, Andry Rajoelina l’homme fort de Tana qui s’est d’ailleurs taillé depuis novembre 2010 une constitution sur mesure, en s’arrogeant les pleins pouvoirs et en baissant l’âge d’éligibilité des candidats à la présidence.

Pour une fois, la SADC, a le devoir de sauver la face de nos institutions sous régionales qui ont toujours été incapables de régler les crises sur le continent. La SADC doit mettre fin à cette transition qui n’a que duré en s’employant par tous les moyens à faire respecter ses propositions et en évitant d’alerter les sapeurs-pompiers étrangers.

aymard