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BENIN : Sous « l’arbre à palabres » avec Me Jacques Migan

Me Jacques Migan ‘’Sous l’arbre à palabres ‘’:« L’audit de la Lepi doit être la priorité de Yayi Boni et non la révision de la Constitution »

Avocat au Barreau, Ancien Bâtonnier, Ancien Conseiller technique Juridique du Chef de l’Etat Mathieu Kérékou, Maître Jacques Migan est le 51ème invité de la rubrique « Sous l’Abre à Palabres ». Nageant entre technocratie et politique, ses sorties sont souvent trop vite étiquetées. Même quand il aborde des dossiers purement techniques comme la révision de la Constitution, il est perçu d’un regard politique. « Sous l’Arbre à palabres », Me Migan passe en revue l’actualité politique, économique, sociale, juridique et même judiciaire. Beaucoup de préconçus sur l’homme tombent après la lecture de cet entretien à bâton rompu avec les journalistes de la rédaction de l’Evénement Précis au siège du Journal. Dans ces échanges, il réaffirme le sens de son combat contre une révision opportuniste de la Constitution béninoise, se démarque de certaines décisions de cette cour Constitutionnelle et la cloue au pilori…

Et si on en parlait

Me Migan, technocrate ou politicien

Est-ce que je peux dire que je suis politicien ? Non, je préfère dire que je suis un citoyen qui s’occupe des affaires de son pays, puisque nous sommes tous regardant sur l’évolution de ce qui se passe. Et c’est ce qui amène certains à dire que tel est politicien, tel ne l’est pas. Je n’appartiens à aucun bord politique. Je ne suis ni de la mouvance, ni de l’Union fait la Nation. Je suis un citoyen critique, mais mes critiques sont objectives, constructives, responsables.

Boni Yayi, notre actuel Chef de l’Etat, je l’ai accompagné dans les années 2006, jusqu’à 2008. Pour des raisons précises,en quittant mes responsabilités de Conseiller technique juridique du président Kérékou, il m’a plu de voir continuer, se réaliser ce que le Général avait laissé. Mais rapidement, j’ai commencé par constater que le Président Boni Yayi n’est pas celui en qui je croyais. C’est-à-dire, sa préoccupation, son ambition, sa volonté, n’étaient pas ce que je pensais voir en l’homme,pour le développement de mon pays en quoi je crois, le développement de la jeunesse, ce n’était pas la préoccupation du Chef de l’Etat.

 Sa préoccupation, c’est l’homme qui fonce, l’homme qui joue, l’homme qui jongle, l’homme qui jouit. Jouisseur, jongleur, joueur. Mais comme j’ai eu à le dire et comme je continue de le dire, quand on ne s’arrête pas pour faire le point, on ne se rend pas compte de ce qu’on fait. C’est l’homme qui trompe, comme vous le savez.

Yayi II et la révision de la loi fondamentale

Est-ce que j’ai eu à dire que le Chef de l’Etat a la volonté de modifier la Loi fondamentale ? Le juriste vous dira ceci : lorsque vous continuez à vous justifier, ça veut dire que vous vous reprochez quelque chose. Lorsque vous répétez tout le temps la même chose, ça veut dire qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Donc, nous essayons de creuser. A chaque sortie du Chef de l’Etat, il nous dit qu’il ne va pas toucher à l’article 42 qui limite le mandat à un mandat de cinq ans renouvelable une fois. A la fin de son deuxième quinquennat, il partira.

Il a aussi parlé de l’article 44 qui évoque l’âge au-delà duquel vous ne pourrez plus être candidat aux élections présidentielles, 70 ans. Il aura moins de 70 ans en 2016. Est-ce qu’il va le toucher, est-ce qu’il ne va pas le toucher, ce n’est pas là notre préoccupation. Il dit à qui veut l’entendre qu’il ne toucherait pas à ces deux articles, qu’il partirait à la fin de son mandat. Boni Yayi, ce n’est pas en le disant qu’il rassure. Il n’est pas le seul à le dire, Il y a également ses collaborateurs. Vous avez vu les sorties de M. Amos Elègbè, de M. Hountondji, et puis d’autres après mon intervention sur Golfe TV.

 Et quand lui-même se déplace, systématiquement il revient sur ces points et à force d’insister, de vouloir rassurer, ça commence par inquiéter, ça commence à amener les uns et les autres à se poser des questions alors que nos préoccupations ne sont pas à ce niveau. Nous, nous disons ceci : la révision de la Constitution n’est pas interdite. Rappelons que la Constitution a déjà prévu elle-même les conditions de sa révision. Et les articles pour aller à révision sont prévus dans la Constitution. Mais nous disons ceci qui est important : est-ce que cette révision est opportune aujourd’hui, avant la révision de la Lépi ?

 Si on révise aujourd’hui la Lépi et qu’on révise demain la Constitution, nous sommes partants. Nous disons et nous continuons à dire que la priorité ne doit pas d’abord être la révision de la constitution, c’est-à-dire qu’il faut qu’on audite d’abord la Lépi. Il faut qu’on la revoie, il faut qu’on la corrige, il faut qu’on l’améliore pas seulement pour les besoins électoraux. Si nous prenons aujourd’hui ce qu’on appelle la Lépi, ce n’est pas une Lépi que nous avons, nous avons plutôt une Liste électorale informatisée. C’est-à-dire pour les besoins électoraux.

Et si tel doit être le cas, faudrait-il encore que cette Lepi prenne en compte tous les citoyens à même de voter. Et nous, nous aurions souhaité qu’on ait une liste électorale informatisée permanente, qui ne serait pas seulement pour les besoins électoraux, mais qui aille au-delà. C’est-à-dire que cette Lépi serve pour la paix, qu’elle serve pour le développement, et qu’elle serve tout simplement pour la démocratie. Imaginez ce qu’on peut obtenir pour un pays comme le nôtre, à partir de cet instrument, de cet outil. Mais pourquoi aujourd’hui, ne veut-on pas faire cette révision de la Lépi ? Qu’est-ce que ça cache ?

Les soupçons de Me Migan sur la Lépi

Ce que nous soupçonnons, nous l’avions dit et nous continuons de le dire, on nous avait annoncé, avant même les résultats des dernières élections présidentielles, que c’était le K.O. Alors, si quelqu’un a pu le dire, c’est parce que la personne a compté sur un instrument. L’outil informatique lui-même n’est pas un humain, C’est un individu qui introduit les éléments. C’est un individu qui a un moment donné a permis à l’outil d’être efficace.

Et si on a pu obtenir le K.O à partir de cette LEI, imaginez ce qu’il en serait lorsqu’on ira à révision de la Constitution avec la loi référendaire qui a été votée. Ce d’autant qu’on nous dit aujourd’hui que c’est 90 jours avant le référendum que les gens s’inscriraient. Vous savez chez nous on attend la dernière minute pour faire les choses, résultat on ne fait rien ou on fait mal. Or, ce que nous vivons aujourd’hui, c’est que de manière précipitée, de manière fugitive on vote différentes lois.

Le pouvoir pressé de voir sa majorité’effilocher, peut décider que le référendum pour permettre la révision de la constitution se réalise l’année prochaine : pensez-vous que nous aurions eu le temps de revoir la Lépi ? Une proposition concrète sur la révision de la Lépi: nous demandons qu’on fasse appel aux experts internationaux et nationaux pour auditer la Lepi.Auditer pour essayer de voir les forces et les faiblesses de la Lepi et pour la corriger.

Appels de l’Avocat

A commencer par vous-mêmes. Le simple fait de prendre la parole et de s’exprimer, c’est que vous parlez à tout le monde, y compris qui de droit. Et comme j’ai eu à le dire, le Chef de l’Etat est entouré de monde. Peut-être que vous ne le savez pas. Ce que nous sommes entrain de dire à l’heure où je vous parle, s’il est un chef d’Etat bien informé, il doit le savoir. Le Chef de l’Etat est au courant de tout. Et ce que nous disons, il le sait, il l’écoute.

 Par exemple, nous étions à la Radio Bénin-Culture, nous étions à la Radio Gerdes, on a parlé au peuple, et plus précisément de l’Ouémé, de Porto-Novo, de Missérété. Mais parmi tous ceux-là, il y a aussi les services de renseignement du pouvoir pour écouter ce que nous étions entrain de dire, pour rendre compte. C’est la première mission d’un chef d’Etat. Lorsqu’il arrive à son bureau, le premier document qu’il lit : c’est le rapport des renseignements, qu’est-ce qui a été dit par rapport à la politique ? Même les mendiants aussi, si vous ne le saviez pas, sont aussi des gens qui renseignent le Chef de l’Etat.

En tout cas, du temps où j’étais aux responsabilités, les mendiants aussi renseignaient. Lorsque vous passez à un carrefour, ils rendent compte. Bref pour revenir à la Lépi, une proposition concrète, c’est faire appel à des experts indépendants pour auditer. A la différence de ce que les uns et les autres proposent, c’est-à-dire diagnostiquer, nous, nous disons qu’il faut auditer la Lepi.

Yayi bien élu avec la Lépi

Il l’a dit, mais ça n’a pas empêché, le 13 mars, au moment où il votait, une bizarrerie que je n’ai jamais comprise. Qu’il ait demandé pardon. Le seul fait même qu’il ait demandé pardon devait amener la CENA à le disqualifier. Parce que c’est tout comme s’il était encore en campagne. Or le fait de prendre la parole pour dire « pardon, je sais que tout n’est pas parfait », c’est pour émouvoir.

 Et lorsque vous parlez en ces termes, vous pouvez changer les donnes, vous pouvez amener un citoyen qui ne voulait pas voter, qui était parti pour rester chez lui et voter abstention à sortir. Vous pouvez amener quelqu’un qui était parti pour voter pour X à voter pour vous. Celui qui doit comprendre et apprécier, c’est d’une part la CENA, ensuite la Cour constitutionnelle.

Or, ce n’est pas moi qui le dis, la Cour avait aux ordres, la Cour des « miracles ». La Cour aurait dû le disqualifié. Est-ce que vous savez ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire ? Pourvu qu’on ne rencontre jamais cela au Bénin. On a fini les élections en Côte d’Ivoire et ils ont basculé dans la violence.

Me Migan face au K.o de Yayi

Le Droit dit ceci : lorsqu’il y a une petite erreur, l’erreur corrompt tout. Lorsqu’il ya une petite faute, le faux corrompt tout, ça vicie tout. Il a suffi tout simplement, je ne parle même pas de sa déclaration du 13, le fait de laisser en rade des milliers de citoyens constitue déjà une malfaçon de l’outil. Et que ce soit mal fait, entraîne déjà le vice.

La communauté internationale cautionne la Lepi

Que recherche la communauté internationale? Ce n’est pas la communauté qui doit diriger le Bénin ; nous sommes quand même un pays souverain. Il faudrait d’abord que nous croyions en nous-mêmes. Ce n’est pas parce que la communauté nous assiste que nous devons, comme des moutons, demeurer à dire « la communauté, la communauté ». Regardez ce qui se passe aujourd’hui en République démocratique du Congo. Ils organisent les élections sur fonds propres, sur leur propre budget sans l’aide de la communauté. Qu’est-ce que vous allez attendre de quelqu’un qui vous finance ?

Quand la communauté vous finance, mais c’est normal que les instructions émanent d’elle. Quand ils votent en France, est-ce qu’ils font appel à la communauté ?Lorsqu’il y avait eu cette élection entre AL Gore et Bush Junior, où il fallait reprendre les élections, pourquoi on n’a pas fait appel à la communauté ? Avec ce qui se passe en Russie, que le premier ministre devienne président, et le président premier ministre, pourquoi on ne parle pas de la communauté ?

Et c’est là où je vous demande, en tant que journalistes, de dénoncer ce genre de choses. Ou bien vous êtes souverain, ou bien vous n’êtes pas souverain. Il ne revient pas à la communauté Internationale de certifier si nos élections sont bonnes ou non. C’est fort de tout ceci que nous disons: nous pouvons réaliser une Lépi sans l’aide de la communauté pour des élections crédibles. Nous avons la logistique, nous avons le savoir-faire.

Si c’est l’argent qui nous manque, commençons par payer chacun 25 francs. Pour le séjour du Pape, il est demandé de payer 500 francs, moi je vous demande de payer 25 francs pour le Bénin. Si vous voulez même payez dix francs pourquoi pas ? Parce qu’on n’a plus besoin de grandes choses pour aller à une Lépi crédible, une Lépi porteuse dans l’intérêt du pays. Je vous dis et je vous le répète, il suffirait, à l’heure où nous sommes aujourd’hui, de mettre dans chaque commune, les 77 communes, des ordinateurs, pour recenser les uns et les autres.

 Et vous aurez les résultats escomptés. Est-ce que vous savez que ce que nous avions eu comme LEI pour aller aux élections de mars et avril derniers était moins performant que l’outil manuel qui était utilisé. Le combat que nous menons aujourd’hui, c’est un devoir, Yayi, et nous-mêmes, qu’on le veuille ou non, nous partirons en 2016. C’est notre dernière carte. Et nous ne devons pas vous laisser le pays dans cet état.

 Voulez-vous demeurer aux responsabilités et mourir avec les honneurs ? Pourquoi faire ? Il y a 9 millions de Béninois, il y a 50% de jeunes qui cherchent du travail. Faites le calcul. On sait que les jeunes sont 60 % de la population. Ça veut dire que nous avons 2,7 millions de jeunes qui sont au chômage. C’est ça qui nous inquiète. C’est pour eux que je me bats pour que les jeunes accèdent rapidement aux responsabilités et aient un emploi. Est-ce qu’on le peut ?

La jeunesse aux commandes

Je vous donne mon exemple. Je vous ai dit que je suis professeur-assistant à l’université. Après mon départ ils m’ont rappelé. J’ai accepté parce qu’il faut que je forme rapidement des jeunes qui prendront la relève, pour que je quitte complètement. Parce qu’il n’est pas normal que nous continuions à dire qu’ils ne sont pas préparés, les jeunes. Pourquoi ne pas créer les conditions pour que ces jeunes émergent.

Pourquoi ne pas les laisser faire ? Vous n’allez pas laisser ces jeunes partir à la retraite sans avoir travaillé ! Il y a quelque chose qui ne va pas. Est-ce que le pouvoir aujourd’hui s’occupe de ça ? Donc notre préoccupation c’est d’une part la Lépi crédible, mais également que le pouvoir cherche à faire face à la crise alimentaire ou si vous préférez, socioéconomique.

Parlons de la réforme

Nous sommes tous pour les réformes, mais il faut que les réformes soient bien pensées. Il faut que les réformes soient bien réfléchies. Il faut que les réformes soient consensuelles. Or, les réformes que nous avons aujourd’hui ne le sont pas, quand vous avez une épée de Damoclès le FMI, la Banque Mondiale qui vous demandent de faire ceci ou cela. Je vous donne l’exemple d’une réforme : réformer l’agriculture.

 Pour réformer l’agriculture, on avait commencé au temps du Général Mathieu Kérékou mais on a constaté qu’une seule personne voulait contrôler l’agriculture, voulait contrôler la production du coton – on a dû tout arrêter. Quand Yayi est arrivé aux affaires, il a dit « Je porterais la production à 600 000 tonnes ». On était tout heureux, ça faisait partie des raisons pour lesquelles on l’avait accompagné. Mais au finish, qu’est-ce qui s’est passé ?

 Après avoir investi plus de 90 milliards dans le coton, à la fin de son premier quinquennat, la production n’a jamais dépassé 200 000 tonnes. Alors qu’entre 2004-2005, nous savons comment nous avions fait pour porter la production sur le plan agricole à 427 000 tonnes ! Mais, qui a tué ce coton aujourd’hui? Quid de cette réforme aujourd’hui ?

L’Etat vit sur la fraude

Je prends un exemple. Qu’est-ce qui a permis au Chef de l’Etat de financer pendant un moment les microcrédits ? C’est les véhicules d’occasion. Mais, les véhicules d’occasion lui ont permis de financer les microcrédits alors que les recettes des véhicules d’occasion n’étaient pas budgétisées au début de son quinquennat. Il a fallu les journalistes et les députés qui ont insisté pour qu’il le budgétise. Mais, la fraude, c’est ahurissant.

 Je veux dire que nous prenons de l’argent pour financer l’Etat à partir d’un trafic frauduleux. C’est-à-dire quoi ? Le Nigéria dit ceci : je ne veux pas sur mon territoire des véhicules qui ont plus de cinq ans d’âge. Mais, nous, nous faisons entrer de manière frauduleuse sur le territoire nigérian des véhicules qui ont plus de cinq ans d’âge. Or, lorsque vous faites entrer de manière frauduleuse ces véhicules, on exige sur chaque véhicule une taxe qu’on appelle la taxe sur la valeur ajoutée (TVA). On nous dit que lorsque vous aurez accompli les formalités à la frontière, vous revenez et on vous rembourse la TVA.

Mais, comme le propriétaire du véhicule ne peut plus revenir pour justifier de l’entrée régulière par les frontières ; toute chose qui devait lui permettre de récupérer son argent il se voit obligé d’abandonner cet argent qui reste dans les caisses de l’Etat. Cet argent qui sert, qui a servi et qui continue de servir à financer les microcrédits. Et c’est là où nous disons qu’un Etat ne peut pas faire ça. Un Etat crée les conditions pour produire puisque l’économie, c’est produire, c’est vendre…

La Cour Constitutionnelle au banc des accusés

J’ai lu la dernière décision. Déjà, parlons du droit de grève. Ce droit est prévu par la constitution qui, en son article 31, garantit le droit de grève et renvoie à la loi pour sa réglementation. Du moment où la constitution dit que je vous garantis cela, vous ne pouvez pas, à partir d’une loi, maintenant remettre en cause ce que la loi fondamentale a dit.

C’est l’aberration totale ! Et c’est ce qui avait emmené les hauts magistrats de 2003 du temps de, paix à son âme, Mme Ouinsou à dire que les travailleurs y compris les militaires ont le droit de faire grève. Et on ne sait par quel miracle, alors qu’on s’attendait que cette jurisprudence se confirme, Dossou Robert, comme il sait le faire et en a la magie, a tout simplement dit que le texte qui a été voté et interdisant désormais en son article 9 le droit de grève aux douaniers est conforme à la Constitution. Mais allons plus loin. On nous parle de la convention de 1996 du BIT.

Soit ! Mais que dit cette convention ? Cette convention dit qu’ils ont droit. Mais les initiateurs de cette loi nous disent que pour des raisons de fait c’est-à-dire dans les mouvements sociaux, ceux-là peuvent être amenés à utiliser les armes en cas de…et pour ce faire, il faut les empêcher de faire grève. Il faut être député de la mouvance associé à la cour constitutionnelle pour aller à de tels raisonnements. Vous savez, c’est une décision abracadabrante. Je ne sais pas ce que c’est. C’est-à-dire que ça ne nous fait pas évoluer.

Des conditions pour parler de revirement jurisprudentiel

Un revirement jurisprudentiel. Soit. Mais, faudrait-il encore qu’il y ait des éléments nouveaux. Or, reprenez ce qui a été dit dans la décision de la Cour. Il n’y a pas d’éléments nouveaux. Lorsqu’il y a un élément nouveau, il remet en cause la première jurisprudence. Le juge fait le bilan des deux et on essaie de voir ce qui a changé entre temps. Mais les éléments qu’on a aujourd’hui devraient amener à confirmer la jurisprudence de Madame Ouinsou.

Kérékou et la révision de la Constitution

Fouillez et refouillez encore alors que nous étions aux responsabilités, vous ne verrez jamais de décision cassée par la Cour. Pourquoi ? On allait fouiller, on allait chercher dans l’intérêt supérieur et on demandait au Chef de l’Etat « voilà ce que nous avions trouvé, à vous maintenant de l’habiller politiquement ». Nous étions techniciens, nous suggérions. Je vous donne un exemple très simple.

Quand on disait que Kérékou voulait réviser la constitution et que c’était tel qui le conseillait. Vous savez ce qu’on avait fait ? Les documents sont là. On lui a dit ceci « monsieur le Président de la République, si vous voulez aller à la révision de la constitution, voilà les avantages et voilà les inconvénients. Vous ne pouvez pas. Mais, vous avez un élément qui vous permet de demeurer aux responsabilités. Il y avait le recensement national approfondi. Or les textes disent ceci, tant que ça n’a pas été fait six mois avant les élections, celle-ci ne peut pas avoir lieu.

 On lui a dit Monsieur le président, vous avez cette possibilité de demeurer aux responsabilités parce que tant que le recensement national approfondi ne serait pas fait, vous serez là aux responsabilités. Mais pour éviter cela, il faut faire suspendre le RENA. Kérékou qui est un homme qui aime toujours chercher, qui aime toujours comprendre, avant de faire, il a cherché à savoir. Il a demandé à certains de lui dire ce qu’ils en pensent. Au finish, qu’est-ce qui a été fait ? Le RENA a été suspendu le 20 décembre 2005. Reprenez les archives. C’est ce qui a permis d’aller aux élections.

Il fallait suspendre le RENA. Laissez-moi vous dire que quand nous étions aux responsabilités, notre préoccupation première, c’était de tout faire dans l’intérêt supérieur de la nation pas pour Kérékou. Or aujourd’hui, on conseille dans son intérêt à soi pour rester avec le Chef de l’Etat.

Pas contre la révision de la Constitution, mais…

Je vous ai dit tout à l’heure que la révision a prévu les articles pour sa révision. Donc, on ne peut pas d’entrée être contre une révision de constitution. Ça dépend des éléments qui vont vous emmener à la révision. Ce n’est pas une question de oui ou non ; la question ne se pose pas à ce niveau. Quand vous prenez le projet de révision, il contient des choses intéressantes que j’apprécie. Mais, c’est une question d’opportunité. Est-ce que le moment est propice pour qu’on aille à la révision ? Et nous réitérons qu’il y a deux éléments fondamentaux qui écartent la révision en ce moment.

D’une part, nous disons et nous crions haut et fort qu’il faut d’abord nettoyer, toiletter la LEPI. La deuxième chose, et ça vous concerne tous, quand vous avez le tiers de la population qui n’arrive plus à satisfaire ses besoins fondamentaux, se nourrir, s’habiller, boire, aller et venir tout simplement, c’est qu’il y a un problème. Ça veut dire que nous avons des gens qui ne savent plus comment gérer. Et quand vous ne savez pas gérer, vous n’avez plus votre place là. Or, ces deux points nécessitent d’être résolus avant d’aller à la révision de la constitution…

Et le projet de septennat de Me Migan

Attention, attention ! Le contexte n’est pas le même. Ce que nous disons est le suivant. Quand nous avons constaté comment les Chefs d’Etat arrivent aux responsabilités et surtout lors du premier mandat sans programme et ne font rien si non des actions électoralistes pour se faire réélire, nous avons pensé à un mandat de 7 ans non renouvelable. Avec un mandat de 5 ans renouvelable on pense tout le temps à rempiler, on évolue sans boussole, on pose des actes à des fins électoralistes.

Aujourd’hui des grèves sur des grèves, on accorde des primes à tout le monde. Pour des besoins électoralistes, on fait ce qu’il ne faut pas faire. On embauche alors qu’il ne faut pas embaucher. Alors que si vous avez un mandat de sept ans non renouvelable avec un programme, avec les moyens pour financer ce programme, avec les hommes qu’il faut pour conduire ce programme, lorsque vous faites ce mandat, vous avez des résultats qui assurent le développement.

Le combat contre les dérapages du régime entamé

Mais la bataille a commencé. Qu’est-ce que nous faisons en vous parlant aujourd’hui et je voudrais aussi que vous jouiez votre partition dans le combat ; que chacun de nous, à partir de ce qu’il entend relaie encore plus en profondeur dans les soixante-dix-sept communes. Nous avons des mouvements, des associations qui se créent de manière spontanée.

 Nous avons des gens qui nous appellent, qui nous disent avoir appris telle chose et veulent aussi contribuer…Il faut croire en la vertu de la parole. Il ne faut jamais adopter une attitude d’attendre pour voir. Ce n’est pas qu’on rejette l’homme Yayi mais c’est les actes posés que nous condamnons, les dérapages que nous condamnons.

Absence de dialogue

Déjà, il faut que Boni Yayi écoute, il faut qu’il dialogue. Vous avez un exemple vivant. Lorsqu’il a reçu les douaniers à la retraite, comment est-ce que ça s’est passé ? C’est comme vous et moi, nous dialoguons. Vous essayez d’en savoir et j’essaie de répondre. Mais, Yayi a fini de parler, Yayi s’est levé et Yayi est parti. Qui a osé parler ? «Enregistrez-vous sinon partez », a-t-il conclu. Non, il faut que nous finissions avec cela, il faut un dialogue.

Et ce dialogue peut emmener à la paix. C’est parce qu’il n’y a pas de dialogue que nous nous retrouvons dans cette situation où nous sommes. Si Yayi avait accepté, si Yayi accepte un tout petit peu le dialogue, beaucoup de choses se seraient réglées dans notre pays. Yayi endort et il faudrait que nous cessions de nous laisser endormir.

Des grèves perlées face aux caisses de l’Etat qui se vident

Les grèves perlées ont commencé quand ? En 2008. Les caisses ont commencé à se vider pourquoi ? Tout simplement parce que le président Boni Yayi, et les douaniers sont témoins et le disent. Le Chef de l’Etat Boni Yayi exonère tout. Pour un pauvre pays comme le nôtre, vous importez et on exonère les marchandises qui vont être écoulées, non pas au Bénin pour le consommateur béninois, mais dans un pays de l’hinterland, ou au nigérian.

 Et ce qu’ils ne paient pas dans les caisses de l’Etat restent dans leurs poches. Et c’est un manque à gagner pour l’Etat. Ça vient de qui ? Du Chef de l’Etat. Sur le riz, sur le sucre, vous avez connu cela. Et les affaires, machines agricoles, on exonérait tout. Et puis, parlons-en. Un pays pauvre où on dit on fête le 1er août un lundi par exemple, et où le lendemain est chômé et férié. Qui va payer cela ? Vous avez vu un 14 juillet en France où les gens viennent de partout où on dira pour qu’ils rentrent chez eux, il faut leur accorder un deuxième jour de repos.

Combien de fois n’a-t-on pas fait cela avant les élections ? Comptez ces jours que le Chef de l’Etat donnait à des fins électoralistes et ça ne dit rien à personne. Les caisses ne peuvent que se vider et une journée qui n’est pas travaillée, c’est un manque à gagner pour l’Etat. Or pour que la croissance augmente, il nous faut 370 milliards par an d’investissement. Et lorsque vous avez écouté le Chef de l’Etat le mercredi, il nous dit : maintenant, j’ai compris que les douaniers ne sont mêmes pas les seuls et c’est tout l’Etat. C’est là où je me demande « est-ce que Yayi écoute Yayi ? ».

Mais pourquoi, il s’en prend aux douaniers ? Il y a quelque chose qui ne va pas. Au contraire, demandez aux douaniers de nous faire rentrer de l’argent dans les caisses, ils savent le faire. Et c’est fort de ça que nous disons au Chef de l’Etat de mettre de l’eau dans son vin, de dialoguer avec eux.

Yayi, la cause des grèves perlées

Mais qui a institué cela ? C’est Boni Yayi. Quand vous donnez aujourd’hui à X alors que X et Y remplissent les mêmes conditions, sous le même statut, c’est normal que Y aussi demande. « Ah, vous, vous avez fait grève et vous avez obtenu, je vais aussi demander à papa bonbon de me donner aussi ». Ainsi de suite et c’est ça qu’on appelle les grèves perlées. Qui en est responsable ? C’est Boni Yayi.

Regard sur la rentrée scolaire 2011-2012

Pour cette rentrée scolaire, vous ne verrez aucun parent dire qu’il n’est pas content. Tous sont contents de même que les élèves. Tout le monde était impatient, et même l’administration qui a pris des dispositions pour que la rentrée soit effectuée. Je n’ai pas encore eu de mauvaises nouvelles. Mais il y a une préoccupation, avec quel argent va-t-on démarrer la rentrée scolaire ? Je le dis parce qu’aujourd’hui les produits coûtent chers.

 Le cahier de 125f est passé à 150f avec bien d’autres produits qui ont doublé de prix. Ensuite j’ai des dossiers à mon niveau dans mon cabinet où beaucoup de parents crient l’affaire ICC-Services où leur argent a été placé. Aujourd’hui ceux- là n’ont pas d’argent pour faire face aux difficultés de la rentrée. ICC-Services a tout pris, et c’est dommage pour la République.

Dysfonctionnement de l’année universitaire au Bénin

C’est une affaire de gestion. Quant au lieu de s’occuper des affaires académiques les gens se lancent dans les affaires politiques, on arrive à des situations du genre. Il faut des hommes qu’il faut aux places qu’il faut. Nous demandons aux étudiants de prendre leur responsabilité en mais pour se défendre car cela compromet leur avenir. D’ailleurs, quelle formation dans ces conditions ? Ce ne sera qu’une formation bâclée.

Et enfin quand la fin arrive comme vous le dites, ils vont continuer à composer. La rentrée est prévue pour novembre et ceux qui sortent ? Quel sera leur sort ? Comment se passera leur insertion ? Comme le dit le Chef de l’Etat à travers le calcul que nous avions fait, 9.000.000.000 telle est la population du Bénin, 50% de jeunes sont à la recherche d’un emploi. Est-ce que vous savez combien d’étudiants quittent les bancs chaque année et où ils vont ? Interroger un conducteurs de taxi moto, il vous parlera un français correct et n’allez pas chercher loin, c’est un étudiant ; Ils sont 2 700 000 jeunes au chômage.

Le poids de l’opposition face aux réformes

Vous savez l’opposition est sortie désarmée. Je crois qu’ils sont demeurés encore traumatisés. Mais je crois que c’est maintenant qu’ils vont essayer de revenir. J’ai apprécié récemment l’intervention de Idji Kolawolé sur la Loi référendaire. Que dit Idji Kolawolé : « pourquoi la précipitation et pourquoi cette article 10 relativement à l’inscription qui doit se faire 90 jours avant ? Il ne faut pas que l’opposition se décourage. Elle n’a pas intérêt à se décourager.

Ils peuvent être minoritaire et faire de propositions concrètes. Il faut aussi le respect de l’autre et c’est ce que je demande à la mouvance. Le respect dans l’intérêt même du pays parce que du moment où vous êtes désormais devenu député, vous n’êtes plus député de votre région. Vous l’êtes pour tout le peuple. Donc l’opposition minoritaire peut dire des choses intéressantes qui peuvent être acceptées et exploitée par la mouvance et vice-versa.

Quelques bonnes actions de Yayi Boni depuis sa prise de fonction

Je vais vous donner un exemple récent de loi votée. Il s’agit de la loi sur les violences faites aux femmes. Quand cela a été fait, j’ai applaudi et je continuerai d’applaudir. J’en suis heureux. Quand vous avez confiance en votre femme quand vous l’aimez, vous ne devez pas la violenter physiquement ou moralement.

 En dehors de cette loi, je peux parler de la loi sur la corruption. Mais il y a des choses que je n’ai pas applaudies dans cette loi. Le côté où la structure qui doit la réguler serait sous la tutelle du Chef de l’Etat. La loi sur le référendum est intéressante mais ce sont les conditions dans lesquelles cela a été fait qui ne m’ont pas plus. La précipitation ? Qui peut être contre une loi, une réforme ?

Le monde des affaires au Bénin et le sort de votre ami Rodriguez

Rodriguez lorsque Soglo était aux responsabilités, était en exil, alors que Kérékou était aux responsabilités, il était en exil, alors que Yayi est aux responsabilités, il est en exil. Il a toujours été en exil et au même endroit. Vrai il est un opérateur économique, mais quel opérateur économique est Rodriguez ?

Remettez à Rodriguez ce pays et en six jours, il vous en fera un bijou. J’y crois parce qu’il a le savoir-faire. Je vous donne un exemple très simple. Souvenez-vous dans ce pays lorsque le Présidente Boni Yayi a accédé aux responsabilités, il nous dit que nous avons une Vallée qui est la deuxième richesse dans son domaine après l’Egypte. Il parlait de la Vallée de l’Ouémé. Il dit qu’il peut faire du palmier à huile la richesse qui permettra à notre pays de sortir de cette situation difficile.

 Il a fait venir les Malais qui ont sillonné le pays. Mais les Malais se sont baladés avec des véhicules officiels avec des gardes corps, logés nourris pour être enfin décorés. Et avant de repartir, ils ont dit qu’ils ne peuvent rien faire. Les malais ont dit au Chef de l’Etat que pour qu’ils puissent réussir il faut qu’il pleuve abondamment de façon régulière sur le pays. Ceci pour leur permettre d’avoir la pluviométrie qu’il faut. Mais qu’est-ce que fait Rodriguez en Côte-d’Ivoire ?

Il exploitait le système de goutte à goutte pour mettre en valeur la culture du palmier à huile avec les Israéliens. Il est d’Agoué, partagé de père Agoué et de mère Aboméenne. Donc il est béninois et on aurait dû lui faire appel pour réussir ce que les Malais n’ont pas pu faire. Il a réussi ceci en Côte-d’Ivoire, ce qui profite à ce pays dans le problème de l’emploi. Mais comme nous le savons, la «béninoiserie» veut qu’on tue les projets comme les initiateurs.

Je laisse tombé ce côté pour parler du dragage de sable. Du jour au lendemain on a dit, plus de sable marin, mais est ce qu’on a pris les dispositions idoines pour accompagner cela pour que nous ayions du sable extrait du fleuve ? Mais Rodriguez le fait et est devenu le premier producteur de dragage de sable en Côte d’Ivoire. Et puis l’usine de Rodriguez est la deuxième après celle de l’Egypte en matière production d’égrenage de coton avec une capacité de 60.000 tonnes par jour. Il faudrait que Yayi comprenne qu’on a besoin de tous les fils pour le développement du pays.

La différence entre Kérékou et Yayi

La sagesse. Car lorsque vous devenez un Chef d’Etat, apprenez à être sage. Il faut écouter, dialoguer, accepter les propositions des autres, il faut prendre de la hauteur, il ne faut pas se précipiter. Kérékou est un homme de dialogue, il sait dialoguer avec ses compatriotes. Est-ce qu’il y a un jour où vous avez vu Kérékou s’emporter?

L’Emergence avait-elle vraiment échoué ?

Ce qui permet de dire qu’un pays est émergent, c’est l’accès aux soins à l’instruction pour la grande majorité de la population. C’est lorsque les gens vont à l’école. La gratuité de la césarienne ne détermine pas à elle seule l’émergence. L’émergence n’est pas sur trois ou cinq ans, c’est plutôt un long processus.

 C’est quelque chose qui peut se préparer sur trente ans. Cela peut déjà démarrer et c’est après 10 ans, 15 ans, 20 ans que vous commencez par voir le bout du tunnel. Plus loin il faut dépasser le point 5 pour commencer à parler de l’émergence. Yayi a compris qu’il se trompait quand il parlait d’émergence. C’est pour quoi il parle maintenant de refondation.

La justice béninoise

La justice se porte bien. Pour qu’on puisse parler d’une justice qui se porte bien, il faut qu’on ait accès à la justice entre autre. Nous remercions le MCA qui fait de grands efforts aujourd’hui en dotant des régions d’infrastructures dignes. C’est une très bonne chose et il faut l’avouer. En ce qui concerne les tribunaux, il faut faciliter son accès à chaque citoyen de faire des milliers de kilomètres pour saisir la justice.

Et la jeunesse !

Je voudrais dire que ce que je trouve de grave, c’est la condition dans laquelle se trouve la jeunesse. Je voudrais que la jeunesse se ressaisisse, et que cette jeunesse comprenne que les temps sont durs et elle ne peut rien obtenir à travers ce comportement qu’elle adopte aujourd’hui, comportement de facilité. Il faudrait que la jeunesse comprenne que son avenir lui appartient et qu’elle cesse enfin de croire tout le temps que les ainés vont lui laisser la place ou céder le chemin pour qu’elle parvienne à ce qui lui revient. Ou bien elle est prête, ou bien elle n’est pas prête.

Si elle est prête, il faut qu’elle se lève pour prendre ce qui lui revient et nous sommes partants pour l’aider. Ma préoccupation aujourd’hui, c’est certes le développement, mais le développement de la jeunesse et je ne sais comment vous le dire. Vraiment ça me préoccupe. Je vous en supplie jeunes, le monde vous appartient, le Bénin en a besoin.

Si vous ne faites rien aujourd’hui, vous allez avoir une situation difficile demain, un Bénin difficile demain, un environnement difficile demain donc, c’est aujourd’hui et ce n’est pas demain ou après-demain, c’est là, là maintenant. Malheureusement, ce n’est pas ce que nous vivons, mais nous, nous sommes prêts à vous accompagner.

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Qui peut refonder le Benin et comment ?

J’ai lu l’article intitulé “Réforme à l’ère de la Refondation : Ce qui motive Yayi à aller jusqu’au bout” publié sur la page Internet du quotidien “Le Matinal” en date du 20 Septembre 2011. J’ai voulu par la présente remercier et féliciter FN, l’auteur de l’article pour l’effort  d’objectivité investi dans sa conception.  Mais je voudrais surtout exercer mon devoir de citoyen en émettant des réserves quant à la pertinence de l’analyse ainsi livrée aux internautes.

Il serait d’ailleurs plus intéressant si l’auteur pouvait publier son article dans le format papier du journal afin de permettre à nos compatriotes qui n’ont pas un accès aisé à l’outil Internet, de le lire, de l’analyser, de l’apprécier et de tirer chacun ses conclusions.

Pour ma part, je trouve que cet article s’inscrit parfaitement dans la série des articles commandités par le régime en place pour présenter aux béninois l’image d’un Président soucieux de l’avenir du peuple et justifier les prochains feuilletons de l’imposture qui est en cours dans notre pays depuis quelques années maintenant. De tels articles sont fréquents depuis 2006 que le régime autocratique a décidé de confisquer les organes de presse publics (ORTB notamment) et de stipendier la presse privée, devenue une des bénéficiaires de la largesse anachronique et contre nature du système en place.

Je ne suis pas moins indigné par certains aspects de cet article qui confirment le constat fait par de nombreux observateurs de la vie politique du Bénin que la complicité de certains journalistes dans le drame qui se joue actuellement au Bénin est à déplorer.

En réalité, de quelle refondation parle-t-on? Qu’appelle-t-on refondation et qui veut faire la refondation? Ces questions méritent réponses et clarifications de la part des journalistes qui claironnent depuis quelques mois sur la refondation.  Lorsqu’on a eu la chance d’aller à l’école et d’atteindre un niveau intellectuel qui vous permet d’écrire d’une plume aussi alerte, il faut saisir cette chance pour éclairer la population plutôt que de tomber dans l’escarcelle des vendeurs de concepts et d’illusions qui peuplent aujourd’hui les couloirs de notre appareil de gouvernance.

Parlant de concept, ou en sommes-nous avec le changement?  A-t-on rendu compte au peuple de son bilan?  Si oui, qu’a-t-on changé pendant les cinq années si ce n’est la mise en place d’un environnement propice à l’affairisme politique, au débauchage des opposants prétendus qui vont et viennent comme des navettes, au piétinement des principes démocratiques et des libertés que de 1988 à 1990, le peuple Béninois a souffert et sué sang et eau pour mettre en place à la faveur des luttes clandestines et ouvertes dont le couronnement a été la conférence des forces vives de la Nation de Février 1990?

Qu’a apporté le changement au Béninois si ce n’est une série de scandales économiques et financiers dont la liste continue de s’allonger tous les jours? Point n’est besoin de s’étaler sur ces faits qui ont pris la dimension d’un record et qui ont pris place définitivement dans l’histoire de notre pays.  On en parlera longtemps et c’est le sens de ma réaction.

De quelle refondation parle-t-on alors que ces faits sont pendants sous nos nez et  nos yeux parce qu’ils n’ont jamais été clarifiés et jugés pour le bien des béninois, du pays et de la postérité. Tôt ou tard, justice sera rendue au peuple.  Soyez-en certains et rassurés. Ne serait-ce que pour l’éducation de la jeunesse, ces scandales (CEN-SAD, machines agricoles, ICC-Services, Dangnivo, Avion présidentiel, PVI, etc.) méritent d’être portées devant le juge un jour pour que notre pays ne se construise sur du sable mouvant, mais sur de solides valeurs éthiques et morales qu’une refondation imaginaire ne peut générer ni porter.

Celui qui parle de refondation, c’est celui qui a la charge d’induire ces clarifications. S’il ne le fait pas, je doute qu’il soit qualifié pour nous parler de refondation.  L’histoire le rattrapera à coup sûr.  Il peut passer trente ans au pouvoir. Et pour permettre aux lecteurs de l’article de comprendre ma démarche, je voudrais choisir trois exemples qui sont des indices de ce que ceux qui nous dirigent n’ont guère le ressort moral pour entreprendre des réformes durables pour l’avenir du Bénin et de ses filles et fils.  Toute réforme conduite au forceps avec une majorité mécanique aux ordres à l’Assemblée Nationale ne serait que forfaiture parce qu’elles seront rejetées par le peuple souverain et son destin le moment venu, même si cela passe par un referendum truqué.

1)     La réforme de la constitution: une parodie au sommet de l’Etat

Comme FN l’indique dans son article, je cite: “le successeur du général Mathieu Kérékou, Yayi Boni estimant qu’il faut que la révision de la constitution soit amorcée un jour, s’y est pris à l’aube. Déjà sous son premier quinquennat, il a mis en place une commission dirigée par le professeur Maurice Ahanhanzo-Glèlè chargée d’élaborer le projet de relecture de la constitution. Celle-ci ayant fini son travail depuis, a déjà déposé son rapport. Le débat devrait être suscité à ce niveau afin de permettre au peuple d’y prendre part. Mais ce qui est étonnant, c’est que personne ne parle ou presque pas du rapport de la Commission Ahanhanzo-Glèlè. Si on pouvait y penser, cela contribuera à l’enrichissement des idées. Ce qu’il faut déjà souligner, c’est qu’en parcourant le document, on relève que la Commission a fait des propositions pour améliorer la pratique du jeu démocratique” Fin de citation.

FN que je remercie pour ce passage a posé un problème de fond : je cite: “ce qui est étonnant, c’est que personne ne parle ou presque pas du rapport de la Commission Ahanhanzo-Glèlè”. Fin de citation. Pourquoi, n’en parle-t-on pas?  Est-il normal qu’on regroupe des personnalités de ce rang autour d’une question aussi sensible que celle de la relecture de notre Constitution depuis 2008 et que le rapport ne soit ni disséminé ne serait-ce qu’au Président lui même, ni à l’Assemblée Nationale, ainsi qu’aux partis politiques dont la Constitution reconnaît qu’ils sont  les animateurs de vie politique?  La Constitution est-elle une propriété privée du Chef de l’Etat?  Les réformes constitutionnelles constituent-elles une entreprise confidentielle ou des secrets de couvent?

C’est ici que FN comprendra que personne ne prête d’intention au Chef de l’Etat, mais plutôt que le vers est vraiment dans le fruit. La méthode peu crédible de gouvernance que nous avons découverte depuis Avril 2006, faite de tricheries et de volonté perpétuelle de tricher avec les exigences et principes d’une démocratie moderne ont fini par dresser les Béninois contre toutes ses déclarations ou ses promesses de partir ou de ne pas partir.  Notre pays n’est pas une propriété privée du Chef de l’Etat et les Béninois savent bien qu’il est loin d’être le meilleur d’entre nous.  Même les gouvernants les plus célèbres du monde savent que des réformes qui touchent à la Loi Fondamentale de leur pays ont ceci de sacré que chaque citoyen doit y être associé pour en discuter et les comprendre dans les moindres détails.  Ce n’est pas dans une entreprise pareille que le peuple béninois, épris de démocratie, de progrès économique et social, fera confiance à ses dirigeants quels qu’ils soient, surtout que le processus électoral est pipé au Bénin dans son état actuel.

2)     La LEPI ou l’”Anaconda” de la démocratie Béninoise

FN indique, je cite: “En 2010, le projet sur la réalisation de la Liste électorale permanente informatisée (Lépi) a été conduit dans la douleur, juste parce que les mêmes qui appelaient de tout leur vœu à son avènement ne faisaient plus confiance à celui qui doit le mettre en œuvre. Inutile de revenir sur les atermoiements, les accrochages et les luttes auxquels les acteurs politiques se sont livrés, faisant planer sur le pays d’énormes risques de troubles. Au finish, la Lépi a été réalisée. C’était le grand objectif. Espérons qu’au fil des années, cet instrument sera amélioré” Fin de citation

Ainsi, la LEPI réalisée de façon unilatérale dans l’opacité est un objectif atteint.  Pour moi, la LEPI elle-même ne sautait être un objectif, en démocratie; mais plutôt ce à quoi la LEPI est destinée, à savoir en tant que fichier électoral, servir d’outil de promotion de la transparence dans les élections, ce qui garantira la paix.  Peut-on en dire autant de notre LEPI?  Si l’objectif était d’en user pour reconduire le Président en place et recaser ses thuriféraires y compris celui qui a conduit le processus et qui sans scrupule s’est retrouvé dans le gouvernement, alors cet objectif a été  bel et bien été atteint.  On pourra améliorer la LEPI au fil des années indique l’article de FN.  Ceci bien sûr au gré du référendum qui se susurre de façon insidieuse et qui pourrait se faire de façon unilatérale; au gré aussi des élections municipales de 2013; mais sans l’audit recommandé par de hautes personnalités y compris ce qu’on pourrait appeler l’opposition au pouvoir actuel et toujours avec l’exclusion  des centaines de milliers de Béninois qui attendront de recevoir les excuses du Président de la République le jour du scrutin pour avoir été exclus du vote.

Peut-on parler de refondation dans un tel contexte de violation flagrante des droits inaliénables des citoyens? Si tant est que le Président de la République et ses soutiens n’ont pas fait l’option de tromper le peuple béninois avec la LEPI, pourquoi n’en commanditent-ils pas l’audit par des Experts internationaux.  Le Ghana a conçu son fichier électoral dans la plus grande transparence et le consensus total et cela n’a suscité aucune contestation.  Et pourtant ce pays n’est pas loin du Bénin et de nombreuses délégations se sont rendues dans ce pays pour apprendre du processus électoral. Qu’ont-elles retenu?  La mise en œuvre de la LEPI est l’illustration parfaite de la volonté de nos dirigeants actuels de tricher et de toujours tricher pour garder le pouvoir.  Ils n’en feront rien pourtant.  Nous verrons cela dans quelques années.  Ils peuvent courir, aller de pays en pays, faire promesse sur promesse, parcourir monts et vallées, faire réforme sur réforme, le vers est dans le fruit.

3)     La disparition de Mr Dangnivo : Un autre indice de la vacuité de la gouvernance au Bénin

Un citoyen a disparu depuis plus d’un an maintenant et tout le monde a vu comment le gouvernement a géré ce dossier.  Encore dans la tricherie, le montage grossier comme il en a l’habitude.  Et pourtant la vérité est ailleurs. Dans d’autres pays où les dirigeants sont soucieux de la protection des citoyens, le gouvernement n’a pas de répit tant qu’on n’a pas retrouvé les traces du disparu et informé les parents et l’opinion publique.  Dans le cas du Bénin, on a vu comment la disparition d’un individu peut laisser indifférent et même donner cours au cynisme des uns et à la comédie des autres.  Dans un tel contexte, quelle réforme veut-on faire et pour qui?  Les réformes sont conçues par les Hommes et pour servir les Hommes. Aucune réforme ne se suffit à elle et quand on parle de réforme comme des incantations, cela fait sourire et démontre le degré de régression auquel nous sommes parvenus, alors que la plupart des pays du monde travaillent et avancent et que nous en avons les ressources.

Retrouver Dangnivo ou ses traces et informer objectivement les béninois est plus important que toutes les réformes réunies, en tout cas dans le contexte actuel.  Car, il s’agit de la vie des citoyens et personne ne sait celui qui sera la prochaine victime.

Enfin, quelle réforme peut aboutir dans un contexte de confiscation des libertés?  Quelle réforme peut aboutir dans un contexte anti-démocratique avec la volonté d’imposer le fait du Prince au peuple et d’écraser ceux qui ne partagent pas les mêmes points de vue que ceux qui gouvernent le pays, fussent-ils des opérateurs économiques, des cadres de l’administration ou des formations politiques ? Croient-ils être les meilleurs d’entre nous?  Loin de là.  On voit les résultats auxquels ils sont parvenus après cinq années de gestion des affaires de notre pays.  Aucune réforme ne réussira dans le contexte de division actuelle de notre pays où les cœurs ont reçu le choc du 13 Mars 2011 et où les bouches sont interdites de parole.  La réforme doit commencer par la réconciliation des cœurs et renouer avec les pratiques de bonne gouvernance démocratique qui est un impératif non négociable. Sans cela, nous perdons notre temps et c’est mon intime conviction !

Alain Anagonou (Coll. Ext.)

Spécialiste des Sciences Politiques

Karlsruhe, Allemagne

Parole de Lehady : Yayi, l’ennemi de Houngbedji mon ennemi, est mon ami !!

Quelqu’un qui le connaît bien mieux que moi, m’a dit de Maître Houngbédji, qu’à part le fait de ne vouloir faire la politique qu’avec des dentelles et des gants blancs (ce qui, entre parenthèses, ne marche que quand on a affaire à des gens civilisés et convenables), comme manœuvrier tactique, il a du génie. Son défaut majeur, c’est qu’il est absolument nul en manœuvres stratégiques. Et ce proche du Maître, de justifier ses affirmations : en 1996, lorsque contre toute attente, il porta son choix sur Mathieu Kérékou plutôt que sur Soglo, il n’avait sûrement pas réfléchi à fond aux implications stratégiques de cette décision, pourtant hautement historique.

Parce que les données étaient simples, en principe. D’un côté,

– il y avait ses inimitiés persistantes avec Soglo Père, qui l’avait même affublé du sobriquet peu aimable et peu convenable de « Petit Mussolini de Porto Novo » ;

– il y avait tout ce qui se reprochait au clan Soglo qui, maladroitement, s’illustrait comme exerçant un pouvoir clanique et d’exclusion (ce qui était faux !, en réalité) ;

– et il y avait une soi-disant propension à l’autoritarisme, qui imposait coûte que coûte de priver le Père Soglo d’un second mandat.

De l’autre côté,

– il y avait le Bénin brillant de mille feux au plan international, Laboratoire de la démocratie sur le continent, après avoir donné à ce continent un concept de génie : La Conférence Nationale ;

– il y avait qu’en dépit des imperfections et des dérapages, le pays avançait sous la conduite d’Hercule (Aujourd’hui, même ses pires ennemis reconnaissent ses mérites);

– il y avait qu’il fallait nécessairement amorcer, au plan économique, le cercle vertueux après quoi il ne peut plus y avoir de marche arrière possible.

A ce sujet d’ailleurs, le slogan le plus expressif et le plus véridique de Soglo en 96 était : « LE BENIN AVANCE… N’ARRÊTONS PAS LE MOUVEMENT ! ». C’était donc là, les éléments à prendre en compte pour prendre une décision, je l’ai dit, hautement historique.

Mais ça, c’était au plan national. Au plan strictement personnel, il y avait d’un côté, les inimitiés avec Soglo, et de l’autre côté, le choix de Kérékou.

Kérékou, l’animal politique redoutable que Me Houngbédji connaît plus qu’il ne connaît n’importe quel autre Béninois. Le meilleur expert de l’affaire Kovacs (dans laquelle le Général – Commandant à l’époque – était impliqué jusqu’au cou), c’est lui, Houngbédji. Cette affaire pour laquelle il fut jeté en prison, s’en évada de façon rocambolesque, pour prendre la route de l’exil. Et se faire condamner à la peine capitale par contumace par deux fois. C’est d’ailleurs la gestion du même Kérékou pendant 27 ans, qui imposa au pays d’inventer une Conférence Nationale, afin de rattraper une situation sociopolitique qui commençait à échapper à tout contrôle.

Au vu de ces données, tant nationales que personnelles, un politique ayant une vision stratégique, et pas uniquement des préoccupations tactiques, se serait dit :

1 – Le pays avance, quoi qu’on dise à l’intérieur. A l’extérieur, ce ne sont que lauriers partout, pour les Béninois, qui ont su trouver eux-mêmes, disait-on, le chemin de sortie de l’enfer de l’autocratie.

2 – Les considérations personnelles pèsent peu, au regard de l’intérêt supérieur de la Nation. Cherchons et trouvons au plus tôt les moyens de régler nos inimitiés avec Soglo et les siens.

3 – Entre porter mon choix sur Soglo, qui est en train de mettre en terre les fondations d’un pays économiquement solide, qui devrait donc faire son second mandat et partir, m’ouvrant pratiquement un boulevard jusqu’à la tête de l’Etat, ou sur Mathieu Kérékou, gestionnaire médiocre, accroc au pouvoir, dont on sait désormais ce que les 27 ans de présidence ont coûté au pays, il n’y a pas photo !!!

4 – D’ailleurs, que peuvent peser mes inimitiés avec Soglo, en face de la décision qui fut prise naguère de me condamner deux fois à mort ? Comme si une seule fois ne suffisait pas…

Or, le monde entier interloqué, sait le choix que fit Maître Houngbédji à l’époque. L’Afrique consternée – consternée parce qu’elle croyait être débarrassée à jamais des vieux dinosaures comme Kérékou – apprit le choix de Maître Houngbédji. Un choix purement tactique : Kérékou, vieux roublard, lui avait garanti un poste de Premier ministre, et cerise sur le gâteau si on peut dire, lui avait assuré qu’il ne voulait faire qu’un mandat, pratiquement à contrecœur (mon œil !), son seul souci étant de gommer quelque peu son insupportable réputation de dictateur militaro-marxiste.

Et le monde, et l’Afrique, et le Bénin ont vu la suite du film : en le nommant Premier ministre (Poste non prévu par la Constitution béninoise, faut-il le préciser ?), le vieux Général n’avait pas cru devoir lui préciser qu’il lui mettrait le vieux trublion Albert Tévoédjrè dans les pattes, pour le neutraliser, lui pourrir la vie et l’écœurer. La tactique du vieux Général marcha à la perfection (preuve que lui était à la fois tacticien et stratège) : après deux ans à peine de Primature notoirement « kpayo », le Maître dut démissionner de façon spectaculaire, écœuré et l’estomac alourdi par les grosses couleuvres que le vieux roublard n’avait cessé de lui faire avaler. Et bien évidemment, Kérékou « oublia » sa promesse de ne faire qu’un mandat et rempila, de façon assez acrobatique, il faut le dire.

Si l’histoire s’arrêtait là, elle n’aurait qu’un intérêt mitigé : par la suite en effet, le vieux fit encore avaler au Maître, une grosse salade à base d’un hypothétique Ministère d’Etat Chargé des Affaires Etrangères et du NEPAD, salade qui fut – dirent les initiés à l’époque – le deal pour que le Maître, de façon tout aussi spectaculaire, retournât dans le camp présidentiel ; en 2002, si je ne m’abuse. Beaucoup de militants PRD (le parti du Maître) furent tétanisés ; beaucoup de Béninois médusés. Mais ce fut Kamarou Fassassi, cet expert avéré en retournements de veste en tout temps et en tout lieu, qui révéla le pourquoi du comment du show de girouette auquel se livrait le Maître. Pléthorique physique et tonitruant verbal comme à son habitude, l’oncle Kafass, lors d’un meeting, déclara que nul ne pourrait être président au Bénin, s’il n’avait l’onction de Kérékou ; que nul ne pourrait aspirer à s’asseoir un jour dans le fauteuil présidentiel si le Général lui était hostile. Et tout s’éclaira.

Et tout s’éclaire aujourd’hui quand on regarde sous cet angle les derniers développements de l’actualité nationale : Léhady Soglo, qui semble désormais le seul à la manœuvre au sein de la galaxie Soglo, s’est dit qu’il ne pourrait accomplir son destin de devenir président du Bénin en 2016, s’il n’a pas, dès à présent, l’onction de Boni Yayi ; qu’il ne pourrait aspirer à s’asseoir en 2016 – comme aurait dit l’oncle Kafass – dans le fauteuil actuellement occupé par Boni Yayi, si ce dernier lui est hostile. La politique au Bénin, il n’y a pas à dire, c’est simple à suivre… comme les mouvements d’une girouette.

Mais que les ricaneurs arrêtent de ricaner ! Parce que la suite de mon histoire va montrer à quel point nous-aussi au Bénin, nous savons faire de la haute politique. De la haute politique, comme celle que faisait François Mitterrand, par exemple. François Mitterrand qui était, de l’avis des spécialistes, un orfèvre en la matière.

Et c’est là que je suis obligé de me brutaliser la sternum – comme dirait l’autre – en faisant un vigoureux mea culpa. J’avais laissé entendre, il n’y a pas très longtemps, que l’admission du renaissant Yêhouétomè dans le Bureau vert foncé de l’Assemblée Nationale, qui parachevait la mainmise magistrale de Boni Yayi sur TOUTES les Institutions du pays, et consacrait la mise en terre de la démocratie, venant après d’autres « trahisons » des renaissants, NE POUVAIT PAS faire partie d’un plan d’ensemble concerté et méthodique ; parce que, avais-je dit, « So dan wê yé non flin nou kpo », à savoir que ce n’est pas parce que la Renaissance du Bénin multiplie les dérapages aujourd’hui qu’on peut s’autoriser à oublier qu’elle avait mené de rudes batailles dans le passé pour la sauvegarde des acquis démocratiques.

« Mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa » donc, puisqu’à l’annonce de l’entrée probable des renaissants dans le gouvernement du Docteur-Fraudeur, le doute n’est plus permis :

l’entrée de Yêhouétomè dans le Bureau de l’Assemblée n’était donc pas un accident. Il y avait bel et bien un plan !… Et c’est là que Léhady prend la dimension manœuvrière de Mitterrand :

– L’union Fait la Nation, dont il est l’un des géniteurs les plus actifs, est créée en fanfare,

– Maître Houngbédji est imposé comme candidat unique de cette union,

– Il exige d’être le Directeur de Campagne du candidat unique,

– Sa relative tiédeur lors de la campagne a été notée, son mutisme après la forfaiture du 13 juillet également,

– Toutes choses auxquelles il faut ajouter le maintien de son frère au gouvernement du Docteur, en dépit de quelques épisodes tragi-comiques,

Tout cela faisait donc partie d’un plan d’ensemble. Un plan d’ensemble machiavélique – disons les choses comme elles se présentent – dont le but unique était de se venger du coup mortel porté au clan en 96 par Maître Houngbédji.

Si c’est effectivement cela, eh ! bien, chapeau fiston !

« Chapeau, fiston ! », c’est bien ce qu’Hercule a pu dire à son rejeton, après que son « Petit Mussolini de Porto Novo » a été méchamment et frauduleusement smashé à la présidentielle. Parce qu’alors, non seulement Léhady acquiert désormais ses galons de super tacticien et stratège (A la manière d’un François Mitterrand, excusez du peu !) et renvoie Maître Houngbédji à ses petits talents de simple tacticien, mais en plus, il mérite désormais son prénom africain « Vinagnon » (Traduction libre : « C’est un gamin qui promet »).

Du coup, nous nous retrouvons avec un héros cornélien : le coup de 96 est en effet une gifle qu’Hercule Don Diègue Nicéphore n’a jamais pardonnée. A-t-il dit un jour à son fils : « Le Petit Mussolini de Porto Novo, alias Le Comte a offensé ton père qui n’a plus la force de se venger… Venge-moi !, venge-moi, montre-toi digne fils d’un père tel que moi !… Accablé des malheurs où le destin me range, je vais les déplorer… Va, cours, vole, et nous venge !… » ? Hercule Don Diègue Nicéphore a-t-il ordonné cela à son fils préféré ?… Nul ne le saura jamais, je présume. Ce qui est certain par contre, c’est qu’avec l’échec retentissant de Houngbédji, qui semble maintenant avoir été préparé et mis en œuvre de façon magistrale, Nicéphore Hercule Don Diègue l’a eue, sa vengeance. Préparée et mise en œuvre par son fils Vinagnon Rodrigue Léhady Soglo.

Si tout cela s’avérait, qui pourra encore venir dire qu’au Bénin, nous ne faisons pas de la haute politique, mais uniquement de la petite politicaillerie vile et puérile, qui désespère tant les Béninois ?…

Mais mais mais, en s’élevant à la hauteur de Mitterrand qui aurait affirmé un jour, m’a-t-on dit, que « C’est en politique que tous les moyens sont bons, MÊME LES BONS ! », le fiston Vinagnon Rodrigue Léhady mérite respect. Mais il ne le sait que trop, « En toute chose, il faut considérer la fin ». Et peut-être ne le sait-il pas, auquel cas, de façon fraternelle – « fraternelle » parce que son père avait un regard bienveillant pour mon journal satirique et pour moi-même à une certaine époque – de façon fraternelle, dis-je, je l’informe : « Quand on dîne avec le diable, il faut se munir d’une très longue cuillère ».

Qu’il me permette de douter, le fiston, qu’avec le Docteur-Fraudeur, la sienne soit suffisamment longue.

C’est ce que je crois.

par Tlf Cequejecrois