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Me Djogbénou dénonce l’instrumentalisation de Me Sadikou Alao

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Frustration et joie sont les sentiments qui animent la kyrielle d’avocats promptement constitués dans le dossier Simon Pierre Adovèlandé. Le professeur Joseph Djogbénou s’est étonné, lors de son intervention hier sur Canal3 du fait que son client soit accusé d’avoir détourné des deniers publics. Alors qu’il n’est pas un fonctionnaire. Sur un autre plan, le parquet général forme un pourvoi devant la Cour suprême, mais ne présente pas ses moyens. Pour lui, cela n’est rien d’autre qu’un sens du mépris de la justice par la justice elle-même. Il avoue que dans cette affaire, Me Sadikou Alao n’est pas une personne mais un instrument.

Vous êtes l’avocat de Simon Pierre Adovèlandé et de Isaac Agossou dans l’affaire Shelter Afrique GBB S.a. Vos clients ont été incarcérés pendant 312 jours. Depuis vendredi dernier, les choses se sont accélérées. Ils ont été libérés sur instruction de la Cour suprême. Quelles sont vos impressions ?

D’abord une précision, je suis l’un des Avocats. Nous sommes une dizaine d’Avocats constitués non fondamentalement aux intérêts de Agossou et Adovèlandé, mais simplement pour la liberté. Vous aurez observé que dans ce collège d’Avocats, eux tous se sont constitués de manière spontanée. Ça, c’est la première précision. Nos impressions, certainement de joie. Soulagé, heureux et vraiment heureux ; encore une fois pas pour la personne de Adovèlandé et de Agossou. Certes, on a partagé des moments de douleur ensemble parce que, lorsque vous êtes Avocat et vous conduisez quelqu’un en prison et que vous savez que sa place ne s’y trouve pas ; lorsque vous êtes Avocat et que comme vendredi dernier, vous allez autour de 23 heures voire minuit pour partager quelques moments en prison, il y a la peine, il y a la joie. Encore une fois, nous sommes heureux pour la justice béninoise parce que nous avons réalisé, ce n’est pas d’aujourd’hui, avouons-le, qu’il y a des têtes très fortes au sein de la justice ; aussi bien au Tribunal de première instance qu’à la Cour d’appel et surtout à la Cour suprême ; aussi bien dans le monde judiciaire que dans cet espace d’exécution des peines, je veux parler de la prison. J’ai eu l’impression que le régisseur, les différents gardiens, les codétenus étaient soulagés de voir quelqu’un sortir. C’est quelque chose de particulier que l’on vit.

Quelle interprétation faites-vous de cette décision de la Cour suprême ?

J’ai encore en mémoire l’attaque, comme en terme journalistique, de l’Avocat général lorsqu’il faisait ses réquisitions `’La montagne a accouché d’une souris’’. Malheureusement, c’est cela. Quand la montagne accouche d’une souris aux plans juridique et judiciaire, il y a quelque part de la frustration parce que la personne qui vous refuse la liberté, qui fonde un pourvoi qui n’est pas suspensif de la décision de la Cour d’appel, devrait pouvoir dire à la Cour suprême pourquoi il a formé un pourvoi. Aucune réponse ; c’est là la frustration. La joie aura été complète si nous avons pu échanger en droit. Nous avons des arguments en droit qui profiteront, une fois encore au-delà de Adovèlandé et Agossou, à toutes ces personnes qui sont encore en prison parce que le parquet général interjette appel d’une décision, la Chambre d’accusation ordonnant la mise en liberté. Nous avons à avoir la position de la Cour suprême qui doit établir une jurisprudence qui protégera chacun et tous. Evidemment, la montagne a accouché d’une souris. Il y a une sorte d’insatisfaction parce qu’on attend le parquet général à un endroit déterminé et il n’a cru devoir répondre. Vous savez, quand des particuliers ne se présentent pas devant le juge, on dit qu’ils méprisent la justice. Quand le parquet général qui forme un pourvoi devant la Cour suprême, une haute juridiction, ne présente pas ses moyens, je me dis qu’il n’y a pas d’autres mots qui n’aillent pas dans le sens du mépris de la justice par la justice elle-même.

Vous l’avez emporté par défaut. Vous n’êtes pas tout à fait satisfait.

Nous aurions voulu aller plus loin si la décision du parquet général avait dit pourquoi. Jusqu’aujourd’hui, nous ne savons pas pourquoi. Voyez-vous, c’est cela qui laisse place à la rumeur, qui laisse place à la suspicion. Le parquet général ne nous a pas dit pourquoi. Est-ce que c’est sur des raisons juridiques ? Et si c’est sur des raisons juridiques, quelles sont les articulations ? On ne l’a pas dit. Moi je n’entends, je ne vois, je ne lis pas cela. J’ai entendu quelqu’un hier sur une chaîne de télévision tenir des arguments qu’il est incapable de venir défendre à la Cour suprême. On me parle de l’Etat aujourd’hui. Le ministère public, il est qui ? Il n’a pas articulé les moyens qu’il devrait articuler pour dire les raisons pour lesquelles il a maintenu en détention.

Vous avez donc gagné une bataille, peut-être pas encore la guerre. Quelles sont les conséquences à cette étape ci ?

En principe, la procédure d’instruction suit son cours. Je dis bien en principe. Une partie civile qui cherche un résultat, qui l’obtient ou qui ne l’obtient pas et qui sait qu’il lui sera difficile de l’obtenir encore, il ne manque plus d’enthousiasme à accélérer une procédure dont il a provoqué l’ouverture. Je ne suis pas sûr que cette procédure d’instruction ira jusqu’au bout parce qu’il aura un déficit d’enthousiasme. Et donc, je pense qu’on a peut-être déjà obtenu ce que l’on veut ou que l’on espère obtenir d’une autre manière et que l’on cherche. J’ai compris qu’on fait appel à l’Etat béninois. On veut déposer encore une plainte et nous attendons de voir entre les officiers de police judiciaire et autres juges, qui pourra placer en détention.

Nous allons aborder à présent les questions de fond. Quelle est l’affaire qui a conduit Simon Pierre Adovèlandé et Isac Agossou en prison ?

Je ne vais peut-être pas aller au fond parce qu’encore une fois, le dossier est en instruction. Je suis Avocat, je suis tenu au secret des instructions. Je dis simplement qu’il y a une personne de droit, une personne morale qui a subi des préjudices, contre qui on a déposé une plainte quelque part et les ressources publiques ont été mises à la disposition de cette personne. Je veux parler de la Brigade anti criminelle, les Raid mis à la disposition de cette personne avec une médiatisation publique exceptionnelle pour justifier pourquoi il a décidé de former pourvoi et voilà, la Cour suprême a rendu sa décision de mise en liberté provisoire. Si vous avez une douzaine d’Avocats qui se sont spontanément constitués. Regardez bien la personne de Adovèlandé. Tous les Avocats auraient dû se constituer et prendre des honoraires. Je vous dis que les Avocats qui se sont constitués n’ont réclamé aucun kopeck parce qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Il faut faire en sorte que nous soyons tous en sécurité à travers sa personne. C’est pour nous-mêmes que nous sommes en train d’agir, en notre faveur, en votre faveur et en faveur de tous les citoyens. Il ne faudrait pas que sous différents prétextes, on puisse toujours nous priver de liberté. Regardez encore, un 25 décembre. Je me suis rendu à cette procédure alors que j’ai promis ne pas quitter chez moi, au moins le 25 décembre. Il y a quelqu’un que nous avons toujours défendu dans le barreau béninois, Me Magloire Yansunnu. Quand on a fini de dérouler le débat, il a eu la parole en dernière position. Il dit : `’Vous avez aujourd’hui un pouvoir sur moi. Ce pouvoir est un pouvoir de l’instant. Faites-en ce que vous voulez parce que demain vous ne savez pas’’. Mais moi, je voudrais ajouter : `’Faites aujourd’hui ce que vous voulez dans l’humilité, parce que demain vous ne savez pas’’. Tout ce que nous faisons pour Adovèlandé aujourd’hui, c’est ce que nous ferons demain à ceux qui pensent que sa place est en prison. Voilà un peu ce qui se passe lorsqu’on a un pouvoir. On pense qu’on a le titre foncier du pouvoir. On pense qu’on ne peut plus se mettre à la place de la personne qui est gouvernée, qui est soumise.

Cette personne que vous ne voulez pas nommer et que moi je vais nommer, c’est Me Sadikou Alao.

Je vais vous dire une chose. Me Sadikou Alao n’est pas une personne dans cette affaire. Il est un instrument. Chaque fois que ce dossier lui échappe, il revient sur les plateaux. Il y a un journaliste qui écrit un ouvrage que j’ai encore en mémoire. Il dit : « Les lois ne se votent plus au Parlement, la justice ne se rend plus dans nos palais de justice (…) Tout se fait dans les médias ». Il est l’outil de la « médiacratie ». Nous étions à la Cour suprême, il n’y était pas. Nous étions à la prison, il n’y était pas. Chaque fois que ce dossier lui échappe, il revient, il expose dans un monologue de près de 30 minutes. Lui, ce n’est pas notre objectif. Notre objectif, c’est ceux qui tiennent le pouvoir exécutif. On parle de détournement de deniers publics. Je pense que pour qu’on puisse parler de détournement de deniers publics, on parle de fonctionnaire. Est-ce que Simon Pierre Adovèlandé est un fonctionnaire d’Etat ? (…) Je voudrais saluer certaines personnes. Ce sont toutes ces personnes qui chaque jour demandent là où on en est avec l’affaire Simon Pierre Adovèlandé.

Est-ce que vous comprenez la colère du gouvernement ?

C’est une colère foudroyante. Quand je prends un 25 décembre, quelqu’un qui est citoyen béninois, qui occupait une grande responsabilité et qui curieusement a des ambitions pour son pays. C’est une colère circonstancielle et je dirai que c’est une colère curieuse. Le débat n’est pas là. Le débat, c’est de priver certains de leur liberté. C’est ce que moi je vois. Savez-vous combien de dossiers sont au tribunal ? Savez-vous combien de plaintes je dépose pour les parties civiles ? Est-ce que j’ai les Raid à côté de moi pour soutenir la cause de mes clients ? Quoi que nous puissions dire, Shelter Afrique et autres, ce sont des particuliers. C’est comme Canal 3, c’est comme Fraternité. Est-ce que si Fraternité dépose une plainte, il y aura les Raid à ses côtés ? Est-ce qu’on prive les gens de leur liberté parce que Fraternité dépose une plainte ? C’est le débat qu’il faut faire. Le débat de l’égalité de traitement, le débat de la sécurité juridique et judiciaire, et le débat de la sécurité tout simplement. Nous ne sommes pas nombreux. Huit millions d’habitants. Pourquoi ne pouvons-nous pas rêver de vivre dans un pays normal, en toute sécurité.

Que va être la suite désormais ? On sait que la mairie d’Abomey-Calavi a entamé une action, le gouvernement promet faire rétablir le préjudice qu’il aurait subi.

Nous aurons des réactions jusqu’aux élections dans ce dossier. Nous allons nous donner rendez-vous après les élections. Quelle que soit la personne qui va gagner les élections, nous allons nous donner rendez-vous. Nous allons tirer les conclusions avec la froideur nécessaire dans cette affaire, cette affaire où on va susciter encore beaucoup de personnes. Il y a des procédures qui sont ouvertes au Tribunal de première instance de Cotonou, les réunions qui se tiennent au Palais de la République maintenant pour dire qu’il faut que Pierre Adovèlandé retrouve la prison. Je ne suis pas Adovèlandé. Mais je serais à la place de Adovèlandé que je ne quitterai pas le pays. Nous sommes tous des Béninois, nous allons rester au Bénin. On nous a menacés d’emprisonnement lorsqu’au début de cette affaire, on a fait une première conférence de presse. Quelques heures après la mise en liberté, vous avez vu le temps qu’on a accordé à un confrère, près de 30 minutes pour exposer. Voilà le dossier, voilà les enjeux.

Karim Oscar ANONRIN

Fraternité

Voler au Bénin, c’est bon ; mais candidat à la présidentielle  » c’est prison directe  »

Notre pays est devenu aujourd’hui un monde à part puisqu’on n’a pas le droit de faire ce que l’on veut. Vous ne risquez rien lorsque vous volez, mais vous êtes jetés en prison lorsque vous avez l’ambition d’être candidat à l’élection présidentielle. Qui l’eût cru ! Le changement a changé notre pays et l’amour a cédé la place à la haine. Vous serez étonnés et chercherez à savoir si être candidat à une élection présidentielle est un délit au Bénin ? Oui. Il faut trois ou 6 mois au plus de prison ferme au voleur et plusieurs années pour ceux qui osent être candidats à la présidentielle. C’est ce qui fait avancer la démocratie béninoise. Adovèlandé en a eu pour son compte et demain, ce sera peut-être le tour de Me Adrien Houngbédji ou Abdoulaye Bio Tchané, tous deux potentiels candidats à l’élection présidentielle de 2011. C’est cela la démocratie chez nous.

10-11-2010, Léandre ADOMOU

Pierre Adovèlandé comme Séfou Fagbohoun

Le gouvernement du changement serait en train de préparer une nouvelle cellule à Pierre Simon Adovèlandé à la prison civile de Cotonou. Après sa libération sous caution par la Cour suprême, Me Sadikou Alao s’affaire pour le rejeter derrière les barreaux de la maison carcérale de Cotonou. C’est à croire qu’il fait peur au pouvoir en place comme ce fut le cas de l’honorable Séfou Fagbohoun dans un passé récent. Plusieurs fois, sa libération aussi a été contestée. Il a été sauvé par sa maladie qui l’a conduit directement dans un hôpital français à Paris. Revenir au pays lui était difficile après sa guérison. Mais il a fini par retrouver le chemin d’Adja-Ouèrè après les interventions de plusieurs personnalités de la sous-région. Le cas d’Adovèlandé est donc similaire à celui de Fagbohoun qui a vécu la croix et la bannière à la prison civile de Cotonou. La différence serait peut-être que le second a été candidat aux élections législatives depuis les geôles. Et si le premier veut totalement ressembler à Séfou Fagbohoun, il lui faudra être candidat à l’élection présidentielle de 2011 si éventuellement il retournait en prison, ce que nous ne souhaitons pas.

8-11-2010, Léandre ADOMOU