Le Blog de Aymard

La liberté d'expression dans sa quintessence

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Déclaration du Conseil Africain de Défense des Œuvres Progressistes de KHADAFI (C.A.D.O- KHADAFI)

Héritières et héritiers des glorieuses traditions de lutte des Samory Touré, Tchaka ZouIou, Béhanzin, Bio Guerra, Kaba, Patrice Lumumba, N’kruma, Sékou Touré, Thomas Sankara et autres illustres disparus qui ont fait le sacrifice suprême de leur vie pour l’honneur de l’Afrique et la dignité des peuples de notre continent, les panafricanistes ci-dessous signataires de la présente déclaration,

 ayant constaté avec une profonde amertume la démission de l’Union Africaine et celle de certains chefs d’ETATS Africains dans leur incapacité à résoudre la crise libyenne en toute souveraineté africaine sans l’intervention de l’occident impérialiste et arrogant,

 constatant que sous le prétexte fallacieux de protéger les populations, l’impérialisme international usant et abusant de la couverture du Conseil de Sécurité de l’Organisation des Nations Unies a bombardé et détruit pendant plus de six mois les réalisations économiques et socioculturelles de 42 années de Révolution Libyenne sous la direction courageuse et intrépide du Colonel Mouammar AL KHADAFI ;

 ayant compris aujourd’hui que les milliers de morts Libyens (enfants, jeunes vieillards, hommes et femmes) du fait de ce bombardement barbare et aveugle n’ont servis qu’à assouvir la soif pétrolière de l’impérialiste spoliateur et prédateur impitoyable ;

  1. expriment par la présente, leur attachement indéfectible et sacré au droit du peuple Libyen à choisir lui-même ses propres dirigeants en toute souveraineté et en toute indépendance et cela à chaque époque de son histoire ;
  2. refusent de se reconnaitre dans l’interprétation injuste et contre véridique qui veut peindre en noir à 100% les 42 années de gestion du pouvoir par le Colonel Mouammar AL KHADAFI et ce en reconnaissant les graves dérives dont son propre Peuple a été victime du fait de sa gouvernance du pays ;
  3. s’engagent à compter de ce samedi 29 Octobre 2011à se constituer en Conseil Africain de Défense des Œuvres Progressistes de Colonel Mouammar Al KHADAFI, dont la mission essentielle est de :

3.1  faire le bilan critique et objectif de l’œuvre accomplie à la tête de la Révolution Libyenne en 42 années afin de faire la part entre ses erreurs à dénoncer et ses œuvres progressistes qui devront être sauvegardées, défendues et promues dans la conscience militante des peuples Africains en général et de la jeunesse en particulier pour préserver le flambeau du panafricanisme qui doit nous conduire inexorablement à l’avènement des Etats-Unis d’ Afrique qui n’est plus un rêve mais une exigence de notre époque qui est celle de la mondialisation et de la globalisation dans laquelle les micro-Etats ¬Nations hérités de la colonisation n’ont ni place ni perspective ;

3.2  susciter de chacun des 53 Etats Africains des Comités Nationaux du Conseil Africain de Défense des œuvres progressistes du guide Mouammar Al KHADAFI, au sein desquels les peuples Africains doivent s’organiser pour exiger des – gouvernements Africains de :

a)      décréter dans chacun des 53 Etats Africains une Journée de Deuil National à la mémoire du panafricaniste Mouammar Al KHADAFI ;

b)      baptiser au moins dans chacune des Capitales Africaines au nom du panafricaniste Mouammar Al KHADAFI en vue de maintenir, dans le cœur des jeunes générations, inextinguible la Flamme Panafricaniste des Kwame N’khumah et Lumumba.

En avant pour l’avènement des Etats-Unis d’ Afrique Aujourd’hui et Maintenant !

Ouvrons tous pour la construction d’une Afrique Libre, souveraine, moderne et solidaire dans la Mondialisation et la Globalisation !

Le Conseil Africain de Défense des Œuvres Progressistes de KHADAFI (C.A.D.O- KHADAFI)

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Jean-Paul Pougala : « L’assassinat de Kadhafi repousse la date de la sortie de la monnaie unique africaine »

En réponse aux questions de Serges Tchaha pour le quotidien camerounais l’ACTU édition du 3/11/2011

1. Dévaluation ou réévaluation du FCFA, quel est le scénario que vous pronostiquez ?

La parité fixe du CFA par rapport au Franc Français d’abord et à l’euro est une conception des plus artificielles. Le problème à mon avis ne se pose pas en terme de dévaluer ou réévaluer le CFA avec les déconvenues de l’Euro, mais de profiter de ce tourbillon pour nous poser les bonnes questions : pourquoi en sommes-nous à ce point de subalternité totale de notre économie où on a complètement renoncer au levier monétaire pour ajuster notre politique économie ? La monnaie est le reflet de l’économie d’un pays ou d’un ensemble de pays. Nous sommes arrimés à l’Euro sans qu’on ait la moindre convergence de nos économies à celles de la France qui nous y a amenés. C’est venu, donc le moment d’arracher cette indépendance monétaire sans laquelle l’indépendance politique est un leurre.

L’assassinat de Kadhafi repousse la date de la sortie de la monnaie unique africaine. Il est dans cette nouvelle donne urgent pour nous de nous doter de notre propre monnaie. Le Cameroun souffre d’un déficit de compétitivité avec notre principal et puissant  voisin qu’est le Nigeria à qui nous ne vendons presque rien, alors que nous aurions pu enrichir notre pays grâce au Nigeria voici. Ni nous, encore moins le Benin, le Tchad ou le Niger n’en profite pour une seule et même raison : LE FRANC CFA qui reflète le taux de change praticable en Europe, et le gouvernement Camerounais ou Béninois ne peut nullement jouer sur les taux pour favoriser une quelconque politique d’exportation  vers une zone donnée ou de freiner l’importation en provenance d’autres pays, exactement ce que fait le Nigeria aujourd’hui pour pomper des devises en provenances de ses voisins qui ont le Franc CFA, simplement en abaissant le taux de change du Naira quand il le désire. Ce qui donne la fausse impression aux Camerounais et Béninois qui vont au Nigeria de se sentir plus riches, mais qui en définitive signifie que nos pays sont peu attractifs aux Nigérians, parce qu’ils trouvent tout trop cher, à commencer par le prix des chambres d’hôtel.

La deuxième urgence une fois notre monnaie créée doit être de la rendre inconvertible. La convertibilité du Franc CFA est la principale source de corruption et de transfert illicite vers l’étranger de la richesse des pays qui l’utilisent aujourd’hui. C’est le choix de puissants pays comme la Chine et la Russie qui avec leurs monnaies inconvertibles, peuvent ainsi disposer d’un montant très important de devise parce qu’il devient dès lors plus facile d’exercer un contrôle sur tout détournement de fonds qui quitteraient le pays. Lorsqu’une monnaie est non convertible, comme le Yuan chinois, un fonctionnaire ne peut pas virer le moindre centime dans une banque Suisse, parce que lorsque vous quittez le territoire chinois avec vos billets de Renminbi, une fois à Paris ou à New-York, cela se transforme en simple bouts de papiers qui ne valent absolument plus rien du tout. Ce qui dissuade tous les mal intentionnés qui voudraient causer un tort financier au pays.

Le choix de la France de rendre le Franc CFA convertible était une consciente opération de spoliation de ses ex-colonies, ce qui a plutôt bien marché pour elle jusqu’à ce jour. Car les entreprises françaises installées en Afrique constituent pour la plupart des fonds occultes qu’ils rapatrient en France, en échappant au contrôle fiscal des pays africains. Selon les chiffres fournis par la Banque de France, de 1990 à 1993 en seulement 3 ans devant les rumeurs de la dévaluation du Fcfa, ce sont 928,75 milliards de francs Cfa (1.416 milliards d’euros) qui ont quitté allègrement et clandestinement nos pays en Afrique pour la France. C’est à nous, au moment où on réfléchit de mettre sur pied notre propre monnaie d’éviter de répéter les mêmes erreurs.

2. Quelles conséquences pour une éventuelle disparition de l’euro ?

En temps qu’Africain, je ne me sens nullement concerné par une éventuelle disparition d’une monnaie qui sert d’instrument de soumission de toute une partie de l’Afrique, si ce n’est de profiter de son malheur pour faire un vrai sursaut pour créer notre propre monnaie ou d’adhérer à la monnaie Nigériane, ce qui serait plus logique et de loin moins dommageable que le CFA actuel.

La Chine par exemple réussit un tel exploit de s’enrichir sur le dos des Européens, c’est parce qu’elle joue légitimement son jeu de d’utiliser sa monnaie pour rendre ses produits encore plus compétitifs sur les marchés Européens. Le ridicule pour nous c’est que l’Afrique qui n’a rien demandé paye le prix fort de ces manœuvres monétaires chinoises contre les Européens, parce que ces mêmes produits se trouvent aussi chez nous et tout autant compétitifs en Afrique alors que notre niveau de vie est de loin plus bas qu’en zone Euro. Ce qui empêche les producteurs de la zone CFA de résister à la déferlante de produits chinois. Plutôt que d’accuser les Chinois de concurrence déloyale, nous n’avons qu’à faire comme eux, utiliser notre propre monnaie (à créer) pour rendre nos produits compétitifs sur les marchés européens où on pourrait alors songer à des exportations impensables aujourd’hui avec l’arrimage cet arrimage à l’Euro.

La France nous a liés à l’Euro pour être sure que nos éventuelles productions africaines ne pourront jamais menacer l’économie française. Et nous avons naïvement applaudi à cet arrimage sans comprendre les profonds motifs qui animaient son initiateur. Peut-on rester indéfiniment adolescent dans le concert des nations avec des relations figées qui nous sont dommageables au lieu de cibler nos relations saisons par saisons en fonction de nos intérêts du moment. Malheureusement, nous ne pouvons pas quitter le Franc CFA sans l’accord de la France. C’est pour contourner cette arnaque que Kadhafi avait mis le paquet pour la création de la monnaie unique africaine, parce que sur le plan juridique, une juridiction continentale prenant le dessus sur une autre nationale, la France n’aurait plus eu rien pour s’agripper et continuer de nous spolier. Aujourd’hui quoi faire ? Comment conquérir notre véritable indépendance devant cette situation ?

Jean-Paul Pougala

pougala@gmail.com 

(*) Jean-Paul Pougala est un Ecrivain Camerounais, Directeur de l’Institut d’Etudes Géostratégique et Professeur de Sociologie et Géopolitique à la Geneva School of Diplomacy de Genève en Suisse.

Libye : La tombe de la mère de Kadhafi profanée

Pour ceux qui doutaient de la bestialité de ces « rats », pseudo rebelles libyens, ils sont servis. Les Salafistes ont encore frappé en Libye. Après les meurtres et assassinats ciblés de noirs sous supervision de l’OTAN, cette fois-ci, ils s’en sont pris aux morts comme l’a rapporté le quotidien algérien d’information « Réflexion ».

Un groupe de combattants Libyens fanatiques appartenant au courant djihadiste proche d’al Qaida a profané des tombes dans le cimetière de la tribu Kadhafa. Ils ont profané le caveau familial des Kadhafi dans la région de WadiJaraf proche de la ville de Sirte.

Ils ont entre autres, saccagé les tombes, déterré les défunts dont le corps de la mère du colonel Kadhafi, ainsi que celui de son oncle et deux autres membres de sa famille. Ces corps ont été tout simplement brûlés. La tombe de la mère de Kadhafi est celle qui a été la plus visée par ces extrémistes qui l’ont complètement détruite et dont ils ont extrait la terre avant de brûler les ossements.

Cet acte s’ajoute à d’autres actes commis par les éléments de cette secte qui ne se comptent plus parmi lesquels faire manger aux prisonniers pros Kadhafi de la viande de chien, assassiner froidement des personnes au motif que ce sont des noirs, exécuter des centaines de prisonniers, piller les maisons et brûler des zaouias. Dans l’histoire récente, seuls les GIA en Algérie avaient commis de telles profanations de sépultures, destruction des épitaphes et saccage des mausolées des saints.

S’unir ou périr ensemble : quel choix pour l’Afrique ?

Les conditions de la mort de Kadhafi auront fait de lui un héros aux yeux de la grande majorité des peuples africains, n’en déplaise aux maîtres du monde qui ont droit de vie et de mort sur les dirigeants des pays faibles. Il repose désormais, dans nos mémoires, au Panthéon des combattants pour la dignité de l’Afrique à côté de Patrice Lumumba, Barthélémy Boganda, Kwamé Nkrumah et Thomas Sankara et son sang fertilisera cette terre d’Afrique pour que germent une conscience et une résistance à toute épreuve. Son assassinat résulte du croisement de deux objectifs parallèles, l’un interne et l’autre externe, qui ont fini par fusionner pour être offerts au monde sous des aspects digestes.

Le premier objectif de sa mort programmé est dévoilé dans le premier discours du chef du CNT au lendemain de son assassinat : le rejet de la charia par Kadhafi et son refus de s’en servir comme boussole à la constitution Libyenne. Kadhafi a lutté pour une Lybie aux valeurs républicaines, une Lybie moderne libérée des corsets de la religion. Il a été un rempart inébranlable contre la contagion de l’intégrisme religieux qui frappe bruyamment
aux portes des pays arabes et les dérives idéologiques subséquentes. Le rempart a fini par céder face au déferlement torrentiel de l’incontinence religieuse qui peut à présent faire tranquillement son lit avec la bénédiction des parrains occidentaux.

Le deuxième objectif est à rechercher dans son refus d’être un esclave docile qui se satisfait de sa condition et dont l’esprit n’est effleuré par quelque idée d’affranchissement. Le tort de Kadhafi c’est d’avoir voulu rompre les chaines de la servitude en poussant l’outrecuidance à contester l’hégémonie des maitres du monde. Les bases de l’Unité Africaine qu’il a jetées, le premier satellite africain RASCOM financé à concurrence de 300 Millions de Dollar sur un total de 377 Millions, le projet de création d’un Fonds Monétaire Africain qui accélérerait la Fédération des Etats africains pour les libérer des dicktats du FMI sont autant de crimes de lèse-majesté qui ont signé son arrêt de mort depuis les bureaux de Washington et de l’Union Européenne.

Loin de moi l’idée d’épiloguer sur les fondements internes et externes de la  déstabilisation de l’Afrique, fondements sur lesquels je suis amplement revenu déjà et auxquels la presse digne a d’ailleurs consacré de nombreux papiers. Je voudrais plutôt faire remarquer, dans une analyse diachronique, la similitude de la fin tragique réservée aux combattants pour la liberté de l’Afrique.

Le 30 juin 1960, à la cérémonie de célébration de l’indépendance du Congo, après le discours paternaliste et condescendant à l’égard du peuple congolais prononcé par le Représentant du Roi Belge auquel répondait en écho celui d’allégeance du président Kasavubu, Patrice Lumumba, dont l’intervention n’était pas prévue, prit la parole pour restaurer la Dignité de son peuple.

« […] Car cette indépendance du Congo, si elle est proclamée aujourd’hui dans l’entente avec la Belgique, pays ami avec qui nous traitons d’égal à égal, nul Congolais digne de ce nom ne pourra jamais oublier cependant que c’est par la lutte qu’elle a été conquise, une lutte de tous les jours, une lutte ardente et idéaliste, une lutte dans laquelle nous n’avons ménagé ni nos forces, ni nos privations, ni nos souffrances, ni notre sang. C’est une lutte qui fut de larmes, de feu et de sang, nous en sommes fiers jusqu’au plus profond de nous-mêmes, car ce fut une lutte noble et juste, une lutte indispensable pour mettre fin à l’humiliant esclavage, qui nous était imposé par la force. Ce que fut notre sort en 80 ans de régime colonialiste, nos blessures sont trop fraîches et trop  douloureuses encore pour que nous puissions les chasser de notre mémoire ».

En effet, là où le représentant du roi Léopold II infantilisait les dirigeants du peuple congolais en leur demandant de ne pas remplacer par des reformes hâtives les organismes que leur remettait la Belgique et qui rencontrait l’adhésion de Kasavubu, Lumumba répondit par un discours révolutionnaire rythmé par les maîtres- mots Indépendance, Egalité, Lutte, Humiliant esclavage. Son intervention,  loin d’être belliqueuse, s’inscrivait dans une perspective de recadrage du sens d’une cérémonie qui était en train d’être vidée de sa « substantifique moelle ». Il rappela simplement que le Congo, devenu désormais indépendant, se refuse de continuer avec « des paradigmes » de la colonisation par le maintien des lois iniques qui assurent la pérennité du pacte colonial. Dès lors, il a toute la latitude d’initier des reformes institutionnelles et de tracer des perspectives d’avenir pour ses concitoyens. De plus, fort de son indépendance acquise dans la lutte et en vertu des lois internationales, le Congo n’est plus un Etat vassal, mais un Etat à part entière comme la Belgique avec laquelle il entend entretenir des relations d’amitié.

Le refus à la Christophe d’un « pouvoir sans croûte ni mie » ne pouvait que sonner le glas aux ambitions révolutionnaires d’un homme. La suite, nous la connaissons. Lumumba a été arrêté par les Américains et les Belges puis livré au sécessionniste Tchombé qui n’a eu aucun mal à le tuer et à dissoudre son corps dans de l’acide. Ce fut le même scénario en Lybie.

Le 24 Mai 1963 au sommet de l’OUA à Addis Abeba dans un discours à valeur de supplique, Kwamé Nkrumah lance un appel de pied à ses pairs face à l’urgence de réalisation de la fédération des états africains avant que les occidentaux n’exploitent leurs divergences pour éloigner par des manœuvres mesquines la réalisation d’un tel projet qui sortirait l’Afrique de l’ornière. Dans cet extrait que je vous propose, il fait une lecture lucide des indépendances africaines : « Sur notre continent, il ne nous a pas fallu longtemps pour découvrir que la lutte contre le colonialisme ne prend pas fin lorsqu’on a réalisé l’indépendance nationale. Cette indépendance n’est que le prélude d’un combat nouveau et plus complexe pour la conquête du droit de diriger nous-mêmes nos questions économiques et sociales, en dehors des entraves écrasantes et humiliantes de la domination et de l’intervention néocoloniale ». Dès lors, des manœuvres souterraines vont être menées en vue d’amener certains chefs d’Etat à se désolidariser du projet, mais aussi pour déstabiliser le régime de Kwame Nkrumah.

Le 24 Février 1966, alors qu’il était en visite en Chine, un coup d’Etat est perpétré au Ghana qui le pousse à l’exil en Guinée et il meurt le 27 Avril 1972 à Bucarest. Vous y voyez vous une différence notable avec Kadhafi ?

Le 17 Novembre 1986, lors du dîner offert au président français François Mitterrand à l’occasion de sa première visite au Burkina Faso, Thomas Sankara prononça un discours dont les revendications provoquèrent l’ire de son hôte et donnèrent le prétexte à la machine à tuer de se mettre en branle. Lisez plutôt :

« […] C’est dans ce contexte, Monsieur François Mitterrand, que nous n’avons pas compris comment des bandits, comme Jonas Savimbi, des tueurs comme Pieter Botha, ont eu le droit de parcourir la France si belle et si propre. Ils l’ont tâchée de leurs mains et de leurs pieds couverts de sang. Et tous ceux qui leur ont permis de poser ces actes en porteront l’entière responsabilité ici et ailleurs, aujourd’hui et toujours ».

Thomas Sankara n’aurait pas dû dénoncer si vertement le parrainage de la France dont bénéficiaient Jonas Savimbi et Pieter Botha qui ont plongé, pour l’un, son pays dans une guerre qui a duré 25 ans, et pour l’autre, maintenu les noirs d’Afrique du sud dans la politique d’Apartheid. Il n’aurait pas dû interpeller avec « grand mépris » le président français dans une formule d’appel si peu apparentée à l’orthodoxie françafricaine.

Le 15 Octobre 1987, par un coup d’état dirigé par celui qu’il appelait son frère, Thomas Sankara est assassiné froidement jetant ainsi aux calendes grecques les espoirs d’une révolution prégnante. Le schéma burkinabè est-il fondamentalement différent de celui de la Lybie ? , la France se proposa de recevoir tous les chefs d’Etat africains autour d’une grande manifestation avec défilé de toutes les armées nationales. La farce de Nicolas Sarkozy qui consistait à se faire passer pour le président d’un continent qui est entouré de ses sous-préfets était tout trouvée.

Laurent Gbagbo décline l’invitation et toute la classe politique française ainsi que la presse hexagonale ruent dans les brancards. Bien avant cela, il décide de créer des usines de transformation du café et du cacao ce qui à terme constitue une menace pour les industries Suisse, Française et Américaine de chocolat. Des années avant, il proposa à ses pairs à un sommet de l’OUA le prélèvement d’un montant sur le revenu à l’exportation de nos matières premières. C’en était trop pour le président d’un pays à partir duquel la France boucle son budget et qui veut ainsi assécher le marigot par des reformes « hâtives ».

Une rébellion est créée le 19 Septembre 2002 qui peine à assouvir l’attente de la Métropole. Lasse d’attendre, elle se jette elle-même dans l’arène avec ses forces spéciales dans une union de corps avec l’ONU et l’infortuné Gbagbo est renversé le 11 Avril 2011.Au contraire des autres, Gbagbo n’a pas été tué parce que Dieu l’a préservé pour des raisons qu’il est le seul à savoir.

Toutes ces tragédies que nous venons de passer en revue posent la problématique du contenu réel de nos indépendances aujourd’hui, mais en même temps elles rendent impérieux l’avènement d’une solidarité africaine agissante, d’une unité et ce n’est pas utopique d’y croire. Mieux cela actualise plus que jamais l’interpellation de Kwame Nkrumah dans son discours du 24 Mai 1963 à Addis Abeba : « Notre objectif, c’est, maintenant, l’unité
africaine. Il n’y a pas de temps à perdre. Nous devons maintenant nous unir ou périr. Je suis certain que par des efforts concertés et notre ferme propos, nous allons jeter ici même les fondations sur lesquelles s’élèvera une union continentale des Etats africains ».

Si des présidents comme Wade pouvaient cesser de torpiller la solidarité africaine en arrêtant de pousser le ridicule jusqu’à aller rencontrer les rebelles du CNT à Benghazi dès le déclenchement de la crise Libyenne et à affirmer à la Cassandre que la bataille d’Abidjan aura lieu alors que le groupe de contact de l’Union Africaine était au travail. Si des chefs d’Etat comme Blaise Comparé pouvaient cesser de s’illustrer négativement en affirmant sur le perron de l’Elysée qu’il s’occuperait personnellement de la crise ivoirienne. Si des chefs d’états comme Good Luck Jonathan pouvaient cesser d’être des pyromanes chaque fois qu’ils agitent leur armée exterminateur appelée Ecomog. Hélas ! Mille fois hélas !

Quand on regarde les agissements de ces personnalités et qu’on mesure la grande traîtrise des fils d’Afrique qui sacrifient des vies humaines sur l’autel des ambitions politiques, on ne peut que joindre notre voix à celle d’Edem Kodjo pour dire : «…Honte de devoir, une fois de plus, assumer le sang d’un innocent comme le passage obligé d’un transfert chaotique du pouvoir dans une Afrique qui se goberge et se prélasse dans les voies de fait et dont la pratique politique paraît souvent si éloignée de ses traditions ancestrales d’humanisme et de solidarité…». (Mort, où est ta victoire ? J.A n° 1400 du 04 Novembre 1987 sur la mort de Sankara).

Gottha Yves Otché

Professeur de lettres

gotthayvesotche@yahoo.fr

Kadhafi : la mort d’un grand homme

Kadhafi : la mort d’un grand homme ? Est-ce que l’OTAN a voulu aussi tuer le panafricanisme ?

En décembre 2010, à Dakar, au Sénégal, le colonel Mouammar Kadhafi participait au Festival Mondial des Arts Nègres. Il y inaugura, en grande pompe, le monument de « La Renaissance Africaine », une statue monumentale qui pointe son doigt vers le lointain pour, dans l’esprit du concepteur de la statue, faire un signe à celle de la liberté à New-York.

Lors de cet événement majeur, Kadhafi faisait l’unanimité dans la foule et on le vénérait, à la fois, comme le Guide de la Révolution libyenne et l’artisan, le chantre de l’Unité africaine. A l’époque, c’est-à-dire il n’y a même pas un an (!), Kadhafi avait été reçu chaleureusement par le Président du Sénégal, Abdoulaye Wade qui, malgré quelques réticences personnelles, exprima, sur place, l’adhésion de tout un peuple au dit tortionnaire. Le colonel Kadhafi était encensé comme un homme politique porteur d’espoir, l’incontestable leader charismatique de la révolution africaine.

La renaissance africaine

Lors de cette manifestation, en inaugurant la statue monumentale du Festival, Kadhafi prit la parole pour réaffirmer l’urgence de l’unité du continent : « Le monument de la Renaissance Africaine n’est pas un monument du Sénégal mais le monument d’un peuple, le monument pour tout le continent africain… » Puis, il déclara « Il faut que l’Afrique ait une seule armée. Ses armées nationales n’ont pas les moyens de faire face aux forces de l’OTAN et, ce combat, une seule armée c’est un combat pour la vie et la mort ».

Kadhafi reçu par le Président Abdoulaye Wade

A l’époque, Abdoulaye Wade manifestait ouvertement, quand on l’interrogeait, des divergences sur le calendrier de cette unité africaine à construire. Il parlait, contre Kadhafi, de la nécessité d’une transition douce. Aujourd’hui, le leader de la révolution africaine n’est plus et c’est l’Otan qui a imposé son propre calendrier aux velléités africaines d’autonomie. Avec Kadhafi, ce n’est pas seulement un homme qui meurt mais c’est, peut-être aussi, tout un projet, toute une idéologie qu’on enterre : le panafricanisme, l’unité continentale africaine.

Kadhafi n’était pas Frantz Fanon

Ce projet, comme tout projet politique globalisant, uniformateur et quelque peu utopique, était fumeux. L’imagination politique de Kadhafi mûrit dans le désert. Il faut toujours se méfier des idéologies universalisatrices, coupées des réalités politiques, construites dans des déserts géographiques. Le christianisme, comme l’islamisme, en sont aussi.

au Festival Mondial des Arts Nègres

En tout cas, Kadhafi croyait aux chimères nocturnes du désert et il allait, ainsi, de-ci de-là, avec sa djellaba, sa tente bédouine, entourée d’une garde d’amazones officiellement vierges et fusils au bras, parler aux foules, dans des liturgies de balcons. Leader d’un panafricanisme nègre, à partir d’une Libye finalement très « blanche », sa posture ne manquait pas de contradiction. Il était clair que son pays ne pouvait être, en vendant en particulier de l’or noir à bon prix, à la hauteur de l’anticolonialisme africain, celui de l’esprit rebelle des ouvrages de Frantz Fanon que, justement, les éditions de la Découverte viennent de rééditer en un seul volume.

Aux temps « héroïques », le jeune Kadhafi avait, pourtant, financé un grand film, « Le Lion du Désert », où Anthony Queen interprétait le rôle du rebelle, Omar Mojtar, à côté d’Oliver Reed, qui jouait celui du maréchal Graziani. A la fin du film, à côté du cadavre pendu du grand guerrier, le cheik Omar, un jeune homme apparaît, esquissant un geste provoquant : c’était le futur colonel en personne ! Belle époque où les héros de cinéma côtoyaient la grande histoire.

Aujourd’hui, forcément, à l’époque de la 3D et des images de synthèse, celles du lynchage de Kadhafi ont quelque chose de pitoyable, un grand homme dans une conduite d’égout, la peur de la mort, la fragilité de la personne… Nous, en douce, on s’est quand même réjoui de le voir, au moins, posséder un pistolet en or. Chez lui, l’héroïsme de l’anti-occidentalisme n’avait pas tout à fait rendu l’âme.

Avec Nasser : les temps héroïques du panafricanisme

On sent, dans ce pistolet, des appels à la vengeance enflammée, brouillée dans les vapeurs d’alcool et de drogue, au fin fond d’un bunker, avec quelques prières sans conviction à Allah. Dans quelques années, d’autres jeunes, quand ils en auront assez de l’islamisme radical, célèbreront Kadhafi dans leur coin et punaiseront des posters du Colonel dans leurs chambres. Mais, aujourd’hui, le conflit est ailleurs. Il est pour l’uniformisation de la planète sous un nomos global.

Kadhafi, lui-même, l’avait pressenti et, toujours sous la forme de coups de théâtre, il commença, à partir de 2001, à changer de cap, comprenant qu’il lui fallait devenir présentable, s’intégrer, le grand mot, le joli mot, «s’intégrer», du «marche ou crève !» du nouvel ordre mondial. Il sentait bien que cette intégration dans la « communauté internationale » ne lui laisserait pas sa place et que les prédateurs voulaient plus, voulaient faire main basse sur les matières africaines avant que la Chine ne s’en empare. Il comprit qu’il ne pouvait survivre politiquement qu’au prix d’un certain abaissement. Cet abaissement aura été insuffisant.

Emportés dans la tombe des mystères qu’on nous cachera

Pourtant, il en donna des gages mais comme le soulignait le poète Henri Michaux, le problème avec les Occidentaux c’est qu’«ils ne savent pas s’arrêter ». Ils avaient pourtant osé le pardonner pour l’obscur, le toujours obscur, attentat de Lockerbie. On ne saura jamais, non plus, s’il finança réellement la campagne de Nicolas Sarkozy de 2007. Mais qui croira que le coup médiatique de la libération des Bulgares n’a pu se faire sans réelles compensations et autres petits arrangements ?

Finalement, c’est l’armée française qui localisera son convoi, le bombardera en permettant, de fait, son élimination physique, assuré apparemment sur le terrain par un commando qatari, le Qatar ayant joué un rôle décisif dans la prise de Tripoli et l’exécution des plans « libérateurs » de l’Otan. De leur côté, les mercenaires sud-africains du Colonel se seraient repliés en Algérie pour protéger le restant de la famille, tandis que le cadavre du Colonel, à côté d’un de ses fils, a été jeté sur un vieux matelas dégueulasse, dans la chambre frigorifique d’un supermarché.

Il y a quelque chose de tragique et, en même temps, de classique dans le final des hommes forts, « les dictateurs » comme on les appelle : Saddam en Irak, Mouammar en Libye ; certains auraient rêvé de trouver dans la liste Laurent Gbagbo ! Du moins, quand ils meurent ainsi, s’épargne-t-on la comédie grotesque du « crime contre l’humanité » et de la Cour Pénale Internationale, l’exemplarité nouvelle des vainqueurs, exercée au nom des bons sentiments et du juste. Mais on en vient, aussi, à se demander comment finiront, à leur tour, nos leaders démocrates, Prix Nobel de la Paix pour l’un d’entre eux, puisque la roue de l’Histoire, fatalement, tourne et que l’honneur des armes n’est, semble-t-il, réservé qu’aux dictateurs de la vieille école ?

En tout cas, les « démocrates » auront poussé l’hypocrisie jusqu’à exiger des Nations Unies une enquête sur les circonstances de la mort de Kadhafi. Cette enquête devra-t-elle inculper les agents du Kansas qui supervisaient, à distance, le bombardement du drone, entre deux cocas et un paquet de cigarettes ? La résolution de l’ONU du 17 mars établissait un blocus aérien – « no fly zone » – pour la protection de la population civile et les zones peuplées – « to ensure the protection of civilians and civilian populated areas ». Il n’avait jamais été question de bombarder, avec des missiles, le sol libyen !

Quant aux dollars promis pour la tête de Kadhafi, les pauvres types qui l’ont liquidé en ont-ils vu la couleur ? La guerre a de ses mystères et de ses probabilités qu’à la limite, pour gagner des milliers de dollars, il vaut mieux jouer au loto !

Michel Lhomme

Le nouveau logiciel de l’impunité

Le nouveau logiciel de l’impunité

In Le Nouveau Courrier N°338 Du 10 octobre 2011 par Théophile Kouamouo

Le concept d’impunité a été évoqué à maintes reprises en Côte d’Ivoire ou au sujet de la Côte d’Ivoire durant la semaine qui vient de s’écouler. Et pour cause : les juges de la Cour pénale internationale (CPI) ont ouvert la voie à des enquêtes sur les crimes de guerre, crimes contre l’humanité et autres violations graves des droits de l’Homme durant ce qu’il est convenu d’appeler la «crise post-électorale» et – peut-être – depuis le déclenchement de la rébellion dirigée par Guillaume Soro, le 19 septembre 2002.

Justifiant avant toute inculpation la déportation future du président Laurent Gbagbo à La Haye, Guillaume Soro, chef visible de l’insurrection qui a déclenché «le grand malheur» ivoirien, a affirmé qu’il ne fallait pas «laisser survivre l’impunité ». L’impunité des autres, pourraiton rétorquer à celui qui a tenu à affirmer qu’il a dirigé en personne l’attaque du 19 septembre 2002 à Abidjan, et qui a joué au général en costard lors des nombreuses et sanglantes purges internes à la rébellion et bien entendu, entre décembre 2010 et avril 2011, l’apothéose de sa dernière épopée militaire ayant été, si l’on en croit les proches du défunt, la torture et l’exécution d’un Ibrahim Coulibaly désarmé et, pour faire bonne mesure, de plusieurs de ses compagnons.

Le vocable «impunité» a également été utilisé à plusieurs reprises par l’ONG de défense des droits de l’homme Human Rights Watch, qui a publié un rapport où elle est apparue comme le procureur maladroit de Gbagbo, à qui elle a prêté des propos qu’il n’a jamais tenus, et comme l’avocat empressé d’Alassane Ouattara, qu’il ne faut surtout pas – ah bon ! – mêler aux crimes du «commando invisible» et dont les forces n’ont cédé aux crimes massifs que «très tardivement ». Comme en guise de légitime défense, a-t-on envie de suggérer pour en finir avec les sous-entendus indécents ! Quelques mois plus tôt, Florent De Geel, de la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH), tentait de venir au secours du régime ivoirien en sous-entendant, sur SlateAfrique, qu’Amadé Ouérémi, le chef de milice burkinabé qui terrorise Duékoué, n’avait rien à voir avec la hiérarchie officielle de l’armée de Ouattara et de Soro. Ce qui signifie que les tueries innommables de Duékoué ne sauraient être de leur fait.

Mardi dernier, les avocats Roland Dumas et Jacques Vergès se faisaient injurier, et voyaient leur livre «Sarkozy sous BHL» traité de chose «méprisable» par une meute de journalistes «vertueux» parce qu’ils affirmaient que Nicolas Sarkozy, qui assume de manière volubile la direction politique des opérations de l’OTAN en Libye, pourrait être responsable de «crimes contre l’humanité». Voyons donc, tout cela est «excessif» donc «insignifiant», raisonnaient les raisonneurs.

Et pourtant, l’armée française a souvent commis des crimes contre l’humanité en Afrique depuis la décolonisation.

Et pourtant, des forces soutenues par la France officielle ont commis, il y a moins de vingt ans, un génocide au Rwanda. Et pourtant, les organisations de défense des droits de l’Homme les moins compromises nous informent quotidiennement sur les crimes du CNT, qui font, sous le haut commandement de l’OTAN, dans les villes du Sud de la Libye, ce que le «monde libre» se glorifie d’avoir empêché à Benghazi. Un beau, bel et grand massacre !

Ces contradictions apparentes entre un idéal généreux et des pratiques réelles d’une perversité machiavélique constituent le socle du nouveau logiciel de l’impunité. Un nombre incroyable de «partenaires» venant des univers des ONG, des médias, de la diplomatie et du savoir convergent, dans une unanimité inédite, pour imposer une fausse évidence : l’Empire occidental incarnant le bien absolu, ses alliés et lui ne peuvent commettre le mal que par «mégarde», quand ceux à qui il fait la guerre ou qui s’opposent à lui sont d’une perversité «naturelle». Les morts civils causés par les frappes de l’OTAN sont des «bavures», mais l’obus «de Gbagbo» qui serait tombé, nous dit-on, sur un marché d’Abobo, est une «faute morale». Les résolutions 1973 et 1975 interdisent l’usage d’armes lourdes qui peuvent menacer des civils, mais devraient pouvoir autoriser le largage de bombes et de missiles en pleine ville, à Yopougon, à Syrte et partout où tous les civils sont assimilés à des «pro-Kadhafi», donc à de légitimes cibles militaires.

Le nouveau logiciel de l’impunité veut nous faire admettre que le fait que certains criminels contre l’humanité supposés soient pris dans les filets de la «justice internationale» alors que leurs alter ego y échappent effrontément est une bonne nouvelle. Pour mieux saisir l’absurdité d’un tel point de vue, transposons la querelle dans les limites d’un village atchan. Un fils de Mobio a volé les poules d’un fils de Kodo, et un fils de Kodo a volé les poules d’un fils de Mobio. Parce que le chef du village est persuadé que le fils de Kodo est «mauvais » et «a poussé à bout» son adversaire, lui seul doit être arrêté. Alors que le village s’interroge sur une telle logique, celui qui tient le rôle du sage du village tranche en disant qu’il aurait aimé que les deux soient arrêtés, mais que l’arrestation du fils de Kodo est une «avancée» de la lutte contre l’impunité.

Qui peut croire à ce mensonge éhonté ? Personne.

Mais puisque cette nouvelle chorégraphie douteuse se déroule au plan international, l’ignorance des uns et l’indifférence des autres entretiennent les pires absurdités. Jean Pierre Bemba est à la CPI pour des crimes que ses soldats, «loués» à Ange-Félix Patassé, auraient commis. Patassé est mort de sa belle mort, loin de toute angoisse. Bozizé, dont les «libérateurs» tchadiens ont commis des crimes équivalents, gouverne la République centrafricaine, tout juste troublé par de nouveaux bruits de

Bottes Charles Taylor est à La Haye pour avoir financé et soutenu une rébellion meurtrière en Sierra Leone. Blaise Compaoré a trempé dans les mêmes magouilles, mais puisque sa dernière expédition – en Côte d’Ivoire – a été «sanctifiée» par la France et les Etats-Unis, tout va bien pour lui. Ellen Johnson-Sirleaf a financé, nous apprend la Commission Vérité et Réconciliation de son pays, la rébellion sanglante de Charles Taylor, et ne devrait pas, pour cette raison et parce qu’elle est inéligible au regard de la Constitution, rempiler. Mais elle est l’alliée privilégiée des Américains dans la région. Du coup, le prix Nobel de la paix lui a été «offert», pour l’aider à mieux faire campagne.

Dans le monde qui vient, vous pourrez toujours commettre les pires atrocités. Il faudra tout simplement vous assurer d’être du «bon» côté.

La Libye sous le pouvoir des milices islamistes. Point de situation

Les nouvelles images du lynchage du colonel Kadhafi qui commencent à être diffusées sur le net annoncent un « hiver libyen » plein de douceurs et de mièvreries… Mais au-delà de la mort atroce de l’ancien chef de l’Etat libyen, quelle est la situation sur le terrain au moment où ces lignes sont écrites ?

Plus que jamais, le CNT ne représente que lui-même et c’est d’ailleurs pourquoi il  demanda avec une grande insistance, mais en vain, que l’Otan maintienne sa présence. Ce pseudo gouvernement sait en effet qu’il porte un péché originel : celui d’avoir été mis en place par l’Otan, donc par les « impérialistes » et les « mécréants ». Ses lendemains vont donc être difficiles. D’autant que ses principaux dirigeants, tous d’anciens très hauts responsables de l’ancien régime et donc des « résistants de la dernière heure », commencent à être mis en accusation par certains de ces chefs de guerre qui détiennent désormais les vrais pouvoirs.

Le président du CNT, Mustapha Abd el Jalil, a déclaré que la charia serait désormais la base de la Constitution ainsi que du droit, que la polygamie, interdite sous Kadhafi, serait rétablie et que le divorce, autorisé sous l’ancien régime, était désormais illégal. Enfermé dans leur européocentrisme, les Occidentaux ont considéré que ces déclarations étaient « maladroites ». Leur erreur d’analyse était une fois de plus totale car ces propos à but interne étaient destinés à amadouer les milices islamistes auxquelles le pouvoir du CNT est suspendu. Pour mémoire, Mustapha Abd el Jalil, l’ami de BHL, était le président de la Cour d’appel de Tripoli qui, par deux fois, confirma la condamnation à mort des infirmières bulgares et en 2007, le colonel Kadhafi le nomma ministre de la Justice. En dépit de son passé kadhafiste, Abd el Jalid est pourtant respecté par certains islamistes car il est proche des Frères musulmans, mais son pouvoir ne dépasse pas son tapis de prière.

La Libye est en effet éclatée entre plusieurs zones contrôlées par des chefs de guerre jaloux de leur autonomie et prêts à s’entre-déchirer, comme en Somalie. Ces territoires ont tous une ouverture sur la mer et une profondeur vers l’intérieur pétrolier ou gazier, ce qui fait que, comme je le disais il y a déjà plusieurs semaines déjà, le pays est aujourd’hui découpé en « touches de piano ».

Benghazi est sous le contrôle de plusieurs milices islamistes, elles-mêmes éclatées en un grand nombre de petits groupes plus ou moins autonomes, mais c’est à Tripoli que se joue l’unité de la Libye.

Dans la capitale, le chef du CNT, Mustapha Abd el Jalid s’appuie sur le TMC (Tripoli Military Council) qui engerbe plusieurs milices islamistes pouvant mobiliser entre 8000 et 10 000 combattants. Le chef du TMC, originaire de Tripoli, est Abd el-Hakim Belhaj dit Abu Abdullah Assadaq. Ayant combattu en Afghanistan, ce partisan du califat supra frontalier fonda le Libyan Islamic Fighting Group dans les années 1990. Ayant fui la répression anti islamique du régime Kadhafi, il retourna en Afghanistan où il fut arrêté en 2004 puis remis à la police libyenne avant d’être libéré au mois de mars 2010, à la veille de l’insurrection de Benghazi.

Durant la guerre civile, le TMC fut armé et encadré par les services spéciaux du Qatar et il reçut une aide « substantielle » de la part de certaines unités « spécialisées » de l’Otan. Ce fut lui qui prit d’assaut  le réduit de Bab al-Aziya à Tripoli. Plusieurs autres milices islamistes se partagent la ville et n’acceptent pas le leadership reconnu au TMC par Mustapha Abd el Jalil. Pour encore compliquer l’embrouille locale, le 2 octobre, fut fondé le Tripoli Revolutionists Council ou TRC, par Addallah  Ahmed Naker al-Zentani, originaire de Zentan mais indépendant des milices berbères de cette dernière ville.

A Misrata, les milices se considèrent comme l’élite des révolutionnaires et leur prestige est immense depuis qu’elles ont capturé le colonel Kadhafi. Ce furent certains de leurs hommes, gentils démocrates si chers aux médias français, qui lynchèrent et sodomisèrent vivant l’ancien guide et qui, comme « trophée », emportèrent son corps dans leur ville.

Misrata est sous le contrôle du Misurata Military Council (MSR), qui engerbe plusieurs milices dont la principale est la Misurata Brigade. La situation est cependant confuse car les combattants sont divisés en plusieurs dizaines de groupes commandés par des chefs indépendants rassemblant au total plusieurs milliers d’hommes. A la différence du TMC, le MSR n’a pas besoin d’aide étrangère car il dispose d’énormes quantités d’armes pillées dans les arsenaux de l’ancienne armée.

Les miliciens de Misrata ont une forte tendance à l’autonomie et ils ne semblent pas vouloir accepter de se soumettre au CNT. De plus, ils se méfient des originaires de Benghazi. Pour pouvoir espérer prendre le contrôle de la ville, le CNT devra donc, comme à Tripoli, s’appuyer sur certaines milices contre les autres, ce qui promet bien des « incidents ». Des tentatives de rapprochement ont été faites en direction de Salim Joha, chef de l’Union on Libya’s Revolutionary Brigades, mais rien de concret ne s’est produit pour le moment. Le CNT pourrait également tenter d’amadouer Misrata en nommant Abdul Rahman Swehli Premier ministre, ce qui lui permettrait du même coup d’échapper à la main-mise des clans de Benghazi.

Autre zone ayant échappé au contrôle du CNT, le pays berbère de Zentan avec sa puissante milice ancrée sur djebel Nefuza. Ce furent les Berbères qui permirent l’assaut sur Tripoli en prenant à revers les forces de Kadhafi, opération préparée par les forces spéciales de l’Otan.

Zentan  est contrôlée par le Zentan Military Council (ZMC), dont les milices arborent le drapeau amazigh. Militairement, les milices berbères sont les mieux formées de toute la Libye, leurs cadres étant d’anciens officiers libyens. Les deux principales unités berbères sont la Zentan Brigade commandée par Muktar al-Akdhar et la Kekaa Brigade, chacune forte d’environ 1000 combattants. Ces milices ont refusé de quitter Tripoli en dépit des ordres du CNT, ce qui provoqua de graves tensions. Le 3 octobre, après un ultimatum du CNT, la Brigade Kekaa se livra même à une véritable tentative d’intimidation, paradant dans Tripoli et attirant la réplique des islamistes. La guerre civile fut alors évitée de justesse, mais ce n’est que partie remise…

Ceux qui, poussés par BHL, décidèrent d’intervenir en Libye et de s’immiscer dans une guerre civile qui ne concernait en rien la France, vont désormais porter la très lourde responsabilité des évènements dramatiques qui s’annoncent et qui vont se dérouler à quelques heures de navigation de nos côtes.

Bernard Lugan

Bernard Lugan est l’auteur du Livre « Décolonisez l’Afrique ! » qui paraîtra début novembre 2011 aux éditions Ellipses. Commandez-le dès maintenant à l’Afrique Réelle pour obtenir une dédicace.

Syrte dans la légende

Une légende est en train de naître qui va hanter les gens qui ont été propulsés au pouvoir à Tripoli. Dans Syrte, face à d’insurmontables défis, une poignée d’hommes a donné un exemple de bravoure qui finira par trouver sa place dans l’histoire arabe.

Lourdement bombardée pendant plusieurs semaines par l’OTAN et attaqué à l’arme lourde par ses supplétifs libyens, la ville de Syrte a farouchement résisté

Des semaines d’attaques de missiles et de bombes ont réduit le centre de la ville en ruines et tué un nombre inconnu de civils. Les photos qui ressemblent à celles du genre de Beyrouth montrent les dévastations. Les combattants défendant la ville semblent être condamnés. Ils ont le dos à la mer et sont entourés de trois côtés.

Nous ne savons pas qui ils sont ni combien. Certains pourraient être des restes de l’armée libyenne et d’autres des civils qui ont pris les armes pour défendre leur ville. Nous ne savons pas pourquoi ils se battent. On nous dit qu’ils ne font que lutter pour leurs vies. On nous dit que ce sont des mercenaires… mais des mercenaires déposent les armes quand l’argent vient à manquer. On nous dit que ce sont des « loyalistes de Kadhafi ». Cela les discrédite immédiatement. Personne ne sait vraiment ce pour quoi ils se battent, mais que ce soit pour leur pays doit être une possibilité pour au moins certains d’entre eux.

Pourquoi cette guerre a-t-elle été lancée ? Le Kadhafi qui a maintenant été délogé est le même Kadhafi âgé qui est arrivé à Rome quelques années auparavant avec une photos de Omar al Mukhtar épinglée à sa tunique à sa descente d’avion. C’est le même Kadhafi qui a été accueilli chaleureusement à Paris par Sarkozy et, selon Saïf al-Islam, a généreusement financé sa campagne électorale. C’est le même Kadhafi qui a été congratulé par le toujours souriant Blair Tony à Tripoli. C’était avec le même Kadhafi que la compagnie Shell a été très heureuse de faire des affaires.

Entre toutes ces occasions et maintenant, il n’a pas changé. Il y a des années c’étaient les « chiens errants » – les dissidents libyens – qu’il disait vouloir chasser. Cette année, c’étaient « les rats » qu’il avait juré de poursuivre rue après rue – le fameux Zenga Zenga – et de maison en maison. C’est ce qui a donné aux États-Unis, à la Grande-Bretagne et à la France leur prétexte pour entreprendre une action militaire. Ce n’était pas censé être pour un changement de régime, mais c’est comme cela que ça a fini, et si ce n’était pas prévu dès le départ c’était inévitable une fois que ces trois puissances avaient décidé d’intervenir.

Quoi que pensent les Libyens de Mouammar Kadhafi, il n’y avait aucun signe d’une majorité appuyant le soulèvement contre lui. Comme Kadhafi l’a demandé le 6 octobre : « Le NTC, qui leur a donné une légitimité ? Comment ont-ils obtenu une quelconque légitimité ? Le peuple libyen les a-t-il élus ? Le peuple libyen les a-t-il nommés ? Si la légitimité, c’est seulement le pouvoir des bombes de l’OTAN et les flots de subventions, alors que tous les dirigeants du Tiers-Monde se méfient, le même sort les attend. Pour ceux qui reconnaissent comme légitime le conseil, méfiez-vous. Il y aura des conseils de transition créés un peu partout, qui vous seront imposés et vous feront tomber et un par un ».

Ce n’était ni une révolution populaire ni une guerre de libération. Ce n’était pas l’Egypte ou la Tunisie, où c’est le peuple qui a renversé le gouvernement. Ce fut une guerre de conquête par la Grande-Bretagne, la France et les Etats-Unis, en coordonnation avec les groupes armés sur le terrain. Ces trois puissances ont transformé un soulèvement en une guerre civile, puis assuré la victoire d’un côté par l’utilisation massive de leur puissance de feu aérienne. Les soldats sur le terrain – les « loyalistes de Kadhafi » – étaient autant sans défense face aux missiles qui pleuvaient que les civils. S’ils avaient dû se débrouiller tous seuls, les « rebelles » aurait été rapidement dispersés.

Avec l’attaque déployée et le résultat quasi certain, les hauts ministres du gouvernement libyen ont commencé à faire défection. La métaphore habituelle, c’est les rats sautant d’un navire en perdition. Musa Kusa s’est envolé pour Londres et a raconté aux ervices de renseignements britanniques tout ce qu’il savait, ce qui ne devait pas être rien, vu que Musa Kusa est trempé jusqu’à son cou dans tous les crimes commis par Kadhafi au cours des quatre dernières décennies.

Mustafa Abdul Jalil était ministre de la Justice dans l’ancien régime. Il en est aussi sorti juste à temps. Désertant Kadhafi, il a ensuite accepté de diriger un conseil d’administration provisoire mis en place en collaboration avec les pouvoirs attaquants étrangers. Les gens qui font ce genre de choses sont généralement appelés des traîtres. Lors de la Seconde Guerre mondiale, le maréchal Pétain a collaboré avec les nazis et aurait été exécuté à la libération, si ce n’était son âge avancé et ses faits de guerre en 1914-18.

William Joyce (« Lord Haw Haw ») a été exécuté juste pour cause de diffusion de propagande nazie contre son propre pays, la Grande-Bretagne. Quisling a agi en régent des nazis dans les territoires occupés en Norvège et il a été exécuté après la guerre pour trahison. Les puissances étrangères avec lesquelles Mustafa Abdul Jalil a collaboré ont attaqué son pays et tué des milliers de ses compatriotes, femmes et enfants. Sauf si le mot a perdu son sens, cela fait de lui un traître, lui également.

Sans couverture aérienne et sans défense au sol contre les attaques aériennes, l’armée libyenne – les « loyalistes de Kadhafi » – n’avait aucune chance. Il y a de nombreux parallèles dans la longue histoire des agressions occidentales sur les pays musulmans. En 1882, une flotte britannique a bombardé Alexandrie puis accusé des incendiaires et des brigands pour la destruction massive qu’elle avait causée. Les troupes débarquèrent pour rétablir l’ordre qui venait d’être détruit. Les Egyptiens ont essayé de défendre leur pays, mais contre la puissance de feu et l’organisation d’une armée européenne moderne, ils n’avaient aucune chance.

En 1898, environ 60 000 adeptes du Khalifa soudanais, le successeur du Mahdi, ont fait irruption dans une plaine en dehors de la ville de Omdurman en direction des lignes de combat britanniques. C’était leur pays et ils se sont battus pour lui avec énorme courage, mais contre des fusils Maxim alignés en rangées sur le champ de bataille, ils n’ont également eu aucune chance. Il y avait des exceptions à la règle. Dans le début des années 1880 le gouvernement soudanais a détruit le corps expéditionnaires de Hicks, mais c’était avant l’invention du fusil Maxim.

En 1896, une armée éthiopienne a anéanti toute une armée italienne à la bataille d’Adoua. Près de quatre décennies plus tard, une armée italienne a envahi l’Ethiopie à nouveau, devant endurer de sévères défaites avant qu’un armement supérieur et l’utilisation du gaz moutarde leur donnent la victoire. Poussé à l’exil, l’empereur Hailé Sélassié a déclaré à la Société des Nations : « C’était nous aujourd’hui. Ce sera vous demain ». En effet, c’est ce qui s’est produit.

En 1911, les Italiens ont envahi la Libye mais se sont abstenus de pénétrer à l’intérieur en raison de la résistance des tribus Sanusi et de la petite armée ottomane envoyée pour faire ce qu’elle pouvait – la Libye étant alors partie intégrante de l’Empire ottoman.

Dans les années 1920, l’Italie a lancé un programme à grande échelle pour vaincre les Libyens. Des milliers ont été déplacés de Jabal al Akhdar en Cyrénaïque et parqués dans des camps de concentration. La résistance était dirigée par un enseignant du Coran, Umar al Mukhtar qui a été capturé en 1931 et pendu au camp de concentration de Suluq. Maintenant, un siècle plus tard, les Libyens eux-mêmes ont ouvert la porte à une autre attaque étrangère contre leur pays.

Sans les interventions « humanitaires » des États-Unis, de la Grande-Bretagne et de la France, Kadhafi serait toujours à Tripoli, mais des milliers de personnes à présent mortes seraient encore en vie. Les bâtiments et l’infrastructure qui ont été détruits seraient encore debout. La Libye serait encore le pays le plus avancé en Afrique au lieu d’un pays qui a été ravagé par la guerre et qui doit maintenant se rétablir en conformité avec les prescriptions du « capitalisme du désastre ».

En tant qu’investissement, cette guerre n’était même pas risquée. La Libye est un grand pays avec une population relativement faible et presque pas de capacité de se défendre contre une attaque extérieure lancée par des États puissants. Ce pays est riche en pétrole, en réserves de change et en lingots d’or. L’attaque aurait-elle été envisagée si ce pays était pauvre ? Sa situation financière était beaucoup plus saine que celle des pays qui l’ont agressé.

L’idée que cela a été fait pour des raisons altruistes doit être rejetée immédiatement. Quelle que soit l’emballage humanitaire, des arrière-pensées se cachent derrière chaque guerre lancée par les puissances occidentales au Moyen-Orient et en Afrique du Nord au cours des deux derniers siècles. La guerre contre la Libye ne fait pas exception. À une époque de crise financière extrême, ces pays ne dépensent pas des milliards de dollars dans une guerre sans attendre un généreux retour sur investissement stratégique et commerciale.

Toutes ces semaines où Syrte était dévastée depuis les airs, où était le Conseil de sécurité, qui a ouvert la porte à l’attaque sur la Libye avec sa résolution de zone « no fly », mais n’a pris aucune responsabilité pour les conséquences ? Où était l’Union européenne, où était l’OCI, où était la Ligue arabe ? Où était l’indignation dans les médias, où étaient tous les gouvernements qui se sont donnés une « responsabilité de protéger » qui s’est transformée en un permis de tuer ? Ils étaient tous muets. Pas un mot d’inquiétude ou même de condamnation n’est sorti de leurs bouches. Ils ne voulaient parler que de la Syrie.

Les images de destruction maintenant sorties de Syrte donnent quelques indications sur ce que la Grande-Bretagne, la France et les Etats-Unis ont fait. Combien de civils ont été tués, nous ne le savons pas, mais les estimations faites pour le pays dans son ensemble suggèrent un nombre de morts avoisinant des dizaines de milliers. Tel est le coût de « l’intervention humanitaire ». Tel est le prix que les Libyens ont dû payer pour leur propre « libération ».

Ils ne voulaient pas de cette guerre. C’étaient les gouvernements des États-Unis, de la Grande-Bretagne et de la France qui la voulait, pour des raisons qui leur sont propres et ils ont utilisé le soulèvement de Benghazi comme levier.

Un pays qui avait une certaine stabilité est maintenant dans la tourmente. Les agences de nouvelles consultent le gouvernement à Tripoli, mais il n’y a pas de gouvernement à Tripoli. Le « Conseil national de transition » ne s’est toujours pas réuni au complet. L’incertitude, les remous et, éventuellement le déploiement d’une guerre de résistance sont déjà inscrites. L’histoire est écrite par les vainqueurs, nous dit-on, mais si ce triomphe occidental sur un autre fou du Moyen-Orient ne réussit pas à s’affermir, le jour peut encore venir où les Libyens construiront des statues pour commémorer la bravoure du petit groupe d’hommes qui a combattu jusqu’à la mort pour Syrte.

Jeremy Salt

* Jeremy Salt est professeur agrégé et spécialiste d’histoire et politique du Moyen-Orient à l’Université Bilkent à Ankara en Turquie.

17 octobre 2011 – Palestine Chronicle – Vous pouvez consulter cet article à :

http://palestinechronicle.com/view_…

Traduction : al-Mukhtar

La vengeance du colonel Kadhafi

Muammar Kadhafi a tenu parole : il n’a pas abandonné le pays et est mort en martyr sur la terre libyenne. Le 20 octobre 2011, il a été fait prisonnier près de la ville de Syrte. Les insurgés, exaltés de bonheur, ont d’abord humilié le « frère-leader » encore vivant, avant de le fusiller puis de bafouer son cadavre. Une telle brutalité a été saluée par les applaudissements des leaders des pays occidentaux.

Pourtant, les adversaires du colonel se réjouissent un peu tôt. Même en ayant liquidé Kadhafi, ils ne pourront prendre la Libye sous contrôle. Avant tout car au cours de la guerre civile, les groupuscules anti-gouvernementaux n’ont soutenu le Conseil national de transition que parce qu’ils avaient un ennemi commun. Désormais, une fois l’ennemi liquidé, « les représentants des formations armées de Misrata, Zintan, Tripoli et Libye orientale vont disputer le pouvoir au Conseil national de transition », écrivent les analystes de Stratfor. Et la majorité des leaders tribaux ne veulent pas, au-dessus d’eux, d’un quelconque pouvoir étatique. La situation « pré-Kadhafi » leur convenait à merveille, quand le pouvoir central était faible et que les chefs locaux possédaient tout contrôle sur leurs tribus et leurs terres. Un bloggeur russe a comparé les liens entre les tribus et Kadhafi à ceux qui existent entre les Bandar-Log et Kaa dans le conte Mowgli de Rudyard Kipling. – Kadhafi a, par la force, réprimé les chefs des tribus bédouines et les a contraints à se plier aux lois de l’État. Désormais, Kadhafi n’est plus, les « Bandar-Log » vont soulever tout le désert : et alors, le peuple libyen -en premier lieu la classe moyenne, qui s’est habituée, au cours de l’ère Kadhafi, à la stabilité et au confort- comprendra ce que c’est que la vie sans Kaa.

Mais les leaders occidentaux, qui triomphent aujourd’hui à propos de sa mort, goûteront également l’amertume de la victoire sur Kadhafi. Un certain nombre de dirigeants arabes ont déjà retiré leurs conclusions des événements libyens.

Conclusion première : le rapprochement avec l’Occident n’apporte rien de bon et ne fournit aucune garantie. L’Europe et les USA ont longtemps assuré les dictateurs proche-orientaux du contraire en agitant précisément l’exemple du colonel Kadhafi. Regardez, disait-on, il s’est repenti, il a rendu ses armes de destruction massive : et il peut à loisir, depuis lors installer tranquillement sa tente dans les jardins de l’Élysée. Désormais, le même exemple de Kadhafi ne prouve qu’une chose : malgré le repenti et la collaboration, l’Europe l’a « soufflé » en une seconde.

Conclusion deuxième : la modernisation de l’État et le développement du secteur socio-économique ne vont pas de pair avec l’accroissement de la loyauté de la population. Les Libyens ne vivaient pas mal du tout : et tout de même, ils ont été contaminés par le virus du « printemps arabe ». Eh bien, le mieux dans ce cas, jugeront les seigneurs arabes, est d’orienter toutes les ressources vers le renforcement de l’appareil répressif et d’écraser cruellement tout foyer de libéralisme dans le pays. Ce qui va, naturellement, à l’encontre de la stratégie de l’Europe et des USA visant à créer et renforcer dans les États arabes une classe moyenne, orientée vers les valeurs occidentales.

Ainsi, périssant au combat et perdant son pays, Mouammar Kadhafi a en tout cas asséné un coup à l’Occident et à tous ses ennemis en Lybie. Et ce sera là sa dernière, sa victorieuse parole.

Traduit par : Julia BREEN

Du printemps arabe à l’été des islamistes

Le traître Moustapha Abdeljalil, Président du Conseil National de Transition libyen, ce conglomérat composé d’anciens tortionnaires, d’opposants politiques et d’islamistes d’Al-Qaeda a annoncé dimanche dernier l’instauration de la charia en Libye. Moustapha Abdeljalil : « En tant que pays musulman, nous avons adopté la charia (loi islamique) comme loi essentielle et toute loi qui violerait la charia est légalement nulle et non avenue« .

Pour le citoyen lambda, les protégés de l’Otan sont donc en train de déraper. Mais, cela n’était-il pas prévisible ? Le pouvoir que les Occidentaux ont mis en place était depuis miné par les islamistes. Sur  les ruines de la ville martyre de Syrte, un Etat islamique s’installera au grand dam des Occidentaux comme le prouve si bien ce communiqué laconique de l’Elysée.

« La disparition de Mouammar Kadhafi est une étape majeure dans la lutte menée depuis plus de huit mois par le peuple libyen pour se libérer du régime dictatorial et violent qui lui a été imposé pendant plus de quarante ans.

La libération de Syrte doit marquer, conformément aux engagements pris par le Conseil national de Transition, le début du processus agréé par le CNT pour établir en Libye un système démocratique dans lequel toutes les composantes du pays auront leur place et où les libertés fondamentales seront garanties.

Comme depuis les premiers jours du soulèvement du peuple libyen contre l’oppression, la France est à ses côtés pour le soutenir dans cette démarche.

Une nouvelle page s’ouvre pour le peuple libyen, celle de la réconciliation dans l’unité et la liberté. »

Des mois qu’on nous gave de fausses nouvelles, de mensonges médiatiques et de manipulations. Toutes ces populations manipulées et conditionnées pour contribuer au renversement de dirigeants soudainement devenus dictateurs pour l’Occident mais qui, s’étaient toujours efforcés de contenir les islamistes et de réduire leur champ d’action. Le « printemps arabe » vendu au monde entier serait-il donc pour faire sortir les islamistes du désert et les installer au pouvoir afin d’instaurer l’anarchie dans ces Etats ?

Les Etats-Unis, la France et la Grande Bretagne ne pouvaient pas ignorer ce risque d’islamisation. Ce «printemps arabe » aura profité aux islamistes qui ont profité pour élargir leur champ d’action. L’Occident pour nous apaiser nous parle déjà d’islamisme modéré. Dans quelques années, quand de réelles dictatures seront installées dans ces pays, ils viendront faire les étonnés.

Obama qui, lors de sa campagne avait promis la création d’un Etat palestinien est aujourd’hui celui là même qui aujourd’hui s’oppose au peuple palestinien en menaçant de bloquer ce projet de son droit de véto et de prévenir l’UNESCO de lui couper les vivres si cette dernière votait en faveur d’une adhésion de l’Autorité palestinienne, comme État membre, à part entière. Pour info, les États-Unis fournissent 22% du budget de l’Unesco (Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture) qui a ouvert mardi à Paris sa conférence générale et a mis à son agenda l’adhésion de la Palestine comme État membre à part entière à l’ONU.

En se référant aux nouvelles de ces derniers mois dans le proche et le moyen orient, les Palestiniens à qui on refuse le droit d’avoir un Etat ne se sentiraient t-ils pas frustrés par cette politique de deux poids deux mesures ? Frustrés, ils se tourneront vers le Hamas qui de facto consolidera son assise idéologique.

Pendant que Abdeljalil annonçait l’instauration de la charia en Libye, les tunisiens eux votaient. Résultat de ces élections tombé jeudi soir, le parti islamiste Ennahda, sort vainqueur avec 41,7% des voix contre 13% pour Moncef Marzouki, l’opposant historique de Ben Ali. L’Egypte quant à elle, n’attend que les élections pour qu’on voit défiler les frères musulmans.

Grâce à cette guerre idiote qui a coûté trois cents millions d’euros à la France et deux milliards de dollars aux Etats-Unis, nous pouvons nous féliciter d’avoir à présent sur le continent un régime de plus réclamant ouvertement la charia comme loi fondamentale. Quand on quitte zero (00) pour moins un (-1), n’est-ce pas une régression ?

aymard