Le Blog de Aymard

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Côte d’Ivoire, pays pauvre très endeuillé

A la faveur de la guerre orchestrée par les forces de la coalition franco-onusienne, dont l’objectif  inavoué était le renversement du Président élu Laurent Gbagbo pour  imposer Alassane Ouattara aux ivoiriens, la Côte d’Ivoire, naguère vitrine de l’Afrique de l’Ouest, s’est appauvrie. Elle n’est plus ce pays riche que l’on connaissait.

Aujourd’hui méconnaissable, la terre d’Eburnie, est devenue l’ombre d’elle-même. Dans cette crise dite postélectorale, dont on dénombre plus de 3000 morts, elle n’a pas encore fini de faire son deuil. Pire, elle continue de compter ses victimes. Au moment où Ouattara annonce une croissance économique de 8% et que, euphoriques, les journaux proches du pouvoir, s’en font l’écho, et prédisent la tombée imminente d’une pluie de milliards, pour ceux qui veulent bien y croire, la Côte d’Ivoire affiche un taux de pauvreté jamais atteint de toute sa jeune histoire. Etre pauvre, c’est bien entendu, ne pas être riche, simple question de logique. Or la Côte d’Ivoire, comme on le sait, regorge de nombreuses richesses naturelles. Ici donc, la pauvreté dont nous parlons, revêt un tout autre aspect. Depuis l’arrivée du filleul de Sarkozy à la tête de ce pays, il y a en effet un indicateur de richesse qui fait cruellement défaut à la Côte d’Ivoire. De quoi s’agit-il ?

La Côte d’Ivoire est certes riche, riche de son sous-sol, de son climat, de Sa faune et sa flore…. Mais un pays n’est-il riche que par ses ressources naturelles ? Il doit être aussi riche de ses hommes. Du nombre et surtout de la qualité et la diversité de ses citoyens. Voilà ce qui caractérise aussi un pays dit riche. Tout développement a pour point focal l’homme. Comme Jean Bodin, philosophe et théoricien politique, nous pouvons affirmer: « il n’est de richesse que d’hommes ».

Si tant il est vrai qu’il n’est de richesse que d’hommes, alors la Côte d’Ivoire est pauvre. Pauvre de ses citoyens, car à peine assis dans le fauteuil présidentiel, Ouattara Alassane s’est empressé de lancer sa meutes de chiens de guerre et d’assassins aux trousses de tous ceux qui, se sont opposés à lui et qui d’une manière ou d’une autre ont soutenu ou collaboré avec le Président Laurent Gbagbo. Ce dernier, lui-même, arrêté par les forces spéciales françaises et livré à ses adversaires politiques.

La traque de ceux qu’on a appelés pro-Gbagbo fut, en effet, un véritable malheur: des milliers d’ivoiriens déplacés ou en exil. D’autres inculpés ou encore sous le coup de mandats d’arrêts. Ceux qui n’ont pas pu ou voulu s’enfuir, ont été littéralement massacrés, tels le ministre Désiré Tagro, plusieurs jeunes patriotes sortis défendre leur patrie et le génocide du peuple Guéré dans le grand ouest de la Côte d’Ivoire. Les plus ‘’chanceux’’ quant à eux, ont été jetés en prison comme des malpropres. Du coup, la Côte d’Ivoire s’est vue amputée d’une grande partie de ses fils et filles au motif que ces derniers ne sont pas du bon côté politique. Simone Ehivet, Affi N’guessan, Aké N’Gbo, Raphael Dogbo, Hermann Aboa, Michel Gbagbo, etc. Pour ne citer que ceux-là, croulent aujourd’hui dans les geôles infectes de Ouattara. Parmi eux, des éminences grises du pays, internationalement reconnus, des ivoiriens, des cadres et militants de la majorité présidentielle, qui à un moment donné, ont eu à diriger ce pays. Que dire de tous ceux qui sont hors du pays, angoissés à l’idée de rentrer ? N’ignorant pas la politique de Ouattara qui consiste à tendre un bras pour les inviter à rentrer et de l’autre les balancer en prison, aussitôt venus.

Se priver d’une partie du peuple, appauvrit le pays tout entier.

Le président Gbagbo avait en son temps si bien comprit ce principe que dès son accession au pouvoir, il a invité tous les ivoiriens, où qu’ils soient, de quel bord politique qu’ils appartiennent, à rentrer dans leur pays. Il aussi et surtout, prôné l’unité entre les fils et filles de ce pays. Signaux forts: en 2003, il signe une loi d’amnistie en faveur des rebelles, au nom de la paix. Il met ensuite en place, pour l’unité nationale, un gouvernement de large ouverture où tous les partis politiques sont représentés. Mais avant, il contribue au retour d’exil de messieurs Konan Bédié et Ouattara, aujourd’hui, ennemis déclarés de leur bienfaiteur d’hier. Abou Cissé, oncle maternel d’Alassane Ouattara affirme, sans ambages: « Aujourd’hui, partout, les gens soutiennent que le temps du Président Gbagbo était le meilleur ». Puis il poursuit : « Diriger un peuple ce n’est pas seulement avec le talent d’un économiste. Pour diriger un pays, il faut être investi d’un humanisme. Il (Laurent Gbagbo ndlr) est d’un humanisme incroyable. La politique du Président Laurent Gbagbo prenait en compte tout le monde sans distinction d’ethnie, de religion et de région. Contrairement à Alassane dont l’entourage est composé uniquement de gens de leur ethnie et leur région. Ce n’est pas construire une Nation. C’est en tenant compte de ces facteurs que Gbagbo a mené une politique de rassemblement des Ivoiriens. Pour lui, il ne faut pas juger les gens sur la base ethnique ou religieuse. Mais sur la base des valeurs et de la compétence. C’est un humain ».

Le régime de Ouattara, tue, contraint à l’exil ou emprisonne sans autre forme de procès ses opposants, et continue parler de relance économique. Qui donc bénéficierait des retombées financières des efforts entrepris, sinon lui et ses seuls alliés ? Notre cher préfet-président, Alassane Ouattara, parle de développement économique, bien sûr, signe de progrès. Mais selon les normes modernes actuelles, le développement économique à lui seul ne peut suffire à mesurer le développement d’un pays. D’autres indicateurs, tels que l’indice de développement humain (IDH), qui prend en compte la santé, l’éducation, le respect des droits de l’homme… Sont à considérer. C’est donc là que le bât blesse. En Côte d’Ivoire, des ivoiriens ne bénéficient pas tous de ce respect des droits de l’homme. Il y a une certaine catégorie de d’ivoiriens, notamment les pro-Gbagbo, qui subissent une telle exclusion. Ouattara a appauvrit la Côte d’Ivoire et en est fière. Selon lui: «La Côte d’Ivoire va mieux. Les moments difficiles sont passés. Nous avons maintenant la paix. Nous sommes en période de réconciliation et cela se passe bien ». Vous croyez halluciner ? Et bien non ! C’est ainsi que Ouattara envisage ce pays qu’il compte diriger: un pays boiteux et borgne, amputé de certains de ses fils et filles, considérés comme étant du mauvais côté politique. Dans de telles circonstances, l’on s’achemine droit vers un régime de parti et de pensée unique.

Les ivoiriens accepterons t-ils la pauvreté dans la soumission ?

Alassane et ses alliés, en leurs âmes et consciences, peuvent-ils prétendre avoir la conscience tranquille, alors que plusieurs ivoiriens ont été impunément massacrés et d’autres exclus de la vie de la nation ivoirienne à travers leur politique ethnico-régionale? Assurément non. Ils n’auront jamais la conscience tranquille, la quiétude qu’ils espèrent tant. Ils seront toujours sur le-qui-vive, se faisant peur au moindre bruit, tant que justice ne sera pas faite. C’est cela la vraie réalité. Les ivoiriens dans leur grande majorité le savent aussi. Il ne s’agit pas pour ces ivoiriens dignes de quémander une quelconque indulgence auprès de Ouattara et ses affidés, car conscients qu’ils ont avec eux la justice et la vérité. Tôt ou tard  cette justice sera rendue et la vérité éclatera au grand jour. C’est peine perdue que de courir après relances et autres développement économiques, si des ivoiriens sont tués, embastillés, leurs droits niés et bafoués. On peut donner à un peuple tout le confort matériel possible. Mais si  ce peuple n’a pas l’esprit libre, cela ne servira absolument à rien.

Mais alors cette situation, qui ne saurait d’ailleurs perdurer, ne devrait point briser le moral des ivoiriens. Bien au contraire, elle devra les galvaniser et les pousser d’avantage à croire et à continuer leur lutte, leur quête de la liberté. Abou Cissé, oncle de Ouattara, au  sujet de l’emprisonnement de Gbagbo, persiste: « Sa présence en prison va susciter, plutôt, une chaîne de mouvements au niveau de la classe sociale. On n’aura pas besoin des armes ou d’une révolution par la guérilla. C’est le peuple lui-même qui va se soulever. Parce que le pouvoir actuel ne pourra pas répondre à l’attente des préoccupations des Ivoiriens ». En effet, dès l’annonce de l’arrestation du Président Laurent Gbagbo, des milliers d’ivoiriens se sont aussitôt mobilisés pour engager la lutte. L’emprisonnement de ce dernier, loin de les décourager à bien au contraire créé un engouement sans précédent, des ivoiriens et  même de certains africains et occidentaux, qui se sont rangés du côté de la justice, autour de ce digne fils d’Afrique. Les dernières nouvelles, nous révèlent que l’homme est en « très bon état de santé morale et physique ». Selon Me Lucie Bourthoumieux, une de ses avocats venus récemment le rencontrer : « Le président Gbagbo est si fort dans la tête qu’il ne tient pas du tout à ce que l’on s’attarde sur ses conditions de détention ». Laurent Gbagbo lui-même, quelques temps auparavant, avait lancé aux ivoiriens cette mémorable phrase: « Si pendant la bataille, je tombe et que je meurs, enjambez mon corps et continuez la lutte».

A Ouattara Alassane, qu’il le sache une fois pour toute: le combat des ivoiriens se situe bien au-delà de sa modeste personne. En effet, il n’est qu’un triste pion de la nébuleuse puissance impérialiste occidentale. La bataille engagée ici, vise cet impérialisme, qui par la seule force des armes veut exproprier l’Afrique de ses richesses. Que donc, tous les africains dignes rejoignent les ivoiriens dans cette lutte, en laquelle ils doivent avoir foi. Car ces descendants d’esclavagistes, venus, des siècles auparavant et qui ont contribué à l’appauvrissement de l’Afrique, en la privant de ses valeureux fils et filles, les vendant comme de la marchandise, avec la complicité de certains africains, sont en passe réitérer en ce 21ème siècle leur forfait, en Côte d’Ivoire. Il appartient dès lors aux ivoiriens de décider s’ils souhaitent assister sans régir à l’appauvrissement de leur pays, ou si à l’inverse, ils comptent lutter pour une Côte d’Ivoire riche, riche de tous ses hommes.

Une contribution de  Marc Micael

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Côte d’Ivoire : Le Commandant ABEHI menace : « Je vais frapper ce régime ». “Je reviendrai pour la seconde partie du match”

Commandant Abéhi Jean-Noël, ex-patron de l’escadron Blindé d’Agban

| Le Nouveau Réveil – Le commandant Abéhi Jean-Noël, ex patron de l`escadron Blindé d`Agban, n`a pas l`intention de vivre indéfiniment en exil et encore moins de se livrer à la justice ivoirienne pour répondre de ses actes. Avant de prendre la poudre d`escampette, il y a un peu plus d`une semaine, Abéhi s`est entretenu avec un groupe restreint d`éléments qui lui sont fidèles. A ceux-ci, il a laissé un message qui ne laisse planer aucun doute sur ses intentions : « je m`en vais mais je reviendrai pour disputer la seconde partie du match ». Parole d`officier supérieur de gendarmerie qui se désigne lui-même comme une bête des théâtres de conflits armés. Avant de s`enfuir du pays, à la surprise générale, il y a une dizaine de jours alors qu`il était sous les feux des projecteurs dans un contexte post-crise, le commandant Jean Noël Abéhi, selon des sources militaires, aurait pris ses dispositions. L`homme savait ce qu`il voulait faire. Aussi, a-t-il mis d`abord sa famille à l`abri à l`étranger avant de réunir une poignée d`hommes en qui il a pleinement confiance. « Je vous demande de rester sereins. Je m`en vais mais je reviendrai parce que nous devons jouer la seconde partie du match. Soyez sereins, ne vous découragez pas. Je vais retrouver Boniface et les autres », aurait déclaré, en substance, le commandant Abéhi qui aurait entrainé dans sa fuite quelques hommes vers le Ghana voisin où se trouve d`ailleurs l`ex-com-théâtre Konan Boniface, un autre officier pro-Gbagbo également en cavale. Dans sa fuite, nos sources sont formelles, le Cdt Abéhi a bénéficié de complicités internes et externes. Le camp de gendarmerie d`Agban, nous renseigne-t-on, serait composé à 85% d`éléments plus fidèles à Gbagbo qu`à la République. Ce camp où le commandant Abéhi régnait en véritable seigneur échappait au commandant supérieur de la gendarmerie Kassaraté Tiapé Edouard. C`est le patron de l`escadron Blindé qui faisait la pluie et le beau temps, il n`hésitait pas à faire savoir même à ses chefs hiérarchiques que le vrai patron dans ce camp, c`était bien lui. Arrogant à souhait, ce pilier du régime Gbagbo détenait avec ses hommes une armurerie digne de la confiance que Gbagbo plaçait en lui. Plusieurs types d`armes lourdes étaient en effet plaquées à Agban. Cet arsenal était si bien dissimulé que même les frappes aériennes des forces onusiennes n`ont pas réussi à les mettre hors d`état de nuire. Pendant les combats, Agban s`est révélé un bastion imprenable. Les hommes du commandant Abéhi ont défendu avec acharnement leur camp. Si après la capture de Gbagbo, continuer le combat était devenu une aventure sans cause, ceux qui ont combattu à Agban et qui ont déposé les armes n`ont pas pour autant désarmé leur cœur. A Agban, les éléments d`Abéhi sont toujours en place. Ils n`ont pas fait l`objet d`affectation. Abéhi a fui, il s`est terré un moment avant de sortir de sa cachette pour venir se présenter aux nouvelles autorités avec l`aide du Premier ministre, Charles Konan Banny. Pour autant, le patron de l`escadron n`a pas été rassuré par la tournure que prenaient les choses au double niveau judiciaire et politique. Faire la lumière à tout prix sur les armes de la période post-électorale signifie que Abéhi n`a aucune chance de s`en tirer vu le rôle qu`il a joué auprès de Gbagbo et les massacres de civils qui lui sont attribués. Or Abéhi ne veut pas moisir en prison, il n`avait donc pas d`autres alternatives que de s`enfuir. Mais l`ex patron de l`escadron blindé d`Agban n`a pas non plus l`intention de mener la vie d`un fugitif éternel. Il compte rentrer pour mener sa seconde guerre contre la démocratie et le peuple ivoirien. Au moment et à l`heure qu`il jugera le plus opportun pour surprendre le nouveau régime.

Akwaba Saint Clair

Côte d’Ivoire : Comment l’ONUCI a participé aux tueries des civils à Duékoué

Voyageur en transit au moment des faits,  j’ai décidé de rendre ce témoignage sur les tueries massives à Duékoué (450 kilomètres d’Abidjan-ouest de la Côte d’Ivoire). Je le fais pour deux raisons fondamentales. Eclairer la lanterne de l’opinion et tout individu qui voudrait en savoir plus sur cette bêtise humaine inexplicable. Mais surtout,  en tant que sachant, ne pas rendre ce témoignage serait synonyme de complicité devant Dieu face à ses crimes contre l’humanité.

Comme le métier d’opérateur économique l’exige, je voyage bien souvent. C’est ainsi que ce dimanche 27 mars 2011, j’ai été emmené, à bord de mon véhicule personnel, à partir d’Abidjan en compagnie de deux amis. Direction Man. N’ayant pas vite pris le départ d’Abidjan, nous pointons au corridor de sécurité de Duékoué à 20 heures 30 minutes. Là, nous découvrons une situation bien inhabituelle, bizarre même. Le corridor était fermé à la circulation ! Comme témoigne la herse qui traverse entièrement la chaussée. Nos nombreux Klaxons pour amener les maîtres des lieux à dégager la herse restent sans écho favorable. Le corridor présentait un calme de cimetière. Il n’y a aucune âme qui vit. On finit par comprendre que les agents de sécurité sont tapis dans l’ombre. Mais on comprendra le pourquoi un peu plus tard. Toujours est-il qu’on a rebroussé chemin pour replier sur le carrefour de Guessabo (40 kilomètres), attendant le jour pour repartir. Juste le temps de voir plus clair dans la situation. «Il y a couvre feu à Duékoué, mais habituellement, c’est à 21heures. Cette fois, ils ont fait 19 heures, ils n’ont pas dit qu’ils son forts, demain ils vont voir», explique un jeune chasseur traditionnel Dozo, à Tobly-Bangolo, où on avait marqué un arrêt pour s’informer. A Guessabo, nous passons la nuit dans le véhicule tout comme de nombreux véhicules de transport en commun avec leurs passagers. Man, Duékoué, Guiglo, Zagné, Taï, Bloléquin et Toulépleu sont les destinations des voyageurs rassemblés pour la circonstance à Guessabo carrefour. 6heures, nous revoilà au corridor de l’entrée de la ville de Duékoué, ce lundi 28 mars 2011.Si la herse est dégagée de la voie cette fois-ci, certains soldats loyalistes, armes au poing,  sortent brusquement du fourré pour nous intimer l’ordre de faire demi-tour. Une manœuvre que nous n’avons pas fini de faire quand la réponse est donnée à  toutes nos interrogations de la veille. C’est que Duékoué est le théâtre de violents combats entre les forces loyalistes et les forces pro-Ouattara.  Crépitements, détonations et explosions les plus assourdissants se faisaient entendre dans la ville située à 500 mètres de ce corridor de sécurité.

Dans le village de Niambly déserté où on a trouvé refuge dans la précipitation, la sécurité, évidemment, est loin d’être garanti. Surtout que les forces pro-Ouattara, venues du coté de Guessabo, avaient coupé toute cette zone du fleuve Sassandra. Pris entre deux feux, tous les automobilistes dont certains essuyaient des tirs déjà ne pouvaient trouver d’autres solutions que de faire irruption dans le camp onusien, un contingent marocain de l’ONUCI situé à l’entrée de Duékoué. A leur corps défendant, les militaires onusiens font le ménage  en nous installant sur une aire vague en pleine plantation de cacaoyer, à proximité de leur camp. Femmes, enfants, bébé, vieillards, jeunes et adultes, tous des voyageurs et ne se connaissant pas du tout, vont partager leur destin là, à même le sol, au pied d’une vieille bâtisse  tenue par un vieux gardien. «Notre rôle ne consiste pas à héberger, à recueillir les gens dans nos camps, c’est exceptionnel, votre présence est acceptée momentanément», explique avec un brin de fermeté, un soldat marocain à ses visiteurs du moment à qui des nattes sont distribuées. Dans le même temps, les soldats dressent un corridor autour de leurs visiteurs inattendus.
Pendant ce temps, les combats entre forces loyalistes et pro-Ouattara font rage dans la ville. Des informations persistantes  font état de ce que les forces pro- Ouattara mènent le bal sur le terrain, c’est-à-dire contrôlent la quasi-totalité de la ville. Certains automobilistes retranchés  comme nous avaient perpétuellement le téléphone collé à l’oreille et dissimulaient mal leur enthousiasme. 14 h. Il se passe quelque chose. Les FDS loyalistes ont-elles du renfort ?

Toujours est-il qu’une hystérie s’est emparée du contingent marocain. Qui fait sortir de son camp d’importants engins militaires. Ordre est donné pour que les visiteurs hommes suivent les femmes et les enfants dans le camp où auparavant, seuls les derniers cités avaient été admis. Pourquoi tout ce ménage ? La réponse ne se fait pas attendre pour les fugitifs qui s’activaient à installer leurs nattes au sein du camp. Parce que la terre tremble. Car les armes lourdes postées ça et là dans le camp et hors du camp ont été actionnées et vrombissent. On saura un peu plus tard que l’ONUCI réagissait pour mettre sous l’éteignoir les FDS qui reprenaient du poil de  la bête en reprenant le contrôle de la ville.  Les forces pro-Ouattara étaient donc en difficulté. Cet état de fait est  plausible d’autant qu’un des leurs en treillis qui a abandonné son arme s’est présenté au camp pour indiquer de façon précise les positions de leurs ennemis (FDS). Surtout du côté de la zone carrefour, un quartier des autochtones guéré, fief des groupes d’auto-défense locaux depuis 2002, date de l’éclatement de la rébellion armée en Côte d’Ivoire.

L’ONUCI dont les chars sont déjà  présents dans la ville pendant les combats intensifie ses frappes dans le quartier général des autochtones Wê où tous les civils se sont enfermés dans leurs habitations. 18 heures, les combats ont baissé en intensité. Le ciel de  Duékoué est noir de fumée comme si l’on venait de brûler des champs pendant les travaux champêtres.  Cette fumée traduisait l’âpreté des combats au cours de la journée. Autour de 18 heures 30, un hélicoptère de l’ONUCI survole la ville. «Condoléances et courage à vous dont les parents sont tombés aujourd’hui à Duékoué, parce qu’il y en a eu», concède de façon pathétique un soldat onusien qui s’est approché de ses hôtes, terriblement désabusés. A la suite des frappes de l’ONUCI, les FDS perdent la ville. Seule poche de résistance, le quartier carrefour en cette fin de la journée du lundi  28 mars 2011. Toute la nuit, avec l’accalmie, les populations civiles, dans le dénuement total, fuyant la mort, prennent  d’assaut le camp onusien.

La journée du mardi 29 mars 2011, même scénario. Ah cette journée du pire cauchemar pour les populations de Carrefour qui,  passé pour la fois sous le contrôle des forces pro-Ouattara aux premières heures du jour (mardi 29 mars 2011), va subir les violences les plus extrêmes. Au quartier carrefour, les conquérants ne se sont pas posés de question. Toutes les maisons dont les portes sont closes sont détruites et les occupants tués. Ou encore celui  qui tente de s’échapper à la vue des assaillants est fusillé sans autre forme de procès. Que ce soit avant ou après les combats, ce scénario a été mis en scène à la lettre par les forces pro-Ouattara à Duékoué et particulièrement au quartier carrefour. En tous cas, dans le camp onusien où nous étions, les témoignages des fuyards reçus heure après heure étaient invariables.  D’ailleurs, un des soldats onusiens ne peut s’empêcher, devant de telles horreurs et atrocités. «J’ai fait le Congo. J’y étais pendant la guerre mais ce que j’ai vu à Duékoué ici n’a rien à voir avec ce que j’ai vu au Congo. Au quartier carrefour, la scène est insupportable. Nous les soldats de l’ONUCI nous serons obligés d’aller ramasser les corps pour éviter les épidémies. On n’attendra pas les ordres de nos chefs ou toute autre action», raconte-t-il avec émotion.  Il montre encore plus qu’il est un digne fils de l’Afrique.

«Tout ce qui arrive est la faute des Africains qui ne sont pas unis. Le jour où ils parleront le même langage, les Occidentaux seront déphasés et on ne verra plus ce genre de scène», poursuit-il face à ses deux interlocuteurs (moi-même et un autre ami) un peu détaché du groupe des «pensionnaires» dont le nombre grossissant avait pratiquement submergé le camp onusien. Nous sommes mercredi 30 mars 2011. Ce jour marque le départ d’une autre vague des visiteurs du camp après celle du mardi après-midi, à destination de Man et de Duékoué ville. Après notre départ, les nombreux pensionnaires restés dans le camp ont été expulsés.  La mission catholique leur a été recommandée. Sur le motif de cette expulsion, les voyageurs partis du côté de Taï racontent que l’ONUCI suspecte certains fuyards enregistrés dans le camp d’être des miliciens. Un tel motif, on s’en doute, exposait encore plus les expulsés au massacre. Toutes ces situations combinées justifient-elles  les tueries massives et ciblées des civils à Duékoué que dénoncent les organisations de défense des droits humains ? Tout porte à le croire.

correspondance particulière de Kambire Sitafa, Notre voie

Comédie Onusienne en Côte d’Ivoire

L’Opération de l’ONU en Côte d’Ivoire (Onuci) a déclaré ce jeudi être « particulièrement préoccupée » par la « multiplication » récente des violences d’éléments des FRCI, l’armée au service du président Alassane Ouattara et cela dans le sud du pays. Ces violences auraient fait deux morts et des dizaines de blessés.

C’est lors d’une conférence de presse tenu à Abidjan que monsieur Guillaume Ngefa, de la division des droits de l’Homme de l’Onuci, a déclaré que son organisation était particulièrement préoccupée par la multiplication d’incidents violents et d’attaques conduits par des éléments des FRCI (Forces républicaines de Côte d’Ivoire) contre plusieurs villages ».

Le ridicule ne tuant pas, le representant de l’organisation mondiale a déploré l’usage d’armes lourdes » pour le maintien de l’ordre et a exigé des « enquêtes immédiates et impartiales » sur ces incidents survenus ces derniers jours dans des localités des environs d’Abidjan, du sud-ouest et du centre-ouest du pays, régions réputées compter de nombreux partisans de l’ex-président Laurent Gbagbo.

Les FRCI utiliseraient donc des armes lourdes pour le maintien de l’ordre!

On se souvient que la raison principale qui avait déclenché la pluie de bombes de l’ONUCI et de la force Licorne sur la côte d’ivoire était justement que Mr Gbagbo utilisait des armes lourdes contre la population civile. Logiquement, et sous la conduite de Monsieur Ban KI MOON, le conseil de sécurité avait alors opté pour la neutralisation de ces armes lourdes, conformément à la résolution 1975 votée à l’unanimité, le 30 mars 2011. Cette opération visait selon ses concepteurs à assurer de façon durable, la protection des populations civiles, la normalisation de la vie à Abidjan et la reprise des activités sur l’ensemble du territoire national.

Visiblement, pour « normaliser la vie » à Abidjan de façon « durable », les FRCI de Mr Ouattara ne s’embarrassent pas des moyens. Ils ont choisi d’utiliser des « armes lourdes », selon ce que rapporte le représentant de l’ONUCI.

On se demande d’ailleurs pourquoi l’ONUCI veut diligenter des enquêtes « immédiates et impartiales » des lors qu’elle connait déja les auteurs de l’utilisation de ces armes lourdes puisque d’une part c’est elle même qui les designe d’autres part elle est censée par ses bombardements avoir detruit toutes les armes lourdes de Mr . Laurent Gbagbo;

Les armes lourdes sont donc encore en circulation en côte d’ivoire et se trouvent entre les mains des soldats de M Ouattara alors qu’on sait qu’il y avait embargo sur ces armes.

L’ONUCI a pour ainsi dire détruit les armes lourdes aux mains des partisans de Mr Gbagbo, fermé les yeux sur l’armement des pro-ouattara et pousse maintenant des cris d’offraies parce que le camps à qui elle a laissé les armes s’en sert lourdement pour massacrer le camps qu’elle a affaibli elle même.

Cette comédie Onusienne s’était déja manifesté lorsque des critiques avaient denoncé l’inertie des soldats de l’ONUCI qui ont regardé massacrer les guérés de Duekoué à quelques kiomètres de leur camp. Mr Woi Jin CHOI avait repondu le plus sérieusement du monde « qu’avec 10’000 hommes il est impossible de protéger tous les ivoiriens ». Il avait ajouté ensute : « Nous intervenons en cas de danger imminent de mort pour les civils, mais on ne peut pas être sur chaque cas, c’est irréaliste, avec 10 000 hommes, on ne peut pas protéger tous les Ivoiriens qui sont 20 millions ». Peut-être que le millier de guérés massacré à Duekoué n’avaient pas suffisament montré aux soldats de l’ONUCI qu’ils étaient en « danger imminent de mort ».

Pourquoi donc vouloir s’ériger en gendarmes quand on n’en a pas les moyens ?

Les FRCI quant a eux ne se font pas fait prier pour user des armes lourdes « oubliées » entre leurs mains par l’ONU, pour éffectuer « de façon durable » les opérations de police urbaine. Les rescapés de Duekoué et les ivoiriens en général ont donc maintenant les regards tournés vers le conseil de sécurité. Ils ont la faiblesse de croire que la « justice internationale », telle que prônée par l’ONU est veritablement « juste ».

lvdpg.com

Côte d’Ivoire : « Ils ont regardé sa carte d’Identité et l’ont abattu »

Les victimes ont souvent été tuées en raison de leur appartenance ethnique ou politique

Deux missions d’enquêtes ont été menées par Amnesty International entre janvier et avril 2011.

Le rapport publié le 25 mai 2011 montre clairement que toutes les parties au conflit ont commis des crimes au regard du droit international, y compris des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.

Des centaines de personnes ont été tuées, souvent sur la base de critères ethniques ou d’affiliations politiques supposés. Des femmes et des fillettes ont été victimes de violences sexuelles. Des centaines de milliers de personnes ont dû fuir leur domicile.

Aujourd’hui encore, dans l’ouest du pays, des milliers de personnes continuent à vivre dans la brousse par crainte de rentrer chez elles. Elles appartiennent à des groupes ethniques considérés comme favorables à l’ancien président Laurent Gbagbo et ne sont que peu ou pas protégées, que ce soit par les Forces républicaines de Côte d’Ivoire créées par le président Ouattara ou par les forces de maintien de la paix de l’ONU (ONUCI).

Amnesty International a recueilli à Duékoué (situé à près de 500 km à l’ouest d’Abidjan) plus d’une centaine de témoignages de personnes qui ont survécu au massacre commis le 29 mars par les membres des Forces républicaines de Côte d’Ivoire et leurs alliés.

 « Ils ont demandé aux hommes et aux jeunes de s’aligner et leur ont demandé de décliner leurs prénoms et noms et de présenter leurs cartes d’identité. Puis ils les ont exécutés.  » Il y a eu plusieurs centaines de morts.

Une base de l’ONUCI se trouvait à 1 km du lieu principal de ces tueries. Une femme a déclaré à Amnesty International : « Je suis allée voir les gens de l’ONUCI pour leur dire que nos hommes et nos garçons étaient en train de se faire massacrer et qu’il fallait intervenir et ils n’ont rien fait « .

De nombreux autres témoignages ont fait état des violences commises par les forces soutenant Laurent Gbagbo.

Une habitante de la commune d’Abobo à Abidjan a raconté que le 19 décembre 2010, des hommes étaient entrés chez elle en pleine nuit : « Deux ont emmené mon mari dehors et six sont venus vers moi. Ils m’ont tous violés à tour de rôle. Ils ont jeté les enfants par terre. Les enfants pleuraient. Moi je criais. […] Puis ils sont partis et j’ai trouvé mon mari couché dehors sur le ventre. Il était mort. »

En février et mars, ces forces ont aussi bombardé des zones très peuplées d’Abobo. Un témoin a déclaré : « J’ai encore l’image de ces deux femmes dont les jambes ont été coupées quand l’obus est tombé. Elles ont été conduites à l’hôpital mais n’ont pas survécu à leurs blessures« .

Les nouveaux dirigeants du pays, notamment le président Alassane Ouattara et son Premier ministre Guillaume Soro font face à trois impératifs :

mettre immédiatement fin aux violations des droits humains commises actuellement à l’encontre des partisans supposés ou avérés de Laurent Gbagbo ;

rétablir l’état de droit et ordonner aux forces de sécurité de protéger toutes les populations ;

enquêter de façon impartiale sur les violences commises par toutes les parties au conflit depuis décembre 2010.

La crise qui vient de se dérouler trouve son ancrage dans l’impunité totale qui règne depuis une dizaine d’années dans le pays. Pour mettre fin au cycle de violences et de représailles, il est essentiel que justice soit rendue à toutes les victimes.

Lire l’article sur le site d’Amnesty International  Côte d’Ivoire : « Ils ont regardé sa carte d’Identité et l’ont abattu »

Téléchargez le Rapport d’Amnesty « Ils ont regardé sa carte d’Identité et l’ont abattu »