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OTAN en emporte le fric : Côte d’ivoire, libye, Syrie…la moisson des rapetout

À en croire les dirigeants des puissances impérialistes qui se montrent naïfs et candides, la Syrie aurait été, dans ces derniers mois, l’arène où se confrontent, d’un côté, les « forces du mal », incarnées par le régime et ses adjuvants iraniens ; et de l’autre côté, les « forces du bien » manifestées par « l’âme immortelle » d’un « bon peuple » par nature, malheureusement réduit par le « Tyran de Damas » en une simple populace d’esclaves.

Le retour du colonialisme

Il est certain que cette approche superficielle aux violences en Syrie, qui divise le monde, plutôt l’existence avec ses dimensions multiples, en deux forces opposées, celle du Bien (la soi-disant « opposition ») et celle du Mal (le régime), joue un rôle argumentum ad captandum vulgus dans la justification des ambitions de l’impérialisme français et britannique en Afrique du Nord et au Levant, d’où elles y furent chassées le lendemain de la deuxième Guerre mondiale.

Notons à ce propos la dernière visite de Sarkozy et Cameron, maîtres d’œuvre de l’opération militaire par délégation du triumviratus (Sarkozy, Cameron et Obama) en Libye ; une visite qui prépara la table pour charcuter et dépecer la prise de « l’après-Kadhafi ». À Tripoli, ces deux conjurateurs allèrent célébrer leur victoire, encadrés de leurs gorilles locales du CNT et de leurs propagandistes charlatans, tels que les tambours, trompettes et cymbales des médias occidentaux « principaux » et arabes « subordonnés ». [1]

À plus forte raison, il était incontestable que les forces impérialistes préparaient à mobiliser leur artillerie lourde contre la Syrie et son régime, une fois le soi-disant « roi des rois d’Afrique », Kadhafi, serait détrôné. Pour en faire, un deuxième triumviratus (Sarkozy, Erdogan et Obama) naquit. Et les trois triumviri hurlèrent : « Carthago delenga est ! Nous devons nous débarrasser du tyran de Damas ! ».

Le causus belli

Dès lors, la Syrie se trouve cible d’une guerre systématique (médiatique, diplomatique et même armée) orchestrée selon le développement des événements sur le terrain. L’exemple le plus significatif de cette campagne féroce nous est fourni par le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, qui dénonça des « crimes contre l’humanité » en Syrie : « On constate que le régime syrien s’est livré à des crimes contre l’humanité », déclara-t-il à Moscou, le 7 septembre. [2]

En plus, des milliers de chaînes télévisées, des radios, des journaux, des sites et des réseaux sociaux sur internet, partout dans le monde, bombardent intensivement le régime syrien d’adjectifs diaboliques, visant à réduire son image dans la rue arabe, et à le présenter comme simple phénomène sauvage, dépouillé, bien sûr, de toute qualité humaine, donc de tout droit d’exister. Ajoutons que les États-Unis et l’Union européenne ne cessent pas d’appeler le président syrien Bachar Al-Assad à la démission : « … il est nécessaire pour lui de quitter le pouvoir », déclara Mme Ashton ; « Dans l’intérêt du peuple syrien, le temps est venu pour le président Assad de se retirer », expliqua M. Obama ; « Les graves violations des droits de l’Homme en Syrie contre les manifestants pourraient relever de crimes contre l’humanité », indiqua le 17 août un rapport du Haut-commissariat aux droits de l’Homme de l’ONU. [3]

La propagande impérialiste

Il est à noter ici que dans tous les bouleversements politiques sérieux, les machines médiatiques de l’Hégémonie impérialiste y mettent leur grain de sel. Il en va de même, le cas du « Grand Mensonge » de George Bush sur les armes de destruction massive en Irak. La preuve en est que plus de dix ans après l’invasion américaine de l’Irak, les administrations américaines successives n’ont toujours pas présenté la moindre preuve que ce pays avait des armes de destruction massive. Ce qui vient à dire que les masses tombèrent victimes d’une machination de malinformation. Il va de soi que les récentes violences, qui ébranlent la rue syrienne, ne sont pas exemptes de la même machination de propagandes, de mensonges et d’autres manipulations médiatiques, loin s’en faut.

Pour en croire les médias de l’Hégémonie impérialiste, des militants pacifistes et des manifestants non violents auraient passé la journée, pour ainsi dire, à faire la méditation transcendantale ; et pendant la nuit, ils se seraient rassemblés dans des places publiques, pour allumer des bougies aux immortelles âmes des « martyrs de liberté » ; tandis que le « monstre de Damas » s’enorgueillirait dans son harem. Cependant, loin de cette naïveté caricaturale que les machines médiatiques de l’Hégémonie nous créent, une question se pose au préalable : Qui sont-ils ces « militants de liberté » agnus Dei auxquels on fait l’éloge trois fois par jour : au lever, au midi et au coucher ? Qu’est ce qui se passe donc alors ?

L’un des problèmes pour dévoiler le paradoxe syrien c’est qu’il y a effectivement une demande interne réelle de changement. Personne ne nie cette réalité, ni même le régime syrien ne la nie. Le ministre syrien des Affaires étrangères Walid Al-Moualem, a dénoncé le 26 septembre les ingérences étrangères qui manipulent les aspirations légitimes du peuple syrien à des réformes politiques, économiques et sociales, dans un discours prononcé à l’Assemblé générale de l’ONU à New York : « les revendications du peuple ont été utilisées comme tremplin par des groupes armés pour semer la discorde et saboter notre sécurité. La Syrie a exercé sa responsabilité de protéger ses citoyens. Le gouvernement a agi pour garantir leur sécurité et la stabilité du pays », a déclaré M. Moualem en référence à ce qu’il qualifie d’ingérences étrangères. [4]

Aussi, une vaste majorité de Syriens veulent des réformes. Le peuple syrien se trouve indigné, depuis des décennies, de la corruption envahissante et les tentacules des autorités sécuritaires.

La rébellion islamiste armée

Pourtant, cette demande largement répandue de réformes est-elle, comme l’affirme les machines médiatiques impérialistes, à l’origine des violences en Syrie ? S’il est vrai qu’il y a des manifestations dans certaines villes, qu’il y a des morts, que l’armée est intervenue, il n’est pas moins vrai que la Syrie est devenue un terrain de bataille entre les forces armées syriennes d’un côté, et des insurgés islamistes sunnites armés, de l’autre côté, tels que les Frères musulmans, Al-Qaïda, et d’autres groupes salafistes wahhabites.

Ce que les médias aux ordres ne disent pas, c’est qu’il y a une rébellion armée soutenue par l’extérieur, et que la Syrie se trouve face à un causus belli déclaré par l’OTAN et les émirats et sultanats arabes « subordonnés ». Ici, il convient de mentionner que Dimitri Rogozin, délégué de la Fédération de Russie auprès de l’OTAN, commentait, le 5 août dans le quotidien moscovite Izvestia, le rôle que joue l’OTAN dans l’augmentation de la violence en Syrie : « l’OTAN planifie en ce moment une campagne militaire contre la Syrie afin d’aider à renverser le régime du président Bachar Al-Assad avec comme objectif à longue échéance de préparer une tête de pont dans la région pour l’attaque contre l’Iran ». [5]

Aussi, dans un entretien de la chaîne Euronews TV avec Dimitry Medvedev, le président russe avertit des dangers réels que pourrait créer une approche « blanc / noir » à la situation en Syrie : « les manifestants anti-gouvernementaux en Syrie ne sont pas partisans de certains modèles raffinés de la démocratie européenne ». [6]

À plus d’un titre, les événements en Syrie ramène ici une citation de Lénine dans son célèbre Un pas en avant, deux pas en arrière, traitant les mouvements révolutionnaires en Russie : « … lorsqu’une lutte prolongée, opiniâtre et ardente se poursuit, il arrive d’ordinaire un moment où les points litigieux, centraux et essentiels, commencent à apparaître, dont la solution déterminera l’issue définitive de la campagne, et auprès desquels les menus et insignifiants épisodes de la lutte sont de plus en plus reculés à l’arrière-plan ». [7]

Sans nul doute possible, les conflits sociaux et politiques au Levant, passent rapidement en conflits religieux et confessionnels ; et les réclamations sociales se réduisent, malheureusement, en tueries tribales. Cette réalité amère nous offre, au moins, une meilleure lecture de la soi-disant « révolution » syrienne ; une lecture qui se met à distance des fanfaronnades des hâbleurs du « Printemps arabe », écourté, à bride abattue, en « Hiver américain » très funèbre !

Avant toute chose, il est impératif de noter ici, que le Levant constitue un espace hétérogène coupé par des frontières ethniques, linguistiques et religieuses autres que celles imposées par l’accord Sykes-Picot (1916), le lendemain du démembrement de l’Empire ottoman en 1918. En plus, ce qu’il faut aussi noter, c’est que ces frontières intérieures se transforment, rapidement, en des zones des conflits sanglants, une fois qu’un pouvoir central capable de maintenir la paix, serait bouleversé. Considérons l’exemple de l’Irak après l’invasion américaine.

Les évènements en Syrie cachent, en effet, des motivations d’une nature religieuse plutôt que sociale ; en tenant compte du conflit historique entre l’islam orthodoxe (le sunnisme) et l’islam hétérodoxe (le shiisme). Dans un témoignage sur la violence religieuse en Syrie, Hala Jaber pointe la présence d’extrémistes armés (et barbus), agents provocateurs s’employant avec d’assez gros moyens à faire dégénérer les manifestations au départ pacifiques. Elle donne notamment un récit détaillé des graves incidents survenus le 18 juin à Ma’rrat al-Nu’man, ville du nord-ouest : « on voit que les djihadistes y ont fait régner la terreur, et ont versé le sang – alors que l’armée a fait profil bas, pour éviter des incidents. Le récit de l’enlèvement d’un opposant modéré, Mohamed Salid Hamadah, et des tortures et menaces qu’il a subi de la part d’extrémistes sunnites fait froid dans le dos, et laisse supposer ce que serait le climat de la Syrie si elle tombait dans leurs mains ! » [8]

Il est vrai qu’au début des violences en Syrie, les protestations prirent, du point de vue des slogans utilisés (liberté, justice, démocratie, réclamations sociales, etc.), une forme pacifique ; et les demandes des manifestants demeuraient encore à la limite des revendications sociales. Cependant, ces protestations se sont transformées, précipitamment, en actes de violence confessionnelle ciblés contre les minorités religieuses du pays, telles que les musulmans hétérodoxes et les chrétiens.

La conjuration impérialiste

Aussi, les slogans politiques croulèrent en brousse de haine religieuse. Même si le régime politique en Syrie est « contaminé », depuis des décennies, d’une bureaucratie corrompue et contagieuse, il n’en découle nullement de justifier les actes de barbarisme commis par des fanatiques religieux contre les groupes minoritaires et les institutions de l’État.

Dans ce sens, il sera dangereux d’oublier que derrière les réclamations d’une partie du peuple syrien, légitimes au point de départ, se cachent, en effet, les intérêts, pour ainsi dire, des vrais conjurateurs : un bonapartisme caricatural français à la Sarkozy en premier lieu, un impérialisme de carcasses américain à l’Obama, un « humanisme » islamiste turc à l’Erdogan et un wahhabisme « éclairé » arabe à la Saoudienne.

De ce qui vient d’être dit et dans des circonstances pareilles, il est clair d’emblée que la prétendue « révolution » syrienne n’est qu’une machination dirigée alpha et oméga par les centres de pouvoir impérialistes, dont l’objectif fixé à court terme se présente dans le renversement du régime du président syrien Bachar Al-Assad, et à long terme dans la réoccupation du Proche-Orient et la reconstruction de sa carte géopolitique ; un objectif qui nous promet, désastreusement, un futur catastrophique dans la région.

En guise de conclusion, nous trouvons pertinent de raconter une petite anecdote : « Naguère un brave homme s’imaginait que, si les hommes se noyaient, c’est uniquement parce qu’ils étaient possédés par l’idée de la pesanteur. Qu’ils s’ôtent de la tête cette représentation, et les voilà désormais à l’abri de tout risque de noyade ». Ce brave homme, c’était le type même des hâbleurs et fanfaronnades des machines médiatiques impérialistes et leur subordonnées arabes, qui croient, tristement, que les problèmes du monde arabe, tels que le développement social et économique, l’analphabétisme, les droits de l’Homme, les libertés, la démocratie, l’occupation, le confessionnalisme, les droits des minorités, les droits des femmes, etc. seront résolus une fois le régime syrien serait bouleversé.

Fida DAKROUB ,Ph.D Études françaises

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Vous voulez devenir le 193e Etat membre de l’ONU de plein exercice en moins d’une semaine ?

Vous voulez devenir le 193e Etat membre de l’ONU de plein exercice en moins d’une semaine ?

Pas de problème! Mode d’emploi

Les présidents Siir et Obama à l’ONU, 21 septembre 2011

Vous avez un territoire de plus de 620000km2 aux limites incertaines. Vous êtes le produit d’une guérilla sécessionniste (subdivisée en sous-guérillas emboîtées depuis un demi siècle), qui mêle des conflits religieux (islam/christianisme/animisme), des conflits sur la terre (agriculteurs sédentaires/éleveurs nomades), des affrontements inter-ethniques (Noirs/Blancs) et inter-tribaux (entre Dinkas, Nuers, Bari, Azandés, etc.). En un demi siècle, sans doute plus de 2,5 millions de morts, et 5 millions de déplacés ou réfugiés, dispersés dans toute la région. Vos quelques 8 à 9 millions d’habitants pratiquent une soixantaine de langues (nilo-soudanaises, nigéro-congolaises). Votre capitale (déterminée il y a très peu de temps) est une non-ville de 150 à 300000 habitants (les estimations ont été faites récemment à partir de photographies aériennes), où les administrations et les ambassades sont des conteneurs métalliques non climatisés, mais qui se louent à prix d’or.

Vos 800 km de frontières nord ne sont pas fixées précisément, et on s’y dispute encore, les armes à la main, villes, villages et ressources foncières et hydrauliques, et surtout pétrolières.

En alternance avec de longues périodes de guerre ouverte, et de conflits éclatés de plus ou moins basse intensité, vous avez négocié, en vain, avec le pouvoir central pendant des années. Du fait de la situation de conflit, et du sous-investissement du pouvoir central, vous être classé au fond de la liste des pays les plus pauvres de la planète. Les problèmes alimentaires et sanitaires sont majeurs. L’analphabétisme est un des plus élevés du continent, en particulier chez les femmes. Les ONG internationales tiennent une partie de la population à bout de bras. Heureusement, on a découvert chez vous il y a quelques années, d’importantes ressources pétrolières, que se disputent, avec des stratégies qui ressortent du billard à trois bandes (ou plus), principalement les compagnies chinoises et américaines. Et votre autorité de tutelle, le pouvoir central, essaie de réintégrer la « communauté internationale », et d’éviter des sanctions américaines: elle s’est finalement résolue à vous laisser mener votre vie hors de son giron.

Vous organisez donc en janvier 2011, avec la bénédiction des observateurs des organisations régionales et internationales, et surtout de quelques grandes puissances (et surtout des Etats-Unis, qui sont votre plus ferme soutien dans l’aventure), un référendum d’auto-détermination, qui obtient 98,83% de oui.

Vous proclamez votre indépendance le 9 juillet 2011. Venus parfois de très loin, de nombreux invités se pressent pour assister aux cérémonies, y compris le secrétaire général de l’ONU, M.Ban Ki-moon.

Vous avez tiré la carte Chance : avant même d’avoir proclamé votre indépendance, plusieurs Etats vous ont déjà reconnu (dont l’Allemagne, le Vatican, la Corée du Sud, le Soudan); mais aussi l’Union européenne, dont la diplomatie n’est pas toujours aussi réactive!

Vous tirez une deuxième carte Chance : en une semaine, une centaine de pays vous reconnaissent. Dans l’ordre les Etats-Unis sont les 4e, avec quelques heures d’avance sur la France, la Chine, la Russie, la Grande-Bretagne. Israël traîne un peu, puisque sa reconnaissance n’arrive que le lendemain, en même temps que celles du Koweït, du Bahreïn ou du Nigéria.

Vous tirez une troisième carte Chance : le jour même de votre indépendance, vous avez remis au secrétaire général de l’ONU, M.Ban Ki-moon, une demande formelle d’adhésion à l’ONU. Il l’a transmise immédiatement au Conseil de sécurité, qui vous répond positivement en quelques heures. Sans vote. Et qui redonne votre dossier à l’Assemblée générale. 5 jours après la proclamation de votre indépendance, soit le 14 juillet 2011, le président en exercice de la 65e Assemblée générale de l’ONU, le Suisse Joseph Deiss, propose un vote par acclamation. Vous êtes donc devenu, en 5 jours, le 193e Etat membre de l’ONU, de plein exercice. Néanmoins, vous devez attendre encore une douzaine de jours pour devenir le 54e Etat membre de l’Union africaine. C’est un peu long, d’accord. Mais vous entrez, dans la foulée, au FMI, à la Banque mondiale, au Commonwealth, etc. Et très bientôt à la Ligue arabe.

Vous êtes désormais la République du Soudan du Sud, capitale Juba, et vous pouvez vous occuper tranquillement de l’essentiel: le pétrole, son exploration, son exploitation et son évacuation.

Salva Kiir, Président du Sud soudan

Votre président, Salva Kiir Mayardit, dont tout le monde a admiré le chapeau pour l’occasion, a pris la parole devant la 66e Assemblée générale, vendredi 23 septembre 2011. Juste avant le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas. Qui est candidat, comme chacun sait, au titre de 194e Etat membre de l’ONU…

Les principales zones d’exploration pétrolière aux confins du Soudan et du Sud-Soudan en 2005
(source: Wikipedia.fr)

Jean-Paul Burdy

Maître de conférences d’histoire à l’Institut d’Etudes Politiques de Grenoble

http://www.questionsdorient.fr/

NOTES:

 1/ Un des rares blogs sud-soudanais: http://paanluelwel2011.wordpress.com/

 2/ Le tableau des reconnaissances internationales du Soudan du Sud, sur Wikipedia:

http://fr.wikipedia.org/wiki/Reconnaissance_internationale_du_Soudan_du_Sud

Le pétrole de Kadhafi valait bien des bombardements

Au pays de Kadhafi, la chasse est désormais ouverte ; les insurgés (le Guide les prenait pour des « rats ») fouinent et fouillent partout à la recherche du désormais ex-maître de Tripoli qui, à présent, vit dans ses petits souliers et s’efforce de revêtir toutes les apparences d’un fantôme : invisible et insaisissable ; on le recherche partout et il ne se montre visible nulle part ; du moins pour l’instant.

Peu à peu, les rebelles libyens réalisent l’ampleur de leurs responsabilités nouvelles : il leur revient de reconstruire le pays ; la tâche sera titanesque, car les dégâts causés aux infrastructures sont décidément immenses. Les frappes de l’OTAN ont fait de Tripoli un véritable champ de ruines ; les puits de pétrole ont été fortement endommagés et il en est de même pour de nombreux axes routiers, qui se retrouvent à ce jour quasiment impraticables ; à présent que l’ère Kadhafi est pratiquement révolue, les rebelles, presque victorieux, se feront une priorité de commencer par là. Ils ont pleine conscience de l’ampleur de la tâche, d’ailleurs ; pour preuve, ils demandent à présent des milliards de francs sous forme d’aide d’urgence qui devraient être prélevés sur les avoirs gelés de la Libye dans les pays occidentaux.

Nul doute qu’ils les obtiendront sans problème. Et même plus s’ils le demandent : la guerre en Libye valait bien le détour, car ce pays-là n’est pas un Etat mendiant comme il ailleurs sur le continent africain : il s’agit tout de même du premier exportateur d’or noir de ce même continent, avec, cerise sur le gâteau, des réserves également considérables en gaz. Les dirigeants des pays occidentaux qui auront gracieusement volé au secours des insurgés « combattants de la liberté » sont les derniers à l’ignorer.

Et s’ils ont mis autant de ferveur dans ces incessants bombardements qui, au final, auront fait chuter le Guide, s’ils ont accepté de dépenser tant d’argent dans cette odyssée bien périlleuse et fort onéreuse, s’ils ont volontiers risqué la vie de ces hommes qu’ils ont envoyés en mission pour mener une guerre difficile qui, après tout, n’était pas la leur, si eux-mêmes, politiciens aguerris, ont osé défier l’opinion politique de leurs Etats respectifs et engager de si importantes forces militaires en Libye, il faut le reconnaître, c’est qu’à coup sûr, économiquement, le jeu en valait la chandelle.

Et c’est à présent que tout se saura ; car, en politique, rien n’est vraiment entièrement gratis pro deo ; c’est le domaine où le « donnant donnant » est la règle qui détermine l’action et qui, assez régulièrement, se transforme volontiers en « donnant prenant ». Les pays coalisés, qui auront réussi à faire tomber Kadhafi, n’ont pas accepté l’expédition libyenne dans le seul but (hautement louable du reste) de débarrasser la Libye d’un dictateur fou qui était devenu le cauchemar de tout un peuple.

Les pays membres de l’équipée, une fois la toison d’or conquise, figureront en bonne place sur la liste des bienfaiteurs dignes de récompense à la hauteur de leurs sacrifices. Et c’est bien la raison pour laquelle les insurgés n’auront pas vraiment de soucis à se faire : leur pays, en ce moment, détruit, c’est sûr, il se trouvera des âmes généreuses pour le leur reconstruire ; les fonds libyens gelés à l’extérieur ne suffiront pas ?

Toujours pas de problème ; des sous, il en existe et on leur en prêtera volontiers si on ne leur en donne pas gracieusement ; aux riches on prête toujours. Eux, en contrepartie -renvoi de l’ascenseur oblige- lorsque viendra le moment de l’attribution de certains marchés, auront l’obligation de la « préférence amicale ». On se souvient toujours de la main secourable tendue par un ami au moment où on se trouvait dans le besoin.

Il reste l’équation immense que pose la composition elle-même des éléments fondateurs du CNT : comment faire tenir ensemble et pour combien de temps ce conglomérat d’éléments si disparates et aux idéologies si diverses ? En Libye, une ère s’achève ; une autre commence, dont la réussite ne sera pas forcément une sinécure.

Jean Claude Kongo

L’Observateur Paalga

Nasrallah: la résistance de nos jours est plus forte que jamais

Hassan Nasrallah, chef du Hezbollah libanais

Pour le cinquième anniversaire de « la victoire de juillet 2006 », le secrétaire général du Hezbollah a affirmé que la guerre de 33 jours a eu des impacts irréversibles pour le régime israélien et que la résistance est aujourd’hui plus forte que jamais.

Hassan Nasrallah a affirmé à ses partisans que la résistance est plus forte que jamais, sur le plan de sa cohésion, de son entraînement, de son moral et de sa confiance en elle et en Dieu ; tandis qu’il a lancé aux Israéliens: « Au Liban, vous ne connaîtrez que le goût de la défaite.»

Hassan Nasrallah a déclaré, mardi soir, lors d’une vidéoconférence, à la cérémonie de commémoration du 5ème anniversaire de la victoire de la résistance, lors de la guerre de 33 jours dans le Sud de Beyrouth, que la guerre avait eu des retombées irréversibles, pour l’armée du régime israélien soulignant que le doute s’est, désormais, instauré au sein de l’armée.

« Les combattants de la résistance de la guerre de 33 jours ont résisté devant les chars de l’armée du régime israélien, dans toutes les régions du Sud du Liban, et même, dans les villages, alors que l’armée du régime israélien ravageaient leurs maisons », a rappelé Hassan Nasrallah.

Il s’est, aussi, exprimé sur les manœuvres de l’armée du régime israélien qui témoignent, pour lui, de l’incapacité et de l’impuissance de ce régime à soutenir le front intérieur soulignant en 2006 l’échec cuisant de l’armée du régime israélien, face à la résistance libanaise, ce qui a contraint nombre de hauts responsables militaires du régime israélien à démissionner.

Il a ensuite expliqué que l’un des facteurs primordiaux de la victoire de 2006 a été la détermination et la foi de la résistance dans la justesse de ses choix. C’est à cause de cette foi que les combattants sont restés dans leurs positions pendant 33 jours dans une résistance qui est devenue légendaire. En face, les Israéliens ont commencé la guerre avec arrogance, sûrs de leur supériorité, et ils l’ont terminée dans une crise de confiance entre le peuple, l’armée et le gouvernement.

Pour le cinquième anniversaire de « la victoire de juillet 2006 », le Hezbollah a vu grand : un gigantesque rassemblement dans le sud de Beyrouth accompagné d’une exposition de « butins de guerre » (notamment des pièces du fameux blindé israélien Merkava) et des documentaires célébrant l’événement, comportant des interventions du président de la Chambre et du général Aoun, et un discours de Nasrallah.

Un deuxième grand sujet a été ainsi évoqué par le secrétaire général du Hezbollah : les ressources pétrolières du Liban, qui constituent une chance réelle de régler tous les problèmes sociaux et économiques du pays.

Hassan Nasrallah s’est voulu très ferme : si le régime israélien tente une nouvelle aventure au Liban, la victoire sera au rendez-vous pour la résistance et toutes les menaces et les manœuvres militaires ne servent qu’à reconstruire la confiance perdue des Israéliens dans leur gouvernement et leur armée. De même, s’il touche aux ressources pétrolières du Liban, même dans la zone de 850 km2 que le Liban considère faisant partie de ses eaux territoriales, alors qu’Israël la réclame, la résistance considérera qu’il s’agit d’une agression et elle est en mesure de défendre les eaux territoriales comme elle l’a fait sur la terre libanaise.

Hassan Nasrallah a ironisé sur les derniers propos de Shimon Peres qui a déclaré récemment que la guerre de juillet a permis deux grandes réalisations : pousser Nasrallah dans un sous-sol et assurer le calme à la frontière nord. Reprenant des déclarations de responsables du régime israélien, Hasan Nasrallah a rappelé que le mettre dans un sous-sol n’a jamais été un des objectifs de la guerre, qui visait plutôt à détruire le Hezbollah et à libérer les détenus. Quant au calme à la frontière nord, il régnait depuis le 25 mai 2000, lorsque la terre a été libérée, car « la résistance, a rappelé le secrétaire général du Hezbollah, n’est pas un projet de guerre, mais vise à défendre le pays, son peuple et sa dignité ».

Il a ensuite souligné l’importance du dossier des ressources pétrolières du Liban, expliquant que le Liban considère avoir une superficie de 22 500 km2 qui regorgerait de gisements pétrolifères. Dans cette superficie, il y a une zone de 850 km2 qui se situe à la frontière avec Israël (la Palestine occupée en termes idéologiques, a-t-il précisé) et qui est réclamée par les Israéliens. Israël a ainsi procédé seul à son propre tracé dans lequel il a inclus cette zone.

Le Hezbollah de son côté considère que le tracé des frontières relève de la responsabilité de l’État. Si celui-ci considère qu’il y a encore une zone qui lui appartient et qui est revendiquée par d’autres, c’est à ce moment-là que la résistance intervient. Le secrétaire général du Hezbollah a aussi exprimé sa pleine confiance dans le gouvernement pour réclamer les droits du Liban, estimant même qu’il est une chance pour le Liban pour pouvoir traiter ce dossier.

Tout en l’invitant à accélérer le processus et à entamer au plus tôt les travaux d’extraction et de forage, Nasrallah a mis en garde le régime israélien de toucher aux installations pétrolières du Liban, car les siennes le seront aussi.

Il a aussi invité tous les Libanais à appuyer le gouvernement dans le traitement de ce dossier qui sera bénéfique pour tout le pays et enfin, il a appelé les Libanais à préserver leurs éléments de force, en particulier la fameuse équation « armée, peuple, résistance ».