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Triomphe confirmé des islamistes en Egypte : Les USA dans le rôle d’idiots utiles

Le scrutin législatif égyptien s’est traduit par une déroute totale pour les formations libérales, démocratiques et laïques; de même que pour les mouvements issus de la révolte contre Hosni Moubarak, l’an dernier. Cela confirme toutes nos analyses sur la révolution virtuelle des blogueurs et sur la réalité islamique de la société égyptienne. Les USA ont aidé un mouvement qui a été capable de renverser un régime sur sa fin, mais s’avère incapable de le remplacer. Il va falloir composer avec le pouvoir issu non de la rue, mais des urnes : les Islamistes.

Ce basculement de l’Egypte est un événement dont les conséquences sont encore imprévisibles et incalculables. Mais une fois de plus, un certain impérialisme démocratique, tentant d’imposer son modèle partout, semble avoir largement joué les apprentis sorciers.

Cette première élection depuis la chute de Hosni Moubarak en février 2011 a été en effet marquée par la victoire écrasante des Islamistes, crédités, toutes formations confondues, d’environ 65% des voix et 70% des sièges… Ils feront ce qu’ils voudront et pourront changer la société égyptienne. Washington, qui ne tire leçon de rien, joue déjà la carte islamist,e malgré les précédentes désillusions et après avoir annoncé le triomphe de la démocratie musulmane. Ben Laden a été un allié, sinon une créature des USA. Faut-il le rappeler?

Les Etats-Unis, avaient repris, ces derniers mois, un dialogue discret avec la confrérie islamiste. En visite au Caire, William Burns, secrétaire d’Etat adjoint, a rencontré des dirigeants du Parti de la liberté et de la justice, issu des Frères musulmans. Son leader a «demandé que les Etats-Unis révisent leur politique (…) en conformité avec (les aspirations) du Printemps arabe», qui a balayé les régimes autocratiques en Egypte, en Libye et en Tunisie. Il a aussi appelé Washington à adopter une «position positive concernant les causes arabes et islamiques».

Le printemps des dupes

William Burns «a félicité le parti pour ses résultats» électoraux et affirmé que son pays était «prêt à aider l’économie égyptienne à surmonter la crise». Les Etats-Unis «respectent le choix du peuple égyptien», a dit William Burns, cité par le communiqué. Washington avait fait savoir, au début janvier, que les Frères musulmans avaient donné des garanties sur le respect du traité de paix conclu, en 1979, entre l’Egypte et Israël, premier allié des Etats-Unis dans la région. Mais, certains signes montrent un durcissement des militaires toujours au pouvoir et certains, en Israël, craignent une surenchère.

Le responsable américain n’a pas, en revanche, rencontré de responsables des partis fondamentalistes salafistes, crédités de plus 25% des voix, dont la percée électorale constitue, de fait, la grande surprise dans la surprise du scrutin.

L’élection des membres de l’Assemblée du peuple doit être suivie, à partir du 29 janvier, de celle des sénateurs de la Chambre haute consultative. Le cycle électoral complet s’achèvera avec une présidentielle, au plus tard fin juin. D’ici là, les Islamistes auront imposés leur marque. Un mouvement électoral est en cours, qui transforme le premier pays arabe, allié des USA et ayant signé un traité de paix avec Israël, en puissance islamique. Ce n’est pas rien.

Washington a cru que quelques jeunes branchés pouvaient imposer leur choix au peuple. Moubarak est tombé parce que, comme Ben Ali, son régime était en hiver et déconnecté du peuple. Mais sa chute ne profite en rien aux forces de la liberté occidentalisées, médiatisées, mais ultra minoritaires. L’Egypte affirme son identité musulmane à travers un vote très net pour un islamisme politique. Il est décidément le grand gagnant de ce qui apparaît, de plus en plus, comme « un printemps des dupes ».

Jean Bonnevey sur METAMAG

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Du printemps arabe à l’été des islamistes

Le traître Moustapha Abdeljalil, Président du Conseil National de Transition libyen, ce conglomérat composé d’anciens tortionnaires, d’opposants politiques et d’islamistes d’Al-Qaeda a annoncé dimanche dernier l’instauration de la charia en Libye. Moustapha Abdeljalil : « En tant que pays musulman, nous avons adopté la charia (loi islamique) comme loi essentielle et toute loi qui violerait la charia est légalement nulle et non avenue« .

Pour le citoyen lambda, les protégés de l’Otan sont donc en train de déraper. Mais, cela n’était-il pas prévisible ? Le pouvoir que les Occidentaux ont mis en place était depuis miné par les islamistes. Sur  les ruines de la ville martyre de Syrte, un Etat islamique s’installera au grand dam des Occidentaux comme le prouve si bien ce communiqué laconique de l’Elysée.

« La disparition de Mouammar Kadhafi est une étape majeure dans la lutte menée depuis plus de huit mois par le peuple libyen pour se libérer du régime dictatorial et violent qui lui a été imposé pendant plus de quarante ans.

La libération de Syrte doit marquer, conformément aux engagements pris par le Conseil national de Transition, le début du processus agréé par le CNT pour établir en Libye un système démocratique dans lequel toutes les composantes du pays auront leur place et où les libertés fondamentales seront garanties.

Comme depuis les premiers jours du soulèvement du peuple libyen contre l’oppression, la France est à ses côtés pour le soutenir dans cette démarche.

Une nouvelle page s’ouvre pour le peuple libyen, celle de la réconciliation dans l’unité et la liberté. »

Des mois qu’on nous gave de fausses nouvelles, de mensonges médiatiques et de manipulations. Toutes ces populations manipulées et conditionnées pour contribuer au renversement de dirigeants soudainement devenus dictateurs pour l’Occident mais qui, s’étaient toujours efforcés de contenir les islamistes et de réduire leur champ d’action. Le « printemps arabe » vendu au monde entier serait-il donc pour faire sortir les islamistes du désert et les installer au pouvoir afin d’instaurer l’anarchie dans ces Etats ?

Les Etats-Unis, la France et la Grande Bretagne ne pouvaient pas ignorer ce risque d’islamisation. Ce «printemps arabe » aura profité aux islamistes qui ont profité pour élargir leur champ d’action. L’Occident pour nous apaiser nous parle déjà d’islamisme modéré. Dans quelques années, quand de réelles dictatures seront installées dans ces pays, ils viendront faire les étonnés.

Obama qui, lors de sa campagne avait promis la création d’un Etat palestinien est aujourd’hui celui là même qui aujourd’hui s’oppose au peuple palestinien en menaçant de bloquer ce projet de son droit de véto et de prévenir l’UNESCO de lui couper les vivres si cette dernière votait en faveur d’une adhésion de l’Autorité palestinienne, comme État membre, à part entière. Pour info, les États-Unis fournissent 22% du budget de l’Unesco (Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture) qui a ouvert mardi à Paris sa conférence générale et a mis à son agenda l’adhésion de la Palestine comme État membre à part entière à l’ONU.

En se référant aux nouvelles de ces derniers mois dans le proche et le moyen orient, les Palestiniens à qui on refuse le droit d’avoir un Etat ne se sentiraient t-ils pas frustrés par cette politique de deux poids deux mesures ? Frustrés, ils se tourneront vers le Hamas qui de facto consolidera son assise idéologique.

Pendant que Abdeljalil annonçait l’instauration de la charia en Libye, les tunisiens eux votaient. Résultat de ces élections tombé jeudi soir, le parti islamiste Ennahda, sort vainqueur avec 41,7% des voix contre 13% pour Moncef Marzouki, l’opposant historique de Ben Ali. L’Egypte quant à elle, n’attend que les élections pour qu’on voit défiler les frères musulmans.

Grâce à cette guerre idiote qui a coûté trois cents millions d’euros à la France et deux milliards de dollars aux Etats-Unis, nous pouvons nous féliciter d’avoir à présent sur le continent un régime de plus réclamant ouvertement la charia comme loi fondamentale. Quand on quitte zero (00) pour moins un (-1), n’est-ce pas une régression ?

aymard

OTAN en emporte le fric : Côte d’ivoire, libye, Syrie…la moisson des rapetout

À en croire les dirigeants des puissances impérialistes qui se montrent naïfs et candides, la Syrie aurait été, dans ces derniers mois, l’arène où se confrontent, d’un côté, les « forces du mal », incarnées par le régime et ses adjuvants iraniens ; et de l’autre côté, les « forces du bien » manifestées par « l’âme immortelle » d’un « bon peuple » par nature, malheureusement réduit par le « Tyran de Damas » en une simple populace d’esclaves.

Le retour du colonialisme

Il est certain que cette approche superficielle aux violences en Syrie, qui divise le monde, plutôt l’existence avec ses dimensions multiples, en deux forces opposées, celle du Bien (la soi-disant « opposition ») et celle du Mal (le régime), joue un rôle argumentum ad captandum vulgus dans la justification des ambitions de l’impérialisme français et britannique en Afrique du Nord et au Levant, d’où elles y furent chassées le lendemain de la deuxième Guerre mondiale.

Notons à ce propos la dernière visite de Sarkozy et Cameron, maîtres d’œuvre de l’opération militaire par délégation du triumviratus (Sarkozy, Cameron et Obama) en Libye ; une visite qui prépara la table pour charcuter et dépecer la prise de « l’après-Kadhafi ». À Tripoli, ces deux conjurateurs allèrent célébrer leur victoire, encadrés de leurs gorilles locales du CNT et de leurs propagandistes charlatans, tels que les tambours, trompettes et cymbales des médias occidentaux « principaux » et arabes « subordonnés ». [1]

À plus forte raison, il était incontestable que les forces impérialistes préparaient à mobiliser leur artillerie lourde contre la Syrie et son régime, une fois le soi-disant « roi des rois d’Afrique », Kadhafi, serait détrôné. Pour en faire, un deuxième triumviratus (Sarkozy, Erdogan et Obama) naquit. Et les trois triumviri hurlèrent : « Carthago delenga est ! Nous devons nous débarrasser du tyran de Damas ! ».

Le causus belli

Dès lors, la Syrie se trouve cible d’une guerre systématique (médiatique, diplomatique et même armée) orchestrée selon le développement des événements sur le terrain. L’exemple le plus significatif de cette campagne féroce nous est fourni par le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, qui dénonça des « crimes contre l’humanité » en Syrie : « On constate que le régime syrien s’est livré à des crimes contre l’humanité », déclara-t-il à Moscou, le 7 septembre. [2]

En plus, des milliers de chaînes télévisées, des radios, des journaux, des sites et des réseaux sociaux sur internet, partout dans le monde, bombardent intensivement le régime syrien d’adjectifs diaboliques, visant à réduire son image dans la rue arabe, et à le présenter comme simple phénomène sauvage, dépouillé, bien sûr, de toute qualité humaine, donc de tout droit d’exister. Ajoutons que les États-Unis et l’Union européenne ne cessent pas d’appeler le président syrien Bachar Al-Assad à la démission : « … il est nécessaire pour lui de quitter le pouvoir », déclara Mme Ashton ; « Dans l’intérêt du peuple syrien, le temps est venu pour le président Assad de se retirer », expliqua M. Obama ; « Les graves violations des droits de l’Homme en Syrie contre les manifestants pourraient relever de crimes contre l’humanité », indiqua le 17 août un rapport du Haut-commissariat aux droits de l’Homme de l’ONU. [3]

La propagande impérialiste

Il est à noter ici que dans tous les bouleversements politiques sérieux, les machines médiatiques de l’Hégémonie impérialiste y mettent leur grain de sel. Il en va de même, le cas du « Grand Mensonge » de George Bush sur les armes de destruction massive en Irak. La preuve en est que plus de dix ans après l’invasion américaine de l’Irak, les administrations américaines successives n’ont toujours pas présenté la moindre preuve que ce pays avait des armes de destruction massive. Ce qui vient à dire que les masses tombèrent victimes d’une machination de malinformation. Il va de soi que les récentes violences, qui ébranlent la rue syrienne, ne sont pas exemptes de la même machination de propagandes, de mensonges et d’autres manipulations médiatiques, loin s’en faut.

Pour en croire les médias de l’Hégémonie impérialiste, des militants pacifistes et des manifestants non violents auraient passé la journée, pour ainsi dire, à faire la méditation transcendantale ; et pendant la nuit, ils se seraient rassemblés dans des places publiques, pour allumer des bougies aux immortelles âmes des « martyrs de liberté » ; tandis que le « monstre de Damas » s’enorgueillirait dans son harem. Cependant, loin de cette naïveté caricaturale que les machines médiatiques de l’Hégémonie nous créent, une question se pose au préalable : Qui sont-ils ces « militants de liberté » agnus Dei auxquels on fait l’éloge trois fois par jour : au lever, au midi et au coucher ? Qu’est ce qui se passe donc alors ?

L’un des problèmes pour dévoiler le paradoxe syrien c’est qu’il y a effectivement une demande interne réelle de changement. Personne ne nie cette réalité, ni même le régime syrien ne la nie. Le ministre syrien des Affaires étrangères Walid Al-Moualem, a dénoncé le 26 septembre les ingérences étrangères qui manipulent les aspirations légitimes du peuple syrien à des réformes politiques, économiques et sociales, dans un discours prononcé à l’Assemblé générale de l’ONU à New York : « les revendications du peuple ont été utilisées comme tremplin par des groupes armés pour semer la discorde et saboter notre sécurité. La Syrie a exercé sa responsabilité de protéger ses citoyens. Le gouvernement a agi pour garantir leur sécurité et la stabilité du pays », a déclaré M. Moualem en référence à ce qu’il qualifie d’ingérences étrangères. [4]

Aussi, une vaste majorité de Syriens veulent des réformes. Le peuple syrien se trouve indigné, depuis des décennies, de la corruption envahissante et les tentacules des autorités sécuritaires.

La rébellion islamiste armée

Pourtant, cette demande largement répandue de réformes est-elle, comme l’affirme les machines médiatiques impérialistes, à l’origine des violences en Syrie ? S’il est vrai qu’il y a des manifestations dans certaines villes, qu’il y a des morts, que l’armée est intervenue, il n’est pas moins vrai que la Syrie est devenue un terrain de bataille entre les forces armées syriennes d’un côté, et des insurgés islamistes sunnites armés, de l’autre côté, tels que les Frères musulmans, Al-Qaïda, et d’autres groupes salafistes wahhabites.

Ce que les médias aux ordres ne disent pas, c’est qu’il y a une rébellion armée soutenue par l’extérieur, et que la Syrie se trouve face à un causus belli déclaré par l’OTAN et les émirats et sultanats arabes « subordonnés ». Ici, il convient de mentionner que Dimitri Rogozin, délégué de la Fédération de Russie auprès de l’OTAN, commentait, le 5 août dans le quotidien moscovite Izvestia, le rôle que joue l’OTAN dans l’augmentation de la violence en Syrie : « l’OTAN planifie en ce moment une campagne militaire contre la Syrie afin d’aider à renverser le régime du président Bachar Al-Assad avec comme objectif à longue échéance de préparer une tête de pont dans la région pour l’attaque contre l’Iran ». [5]

Aussi, dans un entretien de la chaîne Euronews TV avec Dimitry Medvedev, le président russe avertit des dangers réels que pourrait créer une approche « blanc / noir » à la situation en Syrie : « les manifestants anti-gouvernementaux en Syrie ne sont pas partisans de certains modèles raffinés de la démocratie européenne ». [6]

À plus d’un titre, les événements en Syrie ramène ici une citation de Lénine dans son célèbre Un pas en avant, deux pas en arrière, traitant les mouvements révolutionnaires en Russie : « … lorsqu’une lutte prolongée, opiniâtre et ardente se poursuit, il arrive d’ordinaire un moment où les points litigieux, centraux et essentiels, commencent à apparaître, dont la solution déterminera l’issue définitive de la campagne, et auprès desquels les menus et insignifiants épisodes de la lutte sont de plus en plus reculés à l’arrière-plan ». [7]

Sans nul doute possible, les conflits sociaux et politiques au Levant, passent rapidement en conflits religieux et confessionnels ; et les réclamations sociales se réduisent, malheureusement, en tueries tribales. Cette réalité amère nous offre, au moins, une meilleure lecture de la soi-disant « révolution » syrienne ; une lecture qui se met à distance des fanfaronnades des hâbleurs du « Printemps arabe », écourté, à bride abattue, en « Hiver américain » très funèbre !

Avant toute chose, il est impératif de noter ici, que le Levant constitue un espace hétérogène coupé par des frontières ethniques, linguistiques et religieuses autres que celles imposées par l’accord Sykes-Picot (1916), le lendemain du démembrement de l’Empire ottoman en 1918. En plus, ce qu’il faut aussi noter, c’est que ces frontières intérieures se transforment, rapidement, en des zones des conflits sanglants, une fois qu’un pouvoir central capable de maintenir la paix, serait bouleversé. Considérons l’exemple de l’Irak après l’invasion américaine.

Les évènements en Syrie cachent, en effet, des motivations d’une nature religieuse plutôt que sociale ; en tenant compte du conflit historique entre l’islam orthodoxe (le sunnisme) et l’islam hétérodoxe (le shiisme). Dans un témoignage sur la violence religieuse en Syrie, Hala Jaber pointe la présence d’extrémistes armés (et barbus), agents provocateurs s’employant avec d’assez gros moyens à faire dégénérer les manifestations au départ pacifiques. Elle donne notamment un récit détaillé des graves incidents survenus le 18 juin à Ma’rrat al-Nu’man, ville du nord-ouest : « on voit que les djihadistes y ont fait régner la terreur, et ont versé le sang – alors que l’armée a fait profil bas, pour éviter des incidents. Le récit de l’enlèvement d’un opposant modéré, Mohamed Salid Hamadah, et des tortures et menaces qu’il a subi de la part d’extrémistes sunnites fait froid dans le dos, et laisse supposer ce que serait le climat de la Syrie si elle tombait dans leurs mains ! » [8]

Il est vrai qu’au début des violences en Syrie, les protestations prirent, du point de vue des slogans utilisés (liberté, justice, démocratie, réclamations sociales, etc.), une forme pacifique ; et les demandes des manifestants demeuraient encore à la limite des revendications sociales. Cependant, ces protestations se sont transformées, précipitamment, en actes de violence confessionnelle ciblés contre les minorités religieuses du pays, telles que les musulmans hétérodoxes et les chrétiens.

La conjuration impérialiste

Aussi, les slogans politiques croulèrent en brousse de haine religieuse. Même si le régime politique en Syrie est « contaminé », depuis des décennies, d’une bureaucratie corrompue et contagieuse, il n’en découle nullement de justifier les actes de barbarisme commis par des fanatiques religieux contre les groupes minoritaires et les institutions de l’État.

Dans ce sens, il sera dangereux d’oublier que derrière les réclamations d’une partie du peuple syrien, légitimes au point de départ, se cachent, en effet, les intérêts, pour ainsi dire, des vrais conjurateurs : un bonapartisme caricatural français à la Sarkozy en premier lieu, un impérialisme de carcasses américain à l’Obama, un « humanisme » islamiste turc à l’Erdogan et un wahhabisme « éclairé » arabe à la Saoudienne.

De ce qui vient d’être dit et dans des circonstances pareilles, il est clair d’emblée que la prétendue « révolution » syrienne n’est qu’une machination dirigée alpha et oméga par les centres de pouvoir impérialistes, dont l’objectif fixé à court terme se présente dans le renversement du régime du président syrien Bachar Al-Assad, et à long terme dans la réoccupation du Proche-Orient et la reconstruction de sa carte géopolitique ; un objectif qui nous promet, désastreusement, un futur catastrophique dans la région.

En guise de conclusion, nous trouvons pertinent de raconter une petite anecdote : « Naguère un brave homme s’imaginait que, si les hommes se noyaient, c’est uniquement parce qu’ils étaient possédés par l’idée de la pesanteur. Qu’ils s’ôtent de la tête cette représentation, et les voilà désormais à l’abri de tout risque de noyade ». Ce brave homme, c’était le type même des hâbleurs et fanfaronnades des machines médiatiques impérialistes et leur subordonnées arabes, qui croient, tristement, que les problèmes du monde arabe, tels que le développement social et économique, l’analphabétisme, les droits de l’Homme, les libertés, la démocratie, l’occupation, le confessionnalisme, les droits des minorités, les droits des femmes, etc. seront résolus une fois le régime syrien serait bouleversé.

Fida DAKROUB ,Ph.D Études françaises

Pour en finir avec le « printemps arabe » : commençons par nous décoloniser mentalement

« Si un événement arrive par hasard, vous pouvez être sûr qu’il a été programmé pour se dérouler ainsi. » Franklin Delanoë Roosevelt (ancien président des Etats-Unis d’Amérique)

Cette boutade d’un ancien président des Etats-Unis est d’une brûlante actualité. Elle peut à elle seule expliquer la boulimie de mimétisme qui nous prend d’organiser des colloques, congrès, conférences sur ce que la doxa occidentale appelle le « Printemps arabe ». On le voit, une révolution, une révolte, une jacquerie qui appartient aux Arabes reçoit son nom de baptême d’un Occident qui, plus que jamais, dicte la norme comme l’a pointé du doigt Sophie Bessis dans un ouvrage remarquable et prémonitoire : « L’Occident et les autres : histoire d’une suprématie » parue aux éditions La Découverte. Nous allons donner notre sentiment sur ces colloques en prenant l’exemple de celui organisé par le journal El Watan avec d’éminents spécialistes.

Nous lisons sous la plume de Mustapha Benfodil : « Un colloque sur les révolutions arabes se tient du 23 au 25 septembre et se propose de disséquer cette formidable lame de fond qui soulève comme un seul homme le Monde arabe, de Casa à Damas et de Tunis à Sanaa. Une lame de fond qui a pour étincelle l’auto-immolation de Mohamed Bouazizi, un diplômé au chômage improvisé camelot, un certain 17 décembre 2010 dans la province de Sidi Bouzid, en Tunisie(1).

Ce qui est en cause, c’est d’abord le choix du thème : le Printemps arabe de l’Atlantique au Golfe. Le thème sur le Printemps arabe est, dès le départ, une allégeance et une soumission intellectuelle à la doxa occidentale qui, la première, a décidé d’appeler ainsi ces mouvements. Pour Mohammed Hachemaoui, enseignant à l’université d’Alger et qui a soutenu une thèse le 17 décembre 2004 à l’Institut d’études politiques sur la corruption en Algérie, l’histoire commence, pourrait-on dire à « Sumer » (Sidi Bouzid) quelque part dans une petite ville de Tunisie. « Depuis l’immolation par le feu de Mohamed Bouazizi le 17 décembre 2010, une nouvelle page de l’histoire est en train de s’écrire dans le Monde arabe », constate-t-il. « Une vague irrépressible de soulèvements populaires emportant tour à tour Ben Ali et Moubarak, (…) deux amis et alliés protégés par l’Empire. Il s’agit bel et bien d’un événement. »(1)

Le début des révoltes

Monsieur Hachemaoui va jusqu’à épouser la thèse occidentale comme celle de Gilles Kepel, et tant d’autres qui n’ont pas vu semble-t-il « venir » les événements- qu’ils ont commandités- mais qui se félicitent que ces révoltes ne soient pas connotés par l’Islam. Pour eux, le soubassement de ces révoltes parfumées n’a pas les fondements classiques imputables à un hypothétique choc des civilisations. Tout ceci est bien beau, mais il est quand même étonnant pour l’auteur de fixer le début des révoltes du Printemps arabe à une immolation qui aurait pu passer inaperçue n’étaient les médias occidentaux qui en ont décidé autrement. Cela me rappelle ce que nous écrivions pour répondre aux mêmes propos d’une universitaire tunisienne qui voyait dans la révolte des jeunes en Tunisie une analogie totale avec la prise de la Bastille, la fuite du roi (Ben Ali), l’arrestation à Varennes (à l’aéroport) avec Marie-Antoinette (Leïla Trabelsi). Mimétisme quand tu nous tiens ! Comme si 1789 était un horizon indépassable !(2)

La réalité est malheureusement tout autre. Si nous n’inscrivons pas toutes ces indignations de la jeunesse arabe dans un « agenda occidental » nous n’avons rien compris au mouvement du monde. Nous aurions souhaité que lors de ce colloque, au lieu d’asséner des lapalissades de salon qui n’ont aucune portée, ces augustes personnes rétablissent l’Histoire, des révoltes récentes. Pour l’histoire. Le ras-le-bol arabe n’a pas commencé en décembre 2010 mais en octobre 1988 en Algérie. Le tribut fut très lourd. La jeunesse algérienne a été la première -triste privilège- à mourir pour s’être battue pour la démocratie, la liberté. Sauf que ça n’intéressait personne. L’Algérie a payé le prix de la démocratie avec une décennie rouge et dit-on 200.000 morts, 10.000 disparus et 30 milliards de dollars de dégâts sans compter les traumatismes que nous allons encore trainer pendant longtemps. Il a fallu attendre l’après-11 septembre 2001 pour que la voix de l’Algérie soit audible concernant le terrorisme. N’est-ce pas là un sujet concernant la révolte arabe ?

Nous aurions espéré aussi que cet aéropage de compétences nous dise leur sentiment de ce qui se passe en Palestine, en Syrie et en Libye où, comme le relève Djamel Labidi, il y a maldonne, l’Otan bombarde des personnes qu’il était censé protéger. Ecoutons-le : « Conformément à la résolution 1973, ou du moins l’interprétation qu’ils en ont faite, l’Otan ne devrait-elle pas à présent bombarder… les positions du CNT ? En effet, c’est celui-ci qui est désormais le pouvoir et ce sont les autres, les « gueddafistes » qui sont à présent « les rebelles ». C’est donc le nouveau pouvoir, le CNT, qui, aujourd’hui, « bombarde son propre peuple », à Syrte et ailleurs, et qui tombe sous le coup de la résolution 1973 de l’ONU. Je plaisante ? A peine. Car on voit ainsi à quoi a été réduit le droit international. C’est le cas aussi de la reconnaissance de l’Etat palestinien. Le gouvernement français s’était empressé de reconnaître le CNT libyen alors que rien ne prouvait sa légitimité. C’est de l’étranger que le CNT a tiré d’abord sa légitimité. Mais le gouvernement français ne veut pas reconnaître l’Etat palestinien qui, lui, est légitime depuis 60 ans… Depuis toujours. (…). Les révolutions arabes continuent de charrier le meilleur et le pire. Je lisais dans un journal français (le Nouvel Observateur. 13 septembre 2011) un reportage sur une jeune Libyenne de 24 ans qui s’enorgueillait d’avoir fourni des renseignements à l’Otan, par le relais d’Al Jazeera, sur les cibles libyennes à attaquer, quand l’intervention militaire se préparait ».(3)

Ahmed Halfaoui abonde dans le même sens : « On parle toujours de « rebelle s » en Libye, pourtant il y a un Etat, avec un drapeau tout neuf, qui y a été installé par l’Otan. La remarque vient du fait que ce n’est pas pour désigner la résistance populaire qui, depuis sept mois, fait toujours front dans le pays, mais les troupes du pouvoir « élu » d’abord dans les salons des grandes puissances et confirmé par l’ONU. (…). Les rebelles ne peuvent être que les Libyens qui défendent leur terre et leurs maisons à Syrte, Beni Walid, Ras Lanouf, Zaouiah, Tarhouna, Sebha, Brega et là où ils tiennent des positions, et qui font le coup de feu à Tripoli et dans tous le pays. Rien ne justifie le vocabulaire qui règne dans les médias.(4)

La réalité du « Printemps arabe »

Comme par hasard, les monarchies arabes dociles aux Etats-Unis et à Israël ont survécu à la « « tempête du Printemps arabe » ». Cependant, à Bahreïn au Yémen, silence on tue, mais là l’Empire ne bouge pas donc, les vassaux européens regardent ailleurs. Nous aurions voulu que lors de cette réunion savante on démonte la mécanique de ces révoltes pour y voir une manipulation de grande ampleur et la « spontanéité » des révoltes est un paramètre qui a été mis en équation pour susciter le chaos pour le plus grand bien de l’Empire et de ses vassaux. Tout le monde se souvient des bloggeurs qui ont catalysé les révoltes en Egypte, en Syrie…On le voit, ce qui a perdu les potentats arabes, c’est le lâchage de l’Occident mis en musique par l’Internet et un projet mûrement réfléchi qui a travaillé sur un terreau favorable, une masse arabe toujours prête à l’émeute constamment en posture pré-insurrectionnelle au vu de la hogra, le déni de justice, les passe-droits la corruption institutionnalisée, bref ce que décrit admirablement justement Mohammed Hachemaoui dans sa thèse soutenue en 2004 sur la corruption. Le chaos en Irak, en Afghanistan, ne gêne pas la curée sur les matières premières et le pétrole. Les Afghans, les Irakiens et de plus en plus les Libyens peuvent se démolir à qui mieux mieux au besoin aidés par les bavures des drones, cela ne gênera pas l’écoulement du pétrole qui, aux dernières nouvelles, commence à être exploité par Total..

Le droit d’ingérence puis le devoir d’ingérence

Ce colloque me donne la pénible impression, outre le fait qu’il n’apporte rien de nouveau, de s’apparenter au discours main stream occidentale. Nous lisons dans ce cadre un morceau d’anthologie sous la plume de Jean Daniel : « …Il était inévitable, avec la progression des ondes de choc venues de Tunis et du Caire,que l’émergence du Printemps arabe suscite des polémiques et des affrontements. (…) Nous n’avions qu’à applaudir, qu’à nous solidariser et à décider de faire l’impossible pour que personne ne confisque aux peuples qui s’étaient libérés, leur révolution. (…) C’est alors que s’est posé le problème du devoir d’assistance et du droit d’ingérence. (…) En Libye, le Conseil de sécurité, la Ligue arabe et l’Otan représentée par la France et la Grande-Bretagne ont décidé de faire un choix qui impliquait un viol de souveraineté.Kadhafi menaçait d’écraser une partie de son pays et de son peuple, et menaçait d’ailleurs le monde entier. La communauté internationale s’est octroyée un « droit d’ingérence exceptionnel ». (…) A quoi sert de dire que l’on ne s’est pas opposé à l’intervention israélienne à Ghaza, si les membres du Conseil de sécurité ne sont pas d’accord entre eux pour le faire ? La justice, en géopolitique,n’est pas abstraite. Elle dépend des circonstances et de ceux qui ont en charge de la définir et de l’appliquer. Il y a toujours eu « deux poids, deux mesures ». (….) A la réflexion, et tout compte fait, j’ai décidé de préférer le comportement ostentatoire d’un BHL à l’indifférence dédaigneuse et frileuse de ses rivaux. BHL (…) d’autre part, à force de vouloir être Malraux, il va peut-être finir un jour par lui ressembler ». (5)

Tout est dit, le devoir d’ingérence, Kadhafi qui assassine et sous entendu qui doit être pourchassé, « le deux poids, deux mesures » s’agissant d’Israël et la préférence pour BHL, le Malraux qui s’ignore ! On attribue à Machiavel la sentence suivante : « Le meilleur moyen de contrer une révolution c’est de la faire soi-même » Ceci s’applique le croyons nous comme un gant, à ce qui se déroule sous nos yeux. En un mot comme en mille tout est programmé pour se déroulé ainsi. Il « suffit de lire » -mais le veut-on ?- l’ouvrage de Gene Sharp qui décrit par le menu comment faire une révolution non violente et la réussir… Nous y trouverons tous les symptômes constatées dans les révoltes légitimes tunisiennes et égyptiennes, libyennes et qui, rapidement, ont été « prises en charge ».

Ahmed Bensaâda nous présente l’ouvrage : « De la dictature à la démocratie », livre de chevet depuis près de deux décennies de tous les activistes du monde non occidental rêvant de renverser des régimes jugés autocratiques. (…) Dans cet ouvrage, Gene Sharp décrit les 198 méthodes d’actions non violentes susceptibles d’être utilisées dans les conflits en vue de renverser les régimes en place. Parmi elles, notons la fraternisation avec les forces de l’ordre, les défilés, les funérailles massives en signe de protestation, les messages électroniques de masse, les supports audiovisuels, les actes de prière et les cérémonies religieuses, l’implication dans le nettoyage des places publiques et des endroits qui ont été la scène de manifestations, l’utilisation de slogans forts (comme le « Dégage » ou « Irhal »), des logos (comme le poing fermé), des posters avec les photographies des personnes décédées lors des manifestations et une certaine maîtrise de l’organisation logistique » »(6)

« (…) Cette brillante application des théories de Gene Sharp fut suivie par d’autres succès retentissants : Géorgie (2003), Ukraine (2004) et Kirghizistan (2005). Voici ce que dit, en 2010, Pierre Piccinin, professeur d’histoire et de sciences politiques : « Les « révolutions colorées » […] ont toutes mis en oeuvre la même recette : un groupuscule organisateur est financé par l’étranger et soutenu logistiquement (ordinateurs, abonnements à Internet, téléphones portables…). Formé par des professionnels de la révolution, sous le couvert d’ONG censées promouvoir la démocratie, telle la célèbre Freedom House, il arbore une couleur et un slogan simple. Le but : se débarrasser d’un gouvernement hostile et le remplacer par des leaders amis ».(6) Ahmed Bensaâda met dans le même paquet la manipulation concernant l’Iran où l’on se souvient de la jeune dame « tuée » dont l’image a fait le tour du monde. Les évènements qui ont secoué la rue iranienne pendant l’été 2009 ont été riches en enseignements. (…) L’éclatant succès des révoltes populaires en Tunisie et en Égypte est certainement dû à une application pragmatique des méthodes d’actions non violentes de Gene Sharp. Les jeunes activistes de ces deux pays (ainsi que ceux de plusieurs autres pays arabes) ont été formés aux nouvelles technologies par les organismes américains d’« exportation de la démocratie ». Ils ont participé à de nombreuses rencontres dont celles organisées par l’ « Alliance of Youth Movements » (AYM) en 2008, 2009 et 2010. (…) Il va sans dire que les révoltes populaires dans ces deux pays se sont largement inspirées des expériences des révolutions colorées et de la révolte de la rue iranienne. (….) ».(6)

Ce colloque, qui aurait pu proposer quelques pistes de réflexion quant à une sortie de crise, se termine comme les autres, tous les autres, selon un scénario lisse qui ne perturbe pas « l’ordre établi » par une prise de position claire, nette, précise. Adoube-t-il l’ignominie qui se déroule sous nos yeux ? Après le carnage à huis clos de la Libye voici venir le tour de la Syrie. Certes Al Assad doit partir mais au bout d’un processus que l’Occident ne veut pas. Je ne peux m’empêcher de donner la parole à soeur Agnès -Mariam de Chrétiens d’Orient mère supérieure d’une instutution religieuse à Damas qui , lucidement, s’explique longuement sur les enjeux de la déstabilisation de la Syrie. Nous reproduisons quelques extraits : « (…) Aussi, c’est avec soulagement et gratitude que les chrétiens non gagnés aux thèses fallacieuses des maîtres du monde, accueillent les courageuses et franches assertions du Patriarche concernant la situation dramatique liée au « Printemps arabe ». « Que se passera-t-il en Syrie ? Y aura-t-il une guerre sunnito-alaouite dans ce pays ? Ce serait, non pas une démocratie, mais un génocide (…) Présentées comme étant des quêtes démocratiques populaires, les manifestations sont le trompe-l’oeil tout trouvé pour faire exploser la situation en Syrie et justifier, au cas où le besoin se présente, une intervention militaire comme en Libye ».(7)

Le monde est en pleine mutation. Allons-nous vers la « Bellum omnium contra omnes », « la guerre de tous contre tous » prévue par Thomas Hobbes ? Le monde ancien est en train de s’écrouler. Le drame des peuples arabes est que l’alternance à la pointe des canons de l’Otan est suspecte, il est hors de doute que les futurs dirigeants adoubés par l’Empire vont continuer comme leurs prédécesseurs à tétaniser leur peuple. Pendant ce temps-là l’Occident regardera ailleurs pourvu que les sources de rapines de matières premières et d’énergie soient garanties. Ainsi va le monde. Seule une révolution endogène de la taille de l’immense révolution algérienne, véritable lame de fond, permettra aux peuples de prendre en main leur destin.

Chems Eddine Chitour

1. Mostefa Benfodil monde-arabe-une-nouvelle-page qui s’écrit El Watan 24-09-2011

2. C.E.Chitour http://www.mondialisation.ca/index….

3. DjamelLabidi http://www.legrandsoir.info/guerre-…

4. Ahmed Halfaoui http://www.lesdebats.com/editions/2…

5. Jean Daniel : Deux poids, deux mesures Blog NouvelObs. 26.04.2011

6. Ahmed Bensaada – Les limites de la théorie de la non-violence Le Grand soir 21.09.2011

7. Agnès-Mariam : http://www.mondialisation.ca/index….

P.-S. Article en ligne sur : Mondialisation

La nuit tombe sur l’Europe

Nous pouvons affirmer ce soir avec la certitude la plus absolue que le premier point de l’agenda que nous avons détaillé la semaine dernière, à savoir un troisième plan de « sauvetage » pour la Grèce, sera décidé avant la mi-novembre, et qu’une des conditions sine qua none dictée par Bruxelles sera la mise sous tutelle directe et totale de ce pays par un triumvirat composé de cadres du FMI, de la BCE et de la Commission européenne. Ainsi la Grèce sera le laboratoire d’un « projet qui vise à anéantir la souveraineté des pays de l’Union européenne et qui, par extension, permettra d’en réifier toutes les instances démocratiques. »

La Grèce ne sortira pas du piège de l’euro

Certains esprits brandissent l’article 50 du Traité sur l’Union européenne (TUE), prétendant qu’il est possible pour la Grèce de sortir de la zone euro. L’article 50 du TUE ne parle pas de l’euro ni de la zone euro, mais de l’Union européenne. Peu importe. Que dit cet article ?

1. Tout État membre peut décider, conformément à ses règles constitutionnelles, de se retirer de l’Union.

2. L’État membre qui décide de se retirer notifie son intention au Conseil européen. À la lumière des orientations du Conseil européen, l’Union négocie et conclut avec cet État un accord fixant les modalités de son retrait, en tenant compte du cadre de ses relations futures avec l’Union. Cet accord est négocié conformément à l’article 218, paragraphe 3, du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne. Il est conclu au nom de l’Union par le Conseil, statuant à la majorité qualifiée, après approbation du Parlement européen.

Intéressant. Donc, s’il n’y a pas majorité qualifiée au sein du Conseil ( soit 55% des membres du Conseil, comprenant au moins quinze d’entre eux et représentant des Etats membres réunissant au moins 65% de la population de l’Union), il n‘y a pas de voie de sortie. Que nous apprend encore l’article 218 paragraphe 3 ?

3. La Commission, ou le haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité lorsque l’accord envisagé porte exclusivement ou principalement sur la politique étrangère et de sécurité commune, présente des recommandations au Conseil, qui adopte une décision autorisant l’ouverture des négociations et désignant, en fonction de la matière de l’accord envisagé, le négociateur ou le chef de l’équipe de négociation de l’Union.

On le comprend bien. C’est théoriquement possible, mais pratiquement conçu pour être irréalisable.

Admettons que, par quelques miracles, la Grèce sorte tout de même de l’euro. Sur quelle base pourrait-t-elle émettre une monnaie nationale et ramener son économie sur les rails ?

Pour recréer sa monnaie, la Grèce devrait indexer sa dette publique sur un panier de référence de monnaies – qui pourrait être constitué du dollar, du yen, du franc suisse, etc. – de façon à protéger les détenteurs de la dette publique – et par voie de conséquence toutes les dettes, puisque la dette publique sert de référence – contre les effets, les dommages collatéraux, qui pourraient résulter de sa sortie de la zone euro. Car même si la Grèce se met en situation de défaut, même partiel, il va bien falloir trouver une solution pour ses créanciers.

La Grèce aurait donc besoin que d’autres pays investissent massivement dans son économie – des montants qui dépasseraient de très loin sa dette actuelle. Car si elle ne trouve plus personne pour se financer elle se retrouvera très vite au niveau économique du Sierra Leone – une perspective qui devrait être de nature à calmer rapidement les ardeurs de la rue et ses prétendus « insoumis », toutes tendances confondues. La Grèce pourrait-elle autofinancer sa monnaie ? Et comment ? Grâce à l’or qu’elle n’a pas ? En empruntant à des banques étrangères alors que sa situation actuelle menace de les mettre en faillite ? En imposant un impôt spécial à toutes les fortunes qui ont déjà mis les voiles ? L’euro est un piège dans lequel il n’y a pas d’issue. Pour ne pas avoir besoin d’en sortir, le plus simple était de ne pas y entrer.

La contestation des « masses » ne servira à rien

L’Euro est en effet un piège, car en empêchant les Etats membres de la zone de retrouver leur monnaie nationale, et d’en dévaluer sa valeur, elle permet de dévaluer le prix du travail et donc, comme nous avons tenté de l’expliquer dans une série d’articles, d’utiliser cette crise afin de reconfigurer l’économie.

Il est donc nécessaire, conformément à nos points 2 et 3 de l’agenda, que la crise s’amplifie encore de sorte à ce que la Grèce soit contrainte à un défaut partiel, qui entrainera une série de faillites bancaires à travers l’Europe et le défaut d’autres pays européens déjà en difficulté.

Nous aurions tort de penser que les masses pourraient empêcher le cours des catastrophes en se révoltant. L’histoire moderne n’a pas été avare d’exemples contraires, illustrant plutôt, chez les dites masses, une assez constante détermination à ne pas se révolter en dépit de ce qu’elles savaient, et même à ne pas savoir en dépit de l’évidence, ou du moins à se comporter en comme si elles ne savaient pas.

Un plan « clandestin » pour imposer une Europe fédérale

La société dans laquelle nous vivons n’est pas aussi transparente qu’elle le prétend, ou elle ne l’est pas comme elle le prétend. Elle ne parait si déconcertante que parce que les intérêts agissants y sont la plupart du temps cachés, et les rapports de causalité falsifiés. Dans un entretien accordé la semaine dernière au quotidien Le Monde (1), Jacques Sapir, économiste renommé et directeur Centre d’études des modes d’industrialisation (CEMI-EHESS) – bien que l’axe central de son analyse diffère de la notre – explique comment certaines de nos élites politiques ont manœuvré, au moins depuis 1985, afin de préparer le terrain à la situation actuelle :

« Il faut rappeler le rôle extrêmement néfaste qu’ont eu un certain nombre d’hommes politiques français, ainsi que des hauts fonctionnaires, qu’il s’agisse de Jacques Delors, de Pascal Lamy ou d’autres, dans la déréglementation financière généralisée que nous avons connue en Europe à partir de 1985-1986. Sur le fond, on a voulu faire avancer la solution d’une Europe fédérale sans le dire aux populations.

La construction européenne a été faite de telle manière qu’elle incluait des déséquilibres structurels dont les pères de l’Europe espéraient que les solutions iraient chaque fois un peu plus en direction du fédéralisme. Ce fédéralisme furtif, ou clandestin, comme l’on veut, ne tenait pas compte des réactions des peuples, et ne tenait pas compte de l’enracinement extrêmement profond des nations qui constituent l’Europe. On peut toujours aujourd’hui reprocher aux différents pays leurs égoïsmes, on peut toujours aujourd’hui reprocher aux classes politiques de France, d’Allemagne, d’Italie, d’Espagne, leur manque d’initiative et leur aveuglement face à la crise de l’euro, qui était une perspective inévitable depuis 2009.

Mais sur le fond toutes ces incompétences renvoient en réalité à un projet politique. Ce projet qui avait été refusé lors du référendum de 2005, que ce soit en France ou aux Pays-Bas, et que l’on a cherché à imposer malgré tout via la notion de contrainte économique. »

Vers une division de la zone euro en deux monnaies…

L’idée de mutualisation de la dette ou celle de l’émission massive par la banque centrale européenne (BCE) de crédits au profit des Etats membres ayant été enterrées par un arrêt du tribunal de Karlsruhe – pour lequel nous rappelions il y a quelques jours qu’il est garant de la souveraineté de l’Allemagne – ces deux solutions, qui n’auraient d’ailleurs été efficaces qu’à court terme, peuvent être oubliées.

Comme nous l’indiquions dans le point 4 de notre agenda, la dissolution de la zone euro n’étant pas à l’ordre du jour, la dernière option passe par une scission de la monnaie unique en deux entités : l’euro mark pour les pays du nord et Israël dans l’immédiat, puis l’intégration progressive des pays de l’est dont l’économie le permet, et l’euro franc pour les pays du sud, les Balkans et, à terme, la Turquie et les pays du Maghreb, après qu’ils aient été restructuré par quelques « révolutions arabes ».

… et l’intégration de l’Union pour la Méditerranée

Nous pensions que l’Union pour la Méditerranée (UPM) était en panne depuis 2008, et voilà que, galvanisée par les opportuns « printemps arabes » et la propice « crise de la dette des Etats », il renait de ses cendres. C’est ce que son secrétaire général, Youssef Amrani, écrivait le 13 septembre dernier dans le quotidien Le Monde (2), sous le titre Une nouvelle ère s’ouvre pour l’Union pour la Méditerranée. Extraits :

« Avec le « printemps arabe », une nouvelle ère s’est ouverte en Méditerranée. Les partenaires euro-méditerranéens doivent être à la hauteur de ce processus historique de transformation : il faut soutenir la transition démocratique et favoriser le développement économique et social pour construire un espace euro-méditerranéen démocratique, apaisé, stable et prospère. »

(…) Les révolutions qui ont eu lieu dans certains pays arabes nous appellent à travailler sur les priorités stratégiques déjà identifiées mais aussi à innover pour sortir des schémas classiques.

(…) L’Union pour la Méditerranée apparaît aujourd’hui comme une initiative visionnaire. (…) Il faut maintenant engager une nouvelle étape. (…) Pour faire face aux nouveaux défis, de nouveaux outils de financement doivent être créés, avec la Commission européenne et les institutions financières spécialisées telle la Banque européenne d’investissements, fonds d’assistance technique, mécanismes de garanties (…)

Tout ceci ne s’improvise pas. Ce processus multidimensionnel se construit avec l’adhésion de tous les acteurs clés de la région, avec l’appui de l’Union européenne et de la communauté internationale (…)

Il nous incombe de veiller à ce que les objectifs et les principes de la nouvelle politique européenne de voisinage actuellement à l’examen de l’Union européenne convergent avec ceux qui guideront la trajectoire de l’UPM.

(…) L’ancrage de plus en plus fort des économies méditerranéennes au marché intérieur de l’UE plaide aujourd’hui pour un objectif plus ambitieux allant au-delà du libre-échange, et s’inscrivant à terme dans la réalisation d’un espace économique commun. »

Après quelques tergiversations, pour nous prévenir autant que nous endormir, sur le mode « une nouvelle ère », « innover pour sortir des schémas classiques », « de nouveaux outils de financement doivent être créés », l’objectif est finalement lâché : « la réalisation d’un espace économique commun » avec l’Union européenne. Mais comme l’indique l’indique Youssef Amrani : « tout ceci ne s’improvise pas. »

Que faire ?

Ceux qui répètent les mensonges officiels diffusés en boucle par la propagande médiatique nous diront bientôt que les choix qui vont nous être imposé permettront en réalité la survie de notre civilisation, que la perte de la souveraineté des Etats européens et l’abolition de la démocratie ne seront que provisoires et que, au final, nous ressortirons plus fort de ces crises.

L’artifice de la propagande consiste en effet à affirmer à la fois que l’avenir est l’objet d’un choix conscient que l’humanité doit faire collectivement, comme un seul homme et en toute connaissance de cause puisqu’elle est instruite par des experts, des politique et des journalistes qui ne veulent que notre bonheur, et que de toute façon nous n’avons pas le choix, ou plutôt que celui-ci se résume à vivre selon les directives de l’oligarchie régnante ou de périr parce que l’on sera resté sourd à leurs mises en garde.

Tout se déroule devant nous, au grand jour, et il faut être aveugle ou complice (l’un n’étant pas incompatible avec l’autre) pour ignorer les forces désertificatrices et négatives à l’œuvre dans leur travail de renversement et de prise de possession négative, satanique. Car tel est le signe de la haute provocation des temps qui sont les nôtres : l’obligation devant laquelle on se trouve tenus d’utiliser ce terme aux résonances bien anciennes, étrange à nos actuelles habitudes de discours.

Cependant notre rôle reste, dans un présent écrasé par la probabilité du pire, d’étudier les diverses possibilités qui n’en demeurent pas moins ouvertes. Pris comme n’importe qui à l’intérieur d’une réalité aussi mouvante que violemment destructrice, nous nous gardons d’oublier ce fait d’expérience que l’action de quelques individus, ou de groupes humains très restreints, peut, avec un peu de chance, de rigueur, de volonté, avoir des conséquences incalculables.

Frédéric Courvoisier, Spencer Delane, Mecanopolis

Notes :

1. Article du Monde du 19 septembre 2011

2. Article du monde du  13 septembre 2011

Allemagne: vive polémique sur une vente de chars à l’Arabie saoudite en plein printemps arabe

Une probable vente de chars à l’Arabie saoudite a déclenché une vive polémique en Allemagne où l’opposition et des membres du parti conservateur de la chancelière Angela Merkel la considére comme une infraction aux règles d’exportation.

La nouvelle a immédiatement suscité de vives réactions dans l’opposition et parmi les commentateurs allemands qui soulignent que Riyad a récemment aidé à mater le mouvement de protestation populaire à Bahrein.

« Voilà la contribution de Merkel au printemps arabe », s’est indigné un expert en armement du parti Die Linke (ex-communiste).

« Oui, les Américains ou les Français font ce genre de commerce. Mais si la retenue allemande en matière d’exportation d’armes a un sens, alors ce doit être le cas face à l’Arabie Saoudite », estime pour sa part Kurt Kiser, le rédacteur en chef de la Süddeutsche Zeitung.

Selon l’hebdomadaire Der Spiegel, le Conseil fédéral de sécurité (BSR) a donné son feu vert à la vente de 200 chars de combat Leopard à l’Arabie saoudite, alors qu’il refusait depuis des décennies de vendre des armes lourdes au royaume.

Pour motiver son refus, l’Allemagne a toujours expliqué vouloir préserver la sécurité du régime israélien et respecter les droits de l’Homme.

Mais selon une source proche du gouvernement, citée par le Süddeutsche Zeitung le régime israélien et les Etats-Unis « ont été informés (…) de la transaction et n’ont pas formulé d’objection ».

L’information du journal bavarois est la première confirmation indirecte de l’existence de ce contrat très controversé.

« Le Conseil fédéral de sécurité se réunit en secret. A ce stade, nous ne pouvons ni commenter ses délibérations, ni ses décisions », avait déclaré lundi à la presse le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Andreas Peschke, sans confirmer, ni démentir l’information.

Les chefs de l’opposition réclament pourtant d’ores et déjà un débat au Bundestag (chambre basse du Parlement).

« Le gouvernement doit s’expliquer », selon le leader écologiste Jürgen Trittin.

« Ces décisions ne peuvent pas être prises à un moment où des personnes manifestent en faveur de la démocratie dans le monde arabe », a-t-il déclaré à la première chaîne de télévision publique ARD.

« Que le gouvernement allemand soit prêt à vendre 200 chars modernes en cette période de tension au Proche-Orient et dans la péninsule arabe témoigne d’un manque de jugement terrifiant », estime de son côté le chef des sociaux-démocrates au Parlement, Gernot Erler, dans un entretien à l’édition en ligne du journal Die Welt.

« Vendre des chars à l’Arabie saoudite à un moment où le pays envoie des blindés pour aider à écraser un mouvement pacifique à Bahreïn est un camouflet infligé aux mouvements pour la liberté des pays de toute la région », ajoute-t-il.

Des unités essentiellement saoudiennes de la force commune du Conseil de coopération du Golfe persique (CCGP) ont été envoyées dans cet archipel minuscule mais stratégique pour protéger les installations vitales de ce royaume.

Dans les rangs de la chancelière, des voix critiques se font également entendre. Une telle vente d’armes irait à l’encontre des règles en vigueur sur les exportations d’armes aux pays en proie à l’instabilité, reconnaît le chrétien-démocrate (CDU de Mme Merkel) Ruprecht Polenz qui dirige la commission parlementaire des Affaires étrangères.

La commande de 200 chars Leopard 2A7+, un blindé de 55 à 62 tonnes équipé d’un canon de 160 mm, pourrait rapporter des milliards d’euros à l’industrie allemande de l’armement, notamment aux entreprises allemandes Kraus-Maffei et Rheinmetall, selon l’hebdomadaire Der Spiegel.

Les Saoudiens étaient en contact avancé avec une filiale espagnole de General Dynamics qui fabrique ces chars sous licence, mais une grande partie de cette commande devrait venir d’Allemagne, selon l’hebdomadaire.