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Bernard B Dadié : «Penser la France»

« Le Siècle des Lumières n’avait pas brillé deux ans. Le Siècle des Ténèbres, en enfantent de nouveaux et aussi sombres, celles de la Colonisation» A. Anselin, le Refus de l’esclavitude

«L’assassinat du chef de l’Etat libyen, grâce à l’intervention de l’armée française, est une honte pour la France. Les bombardements sur les populations civiles en Libye comme l’intervention scandaleuse des troupes françaises en Côte d’Ivoire… marquent la participation à une véritable entreprise criminelle d’Etat», déclarent les clubs . Salut des Nègres, des bois d’ébène, à ces Clubs qui sortent la France de l’Histoire de celle des affaires qui, depuis la fin de la guerre des libérations, n’a laissé personne dormir. Du temps du «Vieux», les bêtes domestiques votaient à 99,99% comme l’exigeait Paris, et bientôt, avec la participation des bêtes sauvages, sur ordre de Paris, le résultat des votes sera 200%. Tel que cela se murmure en ville militarisée.

Bernard B. Dadié

Du temps du «Vieux», peu de portes s’ouvraient à partir de 20 heures, de nos jours aucune porte ne s’ouvre parce que les habitants se «planquent» sous les lits. Et les médias de Paris ne cessent de parler du bonheur des sujets français, qui, travaillèrent à  Saint-Domingue, devenaient travailleurs et chair à canon en Afrique. Pour s’être opposé à un recrutement excessif, le Blanc français gouverneur général des colonies rejoignit le front et fut tué. Le conflit commençait et ils furent nombreux, les Français, les Blancs, qui défendirent le frère Noir et perdirent la vie. Albert Londres, Van Vollenhoven, John Brown…

La République votée à une voix de majorité ne saurait être exportée et encore moins chez des bois d’ébène colonisés, soumis, exploités. Penser la France dont on parle toujours. L’esclave enchainé a une arme, sa bouche pour parler, hurler, dénoncer et le vrai esclave n’est-ce pas le propriétaire qui a toujours peur d’une évasion, d’une révolte ? Situation qu’ont vécue des négriers lors des traversées. Révolte qui donna naissance à Haïti et à d’autres villes ou à des quartiers dans les villes des Blancs. Mac Gee, le Noir est mort exécuté. Ceux du Sud saluent la nouvelle par des «Hourras joyeux» (J. Howlelt). Nul ne saurait arracher la Liberté à un peuple, et dans un peuple, nous aurons toujours des Andrée Viollis, des Victor Augagneur, des Schoelcher et leurs compagnons de lutte pour le respect de l’autre. Et il arrive toujours que des bandits s’entretuent.

Combien sont-ils ces héros qui incendient des pays ? Et dorment en paix ? Un pays comprend les villages et les cimetières, les vivants et les morts ; qui, à jamais  maitrisera les morts dans une révolte ? Le styx. Les anciens faisaient passer le styx, et chez nous, le fleuve et nous donnons encore de nos jours ce qu’il faut au partant pour passer le fleuve. N’est-ce pas la preuve que nous sommes tous des voyageurs ? Etre-vous sûrs d’avoir raison de nous tuer toujours pour votre grand festin ? De tout incendier sur votre passage ? Le peuple vous écoute et vous regarde et le sang innocent versé ne cessera de vous parler, qui que vous soyez, où que vous êtes. Des vérités de chez nous, des peuples de la forêt aux multiples langages.

Un chant, un certain vol d’oiseau n’empêche-t-il pas un voyage ? «Carnages, les guerres secrètes des grandes Puissances en Afrique» de Pierre Péan. En Afrique, chez les peuples de race inférieure où les femmes accouchent à neuf mois au lieu des 30 mois habituels chez les races supérieures. «Il faut parler plus haut et plus vrai ! Il faut dire ouvertement qu’en effet, les races supérieures ont un Droit vis-à-vis des races inférieures… je soutiens que les Nations européennes s’acquittent avec largesse, avec grandeur et honnêteté de ce devoir supérieur de civilisation» à dit Jules Ferry en 1884. «C’est très douteux», lui répond Georges Clemenceau, «Penser la France !». «Pour connaître toute la vérité sur les nombreux sujets que j’aborde dans ce livre, il faudra attendre l’ouverture, dans de très nombreuses années, des archives de la CIA, du M16, du Mossad et de la DGSE», dit Pean.

«Et nous voilà pris dans les Rets, livrés à la barbarie des Civilisés. Dans la nuit nous avons crié notre détresse, pas une voix n’a répondu » L. S. Senghor

Notre horizon reste fermé parce que Président et Gérants des colonies se trouvent tous à l’Elysée où l’on peut parler de scandale de Panama, de piastres, mais jamais des Nègres. «Pour porter les barils de ciment de cent trois kilos», «les Batignolles» n’avaient pour tout matériel qu’un bâton et la tête de deux Nègres». «Les règles sont posées, il faut les respecter, un monde de maîtres gaulois et de mercenaires ayant pris d’assaut le navire Afrique et des officiers voyant leur rêve colonial brisé ont failli renverser la République qui sert de paravent dans la grande conquête. «La présence des troupes françaises en Afrique est anormale» (J. P. Cot).

Les créateurs du Syndicat agricole africain qui donna naissance au PDCI et plus tard au RDA, parlaient de Liberté et non de soumission servile, de dialogue entre Blancs et Noirs et non de perpétuation de l’esclavage. Aucun de ces acteurs n’était sorti d’une école en Occident, et ils disaient à leurs enfants, en les mettant à l’école, « partez et revenez nous sauver… et non partez et revenez nous revendre». Qui sont-ils ceux qui nous vendent ?

Et combien sont-ils ces enfants qui peuvent revendre père et mère ? En 1939-1945, la guerre était pour nous une guerre de libération. On parla de scandales des salaires des militaires, mais jamais des salaires des fonctionnaires, ces mendiants qui la fin du mois prennent d’assaut les banques pour pouvoir tenir. C’est St Domingue en Afrique avec des descendants des corsaires de l’histoire. Ivoiriens, c’est encore et toujours Thiaroye que nous vivons. Après la guerre 1914-1918, nous eûmes des communes au Sénégal et après la guerre de 1939-1945, pour avoir parlé d’argent, de paiement, la guerre contre nous a commencé à Thiaroye au Sénégal et les ravages s’étendent. Des maîtres assoiffés de sang ne sont-ils pas plus barbares que nous ? Race supérieure ? Prestige et affaires.

Est-il étonnant que le sort d’un Président élu par des indigènes soit réglé à Linas-Marcoussis, dans une Banlieue, pour mieux souligner le mépris qu’on peut avoir pour des Nègres raisonneurs parlant de Dignité à des conquérants entourés de forbans. Aux armes : affamées. Williams, Damet, Samba, Ebony, Adam Camille, Boka, Foté Memel, Ladji le fidèle compagnon et d’autres. D’autres, des centaines d’anonymes et des Blancs, eux, furent chassés. Regardez, Messieurs, il y a du sang sur ces décorations, et chaque coup de fusil ou de canon, chaque explosion de bombes ont fait trembler des Nègres dans leur tombe de Paris et Département. Certes, vous n’étiez pas nés et les tombes de ces tirailleurs ne sont pas des monuments à visiter à des heures perdues.

Des avions égyptiens sont cloués au sol par des chasseurs anglais et français. Des avions sont détournés pour récupérer des passagers invités à un congrès, des actes de prouesse que Paris ne cessera de méditer en nous parlant de nos dettes. Naitre dans les dettes, croupir dans des dettes et crever dans des dettes. N’est-ce pas une honte que de transmettre des dettes en héritage à des descendants ? Et leurs pleurs ne sont-ils pas des pleurs de réprobation ?

Tapis rouges, musique, rires, joie d’accueillir un hôte de marque venant des lointaines terres africaines. Accouru pour faire allégeance à Paris. Et poursuivre la vieille politique de fermiers généraux, de quotataires, de l’empire des 2è bureaux et toujours parler de Nantes la ville aux milliers d’embarcations pour Nègres. «La lutte pour le pouvoir, c’est la lutte pour la richesse, la lutte pour la richesse, c’est la lutte pour le pouvoir». Mais doit-on donner le pouvoir à des Nègres ?

Ayant fait la grève de la faim qui provoqua la grève des achats, nos épouses marchèrent pour nous sauver. Elles paient encore cette audace, soumises à des violations de domiciles et à des pillages. Ces femmes qui ont subi des insultes des autorités et méprisées soignent leurs plaies depuis des années n’en ont même plus les moyens aujourd’hui. Paris, dans sa fraternité avec les colonies sorties des ténèbres, joua le grand jeu en honneur de ses amis ; il nous donna trois jours et trois nuits de folie, de sang et larmes. Démonstration cruelle de forces piaffant d’impatience pour fondre sur des Nègres qui parlent d’Egalité. Avions et troupes prirent la ville en otage. Le palais assiégé, le Président Gbagbo et les compagnons furent faits prisonniers et emportés en toute Liberté.

« Dieu aime les Noirs », Serge Bilé. En quoi divergeraient-ils des autres créatures humaines ? Ne sont-ils pas seulement complices de leurs assassins par une méconnaissance de l’histoire ? Le pays ? Le mât de cocagne où l’on se bat pour atteindre le sommet et y rester pour plaire au maître et amasser des milliards à déposer dans des banques en garantie de loyautés. 2011 Paris, que penses-tu de ces nouvelles terreurs contre des Nègres ? «Un Blanc lui tira dans le dos», Vieille habitude du temps du racolage.

Le regretté Désiré Tagro

Tagro, « on a tiré sur moi ». En toute Liberté. Des Nègres en service aux ordres de Paris. Tagro attend assassins et instigateurs. N’a-t-il pas été dit : «Tu ne tueras point» ? Ils sont des milliers qui sont morts, des morts anonymes dans le sang desquels viendront des milliards d’euros pour l’asservissement des Noirs qui parlent d’égalité des hommes. Esope, Pouchkine, Toussaint Louverture, Lumumba, Ben Bella, Sekou Touré, Gbagbo et ses compagnons que Paris vient de faire entrer dans l’histoire glorieuse des martyrs. 1914-1918, «Bouna, des hommes, des vieillards, des enfants, des femmes, se laissent griller et enfumer dans des cases pour refus d’enrôlement». «La France n’est pas seule». Il y a l’Empire. Paris et ses légionnaires pressés de remporter la victoire ; colonne Leclerc. Eboué, Jean Moulin. Pour la réconciliation, on avait fermé les portes des archives, et les Noirs avaient tout mis dans un coin de mémoire.

2002, Gbagbo, Président, affronte le pouvoir de Paris et fait ce que jamais ne fit un Président noir : refuser que notre pays soit un cimetière où danseraient des hommes et des femmes qui enverraient les enfants mendier quelques rires de vie. «Frères et amis», unissez-vous et combattez avec moi pour la même cause. Déracinez l’arbre de l’esclavage. Je suis Toussaint, «m’arrêter arbitrairement, sans m’écouter et sans me dire pourquoi, s’emparer de tous mes biens, piller toute ma famille, saisir mes papiers, les garder, m’embarquer sur un navire, m’envoyer nu comme un verre de terre, répandre les mensonges les plus calomnieux à mon égard, et après tout cela, me précipiter dans les profondeurs d’un cachot : n’est-ce pas comme couper la jambe de quelqu’un et lui dire «Marche» ? N’est-ce pas comme couper sa langue et lui dire « Parle », n’est-ce pas enterrer un homme vivant» ? Je suis Toussaint Louverture d’Haïti. J’ai entendu parler du Président Gbagbo et de ses compagnons. Club «Penser la France», merci pour votre présence dans l’enfer créé et veillé par Paris et les siens. Qu’ils sachent une vieille sentence ordonne : Travail pour être utile.

Sois utile pour être aimé, Sois aimé pour être heureux…

Les fantassins et les bruits des bombes font fuir le bonheur qui a horreur du sang. Le bateau se nomma Le Héros et la prison Fort de Joux. Toujours à la recherche de trésor. 1802, Toussaint et Bonaparte ! Il laisse mourir Toussaint.

2011, Gbagbo et tous ceux qui ne veulent pas voir sa tête. Louverture, de ton cachot du Jura, ordonne à tous les Bonaparte de retirer de nos rives de rêves, leurs vaisseaux et leurs avions de morts, et que soient ouverts les yeux et les oreilles de tous les Nègres armés, venus d’ici ou d’ailleurs qui dansent de joie dès qu’un de leur frère tombe.

Qu’ils écoutent le doux murmure de l’onde, la douce musique des oiseaux dans les arbres, et le zéphyr qui les caresse, c’est la vie qui passe et nous parle.

Bernard B. Dadié

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L’Afrique ne se mettra jamais à genoux

Comme à une cérémonie macabre d’ogres, Ces répugnants hommes au visage sombre massacrent nos populations d’Afrique pour le vol de nos richesses et leur trafic.

Derrière leur masque de l’Otan, Tous d’un mensonge plat puants, Ils débarquent en faux libérateurs là où tout leur semble dictateur.

L’Afrique en a assez des prédateurs !

Ils sont la bande à « Franco » Nicolas, Ce nostalgique du temps de Caligula.

Ça joue aux majordomes dans nos cocottes

Abandonnant leurs femmelettes à leurs popotes.

Nicolas mange ainsi à toutes les sauces moisies mais se sert de ses propres plats fumants nazis.

Depuis la Hongrie à l’île de Gorée via Paris, Le connard tient à son cynique pari : Dévaster tout, au nom de la démocratie.

En évitant de bon gré nos pires dynasties : C’est cela la physionomie de la francafrique ; Celle du partage éhonté d’huile et de fric.

Ils ont des laquais africains. Des bénis oui-oui

Les inamovibles prégos ; de méchants ouistitis ; On s’accommode mal d’une lugubre monotonie et ce, malheureusement, depuis tant de décennies.

Rien ne surprend guère avec Paulo de Billard Ou au Tchad avec le Débile du désert d’Idrissa Et là au Gabon où pestifère l’insipide Gombo !

Que dire de l’héritier foiré, le sumo du Togo Ou encore, l’homme à la face fardée du Congo ?

La liste est longue de ces nuisibles échantillons Qui tournent hélas en rond comme du tourbillon.

Ils sont tous la honte de l’Afrique des Samory, eux qui vendent leurs peuples aux Chiens à vil prix.

Le rocher ne cède jamais, non jamais aux torrents.

Et les braves triomphent toujours des impénitents.

L’Afrique notre mère ne se mettra jamais à genoux.

Tant que ses dignes fils pour elles, se battront debout.

Allemagne, le 29 Octobre 2011.

Le Coordinateur d´AfroManif Allemagne,

Ali Akondoh

Se faire coloniser… avec son propre argent!

In Le Nouveau Courrier N°308 du 05 Septembre 2011 par Théophile Kouamouo

Quelques lecteurs pourraient s’agacer de ce qui peut apparaître chez l’auteur de ces lignes comme une obsession tournant autour du thème de la recolonisation de l’Afrique, désormais évoqué de manière quasi-hebdomadaire dans le cadre de cette rubrique éditoriale. Pour ma défense, j’aimerais dire qu’il y a toujours, pour les analystes de l’actualité, d’une part des thématiques centrales, incontournables, structurantes. Et d’autre part, des faits et phénomènes qui en découlent ou se nouent de manière plus ou moins autonome autour du «tronc fondamental».

Pouvait-on reprocher à un éditorialiste français du début des années 40 de parler encore et toujours du nazisme et de la guerre ? Peut-on reprocher à un analyste irakien d’aujourd’hui d’évoquer quotidiennement l’occupation américaine ? A un chroniqueur de Tel-Aviv ou de Ramallah de gloser à l’infini sur le «processus de paix» israélo-arabe ? La réalité géopolitique centrale de notre temps, pour les Africains, c’est la recolonisation de leur continent. Il faut pouvoir imposer cette vérité, face aux adeptes de la théorie de la diversion, dont les numéros de prestidigitation continueront à faire de l’effet tant que personne n’en dévoilera les misérables ficelles.

L’Afrique est en cours de recolonisation.

Pour s’en convaincre, il faut analyser avec froideur la chorégraphie des sangsues exécutée lors de la «Conférence de soutien à la Libye nouvelle» tenue à l’Elysée jeudi dernier.

Il faut lire, par exemple, entre les lignes des doctes articles de l’édition du quotidien français Le Monde datée de samedi. En particulier à propos du «dégel» des avoirs libyens se trouvant principalement dans les pays occidentaux.

Rappelons-nous que pour empêcher Kadhafi de «massacrer son propre peuple», le Conseil de sécurité de l’ONU avait ordonné aux pays où les fonds de la Jamahiriya sont investis ou gardés d’interdire à leur propriétaire – l’Etat libyen – d’en faire usage d’une manière ou d’une autre. Kadhafi désormais «benladinisé», Tripoli étant entre les mains des «démocrates» du Conseil national de transition (CNT), reconnus par quasiment toutes les chancelleries, que devient donc ce pactole ? «Les dizaines de milliards de dollars libyens gelés dans des banques étrangères en vertu des sanctions internationales contre le régime Kadhafi devraient être prochainement débloqués : c’est un atout considérable pour les nouveaux dirigeants libyens. Ils n’auront pas à aller mendier auprès de laborieuses conférences de donateurs. La nouvelle Libye financera elle-même sa reconstruction», nous apprend le prestigieux quotidien parisien du soir. On respire… Mais pas pour longtemps. «La communauté internationale n’en a pas moins un rôle important à jouer. D’abord, en subordonnant le déblocage de ces fonds au bon déroulement de la transition démocratique. (…) Il est de la responsabilité des pays qui ont très concrètement appuyé l’insurrection libyenne d’être vigilants sur ce point.

C’est sans doute Hillary Clinton, la secrétaire d’Etat américaine, qui a formulé cette exigence le plus clairement en mentionnant notamment les droits des femmes», écrit Le Monde. Cela s’appelle se faire coloniser avec son propre argent… La Libye est tombée ! Tombée comme «cacao de Côte d’Ivoire».

Hier nation liquide, dont le fonds souverain allait sauver Unicredit, première banque italienne, de la banqueroute, le pays de Simon de Cyrène, qui a aidé le Christ à porter sa croix sur le chemin du Calvaire, est aujourd’hui un Etat mendiant paradoxal, qui supplie des Etats quasiment en faillite de lui rétrocéder un peu de son argent. La Libye est sous curatelle occidentale. Et ses tuteurs sont sadiques : ayant créé eux-mêmes les conditions de son «irresponsabilité », ils comptent désormais bien la lui reprocher pour conserver entre leurs mains son fabuleux trésor, et le soumettre à tous types de chantages. L’Occident a armé des combattants islamistes et se scandalisera demain, avec des arrière-pensées bassement lucratives, qu’ils fassent avancer la cause de la charia. Un long reportage du Monde s’émeut désormais du «calvaire des Africains noirs de Tripoli, brutalisés par les révolutionnaires libyens».

Répétez après moi un principe très simple présidant à l’encodage du logiciel du nouveau colonialisme : avoir, en toute occasion, le beau rôle, et s’ériger en arbitre vertueux ! Il y aura sans doute un peu d’eau dans le gaz – c’est le cas de le dire, au vu des fabuleuses richesses énergétiques du pays. La Russie, la Chine et l’Afrique du Sud, plus ou moins pro-Kadhafi lors des hostilités, feront un petit «chantage dans le chantage» pour ne pas être trop marginalisées.

Leurs diplomates chipoteront un peu sur la question du dégel avant de rentrer dans le rang, avec des (petits) paquets-cadeaux sous le coude.

Le cas libyen est caricatural, mais la Côte d’Ivoire n’est-elle pas aujourd’hui colonisée avec son propre argent elle aussi ? De nombreux économistes sérieux ont démontré qu’en 2000, l’Afrique avait déjà payé trois à quatre fois le montant de sa dette, mais se retrouvait piégée dans l’engrenage des intérêts exorbitants, les pays occidentaux et les organisations multilatérales campant ici le rôle immoral de l’usurier ou – on le dira en français d’Abidjan – du «margouillat ». C’est au moment où la dénonciation de cette escroquerie internationale devenait la plus argumentée que les programmes Pays pauvres très endettés (PPTE) ont vu le jour. Les bailleurs de fonds, affectant la magnanimité, ont dit en substance : «Puisque vous pleurez, continuez à nous payer ce que nous disons que vous nous devez, et nous vous redonnerons cet argent si vous investissez… à nos conditions !»

Curieusement, alors que la Côte d’Ivoire devait boucler son dossier le 23 septembre 2002, elle a été attaquée par une rébellion qui a été considérée comme tellement légitime que la «transformation» de sa dette a été ajournée. Cela fait neuf ans que ça dure… et que le pays d’Houphouët-Boigny transfère des centaines de milliards de FCFA en Occident au nom de la dette et du service de la dette, ce que quasiment plus aucun Etat africain ne fait.

Détruite par une guerre soutenue par l’ancien bloc «capitaliste», au bout de laquelle leur favori a pris le pouvoir, la Côte d’Ivoire va elle aussi financer une reconstruction profitant quasi uniquement aux entreprises occidentales, par le biais de programmes comme le Contrat désendettement développement (C2D), au nom duquel les entreprises ivoiriennes paieront leurs impôts… pour que le fruit de leur collecte se retrouvent dans la poche des multinationales françaises qui leur font la concurrence, et qui seront désormais prioritaires dans les attributions de marchés publics. Au nom de la transformation de la dette en investissements.

Toujours avoir le beau rôle, on vous dit !

Le blocus de Gaza continue ! La raison du plus fort…

«Une injustice commise quelque part est une menace pour la justice dans le monde entier»  Martin Luther King

Une information passée globalement sous silence nous apprend qu’un Rapport de l’ONU- ce «grand machin» dont parlait, avec mépris» déjà à l’époque, De Gaulle – absout globalement Israël de l’assaut du navire amiral le Mavi Marmara de la flottille qui avait l’outrecuidance d’accoster à Gaza pour y apporter des vivres et des médicaments à une population de plus de 1,5 million de personnes emprisonnées de toute part et maintenue en apnée par un blocus inhumain. Curieusement, aucune agence de presse mainstream, et pour cause, ne s’est permis de porter un jugement ou à commenter cette information, tétanisées par la peur de se tromper en dérangeant l’ordre établi quant à la sanctuarisation de certains et la diabolisation des autres.

Que dit le Rapport Palmer?

Dans son rapport, l’Onu estime que la marine de guerre israélienne a eu recours à une force «excessive et déraisonnable», mais il reconnaît la légalité du blocus maritime de Gaza au regard du droit international L’organisation internationale note toutefois que le blocus naval par la marine israélienne est légal. «La décision d’Israël de prendre le contrôle des bateaux avec une telle force, à grande distance de la zone du blocus et sans mise en garde préalable, était excessive et déraisonnable», conclut l’enquête onusienne, menée par l’ancien Premier ministre de Nouvelle-Zélande, Geoffrey Palmer.

Ce document ajoute néanmoins que la flottille, composée de six bateaux, «a agi de façon imprudente en essayant de forcer le blocus naval» mis en place autour de Gaza, un territoire palestinien contrôlé par le mouvement islamiste Hamas. L’enquête invite Israël à exprimer «une déclaration appropriée de regret» pour ce raid et de verser des dédommagements aux familles des huit Turcs et un Américain d’origine turque tués lors de l’intervention, ainsi qu’aux blessés. Le blocus naval a été imposé en tant que mesure de sécurité légitime de façon à empêcher l’entrée d’armes dans Gaza par la mer et sa mise en œuvre respecte les exigences du droit international», estime le rapport. Il qualifie cependant «d’inacceptables» les pertes en vies humaines et les blessures qui ont résulté de l’usage de la force par l’armée israélienne. Les réserves qu’Israël porterait sur la critique explicite dans le rapport d’un usage de la force «excessif et déraisonnable» par l’armée israélienne qui avait tué neuf passagers turcs dans son assaut du bateau Mavi Marmara en mai 2010 (1)

Le blocus israélien de Gaza est-il légal?

Nous avons voulu savoir sans être juriste quels étaient les arguments juridiques légitimant ce blocus, car le choix des mots est très important. Non seulement la commission présidée par le Premier ministre australien adoube le blocus et le trouve normal, de plus elle va plus loin, elle pense qu’Israël, fort de son bon droit, aurait dû arrêter le navire sans être excessif; qu’en termes mesurés et respectueux pour Israël ces choses-là sont dites. 9 morts, un verdict, c’est excessif sans plus! Il est vrai que pour l’ambassadeur d’Israël en France intervenant à la télévision française, il faut arrêter d’utiliser le terme «bain de sang» car c’est exagéré du fait qu’il n’y a que 9 morts! Et nous lui aurons suggéré d’ajouter: de plus ce ne sont ni des Européens ni des Américains»!

Pour Brian Palmer, réagissant au lendemain de l’attaque: «Les deux camps se rejettent la responsabilité de l’ouverture des hostilités, mais il ne fait aucun doute que le navire tentait de forcer le blocus qu’Israël impose depuis trois ans aux territoires occupés. Dans quelles conditions légales un Etat peut-il imposer un blocus? La réponse est simple: en temps de guerre ou avec l’aval des Nations unies.(…) Certains spécialistes estiment cependant que les lois anciennes et restrictives régissant les blocus sont aujourd’hui obsolètes, tant la nature des conflits a changé. Ils font valoir que selon l’article 51 de la Charte des Nations unies, les nations disposent du droit absolu d’interdire l’accès à leur territoire ou d’inspecter des navires susceptibles d’y transporter des armes et que de tels actes ne sauraient en aucun cas être considérés comme des actes de guerre. (…) Nombreux sont ceux qui considèrent que les fondements juridiques du blocus israélien sont pour le moins contestables. La bande de Ghaza et la Cisjordanie sont généralement considérées comme des territoires occupés militairement, malgré le désengagement de 2005. L’occupation militaire diffère de l’état de guerre véritable et le droit découlant d’établir un blocus de ces régions est contestable techniquement. De plus, l’incident de dimanche s’est produit à 40 milles de la côte de Gaza (74 km), soit bien au-delà de la limite traditionnellement fixée pour un blocus »(2).

« (…) L’incident de dimanche [attaque de la flottille Ndlr] pose d’autres questions de droit. Une convention des Nations unies de 1988, dont la Turquie et Israël sont signataires, interdit formellement l’arraisonnage de navires en haute mer ainsi que les actes de violence à l’encontre des passagers. Ironie de l’histoire, ce traité avait été adopté en réponse au détournement de l’Achille Lauro par des terroristes palestiniens, en 1985. Le blocus naval de la bande de Gaza par Israël est largement justifié dans le rapport face au risque d’importations d’armes à destination du Hamas palestinien. Autre point sensible et polémique: quelle a été l’attitude des passagers turcs du Mavi Marmara, le bateau sur lequel on a relevé neuf victimes? Les commandos israéliens ont fait face à une «résistance organisée et violente de la part d’un groupe de passagers», nous dit le rapport. Cela signifie-t-il que l’usage de la force a été justifié? Pas du tout, le recours à la force a été «excessif et déraisonnable» selon la commission d’enquête de l’ONU.(2)

Dans l’ensemble, ce rapport reprend les termes du rapport fait par une commission israélienne en janvier dernier et qui avait soulevé l’ire de la Turquie. Nous lisons: «Dès le mois de janvier et dans le sillage de la débâcle du Rapport Goldstone qui a eu un enterrement de première classe notamment après la volte-face personnelle du juge Goldstone qui invoque des éléments nouveaux qui lui font changer d’avis quant à la responsabilité d’Israël dans la mort de 1400 Palestiniens dont 400 enfants, le gouvernement israélien donne sa version des faits concernant les meurtres lors de l’assaut du Mavi Marmara. Le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, a rejeté le rapport de la commission d’enquête israélienne, publié dimanche 23 janvier et qui blanchit Israël dans le raid meurtrier sur un navire humanitaire turc, en mai au large de Gaza. «Quelle valeur peut avoir un rapport préparé et commandé dans le même pays? (…), s’est interrogé M. Erdogan face à des journalistes à Ankara. Ce rapport n’a aucune crédibilité.»

Le rapport de la commission israélienne conclut que le blocus maritime du territoire palestinien et l’assaut du commando israélien étaient «conformes au droit international». La commission établie par la Turquie en réponse à cette commission d’enquête israélienne a, elle aussi, dénoncé le rapport israélien, se déclarant «stupéfaite et consternée» de ses conclusions qui disculpent l’armée israélienne, rapporte l’agence de presse Anatolie. «L’attaque menée par Israël en violation du droit, en temps de paix comme en temps de guerre, est aussi en contradiction avec tous les principes, règles et normes internationales», a affirmé la commission, qui s’est réunie à Ankara.(3)

On le voit, pour l’Achille Lauro on condamne, pour le Mavi Marmara on absout. Ceci étant dit, le Rapport Palmer  a repris les mêmes termes que les conclusions de la commission israélienne. Il s’est contenté strictement à l’aspect «du droit international» mais pas à l’aspect autrement plus important, à savoir l’aspect humanitaire. Le rapport ne s’est pas interrogé sur les causes de cette flottille humanitaire à braver la foudre pour ramener un peu de vie à ces épaves palestiniennes. Personne en Occident ne veut faire bouger les choses et demander à Israël la cessation du blocus. Toutes les flottilles humanitaires qui ont par la suite tenté de pénétrer dans les eaux ont été empêchées. Mieux encore, les autorités européennes des aéroports ont empêché un rassemblement en Israël à telle enseigne que les compagnies européennes avaient reçu instruction de ne pas embarquer les passagers pour Israël, et ceci à partir des aéroports européens.

Les conséquences

A notre connaissance, aucun pays occidental ne s’est permis de commenter le Rapport Palmer. Le silence des Arabes-englués dans une débâcle profonde- est une fois de plus assourdissant. La Ligue arabe est aux abonnés absents. Mieux, l’Autorité palestinienne n’a pas encore réagi. Seul le Hamas a, quant à lui, jugé le rapport «injuste» et «déséquilibré». «Il permettra à l’occupant (israélien) de se soustraire à ses responsabilités», a déclaré un des porte-parole, Sami Abou Zouhri.

Seule la Turquie concernée au premier chef a réagi. S’entêtant à demander à Israêl à présenter des excuses, elle s’est trouvée isolée. Israël ne s’excuse pas. La secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, a demandé mi-août au Premier ministre Benjamin Netanyahu de s’excuser auprès de la Turquie, demande qui a été repoussée par M. Netanyahu. Selon le quotidien   israélien Yediot Aharonot, l’administration Obama est embarrassée et irritée par la querelle israélo-turque -deux pays alliés de Washington- qui gêne les efforts américains pour gérer la crise syrienne. Aux yeux des Américains, des excuses pourraient contribuer à apaiser les frictions entre Israéliens et Turcs.

Le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, avait déclaré qu’il est «impossible» pour la Turquie de normaliser ses relations avec Israël: «Nous sommes très décidés (…) Pas question de faire marche arrière. Tant qu’Israël ne présentera pas des excuses à la Turquie, ne versera pas des compensations aux familles des victimes, et ne lèvera pas le blocus de la bande de Ghaza, une normalisation des relations est impossible», a-t-il dit à des journalistes à Istanbul.

Pis encore, même les Etats-Unis, dans l’impossibilité de convaincre Israël, ont démenti. Le département d’Etat américain a qualifié mercredi 31 août «d’inexactes» les informations de médias israéliens affirmant que les Etats-Unis ont demandé à Israël de s’excuser auprès de la Turquie pour son raid de 2010 contre une flottille à destination de Ghaza remplie de militants turcs. Les informations en question, qui ne précisent aucune source, ont été diffusées par deux grandes stations de radio israéliennes. Elles indiquent que la secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, a appelé le Premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahu, mardi, pour lui demander de présenter des excuses à la Turquie, mais que ce dernier a refusé. Réagissant à cette information des médias israéliens, le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, avait jugé «impossible» que la Turquie normalise ses relations avec Israël en l’absence d’excuses.(4)

La Turquie ne voulant pas se déjuger a réagi au Rapport Palmer. Ankara a expulsé l’ambassadeur israélien, en réaction au raid qui avait coûté la vie à neuf Turcs en 2010. L’Etat hébreu refuse de s’excuser. La tension est montée d’un cran vendredi 2 septembre entre l’Etat hébreu et la Turquie. Israël a réaffirmé son refus de présenter des excuses à la Turquie après la présentation du rapport de l’ONU, selon des sources diplomatiques à Jérusalem. «Israël exprime à nouveau ses regrets pour les pertes en vies humaines mais ne s’excuse pas pour cette opération. La Turquie a pris vendredi des mesures de rétorsion contre l’Etat hébreu à la suite de son refus de présenter des excuses, en annonçant l’expulsion de l’ambassadeur israélien, une suspension des accords militaires entre les deux pays et une saisine de la Cour internationale de Justice.(5)

Conclusion

Hécatombe de  Gaza : Décembre 2008  janvier 2009 : 13 morts pour le Hamas pour 1400 morts dont 400 enfants pour Israël! Combien le rapport est sans appel. Le Rapport Goldstone a renvoyé dos à dos le Hamas et Israël. D’un côté, des roquettes artisanales proches de la technologie des arbalètes, de l’autre, la terreur des enfants que sont les bruits et les roquettes des hélicoptères Apache. Tout le problème est là: parlons-nous de la même humanité quand nous parlons des Palestiniens qui sont comme dans une «prison à ciel ouvert» selon les mots de M. Sarkozy ou encore comme des cafards dans un bocal selon les mots de Ehud Barack? Que veut dire un blocus qui tient en apnée des centaines de milliers de Palestiniens, femmes vieillards et enfants qui n’ont connu de leur enfance que l’odeur de la mort et le désespoir? Il y a bien longtemps qu’en Israël, des milliards et des milliards ont été dépensés depuis 10 ans pour construire en masse des abris, des pièces blindées, des systèmes de détection de roquettes, des alarmes. La ville de Sderot-proche de Gaza-, a même dû être complètement blindée, des chapes de béton posées sur les écoles pour les protéger, des constructions aux frais de l’Etat, d’un abri pour chaque appartement… De plus, il faut compter le nouveau système du Dôme de Fer, qui offre une protection aux plus grandes villes qui ne sont pas trop proches de Gaza.

A quoi servira un Etat palestinien si l’injustice continue? Les Palestiniens de Abbas croient naïvement qu’un pays reconnu par l’ONU -sur des frontières dont aucun pays européen et américain ne veut voir revenir aux frontières de juin 1967- sera viable et à l’abri! La Turquie, avec sa «nostalgie de l’Empire ottoman», avec sa force, sa puissance, se trouve seule en face d’Israël à la fois aussi dans l’Otan et dans l’Union Européenne. Non, les pays occidentaux ont choisi leur camp: celui de l’injustice, de la force du plus fort contre le droit du plus faible. Ainsi va le Monde du Nouvel ordre.

 1. http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/monde/20110902.OBS9652/l-onu-juge-l-operation-israelienne-contre-la-flottille-de-gaza-excessive.html

2. Brian Palmer http://www.slate.fr/story/22411/le-blocus-israelien-de-gaza-est-il-illegal

3. La Turquie dénonce le rapport israélien sur l’assaut contre la flottille de Gaza LeMonde.fr  avec AFP et Reuters 23.01.11

4. http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2011/08/17/flottille-pour-gaza-israel-refuse-de-presenter-des-excuses-a-la-turquie_1560619_3218.html#ens_id=1566966

5. Flottille de Gaza: le ton monte entre la Turquie et Israël Le Nouvel Observateur avec AFP 02-09-11

Par Professeur Chems Eddine Chitour. Ecole Polytechnique enp-edu.dz

Lu sur Mondialisation.ca

(Photo: mondeactu.com)

Re-colonisation en Afrique

 

Image : karlosguede.centerblog.net

La France qui a colonisé l’Afrique des illettrés  est de retour sur le continent. Cette fois-ci, pour soumettre les intellectuels et notre intelligence. En tout cas, en Côte d’Ivoire, Paris semble réussir son pari.